Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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5 février, 2019

Atelier d’écriture du 4 février 2019

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DEVOIR : Drôle de métier : Faiseur de ronds de jambes

age 

Ferdinand Rougemont venait de terminer ses études secondaires et devait, maintenant, se trouver une occupation. Unique rejeton d’une famille de banquiers, il avait décidé qu’il serait artiste, au grand dam de son père qui aurait bien aimé que Ferdinand reprenne l’affaire familiale.
Artiste, c’était vaste et Ferdinand n’avait aucune idée dans quel art il pourrait s’exprimer le mieux.
Il s’essaya à la peinture. Malheureusement, il était daltonien. La musique ? il chantait comme une casserole et quand il tenta de jouer du violon, tous les voisins du quartier firent une pétition afin que le massacre cessât.
La poésie n’était pas non plus son fort.
Alors, Ferdinand décida qu’il serait sculpteur. Son père, qui l’aimait quand même beaucoup et voulait son bonheur avant tout, l’inscrivit à grands frais dans le meilleur atelier de Paris, chez un maître de grand talent : Auguste Rodin.
Dès que Ferdinand toucha la glaise, il sentit que cette matière serait son moyen d’expression. Pétrir de ses mains la terre pour en faire une future statue le remplissait de bonheur. Il faudrait ensuite transformer la glaise en moule en plâtre avant de couler l’œuvre dans le bronze. Mais, hélas ! Il n’était pas plus doué en sculpture qu’en autre chose.
Une fois par semaine, le maître faisait le tour de son atelier pour savoir lesquels de ses élèves pourraient devenir des assistants, ceux qui l’aideraient à créer ses plus grandes œuvres. Quand il s’arrêta devant le travail de Ferdinand ce matin-là, il fit une grimace ; tout était d’une laideur affligeante ! il se dit qu’il était temps de se séparer de cet élève qui pourtant, s’appliquait et suait chaque jour sang et eau pour tenter de s’améliorer. Rodin fit le tour de la statue, une femme, apparemment. Puis, il se baissa et resta un bon moment ainsi. Quand il se releva, ses yeux brillaient.
-       Il y a une chose que tu fais bien, dit-il en montrant les mollets
-       Ah, les ronds de jambes !
-       Les ronds de jambes ?
Ferdinand expliqua qu’il adorait les mollets des femmes qu’il avait baptisés « ronds de jambes ». C’était une passion. Il les faisait bien galbés les chevilles très fines, le genou rond. Passé ce genou, les cuisses étaient toujours trop grosses ou trop maigres, trop plates ou même trop fripées… il n’y arrivait jamais ! Ne parlons même pas des torses, des bras, des mains ou pire, des visages !!!
-       Si tu deviens mon « faiseur de ronds de jambes » officiel, il va falloir que tu travailles aussi sur les mollets des hommes.
Et finalement, Rodin décida de le garder comme assistant, en espérant qu’il ne le regretterait pas. Et en effet, il ne le regretta pas puisque c’est Ferdinand qui a sculpté les mollets du Penseur, du Baiser, de l’âge d’airain, des Trois Ombres et de bien d’autres statues.
Fabienne

jambe-de-bois

Faiseur de…

Dès la fin présumée de mon adolescence, à 14 ans, mon père m’a dit : mon gars, à partir de maintenant, faut faire des ronds ! Le commandeur avait parlé. Faut faire des ronds, point (nde : sans gilet jaune à l’époque). J’ai essayé de comprendre. A c’t âge, le cerveau fonctionne magnifiquement. Pas le mien. Ces ronds pluriels n’avaient pas d’explications carrées.
Si, en y pensant très fort, j’ai trouvé un moment où j’ai fait des ronds. A la pêche, pendant les vacances d’été. En jetant le bouchon à l’eau, pas trop loin, faut pas pousser, ça fait des ronds dans l’eau. Là je suis compétent. Je peux vous le faire debout, assis et surtout couché, ma position favorite. L’important c’est le choix des cailloux. Bien calibrés, de manière à faire le même type de ronds. Pas le gros rond qui éclabousse ni le petit qui frétille. Quand je suis en forme et c’est un effort que je peux faire rien que pour vous : je fais des ricochets. Mais pour vous montrer que j’ peux m’appliquer je m’en vais vous dire ma manière secrète. J’ me couche dans l’herbe, dos à la rivière, ou au lac, c’est plus calme. Je jette les graviers avec la même force de façon à reproduire le même son. Champion, non ? Deux fois le même « plouc » ! Dès fois, on est vraiment heureux.  Là, c’est de la musique. Y m’étonnerait que le paternel approuve ce genre de truc, cette sorte de ronds.
Trois mois plus tard, mon père ne m’avait rien dit de plus, à part : Bertrand, va te faire couper les cheveux (nde : c’est sa mère qui aurait dû lui dire). A c’te moment, il est parti à la guerre, mon daron, fin août 14. Pendant toute la durée du conflit avec les boches je m’ suis demandé ce que cela pouvait bien vouloir dire, faire des ronds. Notez, qu’étant l’seul mec à la maison, le jour, j’avais pas trop le temps… de penser. Mais quand même, certaines nuits, ça tournait pas rond dans ma tête.
A la fin de la guerre, la der des ders, maman a pété un câble, parce qu’elle en avait reçu un, de câble. Y disait que quelque chose avait trop gazé ou pas gazé pour papa et qu’y reviendrait pas. Mon oncle est venu avec le curé, pour les condoléances. Y m’a pris à part que j’avais rien d’mandé. T’as 18 ans maintenant. J’ai compté. Y s’trompait pas. Qu’est-ce que tu sais faire ? J’ai pas parlé des ronds, vu que j’avais pas encore pigé ce que c’était. J’ai été honnête : RIEN, j’ai dit ! Y m’a pris comme apprenti dans sa fabrique de meubles. C’est comme ça que j’suis devenu spécialiste des pieds en quelques semaines. Tous les pieds, de lit, de table, de chaise, de tabouret, de fauteuil estylés. Chuis rendu comme qui dirait piedologique. C’est tonton qui m’a dit ça.
Le soir, quand j’rentre à la maison, fier comme un mec qu’a pris son pied des tas de fois, je vois bien le défilé des éclopés dans la rue Gambetta. Les types qui sont revenus des tranchées, y en pas un sur deux  de partis et dans un drôle d’état. Pour sûr y a les gueules cassées. C’est la loterie, quoi. Moi, c’est les boiteux qui me désolent, les amputés. Putain de pieds de mine, comme dit le docteur Tampi, qu’est pas le dernier à picoler avec eux chez la mère Picon.
J’ai eu une idée. C’est pas plus compliqué que de faire des pieds de meubles, un pilon. C’est rien qu’un bout de bois. Suffit de lui donner la bonne longueur, une belle forme et un crochet pour suspendre à la table de nuit, le soir. On n’est pas de bois.
Ma spécialité, pour les pilons, ma façon pour dire savant, c’est le bout, le dessous, le pied, l’appui quoi ! J’le fais large et rond. Pour qu’y soye stable ; ça a marché du feu de dieu, scusez le jurement. C’est comme si que j’avais fait que ça de toute ma vie, faire des ronds. Et là, j’me suis dit rien qu’à moi-même: visionnaire le vieux.
Pour que le travail y soit fignolé et perso, j’fais des incrustations dans le cercle, comme pour un tampon de la poste faisant foi. Toutes sortes de gravures. Des lettres : des initiales avec un cœur et une flèche, des prénoms, des noms de marques comme Banania. Y m’a fallu plusieurs fois pour entraver qu’y fallait l’ faire à l’envers.  Y a pas bon pour moi, Banania.
J’fait aussi des dessins sur la plante de mes pieds en bois. A un mec pas chanceux, j’ai fait une danseuse d’un côté et un violon de l’autre. Faut le voir sauter d’un pilon sur l’autre et marquer le sol en terre battue de ses empreintes. C’est l’attraction du bal. Une bonne réclame pour moi !
Un copain intelligent (si, si, j’en ais un, un danseur en plus !) y m’a dit : t’es un faiseur de ronds de jambes, toi ; ça paye pas de mine, j’ai répondu.
Tout le monde a rigolé, j’sais pas pourquoi !
Bertrand

danseur

Le danseur

 - Paul, ça va être ton tour ! crie Sandrine.
Paul réajuste son collant et fixe sa perruque. Il s’avance ensuite vers le côté jardin de la scène.
- Tout va bien ? lui demande Sandrine.
- Oui, oui, répond Paul sans réfléchir.
Pourtant, ce soir, ça ne va pas. Il avait senti sa cheville faiblir lors des répétitions de l’après-midi. Il entre donc sur scène inquiet. Les premières notes du cinquième mouvement s’élèvent dans le palais Gallieni, et Paul s’élance sur scène. Il enchaine en solo les pas de deux et les ronds de jambes. Les ronds de jambes sont sa spécialité. Grâce à eux, il a intégré le ballet de Belgique à dix-huit ans et le ballet de l’opéra Garnier à vingt-deux. Mais aujourd’hui, les pas ne sont pas aussi gracieux que d’habitude. Et après, seulement une minute trente, Paul s’effondre. Il se relève et termine les deux minutes qui lui restent sur scène. Lorsqu’enfin il rejoint les coulisses, Paul se laisse tomber. Sandrine accourt :
-       Que s’est-il passé ? Tu n’es jamais tombé depuis que je t’ai vu danser !
-       Ma cheville m’a lâché. J’ai vraiment très mal. Peux-tu trouver un médecin ?
Sandrine repart, le téléphone à la main. Paul se dirige vers sa loge et se change. Le médecin arrive quelques minutes plus tard et ausculte la cheville douloureuse. Le diagnostic est posé, c’est une rupture de ligament. Paul sait bien que les blessures sont les risques du métier, et pourtant, il se met à pleurer comme un enfant. Il appelle sa mère et lui explique son inquiétude. Et si sa blessure ne guérissait jamais complètement ? Et si l’opéra le congédiait ? Sa mère l’écoute et le rassure. Avant de raccrocher, elle lui dit : – Tu sais, mon chéri, tu seras toujours mon petit faiseur de ronds de jambes. Paul sourit. C’est vrai, quoi qu’il arrive, il sera toujours un faiseur de ronds de jambes car finalement, il ne sait rien faire d’autre.
Claire

maitre

Fille cadette de nobliaux de province, Léopoldine avait, dès sa naissance, été mise en nourrice dans une ferme du voisinage. Ses parents, le Comte et la Comtesse de Monfort, très occupés par la gestion de leur domaine, avaient négligé cette enfant, née sur le tard, dont il ne recevait que très rarement la visite. Les années passèrent ;  mais un jour, un événement extraordinaire vint bouleverser cette confortable organisation : Le Comte et la Comtesse de Monfort ainsi que leur fille Léopoldine étaient  invités à la cour pour les festivités données en l’honneur du baptême du dauphin.
Catastrophe ! Léopoldine âgée de seize ans était certes blonde, svelte et avenante mais n’avait aucune éducation. De toute urgence, le Comte et la Comtesse durent faire appel aux services d’un faiseur de ronds de jambes. Le maître de l’art n’eut que six petits mois pour tout apprendre à la jeune-fille : maintien, diction, comment se tenir à table, quels sujets aborder dans une conversation… L’apprentissage de la danse s’imposa également, les bals étant nombreux en ces périodes de fête. La tâche était immense mais Léopoldine obéissante et  déterminée fit de rapides progrès. Il faut dire qu’enjouée et pleine de fraicheur, un charme délicieux émanait naturellement de toute sa personne. Quand le moment venu, elle fut présentée à la cour, ses parents n’eurent pas à en rougir, bien au contraire ! Le faiseur de ronds de jambes, en si peu de temps, avait, d’une petite chenille des près fait naître un merveilleux papillon prêt à s’envoler. La chose ne tarda guère à se savoir d’ailleurs car nombreux furent les prétendants à solliciter la main  de cette délicieuse jeune fille.
Plus que satisfaits des résultats inespérés de cette éducation accélérée, le Comte et la Comtesse ventèrent les mérites du maître auprès de leurs relations. La renommée du faiseur fut définitivement assurée et s’étendit bien au-delà de la contrée. Depuis lors, les listes d’attentes se font longues et on se bouscule pour tenter d’obtenir les services de Maître Dutel, célébrissime faiseur de ronds de jambes.
Patricia

 

Exercice : C’est ce qu’elle fait de mieux

Je vous le dis, en vérité, c’est la cuisine, la cuisine, la cuisine.
Tout de suite, vous le voyez au piano, devant son four, touyant la casserole, émolliant la marmite, huilant  la poêle, cisaillant le serpolet, moulant la cardamome, filtrant le bouillon, laquant le canard, beurrant le baron, fourrant le cannelloni, recousant la dinde.
Vous avez l’air de tout savoir de lui. Vous pensez qu’il peut réussir tout cela, dans la puissance de son art.
Non, moi je le connais bien. En cuisine, il cochonne tout. C’est un verrat.
En vérité, ce qu’il fait de mieux, mon cher Raymond, c’est la cuisine des mots.
Bertrand

Mentir, c’est ce qu’elle fait de mieux.
Pour elle, c’est marrant comme un jeu.
Elle ment tout le temps, du soir au matin.
C’est sa nature, elle n’y peut rien.

Elle raconte n’importe quoi,
Tout l’inspire
Mais ce qu’il y a de pire,
C’est que tout le monde la croit.

Alors, elle fait marcher André,
Qui lui a avoué qu’il l’aimait
Derrière son dos, elle a bien rigolé
Et l’a traité d’idiot, de benêt.

Le jour où elle a rencontré Armand,
Tout lui est paru évident,
C’était lui, l’homme de sa vie.
Elle ne mentirait plus, promis.

Mais Armand connaissait sa réputation
Et n’a jamais cru un mot
De ses fervents propos.
Alors, elle s’est pendue, pour de bon.
Fabienne

C’est la tempête dans mon crâne
Où tourbillonnent angoisse et peurs.
Lui, écoute pleurer mon âme
Et laisse frissonner mon cœur.
Ce qui au fond de moi se trame
A le goût âcre du malheur.
Mais il sait inverser les drames
Et faire émerger la douceur.
D’une lueur, il fait des flammes
Pour amorcer joie et bonheur.

C’est vrai, c’est ce qu’il fait de mieux.
Mon psy est pour moi comme un dieu.
Patricia

Exercice : Je crois / je ne crois pas…

J’ai cru…

J’ai cru au Père-Noël, puis j’ai eu un aspirateur sous le sapin.
J’ai cru aux miracles, puis j’ai appris que Dieu n’existait pas.
J’ai cru en ma chance, puis je me suis pris un ballon en pleine figure.
J’ai cru en ma marraine la fée, puis elle a tout fait capoter avec le Prince.
J’ai cru que j’étais belle, puis j’ai croisé un miroir.
J’ai cru aux licornes, puis je suis sortie du cirque.
J’ai cru en moi, puis j’ai rencontré mon mari.
Alors, aujourd’hui je ne crois plus en rien.
Claire

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