Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

Bienvenue sur mon blog

21 juillet, 2017

Atelier du 19 juin 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:53

Un sandwichDes années ont passé depuis ce départ et puis, des années encore…
J’ai écrit souvent à Nouméa. Jamais je n’ai reçu de réponse.

alpage

Noir dessein

Des années ont passé depuis ce départ et puis, des années encore…
En bas, le train des sept villages passe. Ce doit être le 11h17. La résonance monte la pente de ma colline. L’acier des roues ferroviaires crisse les rails dans l’espoir quotidiennement déçu de les user. Me suis-je préparé à déjeuner ? Les trois-quarts du temps j’oublie de cuisiner. J’ai, dès mon arrivée, demandé à mon boulanger de me cuire et recuire des gros pains de marin qu’il me livre une fois par mois. Je les fais griller en grosses tranches épaisses pour le fromage et la charcuterie. Pas trop rôties sinon très vite, mon dentier ne le supporterait pas. Je n’ai plus les finances pour en avoir un deuxième. Un du dimanche, pour aller à la messe croquer le pain bénit, oui, oui. Un seul repas par jour et il suffit, sur la table étroite, près la fenêtre. Le soir, un bol de soupe ou un caillé de brebis. J’admire d’un œil avachi le paysage à bestiaux. Au plus près, les moutons pacagent, au plus ras. Pendant toutes ces vaines années je n’ai jamais réussi à apercevoir le berger, encore moins la bergère. Me reste la bergeronnette qui me défie au printemps en relevant la queue. Je suis souvent attablé là, établi las, n’espérant aucun rétablissement, ce miracle que reproduisent à souhait les gymnastes de l’esprit. Voltairien par conviction, cela me va. Plus le croyant croit, plus mon agnosticisme surcroit. La croix, le croissant, l’étoile de David sont des signaux d’impasse, d’intolérance. Ils parquent les peuples. Regardez le panneau de circulation annonçant un cul de sac. C’est une croix dont il manque la tête.
J’ai encore l’habilité d’arpenter le temps au rythme indécis des saisons. C’est d’autant plus sensible l’hiver que je peux plus chauffer mon isba. Je porte mes couvertures sur mon lit et sur mon dos. Stère trop cher, pas de mi-stère. C’est pour ma vue qui décline que le pré aux moutons peint pour moi les couleurs des saisons, de la météo. Tout le nuancier des verts. Parfois la neige trop rare, le gel trop banal. Sur cette pente régulière la petite source immuable fait une coulée vert menthe qui se noie à mi-colline. Son opiniâtreté me plait. L’espérance a une limite : à mi-butte, à mi-croupe, à mi-âge. Quand les ovins n’y caracolent pas, je les invente, les élucubre pour tenter de m’endormir, un jour. Ils n’ont pas de haies à sauter. Ils passent et paissent lentement, mâchonnant la vie. Moi non plus, je n’ai plus d’obstacle à franchir et où mettre la barre ?
Pas d’arbres fruitiers, de ce côté-ci. Pas d’enfants ni d’oiseaux pour grimper aux fruits goûteux qui leur font les lèvres ou le bec rubis. Un beau souvenir, les fruits du printemps, aussi de l’été et encore de l’automne, raisins à presser. J’ai mordu des pommes et des poires qui nous faisaient rire en étincelles. Mais je préférais fraise ou framboise si délicates à ma langue. Pareillement la mûre d’automne, encore sauvage, qui se cache dans les ronces.
Ma langue se craquelle et vous le voyez bien. Mes mots sont de grosses mottes jetées sur le côté par un vieux soc rouillé. La herse fine ne préparera pas la terre au  prochain ensemencement. Mon verbe est ingrat, vous l’avez éprouvé.
J’ai écrit souvent à Nouméa. Jamais je n’ai reçu de réponse.
Je vous aime encor.
Bertrand P.

19 juillet, 2017

Atelier du 12 juin 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:53

DEVOIR : Mots extraordinaires :

Poplité – hyalin – flavescent – contadin – hubris  

debil

« Décapsulée du poplité ! », c’est ce que tout le monde dans l’immeuble dit du voisin du deuxième. Sûr qu’il n’est pas comme les autres. Il a le hubris d’un enfant de trois ans.  Ses yeux flavescents lui donnent l’air d’être ailleurs, comme s’il vous regardait sans vous voir. Le problème, c’est qu’il n’arrête pas de parler. Vous lui donnez une phrase et il peut tourner en boucle dessus pendant des heures. Moi, ça me perturbe cette diarrhée verbale, j’ai l’impression qu’il m’emprisonne dans sa logorrhée, et dans son cerveau malade, par la même occasion. Pourtant, il n’est pas méchant, loin de là. Il veut toujours rendre service et tape constamment chez tous les voisins pour voir s’ils n’ont pas besoin de descendre une poubelle ou monter un sac de courses. Il n’arrête pas de dire : Hyalin ou l’autre… Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Il a aussi une drôle de façon de vivre : il se couche vers seize heures et se lève vers minuit, l’air frais et contadin. Il arpente alors les rues de Nouméa et appelle la police au moindre mouvement suspect. Mais la police n’a pas ma patience…
Fabienne

Poplité/ Hyalin/ Flavescent/ Contadin/ Hubris et les autres …

La belle Poplité était du genre à ne surtout pas montrer ses émotions. Elle gardait tout en elle et ne laissait percer aucun signe flavescent pouvant la découvrir aux yeux de la société qu’elle avait tissée autour d’elle.
Hyalin, qui croyait bien la connaitre depuis leur première rencontre chez Contadin quand ils avaient échangé leurs regards pour la toute première fois à la lueur tamisée des lampes de l’endroit, avait tout de suite entendu son intuition lui murmurer que l’amour était présent et que le coté sauvage de Poplité allait très bien s’entendre avec son loup intérieur. D’ailleurs son chien Hubris n’avait-il pas remué frénétiquement la queue quand il l’avait sentie lui aussi pour la première fois chez Contadin ?
Encouragé par tout ces signes de la vie et par l’appel de son coeur, il s’employa donc à séduire la belle. Celle-ci avait l’air de prendre goût aux instants passés en compagnie de Hyalin ainsi qu’à toutes les attentions qu’il lui prêtait.
Malheureusement, la louve tant attendue ne sortit pas de sa tanière et malgré tout ses efforts, le bon Hyalin n’apprit que bien plus tard et à ses dépends que la belle Poplité faisait partie de ces beautés froides qui pensent tellement à leur apparence qu’elles restent éloignées de leur corps et n’ont de relation que de maître à esclave avec leur entourage et qu’il n’y avait donc aucune place pour lui et son chien sauvage Hubris dans le monde de la belle et séduisante Poplité.
C’est ainsi que les jours passants avec leur lot de frustrations et même d’humiliations parfois, se trouvant affublé de sobriquets ou d’expressions prêtant souvent à équivoques il finit un soir de fête bien arrosé, l’alcool aidant, par craquer et par exploser afin de retrouver sa dignité et partit la tête haute se promettant de ne jamais remettre les pieds chez Contadin et de s’employer à faire le deuil d’une relation s’avérant impossible avec Poplité.
Il espéra longtemps voir la belle sortir de sa ville et le rejoindre pour une course effrénée à travers bois … mais avec le temps il finit par se résigner.
On peut voir parfois errer le pauvre Hyalin avec son chien à travers les chemins de la vie … s’en remettront-ils un jour ?
Bertrand S.

Morale perdue

 Comment ? Vous doutez encore de ma poplité ? Vous écoutez les rumeurs. Hyalyn qui dit ça pendant que l’autre se repet de fake-tweets. Et il est contadin, le Monsieur et pourquoi pas flavescent tellement il s’érige en mât de vérité. Mais je vous le déclare, hubris et orbis, avec ma loi de moralisation privée de public, vous allez en perdre le moral. Et la morale…
Bertrand P.

Extraits du manuel à l’usage des amoureux transis et néanmoins éconduits pour faire renaître le désir chez leur poplité :

 

Vous voilà arrivé au moment douloureux de votre vie amoureuse où vous vous sentez complètement contadin (et même parfois con tout court, mais on envisagera ce cas plus tard).
Vous avez beau poser des yeux hubris et obliques sur les rondeurs de votre poplité, elle vous ignore superbement. Il se peut même qu’elle vous lance des regards de banquise ou des paroles aiguisées comme des couperets. Oui, oui, ça  arrive, parfois la poplité est versatile, la veille encore elle vous adorait, vous étiez son grand loup des steppes, son gitan fougueux, son condor sauvage, aujourd’hui vous n’êtes qu’un toutou, un rastaquouère, un perroquet déplumé.
Que faire alors pour susciter à nouveau l’émotion de vos débuts et la passion de vos nuits ?
– Premièrement, ne vous montrez jamais ni flavescent, ni pantelant ni surtout déliquescent ! Les femmes détestent les pleurnichards, les victimes, les losers, tenez-vous le pour dit.
– Deuxièmement, ne tombez pas dans l’excès inverse : vous serez parfois tenté de vouloir rendre jalouse une poplité qui se barre en vous affichant avec une ou plusieurs autres tout aussi charmantes, attention ! Il ne me paraît pas judicieux d’en faire trop : vous pourriez obtenir l’exact contraire de l’effet recherché ! Car si la poplité n’aime pas les petits perdants elle n’aime pas non plus les grands gagnants… La juste mesure est délicate à trouver, je sais…
– Troisièmement, n’hésitez pas à faire hyalin honorable : un peu d’humilité et de diplomatie ne peuvent nuire à votre projet, mais sans platitude surtout ! De l’esprit, de la légèreté et de l’humour !
– Enfin soyez vous-même et si aucune de vos démarches ne lui sied, c’est bien simple, vous vous êtes trompé, elle n’est pas pour vous, balayez la nostalgie, les regrets, la rancune et regardez ailleurs.
Tâchez de retenir la leçon et de ne pas vous faire renverser deux fois par le même autobus !
Huguette

 

Pour info, la signification de ces mots :
Poplité : région située à l’arrière du genou
Hyalin : qui a la transparence du verre
Flavescent : qui tire sur le jaune
Contadin : habitant de la campagne, paysan
Hubris : démesure

31 mai, 2017

Atelier d’écriture du 29 mai 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:41

DEVOIR : sandwich

Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée….
Aucun des deux n’avaient envie que ce moment cesse. (Quelqu’un pour qui trembler – Gilles Legardinier

mO3ABVfGcebs-YmjgdouxujwmAg

Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée….Au coin du feu, allongée sur une douce fourrure blanche, la lectrice était plongée dans les « Lettres de mon Moulin ». Et elle pleurait : l’histoire de la petite chèvre de Monsieur Seguin l’émouvait chaque fois davantage.
Elle avait sa propre interprétation de ce conte, qui ne correspondait pas du tout à celle de l’auteur : Blanquette n’était pas éprise de liberté, elle était éprise du loup ! C’est vers son prédateur qu’elle gambadait, insouciante en apparence, amoureuse sûrement… Elle en avait tant entendu à son sujet qu’il était devenu son fantasme …
Une fois, tandis qu’elle broutait l’herbe tendre du pré de Monsieur Seguin, elle l’avait aperçu tapi derrière un buisson d’aubépine, qui l’observait. Depuis, c’était bien simple, tout le jour elle ne pensait qu’à ses oreilles bien droites et surtout à ses yeux qui reluisaient dans l’ombre et toutes les nuits, elle rêvait de lui…
Elle avait bien remarqué que le loup était troublé quand il l’épiait : il n’était pas  insensible à son charme, dans ses yeux de braise elle s’était vue belle ! Oui, il était  amoureux aussi, elle voyait bien que sa bouche tremblait de baisers contenus…
Le combat final, c’était en réalité une joute amoureuse, notre lectrice en était certaine, et quand elle arrivait à la fin : « alors le loup se jeta sur elle et la mangea », elle avait des frissons de volupté ! C’était l’apothéose de leur nuit d’amour, le grand orgasme qui venait enfin résoudre l’amour impossible entre deux individus gourmands de la vie que les  lois de la nature opposaient…
La lectrice reposa le livre et soupira, alanguie…
Derrière le carreau, à peine éclairé par la pleine lune de ce soir d’automne, un visage était apparu. Des yeux luisants la fixaient intensément, une toison épaisse et noire de gitan brillait sous la lune, une bouche exigeante appelait les baisers…
Elle savait que ce n’était pas raisonnable. Sa famille, qui voulait l’attacher au piquet de sa condition bourgeoise, parlerait de faute, mais c’était son loup et ce soir la petite chèvre aurait plaisir à se laisser manger…
En attendant, ils se dévoraient du regard et aucun des deux n’avait envie que ce moment cesse.
Huguette

 images

Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée et cependant, Paul ne se sentait vraiment pas à l’aise. Ses copains l’avaient trainé de force dans ce cabaret pour assister à un striptease. Ils se moquaient tous de lui parce qu’il était encore vierge. Oui ! Un puceau, à 18 ans, ce n’était pas bien vu dans cette société patriarcale où il fallait très vite qu’un homme montre qu’il était fort. Timide, pudique, il regardait avec dégoût cet étalage de viande. Les filles n’étaient même pas belles… Les belles, elles allaient dans les grandes villes, où elles pourraient être remarquées et vite « prises en main », par un mari, pour les plus chanceuses, par un proxénète pour les autres. Alors, non, cette soirée qu’on avait organisée pour lui, pour son anniversaire ne lui plaisait pas du tout.

Pierre lui, regardait d’un œil distrait ces filles pathétiques danser sur des musiques lascives. Elles prenaient devant lui, des poses suggestives. Il n’avait pas voulu cette soirée organisée par son témoin, mais c’était son enterrement de vie de garçon et donc une tradition. Il avait 23 ans et se marierait après-demain avec la fille du médecin. Ni belle ni laide, mais un bon parti. Un mariage arrangé, en quelque sorte par son père, notaire et le père de sa promise. On ne lui avait pratiquement pas demandé son avis. Pierre était indifférent. Elle ou une autre, peu importait. C’était comme ça et puis c’est tout. Une fille prit une chaise qu’elle amena au centre du salon. Elle invita Pierre à s’y asseoir. Puis, elle alla en chercher une autre et amena un Paul rougissant et gauche. Les deux garçons se regardèrent et soudain, plus rien n’exista. Les filles vulgaires, les copains avinés, le bruit et cette soirée ennuyeuse, tout disparut. Les yeux de Pierre s’accrochèrent au regard de Paul comme à une bouée. Sans se connaitre, ils venaient de se reconnaitre. Et aucun des deux n’avaient envie que ce moment cesse.
Fabienne

 

2540-sofia-vergara-lit-noir-et-blanc-WallFizz

Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée. Nous venions de passer une belle heure en admirant le coucher de soleil sur la grande terrasse. L’appartement d’Eléonore est perché au huitième étage d’un immeuble dix-neuvième qui domine les jardins du Luxembourg. Dans ce quartier, à cette heure-là, les rumeurs de la ville se font calmes, presque secrètes. Lénor, comme je la nomme tant elle est douce, avait investi et c’est le cas de le dire, ce haut lieu depuis trois mois seulement. Parmi les quelques améliorations, sa touche personnelle, deux d’entre elles faisaient son orgueil, quasi sa ferveur.
Ce 120 m2 avait perdu presque toutes ses cloisons grâce à un ingénieux système de voutes peu apparentes. Ainsi à la manière des églises romanes, on pouvait entendre une conversation murmurée à l’autre bout du logement. Seules la cuisine et la salle de bains semblaient séparées d’une immense pièce séjour-chambre. Au beau milieu, le très grand lit rond trouvait son utilité tout au long du nycthémère, à la grande curiosité des invités mâles qui auraient bien aimé s’assurer des qualités câlines de la svelte Eléonore. Seule et désemparée, quinaude aussi du fait de la récente déroute psychologique devant mon ex, j’avais accepté quelques mois de cohabitation dans ce lieu où pourtant aucun secret ne pouvait être celé. N’allez pas chercher quelque raison inavouable à cet « arrangement ». Depuis toujours, nous vibrons telles les deux branches d’un diapason. Lénor aurait pu être Léone, par sa crinière dorée couvrant de magnifiques épaules le plus souvent dénudées. Sa démarche aussi était fauve. A ses côtés, je me faisais l’effet d’un bon labrador, doré lui aussi, gardien de la maison et aussi de sa belle maîtresse.
Le deuxième aménagement hors du commun était une installation audio-lumineuse gérée par des micro-processeurs dernier cri, si j’ose dire. Une des manifestations in de l’intelligence artificielle. Une sorte d’alphago sensé connaître et parfois devancer les stratégies souhaitées de climat d’intérieur. Un ambianceur avait tonitrué le vendeur-plombeur à bretelles qui, lui, n’avait rien d’une intelligence naturelle ou inventée. Il aurait bien servi l’autre définition d’ambianceur : celui qui veut fait faire la chenille jusque dans votre cuisine avec un slip sur la tête. Cette impression dévoyée avait sans doute retardé l’utilisation de ce miracle technologique en « son et lumières ». Aucun éclairage direct, spots camouflés, boules de verre, grands abat-jours en papier de riz. Les hauts parleurs donnaient un effet sensurround sans qu’aucun ne soit apparent ni même localisable.
Essayons tout de suite, maintenant, me dit Lénor. Continuons cette belle soirée méditative. Nous souperons ensuite. Quel menu choisir ? Il faut orienter le programme. Musique classique, affirmais-je ! Choix aléatoire, rétorqua la lionne. Classique en aléatoire, reprîmes-nous en choeur. Au goût de la machine !
Nous laissant le temps de nous allonger sur les voluptueux coussins amarante (qui ne fane pas), la lumière décline lentement en une brume bleutée. Le grand mur du fond semble nous caresser d’une brise marine. Mon Dieu, comment cet ordinateur a t-il pu deviner ? Le Livre un du Clavier bien Tempéré. D’emblée, je pense reconnaître la version inspirée et libertaire de Glenn Gould, entrecoupée de ces anatomies qui le caractérisent. Immergées, submergées par la spiritualité de Jean Sébastien, nous disputons du « Tempérament idéal ». Comme attendu, j’opte pour la complexion égale et Lénor pour le Tempérament inégal. C’est elle qui a raison en suivant son naturel, sa vitalité. Et c’est ce qu’a voulu Bach. Passer de la douceur des bémols à l’acuité des dièses, parcourir la maîtrise des contrepoints transparents. Ces fugues à plusieurs voix, ces préludes tous différents. Vers la fin, après une heure et demie d’élévation, la puissance sonore augmente jusqu’à m’évoquer la version de Jacques Loussier.
Me suis-je aperçue que des teintes rosées ont remplacé le lapis-lazuli ? C’est quand la couleur vire au framboise que la transition sonore se fait vers des voix si peu humaines, une chorale d’outre-tombe, un chorus insondable. Là encore mes années de conservatoire me permettent de redécouvrir le requiem de Ligeti, celui qui est cité sur la bande sonore du film 2001. Quand les luminaires sourdent du coquelicot l’inquiétude vient. Quand cela tourne au violet la brise marine devient bise boréale. Après une demi-heure de ululements, nous ne parlons plus.
Surgissent alors les alternances cors et cordes, dissonantes, de Fluorescences. C’est ce qu’il faut écouter pour tenter de comprendre l’âme polonaise de Penderecki. Pour vous faire une petite idée essayez d’écrire correctement son prénom, si vous n’êtes pas polonais : KRZYSZTOF. La violence des clusters vous paralyse (en langage, un cluster est un groupe consonantique comme GRRR !). Quinze minutes de terreur bleu nuit et survient un bruit de sirène en glissando vertigineux. Enfin, un silence de mort et la nuit anthracite. Sans la savoir nous nous retrouvons roulées en boule, l’une contre l’autre. Aucune des deux n’a envie que ce moment cesse.
Bertrand

Exercice : écrire une histoire à partir d’une photo, sans parler de coucher de soleil

soleil

Finalement, j’ai bien fait d’acheter cette villégiature… Certes, elle m’a coûté un peu cher, mais il faut bien dire que les paysages sont superbes. Et ce calme est si apaisant… Il faut bien dire aussi que c’est un peu loin, mais à l’heure actuelle, si l’on ne veut plus être intoxiqué par les gaz d’échappement, il n’y a pas trop d’autres solutions. C’est vraiment magnifique ici, j’ai une vue imprenable sur la faune endémique. Des « bacotons », sortes de baleines se prélassent devant ma terrasse. Tiens, il y a aussi des « gloup-gloups », ils sont si mignons… Tous les soirs, ils viennent manger dans ma main du fishcorn, une espèce de pâte à base de céréales et de chair de poisson que je fabrique moi-même et dont ils raffolent. C’est d’autant plus calme que ce week-end, je suis seul, vraiment seul pour profiter de tous ces trésors. Ma dernière compagne, une jeunette de 65 ans m’a quittée. J’avoue que j’ai tout fait pour. Je n’en pouvais plus de son caquetage… Ah qu’est-ce que j’adore ces petits week-ends sur Mars…
Fabienne

Exercice :

La Muse

La Muse

Enfermé dans une cabane, seul au milieu de nulle part, un auteur en mal d’inspiration cherche la muse qui le fuit, quand soudain, on frappe à la porte…
Quelle aubaine ! Se dit-il, voilà que l’univers que j’implore depuis des jours m’envoie la Muse tant attendue  ! Merci la vie  ! je le savais.
Et il ouvre, plein d’espoir…
Une rousse incendiaire se tient sur le seuil, talons aiguilles de 15 cm et poitrine agressive en avant :
–      Salut, beau gosse, tu m’as appelée ?
–      Heu non ! Je dois écrire un best seller, mon éditeur me bouscule, je cherchais juste l’inspiration.
–      Mais je suis l’inspiration, mon joli ! Regarde : j’inspire…
Et elle gonfla sa ravissante, son opulente, son appétissante, son époustouflante, sa luxuriante, sa  généreuse, sa plantureuse  poitrine  de telle façon que l’auteur fut pris de vertige !
Il chavira sur sa couche et, à défaut de belles pages ou de beaux vers, il fit avec sa Muse de belles galipettes. (qu’il raconterait plus tard, dans un roman de gare – beau succès financier, entre parenthèses -, mais ceci est une autre histoire).
Huguette

 

dame-blanche-1

Il y avait des mois qu’il n’avait plus rien écrit, lui, l’auteur à succès, adulé, encensé. Depuis quelque temps, la muse le fuyait. Il faut dire aussi que justement depuis quelques temps, il s’était adonné à tous les excès. Il sortait, tous les soirs, buvait, fumait et finissait rarement ses nuits seuls… Il pensait que l’inspiration viendrait en vivant follement. Mais rien n’était venu et chaque jour, il s’était retrouvé devant l’abîme d’une page blanche qui le narguait. Il était sec, fatigué, à bout… Alors quand un de ses amis lui avait donné la clé d’un « cabanon » au milieu de la mangrove, il n’avait pas hésité. Son corps et son esprit réclamaient le calme. Mais depuis une semaine qu’il était là, rien ! Rien ne venait… sauf les moustiques, tous les matins et tous les soirs, en escadrilles bourdonnantes. Ce soir-là, il se sentait mal, le corps engourdi, douloureux, l’esprit embrumé. Pourtant, il se traina jusqu’à la table de bois brut, prit son stylo et attendit ; quand soudain, quelqu’un frappa à la porte. Qui pouvait bien venir, à une heure aussi tardive et dans un lieu si abandonné ? Il se traina jusqu’à la porte et ouvrit. Là, devant lui, se tenait une longue dame, tout de blanc vêtu. « La dame blanche » pensa-t-il aussitôt. Elle lui prit la main et l’entraîna vers la couche. Il se sentait fiévreux, surexcité. Comment cette belle dame avait-elle trouvé sa modeste cabane ? Que lui voulait-elle ? Il passa une nuit incroyable, une nuit de douceur, de fougue et de volupté. Avec elle, il devint l’amant parfait, attentif et insatiable. Cependant, tout était dans une espèce de brume. Quand il se réveilla le matin, la belle était déjà partie… Ou bien n’avait-elle existée que dans son esprit embrumé… Il se sentait mieux, bien mieux. Son stylo trouva tout de suite sa place entre ses doigts et commença à écrire, tout seul. Il écrivit pendant plusieurs jours. Ce fut là son chef-d’œuvre.
Fabienne

29 mai, 2017

Atelier d’écriture du 22 mai 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:24

DEVOIR : Une minute de silence

CPAM-Cantal

benefits-of-yoga-yogi-life

Une minute de silence

Je n’avais jamais été calme, posée, sereine. Mon tempérament c’était plutôt les montagnes russes : de grandes joies, d’intenses colères, des tristesses sans fond, des passions sans frein… Mais tout ça allait changer. J’avais rencontré un sage, j’allais devenir sa disciple.
Ça avait commencé pendant un stage de yoga. Il m’avait dit : « si tu es trop fatiguée pour parler alors assieds-toi à côté de moi car je parle aussi couramment le silence. » C’était juste ce que j’avais besoin d’entendre.
Fermer les yeux. Ecouter le silence une minute, occuper son espace intérieur, être attentive à chaque perception…Respirer une minute de silence ! En pleine conscience. Sentir son corps se calmer, la détente s’installer, une joie profonde te submerger.
Il disait vrai. J’ai pratiqué encore et encore…
J’ai mangé en silence, marché en silence, j’ai fait des retraites silencieuses, j’ai cessé de sortir le soir dans les bars, trop bruyants, j’ai fui la musique et mon compagnon m’a fuie parce que mon silence pendant l’amour le glaçait… Mais j’ai trouvé la sérénité, enfin !
Oui, je suis sereine maintenant et je m’emmerde !
Rendez-moi mes colères, mes indignations et mes révoltes, rendez-moi mes désirs et les angoisses qui vont avec.
Rendez-moi la VIE ! Je veux être bousculée, submergée, piratée, heureuse à pleurer, malheureuse à crever,  je veux aimer et haïr, pleurer et rire, je veux du bruit et de la fureur autour de moi !
J’ai un nouveau mantra : je suis insatisfaite et je me marre…
PS : mon ami est revenu, et je ne me prive plus de lui faire entendre que je prends du plaisir dans ses bras…
Huguette

images

Silence en minute

Nous l’appelions tous Grand Père mais personne dans la famille n’avait la certitude qu’il était notre papy. De fait, lors de nos rares visites, il déclarait haut et fort à qui voulait l’entendre que jamais, ô grand jamais, il n’avait eu d’enfant. Ce beau vieillard aux cheveux longs descendant en vagues de cendre sur les épaules, au visage glabre anguleux, au regard de plomb, ne souffrait pas la contradiction. La première fois que je le vis, je ne pus m’empêcher de le comparer à un Maine Coon. Un de ces énormes chats d’Amérique du Nord à mobilité réduite qui trônent dans leur splendeur. Outre les mêmes prunelles, il avait de longs poils aux oreilles qu’il refusait obstinément de couper, pas plus que ses sourcils broussailleux. Son pelage avait l’air d’origine puisqu’on ne le voyait pas varier d’une année sur l’autre. Cela lui conférait une force brute en même temps qu’une distinction, une élégance sauvage qui intimaient le respect.
Au fin fond du Béarn, à peu de distance d’un gros village, il habitait une ancienne étable plantée au sommet d’une butte. Le feu de cheminée indiquait la direction du vent aux villageois. Les combles réaménagés constituaient sa chambre et une salle de bains rudimentaire. L’eau chaude ne lui avait pas paru chose nécessaire. L’immense pièce du bas comportait encore la grande  mangeoire à râtelier et les anneaux d’attache du bétail. Le seul luxe était une cheminée moderne permettant aussi de cuisiner : grillades, gibier à la ficelle et plats à cuisson très lente sur des braises presqu’étouffées. La grande table d’une seule volée de bois brut n’était pas très plate. Quelquefois on rattrapait les bouteilles au dernier moment dans de grands éclats épais de « sang de vinha » et des cascades rocailleuses de rires.
Dans cette étable évangélique il recevait une fois par an la famille, tous ensemble. Enfin, ceux qui se prétendaient de son sang. Le moment choisi était celui du dégel, ce qui ne fixait pas de date précise. Ils venaient de tout le Sud Ouest, pour la journée, jamais la nuit. Il y avait quelques chambres d’hôte au village. Seule Félicia, sa petite fille féline, la brune chafouine, pouvait rester quelques jours ou semaines. Il avait maintenant seize ans, ce hérisson de liberté qui savait tant la nature de ses montagnes. Bien sûr, elle lui rappelait le chat sauvage avec lequel il avait vécu dix-sept ans, au siècle dernier. Il ressentait encore les éraflures de ses griffes sur sa peau de vieillard et ne pouvait s’empêcher, dans ses moments de solitude, d’en jouir et d’en pleurer à froides larmes. Par sa seule présence, Félis la sauvageonne réchauffait le cruor de ses artères, ne serait-ce que par son regard de buisson ardent. Quand elle venait, trop rarement, ils ne parlaient que très peu : ils se comprenaient, elle le tison incandescent, lui la cendre épuisée.
Pour échapper à ses souvenirs, il avait trouvé l’électuaire. Les bonnes pâtes étaient ses deux grands amis : le berger et le notaire Le premier était « retraité », c’est à dire qu’il aidait encore un peu au moment du « pyrénéage ». Le deuxième tiendrait son office jusqu’au dernier acte, foi de tabellion. Trois fois par semaine, ils passaient une journée entière à une activité qui ne les décevait jamais : tenter d’arrondir leur tour de taille. Ce n’était pas la grand bouffe, même si les portions étaient copieuses.  Chacun à son tour y allait de sa recette personnelle ou empruntée et les deux autres jouaient les petites mains. Ils voyaient là un des rares bienfaits de la mondialisation. La bonne cuisine est universelle. « Elle devrait être inscrite dans les droits de l’homme et pas seulement de manger à sa faim » assénait le notaire embrumé. Ainsi, ils avaient voyagé de par le monde dans cette tanière à bestiaux où l’amitié roulait en avalanches de Béarnais. Dans leur langue toutes les consonnes étaient prononcées. Elles sonnaient leur entente, cette fibre d’Ossau qui les maintenait en vie. Personne n’assistait à l’élaboration du menu, à la confection des plats et encore moins à leurs généreuses agapes. Seule la maladie, rare malgré leurs curieuses règles diététiques pouvait empêcher ces campagnes culinaires.
Voilà, Grand-Père est mort. Félicia et moi sommes venus à ses obsèques : il est encore beau, cet homme. Le berger nous a pris dans ses grands bras, longuement, comme s’il calmait la douleur d’un mouton, emmêlant ses doigts déformés dans nos chevelures. Le notaire souriait de notre jeunesse, du respect au patriarche. Il nous a demandé de passer le lendemain à l’étude. Parmi ses minutes il avait classé depuis longtemps un message de l’aïeul à sa géniture.
A l’heure dite, nous nous présentâmes, non sans avoir évoqué entre nous deux maintes hypothèses farfelues. Grand-Père, ton humour est toujours vif : avec respect et tendresse, nous avons consulté une page blanche, une belle « minute de silence ».
Bertrand

1268012510_B977080233Z.1_20151116132740_000_GTT5K8A77.1-0

Certains ont le regard perdu, au loin… D’autres regardent le bout de leurs chaussures… Certains pensent à des choses graves, d’autres moins. Hommage silencieux à des victimes, prière laïque, cri silencieux et unanime contre la barbarie, qu’y a-t-il dans une minute de silence ?

-       Une minute qu’ils ont dit, mais c’est long ! Que c’est long, je suis sûr que c’est plus…
-       J’ai faim… Qu’est-ce que j’ai faim, sûr qu’on entend mon estomac gronder…
-       Elle était un peu jeune pour mourir, tout le monde l’a vue et ils n’ont rien dit. Personne n’a bougé. Ils l’ont laissée succomber sous les coups de son bourreau… J’ai envie de crier, de hurler…
-       Oh là là ! Mais que c’est long, j’ai une crampe dans la jambe… Mais comment on sait quand c’est fini ?
-       Tiens, mes chaussures sont sales. Mais elle fait quoi ma femme, toute la journée ? Va falloir que je la recadre un peu… Evidemment, pas comme ce type, ça, c’est un malade… Non, moi, je la secoue juste un peu et après elle file droit, mais voilà, de temps en temps, il faut s’énerver. On dirait qu’elle ne demande que ça…
-       J’aurais dû m’acheter ce petit haut que j’ai vu hier, c’était vraiment une bonne affaire…
-       J’adore les minutes de silence, c’est le seul moment où ma femme la ferme, ENFIN !
Fabienne


Exercice
 : Il était chercheur de petites bêtes

ppb

Il avait pointé longtemps au chômage, désespérant même de trouver un emploi à son âge, 45 ans. C’est très jeune, diront certains, mais pour les entreprises, c’est déjà l’heure de la réforme. De stages de formation en cours de coaching, il avait tout tenté, mais il n’y croyait plus guère. Quand un matin, alors qu’il lisait les petites annonces comme tous les matins, une offre lui sauta aux yeux : A pourvoir : « poste de chercheur de petites bêtes ». Suivait un numéro de téléphone, rien d’autre. Sa curiosité aiguisée par une demande si étrange et laconique, il décida aussitôt d’appeler. La sonnerie retentit, longtemps, mais personne ne décrocha. « Encore une blague », se dit-il.
Au bout d’une heure, alors qu’il cherchait en vain comment trouver un travail, son téléphone sonna. Il se précipita pour répondre. C’était son banquier, on allait saisir sa maison s’il ne comblait pas dans la journée son découvert. Comment faire ? Il n’avait plus rien ! il était au bout du rouleau. Il décida d’en finir une bonne fois pour toute… Alors qu’il se mettait la corde autour du cou, son téléphone sonna à nouveau. Encore quelqu’un qui veut de l’argent… Néanmoins, il décrocha.

-       Bonjour, Monsieur, est-ce bien vous qui avez appelé tout à l’heure pour l’annonce ?
-       Oui… bredouilla-t-il
-       Quand êtes-vous disponible ?
-       Bien… tout de suite, reprit-il plein d’espoir.
-       Alors venez demain matin à la première à l’adresse suivante….

Il nota, fébrile, une adresse qu’il ne connaissait pas et qu’il chercha sur le net.
Le lendemain matin, à l’heure dite, il était là. Devant la porte, un petit homme, le sourire aux l’attendait.

-       Qu’elle est votre spécialité ?
-       Heu… c’est-à-dire…
-       Oui, je sais, vous êtes comme tous les autres, vous ne savez pas encore. Suivez-moi.
Derrière la porte, une grande salle et du monde.
-       Vous voyez, celui-ci est « chercheur de poux dans la tête », l’autre à côté traque les araignées au plafond. Plus loin, nous avons un groupe qui a des fourmis dans les jambes. Et vous ? Que voulez-vous faire ?
-       Oh, moi… moi, vous savez, j’ai juste le cafard !
Fabienne

 


Exercice
 : Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue principale pour mendier une conversation.

Mndiante

Personne ne lui parlait, elle était devenue la honte du quartier, l’exemple à ne pas suivre, une fille perdue. Elle ne pouvait même plus entrer dans une boutique pour acheter un pain. Soit les gens faisaient comme si elle n’existait pas, soit ils la chassaient à coups de balais. Pourtant, elle n’avait pas fait grand-chose, juste aimer… Aimer celui qu’il ne fallait pas et qui l’avait mise enceinte. Ses parents l’avaient chassée de la maison. Elle avait erré dans la ville, un peu partout… et avait perdu son enfant. Depuis, elle survivait en volant. Mais ce qui lui était le plus pénible, c’était ce silence autour d’elle. Alors, chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue principale pour mendier une conversation.

3 mai, 2017

Atelier d’écriture du 1er mai 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:29

C’est le 1er mai, mais à l’atelier, on travaille quand même !!!

muguet brinz

DEVOIR : Prenez un livre, page 24, 3ème phrase pour commencer ou terminer une histoire.

parc

Des rangées de tulipes rouges défilaient au garde-à-vous le long de Park Avenue tandis que nous roulions à tombeau ouvert  pour tenter de rejoindre dans les délais Grand Central Terminal. Il était déjà 17h15 et le train pour New Haven devait quitter la gare à 17h40. Mardge était inquiète, partagée entre la peur de rater son train et la crainte de ce qu’elle allait découvrir une fois arrivée chez John. Leur relation, quoiqu’intermittente durait depuis cinq ans déjà et elle possédait la clef de l’appartement, un grand loft avec vue sur East Rock Park.
John s’était montré bien mystérieux, lui demandant de rejoindre au plus vite New Haven tout en l’informant qu’il ne serait pas à l’appartement quand elle arriverait. Il s’était dit très pressé et avait  abrégé la conversation, remettant les explications à plus tard.
Ce comportement excentrique ne correspondait pas à la personnalité de John, toujours pondéré et maître de lui. Les idées se bousculaient dans la tête enfiévrée de Mardge : maladie ou décès d’un proche ? Non ! Il le lui aurait annoncé. Problèmes au travail ? Mais quelle aide pourrait-elle lui apporter dans ce domaine ? Non ! Il s’agissait d’autre chose, quelque chose de grave ! Mais quoi ? Dans quel bourbier John s’était-il fourré ?
A son arrivée, Elle constata, un peu rassurée, que l’appartement était parfaitement en ordre. Comme toujours, chaque chose était à sa place et rien ne pouvait laisser penser à un départ précipité. Elle alla chercher une boisson fraiche dans le réfrigérateur et s’installa confortablement sur le canapé. A la télé, rien de bien intéressant, l’attente, c’est sûr, allait être longue. de temps à autre, elle jetait un coup d’œil sur le téléphone comme si  cet objet inerte pouvait lui délivré un message, une explication. Les heures passaient et John ne l’appelait toujours pas. Lassée, elle prit la décision d’aller se coucher mais avant, elle partit explorer plus attentivement chaque pièce de l’appartement comme à la recherche d’un indice. Des murs, bien insonorisés, ne filtrait aucun bruit. Elle se sentait seule et l’angoisse prenait le pas sur l’énervement.
Lorsqu’elle pénétra dans la chambre, une surprise l’attendait sous la forme d’une enveloppe libellée à son nom, enveloppe posée ostensiblement sur la table basse. A l’intérieur, un message laconique : « j’ai mis l’appartement à ton nom, il est donc désormais à toi , tu peux en disposer comme tu veux. Notre histoire s’arrête là,  je te quitte. Ne cherche pas à savoir où je suis, ce que je fais, ni ce que je deviens. Ma vie ne me convenait pas ; j’ai décidé d’en changer.
Bien à toi,
John
PS : Tu trouveras sur le petit carnet marron, dans le tiroir sous le téléphone, l’adresse de mon notaire ».
Estomaquée, Mardge s’affala lourdement dans le vieux fauteuil de cuir brun sur lequel John  rangeait soigneusement ses vêtements chaque soir. Enfin ! Jusqu’à ce soir…
Patricia

-       Je vous jure, Monsieur le Juge, ce n’est pas moi qui l’ai tuée.
-       Pourriez-nous nous le prouver ?
-       Mais bien sûr, Monsieur le Juge.
-       Ma femme a pris le pistolet, comme ceci, dit l’accusé, en prenant le pistolet d’un policier. Ensuite, elle l’a mis contre sa tempe, exactement comme cela.
-       Et alors, dit le juge ?
-       Eh bien, elle a tiré, comme cela, répondit l’accusé en appuyant sur la gâchette.
Le pistolet était chargé et le juge constata :
-       Quelle façon stupide de mourir ! (Richard Bach – Un)
Fabienne


Exercice
 : Inventez une histoire à partir de cette photo

photo

 

Il était un temps où les hommes étaient tout puissants.
Il était un temps où ils triomphaient et portaient des casquettes.
Il était un temps où leur volonté s’exerçait dans la rue comme ailleurs.
Il était un temps où le calme et l’ordre régnaient.
Il était un temps de froide liberté.
Il était un temps où la fourrière municipale venait prendre les femmes perdues.
En vérité je vous le dis, vous le promets, ce temps reviendra.
IL SUFFIT DE NOUS VOILER LA FACE.
Bertrand

Attrapez-les ces impudiques ! Ces moins que rien ! Regardez comme elles s’exhibent, dans la rue, à la vue de tous… Bel exemple pour nos enfants ! Attrapez-les vite et embarquez-les sans délais ! Et en plus ça a le verbe haut ! Comme si cela ne suffisait pas de troubler l’ordre public avec ces tenues plus que légères ! Tu parles de féministes ! Des putes, oui ! Qu’on enferme ces délurées !  Le charme d’une femme, tout de même, c’est avant tout la discrétion, le bon goût, l’élégance de savoir se taire par exemple pour mettre en valeur les propos édifiants de son époux.
Ah ! Que suis bien aise d’avoir épousé clémentine !
Patricia

C’est à croire qu’on nous épiait, qu’on nous suivait ! Je paris que c’était encore cette vieille chouette d’Anna ! Pourtant, nous ne faisions rien de mal ! A l’abri des regards indiscrets, c’était une activité saine et physique. Alors pourquoi toutes ces grenouilles de bénitiers s’insurgeaient-elle comme un seul homme ? Elles n’avaient rien d’autre à faire ? Nous ne faisions pourtant pas de mal.

A peine étais-je sortie de la cabine qu’un grand costaud me ceintura, et que la vieille Anna (j’avais raison, c’était bien elle, l’instigatrice !) empoignait Suzie, alors qu’une foule en colère suivait. Le panier à salades était garé devant et cette fois-ci, nous étions bonnes pour de la prison ferme… La dernière fois, on nous avait mis une amende, chère… Mais que voulez-vous, nous n’avions pas résisté à nous baigner par cette chaude journée et voilà que la brigade des mœurs allait nous emprisonner : nos maillots étaient jugés indécents. Mais je suis sûre que plus tard, les femmes pourront montrer leur corps, si elles le désirent, et même, pourquoi pas, se baigner nues, sans choquer personne !
Fabienne

Exercice : Inventez des proverbes idiots sur le mois de mai

Mai

 

Mai lasse, préférer le juin.

Mets Mémé dans la maie, elle a fumé.

Pour moi, mai c’est Mathilda.

La fée de mai ne fait que méfaits.

Il n’y a plus de mai, ou alors sous les ponts.
Bertrand

Et Mathilda May

Fait ce qu’il lui plait !

Orgasme en mai,
Lardon en février !

A la Sainte-Denise, je te ferai une bise !!
Au milieu des cerises
Laisse tomber, j’attendrai les campanules…

En mai, pense à t’épiler !

Si en mai,
Tu violes qui te plait,
Attention en juin
aux syndromes vénériens

En mai, tu m’as désirée
Mais en juin, t’es parti loin !
Fabienne

Bertrand

Bonne chance à Bertrand, qui est parti pour d’autres cieux métropolitains, au pays basque.
Merci à lui, pour ces bons moments partagés !

28 avril, 2017

Atelier d’écriture du 24 avril 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:53

Devoir« Les vignettes de Pâques ».

La semaine dernière, dans les oeufs de Pâques, se cachaient 3 petites images pour écrire une histoire.

111

Une élection surprenante

Finalement, c’est onze candidats qui brigaient le poste à l’élection présidentielle. La France était en état de siège depuis que la campagne électorale avait commencé. .
Cette campagne avait vraiment mal débuté et avait été entachée par de sordides affaires de gros sous, sans compter les échauffourées et bagarres en tout genre de Français qui voulaient imposer leurs idées.
Des attentats avaient endeuillé le pays, non seulement à Paris, mais également dans plusieurs grandes villes. L’un des candidats avait même été touché par les tirs d’un terroriste. Heureusement ses jours n’étaient plus en danger. Par contre, plusieurs policiers avaient trouvé la mort.
Le pays était divisé et aucun des candidats ne faisait l’unanimité.
C’est dire l’ambiance électrique en ce dimanche 23 avril 2017. Tout le monde était mobilisé : il fallait voter à tout prix, pour éviter le pire. Mais le pire était mal défini, il dépendait ce que chacun pensait.
Les quelques 1,4 millions de Français à l’étranger et une majorité des 2,8 millions des Français des Dom-Tom avaient déjà voté mais aucune information ne devait filtrer avant les résultats français. Les bureaux ouvrirent en métropole à huit heures tapantes. Les policiers, armes au poing, étaient partout et habilités à fouiller tous ceux qui iraient voter.
Les dirigeants qui avaient eu peur d’une abstention massive virent leur crainte confirmée. A midi, personne ne s’était encore présentés aux urnes. C’était la consternation générale dans la classe politique.
Soudain, à treize heures, comme si tout le monde s’était donné le mot, les bureaux de vote furent assaillis par des millions de votants.
Les queues s’allongeaient et la patience des gens commençait à atteindre leur limite. Des noms d’oiseaux fusaient, vite réprimés par les forces de l’ordre.
Les agents municipaux, débordés, ne savaient où donner de la tête. Des isoloirs furent improvisés, n’importe où. Bref, une vraie pagaille.
A vingt heures précises, lorsque tous les bureaux fermèrent, il fallut se rendre à l’évidence : cette élection avait atteint des records. Puis l’information fut diffusée : sur les 47 millions d’électeurs, 100 % avaient voté. Du jamais vu !!! Tous les Français, conscients de l’enjeu s’étaient mobilisés en force. Oui, mais quel allait être le résultat et qui seraient les deux candidats restants pour le second tour ?
Lorsque tous les bulletins furent dépouillés, les dirigeants et la classe politique furent consternés : tous les bulletins étaient blancs. Exprimés mais non comptabilisés !
Ce vote, pour une fois, représentait vraiment ce que pensaient les Français : un immense ras-le-bol ! Il disait : aucun des candidats en lice ne nous convient, nous voulons quelqu’un d’autre. Un candidat intègre, ne tirant aucun avantage de ses privilèges, honnête et aimant la France plus que lui-même.
Cette élection fut donc annulée. Une autre allait être mise en place dans les six mois. Déjà de beaux parleurs tiraient avantage de cette situation pour avancer leur pion… Finalement, rien ne changerait.
Fabienne

Exercice : Tout compte fait, cette petite mort lui avait redonné vie. Depuis, il lui semblait que son cœur marchait devant elle, perché sur des talons aiguilles.

111

Quand elle avait rencontré Jacques, elle n’y avait même pas prêté attention. Une soirée entre amis, un beau parleur, comme tant d’autres. Pourtant il s’était montré très… présent. Toute la soirée aux petits soins pour elle. A peine son verre était-il vide qu’il le remplissait. Elle avait même été obligée de lui dire d’un ton sec qu’elle ne voulait pas s’enivrer. Il la servait, lui donnant les meilleurs morceaux.
Elle aimait bien ses amis, mais vraiment il leur arrivait d’inviter n’importe qui pourvu qu’il fût célibataire. Car on voulait la caser à tout prix. Elle, n’aspirait qu’à une chose : la tranquillité. Ses bleus à l’âme n’étaient pas encore guéris. Elle vivait, insouciante, comme dans sa jeunesse, ne faisant que ce que bon lui semblait. Invitée ou seule, peu importait, elle appréciait tout. Par contre, ses amis se désespérait de la voir toujours si solitaire et ne renonçaient pas à lui trouver l’homme « parfait ».
Alors, ce soir-là, Jacques était pour elle un opportuniste, un mâle en mal d’affection ou tout simplement un mec qui recherchait un bon coup. Elle était rentrée tôt, les plantant tous là.
Une semaine après, elle l’avait croisé, par hasard, en faisant ses courses. Elle l’avait vu au dernier moment et n’avait pu l’éviter. Il lui avait proposé de boire un verre le soir-même. Elle n’y tenait pas. Il avait un peu insisté mais pas trop. Si bien qu’elle avait accepté. Elle passa une soirée délicieuse. Car, contrairement à sa première impression, Jacques était drôle, gentil, galant (ce qui se faisait rare). Bref quand il lui avait demandé une deuxième rendez-vous, elle avait dit oui sans hésiter. Et ils s’étaient revus… Plusieurs fois. Apparemment, il n’attendait rien d’elle si ce n’est de bons moments partagés entre amis. C’est peut-être pour cela qu’un soir, elle l’invita… à boire un dernier verre chez elle, comme on dit. Et ce qui devait arriver, arriva. Elle se rendit compte de tout ce qu’elle avait raté en s’enfermant dans une carapace, en s’interdisant de souffrir, en s’interdisant de vivre…
Tout compte fait, cette petite mort lui avait redonné vie. Depuis, il lui semblait que son cœur marchait devant elle, perché sur des talons aiguilles.
Elle déambulait dans les rues de son quartier en souriant à tout, à rien, au soleil, au vent, bref à rien… Jusqu’à ce qu’elle le voit, à un carrefour, embrassant à pleine bouche une superbe rousse.
Fabienne

La semaine précédente elle avait joué Juliette. Que dis-je, elle avait été Juliette ! Allant même jusqu’à boire ce poison. Oh ! Une petite quantité certes ! Mais elle avait voulu souffrir dans sa chair, ressentir ces spasmes qui avaient eu raison de son héroïne. Elle s’en été tirée avec un lavage d’estomac et, sur le moment, le sentiment gratifiant d’être  réellement ce personnage romantique qu’elle avait voulu incarner «  pour de vrai », comme disent les enfants. Mais avec le recul, cet avant-goût de la grande faucheuse avait été un électrochoc salutaire qui lui avait ouvert d’autres perspectives. Désormais c’est goulument qu’elle croquait l’existence, son existence !
Tout compte fait cette petite mort lui avait redonné vie. Depuis, il lui semblait que son cœur marchait devant elle sur des talons aiguilles. En une nuit, elle était devenue cette fille sexy qui attirait tous les regards et narcissiquement en jouissait.
Finalement, le poison avait bien tué Juliette !
Patricia

 

Exercice : faire un acrostiche avec le mot TARIQUET, en vers si possible et parlant d’autres univers 

222               111

Tout passe, même le temps,
Alors, profitez de chaque instant
Riez, buvez, faites la fête
Immergez-vous dans cette quête
Que votre vie vous soit heureuse et douce
Un jour viendra où vous direz « pouce ! »
Et vous vous en irez, dans d’autres univers
Tout passe, même le temps ! C’est clair !
Fabienne

Tournez, incertaines planètes
Abandonnées au chaos,
Rachitiques conquêtes,
Inutiles vaisseaux,
Qui peuplent l’univers
Utilisant l’envers
Et renversant l’endroit
Tout en niant les choix.
Patricia

20 avril, 2017

Atelier d’écriture du lundi 17 avril 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:43

DEVOIR : Un 5 mots : oriflamme, émoustillant, écusson, endive, concombre

P111

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes

Le jukebox gueulait dans la salle à moitié vide. Personne n’écoutait la chanson et personne ne savait qui avait bien pu la choisir. Quatre vieux, la casquette vissée sur la tête et le mégot éteint au coin des lèvres, jouaient à la belotte. De temps à autre, l’un d’entre eux se mettait à crier au tricheur. Leur verre d’Ecusson allait bien leur faire la soirée, pensa Paulo, le patron, qui essuyait des verres d’un torchon distrait. Deux ivrognes, accoudés au comptoir devant un verre de rouge se racontaient leur vie, mais aucun n’écoutait l’autre. Dans un coin, un couple d’amoureux. Elle était menue, le visage blanc comme une endive. Elle avait mis une jupe émoustillante, mais on voyait bien qu’elle n’était pas à l’aise avec. C’était juste pour plaire à son jules, un grand escogriffe, long et triste, le visage buté. Elle lui chuchota quelque chose à l’oreille et il fit non de la tête. Elle se mit à pleurer doucement, sans bruit. Alors, l’un des ivrognes déclara doctement : « La vie, c’est comme un concombre, un jour tu l’as dans la main et le lendemain, ailleurs ».
Bref, un samedi soir comme tous les autres, morne et triste dans ce bistrot de campagne.
Fabienne

 p222

Ils s’étaient arrêtés à l’Oriflamme. C’était, à Olwhisheim, un restaurant brasserie typiquement alsacien où l’on mangeait les meilleurs flammekueches du monde. Enfin peut-être pas exactement, mais c’était dans ce village qu’il avait passé son enfance et le goût du flammekueche était sa petite madeleine à lui : croustillante à souhait, encore brûlante au sortir du four à bois, la pâte était généreusement couverte de lardons, d’oignons et de crème. On la mangeait à la main et le parmesan rajouté à la recette classique s’étirait sous les doigts comme du verre filé. Il en salivait d’avance et avait hâte de la faire apprécier à sa toute nouvelle épouse Sandrine.
Elle s’était endormie dans la voiture aussitôt installée et elle ronflait légèrement, la bouche entrouverte, la joue contre la vitre : la chaleur, sans doute, et l’alcool, auquel elle n’était pas habituée.
Il fut donc obligé de la réveiller et elle se montra tout de suite de mauvaise humeur. Elle avait beaucoup transpiré sur les sièges en skaï et sembla maudire dans un même élan le soleil, le vin, la fatigue et son mari !
Ils firent une entrée remarquée à l’Oriflamme : elle portait encore sa robe de mariée. On les applaudit, on les entoura, on les félicita. Mais elle en sembla plus contrariée qu’heureuse. Elle lança un regard courroucé à son mari, comme si elle lui en voulait de l’exposer ainsi en public dans une robe froissée, le cheveu en bataille et le visage un peu bouffi de sommeil et d’alcool.
Quand il voulut commander deux flammes elle l’arrêta d’un geste : pas pour moi, non ! Je vais prendre la salade d’endives. Vous ne pourriez pas rajouter quelques concombres ? Et mettre la sauce à part, s’il vous plaît ?
–      C’est tout ? Fit-il, déçu.
–      Et c’est bien assez ! Tu ne sais donc pas que je suis végétarienne ?
Non, dans l’euphorie de la rencontre suivie assez rapidement par l’envie de mariage qu’elle avait manifestée, il avait négligé ce détail.
Il commanda un vin blanc de la région, très frais, léger et émoustillant, sur lequel il comptait  pour créer une atmosphère propice à l’amour. Elle posa la main à plat sur son verre.
–      Non merci. J’ai assez bu pour aujourd’hui et pour l’année entière ! D’ailleurs tu ferais bien de t’abstenir aussi.
Mais la bouteille était déjà sur la table et, tout en dégustant sa flamme pendant qu’elle chipotait dans son bol de salade, il la but entièrement.
Il se sentit bientôt d’humeur badine et tenta une maladroite manœuvre d’approche en glissant son genou entre les cuisses de sa femme. Elle réagit violemment :
–      Arrête ! Tu es ivre !
C’est à ce moment que le chef, croyant leur faire plaisir, apporta triomphalement sur la table un kouglof aux raisins et amandes, arrosé de rhum, la spécialité de la maison.
–      Tous nos vœux de bonheur, Messieurs Dames !
Le marié applaudit et remercia chaleureusement. La mariée fit une grimace devant ce dessert roboratif et refusa tout net d’y toucher, même du bout des dents…
Cette fois c’en était trop ! Il ruminait sa colère tout en conduisant pour se rendre dans le petit village voisin de Brumath où une chambre les attendait à l’hôtel l’Escale. Sandrine était silencieuse aussi à ses côtés. Le malaise était palpable dans l’habitacle…
Il avait choisi cet hôtel pour son prix peu élevé. Ses modestes moyens ne lui permettaient pas de grandes dépenses mais il avait tenu à offrir un voyage de noces à Sandrine pour lui faire découvrir sa région d’origine. Manifestement elle s’attendait à quelque chose de plus somptueux parce qu’à la vue de la chambre rouge et noire sans charme, de la salle de bains décorée de moisissures et de l ’araignée qui dansait au plafond, elle poussa un soupir de découragement…
Elle s’enferma dans la salle de bains la première, en ressortit en pyjama et se coucha aussitôt en lui lançant un vague bonsoir.
Elle semblait dormir quand il se mit au lit, nu, rasé, parfumé, prêt à l’étreindre passionnément. Comme elle ne bougeait pas, lui tournant le dos, il se colla à elle et l’enlaça tout en essayant de faire glisser la culotte du pyjama : son sexe dressé montrait ses intentions mais elle le repoussa si vigoureusement qu’il faillit tomber du lit. Il se mit sur le dos et attendit que la poussée turgescente diminuât…
Il ne pouvait pas dormir, il se demandait comment, pourquoi, ce qu’il avait fait, ce qu’il n’avait pas fait, ce qu’il aurait fallu faire… Il tournait et retournait ces questions et finit par comprendre qu’il avait épousé Sandrine sans la connaître, juste parce qu’elle l’avait séduit, enjôlé, cajolé, jusqu’à ce qu’éperdu de désir il s’engage à l’épouser. Où étaient la séductrice, l’enjôleuse ? Et comment sortir maintenant de ce piège ?
C’était un garçon sincère et amoureux, mais aussi pragmatique. Il était capable de prendre des décisions rapides et de les exécuter sans délai. Il le démontra une fois de plus.
Vers six heures du matin il descendit à la réception, réveilla le veilleur et lui parla longuement  de sa fabuleuse nuit de noces. Madame dormait encore, si épuisée de bonheur qu’elle ne se réveillerait pas avant midi… Quant à lui, il allait prendre un petit déjeuner reconstituant à Strasbourg au bar de la gare en attendant que sa chérie soit prête… Il allait réserver une visite guidée privée de la vieille ville et un déjeuner à La Vignette, vous connaissez ? Oui, excellent choix !
A 11 heures, quand il revint, il s’était débarrassé de son couteau à greffer, avec regret, mais nécessité. Une ambulance était garée devant l’hôtel : la femme de chambre avait découvert sa femme inanimée, une blessure de la taille d’un écusson sous les côtes. Petite mais si profonde…
Il se lamenta à gros sanglots sincères. On le plaignit, on l’entoura, on témoigna de son amour et de sa bonne foi et le crime ne fut jamais élucidé.
Huguette

P444

Oriflamme éteinte

 

Plus d’or, plus de flamme. Je sais, Georges, Diégo, Arnaud, vous les vrais hommes, vous n’allez pas comprendre cette reddition au champ du déshonneur. D’autant que vous êtes actionnaires et que vous allez devoir abandonner un beau paquet. Ma jolie entreprise, l’Ecusson, cette émoustillante cidrerie familiale, aussi brute que douce, je l’ai vendue aux Chinois, comme tout en Normandie. Enfin, j’ai vendu le déficit, donc il ne nous reste que nib. Ils font tout cela pour nous empêcher de récolter nos belles pommes. Ces beaux fruits, ils n’en veulent pas non plus que le cidre. Ils souhaitent seulement récupérer les vers vivants, à l’arrière saison. Pour emporter qu’ils disent. Ces asticots auraient un arrière-goût de calva.
Tiens, je suis écoeuré. J’me fais végan. J’m’en vais vendre des endives et des concombres ; comment dis-tu Patricia ? Ces légumes viennent aussi de là bas, avec un taux de glyphosate garanti ! On est serrés. MERDE à VAUBAN !
Bertrand

P333

En cette année 1692, l’oriflamme claquait fièrement au vent vespéral qui soufflait vif et joyeux sur la lande. En ce jour particulier, point de pluie sur le petit hameau de Clifden et c’était tant mieux car aujourd’hui  avait lieu la grande fête annuelle qui accueillait tir à l’arc, joutes et banquets.
Connor, blanc comme une endive, pénétra lentement dans la minuscule auberge dont l’écusson portant armoiries du comté tenait lieu d’enseigne.
Les habitués, costaux en tout genres et petits durs à l’air menaçant, étaient depuis longtemps attablés, s’émoustillant par avance du spectacle vivifiant dont ils allaient se régaler : un combat à mains nues opposant l’un d’eux, kyle O’Sullivan, mastodonte de 110 kg, tout en poils et en muscles, au jeune et trop nerveux Connor Cunningham, âgé seulement de 20 ans. Certes, Connor n’en était pas à une bagarre près, mais jamais au grand jamais, il ne s’était confronté à une telle masse de chair compacte et réactive car si Kyle ne brillait pas par sa finesse d’esprit, il avait une solide réputation à défendre et se sentait fin prêt à en découdre. Le combat s’annonçait sanglant et les spectateurs aguerris n’interviendraient qu’à la dernière limite.
A la vue du trop frêle Connor, un silence, lourd d’attentes s’instaura. Sur les faces avinées se dessinaient déjà des tics nerveux et des sourires sarcastiques. Connor luttait pour son honneur. Il se campa  bien droit, face à son adversaire et, pour le déstabiliser, commença a vivement l’insulter en français, la langue maternelle de sa propre mère : espèce de gros porc, tu es un moins que rien ! Tu n’as qu’une cervelle de moineau ! tu es Con … con ! Brr ! je vais écrabouiller ta vilaine face de crapaud et tes tripes vont gicler sur le sol ! Approches si tu es un homme ! Décontenancé par cette tirade incompréhensible, Kyle interrogateur, se tourna vers l’assemblée,  la prenant à témoin de cet étrange comportement. Mal lui en prit car Connor en profita pour lui décocher un coup si bien ajusté que le mastodonte vacilla et, perdant l’équilibre vint, sous le regard médusé de l’assistance, se fracasser le crâne sur un muret de pierre. La blessure, sérieuse mais non mortelle sonna le glas du combat. Sous les vivats, Connor fut déclaré vainqueur, victoire qu’il arrosa copieusement avec ses nouveaux amis tandis qu’on emportait au loin le malheureux vaincu.
Cette histoire dépassa largement les limites du petit village de Clifden et fit rapidement le tour du conté. Depuis lors, il est de tradition en Irlande de la transmettre de pères en fils. C’est ainsi que naissent les légendes, non ?
Patricia


Exercice
 : L’histoire continue :
Chacun prend une feuille et commence à écrire la 1ère phrase d’une histoire. Ensuite on fait passer à son voisin qui en fait autant et chacun rajoute une phrase à toutes les histoires. Enfin, celui qui l’a commencée la termine.
Contrainte : chacun avait un mot obligatoire à insérer dans la 1ère et dernière phrase.

Histoire 1, commencée et terminée par Georges :
Elle était danseuse étoile à l’opéra de Paris et finançait les études de sa fille en faisant des numéros de nus intégral au Don Camillo. Depuis que le père de celle-ci les avait abandonnées en leur laissant une montagne de dettes, il lui fallait imaginer tous les moyens de se remettre à flot. Sa créativité était mise à rude épreuve mais elle y parvenait toutefois assez bien.
Un soir, au cabaret, un homme manifesta un grand intérêt pour… son âme… et lui proposa de la raccompagner. Une fois qu’elle fût rhabillée, il la reconnut à peine, sembla bien déçu, mais lui ouvrit toutefois poliment la portière avant de sa BM… Ce geste de courtoisie fut le premier d’une longue série car, commencée sans brio, ce court intermède fut le point de départ d’une liaison durable. Notre danseuse n’était pas vraiment attrayante mais elle savait comme personne écouter les histoires.
Elle amenait cet homme chez elle, l’installait confortablement sur le canapé, baissait les lumières pour donner à la pièce une atmosphère de mystère, mettait des coussins par terre sur lesquels elle s’allongeait à moitié et après leur avoir servi à tous deux un whisky, ouvrait grand ses oreilles pour écouter les histoires de son admirateur.
En fin de soirée, quand le niveau d’alcool était suffisamment élevé, elle en profitait généralement pour lui demander un peu d’argent. Mais ce soir, elle avait un autre plan…
Elle lui asséna un énorme coup de son bâton de danseuse étoile sur la tête… Il tomba de tout son long, évanoui. Et elle put enfin arriver à ses fins avec lui qui n’avait jamais voulu aller plus loin !

Diego :
Qu’elle est créative, cette Claire !!! On devrait vraiment lui faire sa fête… Enfin, non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. On devrait… on pourrait… je ne sais pas moi ! Aidez-moi, donnez-moi une idée quoi !
On devrait célébrer avec faste sa nomination au poste tant convoité d’ambassadrice Tupperware et imaginer une petite cérémonie pour cette intronisation. J’ai oui dire qu’elle en est très fière et attend avec impatience que nous lui témoignions toute notre sincère admiration.
Pour cette cérémonie, nous nommerions Diego à l’organisation. Avec son imagination débridée, il nous concocterait certainement quelque chose de pas ordinaire. Pour l’approvisionnement des liquides, ce serait Georges qui en aurait la responsabilité. Fin connaisseur, il ne risquera pas de se tromper. Nous pourrions toutefois craindre qu’il goûte un peu trop les breuvages… En chef pâtissier, Patricia serait parfait et nous mettrions Huguette à la chorale. Voilà une intronisation qui serait dignement fêtée !
Sauf que Georges n’est pas disponible le week-end du 24, Patricia celui du 17 et Fabienne ne peut se libérer que le 10 du mois prochain. Bref, la seule date possible nous amène et mois d’août et encore, personne n’a vérifié que Claire était bien disponible à cette date.
Finalement, une date fut trouvée pour la cérémonie. Tout le monde se mit d’accord sur le 31 février 2019, après les troisièmes élections créatives de sortie de l’accord de Saint-Louis.

 Patricia :
A l’ombre d’un parasol de fortune, elle tentait de protéger son teint de lait car la Reine des Neiges devait à tout prix garder sa blanche carnation, même si le parasol l’empêchait d’admirer la mer qu’elle voyait pour la première fois. Ses parents lui avaient toujours interdit de s’approcher d’une quelconque étendue d’eau de peur qu’elle transforme le monde en une gigantesque banquise. Heureusement, Blanche-Neige l’accompagnait et, étant elle-même très préoccupée par son teint, à défaut de voir la mer, elles pouvaient au moins se raconter les derniers potins. Le prince charmant s’était récemment fiancé, ce qui mettait la planète people en émoi.
La planète people était la dernière planète du système solaire. Elle avait été inventée très récemment par une bande de cons peu joyeux qui n’avaient aucun talent, aucune créativité mais qui avaient néanmoins beaucoup de succès. Ils s’appelaient les 7 nains et avaient grandi (ah ! ah ! ah !!) dans le quartier des Halles. A leur majorité, leurs parents leur avaient offert un costume rayé de couleur différente pour chacun d’eux. Cela permettait à Blanche-Neige et à la Reine des Neiges de les reconnaitre car, pour le reste, ils se ressemblaient furieusement. Sauf… dans l’intimité ; dans ce contexte, les différences étaient flagrantes et pouvaient se constater même dans le noir le plus absolu.
Alors, même si nos deux damoiselles rêvaient toujours en secret au prince charmant, la planète people conservait quelques attraits et l’obscurité généreuse qui protégeait leurs ébats avait l’avantage de leur éviter l’usage du contraignant du parasol.

Huguette :
Comme l’orage menaçait, il se précipité à la fenêtre, manœuvra vivement l’espagnolette et, soulagé d’être enfin à l’abri, il se jeta dans son fauteuil et alluma la radio.
Fichu temps ! Il devait traverser toute la France et demain la journée serait pénible et encore plus épuisante qu’aujourd’hui. Une autoroute monotone avec ses multiples péages prohibitifs, sa nourriture insipide et de nombreux arrêts pipi, Madame avait ses petites faiblesses.
Ah ! Madame ! S’il l’avait pu, il l’aurait bien étranglée sans autre forme de procès… et pourtant… il fallait bien faire avec, pour le moment…
Encore quatre ans avant la retraite. Il s’imaginait sans mal en train de pêcher, un épagneul à ses côtés… Un coup de tonnerre le rappela au présent.
Il se réveilla d’un coup. L’épagneul était toujours là. Il terminait le second tome de « Guerre et Paix », lecture qui, visiblement, lui apportait beaucoup de plaisir, sa queue frétillait en cadence et en rythme…
Cette histoire à beaucoup de chien, se dit-il, et il referma le volume. Celui-ci lui tomba des mains et c’est alors qu’il aperçut au loin… la femme de son maître qui arrivait, trempée par l’orage. Elle toqua à la fenêtre. Alors, tout rentra dans l’ordre : il reprit sa place d’animal au coin de la cheminée, son maître reprit « Guerre et paix » à l’endroit où il avait interrompu sa lecture, se précipité à la fenêtre, manœuvra l’espagnolette et accueillit sa femme avec un soupir de lassitude : il aurait encore longtemps à la supporter, pensa-t-il !

Claire :
J’avais du mal à suivre, toute cette histoire était une véritable salade.
Une salade de crabes, c’était… parce que, des crabes, il y en avait beaucoup dans cette histoire…
Je m’embusquai donc derrière le poêle à bois, prêt à bondir pour saisir le maximum de crabes dès qu’ils passeraient à ma portée.
Il faut dire que j’avais beaucoup, beaucoup fumé aussi, et que mon copain n’était pas très clair non plus… Alors… un crabe, deux crabes, trois crabes… une araignée, deux araignées, un serpent… non ! deux couleuvres vertes, un éléphant rose… Mais quelle était donc cette substance étrange qu’Antoine avait versé dans mon verre de rouge ? Je commençais à avoir quelques doutes qui furent vite balayés quand je vis mon copain nager dans le salon alors que nous n’avions pas de piscine.
Oui, sans aucun doute, j’étais sous LSD : Liquid Salad Distillery.

Fabienne :
Léa avait le « syndrome de crispation », une maladie rare qui venait de se déclarer et qui la handicapait fortement.
Elle passait ainsi ses journées assise derrière la fenêtre à épier ses voisins.
C’est comme ça qu’elle découvrit qu’Arthur, le fils prodige des bourgeois du cinquième, couchait avec Valentine, la logeuse, mariée à Hector.
Hector était furieux, bien sûr. Mais les parents de Valentine aussi ! Fils prodige, disaient-ils à Valentine, fils prodige, ça veut dire quoi ?
Prenez-le donc dans votre lit, le Arthur, et vous verrez en quoi c’est un prodige !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Tout le quartier essaya Arthur, le prodigieux, et bientôt, plus personne ne voulut d’autre amant que lui, les femmes comme les hommes d’ailleurs.
Seule Léa, la pauvre Léa lui résistait ; non parce qu’il ne lui plaisait pas d’ailleurs, mais parce que sa maladie l’empêchait d’être détendue at qu’elle en avait honte.
Et Arthur, lui, que pensait-il de tout cela ? Pour être honnête, il en était un peu vexé mais comme sa confiance en lui ne faiblissait pas, il se disait que demain, peut-être Valentine lui reviendrait pour lui avouer enfin qu’elle n’aimait que lui… Et lui, à ce moment-là, la rejetterait et se mettrait à genoux devant Léa pour la demander en mariage. Il avait toujours rêvé d’essayer une femme en « crispation ». Ça me changera, se disait-il…

5 avril, 2017

Atelier d’écriture du 3 avril 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:57

DEVOIR : le conte du pourquoi :

Pourquoi les hommes sont de couleurs différentes ?

Bavarisaurus

bmzgio72

Mesdames, Messieurs, restez debout. De toutes façons, j’ai fait enlever les chaises.
Je vous ai fait venir ce dimanche pour une communication de la plus haute importance, juste après la messe. Gary vous a prévenu un peu tardivement. En aparté : Sean, je t’avais pourtant dit, aucun mec de CBS, fous-le dehors. Kellyanne, je t’en prie, ne t’allonge pas sur le divan, tu es en minijupe. Rex, aux pieds ! Ivanka, Jared arrêtez de vous peloter, sinon vous serez privés d’actions de la Bank of China.
Venons-en au fait. Un de mes amis scientifique climato-ultraseptique (tel une fosse), le Dr Nothing Yseclear, vient de faire une découverte génétique de la plus haute importance. Nous avons 93 % ou plus de matériel génétique commun avec Chamaeleo. Notre ancêtre commun semble être un certain Bavarisaurus apparu sur plusieurs continents il y a plus de 100 millions d’années. L’autre branche que la nôtre a abouti aux caméléons qui persistent encore sur plusieurs continents, mais je vais m’en occuper. Avec quelques degrés de plus en Afrique et en Amérique centrale, on n’en parlera plus. America first : je vais faire construire autour des USA un mur réfrigérant.
S’il faut en croire mon cher Nothing Atoll, les premiers hommes avaient eux aussi la capacité de changer de couleur. Non pas seulement le rubicond de la rosière que, entre parenthèses, j’aimerais bien franchir (veni, vidi, sauti).  Oui ! A la manière de nos cousins, nous étions capables de nous parer totalement ou partiellement de toutes les couleurs. Oui, y compris les teintes fluo. Tiens, cela me rappelle un film de Blake Edwards avec un duel dans le noir très préservé ! Aussi bien pour nous camoufler que pour traduire nos émotions, nos cellules chromatophores se dilataient et se contractaient à la demande. Au repos nous étions vert savane arrosée, au combat brun rougeâtre, à l’ombre presque blancs et au soleil complètement noirs pour mieux absorber les UV. Mon grand ami Nothing Wreall pense que cela a commencé à se dégrader après la dernière glaciation. Mettez un chat au moins dix  jours au congélateur, il en ressortira toujours gris, même de jour. De plus son autonomie sera très altérée.
Nothing est « fantastique ». Pour lui, tout ceci est préservé dans notre mémoire ADN. C’est  pour cela que les enfants et même les adultes qui jouent à la guerre continuent de se peinturlurer agressivement. Tous les peuples primitifs, sauf les Wasp, rivalisent d’imagination en peintures ou tatouages, parfois jusqu’à l’extrémité du bagayou. La branche des caméléons a donc conservé ses talents tandis que les hominidés perdaient de leur superbe. Au point de ne plus vivre que comme dans un vieux film de guerre, en noir et blanc.
Nothing Beutmy, mon frère de sciences, pense qu’il nous en reste néanmoins des traces. Bien évidemment, le cerveau reptilien, celui des fonctions vitales et des besoins naturels : respirer, manger, boire, baiser, uriner, déféquer, transpirer… et j’en passe. Mes activités préférées commencent par un B. Un mâle descendant de Bavarisaurus n’en supporte pas d’autres sur son territoire. Il se gonfle, se dresse sur ses pattes, se balance de droite à gauche, ouvre la gueule pour souffler, hausse les épaules et achète des talonnettes. Ses deux yeux sont indépendants mais dès qu’ils ont repéré leur proie, un décolleté profond suréquipé, ils convergent en louchant et « je ne peux pas me retenir » ! Il me reste encore la possibilité de faire changer de couleur ma perruque : plus foncée quand je suis en colère, plus claire quand j’ai la trouille, mon cerveau reptilien, vous dis-je.
Mais il y a bien quelque chose que je regrette absolument. Non pas les trois mues par an, réservées pour Ivanka, non pas le fait de garder en permanence trois appuis sur terre y compris en courant, non pas la queue préhensile, encore que… Non, c’est un outil merveilleux qui me fait envie tous les jours même sur les parcours de mes golfs pour attraper ma balle. Nothing Douing ne croit cependant pas à une résurgence ADN de cet engin. La langue en accordéon. Ah ! Pouvoir la déclencher en French kiss, frapper avec précision la luette et la coller avec son extraordinaire glu. Je serais sûr alors de déclencher des orgasmes de gorge comme jamais la Nasa n’en a provoqué.
Voilà Mesdames et Messieurs. Je pense que vous avez saisi la portée universelle de ces propos incontestables. Certes, l’humanité a régressé, perdant la possibilité d’être multicolore et tolérante. Mais elle a gagné un génie : MOI ! Pas de questions !
Bertrand

 33

Il y a fort fort longtemps, lorsque Dieu créa les humains, il les fit sans aucune couleur. Enfin, sans couleur propre. Là où il faisait nuit, les humains étaient noirs et sur la neige, ils devenaient blancs. Lorsqu’ils se mettaient sur l’herbe, ils étaient d’un beau vert et dans un champ de coquelicot, ils devenaient tout rouges. Quand ils étaient dans l’eau, ils étaient bleus et sur le sable, ils devenaient gris.
Cette capacité de camouflage, ce mimétisme, devait leur permettre de survivre dans un monde totalement hostile et d’éviter toute différence entre eux.  Cependant, Dieu émit une condition : « Vous ne devrez jamais jamais tuer l’un de vous. Si cela arrivait, vous seriez punis ».
Or, les hommes qui sont humains par essence, adorent désobéir. Ainsi, Caïn commit le premier crime de l’humanité et tua Abel. Dieu entra dans une très grande colère.
« A partir de cette minute, vous allez garder pour toujours la couleur que vous avez et chacune des couleurs vivra séparément des autres dans un coin de la terre. Les noirs iront en Afrique, les blancs, en Europe, les jaunes en Asie et les rouges en Amérique. A partir de ce jour aussi, chacune des couleurs détestera les autres. J’appellerai ça le « racisme ».
Les gris passèrent inaperçus partout tandis que les bleus et les verts qui n’étaient pas du tout d’accord avec les propos de Dieu partirent loin, très loin dans l’espace et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Fabienne

Couleurs de peau

Quand les créateurs du monde… oui, ils étaient plusieurs, car supposer que la quantité de choses à créer ait pu l’être par un seul homme semble bien déraisonnable d’un point de vue scientifique… Donc, quand les créateurs du monde en vinrent à la création de l’être humain, les questions furent nombreuses : ailes, pates, combien de chaque ? Pied ou sabot ? Petite ou grandes oreilles ? Après plusieurs mois de négociations au sein du groupe projet « Création des nuisibles », ils parvinrent à un prototype. Mais il restait un sujet de taille, pour une raison somme toute inconnue, ils avaient décidé que l’humain n’aurait ni poils, ni écailles, ni plumes. Il n’avait donc que la peau sur les os. Et il fallait choisir la couleur de cette peau. Toutes les couleurs y passèrent ! Comme aucun compromis ne semblait envisageable, ils procédèrent à un vote. Sauf que chacun vota pour sa propre idée. Ils étaient donc dans une impasse. Lorsque le responsable projet alla rapporter le problème à son N+1, celui-ci lui répondit simplement : « Eh bien, faites-en de toutes les couleurs ! ».
Chose dite, chose faite. Ils durent bien sûr trouver quelques compromis, ils choisirent donc le blanc, le noir, le rouge et le jaune ainsi que tous les dégradés compris dans cette palette pour les humains terrestres. Pour ne pas vexer le fils du N+3, ils accordèrent la couleur verte aux martiens et pour faire plaisir à la fille du N+5, ils donnèrent la couleur bleue aux Schtroumfs. Cet arbitrage semblait quelques peu contestable, puisqu’il était évident que les martiens et les Schtroumfs sont difficilement assimilables à des êtres humains, mais les « fils et fille de » ne faisaient pas partie du projet pour leur intelligence. L’affaire fut donc réglée et les humains libres de créer une échelle de valeur liée à leur couleur d’origine…
Claire

 

Exercice : Un petit vent rêvait de devenir une grosse bise.

33

C’était un petit vent, tout petit, qui n’avait jamais percé. Pourtant, il avait de grandes ambitions et rêvait de devenir une grosse bise. Il était né dans un coin reculé où plus personne ne se parlait à cause de querelles intestines.
Il savait que pour lui, le chemin serait long, très long… Alors, il s’entrainait, roulait, grondait, mais c’était beaucoup de bruit pour rien. Ses congénères ne le tenaient pas en odeur de sainteté. Il disait de lui que c’était un prétentieux, bref, qu’il pétait plus haut que son cul. Un jour particulièrement douloureux pour lui où il en avait plus qu’assez de rester là, confiné, il décida d’évacuer cet endroit merdique. Il se mit alors à grandir, à s’amplifier, à gonfler, à remonter le courant tant et tant que lorsqu’il s’expulsa de là, on crut vraiment qu’une grosse bise qui s’était perdue venait de claquer sur ce qui ressemblait à deux grosses joues.
Fabienne

 

Exercice : faire l’éloge de la procrastination !

33

Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de nous !
Qu’est-ce que j’aime cette phrase ! Quand je vois les gens s’activer autour de moi et faire tout un tas de choses absolument indispensables, ça me fatigue.
Quand je pense qu’il y en a qui se lève à cinq heures du matin… moi, je retarde mon lever le plus possible. J’attends, là, comme un bienheureux, dans un demi-sommeil. Je passe toute la journée à m’inventer des excuses pour ne pas sortir la poubelle ou ne pas faire le ménage. Quand je prépare un déjeuner, j’ai de la chance s’il est prêt pour le dîner.
Je déteste tout ce qui doit être fait, et vite, toutes les dates butoir.
Il faut remplir sa déclaration de revenus avant le 31 mars… non mais quelle horreur, tiens, je la remplirai vers la mi-mai, si j’en ai le courage.
Il faut que je mette de l’essence dans ma voiture… mais non, pas aujourd’hui, il fait beau, j’irai à pied.
Il faut que je désherbe mon petit jardin… Tiens, je le ferai demain…
Il faut repeindre ma chambre… C’est idiot, quand je dors, il fait nuit et ça ne se voit pas…
Il faut que je fasse mon devoir pour lundi prochain… tant pis, je dirai que je l’ai oublié…
Alors, certes, il ne faut jamais remettre au lendemain, ce qui peut être fait le surlendemain… par quelqu’un d’autre !
Fabienne

29 mars, 2017

Atelier du 27 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:21

DEVOIR : Il ne se faisait aucune illusion, personne ne porterait le deuil de sa disparition. Alors il décida d’éprouver du chagrin pour lui-même.

Asbo-sisters1-610x406

VISAGE

Je le vois, il est bien là. Depuis avant-hier ce soupçon s’est affermi. Au petit matin, dans une obscurité subtile, je me suis rendue aux toilettes, dans ma salle de bains. L’espace d’un dixième de seconde, il est apparu, ni bienveillant ni hostile. Le miroir derrière le lavabo s’est tâché d’une image flottante qui ne me quitte plus.  Hier, le visage a ressurgi, plus net, préoccupé. Légèrement anxieux et froid et gris. Et gris et froid. Ce matin, cette tête me fixe. Toujours l’inquiétude mais avec un je ne sais quoi d’agressivité. Elle me ressemble et même beaucoup. S’il n’y avait ce regard, je dirais « trait pour trait ». Ce qui est vraiment convainquant c’est que je m’attendais à la revoir. J’y avais réfléchi. En avais-je rêvé ? Je devrais être surprise mais elle est là, elle s’impose à moi.
Hier au déjeuner, elle était présente, encore. Nous avions fait installer un magnifique trumeau au-dessus de la cheminée du salon-salle à  manger. La glace, très ancienne, est piquetée d’écailles de tain. Je l’ai néanmoins reconnue. Cette fois elle a souri. Moi aussi, car je sais qu’elle me nargue. L’homme qui s’est assis en face de moi, devant son set de table, je ne le reconnais pas. Il aime le cassoulet, comme Léonard. Mon mari aussi, prend un verre de Cahors avec ce plat. Mais ce n’est pas lui. D’ailleurs, il me scrute, attentif à tous mes gestes. Je ne lui parle pas : que pourrais-je dire à un anonyme ? J’aimerais bien qu’il soit là, Léo.
Une heure auparavant, il m’avait pourtant dit au téléphone qu’il rentrerait déjeuner et c’était bien sa voix, pour sûr. Un sosie l’a remplacé ! Je ne le reconnais plus. Je ne l’aime pas.
Ce matin, nous partons à l’hôpital de Nouville. Le jumeau de Léo nous emmène. Etonnant : ils ont les mêmes tics de conduite. Cette façon de ralentir très tôt et d’accélérer doucement, pour le confort des passagers, pour mon bien-être. Elle était là. Je l’ai vue fugitivement dans le rétroviseur en me penchant légèrement. J’ai confirmé sa présence en ouvrant le miroir de courtoisie, comme pour vérifier mon pauvre maquillage. Je le connais bien, cet hôpital. Il y a un mois, on m’y avait conduite quand j’avais perdu connaissance sous la douche. Léo m’avait trouvée assise sous une pluie tiède. Plus tard, il m’avait fait rire en me disant qu’il avait une réaction inadaptée malgré la gravité de la situation. Il me disait en avoir honte, l’hypocrite. C’est vrai que je suis bien conservée malgré mon diabète. Ce vrai-faux compliment m’avait fait très plaisir. Ce n’est pas l’autre qui serait  capable d’humour. Pas un mot jusqu’à la salle d’attente du Dr H. Maintenant que je les vois, Jacqueline, l’infirmière chef, n’est pas Jacqueline, ni le Dr H. derrière elle. Ce sont des répliques qui me regardent d’un air suspicieux. Finalement j’aurais dû m’inquiéter. Il s’est peut-être passé quelque-chose de grave. Voilà, je sais. Léo a tété assassiné et le clone Léonard l’a remplacé. Je leur crie la vérité. Assassins ! Rendez-moi mon mari, si doux, si aimant. Immédiatement, on me bouscule sur un brancard qui se met à dévaler un couloir à pente abrupte. Une petite douleur au pli du bras gauche. Longue nuit de répit.
Je suis seule dans cette chambre blanche et silencieuse. Je suis attachée et bardée de fils. Au bras gauche une perfusion, clepsydre de remèdes. Hypnose et décollage.

Un mois a passé et je suis rentrée chez nous. Assidument, je prends mes deux médicaments chaque soir à heure fixe. Léo y veille. Les répliquants sont partis, sortis de ma vie. La main qui me caresse le front me rassure. De nouveau, il me fait rire avec son humour bien à lui, à lui seul. Surtout, le matin après m’être éclaboussé le visage, je ne la vois plus dans le miroir. La belle sexagénaire que je suis me sourit, simplement. L’autre n’est plus. Je ne me fais aucune illusion. Personne ne portera le deuil de sa disparition. Cependant j’ai décidé d’avoir un peu de chagrin caché pour elle, si familière.

PS : le syndrome de CAPGRAS est rare. Ce psychiatre inventif et courageux l’a décrit au début du vingtième siècle. Le sujet atteint ne rencontre plus ses familiers. Ce sont tous des sosies. Les neurosciences et surtout l’IRM fonctionnelle en approchent les mécanismes. Certes, il y a souvent une petite atteinte organique (AVC par exemple), mais ce sont certaines zones du cortex cérébral qui sont défaillantes par « contrecoup ». Il se produit alors un trouble de détection de la familiarité, de notre « vérité » et aussi un trouble de la capacité à évaluer ce à quoi l’on croit.
Après une élection récente très surprenante et juste avant nos élections, je me pose la question: ce syndrome n’est-il pas beaucoup plus fréquent ?
« A chaque instant, notre cerveau cherche à faire coïncider ses connaissances sur le monde et les données de nos sens ». Prenons de la hauteur !
Richard POWERS a utilisé ce thème du Capgras dans son formidable livre : «  La chambre aux échos » en 2008.  Il y confronte le libre-arbitre et la croyance.
Bertrand

tombe
Jacques avait vécu toute sa vie libre. Aucune attache, aucune entrave, rien qui ne le tienne, le retienne : pas de famille, pas d’enfant et surtout pas de femme. Il avait aimé pouvoir partir, n’importe quand, aller n’importe où, faire ce qu’il voulait et aimer selon ses coups de cœur. Mais l’âge venant, Jacques s’aperçut que sa liberté se transformait peu à peu en solitude.
Un matin, il eut une pensée qui le bouleversa. Quand il partirait pour le grand voyage, personne ne porterait le deuil de sa disparition. Il eut beau réfléchir : personne même pour venir à ses funérailles. Alors, à partir de ce moment, il décida d’éprouver du chagrin pour lui-même.
Il commença par pleurer, beaucoup, sur lui-même évidemment. Puis, voyant que le chagrin était toujours là, il tenta d’en rire et d’écrire son épitaphe. Il faudrait qu’elle soit très spirituelle pour qu’on en parle, et que les anonymes viennent se pencher sur sa tombe. Il en tenta plusieurs :
-       Je suis parti comme j’ai vécu, seul.
-       La vie sans moi n’est pas la vie
-       Je m’aime au-delà de tout
-       Maintenant, je vais me manquer
-       Personne n’est indispensable pour moi, sauf moi.

Mais tout ça ne le satisfit guère, alors, il alla faire le tour des pompes funèbres de sa région pour voir comment se passerait ses funérailles. Il savait qu’à une époque, on pouvait louer des « pleureuses », mais pouvait-on avoir des « rieuses », ou bien un orateur à la voix grave qui ferait l’apologie de sa vie ?
A peine eut-il ouvert la porte des « Pompes Funèbres Générales » qu’il la vit, là derrière son bureau sur lequel une petite pancarte indiquait « Madeleine ». Madeleine, au regard calme et à l’air si serein l’accueillit avec un doux sourire. Il sut tout de suite que désormais, il ne serait plus seul.
Fabienne

 Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo de Richard Vantielcke

Photo

 

Il ne savait plus où il en était, sa vie partait à vau-l’eau. Sa femme venait de le quitter, emmenant avec elle leurs deux enfants et il ne savait pas quand il les reverrait. Ce qu’elle lui reprochait ? Il ne savait même pas. Il croyait pourtant avoir fait tout ce qu’il fallait, mais apparemment, ce n’était pas assez, ou il s’était trompé, bref, il n’en savait rien. quand elle avait voulu quitter leur village, ils s’étaient installés en ville, dans ce quartier sombre et triste que lui n’aimait pas, mais qui était tout près des commerces, des écoles, du métro.
Et c’est à partir de là que tout avait tourné mal !
Cette nuit-là, comme toutes les autres nuits, il ne pouvait pas dormir dans cet appartement prison. Alors, il est descendu dans le métro, tout proche. Il y avait une poubelle. Il y a mis toutes ses mauvaises pensées, toute sa tristesse, tout son ressentiment. Et puis, il y avait une grande affiche « vous êtes ici ! ». Et subitement, tout devint clair dans sa tête et il sut exactement où il en était !
Fabienne

Exercice : inventez une autre fin au conte de Blacnhe-Neige

bn

Blanche-neige se retrouva dans la maison des sept nains où elle était très heureuse. La journée, ils allaient travailler dans leur mine de diamants et le soir ils lui ramenaient plein de trésors. Elle, elle faisait croire qu’elle s’occupait du ménage et de la bouffe, mais en fait, cette feignasse ne faisait rien du tout. Elle dormait beaucoup, puis se reposait et entre temps, elle chantait. Pour ne pas que les autre s’en aperçoivent, Prof se levait très tôt le matin et nettoyait le petit logis. Ensuite, Atchoum lavait le linge et Joyeux le repassait en douce. Grincheux qui fallait toujours qu’il la ramène râlait sur tout mais faisait tous les lits avant de partir. Dormeur, lui, cueillait des fruits frais à l’aube, puis se recouchait. Quant à Simplet, il leur préparait un dîner sublime. Alors elle, comme vous l’avez compris n’avait plus rien à faire. Aussi, quand la Méchante Reine arriva pour lui proposer une pomme, Blanche-neige lui claqua la porte au nez.
Elle vécut ainsi heureuse avec ses sept nains, un pour chaque jour de la semaine !
Fabienne

27 mars, 2017

Atelier du 20 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:39

DEVOIR : un sandwich

Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Et personne ne sait quand ça arrivera. (Paul Cleave)

B0exr0rCIAAOaH7

 

GOLIATH

Elle me regardait fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Heureusement, sur la banquette arrière, elle n’y était pas encore.
Ma bagnole, ça c’est de la bagnole. Vous connaissez forcément. Lincoln Continental. La tire dans laquelle JFK s’est fait descendre. Mais la mienne, rien à voir. A côté, celle du Ricain a l’air d’une 4L.  La mienne, rien qu’à moi, c’est une Town Car de neuf mètres de long. Si je l’ai choisie, c’est qu’elle avait toutes les options. Putain de suréquipée comme y disent chez Renault quand y rajoutent un compte-tours. La mienne, rien qu’à moi, elle a : portes, vitres et châssis blindés, vitres teintées et trappe sur le toit. Cuir partout avec sièges climatisés été/hiver. Interphone chauffeur. Jusque là, ça fait plutôt papamobile. Attendez la suite. Pour tous les sièges, option massage, caméras 360° intérieur/extérieur, trois écrans télé anti-reflet, wifi, connectique Ipod, bar longitudinal de deux mètres de long avec glaçons instantanés et miroirs lumineux dans les mauves, réserve de caviar d’Iran. Je vous détaille pas tout, vous en baveriez. Et puis la banquette qui fait face au bar. Waouh ! Visez l’étendoir à morues. Pourtant, l’argument qui m’a décidé, c’est la vitre de séparation entre les places avant et mon nid d’amour. Je peux la baisser ou la remonter quand je veux. Adieu le chauffeur à casquette. Avec ce roubignoleu, on est pas du même monde et il faut qu’il le sache. On a pas gardé les horizontales ensemble ! Ou rarement. Je me lasse pas d’appuyer sur le bouton de commande électrique. Avec le petit doigt. Celui où qu’y a la broquille avec le diams trois carats. C’est rien qu’un caillou comme jacte Josette, ma régulière.
Là, aujourd’hui, ch’suis seul. Assis sur la banquette, je me suis servi un triple de bouteille carrée, Kanak Label. C’est triste la vie. Cela fait trois jours que mon fournisseur exclusif de champignons mexicains et d’herbe d’Ouvéa s’est fait pincer et j’avais pas de réserves.  J’vous ai déjà dit que j’aimais les plantes ? Les belles. Lol, l’humour que j’ai, en plus !
Voilà ! Je sens comme une présence. Je me tourne vers le volant. C’est vrai qu’elle me regarde fixement. Avec ses petits yeux sans paupières, comme des billes. On dirait qu’elle est collée à la vitre de séparation. Pas sûr qu’elle soit relevée, cette glace. J’arrive pas à allonger le bras vers le bouton de télécommande. Elle doit tout voir avec ses huit zyeux. Maintenant elle se détache bien, au dessus des sièges avant. Elle fait au moins trente centimètres d’envergure avec ses pattes relevées pleines de poils. Je la reconnais.  Cette mygale Goliath, je l’ai vue sur la chaine National Géographic Wild. A c’te heure-là, y avait pas de porno. Elle peut bouffer des rats, des serpents, des oiseaux, cette saloperie. Elle remonte ses deux pattes de devant. Elle fait un drôle de bruit, une stridulation. Vingt dieux, elle attaque ! Allongé sur la banquette, je rampe sur le dos, le plus vite possible. Elle saute. Elle est là. J’entends distinctement le bruit de ses pattes sur ma chemise en soie mauve. Un galop de sorcière. Pourvu qu’elle m’envoie pas ses poils dans les yeux, moi qui suis asthmatique. Terrorisé, je ne bouge plus. Elle a relevé ses crochets de trois centimètres. Je sais qu’elle est venimeuse. Je suis mort. Je la sens sur mon cou. Elle va me piquer à la jugulaire. Maintenant ses deux pédipalpes velus me sondent les oreilles, puis le nez, les paupières fermées. Je hurle mais personne ne m’entend. Le noir.
Quand je me réveille, je baigne dans ma sueur et je me suis pissé dessus. Mes mains tremblent. M’asseoir me provoque un vertige, des nausées. Je regarde autour de moi, RIEN. Mon cœur bat fort.  Je fouille partout dans la limousine éclairée. Rien.
Pourtant je sais que cela se reproduira et personne ne sait quand ça arrivera.
Bertrand

222

Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi. Mais cette fois-ci j’ai remonté la vitre de séparation. Le chauffeur s’en fout, il sait qu’elle ne se vautrera pas sur lui. Les clones de troisième génération ont été programmés pour ne pas se frotter aux androïdes. Et c’est tant mieux car ils pourraient en faire les frais. Maxwell – c’est le nom de mon chauffeur et ça n’est pas la peine d’en rajouter – est passé en mode semi-automatique. Il va procéder à la recharge de ses batteries le temps du trajet de l’astroport à mon conapt. Du coup la tigrine se paie une petite sieste, et j’en ferais bien autant si je n’avais pas à trouver comment me sortir de ce pétrin.
Résumons : je ne sais pas qui m’a contactée, mais ce que je sais, c’est que je n’ai pas les moyens de refuser. Mon dernier contrat est déjà loin, et les 400 000 Palets qu’il m’a rapportés se sont évanouis en opérations de réparation et en drogues pour les supporter. Si je n’envisage pas une rentrée de devises rapidement je vais devoir m’inscrire au Cyberpôlemp. C’est pour ça que j’ai accepté cette rencontre. Je dois d’abord passer au douzième niveau pour récupérer mon stangulateur – on ne sait jamais – et me refaire une mocheté. Là où on m’a donné rendez-vous il vaut mieux ne pas avoir trop l’air en bonne santé si on veut garder tous ses organes.
En fait malgré toutes mes aventures – mes vies, pourrai-je même dire – je n’ai appris à faire qu’une chose : tuer sans être tuée. C’est maigre comme bagage, mais ma mère n’est plus là pour s’en plaindre à ma place et quant à mon père… disons que là où l’ai laissé la dernière fois, mon avenir ou même mon confort sont le cadet de ses soucis.
Le ronronnement du taxi-flot vient de changer de registre, nous sommes entrés dans la spire de descente et Maxwell se réveille, rechargé à bloc.
– Madame a pu se reposer ?
– Me reposer ? Vous en avez de bonnes pour un trans ! Bon, au moins vous, vous faites la conversation.
– C’est que je suis programmé pour ça, nous allons directement au rendez-vous ?
– Non mon cher, vous me déposerez devant le niveau 12 à l’angle de Décapitation Road et vous m’attendrez.
– Madame sait qu’au-delà de vingt minutes je devrai justifier de mon stationnement.
– N’aies crainte tout sera réglé en moins de quinze minutes, et si tu veux je te laisse la tigrine en garantie.
– Vous parlez d’une garantie ! Non je préfère que vous l’emmeniez avec vous, au moins si elle se fait boulotter ça nous fera des vacances.
– Bien, Messire, je l’emmène avec moi, sans regrets ?
– Sans regrets, à tout à l’heure.
L’engin s’arrête le long du trottoir surbaissé, le temps pour ma porte et celle du passager de s’ouvrir et se refermer rapidement, puis il passe en mode transparent pour signifier qu’il n’est pas libre. Pour sa sécurité aussi car en moins de trente secondes le coin s’est peuplé de S.A.F. – sans activité fixe – aux mines menaçantes que je dois tenir à distance en actionnant mon répulseur cyanhydrique. C’est dans des effluves d’amandes amères que je rejoins mon conapt, le félin à mes basques. J’attends un peu après l’ouverture de la porte blindée mais rien de suspect. J’entre et verrouille soigneusement. La tigrine s’installe au pied du fauteuil. Je mets moins de dix minutes à me préparer puis j’actionne le paraspecteur. Je choisis un look pas trop outré histoire de ne pas faire fuir tout le monde, mais toutefois assez répulsif pour les malandrins lambda. En fait j’opte pour le risque d’attraper un B.G.D. – Blue Grain Disease ou cyanose grainée pour ceux qui auraient la mémoire courte – qui est assez efficace, en dépit de la maigre probabilité que ça arrive sans contact prolongé. Cela me permet de regagner sans encombre le taxi qui se réenclenche à mon approche. Je m’installe à l’arrière à nouveau, la tigrine regagne son siège passager et Maxwell démarre.

Le lieu du rendez-vous justifie à lui seul toutes mes précautions : mon accoutrement répulsif, le strangulateur que j’ai glissé dans mon sac à main – ça s’appelle toujours comme ça même si les accroches magnétiques permettent de le porter comme on veut, et une capsule de cyanure coincée entre ma gencive et ma joue, pour les cas désespérés. Mais plus que le lieu lui-même, lugubre à souhait il est vrai, ce sont les silhouettes furtives qui le peuplent qui inquiètent. Certaines ne semblent même pas toucher le sol et se meuvent avec une rapidité suspecte. On ne perçoit que des ombres et on regrette la lumière d’en haut. Car ici on est au 136ème niveau sous la surface et seul un éclairage artificiel souvent défectueux maintient un semblant de clarté. Assez pour ne pas se cogner aux objets environnants, pas assez pour être pleinement rassuré. C’est pour cela que les rendez-vous d’affaires y sont toujours arrangés. Pas vu pas pris ! J’attends comme convenu à l’endroit précisé, sous un moignon de chaîne qui devait supporter une enseigne jadis, et qui se balance en grinçant. La tigrine s’est coulée derrière moi, sous un bloc de béton bouffé aux moisissures et à moitié effrité. Le coin idéal pour surprendre sans être surpris. C’est ce qui me sauve, car au moment où la masse sombre que je n’ai pas vu venir fait mine de vouloir s’abattre sur moi, l’animal est déjà sur elle, griffes plantées et bouche grande ouverte. Mais la venimeuse langue bifide et bleue n’a pas le temps de remplir son office, une fulgurance verte la tranche – un Laser Co2 de classe 4, certainement – et le clone félin se fait ensuite couper en deux de la même manière. Je ne dois mon salut qu’au contretemps que cela engendre. C’est pour cela que je l’avais prise avec moi, malgré le coût excessif de ce genre de locations. Le strangulateur, réglé sur mes émissions de phérordrénaline, s’est enclenché automatiquement et je suis dans son champ de protection. Toute tentative de le traverser se solderait pas la désintégration par torsion de l’imprudent qui s’y risquerait. L’ombre s’éloigne et les autres silhouettes se tiennent à distance respectable. Je n’ai plus qu’à espérer que mon contact n’attende pas l’épuisement de la réserve énergétique de mon bouclier pour se signaler à moi.
Un peu avant midi, et après trois microcoupures sur le secteur, un taxi-flot jaune et noir – les couleurs du Réseau – ralentit et s’arrête. Prudente, j’attends quelques secondes avant de désactiver mon strangulateur, histoire de pouvoir être identifié. La porte latérale coulisse et je me coule à bord de l’engin. J’ai désactivé le paraspecteur et mon tailleur ajusté m’oblige à quelques contorsions pour ne pas sembler trop impudique aux yeux de mon vis-à-vis. Mais mon anatomie ne semble pas l’intéresser le moins du monde. Il me tend en silence une grosse enveloppe ainsi qu’une micro carte auto dégradable.
– Les informations sensibles sont sur la carte, vous avez deux heures pour les mémoriser, dans l’enveloppe vous trouverez des compléments pour, disons, le confort de votre… intervention. En mode codé bien sûr, mais évitez de les égarer même si ça semble n’être qu’un dossier pour briguer un poste de directeur des ventes intermodales.
Sa voix est métallique, vraisemblablement brouillée par un modulateur dysphonique. Je pose la question, inutile mais rituelle :
– En cas de problème…
– Vous connaissez la réponse : on ne vous a jamais vue et vous ne nous avez jamais vus. Pour le règlement on procède comme d’habitude.
Si toutefois vous n’étiez pas en état de toucher la somme, nous la ferions parvenir de manière anonyme et sécurisé à votre fille.
Comment diable ont-ils fait pour savoir à propos de Leia ? Peu importe, je compte bien rester « en état » et pour un bon bout de temps encore ! Le taxi me dépose au niveau 24, à l’angle de la vingtième et de Sirius Bond Street. J’ai le temps de manger un morceau avant de m’attaquer au gros de l’affaire. Je me dirige vers la porte cochère donnant sur la cour puis sur le long couloir qui conduit à la salle du Rapid Grill. Après avoir honoré les trois contrôles et la palpation je pose enfin mes fesses sur un siège poisseux et commande une Orion Rye et un shooter de muscardine à 60 volumiques. Il me faut bien ça pour me remettre les idées en place. En attendant qu’on m’apporte le pack du jour – puisque choisir ce qu’on veut manger est maintenant réservé aux élites de la surface – je branche discrètement la micro carte sur mon connecteur de manche et commence à consulter le contenu de l’enveloppe. Trois photos, trois portraits de moi pris sous trois angles différents, mais dès la vision Tridé Max activée sur mes sunplastiglasses, un visage se dessine : ma cible. Le reste, un tas de documents sous forme de C.V., lettre de motivariation tapuscrite originale et autres foutaises, me fournissent en langage codé, le contexte dans lequel je vais avoir à opérer dès demain. Rien de bien nouveau dans le mode opératoire, mais une variante imprévue et de taille cependant : jusqu’ici je n’ai eu à exécuter – mes contrats et tout court – que dans les limites de notre système planétaire. Cette fois-ci je dois gagner Proxima b, qui abrite nos ressources en tungstène. Un petit voyage de 4,24 années-lumière, un trajet de 50 ans, tractés à la vitesse de 30 000 km/s par les collecteurs Bussard. Une paille quoi, que je vais devoir effectuer en hibernation suspensive pour ne pas arriver grabataire. Et la même chose pour le retour. Autant dire que je risque de trouver la terre bien changée à mon retour, 120 années terrestres plus tard – hé oui, cent pour moi mais vingt de plus pour notre planète, merci qui ? Merci Einstein !
Mais ce qui me fend le cœur c’est qu’à mon départ je devrai dire adieu à Leia, et qu’elle croira me dire au revoir. Confidentialité oblige si je veux rester en vie. Je ne la reverrai plus, puisqu’elle va déjà sur ses trente printemps.
À moins que dans l’intervalle on ne trouve comment retarder la dégradation et l’échéance fatale jusqu’ après cent vingt ans. À supposer alors que le prix en soit abordable… je peux toujours rêver. Mais ces dernières années on n’a pas beaucoup avancé dans ce domaine. Seuls les tenants du projet Grey-Skulachev-WILT, à grand renfort d’antioxydants et de bloqueurs de synthèse des télomères se gargarisent d’arriver bientôt à des résultats.
Quand bien même ce serait vrai, j’ai peu de chance de voir ça de mon vivant, et personne ne sait quand ça arrivera.
Diego

fille

Elle me regarda fixement cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi. Elle avait tout tenté : de la prison de ses petits bras chauds elle avait en vain essayé de me retenir, m’avait promis d’être toujours sage, m’avait offert sa poupée préférée. Voir tant de larmes lourdes sur ce petit visage chiffonné m’avait un peu déstabilisé mais ma décision était prise. Pitié et culpabilité se heurtaient à la carapace dure que j’avais érigée en forteresse pour permettre ce départ. J’avais pris la décision raisonnée de quitter sa mère et je ne laisserai rien ni personne m’en empêcher. La fuite était mon seul salut pour exister à nouveau après deux ans d’une liaison destructrice où je m’étais enlisé et perdu. Un corps pas trop bien gaulé, une virilité que je pensais défaillante et un mal existentiel  qui avait toujours attiré vers moi  les femmes les plus paumées et les plus dépressives m’avaient fait échoué ici. Mais aujourd’hui j’avais 40 ans au compteur et cet anniversaire avait agi comme un détonateur.  J’allais me tirer de là, me reprendre en main, partir à l’aventure, ouvrir les portes, défoncer les barrières, retrouver enfin le sel de la vie !  Et tant pis pour les dommages collatéraux comme cette pauvre gamine aussi perturbée que sa mère !
Je m’enfuis, je pars, je vole… Je finirai bien par découvrir  qui je suis réellement et je m’accepterai enfin…Ça pourra prendre beaucoup de temps et personne ne sait quand ça arrivera.
Patricia

222

 

Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Je la hais tant elle me fait peur et me dégoûte. Chaque fois que je viens chercher ma voiture dans le garage, elle est là, comme si elle m’attendait. Lorsque je mets la clé dans la serrure, ma main tremble et elle semble se moquer de moi. Ses petits yeux noirs et ronds me regarde avec gourmandise. Ses fines jambes, couvertes de poils trépignent tant elles veulent me monter dessus. Son abdomen proéminent fait une tache sinistre sur le mur. Alors ouvrir la portière est au-dessus de mes forces. Je renonce et prends le bus. Ça fait un mois que ça dure.
Pourtant, je sais bien qu’un jour, j’arriverai à vaincre ma peur. Oui, un jour, je la chasserai définitivement de mon garage et de ma voiture. Un jour, je l’écraserai d’un talon négligent, un jour, oui, mais je ne sais pas comment… Et personne ne sait quand ça arrivera.
Fabienne

Exercice : Histoires mêlées

Ecrire 1 personnage + 1 objet sur 2 pages différentes puis les mélanger.
Ensuite chacun tire 1 personnage + 1 objet et écrit une histoire.
Consigne : le personnage doit avoir un contact particulier ou intime avec l’objet choisi.

Personnage : Gérard, 40 ans, poinçonneur des Lilas, veuf avec une petite fille qu’il a confiée à sa soeur. Il traverse une période de déprime et a tendance à boire, mais sait se tenir.
Il est petit, brun avec une moustache et zozote un peu surtout quand il est ému… Il est toujours ému quand il voit sa voisine étendre ses dessous.

Objet : un landau anglais, deux grandes roues, deux moyennes.
couleur : tartan sur fond bleu marine à droite, rouge Mélanchon à gauche, du clan des MacCou.
Biplace. Parasol en forme d’arbre du voyageur.

222

 

Gérard était déprimé depuis quelques temps déjà… Depuis qu’il avait perdu Gisèle, sa Gisèle, morte de la dengue !!! C’était vraiment dingue cette histoire parce que Gérard était poinçonneur des Lilas, en plein Paris. Il ne s’en remettait pas… Deux ans ! Ils avaient eu deux ans de bonheur, juste le temps de se connaitre un peu et de faire un bébé, une jolie petite fille qu’ils avaient prénommée Angélique. Comme Gérard était toujours déprimé, il ne pouvait pas s’occuper de sa petite, alors, il l’avait confié à sa sœur. Du coup, il se sentait encore plus déprimé.
Gérard, c’était pas Mister Univers, il était petit, un peu rondouillard, avec une légère calvitie au milieu de ses cheveux bruns. Il avait aussi une grosse moustache qui, selon lui, le rendait plus viril… En fait, il ressemblait beaucoup au Sergent Garcia, dans Zorro… Mais quand il avait rencontré Gisèle, il avait tout de suite su que c’était la femme de sa vie. Certes, elle non plus n’était pas Miss Monde, mais on peut dire qu’ils s’accordaient bien. Ce qu’ils aimaient par-dessus tout c’était rire et ça, on peut dire qu’ils se marraient, tout le temps, enfin, jusqu’à ce que Gisèle s’en aille. Depuis, il n’avait plus goût à rien… Enfin presque… Et oui, depuis quelques temps, il avait une nouvelle voisine, en vis-à-vis et tous les matins, elle étendait de jolis dessous qui lui mettaient l’âme et le cœur sans dessus-dessous. Gérard en était tellement ému qu’il en zozotait quand il la voyait. Un matin, en allant au travail, il avait vu un landau, dans la cour intérieure de son immeuble, un landau bien particulier, un landau écossais, à deux places. Ce qui l’émerveillait le plus était le parasol, en forme d’arbre du voyageur. Au moment où il s’approchait pour savoir si des bébés étaient à l’intérieur, deux petites culottes de la voisine, qui devaient être mal attachées, les culottes, évidemment, pas la voisine, se mirent à virevolter pour finalement atterrir sur les oreillers du fameux landau jusque-là vide. Il y vit un signe. Alors, rapidement, il décida de le prendre et de s’en aller promener. Il appela la première culotte Gisèle et la deuxième Angélique. Ce jour-là, il n’alla pas au travail, il se promena toute la journée, racontant à ses deux amours ce qu’il voyait, riant de temps en temps d’un bon mot qu’il avait fait. Il était heureux comme il ne l’avait pas été depuis longtemps…  Le soir, il rentra chez lui, emportant avec lui le landau. Le lendemain, c’était le printemps, alors il décida à nouveau d’errer dans les rues de Paris.
Au bout d’une semaine, les services sociaux décidèrent de l’interner en hôpital psychiatrique.
Fabienne

12345...28
 

Du cours en stock: le franç... |
lavieenprose |
Cahier de Français |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'3nvers de la caverne
| ASSOCIATION CORAMBE
| ylds