Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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25 novembre, 2018

Atelier d’écriture du 19 novembre 2018

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MLNC

Nous voici de retour dans la salle Eiffel de la Bibliothèque Bernheim. Les travaux sont finis !!!

 

DEVOIR : drôle de métier
Péteur de câbles

câbles

Alcide était né avec une particularité qui faisait de lui un monstre, pour ceux qui ne le connaissait pas : il était né avec des dents en acier… Pressé de voir ce monde, il était arrivé en seulement deux poussées. Personne n’étant là pour assister la parturiente, il avait tout de suite décidé de trancher le cordon ombilical, puis, blotti dans les bras de sa maman, il lui avait fait un magnifique sourire… Il se demandait encore pourquoi elle avait hurlé. Horrifié par ce rejeton, que tout le monde avait aussitôt surnommé « Requin » (voir James Bond !), sa mère avait décidé qu’elle ne l’allaiterait pas – on peut comprendre ! Le jeune Alcide tranchait toutes les tétines de ses biberons jusqu’à ce son père lui en fabrique une en kevlar. Tant bien que mal et quasi dans l’indifférence générale, Alcide grandit et devint un très beau jeune homme, très fort et très grand. A l’école, il avait toujours de bonnes notes, même si quelquefois, il ne les méritait pas tout à fait… Mais ses maitres et professeurs étaient toujours effrayés de son physique si trompeur… Car Alcide était placide ! Heureusement, d’ailleurs !
Un jour cependant, il perdit son calme : au retour de l’école, il trouva, à son habitude, sa mère devant la télé. Elle y passait le plus clair de son temps. Lassé et blessé par tant d’indifférence, Alcide coupa le câble d’un coup de dents. Sa mère hurla et le jeta dehors. C’est ainsi que naquit sa vocation.
Alors qu’il errait, seul, dans la rue, il croisa une manifestation altermondialiste. Il fut intéressé par leur combat et les suivit. Il trouva ainsi une famille qui prit bien soin de lui. Ses nouveaux amis l’amenaient, tous les samedis, en pleine campagne pour qu’il pète tous les câbles qui enlaidissaient le paysage : câble de téléphone, d’électricité, fibre optique…
Alcide était tellement avide d’amour et de reconnaissance qu’il faisait tout ce qu’on lui demandait. Un jour, pourtant, le « pétage de câbles » tourna mal. Les habitants de la région en avaient plus qu’assez de ces détériorations de matériels et étaient en train de péter le plombs. Aussi, organisèrent-ils une mission punitive et mirent-ils au point un guet-apens pour capturer ce vandale.
Le coupable fut amené sur la grand place du village et le dentiste lui arracha publiquement et sans anesthésie ses dents en acier. Le pauvre Alcide cria beaucoup et péta même une durite…
Par la suite, les villageois, qui n’étaient pas de mauvais bougres, se cotisèrent et lui offrirent des prothèses aussi belles que de vraies dents.
Les filles s’aperçurent alors qu’Alcide était beau. Il épousa l’une d’entre elles et, à partir de ce jour mena une existence ennuyeuse, comme tout le monde…
Fabienne

Cable

Je suis jeune ! Cette affirmation fait toujours plaisir. Mais dans mon cas, je suis à l’évidence trop jeune. Ce n’est pas que mon poste de travail soit si exigeant, un peu dangereux, quand même.
Mon curriculum vitae avait attiré l’attention de mes supérieurs. A 24 ans, j’étais l’auteure d’une thèse de près de cent pages sur Thomas Edison, sa vie et son œuvre. Le sourd qui créa le phonographe. Le titulaire de plus d’un millier de brevets industriels. Le fait qu’il ait eu l’idée de l’ampoule électrique m’a toujours fait rire. Comme dans les BD : comment mieux exprimer l’apparition d’une idée qu’en dessinant une ampoule à incandescence ? Cette thèse, je l’ai soutenue à la faculté de lettres d’Alger. Dès 1938, mon père nous avait expatrié vers la capitale algérienne, craignant pour ma mère de nationalité allemande. En 1943 ma formation a été ultra-rapide. En un an à peine, me voilà merlinette. Nous, les femmes, nous remplacions les hommes, militaires des transmissions, appelés à combattre les Nazis.
Après bien des péripéties aventureuses, je suis arrivée à Paris il y a trois mois. Très vite, je me suis faite embaucher à la kommandantur, à l’hôtel Meurice, près de l’Opéra. Mon allemand berlinois parfait (perfekt), de faux certificats persuasifs et ma robe légère en cette toute fin de printemps, m’ont permis d’obtenir ce poste de secrétaire auprès des agents de transmissions.
Ce service occupe  le grand dressing de la suite royale au dernier étage de l’hôtel. Le reste de l’immense appartement est dévolu à Von Choltitz et son état-major, mais ils n’y dorment pas la nuit et les soirées sont calmes. Heureusement nous sommes très peu nombreux et le manque de place ne se fait pas trop sentir dans cet imbroglio de fils et de branchements. Le caporal Verndt et le sergent Berndt sont commandés par le sous-lieutenant Ernst. Je ne vous donne pas leur grade en langue teutonne, j’aurais l’impression d’éternuer trois fois. Ernst est vraiment très beau. Mince, élancé, cambré dans son uniforme très ajusté, il a les cheveux châtains coupés en brosse courte. Ses mirettes ont la couleur du lac Alpsee en hiver, sans la glace. Il parle français avec le doux accent que les germaniques ont quand ils ne hurlent pas des ordres ou des injures. Cela faisait partie de ma mission d’obtenir rapidement la confiance de mes employeurs. Avec Ernst je crois y être parvenue et même un petit peu plus certains soirs. Nous avons des horaires stricts : Ernst et moi de 8 heures à 23 heures, la nuit pour les deux autres lourdauds. Ils sont si peu débrouillards qu’ils nous laissent interpréter les messages nocturnes.
Depuis un mois, j’ai réussi à convaincre Ernst de ne s’occuper que des câbles venant d’Allemagne ou en allemand. Moi je traite ceux venant de France et en particulier ceux de Vichy. Les plus urgents viennent directement du QG d’Hitler ou du Berghof. Nous les décodons (oui, moi aussi maintenant !!!), transcrivons et transmettons le plus vite possible aux pièces voisines. Depuis quelque temps et en particulier depuis l’attentat du 20 juillet, les câblogrammes sont de plus en plus délirants sur la forme, et même parfois sur le fond. Von Choltitz est revenu de Berlin en traitant son Fürher de dingue en présence de ses officiers de confiance. Devant certains messages, le regard d’Ernst se trouble, proche des larmes. Sa famille a servi militairement l’Allemagne depuis plusieurs générations mais dans la tradition humaniste exprimée par Thomas Mann. Il souffre de voir les populations harcelées par la SS. Sa francophilie s’est-elle accentuée du fait de ma présence ? J’apprends par cœur les câbles les plus importants. Le soir, je les traduits et les transmets à Madeleine, mon contact à Pigalle. Si je puis aider à ce que la guerre finisse vite…
Au début de ma présence, nous corrigions seulement la forme des messages les plus agressifs. De fil en aiguille, nous avons été tentés d’en modifier la signification. Les collabos pétainistes me donnaient la nausée. Cette altération des dépêches est devenue un jeu, dangereux certes, mais nous riions sous cape. J’ai déclenché l’hilarité d’Ernst un soir alors qu’il m’avait embrassée à l’ombre d’une rue. « Sais-tu ce que nous sommes : nous sommes des péteurs de câbles ». Il a tout de suite saisi le jeu de mots car il connaissait les péteurs de durites, de plombs ou de boulons, nombreux dans sa famille. Cette activité de péteur de câbles, nous l’appliquions avec intelligence et surtout avec nos convictions. Pour Ernst cependant c’était convictions anti troisième Reich et intelligence avec l’ennemi. Et, je peux bien le dire, assez souvent je pétais la trouille !
Le 22 août, les alliés approchent de Paris et je sais que la 2ème D.B. est en tête. Je l’ai dit à Ernst qui sait depuis longtemps que menée par un aliéné, l’Allemagne a perdu la guerre. Il sait aussi que son honneur passera par le sacrifice. Quant à moi, quel sera mon sort si les FFI me dénichent ici ?
Les allemands avaient miné la plupart des édifices parisiens importants. En amenant un de nos messages bidouillés, j’ai vu sur le bureau d’un adjoint de Von Choltitz la carte détaillée des sites. Très tard pour en informer quiconque mais j’essaierai. Paris connaîtra-t-elle le sort du Havre dévasté par les bombardements alliés ? J’aime Paris, même si je ne la connais que depuis peu. Je suis persuadée qu’Ernst l’aime aussi.
Dans l’après-midi, nous parvient un câble monstrueux échappé du crâne dément du moustachu lui-même. Exécution immédiate, ordre formel de raser la capitale de la France. Heureusement, nous sommes seuls. Je prends Ernst dans mes bras, nul besoin de mots. Sur le cahier qui collige les câblogrammes je ne note rien. Notre activité de « péteurs de câbles » trouve sa pleine justification.
Le 23 août, Leclerc approche de la Porte d’Orléans. Nous choisissons de ne toujours pas transmettre. Nous ne le ferons que le 24 au matin. Ernst, très pâle, se lève de son bureau, réajuste méticuleusement son uniforme et me jette un regard comme si c’était le dernier. Il entre dans ce bureau de commandement devenu immense. Il tend le câble dont nous avons maladroitement effacé la date et le remet à Von Choltitz en mains propres. Celui-ci le prend calmement, le lit et sans un mot le froisse dans sa main gauche en regardant les toits de Paris. Ernst qui comprend tous les messages revient me serrer dans ses bras. Le soir nous recevons le fameux « BRENN PARIS ? » d’Adolphe.
Maintenant je peux vous le dire : péter un câble, ça fait du bien !
Bertrand

 

Ctulu

Puisque sa vie était presque uniquement constituée de paradoxes, Arthur avait dû s’habituer. Lui qui avait toujours été célibataire auparavant avait réussi, un mois plus tôt, à sortir avec une fille très sympa et pas trop mal faite, Amandine. Et depuis l’amour durait. De même, lui Arthur, qui était doux comme un agneau, pétait des fois une durite et entrait dans une sorte de transe de fureur incompréhensible, sans qu’on sache pourquoi. Cela lui avait d’ailleurs valu le surnom de « péteur de câble ». Lui non plus d’ailleurs ne savait pas pourquoi, d’autant plus que l’élément déclencheur était souvent stupide et infime. Une fois, il avait trouvé le pain des tartines de son goûter trop dur, et pour passer ses nerfs ils avait écrasé dans sa main la miche pendant deux bonnes heures, et à la fin il ne restait au final plus qu’une montagne de miettes, trônant royalement sur la table. Cependant, bien qu’Arthur fût un habitué des situations paradoxales, il n’aurait jamais pu se douter que son samedi soir serait si ordinaire, et que sa nuit de samedi serait extraordinaire à ce point.
Samedi soir – ainsi que dit plus tôt – fut une nuit d’une banalité presque inquiétante. Amandine était d’ordinaire prompte à aller à la baie des Citrons boire bières sur bières (sans alcool, évidemment, mais le placebo avait malgré tout un effet immédiat sur son cerveau). Toute la journée elle avait été à son salon de coiffure qui faisait aussi la manucure, et une coiffeuse du nom de Lola avait occupé tout son après-midi, en lui racontant sa vie. Son épuisement était, ainsi, plus que justifié. Elle se coucha vers vingt heures, et son couche-tôt de copain l’avait suivi immédiatement, trop content de pouvoir dormir à huit heures du soir avec une petite amie aussi fêtarde. Celle-ci, comme d’habitude, vissa ses écouteurs dans les oreilles, tout en allumant son téléphone pour cliquer sur une vidéo intitulée « ondes delta musique relaxation pour dormir dix heures ». Arthur, lui, surfa un peu sur le net, puis s’endormit, l’IPhone encore serré contre sa poitrine. Il en oublia de fermer les stores, si bien que là lueur de la lune, baignant la pièce, l’aida à atterrir dans les bras de Morphée.
Bien plus tard dans la nuit, Arthur se réveilla. Pas étonnant, il avait un sommeil très léger, puisqu’il adorait ronfler et qu’il était toujours affligé de cette malédiction des paradoxes. Il n’osa pas bouger, trop fatigué pour esquisser le moindre geste, et se contenta de glisser un regard par-dessus son épaule. Ce qu’il vit finit de le paralyser.
Juste devant le lit, courbés au-dessus de la couchette, trois hommes fixaient Amandine. Leurs capuches vert olive, démesurément grandes et pointues, les faisaient ressembler à des membres de l’Inquisition, voire du Ku-Klux-Klan. Ils parlaient entre eux à voix basse, et Arthur se félicita d’avoir bien révisé ses examens d’anglais pour comprendre leurs murmures. Celui qui était le plus à droite demanda :
- Pensez-vous qu’elle fera l’affaire ? Elle dort avec un jeune homme, est-elle vierge au moins ?
Arthur ne put retenir un sourire las ; oui, elle était vierge.
- Voyons, cher acolyte, lui répondit celui à ses côtés, nous ne pouvions rêver mieux ! Cette donzelle sera la treizième, et enfin nous réussirons. Cette jeunesse pervertie et délinquante est certes assez versée dans les pratiques des plaisirs corporels, mais je ne pense pas que ce soit ici le cas. Même le jeune homme semble des plus assoupis, qu’attendons-nous ?
- Prudence, prévint le dernier, il se pourrait tout de même que nous rentrions avec une impure. Je vais employer l’immense puissance du grand Cthulhu, son savoir me permettra de combler notre ignorance.
Arthur se souvint qu’il avait déjà entendu ce nom quelque part. Oui… dans les bouquins de sa tante un peu givrée : une nouvelle s’appelait « l’Appel de Cthulhu ». Tout ce qu’il savait, c’était que ce livre était à mi-chemin entre horreur et fantastique. Aucun renseignement sur le personnage, cependant. Il remarqua, grâce à la lumière de la lune, que celui qui venait de parler avait posé ses mains sur le ventre d’Amandine. Tétanisé, Arthur ne vit que les ongles, noirs et longs de cinq centimètres, qui enserraient sa bien-aimée. Il lui sembla que l’air vibrait légèrement, et qu’une légère aura d’un vert malsain enrobait les mains de l’intrus. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que la vibration était due aux voix des visiteurs, qui manifestement s’échauffaient les cordes vocales. Ils fermaient tous les yeux, ce qui soulagea grandement le jeune homme. Il remarqua aussi que leurs visages n’étaient pas couverts, laissant apparaître leurs traits disparates. Puis, à son grand étonnement, ils se mirent à chanter. Enfin, on aurait dit une chanson au premier abord, mais en fait ils parlaient en rythme, dans une langue incompréhensible. Leurs voix graves invoquaient dans la petite pièce un poids omniprésent. L’air était plus lourd, les respirations plus pénibles. Arthur pensa qu’il venait de prendre dix kilos en un instant. Il se focalisa sur les paroles du chant, captant des syllabes inintelligibles.
- Cthulhuuu Iä… Cthulhuuu fhtagn… ghtakt zhrôxx Igniapp…
Dans un éclair de lucidité, Arthur se souvint que, plaqué contre son torse nu, se trouvait son IPhone. Discrètement, il leva le bras (ce qui ne parut déranger personne) et saisit le portable. Réduisant la luminosité au maximum et mettant le son sur off, il tapa sur Google « Cthulhu » et appuya son doigt sur l’écran, qui afficha la page Wikipédia référente.
« Cthulhu est une créature fantastique de fiction tirée de l’œuvre littéraire de l’écrivain américain Howard Phillips Lovecraft. Il apparaît pour la première fois dans la nouvelle « l’Appel de Cthulhu », publiée en 1928. Gigantesque monstre sous-marin, il possède une tête de seiche ainsi que des tentacules de pieuvre et des ailes semblables à celles d’un dragon. Certains humains dévoyés lui vouent un culte immémorial. »
En premier lieu, Arthur se félicita de s’être souvenu du nom de la nouvelle ; En second lieu il fut terrifié par cette description, et encore plus par le lien qu’il fit entre « les humains dévoyés vouant un culte immémorial » et les sinistres personnages tout près de lui. Il entraperçut, attachés à leurs cous, des pendentifs représentant un tentacule ondulé, coulant vers le bas sur quelques centimètres, puis se refermant sur un cœur arraché, ce qui finit de dissiper ses doutes sur le sujet. Il glissa vers le haut pour continuer sa lecture.
« Monstre abyssal et divinité aquatique maléfique, on dit  que Cthulu apparaît en rêve aux personnes qu’il va visiter. Un choix s’offre à eux : rejoindre son cercle de fidèles, ou périr d’une manière aussi douloureuse que raffinée. »
Alors qu’il poursuivait ses recherches, Arthur ne put s’empêcher de comparer Cthulhu à Davy Jones, le pirate à tête de poulpe dans les films « Pirates des Caraïbes ». Il poursuivit, le souffle coupé à la fois par ses découvertes et par l’ambiance littéralement oppressante de sa chambre.
« Une prophétie de ses adorateurs, tirée du célèbre Nécronomicon, veut que Cthulhu dorme sous l’océan Pacifique d’un sommeil éternel, que seul le plus fervent des rituels pourrait briser. Il est intéressant de noter que Cthulhu étant censé être défunt depuis bien longtemps, la créature échappe à la mort grâce au sommeil et au rêve, aboutissant ainsi à une des prophéties du livre fictif : « N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort » ».
En toute hâte le jeune homme, terrifié, éteignit son téléphone et s’immobilisa de nouveau, car les psalmodiassions avaient cessé et les sombres inconnus semblaient émerger de leur torpeur. L’atmosphère s’allégea, et il sembla à Arthur qu’on avait ôté de ses épaules un sac de trente kilos.
- Plus aucun doute, mes frères, déclara d’une voix triomphante l’un d’entre eux en ôtant ses serres d’ Amandine, il s’agit bien d’une pucelle.
Les dents des fidèles, toutes aussi pointues que des crocs de vampires, étincelèrent dans la nuit, faisant frissonner Arthur encore plus fort.
- Plus rien ne nous retient ici. Partons et ramenons au Seigneur la treizième vierge, proposa l’un des trois.
Ses ongles à lui, bien que toujours longs, étaient nettement moins démesurés que ceux de son confrère. Ses doigts s’assemblèrent et s’imbriquèrent en une forme complexe, puis il les écarta. Au fur et à mesure qu’il ouvrait les bras, une image étrange se dessinait devant lui, entourée de l’éclat vert malsain de tout à l’heure. Arthur n’eut pas le temps de  s’étonner de ce nouveau prodige ; il frôla l’infarctus lorsqu’un des sorciers prit Amandine dans ses bras, hypnotisée par sa musique relaxante dans les oreilles. Elle faillit se recevoir du vomi sur la face : son amoureux avait le cœur au bord des lèvres tant l’odeur de poisson pourri du ravisseur était forte. Il se tenait l’estomac ; il n’avait jamais connu pareille pestilence, il s’en rendait compte à présent que ce qui dégageait ladite pestilence était si proche. Heureusement, l’adepte passa au travers de l’image et parut passer dans une autre dimension. La projection était en fait un portail ! Poussé par son amour, Arthur se jeta vers le passage alors qu’il se refermait derrière les intrus. Il s’efforça de ne pas se remémorer les innombrables passages de film où les méchants se faisaient couper en deux, incapables de passer totalement dans un portail comme celui-ci. Deux secondes plus tard, quand il ouvrit timidement un œil, il remercia le ciel d’être toujours entier, et en plus, de ne pas avoir été repéré. perdu dans son nouvel environnement, il se cacha vite derrière un pilier à sa droite. Il observa ensuite avec un peu plus d’attention le reste de la salle.
Il s’agissait en fait d’un véritable hall. Derrière lui, une immense porte, en bois olivâtre, haute comme quatre hommes. Les poignées métalliques avaient été sculptées de manière à ce qu’on croit qu’une pieuvre s’emparait des serrures, passant ses tentacules à travers le verrou. Le plafond, haut d’une dizaine de mètres, était la toile d’un tableau gigantesque : il y était représenté Cthulhu, la Terre enrobée dans sa barbe de tentacules, entouré de ses prêtres, disposés derrière lui en demi-cercle. Il aurait été difficile de déterminer si le tableau devait être pris au sens propre ou au sens figuré.
En descendant on se rendait compte que si la salle était vraiment haute de plafond, elle n’était pas aussi grande qu’on s’y attendait. Les entrées, identiques et aux bouts opposés du hall, étaient flanquées chacune de deux colonnes d’un matériau indéfinissable, puis suivies de quelques marches menant à une étrange partie de la pièce. Directement après les marches, sans porte, se trouvait un pédiluve qui couvrait tout le reste de la salle.
Arthur remarqua que deux autres adeptes se tenaient debout dans le bassin, et parlaient entre eux. Ils étaient semblables à ceux qu’il avait vu auparavant. En observant les acolytes qui lui avaient rendu une petite visite, il vit qu’aucun ne portait de chaussures. Leurs pieds écorchés témoignaient qu’il en était ainsi depuis longtemps. Les porteurs desdits pieds se mirent en mouvement, se rendant directement dans le pédiluve. Celui qui portait Amandine rit avec les autres :
- Nous avons la treizième vierge ! Il serait cependant fâcheux que nos frères soient en retard…
- Bah, le nécessaire pour le rituel est complet ! Quand je pense que les satanistes doivent en attraper 666, ha ! Ça me fait bien rire.
- Oui, mais elles n’ont pas besoin d’être vierges, ce qui est de nos jours un sérieux avantage.
- Bref, nous allons pouvoir commencer. Je vais chercher la Gardienne du Grimoire, préparez comme il se doit cette pucelle.
Celui qui tint ces mots s’en alla ensuite sortir par la porte opposée à celle d’Arthur. Ses quatre comparses se disposèrent autour d’Amandine, qui lévitait à un mètre de l’eau, au beau milieu du pédiluve. À ce stade-là, plus rien n’impressionnait son petit ami. Sortant de leurs ceintures des flasques de métal les prêtres ouvrirent les bouchons et, doucement, se mirent à oindre leur captive d’une huile dont Arthur pouvait sentir la puanteur de là où il était. Heureusement elle conserva tous ses vêtements.
Le dernier des encapuchonnés revint, suivi d’une femme portant un uniforme un peu différent des autres : il était totalement blanc. Sa tête n’était pas couverte par une capuche mais par un étrange casque en cuivre oxydé, couvrant les yeux, qui lui faisait une espèce de collerette derrière le crâne. Son pendentif ne représentait pas un poulpe arrachant un cœur, mais un livre ouvert dont les écrits luisaient du même éclat vert malsain que celui invoqué par la magie des adeptes. Ils était clair qu’il s’agissait de la Gardienne du Grimoire, d’un rang nettement supérieur aux hommes dans la salle. Elle questionna :
- Avez-vous vérifié qu’elle soit vierge ?
- Ne vous inquiétez point, ô Gardienne, nous avons pris le temps de nous assurer de cela.
- Dans ce cas, parfait. Les autres vont arriver d’un instant à l’autre, avec leurs pucelles respectives.
Elle leva les bras au-dessus de sa tête et sembla regarder quelque chose se trouvant dans l’œuvre du plafond. D’une voix vibrante de ferveur, elle déclara :
- Cette nuit, mes amis, restera gravée dans l’histoire comme celle de sa fin ! Cette nuit nous invoquons le plus sublime, le plus puissant d’entre tous ! Celui qui murmure dans les ténèbres… Ctuuuuulhuuuuuu !
- Iä ! Iä ! Cthulhu fhtagn !
Ces dernières paroles avaient été prononcés par les acolytes, entre temps rejoints par bon nombre de leurs semblables. La femme aveugle reprit :
- Cette nuit, nous utilisons la puissance infinie des abysses pour tirer notre maître de son sommeil ! Ainsi que d’autres l’ont dit avant nous, « N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ». Patience, mes frères, patience ! Bientôt, nous serons submergés par la grâce du dieu tentaculaire, ainsi que tous les hérétiques pullulant sur cette infâme planète ! Notre salut à tous sera remis entre les mains du grand Cthulhu… Et pour nos services, je vous l’assure, il nous accordera une place de choix dans son nouveau monde !
La salle était à présent bondée : tous les adeptes avaient rejoint la cérémonie, et tous priaient, exaltés. La Gardienne continua, emportée par son propre discours :
- Vous savez tous, chers Zélotes, que je suis depuis de nombreuses années la détentrice du Codex. Nous allons utiliser sa puissance, couplée à la nôtre, et les incantations qu’il contient ! Servons-nous… du Nécronomicon !
Elle leva les bras vers le Cthulhu du plafond. Il sembla à Arthur, observant la scène dans un silence religieux, que le monstre en deux dimensions s’animait pour ouvrir sa grande main griffue et palmée. Il ne rêvait pas : le dieu maléfique s’agita, et de sa main surgit un éclair qui partit en direction des bras de sa servante. Une fois que la foudre se fut abattue sur la femme, tout le monde put apercevoir qu’elle tenait à présent entre ses doigts en mauvais état un gros livre, à la couverture de cuir noir. Scrutant l’assemblée, elle poussa un cri de triomphe, bientôt relayé par ses collègues. Tous s’activèrent soudain ; leur chef tonna :
- Amenez les vierges ! Elles seront sacrifiées dans leur ordre de capture.
Quoi ? Un sacrifice humain ? Arthur pesta : il aurait dû s’interposer ! Empêcher ces fous de kidnapper Amandine ! Ainsi, il ne serait pas là, et n’aurait pas à regarder sa petite amie se faire ouvrir le ventre en l’honneur d’un dieu vétuste !
Il s’énervait contre lui-même, à présent, ce qui, quand on y pense, était assez égoïste, vu la situation de sa moitié. Mais, au fond de lui, il savait alors qu’il faisait bien. Il voulait déclencher la rage du péteur de câbles, ce qui ne se faisait que lorsqu’il se focalisait sur une petite chose insignifiante.
Les cultistes s’affairaient, et avaient déjà amené six des treize vierges. La prêtresse, qui maintenant lévitait, assise en tailleur au-dessus de la foule, feuilletait avec grande attention le Nécronomicon. La première de couverture était ornée d’un petit poulpe de jade, incrusté dans le cuir sombre.
- Ô, Celui qui murmure dans les ténèbres, vociféra la femme, nous t’invitons dans notre monde ! Puisses-tu le faire tien et y apporter ton salut !
La première vierge avait été assommée et flottait à la surface de l’eau du bassin. La fanatique arracha un morceau, rouillé et pointu, de son casque métallique. Elle le jeta sur sa victime au visage, et la lame improvisée se ficha dans les chairs faciales avec un bruit répugnant. L’eau du pédiluve s’empourpra, et on mit la deuxième vierge par-dessus la précédente afin de procéder pour la seconde fois au sacrifice.
Ayant assisté au meurtre, Arthur était choqué. Rien que l’odeur métallique du sang qui remplissait la salle lui donnait la nausée. Il lui avait toujours fallu un élément déclencheur pour déchaîner le péteur de câbles en lui. Or, le déclencheur était plus que présent, mais le péteur de câbles refusait de se montrer, paralysé par la peur.
Les Zélotes psalmodiaient à présent une funeste incantation, tous en chœur. Une autre fille tomba sur le tas, montant le nombre de corps à six. Les cadavres n’en étaient plus vraiment ; la peau et les muscles des sacrifiées avaient fondu pour se mélanger avec l’eau sanglante, et former une masse informe de tendons, de chairs et d’organes disparates.
Plus le rituel avançait et plus les adeptes chantaient fort. En assassinant la huitième vierge, et donc en détruisant un peu plus sa coiffe, la prêtresse révéla son crâne chauve et son front, où se trouvait un troisième œil, fermé.
L’horrible mélange qui baignait dans le bassin se mit à bouillir. Il remuait dans tous les sens, parfois même des bulles apparaissaient à sa surface immonde, puis éclataient en éclaboussant les fidèles les plus proches.
Arthur en avait assez. Il craquait. Il se tenait la tête avec ses mains pour ne plus entendre ni les humains immoraux qui sacrifiaient des innocentes, ni l’amas de viande surnaturellement vomitif. Il ne voulait plus rien entendre ; il ne voulait plus rien voir, sentir, toucher ou goûter. Il voulait perdre tous ses sens afin de pouvoir échapper à cet enfer bien trop violent. Il avait songé un moment à se jeter sous les lames de la tueuse, rien que pour pouvoir partir d’ici. Mais, malgré lui, il écouta d’une oreille distraite ce qui se passait, et ne capta qu’une phrase, qui suffit à le faire réagir.
« Cthulhu, la treizième vierge est à toi ! »
Le péteur de câbles s’empara de tous ses sens et appuya sur le bouton off, faisant pareil avec le cerveau et sa prudence. Désormais seuls le cœur commandait à ce corps, et lui ordonnait « Va la sauver ! ». Sans aucune peur et même emparé d’une euphorie guerrière digne des Vikings, Arthur sortit de sa cachette et sauta vers les acolytes. S’appuyant sur la tête de l’un d’eux, il bascula vers Amandine en hurlant son nom, et tendit la main en direction du projectile qui allait tuer la tuer. La flèche se planta dans sa paume, mais il ne broncha pas et saisit sa bien-aimée par la taille. Dans un effort surhumain, il sauta, la fille dans les bras, et atterrit hors du cercle des adeptes.
- Un hérétique ! Hurla la prêtresse, dont le troisième œil s’était ouvert en grand. Comment est-il arrivé ici ?
- Devons-nous l’attraper ? Demanda un fidèle.
- Non, il a la treizième vierge. Tuez-les !!!
Mais aucun éclair, aucun jet de flammes, aucune magie n’atteignit les adolescents. Tous les Zélotes regardaient la viande bouillonnante, qui gonflait démesurément.
- Cthulhu ! Il arrive ! S’écria la femme. il lui manque une vierge !
Plutôt que de courir vers Amandine, elle attrapa un de ses larbins par les cheveux, regarda sa tête et, la jugeant assez repoussante pour servir d’assurance pucelage, la jeta dans la soupe d’humaines.
L’air empestait la viande pourrie, et ce, tellement fort que tous dans la salle pouvaient en sentir le goût sur leurs lèvres. Un grand craquement résonna dans le hall qui, malgré sa hauteur de plafond était envahi par l’atroce tas de cadavres. Arthur observa, encore sous l’adrénaline du péteur de câbles, le Cthulhu du plafond s’animer de nouveau et se glisser dans la chair mouvante. Celle-ci cessa de se mouvoir. Elle se mit à se sculpter elle-même et à prendre un teint vert malsain déjà connu d’Arthur.
Les adeptes, dans une transe et une extase proches de l’orgasme, étaient accroupis dans le bassin dégoûtant. Ils admiraient, les bras ballants et la bave aux lèvres, leur Seigneur se matérialiser devant eux. Ils semblaient totalement « légumifiés », comme privés de leur volonté. Ni la prêtresse ni les jeunes survivants ne parurent aussi affectés par cette apparition.
La « pâte à modeler » sanglante avait maintenant fini de se former. Cthulhu correspondait bien à la définition de Wikipédia : monstre immense, ailes de dragon dans le dos, mains griffues et palmées, tête de poulpe et donc barbe de tentacules. Il se baissa, et s’approcha de la foule de serviteurs qui le dévisageait. La prêtresse prit la parole :
- Ô Maître, Ô sublime Dieu des océans, nous sommes tes humbles serviteurs, tes fervents admirateurs, et les artisans de ton retour sur cette terre ! Nous avons accompli le rituel ! Le Nécronomicon avait raison :  « N’est pas mort ce qui à jamais dort, et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ».
Cthulhu regarda sa servante et lui dit :
- Le rituel précise treize vierges, mortelle, et je n’en ai reçu que douze, le dernier humain n’étant pas puceau. Tu as de la chance que je sois de bonne humeur ! J’ai tué pour moins que ça.
La créature tourna son faciès animal vers Arthur et Amandine
- Je suppose que ces deux personnes ne font pas partie de mon culte, et que la fille est la fameuse vierge, sauvée par le garçon. J’admire ton courage, petit.
En un éclair, il saisit le couple avec ses tentacules. Approchant le jeune homme de ses yeux jaunes, il lui fit entendre dans sa tête :
- Malheureusement, tu nuis à mes plans, et je ne peux pas me permettre de te garder en vie.
Arthur se mit à se débattre, mordant les membres visqueux. Cela ne plut pas à Cthulhu ; il déversa sa volonté divine sur le jeune homme qui se mit à hurler de douleur en convulsant.
Puis, sans savoir qu’il était, avec sa copine, le premier d’une longue série, l’insignifiant humain se fit dévorer par Celui qui murmure dans les ténèbres.

Note : Toutes les informations données dans ce récit à propos de Wikipédia ou de l’univers Cthulhique sont tirées des œuvres de Lovecraft. Et donc, en termes littéraires, entièrement vraies.
Loup

boxer

Nash, le péteur de câbles, un pro

Il y a longtemps déjà, nous avions un boxer du nom de Nash.
J’avais toujours cru que c’étaient des chiens calmes.
Après un début de vie périlleux (on aurait dit un petit Biafrais qui tenait à peine sur ses quilles..), il était resté de petite taille, mais pétait la forme.
A vrai dire on ne savait jamais ce qu’il allait pouvoir inventer en notre absence.
C’était un spécialiste en tout genre :
- une fois il avait crevé de ses dents acérées toute la réserve de jus de fruits, une douzaine de packs.
- une autre fois il avait réussi à ouvrir une boîte de chocolats, découpant l’emballage cadeau  par le milieu, sans laisser de trace.
Là, c’était trop fort !
Sur la terrasse nous avions un aquarium, la fierté des enfants.
Des bulles, de la lumière, un jardin aquatique.
A notre retour du travail un soir, surprise, plus rien ne fonctionnait.
Qui donc avait soigneusement sectionné le câble d’alimentation électrique ?
Ce ne pouvait être que lui.
Nous l’avons surnommé Nash, «Le péteur de câbles ».
Pourquoi pas ?
Il existe bien des chiens d’aveugles, des chiens renifleurs, des chiens boxers ou boxeurs..
Nous avons toutefois fait en sorte de ne plus jamais l’autoriser à exercer ce périlleux métier.
Lucile


Exercice
 : Ils se réunissaient chaque mois, un coup chez l’un, un coup chez l’autre. Cette fois, c’est Vendredi qui recevait. Mercredi s’était excusé, un cinq à sept le retenait ailleurs.

jours

Ils se réunissaient chaque mois, un coup chez l’un, rarement chez l’autre. Cette fois exceptionnellement c’est Vendredi qui recevait. Mercredi s’était excusé. Un autre cinq à sept le retenait ailleurs.
Semaine était leur famille et, comme de bien entendu, ils étaient sept. Ces gros bonnets de la finance avaient, comme de bien entendu, un magnifique ego. Leur mois, bien que changeant toutes les quatre semaines environ, cherchait toujours à surpasser les autres. C’est ainsi que Lundi cherchait à subjuguer Jeudi et haïssait Dimanche qui le précédait toujours. De plus, quand dans le décours de la conversation on lui disait « comme un lundi », il pétait un câble. Mardi était un peu gras, surtout en février. Mercredi s’occupait de ses petits-enfants et avait un peu délaissé les actionnaires, mais touchait ses dividendes. Jeudi était jupitérien mais jovial. Vendredi haïssait le poisson surtout le premier jour d’avril. Samedi avait finalement accepté de réunir chez lui les membres de la famille Semaine, même s’il faisait shabbat. Dimanche savait qu’il était le meilleur puisqu’il golfait.
C’était un cinq à sept parce qu’on tolérait l’absence de deux membres maximum, pour atteindre le quorum. De quoi discutait-on lors de ces séances peut-être contradictoires ? De tout et de rien. Que finalement les heures sont longues et que les jours se suivent et se ressemblent.  On essaya bien des les remplacer, ces jours si longs. On obtint seulement de leur donner un nom étranger, chinois ou arabe, ou de les représenter par un idéogramme. Tout cela n’avait guère d’importance et ils optèrent à chaque fois pour le statuquo. Leurs revenus gérés par intelligence artificielle croissaient chaque jour de la semaine que les cours montent ou descendent.
Leur credo était qu’à chaque jour suffit sa peine, surtout s’il n’y en a aucune, de peine.
Bertrand

Jeudi arriva le premier, il était toujours en avance, pressé d’être vendredi…
Lundi, au contraire, se pointa largement en retard, comme d’habitude. Toute sa sainte journée, il ne faisait que trainer. Mardi, un peu plus guilleret, mit le pied sur la porte pile quand dix-sept heures sonnait. Pendant ce temps, Vendredi, en rajoutait, disant qu’il était le préféré ; il prenait son temps, paradait.
Les jumeaux, samedi et dimanche, arrivèrent bien sûr en même temps, mais à peine furent-ils là qu’ils voulurent s’éclipser. Jeudi rouspéta :
-       C’est toujours pareil, dès qu’on vous voit arriver, vous disparaissez aussitôt. Pas moyen de faire quoi que ce soit avec vous !
Soudain, Vendredi demanda le silence et annonça d’un air grave :
-       Chers amis, plus que jamais, nous avons besoin d’être soudés car voilà que j’apprends que cette semaine, on va nous retirer une heure. Alors je vous demande : qui voudrait bien se sacrifier ?
Un silence pesant plana. Personne ne voulait se voir amputer d’une heure, il passait si vite déjà… Mardi demanda :
-       Et pourquoi veut-on nous voler une heure ?
-       Vous le savez bien, comme chaque année, nous allons entrer dans l’heure d’été. Mais soyez sûrs que cette heure que vous allez généreusement donner vous sera rendue en octobre… enfin… en principe.
-       Comment ça, en principe ?
-       Parce que, en général, c’est toujours entre le samedi et le dimanche qu’on la rend…
Les jumeaux firent comme s’ils n’avaient pas entendu et, inséparables, proposèrent une demi-heure chacun, mais bien sûr, la proposition ne fut pas retenue.
Voyant que personne n’était prêt à s’amputer de la moindre minute, Vendredi proposa que cette année, à l’unanimité, c’est Mercredi qui serait raccourci… Eh oui ! Les absents ont toujours tort !
Fabienne

Ils se réunissaient chaque mois un coup chez l’un, un coup chez l’autre et  c’était toujours une fête mémorable, bien arrosée comme il se doit et réjouissant les papilles de chacun ce qui ne gâchait rien.
Lundi avait une âme d’artiste et profitait des débuts de soirée, encore sobre, pour montrer quelques toiles et réciter d’obscurs et tortueux poèmes.
Mardi  pour sa part, était l’organisateur émérite de ces sympathiques agapes.
Mercredi en  était le bout en train, celui  qui savait comme personne faire prendre la mayonnaise en faisant de chacune de ces rencontres mensuelles un joyeux moment de détente où blagues et rires fusaient.  Évidemment, ce caractère enjoué  faisait de lui la coqueluche de la joyeuse assemblée.
Jeudi était le plus taciturne mais savait lever le coude avec une régularité de métronome tout en resservant chaque convive. Aucun verre vide ne lui échappait.
Samedi et Dimanche étaient copains d’enfance  et depuis leur plus jeune âge  adoraient faire des blagues qui, hélas ! n’étaient pas toujours du meilleur goût.  Cette fois-là c’est vendredi qui recevait mais malheureusement mercredi était absent,  un cinq à sept le retenait ailleurs. Personne ne connaissait l’heureuse élue  car mercredi, contrairement à son habitude, avait été très discret sur cette relation. Son absence ne pouvait passer inaperçue et  tout le monde s’interrogeait, vendredi n’ayant pas voulu écorner le secret.
Samedi et Dimanche, sans ce consulte, mais d’un accord tacite, étaient bien décidés à intervenir pour percer ce mystère et révéler à tous l’identité de la jeune-femme ; pas de cachotterie possible avec des amis de si longue date ! Grâce à quelques coups de fils judicieux, ils eurent tôt fait de retrouver la trace de Mercredi et même de connaître le numéro de la chambre d’hôtel.  S’ils n’allèrent pas jusqu’à frapper à la porte des tourtereaux, ils usèrent sans modération du téléphone, appelant environ toutes les cinq minutes. Au final, ce rendez-vous galant fut un fiasco et la demoiselle, verte de rage, quitta discrètement l’hôtel, se jurant bien de ne jamais renouveler une aussi lamentable expérience. Mercredi, confus, dépité mais surtout en colère  était bien décidé à se venger et n’avait aucun doute sur la provenance des appels. Il bouda donc  les réunions pendant de longs mois, ne voulant plus partager son temps avec de tels goujats. Les assemblées mensuelles qui suivirent furent bien ternes et amputés  de leur cher mercredi, les autres jours de la semaine  regrettaient amèrement cette plaisanterie indélicate. Après une ultime réunion sans intérêt, ils décidèrent de présenter leurs plus plates excuses espérant ainsi  le retour  de leur frère de cœur.  Cette exclusion pesant finalement autant à la victime qu’à ses tortionnaires Mercredi revint et fut vivement acclamé par tous. Si personne n’osa réitérer ce genre de plaisanterie douteuse,  il est vrai cependant que les cinq à sept, s’il y en eut, ne coïncidèrent  plus jamais avec les rendez-vous mensuels de la joyeuse assemblée.
Patricia

Le club des AGPARM (Amicale des Gens Presque Anonymes se Racontant leurs Mésaventures) se réunissait chaque mois, selon un planning bien défini ; généralement, quand L’un ne recevait pas, L’autre prenait le relais, mais ce jour-là Vendredi était l’hôte, malgré l’absence de Mercredi, sa sœur. On pouvait trouver dans l’assemblée Quelqu’un, Chacun, Vendredi évidemment, Personne, et pour finir L’un et L’autre, en jumeaux inséparables. Tout le monde était présent, mais L’autre se rendit compte de l’absence de Mercredi. Il questionna Vendredi :
-       Pourquoi ta sœur n’est pas là ?
-       À ton avis ? Il n’y a que deux réponses : soit elle mange, soit elle baise. Parfois même les deux en même temps.
Tout le monde fut choqué par ce vocabulaire si cru, mais Quelqu’un pensa qu’il faudrait demander à Vendredi le numéro de cette femme extraordinaire.
Le début de la réunion fut assez chaotique : Chacun voulant prendre la parole, une dispute avec L’un et L’autre avait éclaté. Personne ne resta indifférent, et demanda à Vendredi de calmer le jeu. Tout le monde argumenta, en disant qu’il avait quelque chose à dire de très important, que Personne ne pourrait raconter. Quelqu’un, en bon alcoolique, avait vidé une bouteille et voulait en venir aux mains avec Chacun. Avec l’aide de L’un et de L’autre, Vendredi parvint à maîtriser la situation.
La tablée désormais plus paisible, hormis le fait que Quelqu’un gisait sur sa chaise, en plein coma éthylique, Personne ne prit la parole. Tout le monde commença à s’agiter, Chacun voulant parler, mais Quelqu’un se réveilla, et Vendredi l’allongea sur le canapé. L’un commença :
-       Nous sommes tous ici car nous sommes affublés de noms ridicules, nous sommes là pour parler de notre semaine éreintante, et de tous les malheurs que nous subissons quotidiennement rien qu’à cause de nos noms, alors écoutons Chacun, même si cela déplait à Tout le monde.
Chacun prit la parole, racontant sa journée, ses petites joies, ses petites misères, bien plus nombreuses, et au final Personne ne se sentit soulagé de son épuisement. Vous l’aurez compris, c’était le négativosaure du groupe. Craignant que la situation ne dégénère de nouveau, L’autre demanda à Tout le monde de se calmer, et de parler devant l’assemblée. Tout le monde se sentit merveilleusement bien après cela, puis, comme d’habitude, Tout le monde attendit Vendredi avec impatience. Celui-ci s’étant endormi, bercé par les ronflement et les hoquets de Quelqu’un, il se releva et passa son tour. Chacun fut très déçu, Vendredi ayant une grande popularité et un charisme bien à lui. Tout le monde, pour une fois, fut de l’avis de Chacun, car comme Quelqu’un lui avait dit une fois, « Vendredi tout est permis ». L’un et L’autre parlèrent à tour de rôle. Puis, pour finir, Personne ne continua, mais Tout le monde considéra la soirée comme déjà bien remplie.
Loup

31 octobre, 2018

Atelier d’écriture du 29 octobre 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:59

C’est bientôt HALLOWEEN !!!

Halloween

DEVOIR : Spécial Halloween

Vous devez passer une nuit dans un château hanté

chateau

Un château en T ? A choisir, j’aurais préféré une autre lettre !
Fabienne

Exercice : logo rallye
Commencer un texte par cette phrase :

Il enfila son jean, un tee-shirt et un pull aussi noir que ses longs cheveux qui tombaient entre ses omoplates

Puis, continuer toutes les 3 minutes à insérer les phrases suivantes dans le texte, afin qu’elles arrivent de manière tout à fait naturelle :

Il prit ses clés dans le vide-poches et sortit. Il ne fallait pas trainer car il devait arriver avant dix-sept heures, il leur avait promis. Sa voiture, puissante, avalait les kilomètres avec une facilité déconcertante. Il ne serait pas en retard. Ça y est,
-       Il arrivait presque ; la route commençait à descendre et à tourner, le virage prenait forme
Il se gara au bout du chemin, près de la maison.
-       Au loin, dehors, des tronçonneuses hurlaient, des arbres chutaient dans un fracas assourdissant
Il sonna et attendit. Personne ne vint ouvrir, alors, il poussa la porte qui n’était pas fermée
-       J’ai une drôle d’impression là, juste maintenant… comme si j’avais déjà fait ça
Il pénétra dans la maison silencieuse. Normalement, les enfants auraient dû lui sauter dessus avec des cris joyeux, sa sœur lui aurait dit qu’il avait l’air fatigué et qu’il devrait se reposer, prendre des vacances et son beau-frère lui aurait fait un clin d’œil complice… bref, la routine. Mais là, tout était différent ; la maison même semblait hostile, froide. Une porte grinça… c’était la porte de la chambre. Un courant d’air certainement. Pourtant aucune fenêtre n’était ouverte. Ses poils commencèrent à se hérisser. Où était sa famille ? Il pensa qu’il dramatisait trop vite et se calma. Peut-être qu’ils étaient tous cachés et voulaient lui faire une surprise…
-       C’est peut-être le point de vue le plus plausible, puisqu’il laisse encore place au hasard et d’une certaine façon à la liberté, se dit-il
Au fond de lui-même, pourtant il savait que quelque chose de grave était
arrivé.
Fabienne


Exercice
 : nuit de brouillard

dame blanche

 C’était une nuit de brouillard froide et sinistre. Il roulait lentement car il ne voyait pas à deux pas. Quand soudain, à sa droite, une forme blanche traversa la route… puis se retrouva, il ne sut comment assise à côté de lui. Quand elle tourna la tête vers lui, il se mit à hurler sans pouvoir s’arrêter et alla s’encastrer dans un arbre. Le dernier son qu’il entendit fut un ricanement horrible suivi d’un « bienvenue enfer ! ».
Fabienne

DEVOIR du 22 octobre : trouver une origine originale à l’expression : l’affaire est dans le sac

L'affaire

La bande des Chétifs

La bande des Chétifs s’est formée au XVIIème siècle. Le nombre de membres reste flou, mais nous savons qu’il a oscillé entre cinquante et plus de quatre cents au cours de son existence. Leurs plus beaux larcins furent sans aucun doute le vol des bijoux de la Castafiore et le meurtre de celui qui deviendra le fantôme de l’opéra. Mais surtout, nous devons à ce gang de l’ancien temps l’une des plus célèbres expressions françaises : l’affaire est dans le sac. En effet, pour caractériser l’objet de leur convoitise qui pouvait être un bijou, un meurtre ou même un enlèvement, leur chef, Lucien Malvaux, avait imposé d’utiliser le mot « affaire ». Ce choix devait permettre de ne pas attirer l’attention lors de discussion en public. Cette même formule était utilisée pour signifier discrètement que l’opération avait été accomplie. Les membres envoyaient ainsi un simple courrier précisant que l’affaire était dans le sac. Lorsque les services du roi réussirent enfin à attraper Lucien Malvaux, faisant ainsi tomber la bande des Chétifs en l’an 1683, l’affaire fit grand bruit. Tous les journaux de l’époque titrèrent « L’affaire est dans le sac » lorsque Malvaux fut pendu en place publique. L’expression ne tarda pas à être reprise par toute la population et elle a subsisté, sans changement, jusqu’à nos jours.
Claire

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Bref, une époque où il n’existait ni ordinateur, ni multimedia, ni quoi que ce soit qui ressemblât à un archivage dématérialisé.
Alphonse Dutour était un avocat connu et reconnu. Il était très minutieux et gardait donc toutes ses pièces justificatives. Mais il avait horreur du désordre. Il fallait donc qu’il trouve quelque chose pour ranger ces documents car on n’avait pas encore inventé l’attaché-case. Alors, il eut l’idée de faire fabriquer des sacs en toile de jute par sa servante, Germaine.
Pour chaque nouvelle affaire, Germaine cousait un nouveau sac. Au plus le sac était grand, au plus il y avait de preuves. Il vérifiait toujours tout et plutôt deux fois qu’une. C’est pour cette raison que ses clients étaient toujours acquittés. Quand sa plaidoirie était terminée, Alphonse levait le sac à la vue de tous et en fermait solidement les attaches, en disant : « et voilà, j’ai vraiment bien travaillé et l’affaire est toute dans le sac. On n’aura pas besoin d’y revenir ! ». Cette expression plut tellement aux autres magistrats qu’ils l’adoptèrent aussitôt et qu’elle passa à la postérité.
Germaine admirait son maître. Il était habile, beau parleur et surtout bien fait de sa personne. Après un an à son service, cette admiration se transforma en amour. Un amour d’autant plus fort qu’il était secret. Germaine n’en parla à personne, mais elle cousit un gros sac et à l’intérieur, elle y mit un cœur et un poème simple et naïf :

 Je t’aime tant mon Alphonse
Mais n’attends aucune réponse
Car cet amour doit rester secret
Je ne suis pas de ton monde
et ne le serai jamais

Ensuite, elle suspendit le sac très haut, afin que les rats ne le mangeassent point mais aussi pour que son maître ne le vit pas.
En rentrant du palais de justice ce matin-là, alors qu’il venait de gagner un nouveau procès – un homme qui avait tué l’amant de sa femme et qui venait d’être acquitté – Alphonse se rendit dans son bureau pour y déposer ses affaires. Il vit immédiatement ce nouveau sac et se demanda ce qu’il contenait car ce n’était assurément pas lui qui l’avait suspendu si haut. Contrairement à son habitude, il décida de monter à l’échelle pour voir ce qu’il contenait. Lorsqu’il découvrit le secret pas si bien caché que ça, il en fut tout ému. Germaine était fraîche, bien tournée et avait un joli minois. Avec un peu d’éducation et de beaux atours, elle ferait une épouse honorable. Allons donc, encore une fois : l’affaire est dans le sac ! se dit-il.
Fabienne

25 mars, 2018

Atelier d’écriture du lundi 5 mars 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:43

DEVOIR : Ecrire 10 lignes tous les jours pendant au moins 5 jours sur le sujet suivant :
Ecrire une histoire d’amour à l’eau de rose avec les pires clichés du genre.

roman

L’innocence de l’amour

La jeune fille qui lui manucurait les mains s’appelait Suzette. Suzette Poitevin. Mais elle était très jolie, trop jolie pour s’appeler Suzette ou Ginette ou Paulette. Non, il faudrait changer ça. Pourquoi pas Jenny ou Kathy, ou Cindy ? Oui, Cindy conviendrait à cette beauté blonde qui regardait le monde avec de grands yeux clairs et innocents mais dont le corps superbe évoquait plutôt les plaisirs et la luxure. Elle avait tout juste 18 ans, il s’était renseigné, parce qu’une mineure, ça non ! Il ne fallait pas y toucher.
Il la regardait s’activer sur ses ongles à l’ovale impeccable, penchée sur lui… Ses cheveux d’un blond pâle enfantin, ses mains douces, sa bouche vermeille qui laissait parfois échapper un petit rire cristallin, tout était parfait, tout l’excitait et il laissait aller son imagination… Oui, décidément elle méritait mieux que ce salon, certes convenable, mais où sa beauté  passait inaperçue : il fallait un écrin digne de ce bijou !
–      Merci infiniment, mon petit, vous avez des doigts de fée !
Puis il murmura, pour elle seule :
–      Vous méritez mieux, savez-vous ?
Et il s’en alla.
Suzette regarda partir ce client avec un air d’adoration. Son cœur bondissait dans sa poitrine comme chaque fois qu’il lui adressait un compliment. Elle se savait jolie, évidemment, les garçons de son âge le lui disaient avec leurs mots crus. Mais  elle détestait leur langage vulgaire. Tandis que cet homme ! Il était si beau : la cinquantaine altière, les tempes grisonnantes… Et quel raffinement dans sa toilette ! Sa peau était douce et parfumée… Quant à ses yeux ! Ils la faisaient chavirer : leur éclat d’un bleu acier l’avait envoûtée dès le premier jour… Elle se sentait transir et brûler chaque fois qu’ils se posaient au fond des siens…
Aujourd’hui, après lui avoir glissé un gros pourboire, car il était riche et généreux, il lui avait susurré : vous méritez mieux ! Elle avait failli s’évanouir de bonheur !
–      Suzette, il faudrait peut-être arrêter de rêvasser et te remettre à ton travail. Madame Bouchou attend son vernis !
Dès la semaine suivante, il l’invita à prendre un thé dans le salon le plus huppé de la ville : il ne fallait pas effaroucher la petite. Puis il lui donna comme une faveur son prénom : Mark. Et il la raccompagna dans la modeste pension où elle logeait et lui baisa la main. Aucune familiarité dans son attitude. Elle acheva d’être séduite : cet homme, beau, intelligent et riche, la respectait ! Il laissa passer huit jours encore avant de lui proposer une invitation au restaurant : là, il lui prit tendrement la main et lui avoua son amour !
–      Vous me troublez, mais, non, non, il ne faut pas ! Vous êtes si jeune ! Il faut cesser de nous voir.
Quelques larmes embuèrent les beaux yeux bleus de Suzette.
–      Mais, vous pleurez ! Cela me fend le cœur… Vous m’aimez donc un peu ?
–      Oh, oui ! Répondit-elle dans un soupir
Ils firent encore quelques sorties et elle se laissa aller à des confidences : elle avait perdu ses parents très jeune et s’était retrouvée seule dans la vie. C’était la première fois qu’elle rencontrait un gentleman, quelqu’un qui la rassurait, la comprenait, l’aimait vraiment ! Alors il posa doucement sa bouche sur la petite bouche vermeille : elle s’enflamma aussitôt, elle attendait ce moment depuis si longtemps ! Le baiser se prolongea, devint profond, la main de Mark se posa au bas de ses reins, il la pressait fort contre lui et elle sentait son désir impérieux. La tête lui tourna et elle lui aurait volontiers cédé, là, toute de suite… Mais il la retint.
–      J’ai un grand projet pour vous, je vous en parlerai demain.
Le lendemain, en effet, après une promenade dans son coupé Mercédès et un déjeuner gastronomique, il lui révéla qu’il connaissait personnellement un producteur de cinéma et que, si elle le désirait, il pourrait l’aider à devenir actrice : sa beauté était un passeport pour la réussite ! Bien entendu, il lui faudrait un book et justement il connaissait un jeune photographe talentueux qui saurait la mettre en valeur.
–      J’ai pensé à votre nom d’actrice : Cindy Marchal. Cela sonne bien n’est-ce pas ? Cela vous plaît ?
A ce stade de leur relation, Suzette était prête à dire oui à tout. Elle s’inquiétait un peu de voir que Mark ne semblait pas aussi amoureux qu’il le disait, puisqu’il s’arrêtait toujours devant sa porte après un baiser et quelques caresses hardies. Elle le provoqua en émettant le désir d’aller passer un week-end avec lui à la mer.
–      Vous êtes certaine que c’est bien votre désir ?
–      Oui, répondit-elle dans un souffle, je me donne à vous.
–      Alors nous partirons la semaine prochaine, j’ai hâte de vous prendre, ma chérie, j’attends ce doux moment depuis notre première rencontre mais je ne voulais pas vous brusquer.
Cindy était conquise, entièrement, corps et âme. Elle se donnerait à Mark avec toute la fougue de sa jeunesse et l’innocence de son âge.
Vint le moment de faire les photos. Mark suggéra une combinaison courte à fines bretelles. Il faut mettre en valeur ton corps, ma chérie, laisse-moi faire. Le brusque tutoiement émut Cindy, et elle accepta.
Le photographe, Antoine, commença son travail mais Mark n’était pas satisfait : la pose était trop banale, trop sage… Il passa derrière Cindy et, posant ses mains sur les épaules de la jeune femme, il abaissa brusquement les bretelles pour dévoiler ses seins. Surprise et gênée, elle protégea sa poitrine de ses mains en regardant Antoine.
–      Non, non ! Pas ça !
–      Mais enfin, ma petite, je vous assure que c’est ce qui plaît. Toutes les jeunes femmes passent par là. Vous allez vous habituer. Laissez-moi révéler ces seins fermes et aussi ces cuisses galbées, ajouta-t-il en relevant la combinaison.
–      Non, non ! Je ne peux pas ! Ne me demandez pas de me mettre nue !
A ce moment-là, Antoine se manifesta :
–      Vous voyez bien, Monsieur, que cette jeune femme n’est pas consentante !
–      De quoi te mêles-tu ? Fais le boulot pour lequel je te paie, petit photographe de merde !
Jamais Cindy n’avait vu Mark dans cet état, il écumait littéralement de rage, elle ne reconnaissait pas l’homme policé et courtois qu’il était avec elle. Elle prit peur :
–      Attends, je t’en prie, je vais essayer, ne te fâche pas !
Mais elle pleurait maintenant à petit bruit et se mit à renifler.
–      Je refuse de faire ces photos dans ces conditions !
Antoine commença à ranger son matériel… Mark, excédé, sortit brusquement après avoir lancé à Cindy :
–      Quand tu seras décidée à ne pas rater ta chance, tu me préviendras ! Ma pauvre fille, il y en a d’autres qui ne demandent que ça !
Antoine aida Cindy à se rhabiller et acheva de lui ouvrir les yeux sur le personnage qui l’avait séduite :
–      C’est un rabatteur pour plusieurs agences d’escort girls. J’ai déjà travaillé pour lui, on est bien obligé d’accepter pour pouvoir manger, mais les femmes étaient toujours consentantes et demandeuses, vous ce n’est pas pareil. Allez, mouchez ce joli nez et venez boire un café avec moi au bistrot du coin pour vous remettre de votre déception !
Une amitié naquit : quand ils en furent aux confidences, elle lui avoua qu’elle s’appelait en réalité Suzette, il trouva cela charmant. Il avait vingt ans, ils allèrent danser dans une guinguette au bord de la Marne, ils se baignèrent dans des rivières limpides, ils mangèrent des hamburgers et des cerises, le printemps était tiède et incitait à l’amour. Suzette comprit qu’elle n’avait pas besoin de luxe : la Twingo d’Antoine, les bistrots, un métier honorable, comme le sien, lui parurent le comble du bonheur. Elle ne revit jamais Mark et ne le regretta pas.
Quand Antoine l’embrassa pour la première fois, elle sut qu’elle avait trouvé l’homme de sa vie.
Huguette

 

Un employeur si sévère…

Promise depuis sa plus tendre enfance au fils d’un puissant homme d’affaires, ami intime de son père, le redoutable Clarck DAWSON, Frances avait, du jour au lendemain, claqué la porte à un destin tout tracé laissant derrière elle, famille, amis et un poste de secrétaire où elle s’épanouissait au sein d’une équipe chaleureuse. Fuir, il lui avait fallu fuir, c’était pour elle une question de survie. Elle n’avait certes, rien contre l’idée du mariage mais elle l’envisageait comme l’union de deux cœurs sincères et non comme la fusion fructueuse de deux porte-monnaies.
Hasard ou providence, elle était tombée quinze jours plus tôt sur une petite annonce recrutant une jeune fille au pair parlant anglais et français pour parfaire l’éducation d’une adolescente résidant à Mascate, capitale du sultanat d’Oman. Elle s’était aussitôt empressée d’envoyer un courrier et, miracle ou destinée, elle avait été embauchée.
Les 18 heures de voyage entre San Francisco et Mascate l’avaient épuisée. Un peu pâlotte et intimidée, elle redressa néanmoins fièrement sa tête et serrant très fort son élégante valise de cuir beige, tenta de repérer dans le hall de l’aéroport ses futurs employeurs. L’inquiétude commençait à la gagner quand un homme en tenue traditionnelle se présenta à elle en sa qualité de chauffeur de Monsieur ARAM. Après les formules de politesse d’usage, il l’invita à le suivre et lui remis un courrier signé de son employeur. Rassurée et impressionnée, elle grimpa alors dans l’immense limousine blanche dont l’air climatisé la revigora.  Bientôt, elle put admirer les rangées de maisons blanches et les jardins impeccablement entretenus qui se succédaient. Au passage, elle avait eu la chance d’apercevoir le minaret bleu de la grande mosquée  et elle s’imaginait déjà  déambulant entre les échoppes vivantes et colorées des souks.
Dès son arrivée dans l’imposante demeure, la gouvernante lui présenta Salima. L’adolescente, tout juste âgée de quatorze ans avait encore  sur son visage avenant  les rondeurs de l’enfance et sous sa frange brune, deux yeux sombres au regard direct pétillaient. Sans façon, l’adolescente lui tendit une main franche ; rassurée, Frances sut d’emblée  que leurs rapports seraient des plus cordiaux. Hélas ! A peine M. ARAM  passa-t-il  la porte que Frances perdit vite de sa belle assurance. L’homme, d’environ trente cinq ans, impeccablement vêtu, affichait un air sombre et autoritaire ; d’épais sourcils  et un menton carré renforçaient son air sévère.   Après une formule de politesse  convenue, il lui serra brièvement la main et sans un sourire, l’invita à passer dans son bureau pour discuter du futur emploi du temps et l’avertir des obligations auxquelles elle devrait impérativement se soumettre. Veuf depuis trois ans déjà et très accaparé par son travail, il attendait de Frances  qu’elle fasse de sa fille Salima une jeune femme accomplie, participant aux nombreux diners et réceptions que ses obligations professionnelles lui imposaient. L’accueil protocolaire et très froid de M. ARAM  l’a mit immédiatement mal à l’aise,  d’autant que de ses yeux bleu acier il semblait fouiller au plus profond de son être. Très gênée, elle rougit violemment mais, sans égard, il crut bon d’ajouter : « il est évident, Mademoiselle, que nous attendons de nos employés la plus grande discrétion et une tenue exemplaire » et sur ce, sans plus de façon, il la congédia pour vaquer à ses occupations.
Le temps passant, elle parvint à  s’adapter à son nouvel emploi, Salima était adorable. Cependant, les relations avec son employeur demeuraient tendues. Il avait toujours avec elle cette dureté de ton qui la paralysait et ce regard pénétrant qui chaque jour la  troublait davantage. Comme à l’inverse avec Salima, bien que rigoureux dans ses principes, il se montrait toujours affectueux et très attentif, Frances  se laissait parfois aller à penser que sous l’implacable carapace, M. ARAM cachait  un cœur sensible trop durement écorché par la vie.
Toujours élégante et raffinée, habituée depuis l’enfance aux mondanités, elle n’eut aucune difficulté pour y initier Salima. Peu à peu  M. ARAM sembla baisser sa garde et il lui adressait même parfois un sourire approbateur, courtois sinon amical. Il lui arriva même de sentir sur elle le regard bleu acier de son employeur et de croiser furtivement son regard. Un jour, elle prit brusquement conscience de l’étrangeté de sa propre attitude : elle guettait le moindre signe d’attention et l’attendait même avec une impatience croissante. En émoi, elle s’interrogea sur la nature de son trouble. Se serait-elle stupidement amourachée de son employeur ? Non ! C’était, hélas, une voie sans issue et pour éviter de souffrir il lui fallait sans délai mettre fin à ces divagations.  La proximité quotidienne de son employeur rendait la chose difficile sinon impossible et la seule solution  qui lui parut vraiment efficace fut de donner sa démission, ce qu’elle fit dès le lendemain.
M.ARAM, pour sa part, avait depuis longtemps perçu l’évolution des sentiments de sa trop jeune employée mais la différence d’âge, un passé encore douloureux lui avait permis de garder ses distances. Cependant, face à l’urgence, ses belles résolutions firent long feu. Il prit tendrement les mains de Frances dans les siennes et elle reçu en plein cœur la décharge de son  regard profond où, éperdue, elle put lire les prémisses de sa vie future.
Patricia

Les larmes les plus douces

Tout en nettoyant la suite nuptiale du grand palace où elle venait d’être embauchée, Perlita était contrariée. Son uniforme strict n’arrivait pas à masquer sa silhouette de rêve ni à faire oublier son visage à l’ovale parfaitement rond, aux yeux couleur d’huitres et à la bouche gourmande comme une vieille chatte.
Sa maman avait été malade toute la nuit : elle avait encore craché ses poumons. Elle l’avait quittée au petit matin, au moment où, enfin, épuisée, elle s’était endormie. Perlita, quant à elle, avait chassé la fatigue avec un café bien serré et une douche froide. Elle avait ensuite préparé ses trois frère et sœurs pour l’école puis s’était rendue au travail.
La porte claquée à la volée par une furie la sortit de ses tristes rêveries. Une jeune femme, qui aurait pu être très belle si elle n’avait pas été si en colère l’apostropha durement :
-       Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
Le tutoiement blessa Perlita et la laissa sans voix :
-       Je… Je vous prie de m’excuser, j’ai terminé.
Perlita ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec un homme d’une beauté si parfaite qu’elle en eut le souffle coupé et que son cœur s’arrêta de battre. Grand, si large d’épaules qu’il ne pouvait passer une porte que de profil, brun, de magnifiques yeux verts crocodile et une bouche qui appelait les baisers. Visiblement, lui aussi fut surpris. Le temps s’arrêta. Ils se regardèrent, les yeux dans les yeux, et plus rien autour d’eux n’exista. Ils se retrouvèrent soudain sur un nuage rose où des angelots jouaient de la harpe.
-       Kévin, laisse passer la bonne !
L’enchantement se brisa et Perlita prit la fuite, tout en se disant qu’elle n’était pas une bonne, mais une femme de chambre.
Toute la journée, elle ne put penser à rien d’autre. Le regard du si beau Kévin était gravé dans sa tête. Le soir, elle tenta de chasser cette image et s’occupa de sa maman et de ses frères et sœurs avec encore plus d’attentions que d’habitude. Elle se sentait coupable de penser à cet homme qui, visiblement n’était ni de son monde ni libre, mais elle ne pouvait s’en empêcher.
Le lendemain, à peine eut elle franchi l’entrée de service que la gouvernante, un sourire cruel aux lèvres, l’apostropha :
-       Le directeur veut te voir, et sans tarder !
Ce n’était pas bon signe et Perlita sentit ses intestins prêts à la lâcher. Elle serra les fesses et monta au dixième et dernier étage. La secrétaire du directeur l’attendait et lui ouvrit immédiatement la porte.
-       Mademoiselle heu… Perlita, Madame Rubis Montès s’est plainte qu’une bague en diamant de grande valeur a disparu hier de sa chambre et comme vous êtes la seule personne à avoir pénétré dans la suite, elle dit que vous l’avez volée.
-       Mais Monsieur le Directeur, ce n’est pas vrai ! tenta de se disculper la jeune femme.
En vain ! Le directeur la renvoya immédiatement et la somma de rendre la bague avant le soir sinon la police se chargerait d’elle.
En sortant, elle pleurait toutes les larmes de son corps et bouscula quelqu’un.  Tête baissée, elle s’excusa. Alors, une belle main aux ongles parfaits souleva son menton. C’était Kévin. La magie opéra à nouveau, ils restèrent rivés l’un à l’autre, seuls au milieu du monde. Soudain, Kévin s’aperçut qu’elle avait pleuré.
-       Mais que vous arrive-t-il, Mademoiselle…. ?
-       Perlita, je suis Perlita, la femme de chambre.
-       Oui, je sais, je vous ai vu hier. Alors, qu’est-il arrivé ?
-       Je viens d’être renvoyée… Vous savez, ma mère est très malade, mon salaire est indispensable pour nous permettre de vivre. J’ai deux petites sœurs et un petit frère qui sont encore à l’école. Il n’y a que moi qui travaille… Notre père nous a quitté il y a deux ans… Mon dieu ! Qu’allons-nous devenir ? Un sanglot la secoua.
Kévin ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras pour la consoler.
-       Attendez, laissez-moi deviner… C’est Rubis qui vous a accusé de lui avoir volé un bijou…
-       Oui, mais comment savez-vous que c’est votre femme qui m’a accusée ?
-       Ma femme ?? Il éclata de rire. Non, fort heureusement, Rubis n’est pas ma femme, c’est ma patronne, je suis son secrétaire particulier. Et elle a déjà eu recours à ce stratagème le mois dernier quand une jolie fille me tournait autour. Mais grands dieux, jamais je ne voudrais d’une telle femme, belle, certes, mais méchante, égoïste et si méprisante.
Venez, nous retournons voir le directeur tous les deux, car voyez-vous, je sais où Rubis a caché la bague.
Ce qui fut dit fut fait et l’horrible mégère fut confondue, non sans une dernière explosion de colère qui couta la vie à deux vases et un miroir, avant qu’elle ne quittât l’établissement.
Le directeur s’excusa et réembaucha Perlita. Tandis que Kévin, qui se trouvait à son tour sans emploi, fut recruté pour une place de responsable des réservations.
Les deux jeunes gens sortirent par la grand porte, le sourire aux lèvres. L’avenir s’annonçait des plus radieux, surtout quand Kévin la serra contre lui et embrassa ses lèvres impatientes.
Fabienne

 

Joël

Aujourd’hui, 5 mars, nous avons eu l’honneur de recevoir Joël PAUL, écrivain et blogueur de « chez nouz’aut » !!!

http://ecrivainducaillou.over-blog.com/

Exercice : L’atelier d’écriture a déménagé…

L’atelier d’écriture a déménagé (Théâtre)

Un habitué de l’atelier rencontre une personne qui est aussi une participante régulière aux séances de formation de Fabienne
— Sylvie iii ! Comment vas-tu ?
— Bien merci, mais ça me soucie cette histoire de déménagement de l’atelier d’écriture. Magenta, la déchetterie, ça ne me plait pas ce lieu.
— De quoi tu parles, Fabienne va à la « dé-chi-queterie » ! Ce n’est plus à la maison du livre ?
— Non, c’est à la maison de quartier de Magenta. Tu n’as pas reçu son mail ?
— Non. Ça alors, Fabienne découpée en morceaux pour des bennes à ordure. Remarque avec tous ses maux M.A.U.X, notre femme de mots M.O.T.S devait finir comme ça. On va peut-être assister au tri sélectif, et la tête, et la tête et la jambe opérée et la jambe, et le toutou et le toutou !
— Ha non pas le chien ! Tu exagères. Mais tu ne confondrais pas déchetterie et déchiqueterie par hasard ?
— C’est vrai merde, je suis con. C’est pour ça que je vais y aller, j’ai besoin de cours de français et d’expression et elle est tellement sympa Fabienne !

Fabienne ! Si tu m’entends, pardonne-moi, tes cours sont supers et on se marre bien.

— Oui mais moi j’ai peur.
— Ne crains rien, c’est super ce quartier et c’est ma route en plus. Les jeunes n’y sont jamais à la maison de quartier. Ils sont trop occupés à faire leurs courses dans les magasins et les stations services la nuit.
— Tu trouves ça drôle ?
— Non, mais le premier qui touche à ma bagnole, je lui file un tel coup de pied au cul qui ça va l’expédier jusque dans les palétuviers pour atterrir le nez dans la mangrove où il pourra contempler les picots.
— T’as raison. Avec toi sur place, j’irai. Fabienne a tellement fait pour nous. On ne va pas la laisser se faire déchiqueter. J’y vais à lundi 17h30, il paraît qu’il y aura un immense écrivain invité, dans les 150 kilos !
— Ciao !
— Tata, à lundi
Joël PAUL

-  C’est bien vous qui m’aviez parlé d’un atelier d’écriture à la maison du livre ? « La Maison Célières » ! Quel cadre charmant !
-  Heu ! … Oui… Mais… comment dire… Ça, c’était avant… Depuis, il y a eu de modestes changements dans notre organisation. Nous sommes devenus, en quelque sorte, un atelier itinérant mais… Qu’importe le flacon n’est-ce pas !  du moment que nous gardions en point de mire notre gentille organisatrice, notre gourou, que dis-je notre phare ! la symbiose était préservée et le charme pouvait continuer d’opérer.
-  Ah bon ! Et où donc vous a mené cette errance créatrice ?
-  Heu ! Nous avons procédé par étapes, un peu chez l’un, un peu chez l’autre… il nous suffisait de garder le fil conducteur et surtout d’y croire, la foi peut tout, comme vous le  savez. Une des grandes étapes a, je pense,  été  la salle Effel de la Bibliothèque Bernheim. Ah !  le charme de l’ancien ! Ces murs où l’on sentait comme une présence ! Je dois reconnaître que nous y avons fortement cru…
-  Hé alors ? que s’est-il passé ? Pourquoi avoir quitté ce lieu propice à de futurs chefs d’œuvre ?
-  Ô ! de simples détails pratiques, mais nous avons été contraints de quitter définitivement les lieux. Mais attention ! Cette fois c’est la bonne ! C’est évidemment différent mais nous y croyons tous dur comme fer. Une « maison de quartier » ! L’idéal pour stimuler notre créativité ! On se sent, comment dire ? proches de la population et  ses menus problèmes. En quelque sorte, on touche du doigt les réalités locales.
-  Hum ! Mais enfin… il me semble  que l’établissement jouxte une station d’épuration et même… une décharge…
-  Certes ! Mais… qu’importe ! La vraie pureté réside dans nos cœurs et c’est bien là tout l’essentiel.
Patricia

 

La bibliothèque, ce n’était plus possible ! Alors, j’ai cherché, cherché et encore cherché un autre lieu pour héberger mon petit atelier d’écriture et le seul qui a répondu favorablement, c’est Mathieu, le directeur de la maison de quartier de Magenta.
Fin contente d’avoir enfin trouvé quelque chose, j’ai envoyé un mail à tous les participants. Et là, je me suis aperçu que ce n’était vraiment pas terrible quand j’ai expliqué que c’était « entre la déchetterie et la station d’épuration »… J’ai vraiment senti la perplexité de tous les participants… Remarquez ç’aurait pu être pire : par exemple, la Vallée du Tir… Mais oui, c’est pire… Quand on arrive dans la Vallée du Tir, on dirait une immense prison, il y a des barreaux partout… Sans parler de Saint-Vincent-de-Paul, régulièrement volé, saccagé, brûlé… Une institution pour les pauvres, détruite par des encore plus pauvres.
A la maison de quartier de Magenta, il y a un grand parking… une mangrove à côté, avec plein de moustiques, des squatts avec plein de gens qui passent, c’est gai !!!
Le seul hic, si je peux dire, c’est qu’on ne doit pas boire de l’alcool… C’est embêtant parce qu’on avait l’habitude… On appelait même ça, l’inspiration : « tiens, passe-moi l’inspiration rouge, ou blanche… des fois rosé… « .
Maintenant, faut feinter…
Mais bon, comme rien n’est définitif, on n’y restera peut-être pas longtemps… ou pas… va savoir !
Fabienne

 

Exercice : Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à… (idées, malice, images, lettres, couture, gants, musique, bijoux, pharmacie, outils, chaussures, œufs, …)

boites

Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à musique. Un vestige d’une enfance heureuse dont j’ai encore la nostalgie. La petite mélodie aigrelette m’a immédiatement replongée dans ce passé déjà si lointain et pourtant toujours si proche à mon cœur. En un instant, j’ai revu ma grand-mère toute ronde et joviale dans cette petite cuisine, son antre, ce  domaine où elle régnait en maîtresse absolue des lieux. Que de délices et de douceurs ont vu le jour dans une aussi petite pièce ! Un exploit sans cesse renouvelé au grand plaisir de toute la famille.
Je revois également mon grand-père Gaston, assis sur son fauteuil de cuir vert bronze, sa pipe  à la bouche et un « historia » ou un « sélection » à la main. Autodidacte, le papy ! Et quelle personnalité ! Le cœur sur la main mais un caractère de cochon que, seuls ses petits-enfants, osaient affronter.
Je revois tout : le lourd buffet d’acajou impeccablement ciré et les chaises au dos si droit qu’il était impossible de s’y avachir. Ah ! Ce buffet où trônaient trois vases de cristal et surtout une bonbonnière dorée que je convoitais… C’est d’ailleurs une des seules choses que j’ai pu conserver, avec la boite à musique, bien sûr ! Elle est si douce à mon cœur, cette mélodie des jours heureux…
Patricia

Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à bijoux ; ça me rassure… Ils datent de l’époque où j’étais jeune et belle et où tous les hommes m’offraient des bijoux somptueux. Mais comme maintenant, je suis vieille et pauvre, je les ai presque tous vendus mes bijoux… Il ne reste que de la fantaisie. Alors, il va falloir que je me fasse une boite à idées… des idées géniales et pas chères… ça m’inspire tellement que j’ai une quinte de toux et je sors ma boite à pharmacie, y prendre un ou deux comprimés pour faire passer la pilule. J’ai envie de tout casser, heureusement que j’ai toujours ma boite à outils avec moi… Un petit coup de marteau par ci, par là et même sur la boite à œufs que je casse en rythme, avec ma boite à musique qui me joue une jolie ritournelle…
Dans ma boite à chaussures, il n’y a plus que des décorations de Noël mitées que je répare avec ma boite à couture. J’ai été très sage, j’ai mérité une belle image de ma boite à images qui est cachée dans la boite à gants de ma voiture.
Fabienne

28 février, 2018

Atelier d’écriture du 26 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:00

Chapeau

DEVOIR : un toast.

Une gênante méprise

Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un « suivez-moi jeune-homme ».
En ce printemps de mai 1855, prétextant des obligations professionnelles auxquelles il ne pouvait se dérober, son fiancé avait récusé toute possibilité de promenade et avait laissé la délicieuse Laurence aux soins attentifs de ses parents. Boudeuse mais audacieuse, elle avait aussitôt décidé de vérifier si cette navrante défection était bien liée à l’activité de banquier de son jeune prétendant et avait pris le parti de discrètement le suivre.  Il faisait bon ce matin-là, mais rageuse, elle ne prit aucun plaisir à traverser les rues pittoresques et animées qu’elle appréciait tant à l’ordinaire. Guillaume prenant  bientôt un fiacre, elle fit de même et il ne lui fallut pas plus d’une demi-heure de course pour que le pot-aux-roses lui soit révélé : Guillaume, ce mufle, se rendait, sans elle, à l’exposition universelle ! Et dire qu’elle avait tant rêvé d’y aller, de voir le palais de l’industrie bien évidemment mais surtout le palais des beaux arts, elle qui aimait tant la peinture…
Ah ! Ça ne se passerait pas comme ça ! Quel toupet ! Et en plus, qui allait-il rencontrer ? Un collègue ? Un homme d’affaire ? Ou pire, qui sait… Elle n’osait y songer. A chaque stand traversé, il lui fallait se cacher et dissimuler sa tenue printanière et surtout ce délicieux petit chapeau (son préféré) qu’il reconnaitrait entre tous.  Soudain elle aperçut, catastrophée,  Guillaume, un large sourire aux lèvres, tendre les bras vers une ravissante jeune femme qui, sans aucune hésitation y plongea. Ils avaient l’air si heureux de se retrouver que le sang de Laurence ne fit qu’un tour. Adieu la jeune fille réservée et bien élevée ! Dans son crâne en effervescence  mille stratagèmes s’échafaudaient déjà en vue d’une vengeance éclatante. Elle était si en colère et si troublée qu’elle en oublia de se cacher. C’est alors que, par le plus pur hasard, Guillaume, tournant la tête, découvrit, stupéfait, la présence insolite en ces lieux, de sa douce fiancée :
- Mais… ma petite Laurence, que fais-tu ici ? Qui t’a accompagnée ?
Vindicative, et les yeux brillants d’indignation, elle désigna de la tête l’autre jeune femme et, acide, déclara :
- Tu pourrais peut-être me présenter à cette jeune femme avec qui tu conversais avec tant de plaisir…
Guillaume ne put s’empêcher de sourire et eut même toutes les peines du monde pour se retenir de rire : la douce Laurence était jalouse et même prête à en découdre !
- Je te présente Betty, la deuxième fille de ma sœur ainée Lucile. La petite famille est de passage à la capitale et ma sœur ayant fort à faire durant ce court séjour m’a prié de faire découvrir Paris à ma nièce. Ce matin j’avais un rendez-vous d’affaire que j’ai donc été contraint d’annuler au dernier moment. Je n’ai donc pas eu le temps de t’informer de cette visite inattendue mais je comptais le faire au plus tôt car, dès demain matin, je dois retourner travailler à ma banque et j’avoue que je comptais un peu sur toi pour prendre Betty sous ton aile durant son séjour ; cependant, dimanche, nous pourrions prévoir quelque chose avec toute la famille.
Regardant Laurence avec toujours cette lueur amusée dans les yeux, il ajouta :
- Je désire que tu  prennes bien soin d’elle car elle n’a pas l’habitude de fréquenter les grandes villes et surtout, malgré sa silhouette élancée, elle vient tout juste de fêter ses quatorze ans …
Laurence, bien que très gênée, prit le partir de rire et tendit sincèrement la main à Betty qui, comprenant le quiproquo, était rose de confusion mais ravie qu’on ait pu la prendre pour une adulte.
Ouf ! La tragédie n’était pas de mise et tout se terminait pour le mieux ! Ils partirent donc joyeux pour visiter, ensemble cette fois,  les merveilles de cette première exposition universelle française et surtout apercevoir enfin cette incroyable demoiselle de fer qui faisait couler tant d’encre : l’imposante Tour Eiffel !
Patricia

Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi jeune homme.
Elle, c’était une petite femme effacée, une petite souris grise. Elle devait bien avoir dans les 80 ans, mais elle était restée en enfance. Son accoutrement aurait pu faire rire ou au moins sourire, mais il y avait une telle lumière dans ses yeux d’un bleu délavé, un tel air de douce bonté sur son visage ridé, que personne n’y aurait songé. Elle irradiait l’amour.
Lui, un grand costaud d’au moins dix ans son cadet, tenait fièrement son bras et ajustait son pas sur les pas menus de sa compagne. Il se penchait souvent vers elle, lui glissait un mot à l’oreille et elle rosissait. Un petit rire cristallin d’enfant s’élevait. Et lui, heureux de l’avoir égayée un instant, esquissait un petit pas de danse en la guidant par la taille…
Ces deux-là, quand ils passaient par hasard dans votre vie, vous ne pouviez les oublier : une bouffée de bonheur y était entrée.
Huguette


Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi-jeune-homme.
Et le petit jeune homme marchait devant, dans son petit, costume, avec son tout petit chapeau. Quelquefois, il s’arrêtait, l’attendait, lui prenait le bras. Puis, il se mettait à parler, il gesticulait. Il lui racontait ce que serait leur vie. Bientôt. Dans trois mois. Oui, dans trois mois, ils se marieraient. Alors, le petit jeune homme répétait inlassablement ce qu’il attendait d’elle. Tous ses propos commençaient par « quand nous serons mariés ».
-        Quand nous serons mariés, tu abandonneras tes études. Tu n’auras plus le temps d’étudier car il faudra que tu t’occupes de la maison.
Quand nous serons mariés, j’aurai une promotion, et je recevrai mes supérieurs. Il faudra que tu prépares des dîners.
Quand nous serons mariés, nous aurons trois enfants. Le premier, ce sera un garçon et nous l’aurons après deux ans de mariage.
Quand il avait terminé, il lui lâchait le bras et marchait à nouveau devant elle.
Au début, ce discours l’avait rassurée. Bien qu’il fût petit, il savait ce qu’il voulait, se disait-elle. Ensuite, ses paroles l’avaient ennuyée. Il répétait toujours la même chose. « Tu comprends, c’est pour que tu saches exactement la vie que je veux pour nous ». Maintenant, ce qu’il disait l’effrayait. « Ce sera ça, MA vie ? Il choisit toujours pour nous. Mais m’a-t-il demandé ce que moi, je veux ? Je ne veux pas d’une petite vie ! ».
La fois suivante, quand il est venu la voir, elle l’a suivi à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi-jeune-homme, mais quand il s’est arrêtée, elle avait disparu. Et il ne la revit jamais plus. Maintenant, elle marchait devant les jeunes hommes la suivait.
Fabienne


Exercice
 : Chacun écrit une phrase sur un morceau de papier et la donne à son voisin de droite qui doit faire un texte qui inclut cette phrase.

editions

Le succès avait été immédiat. « L’escargot » s’était classé numéro un des ventes dès sa deuxième semaine de sortie. La maison d’édition en avait été très surprise, le texte n’était certes pas mal mais l’histoire n’avait rien de sensationnel. Elle fut tellement prise au dépourvu, qu’elle n’eut même pas le temps de préparer l’auteur, dont c’était le premier roman, aux interviews. Il fut lâché dans l’arène, seul, le premier lundi du mois d’août dans l’émission très culturelle de France Inter. Le directeur de la maison d’édition, Monsieur Seuil, écouta attentivement l’interview. « Un escargot polymorphe glisse sournoisement sur le fil de mes mots » dit l’écrivain pour expliquer son inspiration. M. Seuil resta perplexe et la suite de l’interview ne fut pas meilleure. Il se dit alors que c’était fini, plus personne ne voudrait inviter l’auteur et que les ventes du livre allaient chuter.
Le lendemain, pourtant, trente mille exemplaires supplémentaires avaient été vendus. C’était à n’y rien comprendre ! Les gens étaient-ils devenus stupides ? Depuis l’avènement de la télé-réalité, M. Seuil s’était déjà fait une idée sur la question, mais là, il sentait qu’il y avait autre chose.
Il écouta avec attention les interviews suivantes de l’auteur, regarda toutes les émissions télé parlant du livre, sonda ses commerciaux, mais rien n’y faisait, il ne s’expliquait pas le succès du bouquin et c’était la première fois de sa très longue carrière.
Alors qu’il en discutait avec son vieil ami Philippe, Directeur de chez Pocket, ce dernier lui répondit : « c’est tellement difficile de sortir un livre ayant un vrai succès, arrête donc de réfléchir et réjouis-toi ! ». M. Seuil écouta ce sage conseil et savoura à sa juste valeur la hausse du chiffre d’affaire qui atteignit le record enregistré vingt ans plus tôt. Le succès de ce livre resta malgré tout le plus grand mystère de sa carrière.
Claire

avocatier

Alors qu’allongée sur le patio, elle savourait un livre de cuisine, un énorme avocat venu de l’arbre du voisin lui tomba sur le crâne.
-       Pardon, chère Madame, je ne vous avais pas vue.
-       Mais enfin, Monsieur, qui êtes-vous et que faites-vous là ?
-       Je suis Maître Jaunet, avocat à la cour et je surveillais votre voisin du haut de son arbre, un avocatier en l’occurrence, lorsque j’ai chu.
-       Mais pourquoi étiez-vous en haut de son avocatier ?
-       C’est le seul endroit où l’on peut voir tout son appartement. Je suis arrivé vers 17 heures et je suis monté sur une branche haute pour pouvoir dominer la situation. Il est arrivé vers 18 heures. J’ai voulu bien me cacher dans le feuillage, mais la branche a cassé, car, comme vous le voyiez, je suis un énorme avocat. Mais que vois-je ? Vous étiez en train de savourer un livre de cuisine… et justement… des recettes d’avocats, comme c’est charmant.
La dame rougit comme une tomate. C’était d’ailleurs son nom. Elle trouva cet avocat fort poli et bien mis de sa personne. Il avait certes un peu d’embonpoint, mais ce devait être très confortable. Elle décida aussi sec d’en faire son hors-d’œuvre.
Fabienne

                                                       Atelier d'écriture du 26 février 2018                               avocat

Cocotte et Zébulon

Fatigué d’une journée de bureau bruyante mais insipide, il regagna ses pénates, enfila son pyjama de zèbre et ses chaussons de fourrure mauve puis s’installa confortablement dans son fauteuil club pour fumer un énorme cigare.
Un soupir d’aise lui échappa…
C’est alors qu’une créature étrange fit irruption à sa fenêtre, l’enjamba et sauta sans vergogne à ses côtés :
–      Salut Pépère ! T’es le premier ? Non ? Où sont les autres ? C’est mortel ici ! Heureusement que j’ai ma musique…
Il dévisagea ce qui avait l’air d’être une jeune personne, dans un accoutrement étonnant : un collant beige la moulait entièrement, exceptés les mains et les pieds, qui étaient brun sombre. Sur la tête des cornes magnifiques, et un petit bout de nez noir…
Il n’eut pas le temps de répondre : une musique tonitruante lui arrachait les oreilles. La fille se mit à sauter partout, sur son canapé, sur la table… Puis elle le tira par le bras et l’entraina à sa suite :
–      On est raccords, mon zèbre ! Moi c’est Cocotte l’antilope salope. C’est quoi ton pseudo ?
Pseudo, salope ? Il ne comprenait rien, rien ! Mais il ne put résister : leur sarabande l’emporta sur le palier, puis chez les voisins, chez qui, en réalité, se tenait une fête un peu « spéciale » et très très pimentée !
Son soi-disant déguisement eut un énorme succès, jamais il ne s’était autant amusé. Rendez-vous fut pris pour d’autres soirées et on lui attribua le surnom de « Zébulon le Zèbre Zélé ».
Huguette

Exercice : ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir… J’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même au moment où…

je-maime

Je ne m’étais jamais aimée, jamais supportée. J’avais deux sœurs, une grande Jacotte et une petite Eponine, qui étaient de véritables beautés. Alors, évidemment, moi, à côté, je faisais vilain petit canard. Sauf qu’en grandissant, je ne suis hélas pas devenue un cygne… Tandis que mes sœurs avaient trouvé chacune un très bon parti, un chirurgien pour Jacotte et un banquier pour Eponine, je poursuivais mes études de droit en solitaire. Je me réconfortais comme je pouvais, me disant que les hommes n’aiment que les femmes certes jolies, mais complètement stupides. Et puis que je n’avais de toute façon pas de temps pour quelqu’un dans ma vie… Et puis, j’étais moche et personne évidemment ne voudrait de moi. Lorsque j’ai terminé mes études, mon avenir était tout tracé, j’allais être juge… Sauf que ce métier ne me disait rien du tout. Mais j’avais fait plaisir à mes parents, j’avais un bagage. Un matin, en promenant dans la rue, alors que je cherchais mollement un stage, une pancarte attira mon attention : cours Laurent – Art comique. C’était bizarre. Je connaissais les cours d’art dramatique… mais comique, je n’en avais jamais entendu parler. Curieuse, je poussais la porte. Ce fut le début véritable de ma vie. Je n’avais jamais soupçonné que j’avais une telle capacité à faire rire… Maintenant, j’ai créé un spectacle et je joue tous les soirs. La semaine dernière, ça m’est tombé dessus, comme ça, sans prévenir, j’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même au moment où je lançais une réplique hilarante et que je me suis vue dans les yeux d’un monsieur du premier rang. Depuis, je m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie !
Fabienne

femme-électrocuté

Je m’aime !

Ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir. J’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même… au moment où j’ai malencontreusement pris le jus – une bonne décharge de 220 – en tentant de démonter une prise. Mon tournevis a fait un excellent conducteur, le courant m’a traversée, mes yeux se sont exorbités et j’ai senti mon cerveau s’illuminer brusquement.  Mes neurones crépitaient, soudain je comprenais tout, intuitivement, depuis les mystères de la reproduction de l’hippocampe, de la formation de l’univers, en passant par ceux de l’insondable cerveau masculin…
Aussitôt une vague d’amour de moi pour moi-même, une sorte d’hermaphrodisme intellectuel, m’a emplie : je m’aimais ! Et si je m’aimais, tout le monde m’aimerait !
Je n’eus pas le temps de vérifier cette si réjouissante conclusion, je tombai raide morte à côté de mon tournevis, après avoir plongé dans l’obscurité toute la ville…
Huguette

Ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir, j’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même, au moment où… mon mec, enfin mon ex, du coup, m’a largué. Les motifs évoqués étaient que j’étais chiante, que je râlais tout le temps et qu’on ne couchait pas assez ensemble. Une amie m’a dit plus tard, que je devais m’estimer heureuse puisque j’avais au moins eu une, et même plusieurs, justification(s) à cette rupture assez inattendue. Si j’ai douté de pouvoir me réjouir d’une si petite victoire, je trouvais bientôt une vraie raison de sauter au plafond. Après une bonne remise en question, je dus admettre que j’avais été chiante, que j’avais beaucoup râlée et que, n’ayant acceptée de faire l’amour que deux fois en un an, on pouvait certainement convenir qu’on ne couchait pas assez ensemble. Et la cause c’était lui, pas directement, mais je ne l’aimais pas. Moi, en revanche, je me supportais bien. Je me rendis compte que, seule chez moi, je n’étais pas chiante, je ne râlais pas et que je couchais que si je voulais. Il n’en fallut pas plus pour que je me rende à l’évidence, j’étais folle de moi ! Et j’avoue avoir savouré cet amour jusqu’à la fin de mes vieux jours.
Claire

20 février, 2018

Atelier d’écriture du 19 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:00

DEVOIR : un 5 mots
Paix – atelier – petit déjeuner – pluie – renouveau

bestsellers

La fortune vient en dormant…

La paix !!! Je veux juste prendre mon petit-déjeuner en paix… rien d’autre. Et pourtant depuis une semaine, ça tourne en boucle dans ma tête, comme une idée fixe. Je ne peux penser à rien d’autre : qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter pour mon devoir de l’atelier d’écriture ce lundi ? Vraiment, ma tête n’est qu’un trou noir, un vide sidéral et je n’ai rien à dire, sinon parler de la pluie et du beau temps… Et il y a de quoi faire en ce moment, si vous voyez ce que je veux dire… Mais bon, malheureusement, ce n’est pas le sujet et ma page reste désespérément blanche.
Ce n’est pas que je sois un écrivain – un écrivaillon, tout au plus – très prolixe, mais, habituellement, je trouve toujours quelque chose à dire, plus ou moins – plutôt moins que plus, d’ailleurs – intéressant. Oui, mais voilà, nous sommes déjà lundi matin et RIEN, nada, zéro ! ça me fatigue. Bon, il ne faut pas que je désespère… Je vais aller faire un tour et, si ça se trouve, je vais avoir l’idée salvatrice… Un joggeur insolite, un chien pas ordinaire, une vieille femme courbée par les ans, tout peut être sujet à écrire.
Promenade nulle, évidemment, avec la pluie, personne n’est sorti. On dirait d’ailleurs qu’il n’y a plus personne sur terre. Je rentre, de plus en plus abattue, prête, me dis-je à prononcer ce soir la phrase fatidique : « Je n’ai pas fait mon devoir… ». Ça ne m’est jamais arrivé ; en temps qu’animatrice, je dois montrer l’exemple. Une immense fatigue m’envahit et je m’allonge un peu. Je m’endors aussitôt et je commence à rêver. Un rêve extraordinaire… dont je me souviens de chaque détail après quatre heures. Oui ! J’ai dormi quatre heures !!! Je n’en reviens pas… Je me mets tout de suite à écrire… J’écris, j’écris sans m’arrêter. Les phrases viennent seules, comme si on me les dictait. Et je les trouve parfaites.  Le style est vif et enlevé, l’histoire passionnante, les personnages originaux. Je n’en reviens pas moi-même. Un véritable renouveau. Il faut que je m’arrête, c’est l’heure de l’atelier. Je vais lire les premières phrases… qui tombent pile dans le sujet.

Tout le monde a applaudi mon texte. Franchement, je n’ai pas l’habitude. De retour chez moi, je vais écrire pendant une semaine presque sans m’arrêter, juste pour ne pas mourir de faim, de soif ou de fatigue. J’ai enfin mis le point final à mon roman, car il s’agit bien d’un roman… de cinq cents pages. Je l’ai présenté à plusieurs éditeurs qui l’ont tous accepté. Il a fallu que je prenne un agent pour négocier le contrat le plus intéressant. J’ai vendu un nombre incalculable de livres qui ont été traduits en six langues. J’ai fait des tournées mondiales pour présenter mon œuvre. Maintenant, je vis de ma plume… Et je suis riche… Alors la prochaine fois que vous n’aurez aucune idée pour votre exercice, ne paniquez pas ! C’est peut-être le début de la fortune !
Fabienne

 


CYCLONE

Foutez-moi la paix !!
Malgré Gita et subséquemment sa pluie,
Malgré les Chinois et subséquemment le bruit,
Je veux un petit-déjeuner serein et silencieux…
D’autant que le renouveau de l’atelier est annoncé pour le lundi 19…
Georges

Exercice : artistes et faits divers

van-gogh

Le 24 décembre 1888 à Arles, la police récupère un homme au visage sanguinolent.
C’est Vincent Van Gogh qui dit s’être automutilé avec un rasoir.
Mais n’est-ce pas plutôt Gauguin qui lui a coupé l’oreille avec son sabre ?

 

La police s’est rendue au chevet du blessé pour l’interroger.
-       Monsieur Van Gogh ?
-       Oui
-       Ce matin, on vous a retrouvé dans votre chambre garnie le visage ensanglanté. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé ?
-       Oui, Monsieur l’Agent, j’ai voulu tout simplement me raser et je me suis coupé l’oreille.
-       Pourtant, votre logeuse, que nous avons interrogée nous dit avoir entendu beaucoup de bruit chez vous hier soir.
-       Je vous assure, Monsieur l’Agent, il n’y avait aucun bruit chez moi. Elle a peut-être confondu avec mes voisins, un couple avec des enfants, pas toujours tranquilles.
-       Est-ce que vous aviez bu ?
-       Non. Enfin pas trop… Un peu quand même.
-       Et vous ne vous souvenez plus de ce que vous avez fait.
-       Oh si ! Je me souviens que mon ami Gauguin est venu me voir.
-       Mais vous aviez dit que vous étiez seul.
-       … C’est que… j’avais oublié
-       Et donc, ce Monsieur Gauguin est un ami ?
-       Oui, un ami peintre, comme moi… Nous avons évidemment discuté peinture…
-       Et vous n’étiez pas d’accord ?
-       Non, ce n’est pas tout à fait ça. Je pense qu’il me copie…
-       Vous vous êtres disputés ?
-       Un peu, pas trop… Enfin, je ne me souviens pas…
-       Ne serait-ce pas plutôt votre soi-disant ami qui vous aurait coupé l’oreille, avec son couteau.
-       Il n’avait pas de couteau, juste un sabre qu’il a sorti, quand je l’ai accusé. Mais je vous assure, Monsieur l’Agent, que jamais, il ne m’aurait fait de mal.

La police s’est rendue chez Monsieur Gauguin pour l’interroger et connaitre sa version des faits. La concierge a dit qu’il était parti pour un long, très long voyage, à Tahiti… Elle avait des étoiles dans les yeux quand elle a prononcé ce mot, puis elle a ouvert aux deux agents de la force publique. Sur une petite table, se trouvait un sabre ensanglanté. Mais L’oiseau s’était envolé de la cage.
Fabienne


Exercice
 : Il aurait fait n’importe quoi par amour….

caddies

Il aurait fait n’importe quoi par amour, et d’ailleurs, il l’avait déjà fait. Il l’avait amenée dans les plus grands palaces pour des séjours aussi ruineux qu’idylliques. Il lui avait fait goûté les mets les plus savoureux dans des restaurants étoilés. Il lui avait fait connaître le frisson de l’aventure. Oui, mais voilà, elle avait le chic pour distiller le chaud et le froid. A chaque fois qu’il croyait que cette fois-là serait enfin la bonne, elle l’avait quitté… pour des prétextes aussi incroyables que fallacieux. Puis elle était revenue et il avait encore dû la surprendre, encore plus que les fois précédentes.
On était le 7 février et elle n’était revenue que depuis la veille. Autant vous dire qu’il avait un max de pression pour la Saint-Valentin qui arrivait. Alors, il se creusa la tête. Il avait déjà tout fait… Et puis, il faut bien l’avouer, toutes ces extravagances l’avaient quasiment mis sur la paille. Il n’avait plus d’économies, il était s’était même endetté pour le Noël dernier, où il lui avait offert un safari photo en Afrique. Elle avait adoré ! Il la revoyait encore les yeux éblouis devant les éléphants, les girafes, les gazelles… Mais tout cela ne l’avait pas empêchée de partir début janvier car, soit-disant il était trop jaloux.
Il ne pouvait dormir, la chaleur suffocante et l’angoisse le tenait éveillé. Il se mit à la fenêtre de sa chambre, qui donnait directement sur le parking de Géant. Et là, il eut enfin l’idée géniale…
Le 13 février, dans la nuit, il sortit en catimini de l’appartement, sans réveiller sa belle. Au premières lueurs de l’aube, il la réveilla doucement et lui dit :
-       Viens voir… Viens voir comme je t’aime…
Quand elle se mit à la fenêtre, elle n’en revint pas. Il avait fait un immense cœur avec tous les caddys du magasin… Et cette magnifique idée ne lui avait coûté, après tout, que 100 francs.
Fabienne

13 février, 2018

Atelier d’écriture du 5 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 1:48

DEVOIR : Ecrire une histoire façon conte pour enfants :
« Choupette la roussette et Milou le cagou discutent dans la forêt ».

cagou                    roussette

Panique en forêt

Ce matin, tous les animaux du parc des Grandes Fougères sont effrayés et anxieux. Aujourd’hui, dimanche 1er avril, c’est l’ouverture de la chasse. Roussettes et nautous se serrent, tremblants, à l’ombre des grands banians, tandis que cerfs et cochons sauvages se réfugient aux confins des limites du parc. Chacun espère échapper aux chasseurs sanguinaires, mais tous savent que ce soir, nombre d’entre eux seront morts.
Milou, le cagou est le plus énervé de tous. Il ne comprend pas cet engouement des humains à tuer les animaux. Il sait qu’il ne sera pas chassé et il a décidé d’aider tous ses amis.  Il va amener les chiens sur de fausses pistes et il préviendra les autres.
Dès l’ouverture, Milou se positionne sur une chemin passager et attend. Pas longtemps, un chien vient d’arriver et renifle les environs. Milou attire son attention. Le chien, un jeune fou, s’arrête et se met à aboyer. Alors, Milou ouvre grand ses ailes, relève sa crête et se met à aboyer plus fort que lui. Le chien lui saute dessus et le blesse à l’aile.
-       Mais enfin, espèce d’idiot, tu ne sais pas que je suis une espèce protégée ?
Milou est si énervé qu’il ne sent pas la douleur. Il monte sur son assaillant et lui donne des coups de becs. Le chien part en courant…
-       Kaï, kaï, Kaï…
Tous les autres chiens, croyant qu’il est sur une piste le suivent. Milou est soulagé, mais il a mal. Il ne peut plus marcher. Il se dit qu’il va se mettre sous une fougère et attendre le lendemain, fin de la chasse. Mais c’est sans compter sur Choupette, la roussette qui a assisté à toute la scène. Elle pousse un cri suraigu pour alerter ses copines. Deux d’entre elles arrivent rapidement et l’aident à transporter Milou dans un endroit plus sûr.

Milou a bien dormi cette nuit. Son aile va beaucoup mieux et il n’a presque plus mal, mais il parade devant ses amis, l’aile en écharpe et un rictus de douleur au bec. Tous l’admirent et le respectent car, grâce à lui, aucun animal n’a été tué.
Alors, Milou s’approche de Choupette et lui chuchote :
-       Oh, ma Choupette, tu es vraiment chouette
-       Je ne suis pas chouette, je suis roussette. Oh, mon Milou, quel bagou !
-       C’est normal pour un cagou.
-       Milou, arrête, arrête, tu vas me faire perdre la tête…
Fabienne

 

Choupette la Roussette et Milou le Cagou

Quand le Bon Dieu, presque satisfait de son travail  voulut affiner son œuvre et qu’il se pencha sur la Nouvelle-Calédonie, il  dut un peu trop se pencher et  sûrement tomber sur la tête. Vous ne me croyez pas ? Et bien écoutez…
Sur cette ile en forme de cigare, il existe des oiseaux baptisés « cagous » qui ne savent même pas voler et qui aboient tandis qu’aux branches se pendent de petits renards volants appelés  « roussettes ». Je vous avais bien dit que sur cette belle ile, il se passait des choses bizarres, mais là-bas les gens y sont  habitués et trouvent cette situation tout à fait normale, alors…
Un jour, nichée au cœur de la forêt du Parc de la Rivière Bleue, solidement pendue aux ramifications d’un chêne-gomme par ses courtes pattes, Choupette la Roussette observait avec attention les incessantes allées-venues de Milou le Cagou. Ce dernier, affairé, étudiait avec attention la moindre brindille tombée ainsi que chaque amas de feuilles, certain d’y trouver les délicieuses larves dont il faisait son ordinaire. Tout allait bien quand, soudain, catastrophe ! Un petit cochon sauvage surgit d’un gros buisson, bien décidé à faire de notre cagou un succulent plat de fête.
Choupette, toute tremblante, cria très très fort pour avertir Milou. Aussitôt, le cagou  partit  en courant pour tenter de se cacher dans les fourrés mais le petit cochon, affamé, le poursuivit, bien décidé à profiter de cet excellent diner. Au secours ! Au secours ! Pensait Milou affolé. Le cochon s’approchait dangereusement et allait se jeter sur Milou terrifié quand Choupette la Roussette, déployant ses ailes, fondit brusquement sur le petit cochon. Ne comprenant pas d’où venait l’attaque, surpris, il leva la tête. Vite ! Vite ! Milou en profita pour s’échapper et se cacher dans un tronc d’arbre creux.
Le petit cochon sauvage n’était pas content mais pas content du tout !  Il grogna très fort mais, prudent,  préféra s’éloigner du danger et abandonner sa proie. Ouf ! Milou était sauvé ! Il sortit prudemment de sa cachette, gonfla sa huppe grise et levant sa tête, aboya plusieurs fois en direction de Choupette ; c’était sa manière à lui de la remercier.
Et c’est ainsi que deux animaux, pourtant très différents, devinrent amis pour toujours.
Si,  par hasard, vous passez de bonne heure, tout près du grand chêne-gomme, vous aurez peut-être la chance d’entendre Milou le Cagou aboyer, comme il le fait chaque jour, pour saluer sa copine, Choupette la Roussette. Alors, bonne promenade…
Patricia

2/ Exercice : Après avoir joué les victimes pendant 3 mois, il avoue son meurtre !

assassin

La complainte d’un innocent assassin

 Je vous jure, M’sieur le Juge, je l’ai pas fait exprès
C’est pas la peine de m’accuser, me condamner.
Une dispute comme à chaque fois,
C’est pas la peine d’en faire un plat.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Elle pouvait pas s’en empêcher,
Fallait toujours me rabaisser.
Mais cette fois-ci j’ai pas supporté
Alors, je lui ai coupé le sifflet.

 Monsieur le Juge, c’est pas un crime, ça !
Juste le ras le bol d’un pauvre petit gars.
Après, je me suis calmé.
J’ai même essayé de la relever.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Sauf que cette fois-ci, elle bougeait pas trop
Il a même fallu que je la porte jusqu’à l’auto
Je lui parlais mais elle ne me répondait pas
Vous voyez bien qu’elle était fâchée après moi.

 Je l’avais doucement enroulée dans un drap
Puis j’ai fait un feu pour pas qu’elle ait froid.
On a dit que je voulais la brûler dans la forêt.
C’est faux, je voulais juste la réchauffer.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Je savais pas qu’elle était si fragile
Qu’il ne fallait pas serrer son cou gracile
M’sieur le Juge, je vous l’ai dit,
Ça a dérapé, j’ai rien compris.

 J’ai toujours su pleurer,
Emouvoir les assemblées
Même ses parents pensaient
Que j’étais le gendre parfait.

Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.
Fabienne

Il y a trois mois, trois si longs mois,
Ma femme a été mise en terre.
Ses parents pleuraient avec moi
Quand je piquais des crises de nerfs.
J’ai tant gémi et tant crié
Mais mes amis m’ont épaulé.
Ma femme a été mise en terre,

Et me  voilà  célibataire.

On dit qu’elle était coléreuse,
Qu’elle n’était plus guère amoureuse,
Qu’à la maison c’était bien elle
Qui le portait, le pantalon.
Que sous ses airs de Demoiselle
Elle cachait un cœur de dragon.
On dit ces choses… moi, je l’aimais…

Hélas ! J’ai du la découper
Et même aussi, la faire brûler,
Fallait bien s’en débarrasser !
On a fini par la r’trouver,
Elle était un peu abimée…
Ma femme a été mise en terre

Et me voilà célibataire.
Patricia


Exercice
 : drôle de métier :
Il était effeuilleur de marguerites

 effeuiller

Il était effeuilleur de marguerites. Il avait eu ses moments de gloire, mais à notre époque, il faut bien le dire, l’amour ne faisait plus recette.
Il attendait la semaine prochaine avec tout à la fois espoir et angoisse. Car bien sûr, c’était pour la Saint-Valentin qu’il faisait le plus recette. Enfin, ça, c’était avant, car depuis deux ou trois ans, seuls quelques rares clients le demandaient encore. L’année dernière, il n’y avait eu que deux amoureux qui avaient fait appel à ses services pour leur belle et lui avaient donné rendez-vous dans un restaurant. Il était arrivé en avance, et avaient vu venir le premier couple, main dans la main, se regardant dans les yeux, transis d’amour. C’était quand même magnifique, ça, non ? Alors lui, les avaient fait asseoir, les avait complimentés, leur avait raconté l’histoire de Tristan et Iseult. Ils avaient eu leur petite larme… Puis, il avait sorti la marguerite de sa poche. Il avait légèrement triché pour qu’elle finisse par « plus que tout ! ». Les amoureux, voyant là un heureux présage l’avaient remercié avec chaleur. Le jeune homme lui avait même glissé un bon pourboire dans la main.
Puis, il y avait eu ce deuxième couple. Déjà, à leur arrivée, il ne les sentait pas. Chacun pianotait sur son téléphone portable. Il les avait laissés s’asseoir et les avait observés de loin. Ils ne s’étaient pas adressé la parole de tout le repas, tout occupés qu’ils étaient à discuter sur le net avec des amis inconnus. Lui, avait attendu le dessert avant de faire son entrée. Ils avaient fait nombre de selfies. Il leur avait récité un très joli poème d’amour puis avait sorti à nouveau sa marguerite. Mais il avait eu beau essayer de tricher, la fleur avait décrété « pas du tout ! ». C’est là que la dispute avait éclaté et que chacun était reparti de son côté. Ils avaient failli en venir aux mains et avaient même oublié de le payer.
Il sortit une marguerite de sa poche, la jeta et soupira… Allons, il allait falloir songer à se reconvertir…
Fabienne

Conter fleurette

J’ai créé « Conter fleurette » il y a cinq ans maintenant et je dois avouer que je n’avais pas prévu un tel essor. Les gens m’ont pris pour un fou au début, bien sûr ! Vendre un service d’effeuilleur de marguerites, cela semblait ridicule. Et pourtant, le monde en avait besoin. Une grande majorité de la population vit en ville de nos jours, ils ne connaissent les fleurs que dans des vases ou des parcs publics. Impossible donc de les effeuiller. Mais quel plaisir de pouvoir s’imaginer à quel point l’être aimé nous aime en retour en arrachant les pétales d’une marguerite ou d’une pâquerette. Les gens ont besoin de poésie et c’est ce que je leur vends.
Nous avons désormais trente-cinq effeuilleurs qui vous livrent et effeuillent où vous le souhaitez. Certains clients nous demandent parfois d’effeuiller leur fleur eux-mêmes, nous les orientons alors vers un fleuriste car notre service est nécessairement « All inclusive ».
Nous prévoyons une croissance de dix pour cent par an sur les trois prochaines années, alors si vous aussi vous souhaitez devenir Effeuilleur de marguerites, envoyez-nous votre CV ainsi qu’une lettre de motivation. Venez rendre au monde sa poésie !

24 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 22 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:12

DEVOIR : écrire un calligramme (poème en forme de dessin) qui fait référence à la Nouvelle-Calédonie

Romance Calédonienne

Claire

Cagou

Fabienne

PatriciaPatricia

Exercice : 6 mots, 6 adjectifs
Piocher 1 mot et 1 adjectif et écrire une histoire

- Chemise                                              – frivole
- Calendrier                                          – suicidaire
- Cravate                                               -  timide
- Chaussure                                          – prétentieux
- Casquette                                           – optimiste
- Casserole                                            – colérique

chemises

Histoires de placard

La porte s’ouvre, je me fais toute petite. Je rentre les manches, heureusement elles sont courtes. Je me cache derrière mes voisines, je me fonds dans l’ombre du placard. Je sens les cintres remuer, une main se pose sur mon épaule, mais finalement elle se décide pour une autre. Ouf ! Je suis sauvée pour aujourd’hui.
Je suis une chemise timide et déteste sortir de mon placard. J’ai des petits motifs de zèbres sur fond bleu, alors à chaque sortie, je me fais tripoter, accompagné du classique : « Oh que ta chemise est originale ! J’adore ! ». Eh bien, pas moi. J’aurais aimé être discrète, blanche ou bleue, banale.
J’envie ma voisine, c’est une chemise verte, classique, à manche longue, mais tellement sûre d’elle. On dirait qu’elle est prête à se jeter de son cintre tous les matins pour être choisie. Incroyable, non ? Quand je lui ai demandé d’où lui venait sa confiance en elle, sa réponse a été : « Tout est dans le style, ma belle ! ». Ça ne m’a pas beaucoup aidée…
La porte s’ouvre à nouveau, mais cette fois-ci pas de tripotage. On est poussé, de manière un peu rude, il faut l’avouer, contre la paroi de gauche. Puis l’espace se libère à ma droite, et hop, une nouvelle voisine. Je jette un œil. Elle est blanche. Impeccable. Classe. Si « tout est dans le style », alors celle-là risque d’être prétentieuse. J’entends un « Bonjour », je réponds poliment.
-        Pouvez-vous me parler de notre propriétaire ? J’aime savoir à qui j’ai à faire, demande la nouvelle chemise.
-       Eh bien, José est plutôt gentil et drôle. Il fait attention à nous, mais on peut traîner longtemps dans la panière à linge sale. En fait, en général, il faut attendre que sa mère passe pour en sortir.
-        Je vois… Peut-être que les choses vont changer, car si j’ai bien compris, il m’a achetée pour un rendez-vous vendredi soir avec une certaine Cindy.
Les choses ont effectivement changé, Cindy est venue s’installer quelques semaines plus tard. Je l’adore autant qu’elle me déteste. Je ne suis plus autorisée à sortir du placard, elle a exhaussé mon rêve et ma vie est un véritable paradis. Merci Cindy !
Claire

casserole

J’aime cuisiner mais parfois les choses les plus simples deviennent complexes.
Ayant, pour la première fois, fait l’acquisition d’une plaque à induction, je dus longuement tâtonner pour exercer mes talents. C’est ainsi que pour débuter mon apprentissage, je me contentai de déposer une large casserole d’eau sur ma plaque toute neuve. J’optai pour le chiffre 9 (le plus élevé) qui me semblait le mieux approprié. Mon inexpérience conjuguée à ma distraction naturelle m’entrainèrent rapidement vers d’autres tâches qu’il me semblait possible de réaliser dans le délai habituellement imparti. Mal m’en prit ! En un rien de temps, le liquide de frémissant devint brûlant puis bouillonnant entrainant les débordements que vous imaginez. Affolée, je me précipitai vers l’objet du délit mais me prenant les pieds dans le tapis de cuisine, je donnai une malencontreuse impulsion à la casserole qui, écumante, se déversa entièrement sur le carrelage. Une demi-heure plus tard, après avoir tout nettoyé, je pestais encore contre cette casserole suicidaire.
Patricia

 

french

Son pied levait souvent la jambe car Lili était danseuse aux Folies Bergères Elle portait une robe à frou-frou et une chaussure tellement mignonne. C’était un amour de petit soulier, tout en dentelle et satin roses qui tournait et virevoltait sur la scène. Les mocassins noirs des danseurs étaient tous fous d’elle, mais il faut bien dire qu’ils se contentaient de lui faire la cour. Avec cette chaussure, aucune conversation profonde et métaphysique, aucun entretien sérieux ni politique, mais ça ne les gênait pas, bien au contraire. Quand ils étaient en face d’elle, on aurait dit qu’ils devenaient complètement abrutis.
Cette petite chaussure se contentait d’être belle et de plaire. Le mois dernier, les mocassins de Charly s’étaient pendus à leurs lacets, n’en pouvant plus des promesses jamais tenues. Les escarpins de autres danseuses avaient beau prévenir tous ces messieurs, rien n’y faisait. Ils la suivaient pas à pas. Ils avaient beau se dire que ce n’était qu’une chaussure frivole, elle leur faisait malgré tout perdre la tête.
Fabienne


Exercice
 : faire le portrait d’un héros ou d’une héroïne du quotidien.


enfants

Cette expression était courante il y a plus d’un siècle mais je trouvais qu’elle était réellement une « mère courage » de notre époque. C’était ma voisine. Elle partait faire des ménages de l’aube jusqu’au soir.
Ses trois enfants étaient d’une politesse qu’on ne rencontrait plus guère. Ils me disaient toujours bonjour, me proposaient leur aide pour porter un sac trop lourd. Ils ne criaient jamais, ne se disputaient pas, ne trainaient pas dehors. Je les trouvais juste un peu trop sérieux pour leur âge. Et je me demandais comment elle pouvait bien faire pour les élever aussi bien. Un jour que je lui demandais, elle me répondit simplement : « avec de l’amour, tout est possible ».
Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir un jour arriver la police et d’apprendre le lendemain par les journaux qu’elle avait été inculpée pour maltraitance. Je sus également plus tard qu’en fait de ménage, elle menait une vie de débauche.
Méfiez-vous les héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit !!
Fabienne

 école

Mme DUMONGE, Josette DUMONGE, est institutrice dans une petite école de quartier.
Chaque matin, vers 6 heures, elle quitte son minuscule pavillon de banlieue pour endurer deux longues heures de train avant de s’engouffrer dans le métro parisien. Le soir, en rentrant, elle doit faire son ménage, surveiller les devoirs et la toilette de ses  deux marmots, préparer le diner, faire la vaisselle, faire tourner sa machine à laver, raconter une histoire aux enfants en leur souhaitant de doux rêves et arroser son géranium avant de souffler un peu devant une tasse fumante d’infusion de tilleul, promesse d’une nuit un peu courte mais réparatrice.
Le lendemain, rebelote, mais avant il lui faudra affronter la journée de classe. Chaque fois qu’elle pénètre dans le vieux bâtiment qui porte le nom pompeux « d’institut Clémence de Bringueville », elle est assaillie par le vrombissement incessant des voix mêlées de ses chers petits et quand elle rentre dans sa classe maternelle où 25 âmes l’attendent, c’est encore bien pire. Pour elle, c’est l’entrée du gladiateur dans l’arène  et elle sait par expérience que le combat sera difficile. Si une rage de dents ou un mal de tête la tenaillent, notre valeureuse mais discrète héroïne fera face, plaquant sur son visage le sourire qui saura rassurer et consoler les petits, orphelins pour la matinée ou la journée de parents qui, libérés pour quelques heures, voleront vers d’autres horizons.
Quand viendra enfin, l’heure de la sortie, épuisée, soulée de bruits et de cris, elle s’engouffrera à nouveau dans le métro bondé avant de grimper dans son vieux train de banlieue et d’attaquer à la maison le deuxième round.
Le nom de Josette DUMONGE ne figurera jamais au fronton d’un édifice mais il se trouvera bien quelques têtes blondes pour se souvenir d’elle quand, à leur tour, ils seront devenus parents.
Patricia

18 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 15 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:44

1/ DEVOIR : 5 mots extraordinaires à insérer dans un texte
Zain – quinaud – ithyphalle – stercoraire – vulgivague

100

Les cents soucis

Non mais ! Que lui arrive-t-il à mamy Nova, pardon mamy De Nova ? Mamy Cathy, maintenant je n’ai plus de scrupules à la nommer mamy Dé Cathy.
De tous temps, au moins depuis Bunuel, je la pensais vulgivague (ou vulvigage, je ne sais). Très vaguement esclave de ses sens. Très vaguement, car en fait qui se souvient de ses maris, amants ou copains ? Seul Yves S.L. avait sa place attitrée sur les photos people. Je ne suis pas sûr que ce quinaud l’amenait à Marrakech. Il est vrai que son sourire coincé, colgate regardol, rebutait plus d’un ithyphalle (ou ithyphallocrate, je ne sais plus très bien). Jusqu’à Rochefort (pas l’acteur à cheval, la ville pluvieuse) beaucoup de monde pense qu’elle est restée demoiselle. Néanmoins, n’importe quelle stercoraire de bureau, perchée sur ses hauts talons, vous dira bien en face : « Madame Catherine, c’est une vraie Française, une vraie femme honnête, elle… ». C’est complètement zain, zain ce manifeste des cents qui se voudrait manifeste des sens, ce pétage de plombs de nanties LVMH (nanties féministes ?) Elle aurait dû se documenter un peu, lire quoi ! Elle aurait appris que chez la souris, cour et agression sollicitent en partie les mêmes circuits neuronaux. Et chez le porc ? Libérer une autre parole, tu parles !  Je crains que ce droit à reconnaître aux mâles le droit à la drague, d’accord, au harcèlement, pas d’accord, et pire sans affinité (?), ne soit qu’un désir utopique pour cette grande bourgeoise réfugiée dans son for intérieur inexpugnable. Les femmes, toutes les femmes, méritent le respect.
Bertrand

médaille

Quinaud, bigleux et contrefait, mon homme vêtu de son plus élégant stercoraire, s’en fut à la cérémonie où, sans restriction pour son esprit spécieux et vulgivague, on lui remit, avec tous les honneurs, une précieuse médaille ithyphalle et un minuscule zain de bois précieux enchâssé dans une gangue d’ivoire du plus bel effet.
Voulant remercier comme il se doit le brillant aréopage qui le portait au pinacle, il se rapprocha du micro et, oubliant ses habituelles inhibitions, se lança dans un émouvant discours que d’aucuns jugèrent un tantinet trop long, eut égard à une dentition mobile un peu capricieuse et une élocution par trop hasardeuse. Prudente, j’étais sagement restée à mon domicile, attendant, sans trop de hâte, le retour du héros.
Patricia

maladie-grave

Il était atteint d’une vulgivague stercoraire, une maladie orpheline et ithyphalle qui le laissait tout quinaud et zain à chaque crise. Le pire était que cette saleté n’était même pas mortelle. Un genre de truc qui te bouffe la vie et qui peut durer une éternité, à moins d’un regrettable accident, bien sûr.
Fabienne

Et le vrai sens des mots :
Zain : se dit d’un animal (principalement cheval ou chien) dont la robe n’a pas de poils blancs
Quinaud
 : confus, honteux
Ithyphalle
 : (Antiquité) Représentation du phallus en érection, que l’on portait en procession aux fêtes de Dionysos (chez les Grecs) et Bacchus (chez les Romains). (Antiquité) (Par extension) Chants ou danses pratiquées lors de ces fêtes. (Didactique) Amulette de forme phallique que l’on portait autour du cou.
Stercoraire
 : qui vit sur les excréments
Vulgivague
 : qui se prostitue

 

Exercice : écrire une histoire à partir de cette photo :

photo

Rendez-vous raté

- Wonder woman m’avait dit : rendez-vous à 16 heures sur le socle de la statue du boulevard Voltaire. Je suis venu, j’ai attendu… et comme un con, je me suis gelé… Wonder Woman n’est jamais venue. Alors, je suis redescendu du socle et je suis parti me réchauffer.

- Bon sang, mais qu’est-ce que je suis bête, je n’aurais jamais dû lui donner rendez-vous sur le socle de la statue du boulevard Voltaire, par ce temps-là, le pauvre, il va se geler. Mais ça m’excite tellement quand il n’a pas d’habit. Oh ! mais il est déjà parti, c’est vrai qu’il est déjà 17 heures, à peine une petite heure de retard. Je vais essayer de l’appeler, peut-être va-t-il m’entendre. Hé, l’Homme invisible, tu es là ?
Fabienne

Dix ans, coincé sur ce socle sans grâce, à servir de perchoir et de lieux d’aisance  aux pigeons madrilènes ! Que voulez-vous, moi je n’en pouvez plus de rester là, figé, immobile depuis ce sort de pétrification lancé par Syrius, mon ennemi juré. A l’intérieur de ma gangue minérale, moi j’étouffais, je bouillais littéralement ; ça ne pouvait plus durer ! Et puis, je ne savais jamais d’où venaient ces passants affairés qui, inquiets,  me jetaient parfois un rapide regard, sans doute effrayés par mon air farouche. Pour passer le temps, J’essayais quand même de deviner leur destination, d’imaginer leur quotidien mais cette rêverie finissait par me frustrer car les vérifications m’étaient impossibles. Mais cette nuit, tout ça va prendre fin car j’ai pris la décision irrévocable de m’enfuir…
Je suis hyper concentré et bande le moindre de mes muscles. Je puise dans mon énergie vitale et tente le tout pour le tout. … C’est si dur…  mais peu à peu je parviens à m’arracher de ma prison de pierre. Mon corps se réchauffe et mes membres ankylosés retrouvent progressivement leur mobilité ; chaque pas est une torture. Je descends péniblement de mon socle et pars pour toujours, ne laissant derrière moi que les traces de mes pas lourds que la neige peu à peu effacera.
Plus jamais vous ne pourrez contempler la statue du grand inquisiteur ; tremblez pauvres gens ! Ma vengeance est en marche et nul ne sera épargné…
Patricia

Nous sommes l’armée souterraine. Aujourd’hui, à l’aube, nous allons sortir enfin. Rangés en ordre de bataille, nous allons conquérir la ville. Tous les habitants ont fui. Ils sont partis lâchement ailleurs pour sauver leur vie. Mais bientôt nous serons partout et nous les anéantiront.
Fabienne


Exercice
 : souvenirs de la galette des rois

gateau

Je n’ai découvert la galette des rois qu’à l’âge de 23 ans, quand je suis arrivée à Paris. Chez nous en Camargue, la galette des rois à la frangipane n’existe pas. C’est le gâteau des rois. Il est en forme de couronne, brioché et parsemé de fruits confits et de gros grains de sucre. Il y a bien sûr une fève, en porcelaine colorée. Quand j’étais petite, c’était surtout des personnages de la crèche. Le plus vieux de la famille devait le couper en parts égales et le plus jeune se mettait sous la table pour décider à qui irait chacune des parts. Sans triche, évidemment. Et bien croyez-le si vous voulez, pas une seule fois je n’ai eu la fève !
Fabienne

galette-roi-caramel1

Chaque année, c’était pareil ; Yvette tombait toujours sur la fève et se voyait contrainte, comme la tradition l’oblige, à payer à son tour une galette des rois. Le prestige de la couronne  parvenait de moins en moins à atténuer la désolation de son porte-monnaie. Lassée de ce règne interminable, elle décida que 2018 ne verrait pas  son énième couronnement. Quel que soit le sort qui, indifférent, s’acharnerait sur elle, personne n’assisterait cette année à cette funeste victoire.
Quand vint le moment de la dégustation, attentive, elle mâchonna sans trop de vigueur sa part de gâteau. Bientôt, elle sentit sous sa langue l’objet du délit. Elle prit alors un air détaché et avala une grande lampée de cidre doux, ingurgitant la fève en même temps que la boisson salvatrice.
Dans le cercle amical, on s’étonna : le pâtissier, distrait, avait-il failli à sa tâche ? C’est ce que, déçus,  les convives finirent par penser.  En tout cas, cette année, on dut renoncer à la photo traditionnelle et la couronne, pour la première fois orpheline, resta  sagement dans sa boite.
Patricia

12 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 8 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:18

Troisieme-humanite

DEVOIR : un toast (d’après « La troisième humanité » de B. Werber)
Les humains peuvent-ils évoluer ? Parfois, ils m’inquiètent. Dois-je les aider ou les laisser livrés à leur sort ? Je ne peux pourtant pas les abandonner car j’ai un grand projet pour eux.

Depuis que je les ai créés, il semble que les humains s’acharnent à faire n’importe quoi. Par deux fois déjà, je les ai conçus. Par deux fois, ils sont allés eux-mêmes à leur perte, détruisant à chaque fois leur planète et l’humanité toute entière. Il semble qu’au bout d’un moment, le pire qui est en eux prend le dessus. Je me demande s’ils peuvent évoluer. Parfois ils m’inquiètent. Pourtant, je ne désespère pas. Cette fois-ci, je vais les mettre sur la Terre. C’est une bonne planète qui leur offrira tout ce qu’ils veulent, à condition qu’ils se donnent un peu de mal.

Bon, les débuts ont été assez chaotiques, mais ils sont arrivés à évoluer. Pas toujours dans le sens que j’aurais aimé, d’ailleurs. Toujours leur instinct de posséder, de régner… Ils sont prêts à tout pour ça : tuer, piller, détruire…

Dois-je les aider ou les laisser livrés à leur sort ? Je ne sais encore. J’aimerais qu’ils arrivent à se débrouiller par eux-mêmes. Ils ont hélas inventé à nouveau le pire : la guerre qui détruit, l’esclavage qui asservit, la torture qui anéantit, la religion qui divise au lieu d’unir… Comme les fois précédentes. Mais aussi, peu à peu, ils ont découvert de grandes choses. Le feu, tout d’abord qui leur a permis de se chauffer et de mieux se nourrir. Et puis toutes les grandes découvertes qui ont rendu leur vie plus facile… Peut-être et qui quelquefois font plus de mal que de bien. Mais je crois que la plus belle chose que je leur dois, c’est encore l’art. L’art sous toutes ses formes : poésie, peinture, musique… Mais cette fois-ci, je ne vais pas les abandonner à leur sort car j’ai un grand projet pour eux. Un grand projet qui va les sublimer, presque les diviniser… J’ai besoin d’eux pour réaliser ce grand projet. Il faut qu’ils s’y investissent totalement. Je vais vous expliquer ce qu’il en est… Réflexion faite, je pense que c’est encore trop tôt, donc chut ! Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment !
Fabienne


Exercice 1
: décrivez une action simple de 4 points de vue différents
ex : quelqu’un qui se brosse les cheveux :
1.
  Point de vue de celui ou celle qui se brosse les cheveux
2. Point de vue de la personne qui regarde la scène
3. Point de vue de la brosse
4. Point de vue d’un cheveu

brossage

Lucie dans la salle de bain :
Faut que je me dépêche sinon je vais être encore en retard pour la réunion et Pignon va me pourrir. Je peux pas le voir, ce Pignon. Il se prend vraiment pour le chef. J’ai même entendu dire qu’il avait abusé de sa situation. Quel salaud !
Bon qu’est-ce que je vais mettre aujourd’hui ? On oublie les petites jupes sexy, faudrait pas en plus que je l’excite, le vieux pervers. Faut que je dise à Fabrice qu’il doit s’occuper des filles ce soir, je vais finir tard :
-  Ho ! ahisse ! u dras les fi ce soi…

Fabrice, son mari, se rase à côté :
- Lucie, je t’ai dit de ne pas me parler quand tu te laves les dents, je n’ai rien compris.

Wouah ! Elle est super belle ma Lucie. J’aimerais bien être à la place de sa brosse à dents pour explorer toute sa bouche. Elle a du dentifrice aux coins des lèvres. Diablement excitant, on a envie de lécher… Huit ans que je la connais et toujours envie d’elle comme au premier jour… Mais aussi envie de Clara, ma secrétaire. Super bandante, celle-là… Mais bon, rien à voir avec Lucie. Je ne l’aime pas, Clara. Du coup, ça compte pas…

- Oui, ma chérie, je prendrai les filles à l’école ce soir.

La brosse à dents se démène :
- Les dents, vous allez voir comment je vais vous brosser ce matin. Il faut que son sourire soit éclatant ! Je ne laisserai rien passer. Je frotte, je lave, je nettoie, rien ne m’échappera ! Et toi, la dent du fond, pas la peine de te cacher, tu vas y passer aussi !

La dent du fond qui en a marre :
-  Sale brosse, elle a vraiment une dent contre moi !!! Ah ! Ah ! Ah ! Que je suis drôle ! Non, mais là, y en a marre, c’est de l’acharnement, du harcèlement. Ah ! la vache, elle m’a encore fait saigner… Matin et soir, c’est toujours le même cirque. Je vais me plaindre…
Fabienne


Exercice 2
: le texte fendu. Compléter la partie droite de la page, de manière à avoir un texte cohérent.

texte fendu

Il s’est approché dans le couloir et la regarde, elle
s’arrête à quelques pas, regarde à son tour cet homme qu’elle ne reconnait pas et
se retourne. Il se glisse derrière elle et attend
que son visage dans l’ombre s’éclaire un peu. Il ne voit tout d’abord que les
bleus des fleurs. Il saisit son briquet et le jette dans le feu où brûle
l’arbre : la flamme vacille. Quelqu’un frappe à la porte.
« Qui est là…  » dit-elle inquiète et apeurée.
Immobile, son briquet à la main, il ouvre la porte
lorsque sa soeur avance vers eux, toute blanche,
la tête inclinée (ses cheveux étalés sur les épaules et les bras le
long de son buste). Il sourit à cette revenante qu’il connait si bien.
« Anne…
- Anne ! »
Le même appel, au même moment résonne dans la
maison, elle n’entendit que leurs deux corps qui se touchaient tête contre
tête, comme si elle ne le reconnaissait plus. Tout à coup, il est
dans ses bras, et sans parler, caresse son dos, hume
l’odeur de ses cheveux, un sourire aux lèvres.
 » Tu as eu peur, dit-il, te voilà à nouveau parmi nous.
Un hibou s’envola, quelques pas plus loin, puis sauta de branche
en branche mais ne toucha pas les amants qui revinrent
séparément.
 » Comment es-tu venu, ou plutôt revenu ?
- Comment cela, revenu ? Il avait cru qu’elle était le fantôme, mais c’est
lui qui disparut.
Fabienne

28 décembre, 2017

Atelier spécial Noël du 20 décembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:07

Bonjour à tous !!!
Après une interruption de 3 semaines pour cause de blessure au genou, nous avons fait un atelier « spécial Noël » le mercredi 20 décembre, autour d’une table festive et de quelques bulles !!!

noel

 

DEVOIR 1 : Ce matin-là, elle mit un point final à son manuscrit en tuant son héros. Mais lui n’était pas d’accord.

Hercule_Poirot

D’après une histoire presque vraie

Ce matin d’août, Jane venait de mettre un point final à son dernier manuscrit en tuant son héros, le détective Hercule Noiraud, après dix ans de bons et loyaux services. Ce héros que, depuis quelques temps, elle trouvait si « encombrant » à tel point qu’il prenait toute la place dans sa vie : elle mangeait Noiraud, elle buvait Noiraud, elle rêvait Noiraud, et même, elle réfléchissait Noiraud… ça ne pouvait plus durer ! Elle y était bien sûr très attachée, car il avait fait toute sa gloire et sa fortune. Mais là, c’était une question de vie ou de mort : c’était elle ou lui. C’est pour cette raison qu’elle avait décidé de le sacrifier. Elle en ressentit tout d’abord un merveilleux soulagement. Toute la journée, elle se sentit légère. Elle avait très faim et, pour le déjeuner ne se prépara que des plats que Noiraud détestait. Puis elle sortit faire du shopping, activité qu’Hercule Noiraud jugeait superficielle et inutile. Enfin, elle prit une coupe de Champagne à la terrasse du Hilton en compagnie d’un de ses anciens amants.

Le soir, elle prit un bain et se mit au lit de bonne heure. Elle ne douta pas que, pour la première fois depuis longtemps, elle allait enfin bien dormir, sans rêves. Et pourtant…
A peine était-elle endormie qu’Hercule Noiraud fit son apparition ? Il était très en colère :
-       Comment avez-vous pu me faire ça, vous qui sans moi, ne seriez RIEN ! Croyez bien que je ne vais pas laisser faire ça… Vous allez le regretter !

Le ton était si agressif qu’elle se réveilla en sursaut, effrayée. Son héros lui signifiait qu’il ne voulait pas mourir, pire, il la menaçait. Elle descendit à la cuisine boire un verre de lait et se raisonna. Sûr que son esprit lui jouait des tours. Il était normal qu’après une si longue collaboration, une partie d’elle-même regrette cette mort littéraire. Elle était tout simplement plus touchée qu’elle ne l’aurait cru. Cependant, elle ne put redormir et passa une très mauvaise journée le lendemain. Le soir, elle ressentit une légère angoisse et prit un somnifère. Aussitôt qu’elle s’endormit, Hercule revint :

-       Il faut réécrire le dernier chapitre de votre livre avant de l’envoyer à l’éditeur, sinon, il vous arrivera malheur…

A nouveau, elle se réveilla, trempée de sueurs froides, puis se raisonna à nouveau. Je suis écrivain, c’est moi qui ai créé ce personnage de toute pièce. Sans moi, il n’existerait pas. C’est moi aussi qui décide de sa vie et de sa mort… C’est ainsi que les choses doivent se passer et il n’est pas question que je réécrive la fin de mon roman. Elle envoya donc son livre à l’éditeur qui le trouva très intéressant, et apprécia tout particulièrement la fin si inattendue.

Les cauchemars de Jane ne cessèrent pas… au contraire, ils devinrent de plus en plus menaçants. Elle fit une grave dépression et se suicida moins de six mois après avoir écrit son dernier chapitre. La fille de Jane continua l’œuvre de sa mère et fit miraculeusement réapparaitre Hercule Noiraud, pour le plus grand plaisir des lecteurs et du héros lui-même.
Fabienne

écrire

Des mois et des mois que je n’existe que par procuration, éprouvant tour à tour les sentiments de chacun de mes personnages, imaginant leur ressenti, leurs désirs, partageant leurs joies et leurs chagrins, endurant avec l’acuité du réel toutes leurs angoisses. Bref ! J’ai vécu avec eux au jour le jour et me suis peu à peu oubliée tant et si bien que j’ignore comment je vais pouvoir aborder l’après… J’ai besoin de me retrouver, de me rassembler, de réintégrer les frontières de mon moi éparpillé. Alors aujourd’hui, c’est décidé, je reprends les rennes et pose un point final à mon manuscrit. La meilleure solution pour y parvenir rapidement serait de mettre fin aux tribulations de mon héros par le biais d’une mort spectaculaire, quelque chose de brutal, de sanglant qui laisse mes lecteurs stupéfaits et déjà en manque à l’idée de devoir fermer ce foutu bouquin. Oui, ça c’est une bonne idée ! Vite ! à ma table de travail pour l’estocade finale !

Hé ! Ça va pas la tête ? Quelle idée de me zigouiller juste pour que ça en jette et reprendre, sans mauvaise conscience, ton petit train-train : baignades matinales à l’Anse Vata,  virées au marché pour faire le plein de  mangues et de papayes puis retour  à la maison pour savourer dans le jardin un de  tes petits cafés bien serrés en regardant si les anthuriums et  les oiseaux de paradis poussent bien… Tu n’as plus le droit  maintenant de te contenter seulement de ces menus plaisirs car nous avoir créé te donnes des responsabilités. Tu ne  peux pas décider de mettre fin à nos vies comme on ferme une porte tout de même !  Et dis-moi, tu t’en fiches de savoir si Maéva va décrocher son diplôme d’infirmière et si Glen, enfin divorcé, va retrouver sa confiance en lui et plus tard refaire sa vie ? Ça t’intéresse de savoir si le petit Soane, le fils des voisins, va guérir de sa leucémie ? C’est quand même toi qui l’as créé en personnage secondaire et qui l’a flanqué là dans une situation impossible ! Il faut que tu règles un peu tous ces problèmes avant de nous délaisser,  c’est la moindre des choses !

Quant à moi, ton personnage principal, ton héros, tu m’abandonnes sans remords ? Je  ne suis déjà plus rien pour toi ? Depuis des mois, du soir au matin, nous avons tout vécu ensemble. J’ai partagé ton quotidien, tes pensées les plus intimes; ça renforce les liens tu sais ! Je suis désespéré… Comment vais-je pouvoir supporter, du jour au lendemain, de ne plus te voir, de ne plus sentir ta main m’effleurer quand, satisfaite, tu caresses le papier noirci. T’es-tu seulement demandée si je n’allais pas me sentir délaissé ? T’es-tu interrogée pour savoir quelle pourrait être ma réaction ? Si j’allais être indifférent ou triste de te perdre ? Non, tu n’y as même pas songé ! Tu sais, au fil du temps, tu as fini en quelque sorte par m’apprivoiser et moi, bêtement, j’ai imaginé que je comptais un peu plus pour toi chaque jour. Je me sentais si proche !  Comme tu partageais ma vie, j’avais l’impression de partager aussi  la tienne… Je sais bien que je n’aurais pas dû, c’était idiot ! mais les sentiments ne se  commandent pas …  Et voilà, je suis amoureux de toi. Ça, tu ne t’en doutais pas ! J’ai su être discret ! Tu avais tant à faire, je ne voulais pas te troubler avec mes propres sentiments. Je ne voulais pas perturber ta vie mais j’ai bien réfléchi et je suis certain à présent que nos destins sont définitivement liés, que tu ne peux plus me supprimer sans supprimer également une partie de toi-même.

Finis ton livre si tu le souhaites mais entraine-moi dans de nouvelles aventures et tu verras qu’à nous deux, on va écrire un bouquin formidable !
Patricia

 

Les désarrois de l’auteure A.

commissariat

Ce texte raconte le trouble d’une auteure, jeune dans sa production, provoqué par la blessure objective et subjective d’un refus d’éditeur.
Les personnages principaux sont un seul être et deux incarnations.

A : l’auteure. Marie M. a cinquante-six ans. Elle a mis à profit le temps libre de sa préretraite pour se confronter à la page blanche, avec succès puisque publiée, deux fois.
M : le personnage central de ses romans, l’inspecteur Léo Maigrelet. Son père n’est pas Georges, n’est pas né à Liège… Après une carrière militaire de dix ans, il entre naturellement dans la police nationale, ayant un casier judiciaire vierge. Il franchit divers grades mais sans aucun espoir d’être un jour commandant, encore moins commissaire, même à titre posthume. Littérairement, il est né à trente-cinq ans.
Les personnages secondaires ou subalternes seront  nommés sans façons au fur et à mesure.

Argument.
Ce texte présente une unité de lieu, le lit de l’écrivaine. L’hiver est très froid et elle se glisse en grelottant sous la couette, ne pouvant compter sur une éventuelle chaleur animale. Une unité d’action : la confrontation dialoguée des deux personnages essentiels. Une unité de temps : la nuit, mais combien ?

Exorde.
La romancière sort de l’immeuble haussmannien des éditions Actes Sud-Ouest. Sans regarder, elle traverse le boulevard St-Germain, s’assied sur une banquette du Café de Flore. Elle commande une Suze ou « ce que vous auriez de plus amer ». Sur la table voisine, un petit pot de chocolat fume. Elle le sait onctueux. Il la nargue avec son bec orgueilleux  et sa jolie signature verte.
Mme Lagarde Lafrèche, sous-secrétaire financière du comité de lecture ASO, vient de lui faire une annonce qui l’a laissée sans voix. « C’est avec satisfaction que nous avons publié deux de vos romans ces deux dernières années. Si le premier a eu un succès d’estime et permis un retour sur investissement correct, le second, une suite en quelque sorte, a eu une audience que je qualifierai de familiale. Le comité de lecture, à l’unanimité, vous conseille expressément de tarir cette veine policière. Vous avez tout l’avenir devant vous en diversifiant vos œuvres ». Son regard courroucé provoque son meilleur sourire commercial, une inclinaison de tête façon Lady Di et un regard fixe dirigé vers la porte. Digne et bouleversée,  elle manque plusieurs marches en descendant les six étages de l’immeuble bourgeois. Elle dégringole des combles au comble de la douleur.

Une Suze, en avais-je déjà ingurgité ? Pourtant cela illustre bien l’âcreté de la situation et mon acrimonie. Cul sec. Mon train est à 14h17. Dans cinq heures environ, je serai dans ma jolie petite maison du quartier des Castors à Pessac. Je ferai un feu, prendrai un bain, déplacerai mon fauteuil préféré devant les flammes, poserai mon plaid sur les genoux et le chat persan qui va avec. Une soupe chinoise et au lit.

Première nuit.
Un peu plus de minuit.
M : enfin, te voilà ! Tu en as mis du temps pour regagner le territoire des songes. Comme inspecteur, je dirais comme tout policier, je suis fin psychologue. Nous n’avons pas de formation spécifique sinon le contact permanent de la matière humaine. Quels sont tes soucis ? Parle, ma belle. Ton vieil ami est là pour ça, toutes tes pulsions comme dirait Sigmund. Tu vois j’ai une vraie culture, celle dont tu m’as fait cadeau. Je sens bien que ton plaisir s’estompe, que tu régresses. Tes neurones s’allument comme un arbre de noël.
A : mais non. Tu es myope. Pas très doué pour l’analyse. Laisse-moi tranquille. J’ai surtout besoin de repos. Il me faut retrouver un idéal. Pas me confronter à ton existence.
M : mais, ton imaginaire, c’est moi ! Un conte., un noble conte.
A : ne fais pas le fanfaron. Si tu savais. Ce n’est pas le moment.
M : tu me caches donc quelque chose. Mon petit doigt me dit que c’est grave. Je te demande instamment de tout me dire, parole de flic.
A : stop je suis fatiguée. Tu m’as réveillée. Une fois n’est pas coutume, je prends un comprimé entier de Lexomil. Adieu !

Après une journée empaquetée dans la ouate, A. n’a guère avancé. Elle n’a pas eu le courage de téléphoner à son amie Lucie. Elle termine sa soupe vietnamienne, range ses baguettes et s’enfonce sous le lourd édredon.

Deuxième nuit.
A : je l’attendais avec impatience ce sommeil paradoxal. Hier le médicament l’avait inhibé ou bien en avait empêché la mémorisation. M., tu m’as énervée hier soir. Pourtant, je suis heureuse de te retrouver.
M : ce ne sont pas vingt-quatre heures de frigo qui vont m’enlever ma vitalité. Je voudrais tant être ton bon génie, celui du vase caressé. Au fait, j’ai su qu’à midi tu avais ouvert un flacon de Haut-Marbuzet.  La visite des chais de ce St-Estèphe m’avait permis de trouver un indice précieux pour élucider le crime œnologique de ton premier polar. Quel beau et glorieux souvenir.  Connaitrais-je encore de tels moments ?
A : il faut que je sois franche avec toi. Tu ne paraitras plus au monde. Je te garde dans une encoignure de mon lobe temporal. Je dois me consacrer à d’autres. C’est la fin pour toi, malgré toute ma tendresse.
M : c’est donc ça.  J’en avais la vision floue dans le désordre de tes pensées. Je me sens comme sur un frêle esquif au milieu d’un immense lac que l’hiver va geler.
A : tu en fais un peu trop dans le mélo mais j’assume.  C’est le caractère que je t’ai donné.
M : difficile à encaisser. Je me retire pour cette nuit. Rêve à d’autres comparses. Je te demande simplement de m’écouter la nuit prochaine. Je vais mettre en ordre mon argumentation de survie.

A. termine à petites gorgées la bouteille de Haut-Marbuzet en souriant béatement. Elle se remémore le parcours dans les chais puis dans les jardins printaniers de ce magnifique château. Le discours amoureux du propriétaire, Hervé D., la grise bien plus que le vin soyeux et exubérant, dégusté mais non recraché. Une des plus belles dragues qu’elle ait connue.

Troisième nuit.
M : je te l’avais demandé. Je suis là, dès que tes songes se ramifient. Je suis heureux de te voir si calme, si détendue. Tu es très belle, à l’intérieur aussi.
A : merci de cette belle humeur. Enfile ta robe d’avocat.
M : je ne suis pas venu seul. Défendre ma dernière enquête, celle qui a déplu, est ardu. Tu l’avais située à Condom.
A : oui, une de mes tantes habitait une ruelle jouxtant la cathédrale St-Pierre. Je l’ai connue avant que la froideur piétonnière n’en éteigne l’animation.
M : le petit commissariat vivotait dans ce vieux quartier rénové. Notre petite équipe ne s’en plaignait pas. Treize, nous étions treize. J’ai compté les petites mains : les trois stagiaires, les deux secrétaires, Ursule et Farida et la femme de ménage muette, Valentine.
A : je ne vous avais pas dénombré. Tout ce petit monde au chômage !
M : en tête de liste, le commissaire Grossard, Pierre Désiré. Il y tenait à ces deux prénoms, l’enflure.
A : PDG, c’est un peu gros. Il faut dire qu’il dépassait nettement le quintal.
M : j’étais son souffre-douleur. Pas un mot de plus à son sujet. Le reste de l’équipe était solidaire.
A : en le décrivant je me suis éprise de l’autre inspecteur, l’Italien.
M : Massimiliano Dante, mon alter ego. Max va repartir à Venise, travailler pour Donna L. L’idée de retrouver ses Italiennes, ces femmes intelligentes et désirables le rend fou. A Condom, sa boite de préservatifs est restée vierge.
A : c’est un reproche ?
M : ton côté bonne sœur se recueillant chez le serrurier du paradis, ce n’est pas très folichon.
A : à tes côtés, je vois les quatre gardiens de la paix, en uniforme, presque sévères.
M : si tu savais ! Je m’en vais les détailler.

La mère de Linette de St-Puy travaillait au château de Monluc. Elle avait dû la biberonner au pousse rapière, l’exclusivité maison. Elle en avait la verdeur de la liqueur d’armagnac et le pétillant de la méthode champenoise. Et avec ça, quelle précision lors des exercices de tir.
A : tu as été dans sa ligne de mire ?
M : à mon grand désappointement, non.
Et Floréale Ténarèze, quel bolide ! Son père regrettait l’époque des montagnards, de l’Etre Suprême, cette entité bienveillante qui n’influençait pas la destinée humaine.
A : et surtout pas la destinée des femmes. Floréale ne pouvait vivre que libre et Gersoise. De quoi se plaignait Max ?
M : de leur féminisme triomphant, en vrai macho. Te souviens-tu qu’il n’y avait pas une seule scène d’amour, même ébauchée, dans ton deuxième opus ?
A : par contre, j’ai insisté sur l’humour, l’esprit.
M : parlons-en !
Le troisième larron, l’agent Alphonse Darmery. Tu as finalement résisté et ne l’as pas prénommé Jean. Cependant, tu t’es fait un gros plaisir. Au commissariat il était préposé au standard téléphonique. C’est lui qui décrochait avec toujours la même blague en fil rouge. Allo ! L’agent Darmery, j’écoute. La moitié des correspondants raccrochait croyant s’être trompé de numéro pour joindre la police.
A : tu as raison, pas très subtil de ma part.
M : autrement, question créativité pour le dernier gardien, bravo ! Lallumey Alfred, métis Antillais, élevé au rhum, échouant dans le brouillard gersois. Quelle punition !
A : c’était un chabin. Grand, blond, cheveux crépus « chivé soleil », mirettes gris-vert, lèvres épaisses, puissante cambrure lombaire. Quel bel homme, la trentaine altière. Ne lui manquait que la moustache de d’Artagnan. Je l’aurais bien mis dans mon lit.
M : que ne l’as-tu fait. «  Et pour le voir tu dessilles les yeux » pour citer Ronsard. Tu aurais connu son caractère volcanique, une soufrière ! Juste un problème. Le fier Guadeloupéen était homophobe. Et Alphonse… gay !
A : première nouvelle.
M : voyage plus, ma fille.
A : eh ! Doucement les basses. Tu es ma créature. Sais-tu qu’il n’y a pas de commissariat à Condom. La ville est trop petite, sept mille habitants. C’est la gendarmerie qui gère. Même dans tes rêves…
M : ces derniers mots, c’est mon incinération. Je peux mourir autant de fois que tu le désires. Mais souviens-toi que je suis ta psyché.
Bertrand


DEVOIR 2
 : Ecrire une lettre au Père Noël la plus drôle possible.

lettre

Cher Papa Noël,

Cette année, j’ai été bien sage : j’ai maintes fois gardé mes petits-enfants, j’ai été assidue à l’atelier d’écriture et malgré quelques rhumatismes, j’ai assez régulièrement fréquenté piscine et salle de sport. Tout ça pour te dire qu’à la place de mes petits souliers tu trouveras de larges bottes de sept lieus qu’il convient de garnir avec goût et générosité.
Je sais que tu as du boulot en cette période mais je compte sur toi pour faire un effort, sinon, gare au bilan 2018 ! Ne pense surtout pas que se sont des menaces mais tu me connais, j’ai un fichu caractère et suis quelque peu rancunière. Ah ! J’allais oublier ! Disposes-tu d’un service après-cadeau ? Ne te vexes pas…c’est seulement dans l’hypothèse, peu vraisemblable, où tes choix ne correspondraient pas à mes attentes. Je sais, tu dois penser que je suis exigeante, mais, c’est seulement que j’aime bien tout prévoir.
Bon, j’arrête ici cette missive car je ne voudrais pas monopoliser ton précieux temps.
Je te souhaite de tout cœur de passer de joyeuses fêtes et de bien réveillonner avec les petits lutins.
Gros gros bisous,
Patricia

PS :
1°) Fais attention à  ne pas tout salir en passant par la cheminée.
2°) Mon parquet étant parfaitement astiqué, soit gentil de bien vouloir enfiler les patins de feutre déposés à ton attention à gauche de la cheminée.
Patricia

blessure-genou
Cher Père Noël,

Tu remarqueras que tu n’as jamais été submergé par mes lettres ou demandes de cadeaux, je ne suis pas quelqu’un d’avide et sais me contenter de peu. Habituellement, j’avais droit à la petite boite de marrons glacés à 900 F que m’offrais ma belle-fille, mais durant l’année, elle a jeté mon fils et je n’ai plus trop envie de lui parler, alors tu vois, je n’aurais même pas de marrons glacés ce Noël, et du coup, je n’aurai rien du tout. C’est là que m’est venue l’idée de t’écrire…
Comme tu le sais, j’ai été très très sage toute l’année et bien gentille aussi. Tu sais également que cette année n’a pas été terrible pour moi. Je me suis encore blessée et beaucoup cette fois-ci : 15 points de suture au bras et dernièrement, 23 points + 10 au genou. J’ai allègrement dépassé les 150 points de suture sur tout mon corps. C’est pourquoi j’ai pensé que toi, qui peut tout, tu pourrais peut-être m’offrir une espèce d’armure pour que je ne me blesse plus. Mais attention, il faudrait qu’elle soit légère, car je commence à vieillir et ne suis plus trop vaillante. Il faudrait aussi qu’elle ne tienne pas chaud, sous nos latitudes, ce serait vite intenable.  J’aimerais également qu’elle soit très maniable. En fait, il me faudrait faire peau neuve car je ne me suis jamais bien sentie dans ma peau. Alors si tu pouvais dépecer quelqu’un qui a été très très méchant toute l’année, ça me ferait bien plaisir et comme ça, je pourrais savoir ce que c’est « une peau de vache ». Peut-être même que je ne serai plus une vieille peau et que je trouverai quelqu’un qui m’ait enfin dans la peau. J’espère vraiment que tu pourras avoir la peau de quelqu’un, d’autant que pour toi, ça coûterait peau de balle !
Tu sais comme je t’aime et comme j’ai toujours cru en toi. Je te remercie d’avance et te fais de gros bisous.

PS : Je te laisserai un verre de champagne et du foie gras au frais car je ne pense pas que tu apprécies vraiment le lait.
Fabienne

2/ Exercice :

Le matin de Noël, j’ai trouvé sous le sapin…

peau

Vous n’allez pas le croire, devinez ce que j’ai trouvé sous le sapin de Noël, le matin de Noël ?
Ouuuuiiiii !!!! Une peau. Souple et légère, résistante, exactement comme je l’avais demandée. Je l’ai tout de suite enfilée. Elle m’allait comme un gant, si je peux dire ! Le seul inconvénient, c’est qu’ elle était blanche et noire, avec une queue en forme de tue-mouche !
Fabienne

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