Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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29 août, 2017

Atelier d’écriture du 28 août 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:24

DEVOIR : La voix qu’elle entendit derrière elle lui glaça le sang.

Insérez cette phrase dans un texte qui, en outre, devra comprendre :
-       Un instrument de musique
-       Un instrument de cuisine
-       Le titre d’une chanson
-       Un proverbe

 PEUR

La voix qu’elle entendit derrière elle lui glaça le sang. Alors qu’elle était assise au restaurant, cette voix lui murmura, au creux de l’oreille :
-       Rira bien qui rira le dernier.
C’était ce qu’il disait tout le temps. Pourtant, il était mort et bien mort, de cela, elle en était absolument sûre puisque c’était elle qui l’avait tué.
Ils avaient passé plus de cinq ans ensemble et avaient connu les plus folles aventures, du temple d’Angkor au sommet de l’Everest, des pyramides de Gizeh à la grande muraille de Chine, de la baie d’Along à l’acropole d’Athènes.
Elle avait adoré l’été indien qu’ils avaient passé à San-Francisco, l’année dernière, tout comme elle avait aimé cet hiver dans le nord du Canada, l’année d’avant.
Ils étaient inséparables, elle ne pouvait vivre sans lui, sans John.
Pourtant, elle l’avait tué, … Elle venait de s’apercevoir qu’il occupait toute sa vie, qu’il n’y avait plus de place pour autre chose… Alors elle n’avait pas eu le choix, il devait mourir. Et c’est ce qu’elle avait fait. Dans son dernier best-seller, John, son héros était mort. Depuis, elle se sentait un peu seule, mais libre. Libre d’écrire ce qu’elle voulait, maintenant… Mais, elle n’avait rien écrit, elle avait la tête comme un moulin à café. Ses lecteurs, d’ailleurs lui avaient envoyé des milliers de lettres pour déplorer la mort de ce si fantastique agent secret. Certaines même étaient très virulentes… Peut-être que les trompettes de la renommée risquaient de se taire à tout jamais pour elle… Alors, quand elle entendit la voix de John dans ce restaurant, elle fut effrayée et surprise dans un premier temps, mais ensuite, elle se leva et partit. Elle savait ce qui lui restait à faire.
Fabienne

 

Après une dure journée  enfermée au bureau, Romane avait besoin de se dégourdir les jambes et de chasser ses idées moroses. Voilà déjà plus d’une heure qu’elle déambulait dans les ruelles de son quartier parisien, s’attardant parfois sur la vitrine d’une boutique, suivant du regard un chien vagabond. C’était l’hiver et les lueurs des réverbères trouaient déjà une nuit noire. Son attention fut soudain  attirée par le chant douloureux d’un violon. Les notes grêles semblaient venir d’une rue avoisinante. Intriguée, elle s’approcha. Elle était presque arrivée au niveau du violoniste quand la voix qu’elle entendit derrière elle  lui glaça le sang.  C’était une voix à la fois faible et rocailleuse entrecoupée d’une respiration haletante, puis, soudain un long gémissement la fit se retourner d’un bloc. Elle eut juste le temps de tendre les bras  pour amortir la chute d’un homme âgé qu’elle ne reconnut pas de prime abord. Pris d’un profond malaise, il s’était quasiment effondré à ses pieds. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir  qu’il s’agissait de Monsieur Paul, le concierge de l’immeuble où elle travaillait depuis six ans déjà. Effarée, elle tata son pouls. Le cœur battait mais comme au ralenti.  Elle tapota ses joues blêmes sans résultat. Alors, sans plus réfléchir elle s’empara de la casserole pleine d’eau destinée au chien du violoniste et en aspergea la tête du malheureux concierge. Le choc de l’eau froide sur son visage  le ranima. Peu à peu  il entrouvrit un œil et sembla reconnaître Romane. Tout tremblant il marmonna :   merci, grand merci ! Il reprenait des couleurs et après avoir respiré profondément, il put s’asseoir sur le bord du trottoir puis, parvint à se lever.
« Comme d’habitude, j’ai encore du oublier mes pilules pour le cœur. Un jour ça finira par m’être fatal ! Pourtant je le sais, mais il n’y a rien à faire, j’oublie toujours !  Avec le temps, ma mémoire fout le camp, mon médecin m’a bien mis en garde mais comme on dit il est plus facile de conseiller que de faire ! Romane, soulagée de constater  qu’il allait mieux, décida de raccompagner le vieil homme jusqu’à son domicile et  c’est donc ensemble qu’ils partirent tous deux, leurs pas lents résonnant  sur la chaussée humide.Cette mésaventure connut donc une fin heureuse car désormais ils n’étaient plus l’un pour l’autre des inconnus et Romane pris l’habitude de passer souvent le saluer à la sortie du bureau.
Patricia

Exercice : Ecrire une histoire sur cette oeuvre de Cyril Rolando, peintre numérique surréaliste

Cyril Rolando-arbre fantasy

 

Sur l’arbre d’amour fleurissaient toutes les lettres d’amour envoyées dans le monde entier. Mary en était la gardienne. Elle l’avait planté, il y avait une éternité, alors que ce n’était encore qu’une jeune pousse. Et l’arbre avait grandi. Son tronc était devenu large et épais, ses branches fortes et vigoureuses. Les lettres d’amour s’amoncelaient par milliers et faisaient de l’ombre à tout le peuple des lutins.
Et puis un jour, une lettre s’était détachée, emportée par un vent de colère… Puis une autre et une autre encore… Le tronc s’était vrillé. Alors Mary s’était inquiétée. Cela voulait dire les hommes ne s’aimaient plus, que la haine et l’intolérance dominaient. Et le jour où la dernière lettre tomberait, cela signifierait qu’il n’y aurait plus assez d’amour pour sauver le monde et ce serait la fin.
Fabienne

Il était 18 heures, l’obscurité comme un voile léger et paisible, gagnait peu à peu la campagne. L’arbre au vers tendres avait encore accompli sa mission. Mieux il travaillait et plus ses ramifications s’étendaient, s’étendaient…
C’était à présent un arbre majestueux dont les rimes aériennes voletaient de branches en branches. Tout au long de la journée, seuls les moineaux indiscrets pouvaient se délecter des doux messages mais à la tombée du jour, tous pépiaient de concert pour annoncer solennellement qu’il allait être l’heure tant attendue.
Ils arrivaient alors  par familles, les plus grands aidant les plus petits en leur lisant méthodiquement le contenu de leur message personnel en prenant soin de bien articuler. Ils étaient si nombreux et pourtant chacun repartait avec son précieux butin, s’imprégnant lentement des paroles symboliques délivrées par l’arbre magique. Dans leurs mains fébriles, tous tenaient avec précaution  la poésie du jour, ce sésame  qui les guiderait jusqu’au prochain crépuscule.
Patricia

Exercice : Qu’est-ce que j’ai pu faire hier soir ? (chanson de Joe Dassin)

drunk_10

Mais qu’est-ce que j’ai pu faire hier soir
Aucun souvenir, un grand trou de mémoire.
J’ai peut-être abusé du vin blanc
Et c’est le grand néant.

J’espère que je n’ai pas dansé
Déshabillée sur les tables d’un café
Ni roulé des patins
A tout le personnel masculin.

Mais qu’est-ce que j’ai pu faire hier soir ?
Aucun souvenir, un grand trou de mémoire.
J’ai vraiment mal à la tête
C’est ça les lendemains de fête.

Je n’ose pas regarder dans mon lit,
Il y a peut-être un corps qui git,
Quelle horreur de ne pas se souvenir
Comment une soirée a pu finir.

Et là, j’entends une petite voix qui dit,
Mamy, tu as ronflé toute la nuit
Et moi, j’ai fait pipi au lit !

Puis j’ai dessiné
dans les escaliers
Et j’ai mis Médor dans le frigo
Pour qu’il ait moins chaud.

Aucun excès, aucune turpitude
Je suis restée chez moi… Comme d’habitude
Ouf ! je ne suis pas sortie, je suis rassurée
Même si je suis de corvée…
Je ne boirai plus, c’est promis, juré !
Fabienne

Qu’est-ce que j’ai pu faire hier soir ?
Dans ma tête y’a comme un trou noir…
J’ai retrouvé dans mon salon
D’un inconnu le pantalon…
Des chaussures non identifiées
Dépareillaient mon canapé.
Des verres vides trônaient  sur le bar
Où les liquides se faisaient rares.
Des cacahouètes jonchaient le sol.
Là, j’ai senti comme un bémol…
Mais dans mes yeux comme un brouillard,
Puis, ce mec chauve, à l’air hilare>
Qui, guilleret, se paye ma poire.
Mais, bordel !
Qu’est-ce que j’ai bien pu faire hier soir ?
Patricia

22 août, 2017

Atelier d’écriture du lundi 21 août 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:24

DEVOIR : Inventez une origine à l’expression :

oreilles

- Nicolas ! Je t’ai dit cent fois de ne pas dire de gros mots. Souviens-toi de ce que papa t’a dit l’autre jour : à la prochaine grossièreté tu seras puni de TV  pendant une semaine !
- Heu ! Mais… papa n’est pas là… si je te promets d’être sage, tu n’es pas obligée de le lui dire…
-Même si je ne lui dis rien, il finira par en être informé. Tu sais bien que les murs ont des oreilles ici…
«  les murs ont des oreilles ! »…Nicolas stupéfait examine attentivement les murs de sa maison : pas la moindre oreille ne dépasse des murs ni même le simple dessin d’une oreille ? Je ne vois pas d’oreille maman…
- Bien sûr que tu ne vois rien, gros béta ! C’est seulement une façon de parler qui veut dire que des paroles  prononcées sans témoin pourraient quand même être rapportées.
- Ah bon ! Quelle drôle d’expression ! Qui a pu avoir une idée pareille ?
- Bon ! Assieds-toi Nicolas ! Je vais te raconter l’histoire tragique qui est à l’origine de cette expression :

«   Autrefois, dans la principauté de Cataya, au sud de l’Espagne, vivait un comte très austère et très sévère du nom de Don Miguel de la Carrerra. Son seul point faible était  un amour éperdu pour la belle et douce Dona  Isabella, son épouse.  Il advint qu’un jour, pour se venger d’un affront public,  son ennemi juré, le comte Francisco de la Sierra, décida  d’enlever  Dona Isabella  et de l’enfermer dans la plus haute tour de son donjon. Pour arriver à ses fins, il envoya cinq  chevaliers à sa solde, déguisés en simples marchands, pour enquêter au château ; ils devaient se renseigner sur les moindres faits et gestes  de la fragile épouse et préparer au plus vite le rapt de Dona Isabella. Hélas  pour eux, tout ne se passa pas comme prévu… le complot fut déjoué, les ravisseurs furent capturés et finirent leurs jours  dans la pire des geôles du château après avoir été durement torturés : entre autres, on leur avait coupé les deux oreilles, symboles de leur activité d’espion !
Souhaitant que cette histoire fâcheuse serve d’exemple, le comte fit élever un muret juste avant le pont levis. Les dix oreilles des coupables  furent mêlées à la chaux vive recouvrant  ce mur de la honte où étaient gravé les noms des cinq coupables. L’effroyable vengeance fut colportée de château en château et de villages en villages. Depuis lors,  quand on craint une indiscrétion,  l’usage  est de dire que les murs ont des oreilles ».

Voilà ! A présent tu connais la signification et l’origine de cette expression.  Alors, attention à toi ! Et plus de gros mots, compris ?
Patricia

En l’an de grâce 1432, Ivan le Fourbe régnait sur le royaume de Sylvanie. Ses sujets ne l’aimaient guère car c’était un homme cruel, prêt à tout pour arriver à ses fins. Il avait d’ailleurs fait assassiner son père, un homme bon et sage, afin de lui ravir le trône. C’est pour cette raison qu’il se voyait des ennemis partout et ne faisait confiance à personne. Il avait donc recruté une armée d’espions qu’il payait grassement. Ils étaient chargés de tendre l’oreille afin d’écouter tout ce que les courtisans disaient du roi et ainsi, de déjouer toute tentative de coup d’état, voire de meurtre. Le chef de cette armée secrète devait lui faire un rapport tous les soirs. Mais Ivan, qui était très méfiant, n’eut bientôt plus confiance. Alors, il engagea d’autres espions pour surveiller les premiers. Mais il avait toujours le sentiment qu’on lui cachait quelque chose, il se méfiait de tout et de tous.

Un de ses sbires, espérant une récompense à la hauteur de sa « loyauté », vint lui raconter que les espions, retournés par le parti adverse, projetaient de l’assassiner. Alors, il entra dans une très grande colère et vit rouge. Il voulut frapper un grand coup et asseoir définitivement son autorité. Il fit couper les oreilles de tous ses espions, y compris celui qui avait dénoncé les autres. Ensuite, il demanda à ses gardes de clouer ces oreilles encore toutes sanguinolentes sur le mur de la grand salle. Le lendemain matin, il s’assit sur son trône et fit entrer tous les courtisans qui furent horrifiés du spectacle.
Le roi leur dit : « sachez désormais que tout ce que vous direz de moi, je le saurai, car ici, les murs ont des oreilles ! ».
Ivan ne savait pas que ce n’est ni la peur ni l’argent qui rend les gens fidèles, mais uniquement l’amour et le seul souvenir qu’il ait laissé est cette expression.
Fabienne


Exercice
 : Métier insolite = Chasseur d’idées noires

idees

Il était chasseur d’idées noires, mercenaire au service du bonheur. Il avait sur lui, toute une panoplie d’armes. Des armes les plus légères, comme l’écoute, un sourire, l’espoir à d’autres un peu plus conséquentes comme accepter ce qu’on ne peut changer, profiter du moment présent ou, tout simplement boire un coup…  aux armes lourdes, comme l’amitié et le rire. Toutefois, son arme suprême était l’amour, mais elle était à double tranchant et il ne s’en servait qu’avec parcimonie.
Ce soir-là, en patrouillant dans son quartier, il vit bien qu’Armand ne répondait que du bout des lèvres à son salut. Alors, il s’assit à côté de lui, sur les vieux escaliers de sa maison, encore chauds du soleil de l’après-midi qui se couchait et offrait une palette de couleurs allant de l’or le plus chaud au bleu le plus profond, en passant par de petits nuages roses, tels de la barbe à papa coiffant le sommet de la colline.
-       Tu as vu, Armand, comme le jour qui finit est beau ?
-       Oui…
-       Tu as vu, toutes ces belles couleurs ?
-       Oui…
-       Mais je vois, sur ta tête des nuages noirs, qu’est-ce qui t’arrive ?
-       Rien… enfin, j’ai pas le moral…
-       Alors, dis-moi pourquoi.
-       Anne-Lise m’a quitté.
-       Ce n’est pas toi qui disait, il y a peu que tu voulais rompre ?
-       Si… Mais là, c’est elle qui est partie.
-       Et alors, tu devrais être heureux… Regarde le spectacle du coucher du soleil, puis nous boirons un coup ensemble et j’appellerai des amis pour faire une fête, tu verras, il n’y a rien de tel… Et qui sait de quoi demain sera fait !
Armand le regarda et lui sourit. Cette bataille avait été facile à gagner, mais il savait que ce n’était pas toujours le cas.
Fabienne

 

A  six heures tapantes, Johan, fusil sur l’épaule et gibecière en travers sur une chemise camouflage, était parti à la chasse. Son chien, Pilou, trottinait à ses côtés, prêt à poursuivre les malheureuses victimes. Ils avaient marché d’un bon pas mais le gibier se faisait rare et les quelques coups de feu trouant la quiétude d’une matinée de plus en plus ensoleillée n’avaient pas eu l’effet escompté. A midi, Johan s’assit sur une pierre plate et profita de la beauté et de la sérénité du paysage alentour. Son déjeuner de saucisson, de fromage frais et de pain de campagne lui parut un festin qu’il accompagna d’une bonne bolée de cidre brut. Comme il reprenait la route, prêt cette fois à en découdre avec le premier lapin ou volatile qu’il croiserait sur sa route,  il aperçut son ami d’enfance Paul dit « Petit Paul » depuis la maternelle. Ce dernier avait l’air sombre.  Sourcils froncés, visage fermé, il avançait sans porter attention à ce qui  l‘entourait, concentré à n’en pas douter sur de tristes pensées. Arrivé devant Johan, il sursauta car, plongé dans son monde intérieur, il n’avait pas vu son ami. Johan le connaissait si bien qu’en un rien de temps il avait pris la mesure du poids pesant sur les épaules de petit Paul. Sans détour, il interrogea son ami le laissant parler encore et encore jusqu’à ce que ce dernier,  plus léger, ébauche enfin un sourire. Le soleil déjà se courbait à l’horizon et il était l’heure de rentrer.
Pas de bécasse, de lièvre ou de perdreau dans sa gibecière vide mais tout compte fait, la chasse avait été bonne et sans contestation possible il s’attribua le titre honorifique  de « chasseur d’idées noires ».
Patricia

Exercice : 5 fruits et légumes par jour !!!!

fruits

Ecrire un texte avec le plus d’expressions possible contenant des fruits ou des légumes

Clémentine avait un teint de pêche, des lèvres de groseille un corps de biche. A elle seule, elle incarnait tous les fruits de la passion. Le problème, c’est qu’elle avait un cœur d’artichaut, offrant une feuille à chacun de ses multiples prétendants, amèrs d’avoir été pris pour des poires. Sacré manioc la poulette ! Pas facile d’être  un de ses petits choux ! Il y en eut un cependant, qui osa ramener sa fraise. Celui-là, un dur à cuire, n’avait pas du sang de navet. Il la prit durement à partie et pour la vexer la traita de grosse patate. De surprise, elle faillit tomber dans les pommes ou dans les choux, comme vous voudrez.  Lui n’avait plus rien à perdre, il savait que les carottes étaient cuites mais il pensa que ce n’était pas la fin des haricots et que pour une telle courge il ne dépenserait plus un radis. Désormais, il garderait son oseille pour lui, ça lui permettrait de mettre du beurre dans ses épinards et d’économiser pour acheter la voiture qu’il convoitait depuis si longtemps,  passant enfin de la citrouille au carrosse.

J’avais la pêche quand je suis allée au rendez-vous. Mais ça faisait plus d’une heure que je faisais le poireau, en plein soleil. J’ai failli tomber dans le pommes quand je le vis ramener sa fraise, avec la banane, en plus.. Bref, il se fendait la poire. Je n’avais pas tout de suite reconnu ses oreilles en feuille de chou car il avait mis un chapeau melon. Il ne s’est même pas excusé et quand il a vu que j’étais en colère, rouge comme une tomate, il a voulu calmer le jeu et a proposé :

- Mon pote Gégé m’a dit qu’il fallait absolument qu’on aille au cinéma voir « Les carottes sont cuites ». Il parait que c’est un super polar.
Finalement, le film était un vrai navet. Je lui ai dit :
-       Gégé t’a raconté des salades ou alors, il a le QI d’un pois chiche.
Pour rentrer, je voulais prendre un taxi, mais il m’a dit qu’il n’avait plus un radis. Alors là, c’était la cerise sur le gâteau, la fin des haricots. Sûr que j’avais un cœur d’artichaut, mais avec ce mec, vraiment, j’en avais gros sur la patate. Il n’allait plus trop longtemps me courir sur le haricot !
Fabienne

8 août, 2017

Atelier d’écriture du lundi 7 août 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:44

DEVOIR : 5 mots
Nœud papillon, zut, béatitude, fantaisie, cheval avec le 1er mot dans la première et la dernière phrase.

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Il portait un nœud papillon autour de son cou nu. C’était un nœud papillon peu courant, je n’en avais jamais vu de pareil : coloré, avec du rouge, du rose profond et du jaune doré, de forme inhabituelle aussi, déstructurée. Son torse était nu. Il portait juste un jean ajusté sur un corps parfait et il était pieds nus. Il me fascina aussitôt.
Sa tenue serait probablement passée inaperçue à Saint-Tropez, Ibiza ou Saint Barth où toutes les fantaisies sont permises, voire recherchées. Mais on était à Paris, à la terrasse d’un de ces fameux bateaux restaurants amarrés sur les bords de Seine. La Dame de Canton était un lieu huppé, fréquenté par une clientèle d’hommes qui possédaient un yacht à Cannes, un chalet à Megève, un cheval à Longchamps et un mannequin russe à leur bras.
Je n’étais ni russe ni mannequin mais j’avais du chien et l’homme qui m’accompagnait était fort riche et fort ennuyeux (et fort laid aussi…). Il me saoûlait de mots comme stock options, investissements à long terme, profits et évasion fiscale, tout en se gavant d’une nourriture roborative qui allait encore ajouter un pli à sa bedaine et faire sauter un bouton de sa chemise Pierre Cardin…
Alors vous pensez bien que je l’ai tout de suite repéré, ce bel olibrius au nœud pap qui détonnait parmi les cols blancs et je l’ai trouvé épatant ! J’imaginais une vie d’aventurier, une nationalité italienne, un prénom : Renato…Je voulais savoir pourquoi il était accoutré de façon si peu conventionnelle. Et je rêvais, un air de béatitude sans doute au visage puisque mon compagnon, l’attribuant à mon intérêt pour sa conversation et à mon désir pour lui voulut m’entraîner in petto à l’hôtel pour une sieste…
Zut ! Me dis-je. Comment lui échapper ?
Pendant qu’il allait régler l’addition à la caisse je me précipitai à la table de Renato, m’accrochai à son bras et le tirai violemment :
–      Sauvez-moi ! Vite, sortons, cet homme veut m’emmener chez lui de force… Il va me violer, au secours !
Il fut bien obligé de me suivre…
Notre relation commença comme ça. Renato s’appelait Robert et il était auvergnat, mais qu’importe ! Il avait un regard bovin, je le trouvais « doux ». Il faisait des plaisanteries grasses auxquelles il riait comme un gosse, j’y voyais de la «  fraîcheur». Il n’était ni cultivé ni ambitieux, je le trouvais « reposant ». Il parlait par onomatopées, j’aimais sa « simplicité ». Il faisait l’amour à la hussarde, je le trouvais « viril ».
Je ne sus jamais pourquoi il était quasiment nu le jour de notre rencontre. Il s’habilla mais conserva ce nœud pap autour de son cou nu, dont il faisait son identité en quelque sorte.
Et puis un jour, au bout d’un petit mois, à la suite d’une banale dispute autour du réchauffement climatique auquel il ne comprenait rien, j’ouvris les yeux :
Son regard bovin, je le vis vide, ses plaisanteries je les trouvai soudain idiotes, son inculture me devint insupportable, ses onomatopées me donnèrent des envies de meurtre. Quant à sa façon de faire l’amour comme un lapin !!…
Je vis rouge et il fit les frais du réchauffement de la planète :
–      Oui, la banquise fond, ne t’en déplaise et le jour où les cons vont fondre aussi, il y aura de l’eau dans tes godasses !
Il me regardait de son air hébété. Je le plantai là en lui lançant :
–      Heureusement que ton putain de nœud papillon surnagera : on saura que cette flaque c’était toi !
Huguette

 

thomas-pesquet

Le corps en apesanteur, l’esprit joyeux, il triture son nœud papillon tout en comptant les heures qui le séparent de ces retrouvailles. Retrouvailles, retrouvailles… Le terme est un peu ambitieux pour une conversation par écran interposé. Cela ne vaut une franche accolade. Mais qu’importe ! La seule idée de voir quelques instants la moustache touffue de son père, le sourire réconfortant de sa mère et les charmantes fossettes de sa fiancée réjouit Thomas Pesquet. Un sentiment de félicité, de béatitude s’empare de l’astronaute à bord de la station spatiale internationale.
Aujourd’hui, c’est jour de fête. Il célèbre ses 39 ans. Sans sa famille, certes. Mais sur son écran d’ordinateur, il espère bien les apercevoir attablés dans le jardin de la maison de campagne à Rouen. Il pourra abreuver son père de ses dernières expéditions, s’enquérir de la santé de ses proches avec sa mère. Et susurrer quelques paroles coquines à l’oreille de sa future épouse.
Aujourd’hui, l’ordinaire n’a pas de raison d’être. Alors que ses jambes flottent, dans un superbe pied de nez à la gravité terrestre, l’astronaute, en costume de fête, se hisse jusqu’au petit recoin qui fait office de cuisine. Pour le déjeuner, le très usuel bœuf aux carottes cède place à un foie gras poêlé confectionné par Alain Ducasse. Une fantaisie sans doute, mais il en faut. Car, les distractions sont rares à bord de la station.
Thomas Pesquet ne détache pas le regard de sa montre jusqu’à ce qu’une faible sonnerie ne retentisse. A cheval sur l’heure, il se précipite sur son ordinateur. Alors que quelques paramétrages techniques l’éloignent encore de ses proches, c’est le trou noir. Pas de visages familiers, ni de rires. L’écran demeure noir. Tristement noir. Désespérément noir ! Thomas est déçu. Abattu. Dans un geste las, ses mains desserrent son nœud papillon.
Sophie

contactsenior_com

Benjamin était si fébrile qu’il n’arrivait même pas à nouer son nœud papillon. Il l’arracha d’un geste rageur.
-       Et puis zut !!!! se dit-il
Le problème, c’est qu’il avait rendez-vous avec une dame qu’il ne connaissait pas et le nœud à pois jaunes était son signe de reconnaissance.
Décidément, il trouvait toute cette histoire complètement ridicule et surtout plus de son âge. Ce n’est pas qu’il se sentait si vieux que ça, mais juste un peu dépassé. Il venait de fêter, seul, ses soixante ans, ses fils n’avaient pas pu venir, ou ils avaient oublié.
Quand Béatrice, sa femme, lui avait annoncé son intention de divorcer, il n’y avait pas cru au début. Puis, il avait bien fallu qu’il se rende à l’évidence. Elle lui avait avoué qu’elle était amoureuse de Paul, le mari d’Angélique. Paul et Angélique, leurs meilleurs amis. Trente ans de mariage pour en arriver là… une situation de théâtre de boulevard, et pourtant si banale dans la vraie vie. Il se demandait toujours ce qu’il avait fait… ou pas… quatre ans déjà. Mais ses deux fils trouvaient qu’il était bien trop seul, alors ils l’avaient persuadé de s’inscrire sur un site de rencontre pour seniors. Mais maintenant, il trouvait que c’était idiot. Le problème, c’est qu’il ne savait pas trop s’il voulait rencontrer quelqu’un ou pas. Il s’était habitué à cette vie de célibataire, sans horaire, sans contrainte, sans fantaisie, certes, mais aussi sans mauvaise surprise. Une vie centrée sur lui-même, ses envies, ses plaisirs… C’était… inhabituel et assez plaisant, après avoir passé trente ans à travailler comme un acharné pour que sa famille ne manque de rien. Soudain, il se rendit compte que c’était justement pour ça que sa femme l’avait quitté. Bon, il fallait arrêter de ressasser tout ça. Il ne pouvait pas changer le passé. Il devait se ressaisir et aller de l’avant. Et puis, cette femme avec qui il avait rendez-vous lui conviendrait peut-être. Lui-même n’était plus le Prince Charmant qui enlève sa belle sur son cheval blanc. Non, il ne s’attendait pas à une vie de béatitude, mais il pouvait encore avoir des petits bonheurs simples. Une vie de « Sérénité », c’était justement son pseudonyme à la dame en question et ça lui avait plu. Son humour aussi quand ils avaient chatté toute une nuit. Plein d’espoir malgré tout, il remit son nœud papillon.
Fabienne

pap

Une sage folie 

Gontran de Foncombe, particule et fin de race assumée, arborait quotidiennement un  nœud-papillon du plus bel effet dont les couleurs chatoyantes variaient au gré de ses humeurs. Cette fantaisie, débridée, aux dires de sa parentèle, le distinguait nettement de ses frères et sœurs que l’on pouvait, sans exagération excessive, qualifier de très collé-montés.
Outre  cette incongruité vestimentaire, Gontran ne passait jamais inaperçu. Pour lui, rien de plus délectable que de proférer quelques énormités en cours de conversation, conversation qu’il menait, par ailleurs avec brio. La stupéfaction et le trouble qui fatalement s’en suivait le plongeaient toujours dans un bonheur ineffable, proche de la béatitude.  Ses parents, très à cheval sur leurs principes, vivaient avec difficulté ces originalités dont ils ignoraient les fondements et l’intérêt. Par quels chemins détournés leurs ADN conjugués avaient-ils pu mener à la conception d’un tel énergumène ? C’était vrai tout de même… après tout, zut ! Crotte et flute ! Quelle poisse ! Pourquoi cette affligeante malédiction, ce bouton purulent polluant une famille si conforme à son milieu, si distinguée, si parfaite, en somme ?
Cette énigme les poursuivrait jusqu’à la tombe car comment expliquer l’inexplicable ?
Pour sa part, Gontran, imperméable à ses vains tourments, jouissait subtilement d’une existence dont il prenait soin d’emplir chaque jour d’un quota élevé de petites surprises et de bonheurs accessibles, sagesse d’une folie contenue dont il avait maintes fois apprécié l’efficacité.
Aujourd’hui était un autre jour et fidèle à lui-même, il s’apprêtait à savourer ce nouveau dimanche, page blanche qu’il saurait colorier de menus plaisirs.  Déjà impatient, il contrôla sa tenue dans l’immense miroir de sa confortable petite suite. Selon la pioche, il enfourcherait ou non son fidèle destrier, une pétaradante et rutilante moto. Le cœur frémissant et les yeux clos, il plongea sa main dans un des tiroirs débordants de sa garde-robe. Le hasard lui attribua un nœud-papillon d’un rouge éclatant, signe pour lui évident que ce dimanche aurait un goût fraises…
Patricia


Exercice
: Ecrire une histoire à partir de ces 2 photos de Bertrand Pouget

maison                chiens

J’habite dans le 9-3. Non ! Pas la banlieue parisienne…. Dans le pavillon 9-3, Rue de l’Ecole Buissonnière, une charmante petite maison qui me sert aussi de clinique. Mon nom, c’est Médor… Docteur Médor, plus exactement, car je suis dentiste pour chiens. Et croyez-moi, ce n’est pas une sinécure. Certes mes clients ont peu de caries, en revanche, ils se coincent tout un tas de choses dans les dents. Tenez, pas plus tard qu’hier, j’ai été obligé d’intervenir pour sauver Lizzy, une flamboyante beauceronne, de l’étouffement. Elle s’était coincé un os en travers de la gorge. Une opération longue et difficile. Il s’en est fallu de peu… La belle me voue désormais une éternelle reconnaissance. Comme vous voyez mon métier n’a pas que des inconvénients…
Fabienne


Exercice
 : Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
Laquelle devait-il croire ? 

oreilles

Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait oui, l’autre entendait non. Quand l’une entendait beau, l’autre entendait moche. Laquelle devait-il croire ?
Dans un premier temps, pensant s’éviter bien des désagréments, il prit l’option de n’écouter que l’oreille dont les propos auraient une portée positive. L’avenir devait lui enseigner que le bon droit n’engendre pas toujours l’approbation et que trop de gentillesse est parfois source de moqueries. Quand il en eut assez d’être pris pour un benêt, il décida de n’écouter dorénavant que sa seconde  oreille. Hélas ! Les retombées de ce choix s’avérèrent aussi désastreuses que le précédent. Il eut alors l’idée surprenante d’écouter un jour l’oreille gauche, le lendemain la droite et ainsi de suite. Cette expérience, par trop chaotique, ne fut pas plus convaincante. Désespéré, il fut contraint de faire la sourde oreille et plus jamais, jamais, il n’écouta ces traitres pavillons qui lui avaient pourri l’existence. Désormais, il n’écouterait plus que son cœur dont les doux et réguliers battements rythmeraient sa pensée.
Patricia

Depuis ce matin, Petit Pierre se rendait bien compte que quelque chose n’allait pas. Mais il ne savait pas quoi. Il était en classe, assis à son bureau, Lorraine à sa droite et Audrey à sa gauche. Or, depuis le début de la matinée, Lorraine lui susurrait des mots gentils, elle l’aidait même à répondre à l’institutrice quand il ne savait pas. C’était vraiment inhabituel. En général, Lorraine se moquait vraiment de son ignorance. De l’autre côté, Audrey n’arrêtait pas de l’enguirlander, elle lui reprochait tout et n’importe quoi. Alors qu’en principe, Audrey était son amie. Ils s’entendaient si bien ensemble… Mais il est vrai qu’habituellement, Audrey était à droite et Lorraine à gauche… Il s’interrogea toute la journée. Le soir, il se mit entre papa, à sa droite, et maman à sa gauche, contrairement aux autres soirs… Alors que maman lui disait toujours des choses agréables, s’intéressait à ses histoires, l’encourageait, ce soir-là, elle ne fit que le remettre vertement à sa place et lui dire de se taire… Papa, au contraire, était tout ouïe… Il lui raconta même une très belle histoire pour l’endormir. Mais Petit Pierre, dans son lit, eut du mal à trouver le sommeil. Soudain, il comprit… Il comprit que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
Que devait-il faire ? Le sommeil eut toutefois raison de lui. Le matin, il se réveilla tout souriant, il avait trouvé la solution. Petit Pierre était un enfant gentil et bien élevé. Il détestait qu’on le gronde ou qu’on dise des choses méchantes. Alors il décida de mettre une boule Quiès dans son oreille gauche et de la faire taire à jamais…
Fabienne

Textes en vrac

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:55

CAFAT

Lettre de réclamation à la CAFAT
Inclure au moins 3 mots parmi ces 6 : abluer, favéolé, karature, paillolles, un tailladin, zinzolin

 Chère Madame la Cafat,

J’ai eu il y a quelques mois un zinzolin extrêmement douloureux (et mal placé) qui m’a obligé à quitter mon travail pendant 35 jours.
Comme j’étais complètement favéolé, mon patron  a voulu en profiter pour me virer.
Heureusement j’avais quelques paillolles dans la place (oui, je puis me flatter d’être très populaire auprès de ces dames) et elles m’ont soutenu en signant une pétition en faveur de mon maintien dans le poste, pétition que je vous livre ici en PJ.
Ma demande est simple : je vous prie de remettre ce tailladin à sa place et de m’abluer mes indemnités afin que je puisse continuer à vivre décemment et à honorer comme il se doit toutes celles envers qui j’ai de grandes responsabilités, vous me comprenez, n’est-ce pas ?
Veuillez agréer, Madame la Cafat, mes karatures distinguées
Ernest Gourmet

PS : si vous êtes libre samedi en 8, je me ferai un plaisir de vous témoigner ma reconnaissance…
Huguette

Exercice : un instantané de l’atelier du 3 juillet 2017

8p

Trois bouteilles de vin sur la table, une de chaque couleur.
Georges se fâche, ou fait semblant, en prenant une voix de stentor.
Une boîte vide, ayant contenu le sandwich de Loup,  au salami je crois.
Six personnes, dont deux femmes, qui grattent frénétiquement sur leur feuille de papier blanc pour répondre à un exercice d’écriture.
Le ricanement de Bertrand et les réprimandes de Diego.
Des pas au plafond…
Un ventilateur arrêté et tourné dos à nous, doublement inutile.
Moi qui pioche sans arrêt dans l’assiette de bananes séchées.
Loup, le nez sur sa feuille, concentré.
Un rideau noir et des chaises rouges.
Et encore Loup qui déambule dans la pièce pour faire son devoir avec sérieux.
Diego nous enjoint d’écrire sérieusement, mais lui-même boit du rouge, alors…
Claire, les yeux au ciel…
Bertrand fait des grimaces.
C’est un atelier ordinaire, un lundi soir à la maison Célières, sous des néons aveuglants.
Huguette

Sandwich :

Nous avions combien ? Dans les 32, 33 ans à nous deux. Et nous étions amoureux comme on peut l’être quand on n’est plus des enfants et pas encore des adultes…
Merci à toi, l’amie de Jérôme Bosch, qui fut si souvent clouée, par superstition, sur la porte des granges, et à qui je dois ce souvenir ému d’une jeunesse enfuie.

Nous avions combien ? Dans les 32, 33 ans à nous deux. Et nous étions amoureux comme on peut l’être quand on n’est plus des enfants et pas encore des adultes.
Pour preuve de notre amour réciproque nous portions chacun la même petite chouette en pendentif, Béa au poignet et moi en porte-clés. C’est elle qui avait choisi cet emblème de sagesse et de beauté.

chouette

Nous étions dans la même classe, en première au lycée Bristol de Cannes. Béatrice avait un an d’avance et moi un an de retard. Je me sentais stupide en classe face à elle, mon  bbbb comme je l’appelais : Béa, brillante, bûcheuse et belle.
Mais pour le reste, c’était un bébé et moi déjà un homme, du moins je le croyais parce que je l’avais déjà fait, comme on disait à l’époque, et avec une vieille, en plus, une amie de ma mère qui m’avait dépucelé, trop brièvement d’ailleurs, pendant un week-end qu’elle avait passé avec nous au chalet. Ainsi je me croyais initié à l’amour, pauvre béotien que j’étais ! Et bien sûr j’insistais pour faire profiter de mon « expérience » ma Béatrice qui, elle, était toute neuve et candide.
Ce que je ne disais pas, c’est que je pensais surtout à moi : ma libido ayant été éveillée d’un coup, elle me dominait totalement, je bandais en permanence, en cours, dans le bus, à la plage… Je n’en pouvais plus !
Béatrice, qui était sage en plus d’être bbb, refusait de faire l’amour : nos parents n’auraient jamais permis qu’on dorme dans la même chambre, ils hésitaient déjà à nous laisser seuls sous le même toit, nous n’avions pas de voiture, il aurait fallu aller dans les bois ou sur la plage, le soir pour ne pas être vus, mais Béa ne sortait pas le soir…
Je me vantais si souvent d’être un pro de l’acte sexuel que quelques filles moins farouches et plus libres s’offrirent à tenter la chose avec moi. J’avais beau hésiter parce que j’étais amoureux de ma douce, un soir de pleine lune la testostérone fut la plus forte et j’entrainai une Martine de première D dans le sous-bois qui jouxtait le terrain de foot municipal. Je m’aperçus tout de suite qu’elle avait plus d’expérience et moins de retenue que moi : elle avait vite enlevé sa culotte et elle fut contre moi, contre un arbre… elle se frottait sur mon sexe, ce qui me rendait fou.
Comme j’allais tenter maladroitement de la pénétrer, un oiseau nocturne nous frôla de son aile… Un peu déstabilisé, je stoppai mon élan et c’est alors que je la vis : une chouette magnifique, posée dans la fourche d’une branche juste au-dessus de nous. La lueur de la lune faisait luire son pelage très blanc autour de deux yeux ronds qui me fixaient intensément sans ciller.

chouette2

Je repris aussitôt mes esprits : cette chouette, symbole de mon amour pour Béatrice, m’empêcha de commettre ce que j’aurais regretté ensuite. Je m’enfuis en bredouillant quelques excuses, Martine se mit à rire et me fit une réputation de vantard et de couille molle, mais dès le lendemain je fus tout raconter à Béa qui vit dans ce signe du destin la preuve que notre amour vivrait toujours sous la protection de notre déesse Athéna.
Elle n’avait pas tort. Nous sommes mariés depuis 40 ans aujourd’hui et nous nous regardons avec les mêmes yeux éperdus qu’en ce temps-là…
Merci à toi, l’amie de Jérôme Bosch, qui fut si souvent clouée, par superstition, sur la porte des granges, et à qui je dois ce souvenir ému d’une jeunesse enfuie.
Huguette


Sandwich

C’était quand même les samedis soirs que Harper Delano Conway préférait. Enfin ceux où il était seul…
Il frémit, se retourna et se rendormit, la joue sur le côté bleu de son chien Goofy.

drole-de-samedi-soir

C’était quand même les samedis soirs que Harper Delano Conway préférait. Enfin ceux où il était seul.
Au moins il n’était pas obligé de composer, de mettre un masque, de se forcer à parler aux autres, de se forcer à se taire, de se forcer boire, à ne pas boire, à sourire, à paraître intelligent…
Bref, vous l’aurez compris il aimait les samedis soirs où on lui foutait la paix.
Et chez lui, tandis que le feu crépitait et chassait la froidure hiémale, il buvait comme un pompier et fumait comme un trou (ou l’inverse), braillait des chansons paillardes, pissait par la fenêtre sur les passants, et finissait par s’échouer comme un phoque sur son divan défoncé, ventre en l’air et la bave coulant sur son menton, en serrant contre lui son vieux chien en peluche bleu et noir, Goofy…
Or ce samedi là, le 4 juillet 1981, il avait exceptionnellement ramené chez lui une poupée bien roulée du nom de Daisy Hot Chippy, avec l’intention de prendre du bon temps pour fêter l’ »independence day ».
Ils commencèrent par picoler et fumer des joints, et comme à son habitude il perdit les pédales et s’écroula…
En grand champion du ratage intégral, quand elle voulut l’embrasser, il frémit, se retourna et se rendormit, la joue sur le côté bleu de son chien Goofy.
Huguette

2 août, 2017

Bravo à LOUP !!!!

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:44

Bravo à Loup qui a gagné le concours d’orthographe des classes de 4ème avec 19,75/20 !!!! On est tous très fiers de lui !!!

image1

1 août, 2017

Atelier d’écriture du 31 juillet 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:42

DEVOIR : Le conte du pourquoi : écrire sous forme de conte

 Pourquoi le vainqueur du Tour de France porte-t-il un maillot jaune ?

 tour

Il y a fort fort longtemps, Harold, le conseiller du Roi de Brittany, décida d’offrir à son souverain un cadeau d’anniversaire très spécial. Il organisa pour la première fois, une grande épopée chevaleresque. Cette épopée devait amener les plus preux chevaliers tout autour du royaume. Il fit part de son projet au roi qui s’en enthousiasma et décida de participer à la course. Harold était fort habile et savait bien que le roi était le plus valeureux et le plus rapide de tous et gagnerait ainsi cette grande épreuve. Il prépara avec un soin particulier toutes les étapes autour du pays : Londres, Norwich, Ipwich, St-Albans, Great Yarmouth, Colchester, Maldon, York et retour à Londres. Le tout prendrait trois semaines. Il devait prévoir toute la logistique, non seulement pour l’accueil, le gite, le couvert et le repos des participants mais également de tous les badauds que ce spectacle amènerait. Les étapes seraient longues et dures pour éprouver le courage et l’endurance des chevaliers.
Il pensa que cette course serait décidément une très bonne chose non seulement pour le pays mais également pour lui : elle permettrait au roi de se faire connaitre de ses sujets tout autour du royaume, les retombées économiques en seraient importantes, ce qui n’était pas négligeable par ces temps de disette. Elle lui permettrait également d’avoir une plus grande influence sur le roi, qui gagnerait, il en était sûr et il avait prévu une récompense à la hauteur de l’épreuve : il avait fait confectionner en secret par le forgeron d’armes du roi une magnifique cotte de maille en or, sertie d’émeraudes.
Dès que la nouvelle de cette course hors norme fut connue, arrivèrent à Londres les plus valeureux chevaliers britons, saxons, angles, écossais et gallois de tout le royaume. Une grande fête était prévue avant le départ. Jongleurs, musiciens, marchandes de merveilles et d’oublis remplissaient la Grand place où les jeunes, joues rouges et yeux pétillants, dansaient joyeusement caroles et saltarelles. La tension montait, le départ était imminent, on n’attendait plus que son altesse qui arriva en compagnie d’un chevalier richement habillé. Il présenta à la foule son « grand ami », Lothaire, Roi des Francs et déclara que ce dernier participerait à la grande course. Stupéfaction générale ! comment ! Un étranger allait concourir ?
On annonça le départ et tous les participants partirent au grand galop, dans un énorme nuage de poussière. Chaque jour, le Roi des Francs gagnait l’épreuve, suivi de peu par le Roi de Brittanny. Harold était au désespoir… Il ne pouvait se résoudre à la victoire de ce malotru, pas plus qu’il ne voulait lui offrir la précieuse cotte de maille. Alors, la veille de la dernière épreuve, il concocta une potion magique qui se révéla, hélas, sans effet pour son champion, et fit coudre par un drapier une chainse de mauvais drap d’un jaune éclatant.
A l’arrivée, le roi Lothaire fut fort marri d’avoir gagné si peu pour une course où il avait mis toutes ses forces et son courage. C’est ainsi que débuta la querelle entre les Anglais et les Français et non, à cause de Jeanne d’Arc, comme ont voulu le croire les historiens.
De retour chez lui, le roi des Francs trouva finalement que cette grande course était une très bonne idée. Il l’appela le Tour de France. Par dérision pour sa propre victoire, il fit faire un maillot jaune pour le vainqueur.
Elle aurait lieu chaque année au mois de juillet et se terminerait sur les Champs Elysées le 14. C’est ainsi que ce jour devint la fête nationale. Peu à peu, le vélo remplaça le cheval et le Tour de France devint ce qu’on connait de nos jours, potion magique comprise.
Fabienne


Exercice
 : Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de chaussures s’échappaient du présentoir sur lequel elles s’exposaient le jour, pour se dégourdir les semelles.

chaussures

C’était des mocassins d’homme, solides, en cuir noir, qui n’en pouvaient plus de ce quartier du XVIème, si chic, si bien élevé, si lisse… Alors, chaque nuit, ils quittaient leur présentoir pour se dégourdir les semelles et s’aérer les talons. Ce qu’ils aimaient, c’était la vie, la vraie, les quartiers populaires, les petites chaussures pas chères, la bottines éculées…
Une nuit d’été, alors qu’ils arpentaient les rues autour de la place Blanche, ils tombèrent éperdument amoureux d’une paire de chaussures de tango, plus tout à fait neuves, oubliées là, sur le trottoir. Le coup de foudre fut immédiat et réciproque… D’une fenêtre ouverte, un vieil homme se mit à jouer un tango argentin à l’accordéon. Alors, les lacets des mocassins enlacèrent lascivement les brides des chaussures de tango qui rougirent de plaisir. L’accord fut tout de suite parfait. Les deux paires se mirent à avancer, reculer, virevolter au son de la complainte, en totale harmonie. Ces quatre-là étaient vraiment faits pour s’entendre. Ils dansèrent ainsi jusqu’aux premières lueurs de l’aube, bien après que l’accordéon se fût tu. Puis ils durent se quitter, des larmes au bord des œillets… Le camion poubelle passa et emmena la paire de chaussures de tango. Les mocassins regagnèrent leur présentoir et furent soldés le lendemain parce que ça faisait trop longtemps qu’ils étaient en vitrine et que ce n’était pas vraiment le style du quartier. C’est un ancien militaire grincheux qui les acheta pour une misère. Il les enferma à double tour dans un placard et ne les sortit que pour le défilé du 14 juillet. Les mocassins n’eurent plus jamais l’occasion de danser, mais toute leur vie, ils se souvinrent de cette nuit magique, place Blanche.
Fabienne

 

Exercice : ça n’arrive que la nuit…

nuit

 

Un monstre sous le lit,
Ça n’arrive que la nuit,
De drôles de bruits,
Ça n’arrive que la nuit
Un enfant qui crie,
Ça n’arrive que la nuit
Tout ce qui fait peur et rugit
Ça n’arrive que la nuit…

Mais la nuit, c’est aussi le doux secret
De corps moites enlacés,
De mots d’amour murmurés
Dans une alcôve cachée.

Jamais mon cœur n’avouera cet amour
Tant que mes nuits seront plus belles que vos jours.
Fabienne

 

25 juillet, 2017

Atelier d’écriture du 24 juillet 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:10

Devoir : écrire une histoire à partir de cette photo (extrait du film « Les Vieux de la Vieille »).

Les vieux

Les vieux de la vieille

–      Tu vois l’Baptiste, ma vieille elle est par là-bas, mais je sais plus trop où…
–      ça, c’est la picole, ça te bousille les neurones à la vitesse d’un TGV
–      Pour c’qu’on en a à faire, à nos âges, des neurones !
–    T’as ben raison, mon Jean-Marie, les neurones ça sert rien qu’à nous faire mouronner, tandis qu’un bon rouge, ça nous fait voir la vie en arc-en-ciel. La preuve, c’est qu’mon Yvonne, qu’a jamais bu une goutte, mais qui bougonnait après moi à longueur de vie, elle est là-dessous depuis lurette !
–      Et toi, tranquille comme Baptiste maintenant, hé, hé !
–      Comme toi, mon Jean-Marie, comme toi ! T’as apporté la chopine, qu’on trinque au repos éternel de nos payses ?
–      Dans ma besace, oui. T’as t’y un tire-bouchon ?
–      Oh nom de Dieu de nom de Dieu, j’y ai oublié dans ma vareuse de semaine !
–      Ha ha ! C’est un coup de l’Yvonne, ça ! Même après la mort, faut qu’elle te contrôle le cerveau et qu’elle t’emmerde.
–      T’y crois, toi, à ces conneries de vie après la mort ?
–      Ben, oui, et toi aussi t’y crois ! Si on n’y croyait pas, qu’est-ce qu’on foutrait ici, au cimetière, à causer avec nos vieilles ?
–      Picoler sur une tombe, rien que tous les deux, c’est tout de même mieux le dimanche que d’aller voir le curé dans son église ! Et puis, il risque pas de venir nous faire la morale au café, c’est pratique, quoi !
–      Et s’il vient par là, il va croire qu’on se recueille et qu’on les regrette…
–      Tu la regrettes, toi, ton Huguette ?
–      Des fois oui, elle cuisinait bien, quand même… J’ai plus jamais mangé un aussi bon civet de lapin depuis qu’elle est là…
–      Fallait y penser avant !
–      Avant quoi ?
–      Ben avant de la précipiter vers son créateur…
–      Quoi ? Qu’est-ce que tu barjaques ? Tu crois que je l’ai trucidée, mon Huguette ?
–      Il me semble bien qu’elle est tombée dans l’escalier, non ?
–      Elle a raté une marche…
–      Mouais, on a dit ça, mais on ne me la fait pas, elle était pas un peu vermoulue exprès, ta marche ?
–      Bon Dieu de bon Dieu, tu vas te taire ? Est-ce que j’y dis, moi, que l’Yvonne elle avait pas envie de mourir si tôt ? Et que tu l’as un peu hâtée ?
–      Comment qu’tu sais ça, toi ?
–      Ben pardi, l’Yvonne et moi, on se fréquentait de bien près, si tu veux savoir…
–      Pour sûr que je le savais, et ça me plaisait guère ! Mais, bon, j’avais mes compensations…
–      Ben mon cochon ! et avec qui ?
–      Avec ton Huguette, pardi !
–      On est t’y couillons, tout de même ! On les aurait gardées on n’en serait pas à bouffer du pain et du saucisson tous les midis !
Huguette

Alors la vieille ce coup-ci c’est pour de bon, tu vas enfin nous foutre la paix !
Tu parles ! Même au frais elle continue à nous faire chier ! Tu as entendu le notaire, le mois dernier elle a modifié son testament : obligation de rester en indivision et d’occuper les lieux sinon la piaule va direct à une association de j’sais plus trop quoi, un truc pour les animaux… Comment on va faire ? Et nos femmes qui peuvent pas s’piffrer ! Bonjour l’ambiance… Ah ! Elle a bien combiné son bazar la viocque ! Elle s’est bien vengée ! Et tout ça parce qu’on a pas voulu s’encombrer d’elle pendant nos vacances à Paris. Pour une fois qu’on montait à la capitale, on voulait profiter à fond. C’est normal, non ? Comment on aurait fait avec son déambulateur, hein ? En plus, on avait bien fait les choses, on l’avait pas laissée toute seule. Soignée aux p’tits oignons qu’elle était ! Chouchoutée comme pas deux à La Mouette Rieuse, une super pension pour personnes âgées qu’l’Antoine nous avait chaudement recommandée. Sa mère y était restée jusqu’à la fin ; elle n’avait pas essayé d’se sauver, la preuve que c’était bien, non ? Bon ! La vieille avait bien un peu maigri… mais à c’t’âge-là ça mange plus beaucoup ! Et puis, perdre quelques kilos c’était bien pour son cholestérol. Ben, elle a pas apprécié l’séjour : les douches n’étaient pas assez chaudes, les couloirs glacés, le personnel toujours pressé et trop brusque. C’est vrai qu’elle aimait bien prendre son temps, faire les choses à sa manière et oui, au retour, elle avait bien quelques bleus… mais elle avait une mauvaise circulation du sang, alors nous, on pouvait pas être sûrs… mais toute cette histoire seulement pour un tout petit séjour d’un mois, c’est tout de même exagéré, non ?
Tu vois, le problème, c’est qu’on est trop naïfs nous deux. On aurait du se méfier parce qu’à c’âge là, c’est bien connu, les vieux, ils sont rancuniers !…
Patricia

Gustave et Auguste étaient de vieux amis… Très vieux même. Ils se connaissaient depuis la communale ; ils avaient usé ensemble leurs fonds de culottes sur les mêmes bancs d’école, avaient été punis pour les mêmes conneries. Plus tard, ils avaient connu leur premier émoi, avec la même fille. Ils avaient fait leur service militaire ensemble. Ils avaient même fait la guerre dans le même régiment, avaient connu les mêmes horreurs. Mais ils avaient eu de la chance, plus que la plupart des autres jeunes et avaient pu revenir au village. Gustave avait épousé Honorine et Auguste, Faustine, des sœurs jumelles. Ils s’étaient mariés le même jour, avaient habité des maisons voisines. Gustave et Honorine avaient eu un fils, Raphaël et Auguste et Faustine avaient eu une fille, Gabrielle. Les cousins étaient nés à vingt-quatre heures d’intervalle. Gustave était chef de gare et Auguste conduisait la locomotive régionale. Les joies et les peines s’étaient succédés, mais, globalement, ils avaient eu une vie heureuse, très heureuse même. Et puis les enfants avaient dû partir à la ville, continuer leurs études. Au début, ils venaient tous les week-ends, ils amenaient leur linge à laver, ramenaient de bons petits plats mijotés par les mères, inquiètes. Et puis, ils vinrent moins souvent. Puis que deux fois l’an. Et puis, Honorine et Faustine étaient parties la même année, d’une saleté de cancer. Ils en avaient été tous deux inconsolables. Ils prirent leur retraite la même année. Ils commençaient à se sentir vieux. A se dire que bientôt, ils rejoindraient leurs bien-aimées. Oui, mais voilà, le temps était passé. Même les enfants étaient morts, c’était triste. Plus de quarante ans déjà qu’ils vivaient seuls, côte à côte. Aujourd’hui, ils fêteraient leur 104 ans… Alors, ce matin-là, Auguste vint voir Gustave :

-       Tu sais quel âge nous avons ?
-       Oui, nous allons avoir…. Heu… Je ne me souviens plus
-       104 Gustave… Aujourd’hui, nous avons 104 ans.
-       Ah oui… Et alors ?
-       Et alors, c’est vieux, très vieux même. Et nous n’avons jamais été malade. Tu trouves ça normal toi ? Tu sais ce que je pense ? Je crois que la mort nous a oubliés. Alors aujourd’hui, j’ai décidé d’agir…
-       Et que comptes-tu faire ?
-       Nous allons dire son fait à la mort. Et sais-tu où l’on trouve inévitablement la mort ? Non ? Et bien au cimetière. Nous allons dès ce soir, dormir sur notre caveau. Ainsi la mort, à force de nous voir jour et nuit finira par nous prendre.
Ainsi fut fait… Par une froide nuit de février, Auguste et Gustave s’allongèrent sur leur caveau respectifs, côte à côte… Et ils ne se réveillèrent pas… Il ne faut pas trop défier la mort, car elle ne nous oublie jamais vraiment.
Fabienne


Exercice
 : Dans la peau d’une valise

valises

Quand j’étais jeune, j’appartenais à une jeune fille, Réjane, qui me remplissait souvent de choses inutiles, pour partir en week-end chez une copine, ou l’été, en colonie de vacances ; quelquefois, c’était simplement pour dire à ses parents « qu’elle n’en pouvait plus de cette vie et qu’elle préférait partir » lorsqu’ils lui refusaient une sortie. Mais ça, c’était juste des menaces de petite fille gâtée. Ensuite, Réjane avait connu Pierre et c’était avec lui désormais que nous partions en vacances à tout bout de champ. Oh, de toutes petites vacances, ou même un seul jour, mais je les faisais rêver. Ils m’avaient même longtemps laissé trôner sur le fauteuil du salon, pour dire qu’ils étaient toujours prêts à partir.
Plus tard, j’avais aussi servi pour la maternité, à l’arrivée de la petite Magali. Réjane m’avait préparé avec amour, pendant au moins six mois. Et puis, au dernier moment, dans la précipitation, Pierre m’avait finalement oubliée dans un coin de la chambre. Et j’y étais restée longtemps dans ce coin obscur, abandonnée… D’ailleurs, plus personne ne voulait partir. A la maison, l’ambiance était devenue houleuse, ça criait souvent… Magali pleurait, Réjane criait et Pierre se taisait.
Un jour, Réjane a crié plus fort que d’habitude et ce jour-là, Pierre en a eu marre de se taire, alors, il l’a giflée. Elle s’est tu, d’un coup, l’a regardé et puis, sans rien dire, elle est venue vers moi, m’a prise et lui a dit d’un ton las : « va-t-en » !
Fabienne

 valise-souvenir

J’me sens toute chose aujourd’hui ! Je suis lasse et avachie, ma peau est fripée et mon vernis écaillé. C’est tout juste si j’arrive encore à me tenir debout, mais pour ce qui est de m’la faire boucler, ça c’est autre chose ! Pour me la faire fermer, il faut me ceinturer mais c’est vrai qu’avec le temps je me relâche de plus en plus… vous savez, j’en aurais tant à raconter… j’ai vu tellement de choses depuis ma naissance : de rencontres, de chassés croisés, des adieux déchirants. J’ai entendu tant d’histoires, trop d’histoires ! Et tous ces mots : des mots d’amour susurrés au creux de l’oreille, des mots jetés par les fenêtres ou hurlés en courant sans jamais rattraper ces wagons insensibles qui emportent trop loin des cœurs en miettes et couvrent de leurs mécaniques ronrons les larmes dures des amants désunis et les cris des enfants séparés de leur mère.
Mais pour moi, maintenant, les cahots, le froid des soutes, la brutalité des arrivées pressées, tout ça, c’est du passé ! J’avais si bien servi mes propriétaires et pendant si longtemps qu’ils n’ont pas eu le cœur de m’abandonner. A présent, je leur sers de coffre de rangement et j’abrite les vieilles fringues que, par sentimentalité, ils se refusent à jeter. Je conserve aussi  quelques objets et de vieilles photos jaunies. Je suis  une valise à souvenirs et je crois, sans me vanter, qu’ils m’aiment bien. En quelque sorte,  je suis à présent leur mémoire …
Patricia


3/ Exercice
 : Ecrire la suite de ce slam de Grand Corps malade (La nuit)

Ça commence par un moment de flottement quand le soleil recule

coeur

Sonnet de désamour

Ça commence par un moment de flottement quand le soleil recule
Quand l’amour tire sa révérence, fais pas ta tête de mule
La nuit arrive forcément, rien n’saurait l’en empêcher,
Et là, on s’dit souvent : pourquoi, qu’est-ce que j’ai fait ?

Au crépuscule tombant, on médite sur soi-même :
Ne suis-je pas un bon soupirant ? Chérie, sache que je t’aime
On repart en courant chercher une autre pépète.
Dans la boite, on s’dit en louchant : celle-là, elle est parfaite

Puis vient le temps de payer
Les crimes d’amour du passé
Et tous les cœurs qu’on a fêlés

Quand votre amour a trépassé
Vous vous faites oublier
Et maintenant, vient le temps des regrets.
Loup

étang

Ça commence par un moment de flottement
Quand le soleil recule
Mais dans mon cœur béant, c’est comme un pansement,
Ce nouveau crépuscule
Qui étouffe sans bruit les cris des chiens savants
Dont les médias pullulent.
Je préfère mon étang et des roseaux, le chant
Quand le vent les bouscule.
Moi, j’aime mieux le soir qui noie mes noirs tourments
Quand le vieux monde brûle.
Patricia

adultère

Adultère

 Ça commence par un moment de flottement
Quand le soleil recule
Ensuite, un moment d’égarement
Et tout bascule.

 Ta bouche contre ma bouche
En un souffle partagé
Etendus sur la couche
Nus, entrelacés.

Par la fenêtre entrebâillée
L’air de la nuit nous rafraîchit
Quelle extase ma bien-aimée
Tu m’aimes et me le redit.

Et soudain tu cries,
Serait-ce de plaisir ?
Ciel mon mari !
Il faut vite partir…

Tu m’avais dit pourtant
Qu’il était en déplacement !
Fabienne

Atelier d’écriture du 17 juillet 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:55

DEVOIR : Les participants à l’atelier d’écriture sont pris en otage par deux individus masqués qui se réclament du PIED (Pour l’interdiction de l’écriture dirigée).
Vous êtes choisie par les terroristes pour faire une déclaration aux autorités afin de faire libérer vos compagnons d’écriture…
Contrainte : insérez les mots Velcro® et septicémie.

arme

Monsieur le président de la République,

C’est à vous que je m’adresse parce que ma grand-mère disait toujours qu’il valait mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Je ne veux pas discuter avec le chef de la fanfare municipale, le maire, le préfet, le patron de la sûreté, du GIGN ou d’autres sous-fifres. Quand un corps est gangrené par la septicémie on ne le guérit pas en allant chercher le rebouteux… Et on ne pose pas un Velcro® sur un fourreau de Dior qui vient de craquer… J’espère que vous me comprenez, en tout cas moi je me comprends.
Voilà ce qui se passe : nous autres, simples petits écrivaillons du quartier Célières de Nouméa (une ville peu connue de la Présidence, il me semble, mais qui gagnerait à l’être davantage, enfin c’est mon avis et je le partage) sommes pris en otage par le PIED. Entendez-moi bien, on ne nous a pas pris par les pieds, c’est le pied qui nous a pris. C’est clair ? Pour moi oui, je me comprends.
Le PIED nous a pris par surprise un lundi. Ce n’est pas que le jour soit important, mais cela mérite d’être signalé car c’est celui où on travaille. Un mardi, par exemple, ils auraient fait le pied de grue devant une porte close… Ne croyez pas que nous ayons pris notre pied dans cette affaire ! Non, puisque c’est le pied qui a fait la prise, vous me suivez ? Moi, je me comprends.
Bref, ces terroristes, je n’hésite pas à employer le mot, et pourtant j’ai bien conscience de son impact négatif sur un chef d’état à notre époque, ces terroristes donc… Bon, voilà qu’ils se fâchent ! Mais bon dieu, quel mot voulez-vous que j’emploie pour vous désigner ? Libérateurs ? Vous y allez un peu fort, tout de même !
Permettez, Monsieur le Président, que je règle notre petite querelle de vocabulaire avant de continuer…Vous nous prenez en otage et vous souhaitez que je vous nomme libérateurs ? Désolée, ce mot est inapproprié et je sais de quoi je parle, tout de même ! Émancipateurs ? Ce n’est pas un peu prétentieux ? Vous ne vous mouchez pas du pied si j’ose dire… Défenseurs des libertés ? En nous en privant, vous trouvez ça logique ? Pourquoi pas bienfaiteurs de l’humanité, tant que vous y êtes ? Sauveurs ? Rédempteurs même ? Vous me faites rigoler, tiens ! Pas vous ? Bon, après tout c’est vous qui tenez le pistolet, on va trouver un terrain d’entente linguistique : groupuscule armé, ça vous va ? Comment non ? Ah si ! Deux personnes ce n’est qu’un groupuscule, désolée de vous contredire encore, et c’est bien un pistolet que vous avez là, non ?
Comment ça non ? Il n’est pas chargé ? Mais bougres d’imbéciles vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? On est huit, vous n’êtes que deux, vous croyez que j’aurais ameuté la présidence de la république sans ce foutu pistolet ? Votre opération, vous l’avez faite au pied levé, non ? Allez, qu’on attache bien fermement ces individus aux pieds de la table, ça leur fera les pieds, hé, hé !
Monsieur le Président, veuillez accepter nos excuses pour le dérangement. C’est ces gars qui étaient dérangés : vouloir faire interdire l ’écriture dirigée ! Ce n’est pas à vous qui dirigez précisément notre grand pays la France que je vais apprendre les bienfaits de la contrainte ? Ici à l’atelier d’écriture nous nous épanouissons dans la contrainte. Et vos sujets devraient vous remercier d’être dirigés d’une main ferme par un homme aussi contraignant que vous.
Vous me trouvez trop courtisane ? Vous avez raison.
Huguette

otages

Prise d’otages à la Maison du Livre

-       Calmez-vous, Madame, et redites-moi lentement ce qui s’est passé.
-       Oui, Monsieur le Directeur. Eh bien, comme tous les lundis, nous nous trouvions à la Maison Célières pour l’atelier d’écriture que j’anime. Comme il faisait froid, nous étions dans la salle du sous-sol. Il devait être pratiquement 18 heures quand soudain, deux individus masqués ont surgi. Le plus grand a crié : « les mains en l’air ».
-       Ils étaient armés ?
-       Oui, Monsieur, ils portaient des impératifs au poing. Ils avaient également les poches pleines de gros mots et une ceinture d’adjectifs accrochée avec du Velcro®, qu’ils menaçaient de faire sauter. Tout le monde était terrifié.
-       Qu’ont-ils dit, ensuite ?
-       Le plus grand, celui qui semblait être le chef nous a dit qu’ils se réclamaient du PIED (Pour l’interdiction de l’écriture dirigée). Ils ont pris tous les participants en otage et m’ont chargé de vous présenter leurs revendications.
-       Alors, que veulent-ils ?
-       Ils veulent des vers libres et égaux, des phrases affranchies et des textes licencieux. Ils en ont assez de toutes ces contraintes, ce dirigisme, ces obligations, ces pressions, bref, cette septicémie de mots.
Je vous en prie, Monsieur le Directeur, il faut faire vite…
-       Vous comprenez que pour de telles revendications, je ne suis pas habilité à prendre seul une décision et que je dois en référer au président.
-       Monsieur le Directeur, le temps presse : la vie mes amis est menacée.
-       Retournez vite à la Maison Célières, faites croire à ces malfrats que nous allons faire le nécessaire. Assurez-vous que tout le monde va bien, calmez les esprits et surtout ne prenez aucun risque.
Arrivée à la Maison Célières, j’entendis des cris. J’entrai vite dans le sous-sol. Tous étaient réunis autour de la table ; ils buvaient et riaient en écrivant ce qu’ils croyaient être des textes libres, mais qui, en fait, correspondait sans que personne ne le sache à un exercice…
Fabienne

 

2/ Exercice : Journée ordinaire d’un homo sapiens

silex

Les hommes sont encore partis, soi-disant pour chasser le mammouth… ça fait une semaine qu’ils disent ça et ils ne ramènent rien ou presque. L’autre jour, ils ont ramené des vers, alors, le gros Pierre, hier soir, pour faire de l’humour a dit aux autres : vous venez, on va prendre un ver ?
Et qui c’est qui va tout nettoyer maintenant dans cette porcherie qu’est devenue notre caverne ? Ben, c’est bibi, comme d’hab. Va falloir que je secoue les tapis de peaux d’ours, que je fasse les carreaux et que je balaie le salon… Il y a plein d’os… Ben oui, hier soir, on a mangé Pépé qui commençait à perdre la boule et à plus servir à rien. Les hommes ont mangé la cervelle pour être plus intelligents mais ça marche pas à tous les coups, parce que Pépé, il était vraiment con. Moi, j’ai mangé les yeux, au plat… un délice. Je vais quand même me garder un os pour mettre dans mes cheveux, petite coquetterie de fille…
Au fond de la caverne, les gosses sont énervés. Ils ne peuvent pas sortir aujourd’hui parce qu’il pleut, alors, ils font n’importe quoi. Ils dessinent sur les murs avec des morceaux de bois brûlés, alors que je leur ai interdit. Ils sont tout fiers, ils croient qu’ils ont fait des chef-d’œuvre pour les générations futures.
Ah ! ça y est, les hommes reviennent… Le mien s’approche de moi et me tire délicatement par les cheveux jusqu’à notre chambre… Je suis sûre que c’est à cause de l’os.
Fabienne

 

Exercice : Et en treize secondes, tout bascula…

 

accident

Et en treize secondes, tout bascula… Vous me direz, treize secondes, c’est peu, très peu, un souffle, une respiration. Presque le temps de rien… Et pourtant treize secondes, c’est aussi une éternité. L’éternité d’une vie.
Une voiture qui brûle un stop, une autre qui croise la route. Et en treize secondes, tout est fini, tout bascule, tout s’arrête. Vies brisées.
Fabienne

24 juillet, 2017

Atelier d’écriture du 10 juillet 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:00

Devoir : A partir de ces 2 poésies « demain, dès l’aube » de Victor Hugo et « le secret » de Marcelline Dessbordes-Valmore, prendre un mot au choix dans chaque ver et écrire un texte (forme au choix) incluant ces 27 mots et traitant soit de gastronomie, soit du tour de France :

DEVOIR

 Demain jeudi 13 juillet, j’assisterai à la douzième étape de ce 104éme tour de France. Je partirai tôt, par la forêt, afin d’avoir la meilleure place possible, la plus prisée, là où il y aura le plus de monde ; peu importe si je dois attendre longtemps. Me voilà sur place, il faut que j’évite de me perdre dans mes pensées, que je sois attentif à tout, aux mouvements, aux bruits. Rien ne doit m’échapper. Discrètement, les mains croisées, je prie pour que tout se passe bien. Ce jour sera mon jour de gloire, même si ne n’en vois pas le soir. Je ne serai pas le seul : des voiles noirs s’étendront sur ce doux paysage, ce village deviendra une tombe. De toute la France on viendra déposer des bouquets.
De toute cette foule amassée, futile et impie, il ne restera que des corps torturés, des blessés suppliants et des survivants en pleur. La main de Dieu viendra frapper les infidèles. Il est temps d’apprendre à se taire et à prier, de tressaillir sous la menace du prophète. La peur doit remplacer l’amour qui affaiblit les corps et perd les âmes.
Je me suis emporté et je n’ai pas vu que tout le monde me regarde. Qu’ont-ils donc ? Auraient-ils deviné mes desseins ?
Je dois partir, chercher une issue au milieu de la foule. Je me demande ce qui ne va pas. Je garde les yeux baissés et tente de me glisser hors de cette place. Mon cœur saute dans ma poitrine et mes mains tremblent quand on m’encercle. Ça y est, je suis foutu, cueilli avant même d’avoir fait quoi que ce soit. On me barre le passage. Alors, comme de toute façon, mon heure est venue, je glisse une main dans mes poches pour activer le mécanisme. Ils vont voir, le beau feu d’artifice que je leur ai préparé…. Mais avant même que je puisse faire quoi que ce soit, ils m’ont immobilisé. Quelqu’un chuchote à mon oreille : « reste bien sage, on connait ton secret, tu es foutu ».
Fabienne

 

Devoir 2 Un poème à compléter :

 

Un jour je partirai pour un pays lointain
+ un vers de 12 syllabes avec la même rime (exempl : train, Rhin, bain urbain, dauphin…)
Sans me retourner j’irai jusqu’au bout du monde
+ même chose (ex : ronde, vagabonde, gronde, profonde seconde…)
Et quand je reviendrai, des rêves plein la tête
+ idem (poète, conquête, arête, comète, planète…)
Je tracerai sur une grande feuille bleue
+ idem (yeux, silencieux, feu, orageux, fabuleux…)
Enfin ajouter deux vers avec une autre rime

 

Un jour je partirai pour un pays lointain
Je ne sais encore où mais ce sera en train
Sans me retourner j’irai jusqu’au bout du monde
Chez nous je reviendrai puisque la terre est ronde
Et quand je reviendrai, des rêves plein la tête
Comme ces gros poissons qui sont tout pleins d’arêtes
Je tracerai sur une grande feuille bleue
L’itinéraire de ce long voyage à deux
Car mon tendre ami oserais-je vous le dire ?
C’est avec vous que mes rêves je veux écrire
Huguette

2/ Exercice : Logo rallye

Incorporer, ces phrases l’une après l’autre naturellement dans une déclaration d’amour :

-       Lorsque je m’installai au bourg, tout ce que je pus apprendre…
-       Une bouteille de whisky nous servait de prétexte depuis que nous nous étions découvert cette passion commune…
-       A mon retour, ce que j’appris me dévasta…
-       Vos secrets vous appartiennent…
-       Prenez le temps de vous décider.


3/ Exercice
 : C’est quelqu’un qui m’a dit…

 secret

C’est quelqu’un qui m’a dit
Qu’il ne fallait pas que je répète
Ce qu’il venait de me dire. C’était un secret
Qu’on lui avait dit de ne pas dire.
Alors c’est pour ça qu’il s’était empressé
De le répéter. Un secret, vous pensez,
Si ça restait secret,
Ça se saurait.
Plus personne ne pourrait le répéter
Ce serait triste à pleurer.
C’est ainsi : dans le creux d’une oreille, un secret
C’est si jouissif à répéter.
Fabienne

21 juillet, 2017

Atelier du 19 juin 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:53

Un sandwichDes années ont passé depuis ce départ et puis, des années encore…
J’ai écrit souvent à Nouméa. Jamais je n’ai reçu de réponse.

alpage

Noir dessein

Des années ont passé depuis ce départ et puis, des années encore…
En bas, le train des sept villages passe. Ce doit être le 11h17. La résonance monte la pente de ma colline. L’acier des roues ferroviaires crisse les rails dans l’espoir quotidiennement déçu de les user. Me suis-je préparé à déjeuner ? Les trois-quarts du temps j’oublie de cuisiner. J’ai, dès mon arrivée, demandé à mon boulanger de me cuire et recuire des gros pains de marin qu’il me livre une fois par mois. Je les fais griller en grosses tranches épaisses pour le fromage et la charcuterie. Pas trop rôties sinon très vite, mon dentier ne le supporterait pas. Je n’ai plus les finances pour en avoir un deuxième. Un du dimanche, pour aller à la messe croquer le pain bénit, oui, oui. Un seul repas par jour et il suffit, sur la table étroite, près la fenêtre. Le soir, un bol de soupe ou un caillé de brebis. J’admire d’un œil avachi le paysage à bestiaux. Au plus près, les moutons pacagent, au plus ras. Pendant toutes ces vaines années je n’ai jamais réussi à apercevoir le berger, encore moins la bergère. Me reste la bergeronnette qui me défie au printemps en relevant la queue. Je suis souvent attablé là, établi las, n’espérant aucun rétablissement, ce miracle que reproduisent à souhait les gymnastes de l’esprit. Voltairien par conviction, cela me va. Plus le croyant croit, plus mon agnosticisme surcroit. La croix, le croissant, l’étoile de David sont des signaux d’impasse, d’intolérance. Ils parquent les peuples. Regardez le panneau de circulation annonçant un cul de sac. C’est une croix dont il manque la tête.
J’ai encore l’habilité d’arpenter le temps au rythme indécis des saisons. C’est d’autant plus sensible l’hiver que je peux plus chauffer mon isba. Je porte mes couvertures sur mon lit et sur mon dos. Stère trop cher, pas de mi-stère. C’est pour ma vue qui décline que le pré aux moutons peint pour moi les couleurs des saisons, de la météo. Tout le nuancier des verts. Parfois la neige trop rare, le gel trop banal. Sur cette pente régulière la petite source immuable fait une coulée vert menthe qui se noie à mi-colline. Son opiniâtreté me plait. L’espérance a une limite : à mi-butte, à mi-croupe, à mi-âge. Quand les ovins n’y caracolent pas, je les invente, les élucubre pour tenter de m’endormir, un jour. Ils n’ont pas de haies à sauter. Ils passent et paissent lentement, mâchonnant la vie. Moi non plus, je n’ai plus d’obstacle à franchir et où mettre la barre ?
Pas d’arbres fruitiers, de ce côté-ci. Pas d’enfants ni d’oiseaux pour grimper aux fruits goûteux qui leur font les lèvres ou le bec rubis. Un beau souvenir, les fruits du printemps, aussi de l’été et encore de l’automne, raisins à presser. J’ai mordu des pommes et des poires qui nous faisaient rire en étincelles. Mais je préférais fraise ou framboise si délicates à ma langue. Pareillement la mûre d’automne, encore sauvage, qui se cache dans les ronces.
Ma langue se craquelle et vous le voyez bien. Mes mots sont de grosses mottes jetées sur le côté par un vieux soc rouillé. La herse fine ne préparera pas la terre au  prochain ensemencement. Mon verbe est ingrat, vous l’avez éprouvé.
J’ai écrit souvent à Nouméa. Jamais je n’ai reçu de réponse.
Je vous aime encor.
Bertrand P.

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