Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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18 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 15 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:44

1/ DEVOIR : 5 mots extraordinaires à insérer dans un texte
Zain – quinaud – ithyphalle – stercoraire – vulgivague

100

Les cents soucis

Non mais ! Que lui arrive-t-il à mamy Nova, pardon mamy De Nova ? Mamy Cathy, maintenant je n’ai plus de scrupules à la nommer mamy Dé Cathy.
De tous temps, au moins depuis Bunuel, je la pensais vulgivague (ou vulvigage, je ne sais). Très vaguement esclave de ses sens. Très vaguement, car en fait qui se souvient de ses maris, amants ou copains ? Seul Yves S.L. avait sa place attitrée sur les photos people. Je ne suis pas sûr que ce quinaud l’amenait à Marrakech. Il est vrai que son sourire coincé, colgate regardol, rebutait plus d’un ithyphalle (ou ithyphallocrate, je ne sais plus très bien). Jusqu’à Rochefort (pas l’acteur à cheval, la ville pluvieuse) beaucoup de monde pense qu’elle est restée demoiselle. Néanmoins, n’importe quelle stercoraire de bureau, perchée sur ses hauts talons, vous dira bien en face : « Madame Catherine, c’est une vraie Française, une vraie femme honnête, elle… ». C’est complètement zain, zain ce manifeste des cents qui se voudrait manifeste des sens, ce pétage de plombs de nanties LVMH (nanties féministes ?) Elle aurait dû se documenter un peu, lire quoi ! Elle aurait appris que chez la souris, cour et agression sollicitent en partie les mêmes circuits neuronaux. Et chez le porc ? Libérer une autre parole, tu parles !  Je crains que ce droit à reconnaître aux mâles le droit à la drague, d’accord, au harcèlement, pas d’accord, et pire sans affinité (?), ne soit qu’un désir utopique pour cette grande bourgeoise réfugiée dans son for intérieur inexpugnable. Les femmes, toutes les femmes, méritent le respect.
Bertrand

médaille

Quinaud, bigleux et contrefait, mon homme vêtu de son plus élégant stercoraire, s’en fut à la cérémonie où, sans restriction pour son esprit spécieux et vulgivague, on lui remit, avec tous les honneurs, une précieuse médaille ithyphalle et un minuscule zain de bois précieux enchâssé dans une gangue d’ivoire du plus bel effet.
Voulant remercier comme il se doit le brillant aréopage qui le portait au pinacle, il se rapprocha du micro et, oubliant ses habituelles inhibitions, se lança dans un émouvant discours que d’aucuns jugèrent un tantinet trop long, eut égard à une dentition mobile un peu capricieuse et une élocution par trop hasardeuse. Prudente, j’étais sagement restée à mon domicile, attendant, sans trop de hâte, le retour du héros.
Patricia

maladie-grave

Il était atteint d’une vulgivague stercoraire, une maladie orpheline et ithyphalle qui le laissait tout quinaud et zain à chaque crise. Le pire était que cette saleté n’était même pas mortelle. Un genre de truc qui te bouffe la vie et qui peut durer une éternité, à moins d’un regrettable accident, bien sûr.
Fabienne

Et le vrai sens des mots :
Zain : se dit d’un animal (principalement cheval ou chien) dont la robe n’a pas de poils blancs
Quinaud
 : confus, honteux
Ithyphalle
 : (Antiquité) Représentation du phallus en érection, que l’on portait en procession aux fêtes de Dionysos (chez les Grecs) et Bacchus (chez les Romains). (Antiquité) (Par extension) Chants ou danses pratiquées lors de ces fêtes. (Didactique) Amulette de forme phallique que l’on portait autour du cou.
Stercoraire
 : qui vit sur les excréments
Vulgivague
 : qui se prostitue

 

Exercice : écrire une histoire à partir de cette photo :

photo

Rendez-vous raté

- Wonder woman m’avait dit : rendez-vous à 16 heures sur le socle de la statue du boulevard Voltaire. Je suis venu, j’ai attendu… et comme un con, je me suis gelé… Wonder Woman n’est jamais venue. Alors, je suis redescendu du socle et je suis parti me réchauffer.

- Bon sang, mais qu’est-ce que je suis bête, je n’aurais jamais dû lui donner rendez-vous sur le socle de la statue du boulevard Voltaire, par ce temps-là, le pauvre, il va se geler. Mais ça m’excite tellement quand il n’a pas d’habit. Oh ! mais il est déjà parti, c’est vrai qu’il est déjà 17 heures, à peine une petite heure de retard. Je vais essayer de l’appeler, peut-être va-t-il m’entendre. Hé, l’Homme invisible, tu es là ?
Fabienne

Dix ans, coincé sur ce socle sans grâce, à servir de perchoir et de lieux d’aisance  aux pigeons madrilènes ! Que voulez-vous, moi je n’en pouvez plus de rester là, figé, immobile depuis ce sort de pétrification lancé par Syrius, mon ennemi juré. A l’intérieur de ma gangue minérale, moi j’étouffais, je bouillais littéralement ; ça ne pouvait plus durer ! Et puis, je ne savais jamais d’où venaient ces passants affairés qui, inquiets,  me jetaient parfois un rapide regard, sans doute effrayés par mon air farouche. Pour passer le temps, J’essayais quand même de deviner leur destination, d’imaginer leur quotidien mais cette rêverie finissait par me frustrer car les vérifications m’étaient impossibles. Mais cette nuit, tout ça va prendre fin car j’ai pris la décision irrévocable de m’enfuir…
Je suis hyper concentré et bande le moindre de mes muscles. Je puise dans mon énergie vitale et tente le tout pour le tout. … C’est si dur…  mais peu à peu je parviens à m’arracher de ma prison de pierre. Mon corps se réchauffe et mes membres ankylosés retrouvent progressivement leur mobilité ; chaque pas est une torture. Je descends péniblement de mon socle et pars pour toujours, ne laissant derrière moi que les traces de mes pas lourds que la neige peu à peu effacera.
Plus jamais vous ne pourrez contempler la statue du grand inquisiteur ; tremblez pauvres gens ! Ma vengeance est en marche et nul ne sera épargné…
Patricia

Nous sommes l’armée souterraine. Aujourd’hui, à l’aube, nous allons sortir enfin. Rangés en ordre de bataille, nous allons conquérir la ville. Tous les habitants ont fui. Ils sont partis lâchement ailleurs pour sauver leur vie. Mais bientôt nous serons partout et nous les anéantiront.
Fabienne


Exercice
 : souvenirs de la galette des rois

gateau

Je n’ai découvert la galette des rois qu’à l’âge de 23 ans, quand je suis arrivée à Paris. Chez nous en Camargue, la galette des rois à la frangipane n’existe pas. C’est le gâteau des rois. Il est en forme de couronne, brioché et parsemé de fruits confits et de gros grains de sucre. Il y a bien sûr une fève, en porcelaine colorée. Quand j’étais petite, c’était surtout des personnages de la crèche. Le plus vieux de la famille devait le couper en parts égales et le plus jeune se mettait sous la table pour décider à qui irait chacune des parts. Sans triche, évidemment. Et bien croyez-le si vous voulez, pas une seule fois je n’ai eu la fève !
Fabienne

galette-roi-caramel1

Chaque année, c’était pareil ; Yvette tombait toujours sur la fève et se voyait contrainte, comme la tradition l’oblige, à payer à son tour une galette des rois. Le prestige de la couronne  parvenait de moins en moins à atténuer la désolation de son porte-monnaie. Lassée de ce règne interminable, elle décida que 2018 ne verrait pas  son énième couronnement. Quel que soit le sort qui, indifférent, s’acharnerait sur elle, personne n’assisterait cette année à cette funeste victoire.
Quand vint le moment de la dégustation, attentive, elle mâchonna sans trop de vigueur sa part de gâteau. Bientôt, elle sentit sous sa langue l’objet du délit. Elle prit alors un air détaché et avala une grande lampée de cidre doux, ingurgitant la fève en même temps que la boisson salvatrice.
Dans le cercle amical, on s’étonna : le pâtissier, distrait, avait-il failli à sa tâche ? C’est ce que, déçus,  les convives finirent par penser.  En tout cas, cette année, on dut renoncer à la photo traditionnelle et la couronne, pour la première fois orpheline, resta  sagement dans sa boite.
Patricia

12 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 8 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:18

Troisieme-humanite

DEVOIR : un toast (d’après « La troisième humanité » de B. Werber)
Les humains peuvent-ils évoluer ? Parfois, ils m’inquiètent. Dois-je les aider ou les laisser livrés à leur sort ? Je ne peux pourtant pas les abandonner car j’ai un grand projet pour eux.

Depuis que je les ai créés, il semble que les humains s’acharnent à faire n’importe quoi. Par deux fois déjà, je les ai conçus. Par deux fois, ils sont allés eux-mêmes à leur perte, détruisant à chaque fois leur planète et l’humanité toute entière. Il semble qu’au bout d’un moment, le pire qui est en eux prend le dessus. Je me demande s’ils peuvent évoluer. Parfois ils m’inquiètent. Pourtant, je ne désespère pas. Cette fois-ci, je vais les mettre sur la Terre. C’est une bonne planète qui leur offrira tout ce qu’ils veulent, à condition qu’ils se donnent un peu de mal.

Bon, les débuts ont été assez chaotiques, mais ils sont arrivés à évoluer. Pas toujours dans le sens que j’aurais aimé, d’ailleurs. Toujours leur instinct de posséder, de régner… Ils sont prêts à tout pour ça : tuer, piller, détruire…

Dois-je les aider ou les laisser livrés à leur sort ? Je ne sais encore. J’aimerais qu’ils arrivent à se débrouiller par eux-mêmes. Ils ont hélas inventé à nouveau le pire : la guerre qui détruit, l’esclavage qui asservit, la torture qui anéantit, la religion qui divise au lieu d’unir… Comme les fois précédentes. Mais aussi, peu à peu, ils ont découvert de grandes choses. Le feu, tout d’abord qui leur a permis de se chauffer et de mieux se nourrir. Et puis toutes les grandes découvertes qui ont rendu leur vie plus facile… Peut-être et qui quelquefois font plus de mal que de bien. Mais je crois que la plus belle chose que je leur dois, c’est encore l’art. L’art sous toutes ses formes : poésie, peinture, musique… Mais cette fois-ci, je ne vais pas les abandonner à leur sort car j’ai un grand projet pour eux. Un grand projet qui va les sublimer, presque les diviniser… J’ai besoin d’eux pour réaliser ce grand projet. Il faut qu’ils s’y investissent totalement. Je vais vous expliquer ce qu’il en est… Réflexion faite, je pense que c’est encore trop tôt, donc chut ! Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment !
Fabienne


Exercice 1
: décrivez une action simple de 4 points de vue différents
ex : quelqu’un qui se brosse les cheveux :
1.
  Point de vue de celui ou celle qui se brosse les cheveux
2. Point de vue de la personne qui regarde la scène
3. Point de vue de la brosse
4. Point de vue d’un cheveu

brossage

Lucie dans la salle de bain :
Faut que je me dépêche sinon je vais être encore en retard pour la réunion et Pignon va me pourrir. Je peux pas le voir, ce Pignon. Il se prend vraiment pour le chef. J’ai même entendu dire qu’il avait abusé de sa situation. Quel salaud !
Bon qu’est-ce que je vais mettre aujourd’hui ? On oublie les petites jupes sexy, faudrait pas en plus que je l’excite, le vieux pervers. Faut que je dise à Fabrice qu’il doit s’occuper des filles ce soir, je vais finir tard :
-  Ho ! ahisse ! u dras les fi ce soi…

Fabrice, son mari, se rase à côté :
- Lucie, je t’ai dit de ne pas me parler quand tu te laves les dents, je n’ai rien compris.

Wouah ! Elle est super belle ma Lucie. J’aimerais bien être à la place de sa brosse à dents pour explorer toute sa bouche. Elle a du dentifrice aux coins des lèvres. Diablement excitant, on a envie de lécher… Huit ans que je la connais et toujours envie d’elle comme au premier jour… Mais aussi envie de Clara, ma secrétaire. Super bandante, celle-là… Mais bon, rien à voir avec Lucie. Je ne l’aime pas, Clara. Du coup, ça compte pas…

- Oui, ma chérie, je prendrai les filles à l’école ce soir.

La brosse à dents se démène :
- Les dents, vous allez voir comment je vais vous brosser ce matin. Il faut que son sourire soit éclatant ! Je ne laisserai rien passer. Je frotte, je lave, je nettoie, rien ne m’échappera ! Et toi, la dent du fond, pas la peine de te cacher, tu vas y passer aussi !

La dent du fond qui en a marre :
-  Sale brosse, elle a vraiment une dent contre moi !!! Ah ! Ah ! Ah ! Que je suis drôle ! Non, mais là, y en a marre, c’est de l’acharnement, du harcèlement. Ah ! la vache, elle m’a encore fait saigner… Matin et soir, c’est toujours le même cirque. Je vais me plaindre…
Fabienne


Exercice 2
: le texte fendu. Compléter la partie droite de la page, de manière à avoir un texte cohérent.

texte fendu

Il s’est approché dans le couloir et la regarde, elle
s’arrête à quelques pas, regarde à son tour cet homme qu’elle ne reconnait pas et
se retourne. Il se glisse derrière elle et attend
que son visage dans l’ombre s’éclaire un peu. Il ne voit tout d’abord que les
bleus des fleurs. Il saisit son briquet et le jette dans le feu où brûle
l’arbre : la flamme vacille. Quelqu’un frappe à la porte.
« Qui est là…  » dit-elle inquiète et apeurée.
Immobile, son briquet à la main, il ouvre la porte
lorsque sa soeur avance vers eux, toute blanche,
la tête inclinée (ses cheveux étalés sur les épaules et les bras le
long de son buste). Il sourit à cette revenante qu’il connait si bien.
« Anne…
- Anne ! »
Le même appel, au même moment résonne dans la
maison, elle n’entendit que leurs deux corps qui se touchaient tête contre
tête, comme si elle ne le reconnaissait plus. Tout à coup, il est
dans ses bras, et sans parler, caresse son dos, hume
l’odeur de ses cheveux, un sourire aux lèvres.
 » Tu as eu peur, dit-il, te voilà à nouveau parmi nous.
Un hibou s’envola, quelques pas plus loin, puis sauta de branche
en branche mais ne toucha pas les amants qui revinrent
séparément.
 » Comment es-tu venu, ou plutôt revenu ?
- Comment cela, revenu ? Il avait cru qu’elle était le fantôme, mais c’est
lui qui disparut.
Fabienne

28 décembre, 2017

Atelier spécial Noël du 20 décembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:07

Bonjour à tous !!!
Après une interruption de 3 semaines pour cause de blessure au genou, nous avons fait un atelier « spécial Noël » le mercredi 20 décembre, autour d’une table festive et de quelques bulles !!!

noel

 

DEVOIR 1 : Ce matin-là, elle mit un point final à son manuscrit en tuant son héros. Mais lui n’était pas d’accord.

Hercule_Poirot

D’après une histoire presque vraie

Ce matin d’août, Jane venait de mettre un point final à son dernier manuscrit en tuant son héros, le détective Hercule Noiraud, après dix ans de bons et loyaux services. Ce héros que, depuis quelques temps, elle trouvait si « encombrant » à tel point qu’il prenait toute la place dans sa vie : elle mangeait Noiraud, elle buvait Noiraud, elle rêvait Noiraud, et même, elle réfléchissait Noiraud… ça ne pouvait plus durer ! Elle y était bien sûr très attachée, car il avait fait toute sa gloire et sa fortune. Mais là, c’était une question de vie ou de mort : c’était elle ou lui. C’est pour cette raison qu’elle avait décidé de le sacrifier. Elle en ressentit tout d’abord un merveilleux soulagement. Toute la journée, elle se sentit légère. Elle avait très faim et, pour le déjeuner ne se prépara que des plats que Noiraud détestait. Puis elle sortit faire du shopping, activité qu’Hercule Noiraud jugeait superficielle et inutile. Enfin, elle prit une coupe de Champagne à la terrasse du Hilton en compagnie d’un de ses anciens amants.

Le soir, elle prit un bain et se mit au lit de bonne heure. Elle ne douta pas que, pour la première fois depuis longtemps, elle allait enfin bien dormir, sans rêves. Et pourtant…
A peine était-elle endormie qu’Hercule Noiraud fit son apparition ? Il était très en colère :
-       Comment avez-vous pu me faire ça, vous qui sans moi, ne seriez RIEN ! Croyez bien que je ne vais pas laisser faire ça… Vous allez le regretter !

Le ton était si agressif qu’elle se réveilla en sursaut, effrayée. Son héros lui signifiait qu’il ne voulait pas mourir, pire, il la menaçait. Elle descendit à la cuisine boire un verre de lait et se raisonna. Sûr que son esprit lui jouait des tours. Il était normal qu’après une si longue collaboration, une partie d’elle-même regrette cette mort littéraire. Elle était tout simplement plus touchée qu’elle ne l’aurait cru. Cependant, elle ne put redormir et passa une très mauvaise journée le lendemain. Le soir, elle ressentit une légère angoisse et prit un somnifère. Aussitôt qu’elle s’endormit, Hercule revint :

-       Il faut réécrire le dernier chapitre de votre livre avant de l’envoyer à l’éditeur, sinon, il vous arrivera malheur…

A nouveau, elle se réveilla, trempée de sueurs froides, puis se raisonna à nouveau. Je suis écrivain, c’est moi qui ai créé ce personnage de toute pièce. Sans moi, il n’existerait pas. C’est moi aussi qui décide de sa vie et de sa mort… C’est ainsi que les choses doivent se passer et il n’est pas question que je réécrive la fin de mon roman. Elle envoya donc son livre à l’éditeur qui le trouva très intéressant, et apprécia tout particulièrement la fin si inattendue.

Les cauchemars de Jane ne cessèrent pas… au contraire, ils devinrent de plus en plus menaçants. Elle fit une grave dépression et se suicida moins de six mois après avoir écrit son dernier chapitre. La fille de Jane continua l’œuvre de sa mère et fit miraculeusement réapparaitre Hercule Noiraud, pour le plus grand plaisir des lecteurs et du héros lui-même.
Fabienne

écrire

Des mois et des mois que je n’existe que par procuration, éprouvant tour à tour les sentiments de chacun de mes personnages, imaginant leur ressenti, leurs désirs, partageant leurs joies et leurs chagrins, endurant avec l’acuité du réel toutes leurs angoisses. Bref ! J’ai vécu avec eux au jour le jour et me suis peu à peu oubliée tant et si bien que j’ignore comment je vais pouvoir aborder l’après… J’ai besoin de me retrouver, de me rassembler, de réintégrer les frontières de mon moi éparpillé. Alors aujourd’hui, c’est décidé, je reprends les rennes et pose un point final à mon manuscrit. La meilleure solution pour y parvenir rapidement serait de mettre fin aux tribulations de mon héros par le biais d’une mort spectaculaire, quelque chose de brutal, de sanglant qui laisse mes lecteurs stupéfaits et déjà en manque à l’idée de devoir fermer ce foutu bouquin. Oui, ça c’est une bonne idée ! Vite ! à ma table de travail pour l’estocade finale !

Hé ! Ça va pas la tête ? Quelle idée de me zigouiller juste pour que ça en jette et reprendre, sans mauvaise conscience, ton petit train-train : baignades matinales à l’Anse Vata,  virées au marché pour faire le plein de  mangues et de papayes puis retour  à la maison pour savourer dans le jardin un de  tes petits cafés bien serrés en regardant si les anthuriums et  les oiseaux de paradis poussent bien… Tu n’as plus le droit  maintenant de te contenter seulement de ces menus plaisirs car nous avoir créé te donnes des responsabilités. Tu ne  peux pas décider de mettre fin à nos vies comme on ferme une porte tout de même !  Et dis-moi, tu t’en fiches de savoir si Maéva va décrocher son diplôme d’infirmière et si Glen, enfin divorcé, va retrouver sa confiance en lui et plus tard refaire sa vie ? Ça t’intéresse de savoir si le petit Soane, le fils des voisins, va guérir de sa leucémie ? C’est quand même toi qui l’as créé en personnage secondaire et qui l’a flanqué là dans une situation impossible ! Il faut que tu règles un peu tous ces problèmes avant de nous délaisser,  c’est la moindre des choses !

Quant à moi, ton personnage principal, ton héros, tu m’abandonnes sans remords ? Je  ne suis déjà plus rien pour toi ? Depuis des mois, du soir au matin, nous avons tout vécu ensemble. J’ai partagé ton quotidien, tes pensées les plus intimes; ça renforce les liens tu sais ! Je suis désespéré… Comment vais-je pouvoir supporter, du jour au lendemain, de ne plus te voir, de ne plus sentir ta main m’effleurer quand, satisfaite, tu caresses le papier noirci. T’es-tu seulement demandée si je n’allais pas me sentir délaissé ? T’es-tu interrogée pour savoir quelle pourrait être ma réaction ? Si j’allais être indifférent ou triste de te perdre ? Non, tu n’y as même pas songé ! Tu sais, au fil du temps, tu as fini en quelque sorte par m’apprivoiser et moi, bêtement, j’ai imaginé que je comptais un peu plus pour toi chaque jour. Je me sentais si proche !  Comme tu partageais ma vie, j’avais l’impression de partager aussi  la tienne… Je sais bien que je n’aurais pas dû, c’était idiot ! mais les sentiments ne se  commandent pas …  Et voilà, je suis amoureux de toi. Ça, tu ne t’en doutais pas ! J’ai su être discret ! Tu avais tant à faire, je ne voulais pas te troubler avec mes propres sentiments. Je ne voulais pas perturber ta vie mais j’ai bien réfléchi et je suis certain à présent que nos destins sont définitivement liés, que tu ne peux plus me supprimer sans supprimer également une partie de toi-même.

Finis ton livre si tu le souhaites mais entraine-moi dans de nouvelles aventures et tu verras qu’à nous deux, on va écrire un bouquin formidable !
Patricia

 

Les désarrois de l’auteure A.

commissariat

Ce texte raconte le trouble d’une auteure, jeune dans sa production, provoqué par la blessure objective et subjective d’un refus d’éditeur.
Les personnages principaux sont un seul être et deux incarnations.

A : l’auteure. Marie M. a cinquante-six ans. Elle a mis à profit le temps libre de sa préretraite pour se confronter à la page blanche, avec succès puisque publiée, deux fois.
M : le personnage central de ses romans, l’inspecteur Léo Maigrelet. Son père n’est pas Georges, n’est pas né à Liège… Après une carrière militaire de dix ans, il entre naturellement dans la police nationale, ayant un casier judiciaire vierge. Il franchit divers grades mais sans aucun espoir d’être un jour commandant, encore moins commissaire, même à titre posthume. Littérairement, il est né à trente-cinq ans.
Les personnages secondaires ou subalternes seront  nommés sans façons au fur et à mesure.

Argument.
Ce texte présente une unité de lieu, le lit de l’écrivaine. L’hiver est très froid et elle se glisse en grelottant sous la couette, ne pouvant compter sur une éventuelle chaleur animale. Une unité d’action : la confrontation dialoguée des deux personnages essentiels. Une unité de temps : la nuit, mais combien ?

Exorde.
La romancière sort de l’immeuble haussmannien des éditions Actes Sud-Ouest. Sans regarder, elle traverse le boulevard St-Germain, s’assied sur une banquette du Café de Flore. Elle commande une Suze ou « ce que vous auriez de plus amer ». Sur la table voisine, un petit pot de chocolat fume. Elle le sait onctueux. Il la nargue avec son bec orgueilleux  et sa jolie signature verte.
Mme Lagarde Lafrèche, sous-secrétaire financière du comité de lecture ASO, vient de lui faire une annonce qui l’a laissée sans voix. « C’est avec satisfaction que nous avons publié deux de vos romans ces deux dernières années. Si le premier a eu un succès d’estime et permis un retour sur investissement correct, le second, une suite en quelque sorte, a eu une audience que je qualifierai de familiale. Le comité de lecture, à l’unanimité, vous conseille expressément de tarir cette veine policière. Vous avez tout l’avenir devant vous en diversifiant vos œuvres ». Son regard courroucé provoque son meilleur sourire commercial, une inclinaison de tête façon Lady Di et un regard fixe dirigé vers la porte. Digne et bouleversée,  elle manque plusieurs marches en descendant les six étages de l’immeuble bourgeois. Elle dégringole des combles au comble de la douleur.

Une Suze, en avais-je déjà ingurgité ? Pourtant cela illustre bien l’âcreté de la situation et mon acrimonie. Cul sec. Mon train est à 14h17. Dans cinq heures environ, je serai dans ma jolie petite maison du quartier des Castors à Pessac. Je ferai un feu, prendrai un bain, déplacerai mon fauteuil préféré devant les flammes, poserai mon plaid sur les genoux et le chat persan qui va avec. Une soupe chinoise et au lit.

Première nuit.
Un peu plus de minuit.
M : enfin, te voilà ! Tu en as mis du temps pour regagner le territoire des songes. Comme inspecteur, je dirais comme tout policier, je suis fin psychologue. Nous n’avons pas de formation spécifique sinon le contact permanent de la matière humaine. Quels sont tes soucis ? Parle, ma belle. Ton vieil ami est là pour ça, toutes tes pulsions comme dirait Sigmund. Tu vois j’ai une vraie culture, celle dont tu m’as fait cadeau. Je sens bien que ton plaisir s’estompe, que tu régresses. Tes neurones s’allument comme un arbre de noël.
A : mais non. Tu es myope. Pas très doué pour l’analyse. Laisse-moi tranquille. J’ai surtout besoin de repos. Il me faut retrouver un idéal. Pas me confronter à ton existence.
M : mais, ton imaginaire, c’est moi ! Un conte., un noble conte.
A : ne fais pas le fanfaron. Si tu savais. Ce n’est pas le moment.
M : tu me caches donc quelque chose. Mon petit doigt me dit que c’est grave. Je te demande instamment de tout me dire, parole de flic.
A : stop je suis fatiguée. Tu m’as réveillée. Une fois n’est pas coutume, je prends un comprimé entier de Lexomil. Adieu !

Après une journée empaquetée dans la ouate, A. n’a guère avancé. Elle n’a pas eu le courage de téléphoner à son amie Lucie. Elle termine sa soupe vietnamienne, range ses baguettes et s’enfonce sous le lourd édredon.

Deuxième nuit.
A : je l’attendais avec impatience ce sommeil paradoxal. Hier le médicament l’avait inhibé ou bien en avait empêché la mémorisation. M., tu m’as énervée hier soir. Pourtant, je suis heureuse de te retrouver.
M : ce ne sont pas vingt-quatre heures de frigo qui vont m’enlever ma vitalité. Je voudrais tant être ton bon génie, celui du vase caressé. Au fait, j’ai su qu’à midi tu avais ouvert un flacon de Haut-Marbuzet.  La visite des chais de ce St-Estèphe m’avait permis de trouver un indice précieux pour élucider le crime œnologique de ton premier polar. Quel beau et glorieux souvenir.  Connaitrais-je encore de tels moments ?
A : il faut que je sois franche avec toi. Tu ne paraitras plus au monde. Je te garde dans une encoignure de mon lobe temporal. Je dois me consacrer à d’autres. C’est la fin pour toi, malgré toute ma tendresse.
M : c’est donc ça.  J’en avais la vision floue dans le désordre de tes pensées. Je me sens comme sur un frêle esquif au milieu d’un immense lac que l’hiver va geler.
A : tu en fais un peu trop dans le mélo mais j’assume.  C’est le caractère que je t’ai donné.
M : difficile à encaisser. Je me retire pour cette nuit. Rêve à d’autres comparses. Je te demande simplement de m’écouter la nuit prochaine. Je vais mettre en ordre mon argumentation de survie.

A. termine à petites gorgées la bouteille de Haut-Marbuzet en souriant béatement. Elle se remémore le parcours dans les chais puis dans les jardins printaniers de ce magnifique château. Le discours amoureux du propriétaire, Hervé D., la grise bien plus que le vin soyeux et exubérant, dégusté mais non recraché. Une des plus belles dragues qu’elle ait connue.

Troisième nuit.
M : je te l’avais demandé. Je suis là, dès que tes songes se ramifient. Je suis heureux de te voir si calme, si détendue. Tu es très belle, à l’intérieur aussi.
A : merci de cette belle humeur. Enfile ta robe d’avocat.
M : je ne suis pas venu seul. Défendre ma dernière enquête, celle qui a déplu, est ardu. Tu l’avais située à Condom.
A : oui, une de mes tantes habitait une ruelle jouxtant la cathédrale St-Pierre. Je l’ai connue avant que la froideur piétonnière n’en éteigne l’animation.
M : le petit commissariat vivotait dans ce vieux quartier rénové. Notre petite équipe ne s’en plaignait pas. Treize, nous étions treize. J’ai compté les petites mains : les trois stagiaires, les deux secrétaires, Ursule et Farida et la femme de ménage muette, Valentine.
A : je ne vous avais pas dénombré. Tout ce petit monde au chômage !
M : en tête de liste, le commissaire Grossard, Pierre Désiré. Il y tenait à ces deux prénoms, l’enflure.
A : PDG, c’est un peu gros. Il faut dire qu’il dépassait nettement le quintal.
M : j’étais son souffre-douleur. Pas un mot de plus à son sujet. Le reste de l’équipe était solidaire.
A : en le décrivant je me suis éprise de l’autre inspecteur, l’Italien.
M : Massimiliano Dante, mon alter ego. Max va repartir à Venise, travailler pour Donna L. L’idée de retrouver ses Italiennes, ces femmes intelligentes et désirables le rend fou. A Condom, sa boite de préservatifs est restée vierge.
A : c’est un reproche ?
M : ton côté bonne sœur se recueillant chez le serrurier du paradis, ce n’est pas très folichon.
A : à tes côtés, je vois les quatre gardiens de la paix, en uniforme, presque sévères.
M : si tu savais ! Je m’en vais les détailler.

La mère de Linette de St-Puy travaillait au château de Monluc. Elle avait dû la biberonner au pousse rapière, l’exclusivité maison. Elle en avait la verdeur de la liqueur d’armagnac et le pétillant de la méthode champenoise. Et avec ça, quelle précision lors des exercices de tir.
A : tu as été dans sa ligne de mire ?
M : à mon grand désappointement, non.
Et Floréale Ténarèze, quel bolide ! Son père regrettait l’époque des montagnards, de l’Etre Suprême, cette entité bienveillante qui n’influençait pas la destinée humaine.
A : et surtout pas la destinée des femmes. Floréale ne pouvait vivre que libre et Gersoise. De quoi se plaignait Max ?
M : de leur féminisme triomphant, en vrai macho. Te souviens-tu qu’il n’y avait pas une seule scène d’amour, même ébauchée, dans ton deuxième opus ?
A : par contre, j’ai insisté sur l’humour, l’esprit.
M : parlons-en !
Le troisième larron, l’agent Alphonse Darmery. Tu as finalement résisté et ne l’as pas prénommé Jean. Cependant, tu t’es fait un gros plaisir. Au commissariat il était préposé au standard téléphonique. C’est lui qui décrochait avec toujours la même blague en fil rouge. Allo ! L’agent Darmery, j’écoute. La moitié des correspondants raccrochait croyant s’être trompé de numéro pour joindre la police.
A : tu as raison, pas très subtil de ma part.
M : autrement, question créativité pour le dernier gardien, bravo ! Lallumey Alfred, métis Antillais, élevé au rhum, échouant dans le brouillard gersois. Quelle punition !
A : c’était un chabin. Grand, blond, cheveux crépus « chivé soleil », mirettes gris-vert, lèvres épaisses, puissante cambrure lombaire. Quel bel homme, la trentaine altière. Ne lui manquait que la moustache de d’Artagnan. Je l’aurais bien mis dans mon lit.
M : que ne l’as-tu fait. «  Et pour le voir tu dessilles les yeux » pour citer Ronsard. Tu aurais connu son caractère volcanique, une soufrière ! Juste un problème. Le fier Guadeloupéen était homophobe. Et Alphonse… gay !
A : première nouvelle.
M : voyage plus, ma fille.
A : eh ! Doucement les basses. Tu es ma créature. Sais-tu qu’il n’y a pas de commissariat à Condom. La ville est trop petite, sept mille habitants. C’est la gendarmerie qui gère. Même dans tes rêves…
M : ces derniers mots, c’est mon incinération. Je peux mourir autant de fois que tu le désires. Mais souviens-toi que je suis ta psyché.
Bertrand


DEVOIR 2
 : Ecrire une lettre au Père Noël la plus drôle possible.

lettre

Cher Papa Noël,

Cette année, j’ai été bien sage : j’ai maintes fois gardé mes petits-enfants, j’ai été assidue à l’atelier d’écriture et malgré quelques rhumatismes, j’ai assez régulièrement fréquenté piscine et salle de sport. Tout ça pour te dire qu’à la place de mes petits souliers tu trouveras de larges bottes de sept lieus qu’il convient de garnir avec goût et générosité.
Je sais que tu as du boulot en cette période mais je compte sur toi pour faire un effort, sinon, gare au bilan 2018 ! Ne pense surtout pas que se sont des menaces mais tu me connais, j’ai un fichu caractère et suis quelque peu rancunière. Ah ! J’allais oublier ! Disposes-tu d’un service après-cadeau ? Ne te vexes pas…c’est seulement dans l’hypothèse, peu vraisemblable, où tes choix ne correspondraient pas à mes attentes. Je sais, tu dois penser que je suis exigeante, mais, c’est seulement que j’aime bien tout prévoir.
Bon, j’arrête ici cette missive car je ne voudrais pas monopoliser ton précieux temps.
Je te souhaite de tout cœur de passer de joyeuses fêtes et de bien réveillonner avec les petits lutins.
Gros gros bisous,
Patricia

PS :
1°) Fais attention à  ne pas tout salir en passant par la cheminée.
2°) Mon parquet étant parfaitement astiqué, soit gentil de bien vouloir enfiler les patins de feutre déposés à ton attention à gauche de la cheminée.
Patricia

blessure-genou
Cher Père Noël,

Tu remarqueras que tu n’as jamais été submergé par mes lettres ou demandes de cadeaux, je ne suis pas quelqu’un d’avide et sais me contenter de peu. Habituellement, j’avais droit à la petite boite de marrons glacés à 900 F que m’offrais ma belle-fille, mais durant l’année, elle a jeté mon fils et je n’ai plus trop envie de lui parler, alors tu vois, je n’aurais même pas de marrons glacés ce Noël, et du coup, je n’aurai rien du tout. C’est là que m’est venue l’idée de t’écrire…
Comme tu le sais, j’ai été très très sage toute l’année et bien gentille aussi. Tu sais également que cette année n’a pas été terrible pour moi. Je me suis encore blessée et beaucoup cette fois-ci : 15 points de suture au bras et dernièrement, 23 points + 10 au genou. J’ai allègrement dépassé les 150 points de suture sur tout mon corps. C’est pourquoi j’ai pensé que toi, qui peut tout, tu pourrais peut-être m’offrir une espèce d’armure pour que je ne me blesse plus. Mais attention, il faudrait qu’elle soit légère, car je commence à vieillir et ne suis plus trop vaillante. Il faudrait aussi qu’elle ne tienne pas chaud, sous nos latitudes, ce serait vite intenable.  J’aimerais également qu’elle soit très maniable. En fait, il me faudrait faire peau neuve car je ne me suis jamais bien sentie dans ma peau. Alors si tu pouvais dépecer quelqu’un qui a été très très méchant toute l’année, ça me ferait bien plaisir et comme ça, je pourrais savoir ce que c’est « une peau de vache ». Peut-être même que je ne serai plus une vieille peau et que je trouverai quelqu’un qui m’ait enfin dans la peau. J’espère vraiment que tu pourras avoir la peau de quelqu’un, d’autant que pour toi, ça coûterait peau de balle !
Tu sais comme je t’aime et comme j’ai toujours cru en toi. Je te remercie d’avance et te fais de gros bisous.

PS : Je te laisserai un verre de champagne et du foie gras au frais car je ne pense pas que tu apprécies vraiment le lait.
Fabienne

2/ Exercice :

Le matin de Noël, j’ai trouvé sous le sapin…

peau

Vous n’allez pas le croire, devinez ce que j’ai trouvé sous le sapin de Noël, le matin de Noël ?
Ouuuuiiiii !!!! Une peau. Souple et légère, résistante, exactement comme je l’avais demandée. Je l’ai tout de suite enfilée. Elle m’allait comme un gant, si je peux dire ! Le seul inconvénient, c’est qu’ elle était blanche et noire, avec une queue en forme de tue-mouche !
Fabienne

28 novembre, 2017

Atelier d’écriture du 27 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:12

DEVOIR : On l’appelait l’étranger…

pensionnat

Vie scolaire

Le verdict était tombé. La décision était irrévocable. Il ne l’avait pas vue venir. A y repenser, les contacts de fin d’année entre ses parents, le proviseur de son collège et le professeur principal de sa classe auraient dû lui mettre la puce à l’oreille. Mais il n’était pas de nature angoissée. Pour lui, ses deux premières années chez les grands s’étaient déroulées sans encombres.
Sa situation supposée de gosse de riche, une certaine facilité pour l’étude en dilettante, un goût arrêté pour la condition puissante d’ours des cavernes, tout cela avait contribué à le placer dans ce que politiquement on pourrait appeler « un splendide isolement ». Au fil des années d’une scolarité sans vagues, il avait établi sans le désirer avec les autorités éducatives (ses parents, le proviseur, les profs) un traité commercial avantageux : je vous vends un peu de travail sans déroger à la discipline et j’achète votre tolérante compréhension. Il était donc, dès le primaire, un élève fluide, un de ceux que l’on s’étonne presque de retrouver sur les photographies de classe.
Néanmoins le collège l’avait obligé à réévaluer un peu sa position. Tant de matières différentes et autant de profs aux personnalités difficiles l’avaient amené à faire des choix. De par ses goûts : les maths, le latin et le sport. De par les conseils appuyés de sa mère : le français, la géographie. De par le caractère de psychopathe de la professeure : l’anglais. Le modus vivendi lui paraissait très satisfaisant. Sur le carnet de notes on lui attribuait le plus souvent la moyenne, voire un peu plus avant les fêtes. Mais pour chaque maître le commentaire trimestriel mentionnait toujours la même locution : « peut mieux faire ». Pour donner un exemple, son activité à l’atelier bois-fer, deux heures par semaine, était appliquée mais minimale. En une année il n’avait réussi à usiner qu’une seule pièce métallique, certes la plus belle de la classe. Les autres en avaient profilé entre trois et cinq. L’appréciation du prof de travaux manuels fut donc légèrement différente : « pas mal, mais peut faire plus ». Il pensait suivre un long fleuve tranquille qu’il finirait de franchir par un bac. On voyait la Garonne depuis certaines fenêtres de sa classe. Il lui plaisait encore plus de continuer cette navigation pacifique depuis qu’il était tombé amoureux transi de la plus belle fille de l’établissement à peine plus âgée que lui. Son joli minois et ses formes déjà envoûtantes méritaient la considération de tous, y compris du prof de gym. Surtout elles peuplaient ses nuits de rêves audacieux. Il se pensait discret mais ses regards langoureux et, il faut bien le dire, assez débiles n’avaient pas échappé à la malice des autres élèves. Ils se gaussaient volontiers de son acné dévorante et de son bégaiement incontrôlable dès que la jeune fille provocante l’approchait à moins de trois mètres. Bref, tout allait bien ! Cette situation de fonctionnaire détaché (ou d’évêque in partibus de Parténia) lui donnait même bonne conscience, en toute insouciance.
Mais voilà. La sentence était tombée à la fin août. Il avait pourtant fait de beaux efforts pour être un bon fils. Il avait participé, surtout par la présence, à la cueillette des pommes sur la propriété agricole de son père. Il faut dire qu’il y avait une troupe de jeunes et jolies cueilleuses. Il en était ému, bien qu’il ne sache pas ce que croquer la pomme veuille dire. Son père l’avait récompensé au-delà de ses espérances en lui apprenant en un week-end à conduire un petit tracteur. Reculer en contrebraquant avec la remorque était délectable, sauf quand il renversa le fût de mazout.
Tout allait bien jusqu’à ce dîner à trois du 31 août. Sa sœur et son frère (il était l’ainé) passaient quelques jours dans le Gers chez les grands-parents maternels. Tout de suite il avait senti le vent du boulet. Sa mère avait préparé ses plats préférés : spaghettis aux boulettes de viande et tarte à la rhubarbe. L’heure était grave, dangereuse. C’est la gorge serrée qu’il dénoua sa serviette. Bravement son père prit la parole : « mon fils, ta mère et moi avons pris une grande décision, difficile mais qui nous paraît implacable. Guenièvre, veux-tu lui expliquer ? ». Rassurez-vous, son père ne se prénommait pas Arthur et la table familiale n’était pas ronde. Par contre, à ce moment, il aurait bien aimé avoir l’armure de Lancelot, ou pourquoi pas, l’écu de Ganelon. Il en était à évoquer intérieurement l’écartèlement comme punition. Toutes ces connaissances lui venaient de la lecture assidue de la collection complète des livres contes et légendes. Il se tassa sur son siège jusqu’à avoir le nez dans les pâtes. Sa mère, Guenièvre, explosa d’un : « tiens-toi droit ! », slogan qu’elle lui tenait pluri-quotidiennement depuis ses quatre ans. Sa colonne vertébrale se raidit, sa vaillance se délita, sa mandibule chuta ainsi qu’une boulette nichée dans une narine et ses yeux s’embuèrent. L’effet attendu d’attendrissement familial ne fut pas obtenu. Sa boulette avait probablement tout gâché. Sa mère lui expliqua sèchement qu’on l’attendait comme prisonnier, pardon pensionnaire, dans un remarquable établissement pour personnes de la bonne société, situé dans une ville agréable proche de l’océan. Ses grands-parents paternels habitant la ville voisine, cette proximité affectueuse ne pouvait que le rassurer. Pour lui, c’était donc tout bénéfice avec la meilleure éducation possible. Pour eux, ses parents, c’était un gros sacrifice financier qu’ils surmonteraient mais surtout un sacrifice affectif, son éloignement pendant les quatre prochaines années scolaires. L’appétit coupé, il se sentit submergé par un tsunami d’abandon. Qui donc pourrait l’an prochain tomber aussi bien que lui amoureux de la plus belle fille du village ? Finie la semaine de fêtes autour de l’arrivée du printemps et du rhume des foins. Finis les tours de propriété en vélo quand il pédalait comme un forcené. Denis Lalanne aurait dit un forçat. Finie la vie passionnée avec son chien Kiss qu’il réussissait à mordre de temps à autre. Le monde s’effondrait. Il avait du mal à s’imaginer les boulettes de viande patauger dans son estomac bilieux. Dans un effort surhumain il ne pleura pas. De toutes façons c’était écrit. Mektoub.
La rentrée était prévue le lundi suivant. Il fallait cependant partir très tôt le matin du samedi précédent. Le directeur du pensionnat avait institué un système de prérentrée qui permettait de personnaliser ce moment difficile, en particulier pour les nouveaux arrivants. On avait sorti la grosse Mercedes. Dès le début du trajet, sa mère lui donna quelques détails complémentaires. Ses parents viendraient tous les week-ends ou presque pour le mener au bagne, à l’internat tous les lundis à 7 heures. Et l’en faire évader tous les vendredis à 17 heures, sauf s’il était collé. Ce terme lui était inconnu. Pour lui c’était une colle. Autre nouvelle annoncée avec flegme, une calembredaine, on le menait dans une institution religieuse. Il comprit alors sa récente formation accélérée. Ses diplômes supérieurs en dévotion, communion solennelle et confirmation obtenus en seulement cinq semaines. Il ne se souvenait plus ni de l’ordre des évènements ni du contenu. Cette expérience lui avait fait l’effet d’un pet sur une toile cirée. Il en avait fait l’observation directe, pas celle du mysticisme, celle du vent ! Ce souvenir muet lui arracha un sourire ce qui étonna et rassura sa mère. Il le prenait bien. Les trois heures de trajet restant ne valurent aucun commentaire et il n’y en eut aucun, sinon un ou deux : « tiens-toi droit ! ».
L’entrée de la Mercedes SXLLL fit dans ses oreilles un bruit désagréable sur les graviers du parking. Le bâtiment parut magnifique à ses parents. Il évoquait plutôt pour lui le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Connaissant l’histoire de Papillon il envisageait déjà une évasion.
Devant le hall d’entrée se tenait, seul, un personnage à tête d’oiseau sous une vaste marquise scintillante. Vêtu d’une soutane noir corbeau il tenait devant lui ses bras largement ouverts en signe d’accueil. Cet horaire matinal leur était dédié. Il ne mesurait pas à sa juste valeur l’honneur de cette délicate attention. Il savait bien que ces bras-là allaient se refermer. Effectivement, après avoir chaleureusement salué les parents, fourré dans sa poche l’enveloppe préparée par son père, il se tourna vers lui. Le frère directeur des écoles chrétiennes, c’était lui. Il lui consacrerait toute l’énergie et tout le temps nécessaire. Pour le mettre en condition il lui prit les deux mains qu’il projeta lestement dans son dos pour le coller à son abdomen. De cette soutane il découvrit alors l’odeur de sainteté,  un mélange de savon de Marseille, d’eau bénite et de liquides corporels divers… Le formidable supplice dura bien dix minutes lui faisant comprendre ce qu’était une réception personnalisée. Sa chaleur attentionnée lui fit froid dans le dos. La visite des lieux enthousiasma ses parents. Magnifiques escaliers de marbre. Magnifiques dortoirs avec alignement étroit de lits métalliques et d’armoires du même matériau grinçant. Magnifique réfectoire où le frère préfet et ses collègues enrobés finissaient de prendre leur petit déjeuner. Leur salut fut moins personnalisé. Il s’en tira avec de solides poignées de mains et des sourires béats. Viendrait-il à la messe demain matin ? Ce serait bien ! On pourrait tester ses compétences d’enfant de chœur et surtout sa voix. Le frère préfet avait un admirable organe, prétendait leur aimable guide. Ses parents, lucides, déclinèrent poliment l’invitation. Dans ce cas, je vais vous confier un cahier de présence, dit le frère d’autorité. L’enfant ira le faire contresigner au début et à la fin de chaque office par le curé de la paroisse en personne. Aucun manquement ne sera toléré. Il prit peur. La religion lui tombait dessus comme la grêle, pour quatre longues années.
Le lundi suivant, la rentrée fut celle de toutes les découvertes. Comment ranger ses affaires dans son armoire, ses provisions de bouche dans son casier de réfectoire, ses fournitures scolaires dans son bureau trop petit, son désarroi au fond de ses chaussettes. Et puis découvrir sa classe, le lieu, la prof de latin qui inaugure les cours et… ses condisciples. Une classe exclusive de garçons, ou de filles, est une place forte. Depuis deux ans celle-ci avait forgé une identité, une hiérarchie, fondées sur des rapports de force souterrains. Cette année il y avait seulement trois nouveaux. Leurs noms, prononcés lors du premier appel furent accueillis pas force rires. Il se rendit compte à ce moment et seulement là de « l’exotisme » de son patronyme. Comme sa peau mate, ses cheveux presque crépus, son regard noir surprenaient un groupe certes hétérogène mais qui constituait une communauté. D’emblée les deux autres novices s’intégrèrent. Volontairement ou non par le rire complice, à ses dépens. Pour lui ce fut une stigmatisation quasi instantanée.  Il serait le mouton noir.
Le splendide isolement, il en avait l’habitude. Il savait que ses secrets présumés faisaient et défaisaient sa bonne réputation. A divers moments il eut l’espoir de s’intégrer. Tous les lundis matins il fallait garder dans son bureau les provisions de bouche de la semaine. A midi, on pouvait les amener au réfectoire. Son voisin de classe se rendit très vite compte que deux plaquettes de chocolat faisaient partie du lot. Un deal s’installa : en échange de son plus beau sourire l’impudent collégien, pourtant externe, dévorerait les friandises, se servant directement. Il laissa faire subissant une sorte de taxe locale. Sa passivité devint maladive. Il fut un élève fantôme. Son carnet de notes mentionnait toujours : « peut mieux faire ». Il grossit, rasa les murs, évita le plus possible de fréquenter les frères à simarre. Il aimait le football et s’inscrivit auprès du frère gymnaste. Celui-ci l’incita à faire l’acquisition de chaussures à crampons trop grandes. Sa croissance n’était pas terminée, n’est-ce pas. Pour sa première apparition dans une équipe déjà constituée, il joua en pantalon de ville. Il n’y avait plus de short à sa taille. Il courut beaucoup, ne toucha jamais le ballon, sauf en de rares circonstances où il l’offrit à son adversaire le plus proche. Il s’étala de tout son long dans la boue plusieurs fois. Las de ces efforts inutiles, il se planta dans le rond central attendant que ses vêtements sèchent. Le jeudi suivant, le frère sportif lui confia un drapeau et un autre rôle le long de la touche. Il aurait dû lui expliquer les règles du hors-jeu. Il agita donc spasmodiquement son fanion sans comprendre les vociférations qu’il déclenchait. Il renonça. Un grand lui racheta ses crampons à vil prix. Plus tard il apprit que ces chaussures avaient marqué moult buts. Se mêler aux jeux de récréation ne fut pas aisé. On le toléra tant qu’il perdait. Quand il prenait la parole en classe le silence se faisait. La salle attendait qu’il bredouille et invariablement…
Une seule attitude lui fut laissée. Il se dit dans le désert et fit l’anachorète. Ses seules oasis furent le réfectoire et son lit. Le fait qu’il ne se plaigne pas le plaça dans la catégorie des observateurs. Se pouvait-il qu’il devint l’espion de cette petite société très peu savante ? Il considérait chacun, notait ses points faibles, ses ratages et faisait un sourire entendu en scrutant les comportements. Dans ce monde du péché et de la transgression, il joua le rôle du sachant, sans jamais dénoncer. Ainsi il évita l’affrontement, le rapport de forces et ne participa à aucune bagarre. Il y avait un lot de surprises à observer les autres. L’élève assis près du radiateur possédait un joli carnet à spirale de couleur rouge écarlate. Il passait toute l’étude du soir à noter et dessiner. Probablement les évènements de la journée. Les deux élèves du fond jouaient aux cartes durant presque tous les cours sans jamais se faire prendre. Legrand dont le nom s’accordait à sa taille s’émerveillait de ses belles chaussures et les cirait à la récréation. Lebeau dont le nom ne s’accordait pas, passait son temps à soigner ses mains, coupant, limant repoussant et admirant. Deux petits malins avaient fait par avance pendant les deux premiers mois toutes les versions latines du livre d’exercices. Ils ne savaient pas que la prof changeait de livre chaque trimestre. Le premier de la classe ne révisait jamais. Il savait, déprimant.
Ainsi passaient les jours, coulaient les semaines. Il suffit de ne pas trop regarder l’horloge. En fin d’année la date de sortie était le 17 juin. Tout était prêt, sa valise, son cartable surchargé, son carnet « peut mieux faire ». Une dernière surprise l’attendait. Dix jours avant, ses parents l’informèrent que le frère directeur avait accepté avec empressement de le garder trois jours de plus. Eux avaient prévu de visiter l’exposition universelle de Bruxelles, de voir l’Atomium. Ils emmenaient sa sœur, plus jeune, qui donc n’avait pas besoin d’assister aux cours jusqu’au bout. Le frère très supérieur leur avait promis que ce serait pour lui trois véritables jours de vacances avec messe quotidienne. Trois jours supplémentaires de travaux forcés, un rien ! En fait dès le premier jour il comprit qu’il fallait en faire un parcours joyeux.  Ils étaient une douzaine dans son cas, des punis ou des oubliés, de tous âges. Enfin, il pouvait parler, jouer. Cette petite collectivité d’orphelins provisoires ne pleurait pas, elle prenait du bon temps. Un de ses jeux consistait à éviter le frère directeur qui manifestement cherchait le contact. Rusé, il y parvenait et tête d’oiseau devait se contenter de lui masser le cou derrière son siège au réfectoire. Mais le plus intéressant était de visiter tous les endroits secrets de l’internat. Sans la population d’écoliers, tous ces lieux étaient ouverts pour le grand nettoyage. La salle des profs, la chambre du frère préfet au bout du dortoir, le parloir où jamais il n’avait été appelé, le gymnase jugé trop dangereux, la salle des objets rituels avec les costumes d’enfant de chœur qu’il essaya par provocation. Il pénétrait seul et incognito dans ces places et c’était une débauche de liberté. Le deuxième jour il entra dans sa classe. Le sol était encore humide et il fit attention de ne pas laisser de traces. S’asseoir à sa place ? Que non ! Il siégea fièrement sur la chaise professorale. A sa droite, il vit un carton où la femme de ménage avait rassemblé divers objets oubliés, livres, cahiers, stylos… D’emblée, il vit le carnet rouge devenu cramoisi par l’usage. Sans être vu, il le glissa dans la poche de sa veste. Dans l’après-midi il gagna le seul endroit où personne ne pouvait suspecter sa présence : la chapelle bien éclairée à cette heure. Il entra dans le confessionnal s’assit et ouvrit le calepin oublié. Ce fut un émerveillement. Chaque page comportait un ou plusieurs croquis, de modestes esquisses jusqu’aux portraits les plus soignés. Le visage chevalin de la prof d’anglais avec les grandes dents qui lui permettaient de si parfaits « thhheee », était digne de Daumier ! Il se souvint alors du visage de chérubin de cet élève discret qui leur avait caché ce talent. Cette année il n’y avait pas eu de prof d’arts plastiques. Il eut un grand bonheur à voir les portraits de ses condisciples qu’il connaissait lui-même si bien. Quel sens de l’observation. Pour chacun l’artiste avait inscrit un surnom ou une phrase le caractérisant. Rien de bien compliqué ni agressif. Pour le premier de la classe : Katoubon, pour le dernier : Katoufo… Dans l’église silencieuse il tentait de modérer des éclats de rire irrépressibles. Quand il arriva à la page qui lui était attribuée son visage se figea. Au-dessous d’un très beau portrait ressemblant, on l’appelait l’étranger.

sagne

On l’appelait l’étranger… « L’estranger », même comme on disait par chez moi, dans les années 60. On disait qu’il venait « manger le pain des Français ». On ne savait ni son nom, ni d’où il venait vraiment, encore moins ce qu’il avait vécu… Dans ces petits villages du midi, l’étroitesse d’esprit se confondait avec la vertu.
Au début, il était arrivé seul, pour les vendanges. Il travaillait du matin au soir, sans s’arrêter, sans parler. Tout juste si le midi, il avalait rapidement un croûton de pain agrémenté d’une tranche d’oignon. C’est pourquoi on l’appelait aussi le « mange-cèbe » (le mangeur d’oignon).
En novembre, il fit « la sagne », dans les marais. C’était la coupe des roseaux qui servaient de chaume pour recouvrir les toits des cabanes. Il travaillait de « la nuit à la nuit », chaussé de vieilles cuissardes qu’on lui avait données, sa faucille à la main, pour quelques sous par jour. En décembre, vint le temps de la taille de la vigne. Vêtu d’une pauvre veste trouée, les doigts gelés, il travaillait comme un forçat. Il parvint à économiser sur son maigre salaire et fit venir sa femme et leurs trois enfants pour les fêtes de fin d’année. A la messe de minuit, les bons catholiques les évitaient, ceux-là même qui prônaient la charité chrétienne. Alors, eux, ils restaient au fond de l’église, si pauvres, mais joyeux malgré tout, si joyeux que je les enviais. La petite, surtout, Maria, qui avait à peu près le même âge que moi et que je trouvais tellement jolie, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux si noirs. A la sortie, je me suis approchée d’eux pour leur souhaiter un joyeux Noël. Ma mère m’a vivement pris la main. « Tu dois pas parler aux étrangers, je te l’ai déjà dit ! ».
Heureusement, Maria rentra dans ma classe, à la rentrée de janvier. Elle vint tout de suite s’asseoir à côté de moi. Je l’aidais à apprendre le français, elle me racontait son pays, l’Espagne, nos voisins pour ainsi dire… Et tout ce qu’ils avaient vécu… Son père Paco allait être emprisonné par les Franquistes, c’est pour ça qu’il avait quitté précipitamment son pays. Sa mère avait été interrogée, menacée jusqu’à ce qu’ils puissent tous quitter leur pays, leur maison, leurs amis… Maria resta ma meilleure amie. Elle subissait, sans broncher les méchancetés et les insultes des gens du village. Ce village que j’ai haï, que j’ai fui dès que je l’ai pu.
Ce village, j’y suis revenue, il y a une dizaine d’année… Et, ironie du sort, c’est moi qu’on a appelée « l’étrangère »…
Fabienne


sdf

L’étranger

 Il était venu de loin, si loin qu’en chemin il avait oublié son pays, ses racines, du moins il l’espérait…
Sans connaître personne, il avait atterri à Nouméa au début de la saison fraîche en 1987 ou en 88 et il n’était plus reparti. Au début, tisser quelques liens avec les gens d’ici avait été difficile mais, peu à peu, il avait fini par faire son trou, comme on dit. Et puis, c’était un solitaire. Il n’avait pas besoin d’une foule de connaissances, juste quelques rares copains pour briser parfois le silence.
Avec sa dégaine, il passait inaperçu : toujours le même jean délavé et un large tee-shirt dont la couleur  variait au gré de ses humeurs. Pour le visage, rien de bien marquant : des traits un peu anguleux en partie cachés par une courte barbe, le tout auréolé d’une tignasse sombre rarement coiffée. On le voyait de temps en temps,  trainant sur les quais du port maritime accompagné d’un chien, un corniaud sans vrai couleur, dont il semblait prendre le plus grand soin, s’arrêtant parfois pour lui parler longuement.
Baptisé enfant, il ne fréquentait pas les églises mais s’était lié avec un prêtre qui tenait une table d’hôtes pour les déshérités ; un homme qu’il appréciait non pour le dogme mais pour ses qualités humaines.
À l’APE, ont le connaissait bien car il acceptait sans difficulté des travaux intermittents que beaucoup refusaient. Il s’acquittait sérieusement des  tâches qu’on lui confiait et repartait comme il était venu, sans avoir fait  connaissance avec les autres salariés… alors, ici, on l’appelait «  l’étranger ».

Un matin semblable à tous les matins lorsqu’il ne travaillait pas, alors qu’il fumait sa clope après un café bien serré, le facteur tapa à sa porte… Ayant coupé les ponts avec famille et relations métropolitaines, il ne s’attendait pas à recevoir un courrier recommandé venant de Montpellier. Comment avait-on découvert son adresse en Nouvelle-Calédonie et qui pouvait bien lui écrire ? Fébrile et inquiet, il décacheta l’enveloppe : Maître Dupont de la Viguière… héritage d’un lointain cousin, décédé sans descendance… Son cœur fit une embardée ! Légataire d’un parent dont il ignorait jusqu’à l’existence, il héritait d’une véritable fortune ! Gaspar, c’était le nom de notre homme, sous le coup d’une émotion intense, s’assit, le souffle coupé, sur son unique fauteuil où il resta prostré le reste de la journée. Réfléchir… il lui fallait réfléchir…
Qu’allait-il pouvoir faire de tout cet argent tombé du ciel, lui qui avait tout quitté pour vivre une autre vie, oublier les tentations et pressions du monde de la finance, fuir les responsabilités écrasantes, les quémandeurs de tout poil, le clinquant d’une existence dont il avait oublié le sens profond ? Et voilà, il allait être à nouveau confronté aux mêmes problèmes et serait encore coincé dans un mode de vie qu’il continuait à vouloir rejeter, convaincu que la vraie vie, celle qu’il avait choisie en conscience était ici, loin des banques et du tumulte.
Le soir allait arriver et il était toujours là, assis sur son fauteuil, à ruminer sombrement sans trouver une issue à ce qu’il jugeait comme une véritable persécution du destin. Mais à six heures tapantes, quand le soleil plongea à l’horizon, il avait trouvé  LA SOLUTION. Demain, il irait voir  le père Pierre et l’informerait qu’il ferait don de l’intégralité de son legs pour aider les personnes en difficulté et perpétuer la table d’hôtes encore de longues années.
Soulagé, il respira plus amplement.  Il était libéré  du poids énorme qui tout au long de cette déconcertante journée avait pesé lourdement sur ses épaules. Curieusement, en pensant à tous ces inconnus qu’il allait anonymement aider, il sentit soudain qu’il appartenait un peu à ce pays d’adoption et que désormais il ne serait plus vraiment « l’étranger ».
Patricia

Exercice : Vous êtes un personnage de ce tableau d’Antoine Watteau. On ne donnera le nom du tableau qu’après l’écriture…

WatteauLa partie carrée (Antoine Watteau)

- Pstt ! Marie ! Tu sais qui est cet homme avec une mandoline ? Non ! Je ne l’ai jamais vu par ici. S’il s’approche de nous avec tant d’assurance, c’est bien qu’il fait partie des invités ! Voilà qu’il vient pour te présenter ses hommages… Chut !
Mais qui a bien pu le convier à cette soirée ? Je parie que c’est mon imbécile d’époux ! Sous prétexte d’être un vrai gentilhomme qui sait recevoir dans les règles de l’art il est prêt à faire des folies et s’autorise des largesses que sa bourse, hélas ! ne lui permet plus : nos finances sont au plus bas… Il espère toujours cette charge qu’on lui a fait miroiter l’an passé, alors il fait des  grimaces et des courbettes ; comme un chien, il fait le beau ! Je ne peux plus souffrir cet hypocrite, ce m’as-tu vu… Et en plus, non ! Ne te moque pas ! Il s’est mis en tête de faire le joli cœur auprès de la marquise de Chante-lune parce qu’il la croit bien en cour et s’imagine qu’elle va faire avancer son affaire. Avancer comment ? On s’en doute un peu… la rumeur la rebaptisée la marquise de Chaste-lune ! Et mon tendre époux, lui si laid, fait des ronds de jambes et s’essaie à des mots d’esprit lui, dont les plaisanteries ont la légèreté d’une enclume. Ah ! Ma chère ! Quel malheur d’avoir choisi cet époux de petite noblesse, moi qui pouvait espérer tant de beaux partis.
- Et oui, ma très chère, mais tous tes partis sont partis et sur le lot il ne restait qu’un sot à qui tu as fini par dire oui !
Patricia

 

C’est Courtney, ma copine, qui m’a amenée à cette soirée déguisée. Au début, j’ai trouvé ça assez sympa. On était habillée en marquises des fêtes galantes, en hommage à un peintre que le gars qui nous avait invitées adorait. Il s’agissait de Watteau. Courtney m’avait bien fait la leçon, bien qu’il y ait un W, on dit « Vatteau » et pas « Ouatteau ». Tu comprends, ça risque de le vexer. Moi, je connaissais pas et je m’en foutais. Je voulais juste faire la fête, boire du bon champagne et manger de bonnes choses en bonne compagnie.
Aussi quand Courtney m’a dit qu’on allait sortir un peu se promener dans le jardin et que je regretterai pas, je me suis pas méfiée. Ça m’embêtait juste de quitter la fête. Je me suis pas non plus méfiée quand deux types nous ont suivies. Tu penses ! des gens si intelligents, si bien élevés… En fait, Courtney m’a dit qu’on allait reproduire grandeur nature un tableau de ce fameux peintre.
L’air de rien, nous nous sommes assisses près de la fontaine. L’un des types s’est mis à côté de Courtney et a commencé à la papouiller. Elle rigolait. Je trouvais ça bizarre. Et plus bizarre encore quand le deuxième s’est mis devant moi et m’a sorti son « paquet »… Dis donc, j’ai beau avoir un décolleté tellement vertigineux qu’on en voit mon nombril, je ne mange pas de ce pain-là ! Je me suis levée et je lui ai foutu un de ces aller-retour !!! Lui, il est resté tout con, il a pas compris. Il croyait que je connaissais le nom du tableau !
Fabienne

Atelier du lundi 13 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 1:51

DEVOIR : un sandwich, écrire un texte qui commence par :
C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde

Et qui se termine par : … En rentrant chez lui, sans savoir pourquoi, il se sentait toujours merveilleusement bien.

Jardiner-avec-la-lune

Pas grave ?

–      C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde…
–      A tout le monde peut-être, et je m’en fous, mais à moi ! Non, c’est impossible, je refuse cette éventualité.
L’Ami lui fit alors remarquer que ce n’était pas une « éventualité » comme elle le disait, mais une ré-a-li-té. Et devant la réalité…
–      On ne peut que s’incliner, je sais, je sais… S’incliner et ac-cep-ter ! Qui a inventé pareille ânerie ?
–      Pas seulement accepter, mais adhérer pleinement, du fond du cœur.
Il en rajoutait, il se gargarisait de ses doctes paroles. Elle se sentait bouillir…
–      Et bien non, non et non ! Et si tu n’as que ce conseil à me donner, tu peux t’en aller, je me passe de toi et de ton amitié !
L’Ami s’en alla et elle remâcha son mécontentement : oui, ce qui lui arrivait était gravissime. Elle, qui habituellement réglait tous ses comptes, avec tous ses proches (et même d’autres plus lointains), de la manière la plus expéditive, la plus satisfaisante, par le truchement de l’écriture, venait de pondre un texte d’une mièvrerie navrante dans lequel elle ne tuait personne ! Personne, pas même un chien, pas même un moustique, pas même un dimanche ! Il y était question de fleurs et d’amour, de souvenirs et de nostalgie heureuse, bref, l’inspiration satanique venait de déserter…
–    Comment surmonter ce désagrément ?  se dit-elle. Et désagrément était trop faible, c’était objectivement une catastrophe car ces liquidations littéraires étaient son baume, son oxygène, sa thérapie, sa catharsis…
Tandis qu’elle cherchait comment résoudre ce problème, l’Ami téléphona :
–      Alors, ma Belle, tu es remise maintenant ? La diva a fini sa petite crise ? Il n’y avait pas de quoi en faire une montagne ! Ah, ah ! Elle est excellente, non ? Allez, viens plutôt m’aider à désherber mon gazon, je ne m’en sors pas ! Un peu d’exercice au grand air te fera du bien et au moins tu feras quelque chose d’utile…
L’imbécile ! Non seulement il ne me comprend pas, mais revoilà ses plates plaisanteries : pas de quoi en faire une montagne ! Parce que mon nom est Montagne ! On ne me l’avait jamais faite… Quel con, non mais quel con supérieur ! Si je le tenais là devant moi, je…
C’est alors que l’idée germa, se développa, prit ses aises, occupa tout son esprit pendant plusieurs minutes…
–      Alors, tu viens ?
–      J’arrive !
Quand tout fut fini, elle se sentit merveilleusement bien : la fameuse réalité dont on lui rebattait les oreilles venait de dépasser la fiction. Et l’Ami l’avait acceptée… malgré lui !
En rentrant chez elle, sans savoir pourquoi (ou plutôt si, elle le savait, mais chut !) elle se sentait toujours merveilleusement bien.
Huguette

macho

Macho… lapin

C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde… C’était la deuxième fois en une semaine qu’elle lui disait ça. Et cette pauvre idiote ne s’était pas aperçu que c’était parce qu’il n’avait déjà plus envie d’elle. Il était temps pour lui de la quitter. Pourtant, elle était belle, comme toutes les autres avant elles, là n’était pas la question.
Lui, ce qui lui plaisait, c’était la chasse, la traque. Et plus la proie était difficile, plus il en jouissait.
Il se souvint d’Irina, un Ukrainienne, maîtresse d’un magnat de la presse. Il avait mis plus de six mois pour arriver à ses fins. Il avait usé de tous les stratagèmes, même les plus compliqués ou les plus sordides, mais, comme les autres, elle avait fini dans son lit.
Quand elles commençaient à tomber amoureuses de lui, tout désir le quittait et il fallait qu’il s’en aille, qu’il rentre chez lui, penaud et contrit retrouvé sa femme Lucile. Lucile, si douce, si gentille, qui le connaissait si bien et qui lui pardonnait tout, à qui il racontait tout. Lucile qu’il aimait… peut-être. Il décida qu’il allait lui faire un enfant, pour l’occuper… Et comme à chaque fois, en rentrant chez lui, sans savoir pourquoi, il se sentait toujours merveilleusement bien.
Fabienne

Exercice : C’est l’anniversaire d’Huguette !!!

Le 13 novembre

 C’est l’anniversaire d’Huguette Montagne.
Pour le cadeau, ce n’est pas compliqué :
Offrez-lui une bouteille de Champagne,
C’est son penchant, son petit péché.

 De son sourire espiègle elle vous remerciera
Et tuera un à un ses personnages
Puis pour se désaltérer elle boira
Deux ou trois coupes de ce fameux breuvage.

 Ne vous fiez pas à son air innocent
Et à son allure bon enfant,
Car sous ce sourire charmeur
Huguette est un serial killer.

 A la tienne, Huguette, et bon anniversaire !!
Fabienne

Pour ton anniversaire, Huguette
Nous sommes tous là pour faire la fête :
Houmous, pâté, pop corn, gâteaux,
Flutes au fromage, figatelli,
Pain, chips, vin blanc et Champomy,
Pour goûts contraires, champagne ou eau
Et un brainstorm comme alibi
En espérant souffle et esprit
Mais des élans d’inspiration nos panses lourdes ont eu raison.
Un seul cadavre sur ton balcon
Ma défunte imagination.
Patricia

13 novembre, 2017

Atelier du 6 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:33

DEVOIR : écrire un texte avec ces 5 mots extraordinaires

Caligineux – Petrichor – alliciant – uchronie – néoténie  

tournage-potier

Le vieux, chenu et tout caligineux, s’approchait à pas lents. Ses mains de pétrichor avaient perdu de leur superbe mais il savait encore, comme personne, tourner un pot ou façonner un plat. Pour lui, pas besoin de ces tours modernes qu’on voyait à la télé ; la terre dans ses mains prenait immédiatement vie. Il se moquait bien de l’uchronie préconisée par les nouveaux potiers. Sa technique sûre et naturelle le dispensait de ces modernités inutiles. Il prenait son temps et mettait toute son âme au service de son art. Alliciant et généreux, depuis toujours, il travaillait corps et cœur en harmonie et dans chaque poterie achevée c’est un peu de lui-même qu’il vous offrait.
Patricia

yogi

Melchior, pétri corps et âme d’idées reçues avait une vision très alliciante du monde. Pour lui, tout était blanc ou noir. Pourtant aucune uchronie dans son regard ou son attitude. Il restait ce qu’il était, un homme sage et bon.
Peu à peu, tous les caligineux du pays se mirent à lui rendre visite pour élever leur âme. Chacun posait une question à laquelle Melchior répondait toujours très clairement. Chacun repartait en sachant ce qu’il avait à faire sur le chemin de la néotonie.
Fabienne

Pour votre info :
Petrichor
 : odeur particulièrement agréable de la terre après la pluie
Alliciant
 : séducteur, attirant
Uchronie
 : réécriture fictive de l’histoire relatant des faits qui auraient pu se produire
Caligineux
 : ténébreux, obscur, sombre
Néoténie
 : persistance d’états larvaires chez certains animaux adultes


Exercice
 : Pas ce soir, j’ai mal à la tête… (interdit de parler de sexe !)

C’est ce qu’elle lui disait tous les soirs depuis plus d’un mois. Un mois !!! Jamais il n’avait tenu autant…
Pourtant, quand elle rentrait après le travail, quelquefois, elle semblait d’humeur guillerette et il faisait tout ce qu’il pouvait pour la maintenir dans cet état d’esprit jusqu’au coucher… mais ça ne marchait jamais. D’autres soirs, par contre, elle était d’humeur sombre. Alors, il lui préparait un bain parfumé, un apéritif bien frais. Un jour, il avait même osé un Doliprane. Elle l’avait fusillé d’un regard qui lui avait fait perdre toute envie de recommencer.
Jean regrettait beaucoup les moments de complicité qu’ils avaient partagés pendant, les fous rires et les longues conversations après. Alors il se posa des questions.
Ce manque total d’attrait pour ce qui était auparavant leur loisir préféré cachait certainement quelque chose. Alice était-elle amoureuse de quelqu’un d’autre ? Ou pire, peut-être allait-elle le quitter non pas pour un autre mais bien à cause de lui.
Alors, Jean fit son mea culpa et trouva… Il y avait un mois, pour la première fois, il ne l’avait pas laissé gagner aux échecs, comme il le faisait chaque soir et depuis, elle refusait de jouer. Elle lui faisait payer cette victoire en invoquant chaque soir ce fallacieux prétexte : « pas ce soir, j’ai mal à la tête ».
Fabienne

échec

3/ Exercice : Les fruits de mon jardin

fruits

Les fruits de mon jardin

Quand ils étaient verts
Personne n’en voulait
Ils étaient trop amers
Pas assez sucrés…

 Puis ils sont arrivés
A maturité
Là encore, personne n’était tenté
Et je les ai gardés

 Après, ils étaient trop mûrs
Les fruits de mon jardin
Aucun n’en a voulu
Personne ne les a cueillis
Et sur la branche, ils ont pourri
 !
Fabienne

1 novembre, 2017

Atelier d’écriture du 30 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 23:47

halloween

DEVOIR : Cette année, pour Halloween, le fantôme d’une personnalité s’est invité chez vous.

Vian

Thibaut nous a conviés demain pour une soirée Halloween : déguisement souhaité mais non obligatoire, participation en nature (boissons, desserts, fromage etc .).  Chacun des participants devra lire ou conter une courte histoire qui fait peur. Bien sûr,  j’ai encore attendu le dernier moment mais hier soir comme j’étais trop crevée et que j’avais la tête vide, je me suis couchée de bonne heure. A présent il est 3 h du mat mais je n’arrive plus à dormir ; tout compte fait, je préfère me lever tout de suite et  parcourir internet à la recherche de la perle rare : l’histoire qui, sans terrifier les enfants, fera délicieusement frémir tout l’assemblée.
Peu à peu, je me laisse imprégner par l’ambiance obscure et dérangeante de ces récits. Je suis seule dans mon bureau, la maison dormira encore 2 ou 3 heures avant que le jour ne se lève, la pièce silencieuse me cerne. La seule source de clarté est le faisceau de ma lampe métallique qui ne donne vie qu’à ma page encore blanche.
Tout à coup, une sensation plus qu’un réel signal sonore, attire mon attention déjà aiguisée. Je sens comme… une vibration… un frémissement discret. La porte lentement s’entrouvre… une silhouette s’y dessine. Estomaquée, je crois, dans la pénombre ambiante, reconnaître…  Emmanuel Macron !!! Tel  un hologramme, sinueusement, il s’approche. Je ne connais pas encore bien notre nouveau président et la TV ne rend pas toujours justice mais… il me semble plus brun, plus mince aussi… pourtant c’est bien la même longue arrête du nez qui annonce le sourire  de circonstance où déjà l’ironie pointe.
L’homme, si je peux appeler ainsi la silhouette qui progressivement se précise et le visage qui soudain s’anime, se met brusquement à parler. Un flot ininterrompu de paroles dont le phrasé inattendu et les expressions désuètes me surprennent. Je constate, déboussolée, l’usage de mots peu à peu tombés dans l’oubli tels que : zazous, swing, bath… soudain, ça fait tilt dans ma tête ! Comment ai-je pu les confondre ? C’est vrai qu’il y a quand même une sacrée ressemblance !
Devant mes yeux ébahis, ce n’est pas Emmanuel Macron qui discourt mais bien l’inénarrable Boris Vian, l’idole de ma période lycée, cette tendre époque où j’aimais rêvasser, langoureusement imprégnée du charme envoûtant de «  l’écume des jours ». J’avais tant de fois rêvé de pouvoir bavarder à bâtons rompus avec mon idole, de savoir comment il procédait pour écrire ses chansons et surtout ses romans, alors, pour une simple trouille, je n’allais pas refuser cette étrange rencontre.
J’oubliais donc ma peur, lui proposait un fauteuil et partageais avec lui une tasse de café bien tassée. Nous avons parlé, parlé, parlé… mais hélas ! Avec les premiers rayons du soleil, il a brusquement disparu. Après un long moment de sidération, j’ai éteint ma lampe, prête, malgré ce moment enchanteur, à reprendre le cours de ma vie.
Étonnée, j’ai alors constaté le désordre inhabituel de mon bureau. Ma table de travail était entièrement  couverte de feuillets hâtivement noircis.
Jamais je n’avais espéré une veille d’Halloween aussi passionnante et productive mais… déjà je m’interrogeais… qui donc viendrait en personne me rendre visite  en 2018 ?
Patricia

funes

L’année dernière, j’ai fait une super fête pour Halloween ! J’avais invité une trentaine d’amis. Ils sont tous arrivés déguisés et franchement, il y en a qui m’ont fait peur et d’autres que je n’ai pas reconnus. J’avais fait huit litres de « potion magique » et ils ont tout bu. Autant vous dire que l’ambiance était à la rigolade….
Au milieu de tous ces gens, il y avait un petit bonhomme qui gesticulait tout le temps. Je me demandais qui c’était. Il était au centre de la piste de danse et tout le monde rigolait de ses mimiques. Mireille est passé à côté de moi et m’a lancé :
-       Ah ! Ton Louis de Funès est vraiment génial !! Qu’est-ce qu’il m’a fait rire ! Mais au fait, c’est qui ?
C’est vrai, ça, c’était qui, finalement, ce type déguisé ? Je ne voyais aucun de mes amis ayant sa dégaine. Mais bon, du moment qu’il mettait l’ambiance…
Après avoir fini la potion magique, on a commencé à ouvrir les bouteilles, de blanc, de rouge, de vert et de bleu… Jean avait mis une musique plus douce. Louis de Funès s’est approché de moi :
-       Tu danses ma biche ?
C’est fou, ce type avait la même voix que l’acteur disparu. Il a profité d’un moment d’hésitation de ma part pour m’entrainer vers la piste. Il m’arrivait au menton et me marchait sur les pieds. Il dansait comme un oiseau sur une branche et rien que d’y penser, ça m’a fait rire.
Je ne me souviens plus de ce qui est arrivé après. Plus tard, bien plus tard, je me suis réveillée et il n’y avait plus personne… Enfin, presque plus personne, seulement Louis de Funès qui gesticulait toujours. Là, je lui ai dit :
-       Tu sais, tu peux enlever ton masque maintenant…
J’ai senti comme un blanc…
-       Mais tu n’as toujours rien compris ! Je suis Louis de Funès… Tu sais, Halloween est le seul moment où nous, fantômes, pouvons sortir, nous mêler aux vivants et surtout, être vus… Et si par hasard un vivant danse avec nous cette fameuse nuit, nous sommes autorisés à rester chez lui jusqu’à la prochaine fête… Et lui seul nous verra toute l’année.

Et vous voyez, pendant que je vous parle, mon fantôme est derrière Patricia et lui fait des cornes… Mais rassurez-vous pour moi, c’est fini demain soir !!!
Fabienne

 

amis
Exercice
 : A louer, pour soirées, week-end, repas de famille ou vacances : amis célibataires ou en couple. Tout âge, sportifs ou intellectuels. Tarifs dégressifs.

Cette annonce dans la vitrine d’une agence m’interpella. Comment, des « amis » étaient à louer ? Pire… des gens payaient pour ça. Et apparemment, ça devait bien marcher, vu la boutique, le quartier et les quelques meubles que j’aperçut à l’intérieur. Puis je réfléchis… Finalement, on pouvait bien désormais louer des « escorts » girl ou boy, pour une soirée et, selon la formule consacrée, « plus si affinité ». De nos jours, tout s’achetait, se monnayait.  C’était triste… Pourtant, je pensais que ce matin, j’avais appelé ma meilleure copine Eva pour aller faire du shopping entre filles. Elle ne pouvait pas, elle était malade. Alors, j’ai appelé Germaine. J’adore Germaine, elle est toujours de bonne humeur, mais ce matin, ce ne devait pas être son jour.
-       Mais tu te rends pas compte, tu appelles là, comme ça et tout de suite il faut que je sois libre pour toi, mais j’ai une vie, moi…
Là, je suis restée comme deux ronds de flan. Habituellement, c’était toujours elle qui nous appelait pour nous inviter ou sortir, aller au ciné… Bref, j’appris plus tard que son copain du moment venait de la laisser tomber… Pauvre Germaine… Rassurez-vous, elle s’en remettra vite.
Du coup, j’ai appelé Ghislaine. C’est pas ma préférée. Elle est toujours triste, déprimée et franchement, moi, les gens déprimés, ça me déprime ! Même elle ne pouvait pas venir, elle avait rendez-vous chez son psy…
Alors, je n’ai plus hésité, j’ai poussé la porte de cette agence. Une jolie jeune femme s’est approchée de moi :
-       Bonjour, voulez-vous un ou une amie ?
Fabienne


Exercice
 : Drôle de métier = il était compteur de pas perdus dans une gare.

pas perdus

 -       97, 98, 99 et 100 !!! Et là, il fit demi-tour et entama :
-       1, 2, 3….
Je l’observais depuis un bon moment déjà et j’étais vraiment intriguée.
-       Hé, Monsieur, vous faites quoi là ?
-       Je compte, Madame.
-       Mais, vous comptez quoi ?
-       Je compte les pas perdus…
-       Et ça sert à quoi ?
-       Ben, à ne plus les perdre.
Fabienne

Un deux, trois… Un, deux, trois… Valsent les petits pas.
Pas mécaniques, pas se hâtant, pas nonchalants …
Un, deux, trois… Un, deux, trois… Valsent les petits pas.
Pas trop pressés, pas oubliés, pas égarés,
Fragiles ou sombres empreintes par le vent effacées.
Pour moi, ils comptent et je les compte ces petits pas.
La gare est une plage dont je suis le gardien ;
Tel le ressac, j’entends passer les trains…
Et tous ces pas menus dessinent un chemin…
Je suis compteur des pas perdus et c’est mon dernier train.
Patricia

25 octobre, 2017

Atelier d’écriture du 23 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:14

Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo de Vivian Maier :

Vivian-Maier

Monsieur André avait voulu faire plaisir à sa femme, sa chère Louise, qui ne pouvait avoir d’enfant. Il en avait assez de voir ses yeux gonflés de larmes et de la voir se dessécher telle une plante stérile. Alors Un dimanche, il l’avait amenée au plus grand supermarché de la ville pour lui acheter un fils. Ils savaient bien tous deux que ce n’était pas un vrai fils, mais il était tellement parfait que l’illusion était totale. Monsieur André n’avait eu qu’à se féliciter de son achat car, outre le fait que Mike, c’est ainsi qu’ils l’avaient appelé, était un petit garçon aimant, doux et bien élevé, il pouvait aussi mettre le couvert, débarrasser la table, étendre le linge et surtout servir l’apéritif. Du coup, ils n’hésitaient plus à inviter leur famille, voisins et amis très souvent. Vraiment un bon petit gars, ce Mike ! Le seul inconvénient était qu’il fallait l’amener une fois par mois en révision. Durant cette révision, les techniciens lui enlevaient toutes les idées parasites ou subversives de sa mémoire vive, faisaient un check-up complet des pièces vitales et mettaient de l’huile dans toutes les articulations. Chaque fois, c’était un nouveau petit garçon qui leur était rendu, toujours plus docile… Ce week-end-là, lorsque Monsieur André l’amena au Service après-vente, il ne reconnut pas l’employé, qui devait être nouveau. Il partit faire ses courses, laissant Mike à sa révision. Quand il revint, il remercia le technicien et donna, à son habitude, les sacs de courses au petit garçon qui devait les porter jusqu’à la maison. Dès qu’ils prirent la grand-rue, Mike jeta toutes les courses par terre et les piétina. Monsieur André n’en revenait pas, il ne savait que faire. Jamais une telle chose n’était arrivée… Comment cela pouvait-il être possible alors qu’il sortait tout juste de révision ? Mike se mit à trépigner et à hurler. Monsieur André était de plus en plus gêné. Qu’allaient croire tous ces passants qui se retournaient sur eux. Alors, il prit une grave décision : il coinça le gosse sous son bras et appuya sur le bouton « OFF » qui se trouvait sous sa chaussure et qu’il ne devait activer qu’en cas de problème TRES grave. Puis il empoigna ce qui maintenant ressemblait plus à un robot sous son bras pour le ramener au magasin.
Et croyez-moi, ils allaient entendre parler de lui !!!
Fabienne

Exercice : À la Loterie des Rêves, cette nuit, j’ai enfin gagné ! Mais au réveil, quand j’ai ouvert les yeux, ce n’était pas du tout le lot que j’espérais.

vieux

À la Loterie des Rêves, cette nuit, j’ai enfin gagné ! J’ai rêvé que je gagnais un Prince Charmant !!! Avec son magnifique destrier blanc (en l’occurrence, une Porsche), une Rolex et un costume Armani… En gros, un mec qui avait de la tune, pas un minable. Et même s’il était un peu vieux pour moi et conduisait sa Porsche comme une trottinette, cela ne m’apparaissait pas comme un handicap majeur pour ma vie future. Au contraire, aurais-je dit… Oui, Mais voilà, au réveil, quand j’ai ouvert les yeux ce n’était pas du tout le lot que j’espérais. Dans le lit, à côté de moi, horreur !!! Il y avait un type tout nu, qui ronflait plus fort que le gros fourneau de la SLN. Je regardais au pied du lit, il y avait de vieilles chaussures éculées, un jean qui datait et un tee-shirt taché. Là, je me suis vraiment mise en colère !!! Je n’arrivais jamais à avoir ce que je voulais. Vraiment, je n’avais pas beaucoup de chance. Je me suis mise à rouspéter toute seule, ce qui réveilla le « gros lot » qui, la tête tout ensommeillée tira vivement le drap sur lui. J’avais déjà eu le temps de jeter malgré tout un coup d’œil et vu que le Monsieur n’était pas si mal pourvu que ça…
Finalement, je pense que je vais le garder un peu, rien que pour embêter ma voisine Lucienne !!! ça lui fera les pieds à celle-là !
Fabienne


DEVOIR
 :

senior

Comme il commençait à prendre de la bouteille, il décida de vieillir, tel un bon vin. D’abord, il déménagea ses affaires dans la cave, puis il s’allongea sur une claie. Il n’avait pu descendre son matelas qui était trop lourd. Il avait d’ailleurs amené très peu de choses, le but étant de s’alléger de tout. Un peu de rechange, quelques boites de conserve, des bougies et des photos de Viviane, sa femme, disparue trois ans plus tôt d’une sale maladie.
Il pensait que dans cet endroit sombre et humide, la mort l’oublierait et que la température constante de la cave le conserverait dans un état parfait. Il se tourna vers le mur et attendit…
Au début, il alluma les bougies pour ne pas rester dans le noir, puis, ses yeux s’habituant à la pénombre, il s’en passa. Il perdit ainsi toute notion de temps, de jour et de nuit. Mais il s’en foutait, enroulé dans une vieille couverture grisâtre, il mangeait quand il avait faim. Il ne se lavait plus… Il attendait… Il ne savait quoi. Peut-être deviendrait-il un pur esprit ? ou bien allait-il enfin devenir beau… Lui qui avait toujours été si quelconque.
Au bout d’une semaine, il n’en pouvait plus, de cette odeur de moisi, de ne pas bouger, de la pénombre, lui qui avait toujours tant aimé le soleil.
Alors, un matin, mais il ne savait même pas si c’était le matin, il décida d’arrêter là son expérience. Il monta quatre à quatre l’escalier, courut dans le couloir et, les yeux fermés, ouvrit à la volée sa porte d’entrée. Le soleil l’inonda, il ressentit en frissonnant de plaisir sa chaleur. Il ouvrit lentement ses yeux qui le brûlaient un peu et s’émerveilla de toutes les couleurs de la nature. Du vert tendre du gazon, du vert foncé des pins, du bleu profond du ciel, des points blancs dans la prairie du père Gaston où paissaient ses moutons, du bleu tendre des hortensias, près du portail, des tâches rouges des roses que sa femme aimait tant. Il respira avec délice et sentit toutes ces odeurs mélangées et pourtant si reconnaissables les unes des autres. Tout près, il entendit le murmure de la rivière et le gazouillis des mésanges qui avaient fait des petits. Toutes ces choses le remplirent de tant de bonheur qu’une larme s’égara au milieu de ses rides. Peu importait qu’il vieillisse en fait, et cette expérience l’avait en quelque sorte rendu meilleur, plus beau car il sourirait tout le temps désormais. Cette expérience lui avait appris qu’il était entouré de merveilles et qu’il suffisait d’en être privé pour les apprécier.
Fabienne

17 octobre, 2017

Atelier d’écriture du 16 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:48

DEVOIR : « Le conte du pourquoi »
Pourquoi les fils électriques s’emmêlent-ils toujours même quand on ne les touche pas ?

fils

Fil à retordre

La matrice cuprifère dormait, belle et monstrueuse. Pour les siècles des siècles, sans même mesure du temps, elle serait à jamais pure matière et pur esprit. L‘unique, l’élément qui ferait le tout. La nuit finissant, ses rêves avaient tout construit. L’aube venait de son expansion illimitée, de son réveil joyeux. La mère transmettrait sa puissante énergie au monde. Le premier fluide était la lumière, le deuxième la matière, le troisième son verbe, son sens. Peu après l’illumination initiale elle s’enorgueillit de sa dilatation, prête à l’épanouissement de sa substance. Elle prit alors solennellement la parole : « mes fils,  vrombit-elle,  vous transmettrez au Cosmos l’énergie qui alimentera la matière et le savoir qui l’informera de son avenir… Mes innombrables fils, je vous veux tous égaux vers toutes les directions. Chacun, vous serez le conducteur. On vous nommera les âmes. Vous pénètrerez tout jusqu’à et par delà la Vie. »
Cette progéniture infinie de tiges cylindriques avait la couleur cuivrée de la génitrice arachnéenne. Leur éclat métallique irradiait. Leur maman cuprique était fière. Pouvait-elle savoir que les Moires gardaient et regardaient, l’une tissant, l’autre réparant, la dernière tranchant.
Combien de temps a pu durer leur voyage vers la terre ? Milliards d’années pour nous, secondes pour les fils. Pour favoriser notre planète, le concept de la génitrice était simple. Dans le froid stratosphérique, transformer le cuivre en cuprate au contact de l’air. De conducteurs, les fils deviendraient supraconducteurs, un mille-feuille en couches de cuivre et d’oxygène, appétissant, d’innombrables savoirs circulant à des vitesses pharamineuses.
Mais, comme le ver dans le fruit, il était dans l’atmosphère terrestre un agent perturbateur, un composant terrible, un dictateur prodigieux. Cette matière minérale avait un nom de code : Ag 47.  Dès l’arrivée des fils elle s’amalgama en eux d’autorité. Une douleur électrique ahurissante surprit le cœur des fils. Un élancement funeste les fit se tordre et se détordre en billons de spires. Se distordre, s’entortiller ne fit rien à l’affaire. Le mal était fait. L’ARGENT les avait embobinés.
Depuis, au fond de nos boites à outils,  les fils électriques se souviennent de ce métissage tortueux. Ce n’est pas de leur faute si les habitants de la planète bleue ont choisi de tresser des couronnes au despote argentique. Je suis presque sûr que sur Vénus les fils ne se mélangent pas. Ou alors aux filles d’Aphrodite !
Bertrand P.

C’est Monsieur Câble qui, comme son nom l’indique, inventa le premier câble électrique. Tout d’abord, tout le monde s’extasia et s’accorda à dire que cette invention était parfaite. C’est donc en toute logique qu’il en créa un deuxième qu’il mit proprement à côté du premier puis, satisfait d’avoir accompli une si belle et utile chose, sortit cinq minutes boire un café. Lorsqu’il revint, ses câbles étaient tellement emmêlés qu’il lui fallut toute une nuit pour les démêler. Il s’arracha le peu de cheveux qu’il lui restait et inventa par la même occasion toute une kyrielle de gros mots tous aussi pittoresques et suggestifs les uns que les autres.
Au bout de dix câbles, son appartement ressemblait à une jungle inextricable.
Il répéta donc plusieurs fois l’expérience et s’aperçut que les fils s’emmêlaient uniquement lorsqu’on ne les regardait pas. Il constata également qu’il lui était impossible de rester à surveiller ses câbles 24h/24 car, dans ce cas-là, il ne pourrait plus boire ni manger ni faire ses besoins ou même faire l’amour à sa petite copine. En scientifique qu’il était, il inventa donc une nouvelle propriété : les câbles ne PEUVENT que s’emmêler, quoi qu’on y fasse. Ainsi, il proposa à tous les utilisateurs plusieurs solutions :
1°/ Exterminer tous les câbles
2°/ Ne jamais utiliser plus d’un câble à la fois
3°/ Partir trois ans au Tibet et devenir grand maître de la Sagesse
4°/ Accepter cet état de fait…
… Ce qu’il fit.
Fabienne


Exercice
 : Ecrire chacun des mots suivants sur un morceau de papier, le plier, indiquer s’il s’agit de la liste 1 (noms) ou 2 (adjectifs).
Les participants piochent 2 papiers n° 1 puis un n° 2 et écrivent un texte.
1 – Un réverbère – une cafetière – un journal – un ordinateur – une chaussure – un arrosoir
2 – mélancolique – colérique – jaloux – timide – vantard – cruel

 Arrosoir-ordi

L’arrosoir vantard et l’ordinateur cruel

 

Prosper était, selon lui, le plus bel arrosoir de tout le comté. En fer blanc, recouvert d’une étincelante peinture vert anis, il était en harmonie complète avec la nature. Il était tellement fier lorsque, tous les soirs, le vieil Isidore, le jardinier du château, le remplissait pour arroser les parterres de fleurs ! Lorsqu’Isidore le rentrait ensuite dans la remise, il n’arrêter pas de se vanter auprès de tous les outils de jardinage.
-       Moi, je suis indispensable à la vie des plantes. Sans moi, elles risquent de mourir. Vous comprenez, ce n’est pas comme vous qui, certes, êtes utiles mais pas indispensables : si Isidore ne se sert pas de toi, dit-il à la pioche, pour piocher un peu ou de toi pour bêcher, il n’y aura pas de danger, juste un peu de désordre dans le jardin. Tandis que MOI, si je n’arrose pas les plantes, tout le jardin risque de disparaitre. Sans compter que MOI, je suis au service des propriétaires depuis plus de cent ans !! Vous vous rendez compte, alors que vous, vous êtes fragiles, j’ai à peine le temps de faire votre connaissance que vous vous cassez et qu’il faut vous jeter…
Evidemment les outils de jardinage en avaient plus que marre de ce vantard d’arrosoir. Un jour, Isidore ne vint pas. Il y avait plus de cinquante ans qu’il travaillait pour le château et il s’éteignit en silence, comme une fleur qui se fane.
Son remplaçant, un jeune homme, était fou d’informatique. Il proposa donc un gestion plus rationnelle de l’eau et des moyens aux propriétaires qui applaudirent ce jardinier si inventif. Ils mirent donc à sa disposition un ordinateur portable qui devait récolter toutes les données avant de tout informatiser. Quand un matin, Prosper fit, à son habitude, une ode à sa propre gloire, l’ordinateur ricana. Le deuxième jour, Prosper se vanta également. Alors, l’ordinateur qui n’en pouvait plus de ce vieil arrosoir et qui, en outre était très cruel, lui annonça tout de go :
-       Vas-y vante toi, et profites-en bien, car demain, tu seras au rebut, ou pire, à la décharge. Grâce à moi, le jardin sera doté d’un système de goutte à goutte qui va permettre d’économiser l’eau et d’arroser les plantes en continu. Je vais également en profiter pour te percer… Ah ! Ah ! Ah !
Prosper était effondré lorsqu’il vit les conduites d’eau lui percer le fond. Comme l’avait prédit l’ordinateur, il se retrouva bien vite à la décharge.
Heureusement, des bohémiens vinrent à passer et leur petite fille trouva cet arrosoir bien joli. Elle y planta des géraniums et le suspendit à la roulotte. Tout le monde s’extasiait de voir un si bel arrosoir transformé en pot de fleur, mais l’arrosoir, échaudé, restait bouche bée et ne se vanta plus jamais !
Fabienne

Exercice : Quand il ouvrit son courrier ce matin-là, une lettre attira tout de suite son attention…

lettre

Quand il ouvrit son courrier ce matin-là, une lettre attira tout de suite son attention… Son nom et l’adresse du commissariat étaient tapés à la machine. Le papier était de très bonne qualité. Elle dégageait, en outre un léger parfum de tabac blond. L’inspecteur Montes déchira vivement l’enveloppe et s’aperçut que le texte était découpé dans les titres des journaux. C’était une lettre anonyme. Une lettre anonyme de l’Enchanteur, le serial killer, qui depuis deux mois, mettait en émoi toute la ville. Déjà cinq victimes avaient été retrouvées mortes, étranglées. Toutes des femmes, entre vingt et quarante ans, blondes. Les femmes n’osaient plus sortir seules dès que la nuit était tombée. Le standard croulait sous les appels, chacun étant persuadé que le tueur vivait dans leur immeuble.
« Dépêchez-vous Inspecteur, sinon vous ne pourrez pas sauver la prochaine. Je l’ai déjà choisie… Je sais qu’elle m’atend ».
C’était nouveau ça, de prévenir avant de tuer ; ça voulait dire qu’il avait franchi un pas et qu’il pensait être très intelligent, plus en tout cas que ces débiles de policiers, se dit l’Inspecteur Montes. Puis il remarqua la faute d’orthographe. Il n’y avait qu’un seul T à attend. Il sut alors tout de suite qui était le tueur.
Fabienne

11 octobre, 2017

Atelier d’écriture du 9 octobre 2107

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:07

DEVOIR : 5 mots

Piscine – parasol – glace – électeur – sacoche

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Dialogue citoyen modèle

- Comment vas-tu, chéri ? Es-tu bien installé ? Tu vois, vieux dégoutant, nous avons bien fait de mettre le vieux canapé en toile près de la piscine. Celui-là tu peux le tacher sans problèmes. Veux-tu que je déplace un peu le parasol ? J’ai peur que tu prennes un coup de soleil sur le coup de pied. Tu sais bien que tu ne peux pas faire la sieste sur le ventre. tu vas faire culbuto.
- Merci bien, mon tendron chéri. Une petite glace citron meringué et ce serait le bonheur intégral. Intégral ! Tiens, cela me fait penser à notre merveilleux séjour de vacances de l’an dernier. Ce club naturiste, le domaine de la Chandellalaire, près de la Petite Motte, était le plus cool et même le plus chaud que j’ai connu.
- Oui, je sais. Les copines m’ont raconté. Il paraît qu’au bord de la piscine, le biscuit était un peu ramolli, même si tu ne peux plus voir ce que je veux dire. Probablement l’humidité ambiante! Il est  vrai que j’avais oublié, bien malgré moi, crois-le bien, de mettre tes pilules bleues dans ta sacoche de toilette.
- Tu pourrais me laisser tranquillement m’alanguir au beau milieu de mes souvenirs.
- Au lieu de te prélasser, tu ferais mieux de penser à remplir ton devoir !
- Mais, douce chérie… Qu’est-ce que tu me jaspines ? Cela ne pourrait pas attendre ce soir ?
- Non, non, non, mon gros chéri. Pas ce devoir-là. Tu ne te souviens pas ? C’est aujourd’hui dimanche,  jour de présidentielle. Tu as déjà raté le premier tour (comme avec moi, d’ailleurs !). J’ai posé ta carte d’électeur sur la table basse.
- Pour ça non ! Je n’irai pas !
- Tu ne vas pas rester allongé au lieu de VOTER ?
- Oh si ! mais, crois moi, à la première occasion, je serai debout pour GUEULER !
Bertrand

 

pool

Je travaille dans un pool, mais ne traduisez pas par piscine, avec parasol, transat et petit cocktail ou énorme glace. Mon pool à moi, je le déteste. On est plus de vingt filles, de vingt à quarante ans, à travailler là, toutes ensembles, pour les listes électorales. On doit appeler tous les électeurs, un par un pour mettre à jour nos données et il y en a plus d’un million trois cent mille, alors, le chômage, ce n’est pas pour tout de suite. Certes, je déteste ce pool, bruyant et harassant, mais je déteste encore plus notre petit chef de service, Albert Pignon. Petit, le cheveu gras et rare, la lippe pendante, les yeux fouineurs, le menton fuyant et la bedaine proéminente, il n’a rien d’un Don Juan. Et pourtant !!! Il nous pince les fesses dès qu’il le peut, il louche sur nos seins, nous humilie constamment et nous fait du chantage à l’augmentation. Je ne vous décris pas la peur qui nous tord le ventre quand l’une d’entre nous est convoquée dans son bureau. Chaque fois qu’une nouvelle est embauchée, il ne la quitte pas d’un pouce jusqu’à ce qu’il soit remis à sa place. Mais ça, on ne le fait pas souvent et vraiment dans les cas extrêmes car nous avons peur de perdre notre travail… Et par les temps qui courent, c’est déjà bien d’en avoir un. Quand il s’en prend à l’une de nous, toutes les autres baissent la tête et se taisent, soulagées, au fond de ne pas être « l’élue du jour ». Cette vie ne peut plus durer pour moi… Je n’en ai jamais parlé à mon mari, j’ai peur de sa réaction, ou peut-être pire : qu’il ne me croit pas. Alors, j’ai décidé d’agir avec mes trois meilleures copines : Lulu, Mimi et Josiane. Nous nous sommes cotisées et nous avons acheté un magnétophone. Nous l’avons mis dans une petite sacoche et chacune de nous le prend tour à tour pour enregistrer les propositions malhonnêtes de ce malotru. Nous avons supporté ses sévices pendant plus d’un mois pour avoir suffisamment d’enregistrements afin que plus personne ne puisse douter de ses intentions. Puis, nous avons passé la bande à la cantine de la mairie, un midi. Au début, il y avait du brouhaha, puis peu à peu, un grand silence s’est installé. Au fur et à mesure que la bande défilait, Albert devenait de plus en plus rouge, puis a quitté la salle en courant, poursuivis par les autres hommes, dont certains étaient mariés avec mes collègues. Ils étaient prêts à le rouer de coup mais n’ont pas pu, hélas ! le rattraper. Désormais, Pignon a été « muté » aux archives, il y est tout seul et ne peut plus faire de mal. C’est une femme qui l’a remplacé dans notre service et maintenant, nous n’avons pas à nous plaindre de harcèlement sexuel, mais de là à dire que la vie est bien meilleure…
Fabienne

 

Exercice : Finir sa vie de matelas dans un fourré, il ne l’avait jamais imaginé, lui, le pure laine à mémoire de forme et ressorts enchâssés. Pourtant, depuis cette nuit il s’y trouvait, en compagnie d’un tas de gravats et d’un vélo rouillé.
Déjà ses acariens le quittaient…

matelas

-       Aïe !!! Hé, le Mérinos, tu me fais mal !!!
Il ne savait pas d’où venait cette voix et sursauta. C’était lui qu’on appelait Mérinos ?
-       Mais qui donc me parle ?
-       C’est moi, le vélo en-dessous, on t’a jeté sur moi !!!
A ces mots, Mérinos eut la larme au bord des ressorts. Lui, le pure laine à mémoire de forme et ressorts enchâssés. On l’avait jeté là, comme un vulgaire mousse troué.
-       Ça va aller, t’inquiète. C’est sûr qu’au début, il y a de quoi avoir un petit coup de mou, mais après, tu verras, on s’y fait. La vie est belle ici, sauf quand il pleut. Au fait, je me présente, tout le monde m’appelle Eddy Merckx
-       Monsieur Merckx, nous ne fréquentons peut-être pas le même monde…
-       Oh ! Dis donc, pas besoin de faire ta pimbêche, ici, on est tous à la même enseigne…
Le matelas craqua et s’affaissa d’un coup… Il n’en pouvait plus, alors, contrairement à son habitude, il raconta sa vie. Il avait fidèlement servi et accueilli à leur naissance plusieurs générations de De Lassey. Il avait d’ailleurs discrètement participé mais de façon essentielle à leur création, et tout ça pour finir dans une décharge sauvage !
-       Tu sais, Mérinos, ici, on se serre les coudes entre potes, et appelle-moi Eddy…
-       Eddy, vous vous rendez compte, même mes acariens me quittent.
-       Tous les acariens, toutes les acariennes vont chanter, vont danser sur le violon, se mit à fredonner, hilare le vélo…
-       Je vous interdis de vous moquer de moi…
-       Mais je ne me moque pas, Mérinos ! Que veux-tu, moi, je vois toujours la vie du bon côté…. D’ailleurs, regarde, tu vas encore servir… Eddy montra du guidon quelque chose à Mérinos qui étira ses ressorts pour voir. Sur sa toile, un couple d’hirondelles commençait à faire leur nid.
Fabienne

 

Exercice : Elle habitait au 21, rue de la Pluie…

21

Elle habitait au 21, rue de la Pluie, un appartement sombre et humide. Elle n’était pas heureuse, sauf certains soirs… Des soirs où elle se vengeait de cette triste vie de misère et de solitude. Dans ces cas-là, elle entrait dans un bar. Il y avait toujours un type plus soûl que les autres qui ne voyait pas ses yeux emplis de haine, les plis durs aux coins de sa bouche. Alors, il l’invitait à boire un verre qu’elle ne touchait même pas. Lui, continuait de s’enivrer. Puis, bras dessus, bras dessous, ils s’en allaient. Il riait, savourant déjà cette victoire si facile et les plaisirs qui en découleraient. Elle, impassible, commençait à sortir le couteau qu’elle cachait dans les grandes poches de son manteau. Il y avait toujours un endroit plus sombre. C’est à ce moment-là qu’elle frappait. Tous ces hommes la regardaient, et on lisait au fond de leurs yeux leur incompréhension, comme une question : pourquoi ?
Elle haïssait les hommes qui avait tant fait souffrir sa mère qu’elle en était morte. Tous ! Ils étaient tous des ordures…

Le Commissaire Maigret, satisfait, alluma sa pipe. Il avait rondement mené cette enquête qui, pourtant, dès le départ semblait bien compliquée et grâce à sa perspicacité il avait pu arrêter celle qui terrorisait la ville. D’ailleurs, qui aurait pensé que cette frêle jeune fille pût être un assassin ?
Une horde de journalistes, micros tendus, l’attendait devant le commissariat du 5ème. Alors, solennel, il s’avança et, parodiant un certain Henri-Georges Clouzot, il déclara : « l’assassin habite au 21 !!! »
Fabienne

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