Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

Bienvenue sur mon blog

20 décembre, 2018

Atelier d’écriture du 17 décembre 2018

Classé dans : Liens,Non classé — joie55 @ 4:49

DEVOIR : trouver une origine à l’expression « cordon bleu »

cordon

Cordon bleu

Au générique, quatre personnages en quête de hauteur, sans aucun espoir, mais arborant un sourire avantageux. La maquilleuse avait le pouvoir de blanchir les dents les plus nicotinées. L’action se déroulait dans un studio-cuisine à l‘américaine : plan de travail central avec hotte à flux laminaire. L’accessoiriste avait oublié d’éteindre la lampe chauffante ce qui donnait un ton bleu électrique à la chevelure d’Adélaïde. Bien que l’émission ait commencé, le technicien étourdi passa dans le champ pour faire cesser la lumière et la ventilation qui décoiffait la longue mèche que Fernand avait rabattue sur le sommet de son crâne. Il ne trouva pas tout de suite l’interrupteur et ronchonna sur le caractère cancérigène de ces lampes. Par pur réflexe, Luigi essuya son long nez avec un torchon. Celui-ci avait servi à écailler les huitres il y a deux semaines pendant l’émission « fruits de mer sous les tropiques». Quelques morceaux d’écailles nacrés se prirent dans ses poils de nez. Fort heureusement dit la voix off type Léon Z., les ondes hertziennes ne vous transmettent pas l’odeur qui faisait grimacer Luigi. La maquilleuse s’approcha avec un coton-tige pour récurer. Par réflexe inadapté que l’on doit attribuer au trac, Luigi lui présenta l’oreille gauche, tout en souriant à la caméra. Il avait joué pilier droit au rugby. Dans ce chou-fleur la fardeuse ne trouva pas l’orifice monaural et décida de s’abstenir. Luigi se moucha donc dans ses doigts. Nous étions bien en direct. Adélaïde, la plus expérimentée, était tirée à quatre épingles. A son âge tout espoir de se faire épingler semblait illusoire. Elle se rendit compte qu’un de ses faux ongles noir corbeau pourrait se détacher. Délicatement, en contrôle, elle glissa son index entre ses maxillaires. Une forte striction assura l’adhérence. Mais en se retirant, le doigt entraîna sur son ergot une fibre de la mangue qu’elle avait déchiquetée au dessert. Ce fut du plus bel effet : orange sur noir. Le caméraman adroit fit un gros plan. Un muscadet, dit tout haut Fernand, l’humoriste du groupe qui suivait sur l’écran de contrôle. L’image en hoqueta de plaisir. Pour la fin du générique de début, le réalisateur remit le plan général. La musique était la même que celle du feuilleton gymnaste de Véronique et Davina. Le programmateur, ingénieur du son, intendant, archiviste, script et balayeur n’avait pas eu le temps de trouver mieux et on le comprend. Il regardait un match sur TVX.
Bien répartis sur ce plan large, alignés derrière le plan de travail, nous avions nos quatre cuisiniers compétiteurs. De gauche à droite : Fernand, retraité bedonnant de 71 ans. Curieusement, la fréquentation routinière de sa cave lui avait donné un teint hâlé. A moins que la maquilleuse ait ocré sa roséole oenolique. C’était le boute-en-train de l’équipe. Son grand-père lui avait légué un recueil de blagues et il s’en tenait là. Ensuite Alix, helvéto-autrichienne, une blonde échevelée de caractère affirmé. En supposant, elle aurait pu être en fin de quarantaine, c’est dire qu’elle était célibataire. Comme elle n’était pas très grande, son décolleté imposant prenait appui sur le plan de travail. L’audimat grimpait quand elle se penchait pour remplir le verre de Fernand. A sa gauche Luigi, qu’on aurait pu nommer Aldo un demi-siècle plus tôt, quand il n’avait pas besoin de médicament pour l’ascension. A l’époque il était moniteur d’alpinisme, toujours dernier de cordée. Il assurait et rassurait les arrières. Son accent zozoteur donnait une touche exotique transalpine de bon aloi. Alix, sa voisine de droite lui provoquait un strabisme divergent mamellotrope qu’il avait du mal à corriger. Le réalisateur télé admettait ce léger défaut puisqu’il avait le même mais convergent. A l’autre extrémité, pas très loin de la dernière (extrémité), Adélaïde aurait pu être une veuve joyeuse si elle n’était vêtue de noir jusqu’au bout des ongles. Son dentier dernier modèle Villeroy et Boch avait son éclat rehaussé par un rouge à lèvres anthracite. A son grand regret l’outil masticateur comportait des espaces inter-dentaires trop larges type garde manger bonne haleine. Cette émission de télévision n’était pas son premier choix. On l’avait refusée à l’atelier de couture pour une raison foireuse : sa maladie de Parkinson. Pour l’atelier de cuisine on lui faisait sucrer les desserts.
Voilà le générique initial se termine et les présentations sont faites. Pour commencer c’est Fernand qui cause. Il aurait bien voulu garder son béret et sa baguette sous le bras, ne pas trahir (ou trahir) ses origines populaires. Le metteur en scène lui a expliqué que cela lui ferait de l’ombre. Fernand annonça la recette du jour qui, c’est amusant n’est-il pas, reprenait le titre de la série : cordon bleu, vertubleu. C’est une recette bien française souligna-t-il. Autrichienne, glapit Alix, c’est un schnitzel, une escalope à la viennoise. Pas du tout, renchérit Luigi, une escalope milanaise, lombarde. Et c’est nous qui avons placé les petits rubans bleus qui en assurent le maintien et lui donnent son nom. Adélaïde dont le grand-père était titulaire de l’ordre du Saint Esprit (cordon bleu), de St Louis (cordon rouge) ou de St Michel (cordon noir) se confisait et se confinait dans ses quartiers de noblesse en attendant de passer au quartier de viande. Tous des porcs pensait-elle, foutrebleu !
Fernand enchaina. Voyons les ingrédients. Quatre barbaques très pâles étaient placées sur des planches à découper devant les quatre impétrants pénétrés de leur rôle. De la dinde dit Alix qui s’y connaissait. Du veau comme pour tout bon Français assura Fernand. Du poulet, petta di pollo, articulait Luigi qui malaxait déjà la carne pulpeuse. Du cochon, tel qu’en vous-mêmes s’énerva Adélaïde. Comment  pourrait–on construire l’Europe avec de tels individus ?
Chacun prit délicatement la bidoche anémique et la coupa en deux dans son épaisseur. Soit façon portefeuille ou bien en deux rectangles, en deux carrés, en deux ovales. Pour chacun, selon la forme du moment.
Maintenant il était absolument nécessaire d’aplatir au maximum l’escalope. A cet effet l’accessoiriste fournit du film transparent pour envelopper sans saloper. Cela colla aux doigts gras et finit en boule pour Adélaïde. Pour écraser, les hommes choisirent le plat de longs couteaux. Alix avait opté pour le maillet et cogna dur, non-violente contrariée. La viande battue était attendrie (que Mme Robin nous pardonne). Fernand n’eut pas le courage d’en plaisanter. Alix tint toujours fermement son maillet.
Ce fut le moment de découper le jambon à la bonne dimension, c’est à dire un peu plus petit que la viande. Du jambon à l’os s’écria l’osseuse Adélaïde, du prosciutto di Parma s’agaça Luigi. Pour Fernand ce ne put être que du jambon de Paris. Vous n’y connaissez rien. Le plus goûteux c’est le jambon cuit dans l’asphalte saliva Alix, en tranches épaisses de près d’un centimètre ainsi qu’on le sert à Fribourg.
Enfin le fromage. Il n’est de gruyère que de Suisse chanta à la cantonade Alix, dont le maillet n’était pas loin. Et sans trous je vous prie. C’est un fromage, pas un golf, sacrebleu. Personne n’en contrevint, parbleu.
Fernand, qui n’avait pas compris le trait d’esprit d’Alix, replia soigneusement son cordon, vertubleu. Chacun faisait son chausson et ils furent parfaits. Sauf celui d’Adélaïde dont le fromage dépassait. On n’avait pas osé  lui confier d’arme blanche pour enlever le superflu. A la rigueur pour hacher menu des oignons.
Deux assiettes avaient été préparées à l’avance par l’accessoiriste prévoyant. Les œufs battus qu’Alix rebattit vaillamment. La panure de vieux pain et non de biscottes comme le regrettait Adélaïde. « Manque la farine » jappa Fernand le bienheureux. Les autres furent contrariés de cet ajout sacrilège. Néanmoins le machiniste présenta une assiette de recoupette sous le nez de l’exigeant. Fernand poussa un long soupir de soulagement créant un brouillard que seules les caméras de télévision pouvaient percer.
Quatre poêles avaient été préchauffées.  On fit les divers trempages, deux ou trois et la cuisson débuta dans de joyeuses fricasseries. Le temps de friture était variable selon que la chair d’escalope était faible ou non. Fernand exigea une cuisson intermédiaire au four, pour cuire à cœur, dit-il pompeusement. Cela provoqua un retard et il ne put montrer son œuvre culinaire qu’après la fin de l’émission, soit hors délai, ce qui lui valut le cordon noir. Luigi était ravi. Son cordon bleu était doré même si l‘intérieur du poulet était rosé. Stupeur et tremblement. Le cordon bleu d’Adélaïde n’était même pas bleu. Pas cuit du tout car un geste spastique tumultueux avait, dès le début, projeté l’objet de ses soins hors de la poêle, jusque sous le fauteuil du régisseur. Heureusement il n’est pas tombé coté confiture ironisa Fernand que la défaite avait aigri. Alix savait depuis le début qu’elle était la meilleure au schnitzel. A la manière d’un footballeur de la Nati elle brandit très haut son assiette de cordon bleu. Puis après avoir reposé son escalope à la viennoise, elle frappa trois coups de maillet : victoire adjugée !
La musique de Véronique et Davina clôtura la fête. Cependant nous ne vous montrerons pas nos quatre protagonistes sous la douche. En profond désaccord sur la qualité de leurs œuvres ils refusèrent de la prendre ensemble.
Il est possible que les téléspectateurs de la chaine de TV locale Bernheim aient été intéressés, s’il y en eut.
Bertrand

Le-Cordon-Bleu

Il y a fort fort longtemps, dans le royaume du roi Jean, c’était un peu la pagaille. Et cette pagaille venait des jeunes. Ils étaient désœuvrées à longueur de journée et tout était prétexte pour faire un mauvais coup, ou simplement pour rigoler. Les habitants n’en pouvaient plus et le roi ne savait plus à quel saint se vouer pour faire cesser les actions de ces petits voyous. Il fit venir son conseiller particulier qui ne lui proposa rien qui lui convint. En désespoir de cause, il alla voir sa vieille nounou qui était toujours pleine de bon sens.
-       Sire, si les jeunes font autant de coups pendables, c’est qu’ils s’ennuient. Il convient donc de leur trouver des occupations qui leur plaisent, leur donnent le sens des responsabilités et les valorisent. Tout d’abord, tu devrais les mettre en concurrence pour qu’ils essayent de se surpasser. Fais donc des groupes et demande-leur de faire des choses extraordinaires.
Le roi trouva cette idée excellente et, après avoir bien réfléchi convoqua tous ses sujets dans la cour du château.
-       Mon bon peuple, si je vous ai convoqué ce soir, c’est pour vous annoncer que nos jeunes devront accomplir des missions de la plus haute importance pour le bien de tout le village.
Les jeunes, habitués à ce qu’on les gronde, les rabroue ou les punisse trouvèrent ce nouveau discours à leur goût.
-       Tout d’abord, vous allez former six groupes.
Les jeunes se regroupèrent par affinité, ce qui était nouveau aussi, car on avait plutôt tendance à les séparer.
-       Il y aura le groupe blanc, le noir, le jaune, le rouge, le vert et le bleu. Chaque groupe devra trouver et sa mission. Je vous laisse jusqu’à demain soir pour y réfléchir.

Le lendemain, le petit village fut très calme et chacun put vaquer en toute quiétude à ses activités. Dans tous les coins, il y avait des groupes de jeunes qui discutaient passionnément et les habitants commencèrent eux aussi à trouver l’idée géniale.
Le soir, tous se retrouvèrent à nouveau réunis. Les six groupes étaient là, attendant bien sagement. Ils étaient tous vêtus à leur couleur.
Le chef du groupe blanc s’avança.
-       Sire, ce que nous allons faire, c’est de la magie blanche. Nous partirons dans la forêt voir les anciens druides afin qu’ils nous expliquent les plantes bonnes à soigner et les sortilèges de bonheur et de joie.
Le roi était content :
-       C’est une très bonne idée ! Nous avons besoin de soigneurs et de joie ici !
Le chef du groupe noir vint à son tour :
-       Sire, nous, nous apprendrons à repousser les forces obscures. Dès demain, nous partirons voir la Fée du lac et nous y resterons jusqu’à ce que nous puissions rendre le village imperméable aux mauvais sorts
Puis ce fut le tour des verts :
-       Sire, nous, nous apprendrons à soigner la nature, à faire pousser des légumes, des fruits et des plantes afin que le village n’ait plus jamais faim.
-       J’avoue que vous m’impressionnez !
Les jaunes, quant à eux proposèrent :
-       Nous avons bien observé le royaume, Sire, et sans vous faire offense, nous avons remarqué que vous seul êtes habilité à prendre des décisions, certes avec des conseillers, mais ces conseillers quelquefois ne vous conseillent pas bien. Aussi, avons-nous décidé de nous former à la chose publique, d’écouter les doléances et les souhaits du peuple et de vous en faire part afin que chacun puisse vivre plus heureux.
Le roi tiqua un peu, mais accepta malgré tout.
Puis vinrent les rouges :
-       Sire, si vous le voulez bien, nous serons votre armée. Nous défendrons notre village des envahisseurs. Nous allons nous former au métier des armes. Nous avons avec nous les deux fils du forgeron qui nous apprendrons à fabriquer des épées.
Le roi était très content car ses gardes avaient plus le goût de la chopine et des jupons que celui de la guerre.
Enfin, les bleus se présentèrent devant lui.
-       Sire, en ce qui nous concernent, nous voulons apprendre à faire de la bonne, de l’excellence cuisine, agrémentée des vins les plus fins afin que nos villageois aient tous les jours la joie au cœur.
Le roi était ravi.
-       Je savais que je pouvais compter sur vous et vous ne m’avez pas déçu. A chaque groupe, je vais donner un objet qui symbolisera sa mission.
Ainsi, les blancs reçurent une branche de gui, les noirs une baguette magique, les verts un pot de fleur, les rouges des lunettes (pour voir rouge !), les jaunes, des gilets et les bleus, un cordon.
Tous les groupes se surpassèrent pour réussir. Certains avec plus ou moins de succès, mais au moins, le village vivait désormais en paix.
Les bleus furent particulièrement studieux et efficaces et régalèrent tous le village de plats succulents. Ils devinrent ainsi des « cordons bleus ».
Fabienne

Exercice : les petits papiers

Une main – un pied – un œil – un ventre – une bouche – un nez – une oreille – une cuisse – une dent – un cœur – une épaule
Généreux – timide – volage – susceptible – coléreux – débrouillard – artiste – torturé – cruel – menteur – suicidaire
Chacun tire un nom (1) et un adjectif (2) et doit faire un texte avec l’adjectif qui doit se rapporter au nom tiré.

timide

Arlette était fine et élancée. Ses longs cheveux blonds cascadaient jusqu’à la naissance de ses petites fesses pommelées sculptées à la perfection par un jean bien ajusté qui mettait également en valeur deux longues jambes fuselées. lorsqu’on apercevait ses pieds délicats chaussés de vertigineuses sandales à talon aiguille, impossible de ne pas craindre la chute. Contre toute attente, Arlette, telle un mannequin de haute couture, avançait avec une grâce innée et ne semblait rencontrer aucune difficulté à cet exercice.
Autant d’atouts si ouvertement affichés ne pouvaient que déplaire aux autres femmes qui, sans la connaître vraiment lui prêtaient une frivolité extrême.  Néanmoins les apparences étaient trompeuses car sous ce look branché et sexy, voire vulgaire, Arlette cachait une timidité maladive qui lui empoisonnait l’existence. Quand un homme l’abordait, la jolie blonde perdait tous ses moyens et bafouillait lamentablement. Aussi, le plus souvent, l’aventure tournait court.
Survint un jour où le beau Maxence, objet de tous ses rêves et de ses désirs les plus fous, s’approcha d’elle et tenta d’entamer une conversation. Arlette était si émue qu’aucun mot ne pouvait franchir ses lèvres ; C’était encore mille fois pire qu’avec les autres hommes. Ne pouvant laisser passer la chance de sa vie, elle n’eut d’autres recours que d’exprimer par son corps tremblant tout l’intérêt qu’elle lui portait. Elle se pencha donc  légèrement vers  Maxence, avançant avec précaution son épaule timide jusqu’à effleurer sa chemise et lui sourit avec douceur. Il fut charmé et nullement découragé par son mutisme, décida de la revoir… la revoir très bientôt…
Patricia

claque

Elle avait la main coléreuse et tapait tout ce qui bougeait autour d’elle. Cette main ne pensait jamais à caresser, à toucher, à bercer, à soulager… non, cette main n’était là que pour cogner, frapper, taper et punir. C’était triste de la voir toujours ainsi. Mais qu’avait donc pu vivre ma mère pour avoir une main si pleine de colère ?
Fabienne

gardes

Quand le pape Benoit 69 eut ce cruel accident ,le monde entier trembla. Enfin, le Vatican trembla. Euh, seuls tremblèrent les rares touristes de la chapelle septime, celle qui jouxte l’autre, celle qui est taguée.
Le Saint père passait en revue son armée. Celle-ci était constituée de quelques Suisses venant d’un village reculé des Alpes. L’iode manquant à cette altitude, leur crétinerie atteignait des sommets.
Pour que ce défilé festif soit réussi et surtout par crainte de drônes inquisiteurs, les quatre derniers cardinaux ( S, O, N et E) décidèrent, sans en avertir son opulence, un achat somptuaire. Deux scuds portatifs. Le plus grand des crétins, pardon des Suisses, fut chargé des deux engins, un sur chaque épaule. Pour plus de commodité, ils n’avaient qu’une seule télécommande. On la fixa avec un scotch biface sur le front du grand benêt.
La procession virile démarra à l’heure canonique prévue par les astres, sur la place Saint Mars. Pierre n’était plus là !
Au dernier moment, une angoisse métaphysique étreignit le petit Suisse écrémé porteur de foudre. Où me situais-je dans ce cortège ? A la toute fin, mais c’est bien sûr, dit-il en se frappant le front. La suite est connue. Les vidéos sont encore sur FB. Les deux scuds, comme aimantés par son éminence, se dirigèrent vers Benoit qui n’eut même pas le temps de se mettre en prière. Un miracle se produisit néanmoins. Les voies des missiles sont impénétrables. Les deux fusées passèrent « ras la tiare » emportant glorieusement les deux oreilles ecclésiastiques, laissant la queue, trophée immérité. Plus de peur que de mal, hormis les taches de sang sur la soutane blanche difficiles à ravoir. Il fallut en urgence greffer des prothèses acoustiques au Saint Grand Père. On importa de Nouméa deux oreilles de roussette géante. Miracle encore, elles ne furent pas rejetées. De ce moment le prélat suprême entendit tout, y compris les échos des moindres pensées malsaines qui circulent de par le monde. Dieu, que ces oreilles étaient débrouillardes !
Bertrand

4 décembre, 2018

Atelier d’écriture du 3 décembre 2018

Classé dans : Liens,Non classé — joie55 @ 5:29

DEVOIR : 5 mots extraordinaires :

Guiderope – labile – maltôte – ophiolâtrie – biaural

chien

Le guiderope

Le guiderope est un grand chien à poils ras que vous n’aurez aucune difficulté à dresser (contrairement à beaucoup d’hommes, je ne vous apprends rien) car il est très labile  : il accepte la laisse dès son plus jeune âge.
Il est économique : point ne sera besoin de vous ruiner en croquettes coûteuses, il mange de tout sans rechigner (j’en vois plus d’une qui comprennent à quoi je fais allusion).
On le recommande  aux personnes âgées en raison de son ophiolâtrie : il remplacera avantageusement les crèmes et onguents sophistiqués car il adore lécher, particulièrement les peaux sèches et rugueuses, qui s’attendrissent sous sa langue habile…
C’est évidemment le partenaire idéal pour les femmes seules en manque d’amour qui souhaitent un compagnon tendre et dévoué à leur plaisir. Pour vous qui avez certainement connu au moins un homme dépourvu de ces qualités, le choix est évident.
De plus c’est un chien sans malice, doux et fidèle (ce qui n’est pas le cas de tous les hommes, vous le savez comme moi). Il vit plus de vingt ans, ce n’est pas lui qui vous abandonnera…
Enfin c’est le chien idéal pour les personnes allergiques et  fragiles. Il est très propre (au contraire de certains messieurs que la douche semble effrayer). Vous pourrez caresser sans inquiétude son poil lisse et doux comme une peau car il ne retient aucun acarien. Sur ce point là encore la comparaison est à son avantage.
Son seul défaut serait peut-être une tendance à la maltôte qui, avec l’âge, pourrait devenir biaurale. Il faudrait alors le confier à un vétérinaire qui pourrait améliorer son état, mais l’opération est longue, compliquée, onéreuse et hasardeuse. Je ne vous la conseille pas. Débarrassez vous plutôt de l’animal en le donnant à un ami que ce défaut n’effraiera pas (ce qu’on peut difficilement faire avec un vieil  homme devenu cacochyme, malheureusement !).
La lecture de cet article du très sérieux guide : Quel chien adopter ? dont l’auteur est la célèbre Françoise Dalta me décida. Malgré son prix exorbitant je décidai d’acheter un guiderope à poils ras…
Pour ma mère qui, la pauvre, à 90 ans, manque de câlins…
Ne m’obligez pas à avouer la vraie raison…Vous la devinez…
Huguette

 

Pere_Noel_ordure

Guy d’Europe était un petit homme vraiment antipathique. Un physique ingrat, un caractère aigri, il n’aimait rien ni personne. Il détestait tout à la fois bêtes et humains et ne semblait supporter que sa présence. Son regard torve et maltôte repoussait les âmes les plus généreuses. Fenêtres et volets étaient toujours clos dans son logis et nul ne savait ce qu’il y faisait. Quelquefois, de drôles de bruits suscitaient la curiosité chez les grands, la peur chez les petits. Quelques-uns le tenaient pour un sorcier, pratiquant l’ophiolâtrie, voire même les sacrifices et l’on chuchotait que nombre de chiens et de chats disparaissaient régulièrement près de chez lui.
La période des fêtes de fin d’année semblait le mettre particulièrement en colère. Il ne pouvait voir un sapin décoré sans le saccager. Il sortait au milieu de la nuit pour arracher et piétiner boules et guirlandes d’un air rageur, puis, satisfait, un sourire labile aux coins des lèvres s’en retournait chez lui. Un soir, il attaqua même le père Noël d’un grand magasin. Il le roua de coups, lui enleva son bel habit rouge auquel il mit le feu. Le pauvre employé, qui n’aurait jamais cru que son métier était si risqué, se retrouva à l’hôpital avec un bras cassé et un traumatisme biaural.
Guy commençait à devenir vraiment incontrôlable, alors, les parents en colère planifièrent une opération commando la nuit de Noël. On ne sut jamais ce qui arriva vraiment mais on n’entendit plus jamais parler de lui et le village retrouva son calme et sa gaieté. Une famille fut logée dans sa maison qui retentissait désormais de rires et de cris joyeux.
Fabienne

images

Après avoir un peu tergiversé, il accepta, non sans regret, la fonction de guiderope. Labile et maladroit, il envisageait avec anxiété sa première journée de travail au sein de cette immense société industrielle, une fourmilière où sa fantaisie naturelle  ne pourrait en aucun cas s’exprimer. Une petite entreprise à taille humaine lui aurait bien mieux convenu mais comment faire le difficile dans une ville où le taux de chômage battait tous les recors, d’autant que l’ophiolâtrie ambiante ne laissait aucune possibilité de dilettantisme. Alors, triste mais résigné, il avala deux comprimés de biaural et partit comme un automate vers sa nouvelle vie, imaginant par avance la maltôte qui, à coup sûr, s’en suivrait. Encore loin de la réalité, il n’était pas au bout de ses peines…
Patricia

topettes

Lui malade !

Guiderope, alias Bébert l’Arsouille, était bien pâle ce matin. Vomir presque tout le jour de la bile était malheureusement devenu une habitude depuis deux mois. Depuis lors, il prenait neuf Biaural par jour en trois prises.  Littéralement, ce médicament contre le maltôte le mettait à plat. Son médecin de famille l’avait prévenu. La guérison possible de son ophiolâtrie était à ce prix exorbitant.  Vingt topettes minimum par jour, c’était sa consommation moyenne. Au Centre ils appelaient cela des fioles, pudiquement. Quand les patients les plus sévèrement atteints se réunissaient le lundi vers 17 H 30 il faisait comme les autres. Il posait le plus discrètement possible son carafon sur la table. Georges, Arnaud et combien d’autres avaient le même geste coupable. Et il savait bien que son maltôte le reprendrait. Cela durerait toute la semaine. Ainsi, il ne pourrait écrire le texte de son devoir expiatoire que le lundi en début d’après midi, s’il pouvait le terminer…
Bertrand

Et la vraie définition de ces mots :
-       Guiderope : corde gisant sur le sol afin de freiner un aérostat pendant les manœuvres
-       Labile : qui n’est pas stable
-       Maltôte : levée d’un impôt extraordinaire
-       Ophiolâtrie : adoration des serpents
-       Biaural : qui concerne l’audition par les 2 oreilles

 

Exercice : une histoire d’amour impossible entre un rond et un carré.

Cercle

Pi au carré !

Pierre Carrée était une personne tout en angles. En angles certes, mais droits. Sa notion de l’ordre tenait de la maniaquerie. Quand il donnait un avis sur un dossier ou un collègue, celui-ci ne pouvait être que tranché, voire tranchant. Combien de têtes plus ou moins bien faites, ce politicien de haut vol avait-il guillotinées ? Cependant (ce ne pendant plus !), à chaque fois la coupure était nette, sans bavures, sans effluents ni de sang ni de salive. La victime changeait de ville, de nationalité, de vie, tel un Monsieur Hulot à la dérive, en vacances.
L’impossible se produisit. Nul ne l’aurait imaginé tant le personnage était solitaire. Sous quelque angle qu’on le regardât il était droit, c’est à dire sans aucune séduction. Seuls les travers régalent. Donc l’impossible. Pierre tomba amoureux. S’étant élevé au plus haut de la société, il ne pouvait déchoir. Ses amours furent plurielles. Lui, Carrée, s’enticha d’un cercle. Pas n’importe lequel, le premier : les quatre premiers personnages de L’État. Il lui fallait prendre place parmi cette élite parnassienne.  Son élation arriva au bon moment. De haut fonctionnaire anonyme pour les médias, il devint Premier Ministre.
Pour le rôle de sa vie il lui fallut un « nom d’artiste ». Raymond, comme Raymond Oliver dont il avait maintes fois fréquenté le restaurant à Langon. Pour le nom : Barre, le gouvernail, une barre franche sensément, pour diriger la bateau France. Cette dignité lui convint. Il s’installa et ses angles s’effacèrent. On lui dédia alors ce joli mot : un homme carré dans un corps rond.
Bertrand

Je suis un cercle, un cercle féminin. Je n’ai ni queue ni tête et ne sais qu’avancer.  Comme je n’ai pas d’oreille, on peut toujours me crier d’arrêter… La vie avec moi est un tourbillon sans fin. Pourtant, depuis peu, je sens que tout au fond de moi quelque chose a changé et que je ne tourne plus aussi rond. Dans mon cœur, (enfin, dans mon centre) tout est chamboulé. Je ressens  un délicieux émoi qui me trouble et me chavire. Je suis amoureuse ! Amoureuse d’un carré, c’est dingue, non ! Je sais, ça n’a pas de sens ! Moi, tout en courbes, lui, tout en angles, en angles égaux, en angles droits, réguliers et sans aucune fantaisie. Seulement voilà, quand il est là,  mon cœur bat, bat très fort et puis vous savez, l’amour arrondit les angles… Je suis heureuse à l’abri de ses murs qui me cernent sans me contraindre. Chacun de ses  quatre coins est un abri douillet où niche sa douceur. Je sais que,  protégée par ses hautes murailles,  indéfiniment et sans crainte, je pourrais  librement  valser. Oui c’est fou, mais l’amour vrai ne s’arrête pas à la forme et moi ce carré, je l’aime ! Je l’aime !…
Patricia

Quand grand Cercle rencontra petit Carré dans un cours de géométrie, ce fut un coup de foudre immédiat. Ils ne se quittèrent plus. Les courbes de l’un arrondissaient les angles de l’autre pendant que les lignes droites de l’autre amincissaient les rondeurs de l’un. Petit carré caressa grand Cercle qui devint vicieux… un peu.
Ils vécurent ainsi une lune de miel sans nuages. Ils s’aimaient d’un amour total, et, croyaient-ils, éternel.
Mais un jour, ce qui devait arriver arriva… Ils eurent un enfant… Et cet enfant ne ressemblait à rien, enfin, à rien de connu. Ni à un cercle, ni à un carré, ni à un trapèze ni même à un heptagone ou un dodécagone… Bref il était moche. Il n’avait ni la structure du carré, ni les courbes parfaites du cercle… et l’un et l’autre des parents n’arrêtaient pas de se faire des reproches quant à l’aspect de leur progéniture. Petit Carré n’irait pas au parc promener le gosse et grand Cercle n’irai pas le chercher à la sortie des classes, tellement ils avaient honte. La vie devint vite un enfer, surtout pour le rejeton qui se sentait, à juste titre, responsable de cette brouille.
Il n’y avait plus rien à faire, pensèrent les géniteurs qui se séparèrent.
Voyant que ses parents étaient de plus en plus tristes, l’héritier, qui n’était peut-être pas si beau que ça, mais super intelligent, inventa la quadrature du cercle.
Fabienne

 

Exercice : c’est l’histoire d’un secret que tout le monde connaissait…

un secret

Un secret, mais quel secret ? Ce n’était pas le secret de la mort, puisqu’à ce jour, personne n’était revenu pour en parler.  Ni celui de la vie qui est si compliquée.
Mais si tout le monde le connaissait, alors pourquoi était-ce un secret, me direz-vous ? Hé bien parce que c’était un secret de Polichinelle.
Fabienne

C’était un de ces petits secrets bien savoureux dont la rumeur se régale. Peu à peu, il se répandit de convive en convive. L’immense table bruissait de ces mots interdits, chuchotés avec délectation : « Il paraitrait que… », « Ma voisine m’a raconté que… », « J’en suis estomaquée, mais… ».
Le souffle de l’infamie glissait, implacable, sur la nappe sans tâche. La fenêtre était ouverte, le secret s’échappa… Toute la ville en fit des gorges chaudes et quand Monsieur le curé, au cours d’un sermon mémorable, fit référence à «  l’affaire », il lui fut inutile de trop en dire ; tout le monde avait saisit l’allusion.
Patricia

25 novembre, 2018

Atelier d’écriture du 19 novembre 2018

Classé dans : Liens,Non classé — joie55 @ 6:52

MLNC

Nous voici de retour dans la salle Eiffel de la Bibliothèque Bernheim. Les travaux sont finis !!!

 

DEVOIR : drôle de métier
Péteur de câbles

câbles

Alcide était né avec une particularité qui faisait de lui un monstre, pour ceux qui ne le connaissait pas : il était né avec des dents en acier… Pressé de voir ce monde, il était arrivé en seulement deux poussées. Personne n’étant là pour assister la parturiente, il avait tout de suite décidé de trancher le cordon ombilical, puis, blotti dans les bras de sa maman, il lui avait fait un magnifique sourire… Il se demandait encore pourquoi elle avait hurlé. Horrifié par ce rejeton, que tout le monde avait aussitôt surnommé « Requin » (voir James Bond !), sa mère avait décidé qu’elle ne l’allaiterait pas – on peut comprendre ! Le jeune Alcide tranchait toutes les tétines de ses biberons jusqu’à ce son père lui en fabrique une en kevlar. Tant bien que mal et quasi dans l’indifférence générale, Alcide grandit et devint un très beau jeune homme, très fort et très grand. A l’école, il avait toujours de bonnes notes, même si quelquefois, il ne les méritait pas tout à fait… Mais ses maitres et professeurs étaient toujours effrayés de son physique si trompeur… Car Alcide était placide ! Heureusement, d’ailleurs !
Un jour cependant, il perdit son calme : au retour de l’école, il trouva, à son habitude, sa mère devant la télé. Elle y passait le plus clair de son temps. Lassé et blessé par tant d’indifférence, Alcide coupa le câble d’un coup de dents. Sa mère hurla et le jeta dehors. C’est ainsi que naquit sa vocation.
Alors qu’il errait, seul, dans la rue, il croisa une manifestation altermondialiste. Il fut intéressé par leur combat et les suivit. Il trouva ainsi une famille qui prit bien soin de lui. Ses nouveaux amis l’amenaient, tous les samedis, en pleine campagne pour qu’il pète tous les câbles qui enlaidissaient le paysage : câble de téléphone, d’électricité, fibre optique…
Alcide était tellement avide d’amour et de reconnaissance qu’il faisait tout ce qu’on lui demandait. Un jour, pourtant, le « pétage de câbles » tourna mal. Les habitants de la région en avaient plus qu’assez de ces détériorations de matériels et étaient en train de péter le plombs. Aussi, organisèrent-ils une mission punitive et mirent-ils au point un guet-apens pour capturer ce vandale.
Le coupable fut amené sur la grand place du village et le dentiste lui arracha publiquement et sans anesthésie ses dents en acier. Le pauvre Alcide cria beaucoup et péta même une durite…
Par la suite, les villageois, qui n’étaient pas de mauvais bougres, se cotisèrent et lui offrirent des prothèses aussi belles que de vraies dents.
Les filles s’aperçurent alors qu’Alcide était beau. Il épousa l’une d’entre elles et, à partir de ce jour mena une existence ennuyeuse, comme tout le monde…
Fabienne

Cable

Je suis jeune ! Cette affirmation fait toujours plaisir. Mais dans mon cas, je suis à l’évidence trop jeune. Ce n’est pas que mon poste de travail soit si exigeant, un peu dangereux, quand même.
Mon curriculum vitae avait attiré l’attention de mes supérieurs. A 24 ans, j’étais l’auteure d’une thèse de près de cent pages sur Thomas Edison, sa vie et son œuvre. Le sourd qui créa le phonographe. Le titulaire de plus d’un millier de brevets industriels. Le fait qu’il ait eu l’idée de l’ampoule électrique m’a toujours fait rire. Comme dans les BD : comment mieux exprimer l’apparition d’une idée qu’en dessinant une ampoule à incandescence ? Cette thèse, je l’ai soutenue à la faculté de lettres d’Alger. Dès 1938, mon père nous avait expatrié vers la capitale algérienne, craignant pour ma mère de nationalité allemande. En 1943 ma formation a été ultra-rapide. En un an à peine, me voilà merlinette. Nous, les femmes, nous remplacions les hommes, militaires des transmissions, appelés à combattre les Nazis.
Après bien des péripéties aventureuses, je suis arrivée à Paris il y a trois mois. Très vite, je me suis faite embaucher à la kommandantur, à l’hôtel Meurice, près de l’Opéra. Mon allemand berlinois parfait (perfekt), de faux certificats persuasifs et ma robe légère en cette toute fin de printemps, m’ont permis d’obtenir ce poste de secrétaire auprès des agents de transmissions.
Ce service occupe  le grand dressing de la suite royale au dernier étage de l’hôtel. Le reste de l’immense appartement est dévolu à Von Choltitz et son état-major, mais ils n’y dorment pas la nuit et les soirées sont calmes. Heureusement nous sommes très peu nombreux et le manque de place ne se fait pas trop sentir dans cet imbroglio de fils et de branchements. Le caporal Verndt et le sergent Berndt sont commandés par le sous-lieutenant Ernst. Je ne vous donne pas leur grade en langue teutonne, j’aurais l’impression d’éternuer trois fois. Ernst est vraiment très beau. Mince, élancé, cambré dans son uniforme très ajusté, il a les cheveux châtains coupés en brosse courte. Ses mirettes ont la couleur du lac Alpsee en hiver, sans la glace. Il parle français avec le doux accent que les germaniques ont quand ils ne hurlent pas des ordres ou des injures. Cela faisait partie de ma mission d’obtenir rapidement la confiance de mes employeurs. Avec Ernst je crois y être parvenue et même un petit peu plus certains soirs. Nous avons des horaires stricts : Ernst et moi de 8 heures à 23 heures, la nuit pour les deux autres lourdauds. Ils sont si peu débrouillards qu’ils nous laissent interpréter les messages nocturnes.
Depuis un mois, j’ai réussi à convaincre Ernst de ne s’occuper que des câbles venant d’Allemagne ou en allemand. Moi je traite ceux venant de France et en particulier ceux de Vichy. Les plus urgents viennent directement du QG d’Hitler ou du Berghof. Nous les décodons (oui, moi aussi maintenant !!!), transcrivons et transmettons le plus vite possible aux pièces voisines. Depuis quelque temps et en particulier depuis l’attentat du 20 juillet, les câblogrammes sont de plus en plus délirants sur la forme, et même parfois sur le fond. Von Choltitz est revenu de Berlin en traitant son Fürher de dingue en présence de ses officiers de confiance. Devant certains messages, le regard d’Ernst se trouble, proche des larmes. Sa famille a servi militairement l’Allemagne depuis plusieurs générations mais dans la tradition humaniste exprimée par Thomas Mann. Il souffre de voir les populations harcelées par la SS. Sa francophilie s’est-elle accentuée du fait de ma présence ? J’apprends par cœur les câbles les plus importants. Le soir, je les traduits et les transmets à Madeleine, mon contact à Pigalle. Si je puis aider à ce que la guerre finisse vite…
Au début de ma présence, nous corrigions seulement la forme des messages les plus agressifs. De fil en aiguille, nous avons été tentés d’en modifier la signification. Les collabos pétainistes me donnaient la nausée. Cette altération des dépêches est devenue un jeu, dangereux certes, mais nous riions sous cape. J’ai déclenché l’hilarité d’Ernst un soir alors qu’il m’avait embrassée à l’ombre d’une rue. « Sais-tu ce que nous sommes : nous sommes des péteurs de câbles ». Il a tout de suite saisi le jeu de mots car il connaissait les péteurs de durites, de plombs ou de boulons, nombreux dans sa famille. Cette activité de péteur de câbles, nous l’appliquions avec intelligence et surtout avec nos convictions. Pour Ernst cependant c’était convictions anti troisième Reich et intelligence avec l’ennemi. Et, je peux bien le dire, assez souvent je pétais la trouille !
Le 22 août, les alliés approchent de Paris et je sais que la 2ème D.B. est en tête. Je l’ai dit à Ernst qui sait depuis longtemps que menée par un aliéné, l’Allemagne a perdu la guerre. Il sait aussi que son honneur passera par le sacrifice. Quant à moi, quel sera mon sort si les FFI me dénichent ici ?
Les allemands avaient miné la plupart des édifices parisiens importants. En amenant un de nos messages bidouillés, j’ai vu sur le bureau d’un adjoint de Von Choltitz la carte détaillée des sites. Très tard pour en informer quiconque mais j’essaierai. Paris connaîtra-t-elle le sort du Havre dévasté par les bombardements alliés ? J’aime Paris, même si je ne la connais que depuis peu. Je suis persuadée qu’Ernst l’aime aussi.
Dans l’après-midi, nous parvient un câble monstrueux échappé du crâne dément du moustachu lui-même. Exécution immédiate, ordre formel de raser la capitale de la France. Heureusement, nous sommes seuls. Je prends Ernst dans mes bras, nul besoin de mots. Sur le cahier qui collige les câblogrammes je ne note rien. Notre activité de « péteurs de câbles » trouve sa pleine justification.
Le 23 août, Leclerc approche de la Porte d’Orléans. Nous choisissons de ne toujours pas transmettre. Nous ne le ferons que le 24 au matin. Ernst, très pâle, se lève de son bureau, réajuste méticuleusement son uniforme et me jette un regard comme si c’était le dernier. Il entre dans ce bureau de commandement devenu immense. Il tend le câble dont nous avons maladroitement effacé la date et le remet à Von Choltitz en mains propres. Celui-ci le prend calmement, le lit et sans un mot le froisse dans sa main gauche en regardant les toits de Paris. Ernst qui comprend tous les messages revient me serrer dans ses bras. Le soir nous recevons le fameux « BRENN PARIS ? » d’Adolphe.
Maintenant je peux vous le dire : péter un câble, ça fait du bien !
Bertrand

 

Ctulu

Puisque sa vie était presque uniquement constituée de paradoxes, Arthur avait dû s’habituer. Lui qui avait toujours été célibataire auparavant avait réussi, un mois plus tôt, à sortir avec une fille très sympa et pas trop mal faite, Amandine. Et depuis l’amour durait. De même, lui Arthur, qui était doux comme un agneau, pétait des fois une durite et entrait dans une sorte de transe de fureur incompréhensible, sans qu’on sache pourquoi. Cela lui avait d’ailleurs valu le surnom de « péteur de câble ». Lui non plus d’ailleurs ne savait pas pourquoi, d’autant plus que l’élément déclencheur était souvent stupide et infime. Une fois, il avait trouvé le pain des tartines de son goûter trop dur, et pour passer ses nerfs ils avait écrasé dans sa main la miche pendant deux bonnes heures, et à la fin il ne restait au final plus qu’une montagne de miettes, trônant royalement sur la table. Cependant, bien qu’Arthur fût un habitué des situations paradoxales, il n’aurait jamais pu se douter que son samedi soir serait si ordinaire, et que sa nuit de samedi serait extraordinaire à ce point.
Samedi soir – ainsi que dit plus tôt – fut une nuit d’une banalité presque inquiétante. Amandine était d’ordinaire prompte à aller à la baie des Citrons boire bières sur bières (sans alcool, évidemment, mais le placebo avait malgré tout un effet immédiat sur son cerveau). Toute la journée elle avait été à son salon de coiffure qui faisait aussi la manucure, et une coiffeuse du nom de Lola avait occupé tout son après-midi, en lui racontant sa vie. Son épuisement était, ainsi, plus que justifié. Elle se coucha vers vingt heures, et son couche-tôt de copain l’avait suivi immédiatement, trop content de pouvoir dormir à huit heures du soir avec une petite amie aussi fêtarde. Celle-ci, comme d’habitude, vissa ses écouteurs dans les oreilles, tout en allumant son téléphone pour cliquer sur une vidéo intitulée « ondes delta musique relaxation pour dormir dix heures ». Arthur, lui, surfa un peu sur le net, puis s’endormit, l’IPhone encore serré contre sa poitrine. Il en oublia de fermer les stores, si bien que là lueur de la lune, baignant la pièce, l’aida à atterrir dans les bras de Morphée.
Bien plus tard dans la nuit, Arthur se réveilla. Pas étonnant, il avait un sommeil très léger, puisqu’il adorait ronfler et qu’il était toujours affligé de cette malédiction des paradoxes. Il n’osa pas bouger, trop fatigué pour esquisser le moindre geste, et se contenta de glisser un regard par-dessus son épaule. Ce qu’il vit finit de le paralyser.
Juste devant le lit, courbés au-dessus de la couchette, trois hommes fixaient Amandine. Leurs capuches vert olive, démesurément grandes et pointues, les faisaient ressembler à des membres de l’Inquisition, voire du Ku-Klux-Klan. Ils parlaient entre eux à voix basse, et Arthur se félicita d’avoir bien révisé ses examens d’anglais pour comprendre leurs murmures. Celui qui était le plus à droite demanda :
- Pensez-vous qu’elle fera l’affaire ? Elle dort avec un jeune homme, est-elle vierge au moins ?
Arthur ne put retenir un sourire las ; oui, elle était vierge.
- Voyons, cher acolyte, lui répondit celui à ses côtés, nous ne pouvions rêver mieux ! Cette donzelle sera la treizième, et enfin nous réussirons. Cette jeunesse pervertie et délinquante est certes assez versée dans les pratiques des plaisirs corporels, mais je ne pense pas que ce soit ici le cas. Même le jeune homme semble des plus assoupis, qu’attendons-nous ?
- Prudence, prévint le dernier, il se pourrait tout de même que nous rentrions avec une impure. Je vais employer l’immense puissance du grand Cthulhu, son savoir me permettra de combler notre ignorance.
Arthur se souvint qu’il avait déjà entendu ce nom quelque part. Oui… dans les bouquins de sa tante un peu givrée : une nouvelle s’appelait « l’Appel de Cthulhu ». Tout ce qu’il savait, c’était que ce livre était à mi-chemin entre horreur et fantastique. Aucun renseignement sur le personnage, cependant. Il remarqua, grâce à la lumière de la lune, que celui qui venait de parler avait posé ses mains sur le ventre d’Amandine. Tétanisé, Arthur ne vit que les ongles, noirs et longs de cinq centimètres, qui enserraient sa bien-aimée. Il lui sembla que l’air vibrait légèrement, et qu’une légère aura d’un vert malsain enrobait les mains de l’intrus. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que la vibration était due aux voix des visiteurs, qui manifestement s’échauffaient les cordes vocales. Ils fermaient tous les yeux, ce qui soulagea grandement le jeune homme. Il remarqua aussi que leurs visages n’étaient pas couverts, laissant apparaître leurs traits disparates. Puis, à son grand étonnement, ils se mirent à chanter. Enfin, on aurait dit une chanson au premier abord, mais en fait ils parlaient en rythme, dans une langue incompréhensible. Leurs voix graves invoquaient dans la petite pièce un poids omniprésent. L’air était plus lourd, les respirations plus pénibles. Arthur pensa qu’il venait de prendre dix kilos en un instant. Il se focalisa sur les paroles du chant, captant des syllabes inintelligibles.
- Cthulhuuu Iä… Cthulhuuu fhtagn… ghtakt zhrôxx Igniapp…
Dans un éclair de lucidité, Arthur se souvint que, plaqué contre son torse nu, se trouvait son IPhone. Discrètement, il leva le bras (ce qui ne parut déranger personne) et saisit le portable. Réduisant la luminosité au maximum et mettant le son sur off, il tapa sur Google « Cthulhu » et appuya son doigt sur l’écran, qui afficha la page Wikipédia référente.
« Cthulhu est une créature fantastique de fiction tirée de l’œuvre littéraire de l’écrivain américain Howard Phillips Lovecraft. Il apparaît pour la première fois dans la nouvelle « l’Appel de Cthulhu », publiée en 1928. Gigantesque monstre sous-marin, il possède une tête de seiche ainsi que des tentacules de pieuvre et des ailes semblables à celles d’un dragon. Certains humains dévoyés lui vouent un culte immémorial. »
En premier lieu, Arthur se félicita de s’être souvenu du nom de la nouvelle ; En second lieu il fut terrifié par cette description, et encore plus par le lien qu’il fit entre « les humains dévoyés vouant un culte immémorial » et les sinistres personnages tout près de lui. Il entraperçut, attachés à leurs cous, des pendentifs représentant un tentacule ondulé, coulant vers le bas sur quelques centimètres, puis se refermant sur un cœur arraché, ce qui finit de dissiper ses doutes sur le sujet. Il glissa vers le haut pour continuer sa lecture.
« Monstre abyssal et divinité aquatique maléfique, on dit  que Cthulu apparaît en rêve aux personnes qu’il va visiter. Un choix s’offre à eux : rejoindre son cercle de fidèles, ou périr d’une manière aussi douloureuse que raffinée. »
Alors qu’il poursuivait ses recherches, Arthur ne put s’empêcher de comparer Cthulhu à Davy Jones, le pirate à tête de poulpe dans les films « Pirates des Caraïbes ». Il poursuivit, le souffle coupé à la fois par ses découvertes et par l’ambiance littéralement oppressante de sa chambre.
« Une prophétie de ses adorateurs, tirée du célèbre Nécronomicon, veut que Cthulhu dorme sous l’océan Pacifique d’un sommeil éternel, que seul le plus fervent des rituels pourrait briser. Il est intéressant de noter que Cthulhu étant censé être défunt depuis bien longtemps, la créature échappe à la mort grâce au sommeil et au rêve, aboutissant ainsi à une des prophéties du livre fictif : « N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort » ».
En toute hâte le jeune homme, terrifié, éteignit son téléphone et s’immobilisa de nouveau, car les psalmodiassions avaient cessé et les sombres inconnus semblaient émerger de leur torpeur. L’atmosphère s’allégea, et il sembla à Arthur qu’on avait ôté de ses épaules un sac de trente kilos.
- Plus aucun doute, mes frères, déclara d’une voix triomphante l’un d’entre eux en ôtant ses serres d’ Amandine, il s’agit bien d’une pucelle.
Les dents des fidèles, toutes aussi pointues que des crocs de vampires, étincelèrent dans la nuit, faisant frissonner Arthur encore plus fort.
- Plus rien ne nous retient ici. Partons et ramenons au Seigneur la treizième vierge, proposa l’un des trois.
Ses ongles à lui, bien que toujours longs, étaient nettement moins démesurés que ceux de son confrère. Ses doigts s’assemblèrent et s’imbriquèrent en une forme complexe, puis il les écarta. Au fur et à mesure qu’il ouvrait les bras, une image étrange se dessinait devant lui, entourée de l’éclat vert malsain de tout à l’heure. Arthur n’eut pas le temps de  s’étonner de ce nouveau prodige ; il frôla l’infarctus lorsqu’un des sorciers prit Amandine dans ses bras, hypnotisée par sa musique relaxante dans les oreilles. Elle faillit se recevoir du vomi sur la face : son amoureux avait le cœur au bord des lèvres tant l’odeur de poisson pourri du ravisseur était forte. Il se tenait l’estomac ; il n’avait jamais connu pareille pestilence, il s’en rendait compte à présent que ce qui dégageait ladite pestilence était si proche. Heureusement, l’adepte passa au travers de l’image et parut passer dans une autre dimension. La projection était en fait un portail ! Poussé par son amour, Arthur se jeta vers le passage alors qu’il se refermait derrière les intrus. Il s’efforça de ne pas se remémorer les innombrables passages de film où les méchants se faisaient couper en deux, incapables de passer totalement dans un portail comme celui-ci. Deux secondes plus tard, quand il ouvrit timidement un œil, il remercia le ciel d’être toujours entier, et en plus, de ne pas avoir été repéré. perdu dans son nouvel environnement, il se cacha vite derrière un pilier à sa droite. Il observa ensuite avec un peu plus d’attention le reste de la salle.
Il s’agissait en fait d’un véritable hall. Derrière lui, une immense porte, en bois olivâtre, haute comme quatre hommes. Les poignées métalliques avaient été sculptées de manière à ce qu’on croit qu’une pieuvre s’emparait des serrures, passant ses tentacules à travers le verrou. Le plafond, haut d’une dizaine de mètres, était la toile d’un tableau gigantesque : il y était représenté Cthulhu, la Terre enrobée dans sa barbe de tentacules, entouré de ses prêtres, disposés derrière lui en demi-cercle. Il aurait été difficile de déterminer si le tableau devait être pris au sens propre ou au sens figuré.
En descendant on se rendait compte que si la salle était vraiment haute de plafond, elle n’était pas aussi grande qu’on s’y attendait. Les entrées, identiques et aux bouts opposés du hall, étaient flanquées chacune de deux colonnes d’un matériau indéfinissable, puis suivies de quelques marches menant à une étrange partie de la pièce. Directement après les marches, sans porte, se trouvait un pédiluve qui couvrait tout le reste de la salle.
Arthur remarqua que deux autres adeptes se tenaient debout dans le bassin, et parlaient entre eux. Ils étaient semblables à ceux qu’il avait vu auparavant. En observant les acolytes qui lui avaient rendu une petite visite, il vit qu’aucun ne portait de chaussures. Leurs pieds écorchés témoignaient qu’il en était ainsi depuis longtemps. Les porteurs desdits pieds se mirent en mouvement, se rendant directement dans le pédiluve. Celui qui portait Amandine rit avec les autres :
- Nous avons la treizième vierge ! Il serait cependant fâcheux que nos frères soient en retard…
- Bah, le nécessaire pour le rituel est complet ! Quand je pense que les satanistes doivent en attraper 666, ha ! Ça me fait bien rire.
- Oui, mais elles n’ont pas besoin d’être vierges, ce qui est de nos jours un sérieux avantage.
- Bref, nous allons pouvoir commencer. Je vais chercher la Gardienne du Grimoire, préparez comme il se doit cette pucelle.
Celui qui tint ces mots s’en alla ensuite sortir par la porte opposée à celle d’Arthur. Ses quatre comparses se disposèrent autour d’Amandine, qui lévitait à un mètre de l’eau, au beau milieu du pédiluve. À ce stade-là, plus rien n’impressionnait son petit ami. Sortant de leurs ceintures des flasques de métal les prêtres ouvrirent les bouchons et, doucement, se mirent à oindre leur captive d’une huile dont Arthur pouvait sentir la puanteur de là où il était. Heureusement elle conserva tous ses vêtements.
Le dernier des encapuchonnés revint, suivi d’une femme portant un uniforme un peu différent des autres : il était totalement blanc. Sa tête n’était pas couverte par une capuche mais par un étrange casque en cuivre oxydé, couvrant les yeux, qui lui faisait une espèce de collerette derrière le crâne. Son pendentif ne représentait pas un poulpe arrachant un cœur, mais un livre ouvert dont les écrits luisaient du même éclat vert malsain que celui invoqué par la magie des adeptes. Ils était clair qu’il s’agissait de la Gardienne du Grimoire, d’un rang nettement supérieur aux hommes dans la salle. Elle questionna :
- Avez-vous vérifié qu’elle soit vierge ?
- Ne vous inquiétez point, ô Gardienne, nous avons pris le temps de nous assurer de cela.
- Dans ce cas, parfait. Les autres vont arriver d’un instant à l’autre, avec leurs pucelles respectives.
Elle leva les bras au-dessus de sa tête et sembla regarder quelque chose se trouvant dans l’œuvre du plafond. D’une voix vibrante de ferveur, elle déclara :
- Cette nuit, mes amis, restera gravée dans l’histoire comme celle de sa fin ! Cette nuit nous invoquons le plus sublime, le plus puissant d’entre tous ! Celui qui murmure dans les ténèbres… Ctuuuuulhuuuuuu !
- Iä ! Iä ! Cthulhu fhtagn !
Ces dernières paroles avaient été prononcés par les acolytes, entre temps rejoints par bon nombre de leurs semblables. La femme aveugle reprit :
- Cette nuit, nous utilisons la puissance infinie des abysses pour tirer notre maître de son sommeil ! Ainsi que d’autres l’ont dit avant nous, « N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ». Patience, mes frères, patience ! Bientôt, nous serons submergés par la grâce du dieu tentaculaire, ainsi que tous les hérétiques pullulant sur cette infâme planète ! Notre salut à tous sera remis entre les mains du grand Cthulhu… Et pour nos services, je vous l’assure, il nous accordera une place de choix dans son nouveau monde !
La salle était à présent bondée : tous les adeptes avaient rejoint la cérémonie, et tous priaient, exaltés. La Gardienne continua, emportée par son propre discours :
- Vous savez tous, chers Zélotes, que je suis depuis de nombreuses années la détentrice du Codex. Nous allons utiliser sa puissance, couplée à la nôtre, et les incantations qu’il contient ! Servons-nous… du Nécronomicon !
Elle leva les bras vers le Cthulhu du plafond. Il sembla à Arthur, observant la scène dans un silence religieux, que le monstre en deux dimensions s’animait pour ouvrir sa grande main griffue et palmée. Il ne rêvait pas : le dieu maléfique s’agita, et de sa main surgit un éclair qui partit en direction des bras de sa servante. Une fois que la foudre se fut abattue sur la femme, tout le monde put apercevoir qu’elle tenait à présent entre ses doigts en mauvais état un gros livre, à la couverture de cuir noir. Scrutant l’assemblée, elle poussa un cri de triomphe, bientôt relayé par ses collègues. Tous s’activèrent soudain ; leur chef tonna :
- Amenez les vierges ! Elles seront sacrifiées dans leur ordre de capture.
Quoi ? Un sacrifice humain ? Arthur pesta : il aurait dû s’interposer ! Empêcher ces fous de kidnapper Amandine ! Ainsi, il ne serait pas là, et n’aurait pas à regarder sa petite amie se faire ouvrir le ventre en l’honneur d’un dieu vétuste !
Il s’énervait contre lui-même, à présent, ce qui, quand on y pense, était assez égoïste, vu la situation de sa moitié. Mais, au fond de lui, il savait alors qu’il faisait bien. Il voulait déclencher la rage du péteur de câbles, ce qui ne se faisait que lorsqu’il se focalisait sur une petite chose insignifiante.
Les cultistes s’affairaient, et avaient déjà amené six des treize vierges. La prêtresse, qui maintenant lévitait, assise en tailleur au-dessus de la foule, feuilletait avec grande attention le Nécronomicon. La première de couverture était ornée d’un petit poulpe de jade, incrusté dans le cuir sombre.
- Ô, Celui qui murmure dans les ténèbres, vociféra la femme, nous t’invitons dans notre monde ! Puisses-tu le faire tien et y apporter ton salut !
La première vierge avait été assommée et flottait à la surface de l’eau du bassin. La fanatique arracha un morceau, rouillé et pointu, de son casque métallique. Elle le jeta sur sa victime au visage, et la lame improvisée se ficha dans les chairs faciales avec un bruit répugnant. L’eau du pédiluve s’empourpra, et on mit la deuxième vierge par-dessus la précédente afin de procéder pour la seconde fois au sacrifice.
Ayant assisté au meurtre, Arthur était choqué. Rien que l’odeur métallique du sang qui remplissait la salle lui donnait la nausée. Il lui avait toujours fallu un élément déclencheur pour déchaîner le péteur de câbles en lui. Or, le déclencheur était plus que présent, mais le péteur de câbles refusait de se montrer, paralysé par la peur.
Les Zélotes psalmodiaient à présent une funeste incantation, tous en chœur. Une autre fille tomba sur le tas, montant le nombre de corps à six. Les cadavres n’en étaient plus vraiment ; la peau et les muscles des sacrifiées avaient fondu pour se mélanger avec l’eau sanglante, et former une masse informe de tendons, de chairs et d’organes disparates.
Plus le rituel avançait et plus les adeptes chantaient fort. En assassinant la huitième vierge, et donc en détruisant un peu plus sa coiffe, la prêtresse révéla son crâne chauve et son front, où se trouvait un troisième œil, fermé.
L’horrible mélange qui baignait dans le bassin se mit à bouillir. Il remuait dans tous les sens, parfois même des bulles apparaissaient à sa surface immonde, puis éclataient en éclaboussant les fidèles les plus proches.
Arthur en avait assez. Il craquait. Il se tenait la tête avec ses mains pour ne plus entendre ni les humains immoraux qui sacrifiaient des innocentes, ni l’amas de viande surnaturellement vomitif. Il ne voulait plus rien entendre ; il ne voulait plus rien voir, sentir, toucher ou goûter. Il voulait perdre tous ses sens afin de pouvoir échapper à cet enfer bien trop violent. Il avait songé un moment à se jeter sous les lames de la tueuse, rien que pour pouvoir partir d’ici. Mais, malgré lui, il écouta d’une oreille distraite ce qui se passait, et ne capta qu’une phrase, qui suffit à le faire réagir.
« Cthulhu, la treizième vierge est à toi ! »
Le péteur de câbles s’empara de tous ses sens et appuya sur le bouton off, faisant pareil avec le cerveau et sa prudence. Désormais seuls le cœur commandait à ce corps, et lui ordonnait « Va la sauver ! ». Sans aucune peur et même emparé d’une euphorie guerrière digne des Vikings, Arthur sortit de sa cachette et sauta vers les acolytes. S’appuyant sur la tête de l’un d’eux, il bascula vers Amandine en hurlant son nom, et tendit la main en direction du projectile qui allait tuer la tuer. La flèche se planta dans sa paume, mais il ne broncha pas et saisit sa bien-aimée par la taille. Dans un effort surhumain, il sauta, la fille dans les bras, et atterrit hors du cercle des adeptes.
- Un hérétique ! Hurla la prêtresse, dont le troisième œil s’était ouvert en grand. Comment est-il arrivé ici ?
- Devons-nous l’attraper ? Demanda un fidèle.
- Non, il a la treizième vierge. Tuez-les !!!
Mais aucun éclair, aucun jet de flammes, aucune magie n’atteignit les adolescents. Tous les Zélotes regardaient la viande bouillonnante, qui gonflait démesurément.
- Cthulhu ! Il arrive ! S’écria la femme. il lui manque une vierge !
Plutôt que de courir vers Amandine, elle attrapa un de ses larbins par les cheveux, regarda sa tête et, la jugeant assez repoussante pour servir d’assurance pucelage, la jeta dans la soupe d’humaines.
L’air empestait la viande pourrie, et ce, tellement fort que tous dans la salle pouvaient en sentir le goût sur leurs lèvres. Un grand craquement résonna dans le hall qui, malgré sa hauteur de plafond était envahi par l’atroce tas de cadavres. Arthur observa, encore sous l’adrénaline du péteur de câbles, le Cthulhu du plafond s’animer de nouveau et se glisser dans la chair mouvante. Celle-ci cessa de se mouvoir. Elle se mit à se sculpter elle-même et à prendre un teint vert malsain déjà connu d’Arthur.
Les adeptes, dans une transe et une extase proches de l’orgasme, étaient accroupis dans le bassin dégoûtant. Ils admiraient, les bras ballants et la bave aux lèvres, leur Seigneur se matérialiser devant eux. Ils semblaient totalement « légumifiés », comme privés de leur volonté. Ni la prêtresse ni les jeunes survivants ne parurent aussi affectés par cette apparition.
La « pâte à modeler » sanglante avait maintenant fini de se former. Cthulhu correspondait bien à la définition de Wikipédia : monstre immense, ailes de dragon dans le dos, mains griffues et palmées, tête de poulpe et donc barbe de tentacules. Il se baissa, et s’approcha de la foule de serviteurs qui le dévisageait. La prêtresse prit la parole :
- Ô Maître, Ô sublime Dieu des océans, nous sommes tes humbles serviteurs, tes fervents admirateurs, et les artisans de ton retour sur cette terre ! Nous avons accompli le rituel ! Le Nécronomicon avait raison :  « N’est pas mort ce qui à jamais dort, et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ».
Cthulhu regarda sa servante et lui dit :
- Le rituel précise treize vierges, mortelle, et je n’en ai reçu que douze, le dernier humain n’étant pas puceau. Tu as de la chance que je sois de bonne humeur ! J’ai tué pour moins que ça.
La créature tourna son faciès animal vers Arthur et Amandine
- Je suppose que ces deux personnes ne font pas partie de mon culte, et que la fille est la fameuse vierge, sauvée par le garçon. J’admire ton courage, petit.
En un éclair, il saisit le couple avec ses tentacules. Approchant le jeune homme de ses yeux jaunes, il lui fit entendre dans sa tête :
- Malheureusement, tu nuis à mes plans, et je ne peux pas me permettre de te garder en vie.
Arthur se mit à se débattre, mordant les membres visqueux. Cela ne plut pas à Cthulhu ; il déversa sa volonté divine sur le jeune homme qui se mit à hurler de douleur en convulsant.
Puis, sans savoir qu’il était, avec sa copine, le premier d’une longue série, l’insignifiant humain se fit dévorer par Celui qui murmure dans les ténèbres.

Note : Toutes les informations données dans ce récit à propos de Wikipédia ou de l’univers Cthulhique sont tirées des œuvres de Lovecraft. Et donc, en termes littéraires, entièrement vraies.
Loup

boxer

Nash, le péteur de câbles, un pro

Il y a longtemps déjà, nous avions un boxer du nom de Nash.
J’avais toujours cru que c’étaient des chiens calmes.
Après un début de vie périlleux (on aurait dit un petit Biafrais qui tenait à peine sur ses quilles..), il était resté de petite taille, mais pétait la forme.
A vrai dire on ne savait jamais ce qu’il allait pouvoir inventer en notre absence.
C’était un spécialiste en tout genre :
- une fois il avait crevé de ses dents acérées toute la réserve de jus de fruits, une douzaine de packs.
- une autre fois il avait réussi à ouvrir une boîte de chocolats, découpant l’emballage cadeau  par le milieu, sans laisser de trace.
Là, c’était trop fort !
Sur la terrasse nous avions un aquarium, la fierté des enfants.
Des bulles, de la lumière, un jardin aquatique.
A notre retour du travail un soir, surprise, plus rien ne fonctionnait.
Qui donc avait soigneusement sectionné le câble d’alimentation électrique ?
Ce ne pouvait être que lui.
Nous l’avons surnommé Nash, «Le péteur de câbles ».
Pourquoi pas ?
Il existe bien des chiens d’aveugles, des chiens renifleurs, des chiens boxers ou boxeurs..
Nous avons toutefois fait en sorte de ne plus jamais l’autoriser à exercer ce périlleux métier.
Lucile


Exercice
 : Ils se réunissaient chaque mois, un coup chez l’un, un coup chez l’autre. Cette fois, c’est Vendredi qui recevait. Mercredi s’était excusé, un cinq à sept le retenait ailleurs.

jours

Ils se réunissaient chaque mois, un coup chez l’un, rarement chez l’autre. Cette fois exceptionnellement c’est Vendredi qui recevait. Mercredi s’était excusé. Un autre cinq à sept le retenait ailleurs.
Semaine était leur famille et, comme de bien entendu, ils étaient sept. Ces gros bonnets de la finance avaient, comme de bien entendu, un magnifique ego. Leur mois, bien que changeant toutes les quatre semaines environ, cherchait toujours à surpasser les autres. C’est ainsi que Lundi cherchait à subjuguer Jeudi et haïssait Dimanche qui le précédait toujours. De plus, quand dans le décours de la conversation on lui disait « comme un lundi », il pétait un câble. Mardi était un peu gras, surtout en février. Mercredi s’occupait de ses petits-enfants et avait un peu délaissé les actionnaires, mais touchait ses dividendes. Jeudi était jupitérien mais jovial. Vendredi haïssait le poisson surtout le premier jour d’avril. Samedi avait finalement accepté de réunir chez lui les membres de la famille Semaine, même s’il faisait shabbat. Dimanche savait qu’il était le meilleur puisqu’il golfait.
C’était un cinq à sept parce qu’on tolérait l’absence de deux membres maximum, pour atteindre le quorum. De quoi discutait-on lors de ces séances peut-être contradictoires ? De tout et de rien. Que finalement les heures sont longues et que les jours se suivent et se ressemblent.  On essaya bien des les remplacer, ces jours si longs. On obtint seulement de leur donner un nom étranger, chinois ou arabe, ou de les représenter par un idéogramme. Tout cela n’avait guère d’importance et ils optèrent à chaque fois pour le statuquo. Leurs revenus gérés par intelligence artificielle croissaient chaque jour de la semaine que les cours montent ou descendent.
Leur credo était qu’à chaque jour suffit sa peine, surtout s’il n’y en a aucune, de peine.
Bertrand

Jeudi arriva le premier, il était toujours en avance, pressé d’être vendredi…
Lundi, au contraire, se pointa largement en retard, comme d’habitude. Toute sa sainte journée, il ne faisait que trainer. Mardi, un peu plus guilleret, mit le pied sur la porte pile quand dix-sept heures sonnait. Pendant ce temps, Vendredi, en rajoutait, disant qu’il était le préféré ; il prenait son temps, paradait.
Les jumeaux, samedi et dimanche, arrivèrent bien sûr en même temps, mais à peine furent-ils là qu’ils voulurent s’éclipser. Jeudi rouspéta :
-       C’est toujours pareil, dès qu’on vous voit arriver, vous disparaissez aussitôt. Pas moyen de faire quoi que ce soit avec vous !
Soudain, Vendredi demanda le silence et annonça d’un air grave :
-       Chers amis, plus que jamais, nous avons besoin d’être soudés car voilà que j’apprends que cette semaine, on va nous retirer une heure. Alors je vous demande : qui voudrait bien se sacrifier ?
Un silence pesant plana. Personne ne voulait se voir amputer d’une heure, il passait si vite déjà… Mardi demanda :
-       Et pourquoi veut-on nous voler une heure ?
-       Vous le savez bien, comme chaque année, nous allons entrer dans l’heure d’été. Mais soyez sûrs que cette heure que vous allez généreusement donner vous sera rendue en octobre… enfin… en principe.
-       Comment ça, en principe ?
-       Parce que, en général, c’est toujours entre le samedi et le dimanche qu’on la rend…
Les jumeaux firent comme s’ils n’avaient pas entendu et, inséparables, proposèrent une demi-heure chacun, mais bien sûr, la proposition ne fut pas retenue.
Voyant que personne n’était prêt à s’amputer de la moindre minute, Vendredi proposa que cette année, à l’unanimité, c’est Mercredi qui serait raccourci… Eh oui ! Les absents ont toujours tort !
Fabienne

Ils se réunissaient chaque mois un coup chez l’un, un coup chez l’autre et  c’était toujours une fête mémorable, bien arrosée comme il se doit et réjouissant les papilles de chacun ce qui ne gâchait rien.
Lundi avait une âme d’artiste et profitait des débuts de soirée, encore sobre, pour montrer quelques toiles et réciter d’obscurs et tortueux poèmes.
Mardi  pour sa part, était l’organisateur émérite de ces sympathiques agapes.
Mercredi en  était le bout en train, celui  qui savait comme personne faire prendre la mayonnaise en faisant de chacune de ces rencontres mensuelles un joyeux moment de détente où blagues et rires fusaient.  Évidemment, ce caractère enjoué  faisait de lui la coqueluche de la joyeuse assemblée.
Jeudi était le plus taciturne mais savait lever le coude avec une régularité de métronome tout en resservant chaque convive. Aucun verre vide ne lui échappait.
Samedi et Dimanche étaient copains d’enfance  et depuis leur plus jeune âge  adoraient faire des blagues qui, hélas ! n’étaient pas toujours du meilleur goût.  Cette fois-là c’est vendredi qui recevait mais malheureusement mercredi était absent,  un cinq à sept le retenait ailleurs. Personne ne connaissait l’heureuse élue  car mercredi, contrairement à son habitude, avait été très discret sur cette relation. Son absence ne pouvait passer inaperçue et  tout le monde s’interrogeait, vendredi n’ayant pas voulu écorner le secret.
Samedi et Dimanche, sans ce consulte, mais d’un accord tacite, étaient bien décidés à intervenir pour percer ce mystère et révéler à tous l’identité de la jeune-femme ; pas de cachotterie possible avec des amis de si longue date ! Grâce à quelques coups de fils judicieux, ils eurent tôt fait de retrouver la trace de Mercredi et même de connaître le numéro de la chambre d’hôtel.  S’ils n’allèrent pas jusqu’à frapper à la porte des tourtereaux, ils usèrent sans modération du téléphone, appelant environ toutes les cinq minutes. Au final, ce rendez-vous galant fut un fiasco et la demoiselle, verte de rage, quitta discrètement l’hôtel, se jurant bien de ne jamais renouveler une aussi lamentable expérience. Mercredi, confus, dépité mais surtout en colère  était bien décidé à se venger et n’avait aucun doute sur la provenance des appels. Il bouda donc  les réunions pendant de longs mois, ne voulant plus partager son temps avec de tels goujats. Les assemblées mensuelles qui suivirent furent bien ternes et amputés  de leur cher mercredi, les autres jours de la semaine  regrettaient amèrement cette plaisanterie indélicate. Après une ultime réunion sans intérêt, ils décidèrent de présenter leurs plus plates excuses espérant ainsi  le retour  de leur frère de cœur.  Cette exclusion pesant finalement autant à la victime qu’à ses tortionnaires Mercredi revint et fut vivement acclamé par tous. Si personne n’osa réitérer ce genre de plaisanterie douteuse,  il est vrai cependant que les cinq à sept, s’il y en eut, ne coïncidèrent  plus jamais avec les rendez-vous mensuels de la joyeuse assemblée.
Patricia

Le club des AGPARM (Amicale des Gens Presque Anonymes se Racontant leurs Mésaventures) se réunissait chaque mois, selon un planning bien défini ; généralement, quand L’un ne recevait pas, L’autre prenait le relais, mais ce jour-là Vendredi était l’hôte, malgré l’absence de Mercredi, sa sœur. On pouvait trouver dans l’assemblée Quelqu’un, Chacun, Vendredi évidemment, Personne, et pour finir L’un et L’autre, en jumeaux inséparables. Tout le monde était présent, mais L’autre se rendit compte de l’absence de Mercredi. Il questionna Vendredi :
-       Pourquoi ta sœur n’est pas là ?
-       À ton avis ? Il n’y a que deux réponses : soit elle mange, soit elle baise. Parfois même les deux en même temps.
Tout le monde fut choqué par ce vocabulaire si cru, mais Quelqu’un pensa qu’il faudrait demander à Vendredi le numéro de cette femme extraordinaire.
Le début de la réunion fut assez chaotique : Chacun voulant prendre la parole, une dispute avec L’un et L’autre avait éclaté. Personne ne resta indifférent, et demanda à Vendredi de calmer le jeu. Tout le monde argumenta, en disant qu’il avait quelque chose à dire de très important, que Personne ne pourrait raconter. Quelqu’un, en bon alcoolique, avait vidé une bouteille et voulait en venir aux mains avec Chacun. Avec l’aide de L’un et de L’autre, Vendredi parvint à maîtriser la situation.
La tablée désormais plus paisible, hormis le fait que Quelqu’un gisait sur sa chaise, en plein coma éthylique, Personne ne prit la parole. Tout le monde commença à s’agiter, Chacun voulant parler, mais Quelqu’un se réveilla, et Vendredi l’allongea sur le canapé. L’un commença :
-       Nous sommes tous ici car nous sommes affublés de noms ridicules, nous sommes là pour parler de notre semaine éreintante, et de tous les malheurs que nous subissons quotidiennement rien qu’à cause de nos noms, alors écoutons Chacun, même si cela déplait à Tout le monde.
Chacun prit la parole, racontant sa journée, ses petites joies, ses petites misères, bien plus nombreuses, et au final Personne ne se sentit soulagé de son épuisement. Vous l’aurez compris, c’était le négativosaure du groupe. Craignant que la situation ne dégénère de nouveau, L’autre demanda à Tout le monde de se calmer, et de parler devant l’assemblée. Tout le monde se sentit merveilleusement bien après cela, puis, comme d’habitude, Tout le monde attendit Vendredi avec impatience. Celui-ci s’étant endormi, bercé par les ronflement et les hoquets de Quelqu’un, il se releva et passa son tour. Chacun fut très déçu, Vendredi ayant une grande popularité et un charisme bien à lui. Tout le monde, pour une fois, fut de l’avis de Chacun, car comme Quelqu’un lui avait dit une fois, « Vendredi tout est permis ». L’un et L’autre parlèrent à tour de rôle. Puis, pour finir, Personne ne continua, mais Tout le monde considéra la soirée comme déjà bien remplie.
Loup

 

Du cours en stock: le franç... |
lavieenprose |
Cahier de Français |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'3nvers de la caverne
| ASSOCIATION CORAMBE
| ylds