Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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28 janvier, 2019

Atelier d’écriture du 21 janvier 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:29

DEVOIR : Dans la boutique du Docteur Héraclius, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant, sa spécialité c’est…

philtre

Dans la boutique du Docteur Héraclius, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant, sa spécialité c’est le filtre d’amour. Il en a pour toutes les occasions et pour tout le monde car le Docteur Héraclius est un féru d’amour. Il voudrait que le monde entier s’aime, il a horreur de la haine, de la violence et trouve que l’amour est ce qu’il y a de plus beau chez l’homme et même chez la femme ! Alors, il fabrique des filtres, tous différents selon les destinataires. Sa plus grande réussite est le filtre moyen orient : pour que tous les arabes adorent tous les juifs. Malheureusement, son brevet n’a pas encore été déposé, mais il espère bien que ça ne saurait tarder…
C’est bien sûr grâce à lui que de grandes personnalités comme Marylin Monroe et Kennedy, Rainier et Grace Kelly, Maria Callas et Onassis se sont rencontrés et aimés. Mais  ce n’est nullement sa faute si certaines histoires ont mal finies, il n’en est pas responsable, les intéressés ont aussitôt cessé de boire la potion magique sitôt l’élu de leur cœur trouvé. Tout le monde sait pourtant bien que l’amour s’entretient et que rien n’est jamais acquis. Pour que leur amour devienne éternel, ils devaient en prendre un verre chaque semaine. Il l’a d’ailleurs bien recommandé à William et Kate.
Il se souvient que le filtre d’amour pour Maria Callas lui avait donné beaucoup de mal. Il avait dû y incorporer un chant de rouge-gorge, le souffle chaud de l’océan un soir d’été et de la poussière de diamant…
Comme j’aime beaucoup mon pote Arnaud, je suis allée voir le docteur Héraclius pour qu’il lui concocte un filtre pour qu’enfin il trouve celle qui fera battre son cœur. Il a mélangé beaucoup d’humour et de générosité, une pointe de romantisme (ça peut toujours servir) et du champagne. Il ne faudrait cependant pas qu’il tarde trop à venir le voir car tous ses breuvages ont une durée limitée dans le temps. Alors Arnaud, dépêche-toi. Si tu ne connais pas son adresse, je te l’envoie par mail.
Fabienne

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Dans la boutique du Docteur Héraclius, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant sa spécialité c’est… le fœtus !

Vous entrez et d’un seul coup d’œil selon votre accoutrement il vous juge digne ou non de vous recevoir avec affabilité. S’il estime que vous êtes apte à apprécier sa collection (et, croyez-moi, il est extrêmement perspicace !) il vous entrainera dans une petite pièce de son arrière-boutique pour vous la montrer fièrement. Là, dans une demi pénombre à peine teintée de lumière orangé, sont conservées dans des bocaux de verre remplis de formol, toutes sortes de formes étranges classées par ordre croissant de taille : tout petits fœtus de souris, d’opossums (minuscules) de serpents (beurk !) de dauphins (adorables…) de guépard (exceptionnels) de kangourous (une rareté) de baleines et d’éléphants (énormes !)…
Vous vous extasiez ? Vous manifestez votre admiration pour le Docteur Héraclius ? Alors vous êtes digne d’entrer dans le domaine le plus secret, l’endroit que seuls quelques initiés (dont je fais partie) connaissent. Vous vous acquitterez de la modique somme de 20 euros et vous signerez l’engagement solennel de ne pas divulguer ce que vous aurez vu : là, sous la tendre lueur des bougies, 331 fœtus humains atteints de malformations dorment, chacun sur son socle de velours rouge. C’était la « collection » de l’hôpital Saint-Antoine, collection tout à fait privée et illégale puisqu’on aurait dû incinérer ces petits corps souffreteux ou leur donner une digne sépulture. Quand cette macabre découverte a été faite, on s’est demandé comment se débarrasser de cet encombrant fardeau. Impossible de rendre ces enfants à leurs parents : il aurait fallu expliquer qu’on les avait conservés sans leur autorisation, et puis certains étaient là depuis plus d’un siècle ! Les fourrer sans plus de façon dans la chaudière ? Cela  évoquait les atrocités qu’on voulait oublier…
Le centre de tératogenèse a eu alors une idée lumineuse (et financièrement intéressante) : organiser une vente aux enchères secrète en contactant certaines personnes susceptibles d’être intéressées (et discrètes, cela va de soi). Les enchères sont rapidement montées et le Docteur Héraclius les a remportées. Il se murmure que l’hôpital a empoché quelque 150 000 euros (ce qu’Héraclius ne contredit pas) !
Vous avez tant insisté pour connaître le mystérieux Héraclius et son secret que je me suis laissé aller à la confidence… J’avais pourtant promis le secret… être parjure ? Impossible ! Vous comprenez ce qui va vous arriver maintenant ? Je vous prie de m’excuser mais c’est inévitable…

Je tâcherai de faire vite et bien, n’ayez pas peur.
Huguette

La plaque

Dans la boutique du Dr Héraclius, on pouvait trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant sa spécialité, c’était la coutellerie.
Que vous ais-je dit ? Ce n’est pas Héraclius, patronyme byzantin, mais bien Cornélius que se nomme mon ami, le mystérieux docteur Cornélius.
Replaçons-le dans son environnement. Comme pour tous les islandais, son patronyme vient uniquement de son père. Lui-même, son père, avait été prénommé à la naissance Oraefaajökull, le nom du plus haut volcan de l’île. Une taille de 57 cm explique peut-être l’enthousiasme des parents à l’état civil. Ceci dit Cornélius a donc un patronyme imprononçable et son prénom est devenu son nom d’usage. Ses enfants se nommeront Cornéliusson ou Corneliusdottir.
Le titre de docteur lui a été décerné deux fois. En philosophie ésotérique après des études de 4 ans. Il est aussi doctor of Arts d’une université suédoise. C’est dans ce pays qu’il a connu sa femme. Comme on pouvait le supposer celle-ci est grande, blonde et très indépendante. Elle refuse de vivre en Islande pourtant pays de l’équité femme-homme.
La soixantaine svelte, Cornélius porte beau et grand. Visage carré, glabre, basané comme un marin, il a le front haut des intellectuels. Ses cheveux blancs mais très denses sont courts et il n’a jamais besoin de se coiffer, même par grand vent. Son nez droit, un peu fort, est encadré de deux yeux étonnants, des yeux de chat. Ses prunelles bleues céruléennes deviennent vertes à la lumière artificielle. Elles sont en amande allongée. Il faut être grand quand on le regarde en face. Si on l’ose, on se surprend à rechercher la pupille verticale des félins. Ce viking musclé est élégant, distingué, même quand il porte un pull Lopi sur ses larges épaules. Le motif jacquard avec empiècement circulaire accentue cette impression de force flegmatique. Cet homme a tout pour plaire mais aussi pour intriguer.
Sa boutique m’avait été conseillée par des amis finlandais qui l’avaient visitée cinq ans auparavant, un lieu comme nulle part ailleurs. En 2008, la crise des subprimes avait mis  en faillite l’Islande et toute la famille de Cornélius. Des dizaines de ces normands avaient vu leurs économies se volatiliser et leurs banques calancher. Le suédois, comme on appelait mon ami, était alors rentré au pays. Il avait amené ses couronnes dont la valeur avait décuplé. Il racheta à un prix correct toutes les collections que sa nombreuse parenté avait accumulées depuis des siècles. Par tradition les vikings pillent, sans discernement.
Pour loger tout cela, il avait fait l’acquisition d’une très grande maison, en banlieue de Reykjavick. A l’étage, il habitait seul au moins la moitié de l’année. Le rez-de-chaussée avait une vingtaine de pièces d’exposition et les sous-sols étaient labyrinthiques. Il y avait même un abri antiatomique tout confort dont les parois vibraient à chaque éruption volcanique. Cornélius vous faisait visiter sa terrasse chauffée par géothermie, par tous les temps ou presque. Il était très fier de la vue à la fois sur la mer et sur les monts Akafiall.
Mais c’était un homme des cavernes. Tous ces objets familiaux mais aussi ceux rapportés de ses nombreux voyages lointains occupaient ses journées. Rarement, quand il hésitait sur le classement d’un item, il consultait par internet un aréopage d’une douzaine d’érudits disséminés dans le monde entier, le plus souvent dans des coins reculés.
Je vous ai parlé de coutellerie. Mais je ne saurais définir précisément sa spécialité. Parmi les néologismes possibles j’évoquerais lamologie ou encore plaquologie. Le deuxième mot, mal forgé, est le plus explicite.
De grandes tables vitrines exposent des couteaux de tous pays dans le magasin de Cornélius. Les outils nordiques,  inuit, lapons, sami sont privilégiés. Ils sont reconnaissables à leurs manches de bouleau avec des rondelles de corne de rennes ou d’autres cervidés. Néanmoins, il s’est vite passionné pour l’obsidienne. Cette pierre est le résultat d’une vitrification de silice à très haute température et à très haute pression, accouchée par le ventre de la terre. Rien de plus normal pour un islandais, qui plus est fils du grand volcan, que d’étudier ce matériau volcanique cabalistique. Par exemple, il avait visité les aïnous au nord du Japon, qui depuis des siècles, savent fendre l’obsidienne. A l’exemple des silex de l’homo sapiens, ils en font des lames. Cornélius s’était rasé avec ces feuilles naturellement affutées. Il savait que les chefs de tribus des temps anciens offraient des psychés d’obsidienne à leurs plus belles ou plus savantes maîtresses. Chez les mayas elles y lisaient l’avenir, miroir mon beau  miroir. L’obsidienne verte, celle de Teotihuacan était la plus rare. C’était celle des rois, celle de ceux que l’on regarde en face. Méfiez-vous de ces obsidiennes bleues faussement magiques que des gourous mercantiles vous proposent sur internet. Ce ne sont que des bouts de verre, de la verroterie, des colifichets pour les gogos que nous sommes.
J’ai connu Cornélius il y a sept ans. Il n’a plus de frères. Ses ainés ont gagné le Valhalla. Je suis souvent là, à ses côtés, le compagnon finlandais, l’homme des bois, l’allocutaire de ses silences.
Un soir il m’a montré cette pierre, la perle de sa collection. Une plaque triangulaire d’un pied de long, épaisse de 4 à 5 centimètres en son centre. Une base de dix centimètres à peu près, prolongée d’un court manche légèrement recourbé, du même… métal. C’est magnifique ! Ce noir luisant et puissant est magnifique. Que sais-tu d’elle ? Me suis-je extasié !
Je la tiens du petit-fils d’Amundsen, indirectement. La famille a fait faillite. Oui, cela n’arrive pas qu’aux islandais, aux norvégiens aussi ! Les marchands, avertis, ont vandalisés la maison du grand-père. Certains ont creusé dans le jardin. L’un d’eux sachant que j’aimais les obsidiennes m’a contacté. Dès que j’en ai vu la photographie, j’ai pris l’avion. Le magnétisme de l’objet m’avait déjà touché. Le bougre m’en a demandé dix mille euros. J’en aurais donné cent fois plus. Dès que je l’ai eue en main j’ai su…que je ne savais rien et qu’elle pourrait tout m’apprendre. Alors j’ai creusé, fouillé les bibliothèques. Où l’avait-il trouvée ? La famille Amundsen m’a reçu. Ils m’ont ouvert les archives personnelles du grand aventurier. Personne n’en avait voulu. Il semblait qu’on connaissait tout du personnage de légende célèbre dans le monde entier. J’ai retrouvé la description manuscrite de ce qui a fait sa gloire. En décembre 1911, il atteint le pôle sud. Le lendemain, c’est le retour. Le ciel est radieux ce qui est rare à cet endroit d’altitude balayé par les vents de neige.
Roal Amundsen aperçoit non loin un sérac de bonne taille aux formes aigues. Laissant ses quatre compagnons s’occuper des chiens, il se rend vers le bloc de glace bordé comme souvent par des crevasses. Dans l’une d’elles est fichée l’objet noir. Il le prend et le met à l’abri contre son torse, sous sa fourrure de loup. Un sourire se lit sur le visage craquelé par le gel, qui ne le quittera plus. Je suis persuadé, me dit Cornélius, que c’est grâce à cet objet que son expédition est revenue, contrairement à celle de Scott. Cependant, onze chiens sur cinquante deux avaient survécu, épuisés ou mangés.
Après une vie d’aventures incroyablement risquées, Amundsen est mort en hydravion, près de l’île aux ours, en Norvège. Quelque chose semblait le protéger.
La première fois que j’ai vu la pierre, elle m’a fait une impression farouche, entre l’admiration et la peur. Je n’ai pas osé la toucher. Cornélius peut en parler durant des heures. Un jour j’écrirai tout cela et vous en serez bouleversés. Quand Cornélius me le permettra.
Bertrand

boule

Dans la boutique du docteur Héraclius, professeur de sciences naturelles à la retraite, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares.  Cependant, sa spécialité c’est  «  la boule à neige à mouvement perpétuel ». Inutile de la secouer !  A peine les flocons ont-ils atteint le sol qu’ils remontent lentement mais, grâce à un jeu d’optique, impossible de distinguer le mouvement ascendant ! Ainsi, les légers flocons semblent inlassablement achever leur course duveteuse sur les pentes immaculées d’une colline où, face à un chalet de bois, trône un éternel bonhomme de neige. Les clients en sont friands et c’est avec cet objet d’allure modeste mais dont les propriétés sont exceptionnelles que l’heureux propriétaire de la boutique a fait sa renommée. Et oui ! C’est qu’on vient de toutes les stations de ski environnantes pour ramener chez soi  ce souvenir original ! Et le plus étonnant c’est que le docteur Héraclius n’est pas un simple commerçant ou même un occasionnel inventeur de génie. Non ! Son arrière-boutique abrite toutes sortes de mécanismes extraordinaires. Tables et étagères en sont couverts. Chacun de ces étranges trésors ouvre des perspectives fantastiques et comme la tête du docteur Héraclius est encore pleine de rêves, l’humble boutique ne suffira bientôt plus pour accueillir tant de futures merveilles. En particulier pour sa dernière invention dont la taille imposante posera assurément un problème. Mais chut ! Ceci est une autre histoire…
Patricia

Exercice : Sur une feuille de papier, chacun écrit une phrase qu’il fait ensuite passer à son voisin qui rajoute 3 mots.
Les feuilles sont ensuite distribuées pour y écrire un texte commençant ou finissant par la phrase et contenant les 3 mots obligatoires.

1 – Le lait de ma nourrice était normand. Je n’en ferai pas un fromage – sourire – bleu – chaussure

Le lait de ma nourrice était normand. Je n’en ferai pas un fromage. Elle ma transmis son sourire. Par ailleurs, chose étrange, j’avais les yeux bleus et les cheveux blonds comme elle, alors que le reste de ma famille avait les yeux marrons et les cheveux bruns. Je grandis sans souci car elle me donna plus d’amour que mes parents et m’aima plus que mes frères et sœurs. J’étais le dernier d’une noble famille de neuf enfants.
A mon adolescence, mes parents licencièrent ma nourrice car ils avaient décidé de m’envoyer en pension. Ma vie changea. J’ai été mal dans ma peau jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, jusqu’au jour où je la retrouvai. J’avais de nouveau chaussure à mon pied. Je la voyais régulièrement et elle me traitait toujours comme si j’étais son enfant.
Arnaud

2 – Il se réveilla en sueur. Un bruit l’avait tiré de son sommeil. A tâtons, il se leva, cherchant vainement le bouton électrique… Il ne le trouva pas. Il se rendit compte alors que, sous ses pieds, ne se trouvait plus al moquette habituelle – poire – poignée – ponte

Il se réveilla en sueur. Un bruit l’avait tiré de son sommeil. A tâtons, il se leva, cherchant vainement le bouton électrique… Il ne le trouva pas. Il se rendit compte alors que, sous ses pieds, ne se trouvait plus al moquette habituelle… non ! A la place, c’était du carrelage… froid…
Il avança doucement. Où était-il ? A la faible clarté de la lune à travers une fenêtre, il arriva devant une porte. Il appuya sur la poignée et se retrouva dans la cuisine. Sur la table, une corbeille de fruits.Machinalement, il prit une poire bien juteuse..
Il avait très envie de pisser. Mais où étaient les toilettes dans cet appartement qu’il ne reconnaissait pas ? Il reprit le couloir par où il était venu. Il y avait quatre portes, dont la dernière, celle d’où il venait, était ouverte.
Le première, c’était le bureau : ordi en écran de veille, jeux vidéo, enceintes audio, paperasse… Il la referma…
La deuxième porte ouvrait apparemment sur une chambre d’amis : lit deux places, sans draps. Chambre nue, sans aucune décoration.
Il en était sûr maintenant, la troisième porte ouvrait sur la salle de bain et  les toilettes.
Il ouvrit franchement. Quelle ne fut pas sa surprise d’y trouver… un poulailler !!! Les poules dormaient, mais à son entrée, quelques-unes commencèrent à caqueter. Soudain, un coq chanta à tue-tête… Et il se réveilla pour de bon, dans son lit… Quel est l’idiot de ses copains qui avait changé la sonnerie de son réveil ?
Fabienne

3 – Il avait fait tomber ses clés dans la poubelle du voisin, avant de partir au travail. Comme chaque matin, à 9h30, il analysait les déchets de la maison d’à côté – lunettes – apercevoir – sauna

Comme chaque matin, à 9h30, il analysait les déchets de la maison d’à côté. Chaussé de lunettes grossissantes, il les examinait un par un dans l’espoir de trouver la pépite d’or, le minuscule diamant que son voisin, aurait laissé par mégarde filer dans ses ordures. Car son voisin était un artisan bijoutier célèbre qui travaillait l’or, l’argent, le diamant et les pierres précieuses…
Ce matin-là, comme à son habitude, il ne trouva rien… Mais sans le savoir, il avait fait tomber ses clés dans la poubelle du voisin avant de partir au travail. Quand il s’en aperçut, c’était la fin de l’après-midi. Les éboueurs étaient passés… Il se décida à sonner chez son voisin, au cas où… Celui-ci le reçut dans son sauna :
- Entrez donc, cher ami, je vous attendais !
Désarçonné par cet accueil, il ne sut que répondre.
- Rejoignez-moi donc ! dit le voisin avec un sourire engageant… Et prenez un verre avec moi… Ne soyez pas timide !
- Heu…
- Je sais que vous me portez un grand intérêt
- Ben, heu…
- Je vous observe chaque jour. J’ai donc retrouvé vos clés.
- Ah ! Merci !
- Venez donc plus près, nous allons devenir amis. Je vois que mon métier vous passionne.
- C’est ça, oui…
- Je vais tout vous apprendre ! Détendez-vous ! Vous allez voir, vous adorerez !
Huguette

4 – Elle devait faire quelque chose mais elle ne se rappelait plus ce que c’était. D’ailleurs, depuis quelques temps, elle ne se souvenait plus bien… et même plus du tout – parapluie – miracle – souviens-toi

Elle devait faire quelque chose mais elle ne se rappelait plus ce que c’était. D’ailleurs, depuis quelques temps, elle ne se souvenait plus bien… et même plus du tout.
L’orage enflait et elle savait qu’elle devait impérativement sortir
- Mais bon dieu de bon dieu ! Où ai-je pu ranger mon parapluie ? Allez, Yvonne, fais un petit effort, souviens-toi !
Hélas ! Il n’y eut pas de miracle et Yvonne partit tête nue sous la pluie pour une destination inconnue, ne sachant même pas où ses pas la menaient…
Il fallut toute la débrouillardise de son fils Gontran pour la retrouver, dégoulinante et désespérée sur un banc du jardin public. L’orage était passé, mais dans sa tête, il grondait toujours.
Patricia

5 – Tout le bruit que fit cette histoire était parfaitement inattendu. La vie de Marie-Madeleine en fut bouleversée – vent – supposer – frire

En décembre 1999, une énorme tempête déferla sur la France. Des vents violents décimèrent des forêts entières, arrachant des chênes plusieurs fois centenaires.
Marie-Madeleine, une octogénaire alerte et vigoureuse habitait une maison dans un petit village vosgien, particulièrement isolé, sans aucun moyen de communication. Elle ferma toutes les issues – portes, fenêtres et volets – et, éclairée à la bougie, continua sa lecture. Elle relisait tout Victor Hugo…
A supposer qu’elle fût au courant des évènements, cela n’aurait rien changé à ses habitudes, pense-t-on.
Sur son poêle à bois, elle fit frire quelques pommes de terre, mais, passionnée par Victor, elle ne se rendit pas compte qu’une petite brindille avait mis le feu à son tapis. Le feu se propagea rapidement, embrasant la maison tout entière. Elle ne trouva son salut que dans la forêt pourtant dévastée. On la retrouva à demi gelée, dans le creux d’un arbre. Tout le bruit que fit cette histoire était parfaitement inattendu. La vie de Marie-Madeleine en fut bouleversée.
Marie-Hélène

6 – L’arbre était immense… et creux. Sur son tronc noueux, une sorte de visage apparaissait, surmonté d’une touffe de feuilles d’un vert luisant – tambour – naufrage – horizon

Image

A l’aube du troisième jour

Anatjari est né dans la tribu de Keano et il y a grandi, entouré de ses frères et de ses cousins. Ses sœurs et cousines, elles, grandissaient dans la tribu voisine, appeler Koane. Il trouvait que son enfance avait été heureuse et il était désormais temps pour lui de devenir un guerrier. Il devait partir le lendemain vers le grand rocher sacré. Il retrouverait là-bas d’autres jeunes de son âge. Un campement était installé depuis plusieurs centaines d’années. Les apprentis guerriers devaient y passer un an sous la surveillance du vieux sage Lone. Ensuite, il pourrait entrer dans la tribu des femmes en vainqueur et l’une d’entre elles pourrait le choisir comme époux.
Anatjari attendait ce moment avec impatience, alors il regroupa joyeusement ses affaires dans sa pirogue et se mit à pagayer vers l’horizon. Il rama pendant deux jours, pêchant du poisson pour se nourrir.
A l’aube du troisième jour, son embarcation fut prise dans des rapides. Anatjari n’était pas habitué à manœuvrer avec un courant si fort et il ne tarda pas à faire naufrage. Sa pirogue s’était cassée sur un rocher. Le jeune garçon fut emporté par le courant et il ne réussit qu’à rattraper son petit tambour qui dérivait à côté de lui. Le courant finit par le déposer sur la rive. Anatjari reprit son souffle et se reposa quelques minutes.
Il n’avait plus d’outils avec lui pour lui permettre de se faire une embarcation, même sommaire. Alors, il décida de s’avancer dans la forêt alentour, peut-être y trouverait-il une tribu…
Le jeune homme se fraya un chemin dans les branchages et les herbes hautes. Il prit garde à ne pas marcher sur un serpent ou un scorpion. Au loin, il entendait les cacatoès chanter. Il se dirigea vers leur voix car il y aurait sûrement des arbres à fruits à côté. Soudain, Anatjari arriva dans une sorte de clairière. Il y avait des milliers d’oiseaux perchés sur un arbre immense… et creux. Sur son tronc noueux, une sorte de visage apparaissait, surmonté d’une touffe de feuilles d’un vert luisant.
Claire

Exercice : A la manière d’une recette de cuisine, écrivez la recette du gâteau du bonheur

gateau-bonheur

Prenez une bonne base de pâte d’amour. Mettez-la quelque temps au frigo pour qu’elle ne dessèche pas ; puis, sortez-la et pétrissez-la bien de vos mains. Il faut vraiment y mettre tout votre cœur. Faites une pâte mixte : amour filial, amour maternel, amour de l’autre… ce sera plus facile à utiliser.
Montez de l’humour et des rires en neige pour qu’ils soient tout légers. Les étaler sur la pâte. Ajoutez-y une grosse part d’amitié. Elle nourrit bien, même si l’amour n’est plus là. Ajouter un soupçon de fantaisie et une pincée d’érotisme. Faire cuire au four longtemps, en alternant feu doux et feu vif.
Lorsque le gâteau a pris une bonne teinte et ne pourra plus retomber, sortez le et décorez le avec un peu d’argent. Oui, on le sait, ça ne fait pas le bonheur, mais ça aide.
Ce gâteau a une particularité très singulière : plus on le partage, plus il y en a !
Fabienne

Recette du gâteau qui fait un malheur !

Tout d’abord, la pâte. Beaucoup d’amandes, des tas d’amandes à faire jouir une aubergine. Des amandes enfarinées, malformées, écrasées avec leurs coquilles. Passer au mixer et le casser. J’ai horreur des robots ménagers. Ils fibrillent trop vite.
Une fois la pâte obtenue, l’étaler, avec beaucoup de trous. L’idéal serait un seul gros trou qui prendrait presque tout le moule. Mais c’est trop… ou trop peu. Arroser d’un café mal passé avec marc (Marc est imbuvable), type jus de chaussettes, elles aussi trouées. Mettre beaucoup d’Amaretto (les deux bouteilles de 50) pour le gâcher. Ajouter un dé de mascarpone pour faire envie sans faire croire. Remuer anarchiquement dans le moule l’appareil sans pareil. Faire dépasser sur les côtés pour salir le four.
Faire cuire 71 ans et voilà, c’est gagné !
Bertrand

17 janvier, 2019

Atelier d’écriture du 14 janvier 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:47

GaletteSuper bonne, la galette !!! et c’est Mathias notre roi !

DEVOIR : un toast et 4 mots
La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd.
4 mots : aile, exprimer, mule et scoop

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Sac lourd !

La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd.
A la relecture cette phrase me débecte. Je me suis mal exprimé. Dire que Fabienne m’avait enjoint de, le plus souvent, commencer mes délires par une « accroche » et de les terminer par un « haut le cœur ».
Pratiquons un virage sur l’aile.
Cette femme portait-elle vraiment quelque chose dans sa main gauche (droite) ? Elle semblait ! Si elle faisait semblant, la lourdeur de l’objet, et du texte, serait virtuelle. Elle serait bonne comédienne. C’est là que cela commencerait à intéresser Frédéric Dard.
Ensuite, quid de la couleur mal définie de cette robe ? Fleurs rouges sur fond jaune, en toute  vraisemblance. Mais un découpage bas jaune et haut à fleurs rouges est concevable, ou bien une répartition sagittale, un coté fleuri et l’autre canari. Quoi qu’il en soit, un vilain oripeau type rideau de cuisine. C’est là que cela commencerait à fleurer son Emile Zola.
Donc, c’est une femme ni adolescente ni adulte, probablement célibataire, mais qui « semble » jeune, pas très riche vu son accoutrement : la Redoute à rabais.
Il m’étonnerait fort que ce sac contienne de vieux vêtements destinés à un vide galetas ou à une œuvre brocantique (troc chez les chanteuses de blanco-spirituel). Quelques robes trouées (les pantalons troués sont trop précieux), des chapeaux déplumés,  un porte-jarretelle pouvant servir de fixe-chaussettes, des bonnets de nuit trop lessivés par de mauvaises pensées, une vieille paire de mules harassées. Tout ceci est bien léger comme explications.
Mais alors que contient ce sac anonyme si modeste mais réputé pesant ? De vieux livres, les programmes de TVNC, l’argenterie de feue la grand-mère, les lingots du tonton flingué, une tête de veau mal ravigotée, des pots de confiture oubliés depuis vilaine lurette ?
Non ! Tout bonnement cette catherinette s’applique à ne pas faire de bruit pour ne pas attirer l’attention (exactement comme mes écrits : re-chleuasme). Elle remue très peu ce sac poubelle qui ainsi nous paraît accablant. Accablant, il l’est ! La donzelle se dirige vers les conteneurs de tri. Ce gros pochon renferme une double douzaine de cadavres de bouteilles carrées, ce qui est la consommation hebdomadaire de son julot. Il a une descente que l’on n’aimerait pas remonter à vélo. Et çà, ce n’est pas un scoop !
Bertrand

 

La jeune femme avec une robe jaune…

La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd. Je la regardais ahaner sous mes fenêtres, trébuchant parfois sur ses petites mules à pompons roses tout à fait inadaptées aux pavés rendus glissants par la fine pluie de la nuit précédente, les deux mains encombrées, l’une par le bouquet, de grosses marguerites un peu fanées, je crois qu’on les appelle gerbéras, l’autre par ce sac noir opaque, qui m’intriguait. Je me demandais quand elle allait chuter et si je devais descendre, l’aider, peut-être ?
Mon imagination s’enflammait : et si elle avait commis un crime ? Découpé son amant en morceaux qu’elle tentait d’évacuer ainsi de bon matin ? Il faudrait peut-être que je prévienne la police, ou mieux, les journalistes, je tenais sans doute un scoop
Elle s’appuya contre l’aile de ma voiture pour reprendre son souffle et je pensai qu’elle y laissait ainsi  une trace, son ADN, une aubaine si je prévenais la police ! Elle déposa le bouquet sur le capot, s’essuya le front avec un pan de sa robe, dévoilant des cuisses appétissantes, puis changea le sac de main et se remit en marche. Jusqu’où irait-elle ? Pourquoi n’avait-elle pas déposé ce sac dans la poubelle de son immeuble ? Certainement pour qu’en le découvrant plein des morceaux sanguinolents de son amant (ou de son mari) on ne puisse remonter jusqu’à elle ! Mais je l’avais vue !  J’étais témoin ! Je pourrai la décrire parfaitement : cette robe jaune d’un goût abominable, ces cheveux jaunes aussi, qui pendaient sans grâce le long de son visage et le cachaient en partie, ces mules roses, c’étaient des détails qui permettraient à la police de l’arrêter si…
Ma tasse de café à la main, je me penchai par-dessus la balustrade de mon petit balcon en fer forgé pour pouvoir suivre sa trajectoire mais elle perçut sans doute le mouvement que je fis et leva la tête vers moi. Comment exprimer l’effroi qui, me sembla-t-il,  marqua ses traits ? Je ne puis que dire qu’il était égal au mien. Son joli visage (je le découvris avec plaisir) se crispa, je voulus me retirer vivement, échappai ma tasse qui se fracassa sur le trottoir, tout près d’elle.
Elle éclata de rire et m’interpella :
-       Venez donc m’aider au lieu de mater mes fesses, voyeur !
Allons bon ! Voilà qu’elle me faisait complice de son crime ! Que faire ?
Ma curiosité l’emporta et je dévalai mes deux étages. En m’attendant elle avait remonté ses cheveux en un chignon de danseuse d’où s’échappaient quelques mèches folles. Elle me tendit des clés de voiture :
-       Ouvrez cette Clio, là !
Un peu éberlué par son sans-gêne mais vaincu par son ton autoritaire, je le fis. Elle y jeta les fleurs fanées, puis vida sur le siège avant le contenu du sac : des lettres, quelques vêtements, des affaires de toilette, une tenue de sport, et mille petits objets, stylos, briquet, un paquet de cigarettes, des bibelots  et pour finir une grosse peluche rose sans doute gagnée dans une foire. Elle claqua la portière à toute volée et me dit :
-       Voilà une bonne chose de faite ! Viré, le salopard ! Maintenant, si vous m’offrez un café, je ne dirai pas non.
Son culot me plut, et puis elle était ravissante, finalement, malgré la robe jaune…
C’est ainsi que j’ai rencontré la femme de ma vie.
Huguette

 

La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd.  Si lourd que tantôt elle le tirait, tantôt elle le poussait. Un moment, à bout de forces, elle s’arrêta et d’un geste plein de grâce s’essuya le front du revers de sa main longue et racée. Ce geste exprimait sa fatigue mais aussi sa détermination. Elle fixa pendant un moment ses petites mules à talons et pompons rouges, semblant réfléchir intensément. Il était tard déjà, il fallait qu’elle se dépêche ; bientôt allait apparaître les premières lueurs de l’aube. Heureusement, la rue était vide. Pas même le bruissement d’aile d’un oiseau matinal. « Je n’aurais jamais pensé que ce soit aussi lourd », se dit-elle dans un rire nerveux. Si les gens savaient ! ».
Elle arriva enfin devant la grande poubelle au coin de la rue. Bien sûr, elle ne voulait pas jeter le sac dans la poubelle de son immeuble, pour ne pas laisser de traces. Elle réunit toutes ses forces pour le hisser, mais sans succès. Elle essaya encore, mais tous ses efforts furent vains. Alors qu’elle allait abandonner, elle sentit une main se poser sur son épaule et sursauta, livide, autant de surprise que de frayeur.
-       Hé bien, ma p’tite dame, on a besoin de gros bras, on dirait.
Elle regarda l’intrus. Il avait l’air d’un gros nounours, avec son ventre rebondi et son air pataud. Ses grosses moustaches, en guidon de vélo frémirent quand il la regarda d’un œil de connaisseur sous la faible lueur du réverbère. Elle se reprit, calculant rapidement tout ce qu’elle pourrait retirer de cette rencontre.
-       Avec… plaisir, répondit-elle d’une voix tremblante, mais qui déjà, s’affirmait.
Alors il prit le sac, comme si c’était un paquet de plumes et le fit basculer dans la grande poubelle. Puis il se retourna et lui sourit.
Demain, il y en a un qui serait surpris de ne plus trouver ses affaires, y compris sa chère PS4, et d’avoir enfin un adversaire à sa taille. Quel scoop ce sera pour lui !!!
Fabienne

Exercice : A chaque anniversaire, on lui offrait du passé et ça commençait à l’énerver sérieusement

anniversaire

A chaque anniversaire, on lui offrait du passé et ça commençait à l’énerver sérieusement, ce qu’elle voulait, elle, c’était du futur, des projets, des opportunités à venir. Bref, elle voulait être surprise par la vie et ne plus ressasser ses erreurs et ses errements d’autrefois.
Immanquablement, quand arrivait la date de son anniversaire, le 20 octobre, elle commençait à stresser, à paniquer, à étouffer… Oui, elle étouffait dans cette vie si vide. Elle avait l’impression de revivre le même jour. Le matin, tous ses amis lui feraient un petit coucou : par mail, par sms, sur Facebook, ou encore en l’appelant. Personne ne mentionnerait l’événement. Tout le monde ferait comme si c’était un jour ordinaire. Et puis, en fin d’après-midi, une bonne copine l’amènerait boire un verre ou faire du shopping, pour que Charlotte, sa colocataire ait le temps de tout préparer. Elle arriverait assez tard dans leur petit appartement cosy avec la bonne copine, évidemment, qui prétexterait l’envie de revoir Charlotte qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps. Lorsqu’elles entreraient, il ferait tout noir. Puis les lumières s’allumeraient et un énorme « surprise !!!» ne la surprendrait plus. Et là, chaque phrase commencerait par : « tu te souviens ? ». A croire qu’elle avait déjà tout vu, tout vécu. Certes, elle aimait beaucoup ses amis, elle était touchée même qu’ils pensent aussi régulièrement à cette date, à elle. Mais elle en avait plus qu’assez que tout se passe d’une façon aussi identique. A croire qu’ils n’avaient pas de mémoire…
Or, ce soir-là, la bonne copine reçut un appel et la planta là, disant qu’elle devait absolument s’en aller. Elle rentra donc chez elle. Ouvrit la porte, toucha l’interrupteur qui aussitôt donna une douce lumière tamisée. Elle n’en revenait pas… Elle était seule, le soir de son anniversaire ! Même Charlotte n’était pas là. Tout le monde l’avait donc oubliée. Pourquoi s’était-elle plainte ? Doit-on toujours se rendre compte du bonheur quand il a disparu. Malgré elle, des larmes coulèrent à cette pensée. Elle s’en voulut. Puis, en prenant son parti, elle passa dans la salle de bain pour se changer pour la nuit. La sonnette retentit. Qui pouvait bien venir à cette heure ? L’espace d’un instant, elle eut peur. Et si c’était un bandit, un voleur, pire, un violeur. Mais tout valait mieux que cette solitude. Elle ouvrit et, les yeux écarquillés, découvrit un homme bien habillé, distingué, beau même se dit-elle. Il tenait dans ses mains une bouteille de Champagne. « Bonjour, SOS anniversaire, je suis votre cadeau ! ».
Fabienne

 

Anniversaire « passé »

A chaque anniversaire, on lui offrait du passé. Cela commençait à l’énerver sérieusement.
A chaque anniversaire elle enviait Alice. Vertudieu mon lapin, voilà ce qu’elle souhaitait : un non-anniversaire., avec un gâteau bien présent.
Tous ses amis la savaient poétesse, la voulaient pythie. Elle avait certes des poussées délirantes mais de là à les mettre en ordre, sonnets, triolets, feux follets… Sa timidité était vénéneuse lors de leurs soirées opales. Dès qu’elle buvait un peu de vin blanc moelleux, qu’elle fumait un joint sur la terrasse, son cerveau explosait tel un volcan vanuatais. Elle en ressentait les vibrations créatrices et déclamait à tue-tête. L’assemblée, quoique habituée, en était d’abord muette d’extase apocalyptique dalienne. Mais très vite, les gais lurons enchainaient dans un transport collectif. Comme ils n’avaient pas beaucoup d’imagination (qui en a vraiment ?) ils ressortaient de  vieux textes appris sur les bancs de l’école, des classiques assommants. Et il leur fallait du temps, le temps qu’il fallait.
De l’imparfait bien sûr. De cela elle convenait facilement.
Du passé simple. Mais quel grand auteur peut rester simple ?
Du passé composé. Et il est vrai que Adèle, sa meilleure amie prenait à ce moment là, un air composé, enfin surtout… compassé.
Alors, elle se fermait comme une huitre.  La rage au cœur, elle pensait : un jour, un beau jour, je produirais un chef d’œuvre, plus que parfait !
Bertrand

 

Exercice : Aujourd’hui, j’ai fait ma BA, comme tous les lundis…
consigne : interdit de parler de « Bonne action »

ba

Aujourd’hui, j’ai fait ma BA, comme tous les lundis…
Oui, oui, ma « beuverie accidentelle ». Vous allez me dire, mais pourquoi est-elle accidentelle si c’est tous les lundis ?
Hé bien parce qu’on ne sait jamais quel vin on va boire ni combien de verres… C’est l’occasion qui fait le larron ! mais ce n’est jamais volontaire, toujours accidentel !
Fabienne

BA

Ce soir, pourquoi ferais-je, comme tous les lundis, une B.A. ? Eh bien, non ! Cette fois ce sera une Belle Absence, un vide, un trou noir…
Mes che(è)r.e.s collègues, à vous revoir, lundi prochain et… Bonne Année !
Bertrand

9 janvier, 2019

Atelier d’écriture du 7 janvier 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:06


Année

Je vous souhaite à tous plein de bonheurs partagés, de joie, de bons moments, de bonne santé et une imagination débordante !!!

DEVOIR : drôle de métier - Tireur de plans sur la comète

femme

Tireuse de plan sur la moquette

Je suis congénitalement paresseuse, tout de même pas telle un bradype pilosa. Je n’en ai ni le sourire idiot, ni la lenteur désespérante. Et, je ne mets pas trente jours à digérer une feuille. Mieux, je suis flemmarde, cossarde, fainéante. Maman m’a très vite surnommée Lazy Di. Oui, j’ai été affublée du divin prénom de Diana. Mon père était, comme tous les cornichons, amoureux de la blonde piéta des années 80. Je me demande si elle était hyperactive, la princesse des cœurs.
Je ne sais de qui je tiens cette tendance lourde à la nonchalance. Que l’on se rassure ce n’est ni de l’aboulie, ni de l’avolition. Je sais ce que je veux : être bienheureuse, sans l’aide du pape. Mes parents sont hyper méga-actifs et comme de droit, harassés. Mon unique frère est marathonien et a l’intention affirmée de le rester toute sa vie. Il a nommé son fils Mimoun, c’est dire ! Tous ces OTNI, objets travaillant non indispensables courent à leur perte. Moi, je me contente d’obéir à la plus obligée des lois : la gravitation universelle qui m’impose la pesanteur. Je suis une masse avec formes qui n’a pas peur de son poids. Mon paradigme est explicite : je crois à l’horizontalité.
De ce qui précède, j’encours les plus belles condamnations. De ma famille, de mes amis, de mon séducteur de médecin et j’en passe. Que ne me dit-on à chaque entrevue. « L’oisiveté est la grand-mère de tous les vices ». Oui, les aïeux sont beaucoup plus tolérants. Par expérience je sais qu’au moins une de mes deux grands-mères dira souvent le contraire de ce qu’affirme ma mère. Un psy évangéliste ou plutôt un évangéliste psychotique m’a promis : « tu finiras alcoolique sous les tropiques ». Lui-même ne croyait plus à ma seconde naissance, celle qui vous permet de dénoncer vos voisins mécréants et vous demande gracieusement d’adresser un chèque mensuel  la communauté. Cependant je dois dire que c’était un bon prophète. Je vis à Nouméa et je ne déteste pas une coupe de champagne et plus si millésimé. Et aussi le rhum arrangé ne me dérange pas. Mon métier vous plairait. Je suis avocate spécialisée en écologie. Beaucoup de travail mais pas d’urgences car en la matière, l’écologie, l’urgence est dépassée !Draravant était carrelé. Les fibres de vingt millimètres de long sont d’une grande douceur. Je l’ai choisie noire. Je sais, c’est salissant. Mais mon assistant a dans son contrat une clause aspirateur. En fait, il me sert aussi de secrétaire mais ne vient au cabinet que le matin. Donc tous les après-midi, pour traiter mes dossiers, je m’allonge. Je tire des plans sur la moquette.
Certains disent que c’est un revêtement de pays chaud. Ils ne savent pas, heureusement, que lors de ces après-midi, je suis peu ou pas vêtue. D’autres supposent que je m’endors sur mon travail. Et alors, je suis libre de mon temps et de procrastiner. Mais comme presque pour tous les paresseux, je sais que mon travail sera fini en temps et en heure. Cependant, inutile de vous faire des illusions en imaginant mon corps d’ivoire sur la moquette noire, aucun mec ne viendra tirer un plan sur « ma » moquette.
Bertrand

Terre

Il y avait un bon bout de temps déjà que Robert McNaught  travaillait à l’observatoire de Siding Spring, en Nouvelle-Galles du sud, près d’un bled au nom imprononçable : Coonabarabran.
Il était affecté à un programme de recherche d’objets géocroiseurs. Sûr que quand il disait ça dans un salon mondain, ça le posait un peu là… Sauf qu’il ne fréquentait pas trop les salons mondains et qu’en fait, son boulot était plutôt chiant… Tous les jours, l’œil collé au télescope du soir au matin, il devait identifier tous les objets interstellaires, astéroïdes ou comètes venant de la ceinture de Kuiper ou du nuage d’Oort – c’était très important pour lui, mais tous les autres s’en fichaient – qui s’approchaient un peu trop près de la terre. Il devait signaler tout danger potentiel au commandant en chef des forces armées, Sir Henry Wells. Si son travail n’était pas trop palpitant, Robert le prenait toutefois très au sérieux, alors, il ne se contentait pas d’observer et de rapporter, il échafaudait tout un tas de plans pour contrer une éventuelle collision avec les plus gros de ces corps célestes et ainsi protéger SA Terre, il en avait fait sa mission, sa raison de vivre. Il appelait ce travail secret « tirer des plans sur les comètes ». Il avait échafauder tout un tas de stratégies : ça allait du filet capteur (en mailles très très solides), à une sorte d’aimant géant, en passant par une espèce de catapulte capable d’envoyer tout objet indésirable dans les limbes et du coup, s’était auto-proclamé « tireur de plans sur les comètes ».
Il avait beau savoir que si de tels phénomènes étaient extrêmement rares, pas plus d’un impact tous les deux cents ou trois cents millions d’années, il avait la hantise d’un choc violent tel que celui qui s’était produit il y avait soixante-cinq millions d’années et si une telle chose arrivait de nos jours, ce serait certainement la fin de l’humanité.
En cette fin d’année 2006, Robert n’avait pas la tête à faire la fête. Depuis quelques jours, une énorme comète qu’il avait baptisée C/2006 P1, lui donnait bien du souci. Alors, cette nuit de Noël, quand il alla voir le Lieutenant Général Wells pour lui faire part de ses craintes, il décida de lui exposer tous « ses plans sur les comètes ». Henry Wells était en train de réveillonner avec toutes ses maitresses et pensait, lui, à tirer d’autres plans sur des comètes bien identifiées ; cet empêcheur de tourner en rond dérangeait quelque peu sa fête. Comme il ne savait trop comment s’en débarrasser, il lui déclara :
-       Mon cher Robert, j’apprécie votre heu… travail… mais ce n’est pas votre affaire ! Comme toutes les autres, cette comète ne fera que passer. Certes, elle est très grosse et très brillante. En votre honneur et en raison de votre investissement personnel, elle s’appellera à partir de ce jour « comète McNaught ». La surveiller exclusivement sera désormais le seul plan sur la comète qui vous sera autorisé.
Fabienne

Chacun sa comète

La fuite est une fatalité, pour l’homme. Courage, fuyons, proclamait Jean Rochefort, acteur si juste en couard magnifique. En réalité, le courage est rare chez les hommes. Ils le manifestent noyés dans la foule, dans l’alcool, contre les faibles. Chez nous, les femmes, il est consubstantiel.
Le français est riche. J’entends, la langue française, pas le français moyen. Une fuite peut aussi être un problème. Si vous êtes jeune scolaire, ce peut être un problème de robinets, au pluriel. Si vous êtes un homme d’un âge certain, cela devient un problème de robinet, singulièrement.
La fuite qui me réjouit maintenant est celle du langage maritime. L’allure de fuite pour un voilier, est celle qui vous éloigne de la tempête, on l’espère. Sur le bateau, la plus petite voile, la suédoise si court vêtue et le plus petit foc, au joli nom de tourmentin pourront vous aider à sauvegarder un cap. Au mieux à rester gouvernable. C’est un petit foc qui pourra vous sauver, en fuyant.
Mon chéri est astronome. Certains soirs d’été, il a accepté de m’emmener à l’observatoire du Pic du Midi. Au plus chaud il ne fait pas plus de 15 ° et je revêts ma polaire. Une nuit, allongée sur l’herbe, la tête posée sur mon sac photo, j’ai laissé mon esprit prendre cet angle de fuite dont je vous ai parlé.
Mon gros temps, ma tourmente, c’est bien moi. Moi, la personne que je voudrais fuir. Je ne fais presque rien de mes dix doigts. Alain assure et me couve de son amour. Mais il est pris par son métier, ses passions. Il vit dans les étoiles. Moi, je passe mon temps devant ma glace à scruter les ridules de la trentaine. Mon hobby, la photographie. Tous les jours après un tri sévère je sauvegarde une centaine de clichés. Je prends tout, paysages, macro, portraits, des enfants dès que je le peux. Mais personne ne voit mes œuvres. Ceci dit,  je marche beaucoup. On pourrait appeler cela de la divagation. Je mange peu, végan, et je maigris. Au grand dam d’Alain qui aime les rondeurs. Il dit qu’il lui en faut pour sa paume ! Voilà, je me dévalorise.
Croyez-vous au destin, surtout s’il vient des étoiles ?
Depuis cette nuit d’août, j’y crois. Quand Alain m’a crié un « viens vite ! » entremêlé de rires aux éclats, j’ai affalé mon tourmentin pour le rejoindre en courant. « Vois comme elle est belle ! Elle a une grande double queue bleue et jaune. Elle ressemble à Hale-Boop. Mais cette magnifique comète qui a eu son périhélie en 1997 ne reviendra qu’en 4385. Espérons que la périodicité de celle-ci sera plus courte. Sais-tu que les comètes peuvent être de différentes couleurs ? Par exemple, Wirtanen est verte.»
Bouleversée par ce spectacle, dès le lendemain je consultais le catalogue des comètes que m’a confié Alain. Il en répertorie des centaines. Mon anglais scientifique m’a permis de lire des dizaines d’articles les concernant. L’idée de les relier aux grands évènements est millénaire, le culte ouranien. Mais moi, je voulais en trouver une pour chacun. Selon leur taille, leur brillance, leur situation astrale, leur périodicité, leur couleur, leur vitesse… Je leur attacherai une valeur prédictive adaptée à chaque caractère, très documentée certes mais très subjective. C’est maintenant mon talent depuis que j’ai ouvert mon cabinet de consultations. Mon regard d’émeraude fait le reste. Je tire des plans sur les comètes et cela plait, même sur internet.
En moi, plus de tempêtes. Le soir, après mon « travail », je m’installe dans notre jardin zen. J’y ai dressé des pierres et planté des bambous. Chaque jour je ratisse lentement le sable blanc. Mes pensées naviguent au creux de ces vagues douces. Fini le tourmentin. J’attends simplement le retour quotidien (ou presque) de ma comète aux boucles blondes, Alain qui m’a montré la voie.
Bertrand

Exercice : Finalement, c’était une bonne année !
Faire un bilan très positif de tout ce qui vous est arrivé cette année, même pour les choses négatives, au pire… inventez !

Bonheur

En 2018,

Ça n’avait pourtant pas bien commencé : suite à une erreur médicale, je venais de me faire opérer et je marchais (difficilement) avec des béquilles et une gouttière au genou. Mais finalement, c’était une bonne année…
Je ne suis tombée qu’une seule fois et, comme je ne suis pas allée aux urgences et que je me suis soignée toute seule, la plaie, assez conséquente n’a pas infectée. Au bout de trois semaines, seules quelques rougeurs subsistaient.
Je n’ai été hospitalisée que deux jours, et encore, juste pour un examen. Mauvais point : je n’ai pas encore inaugurée la magnifique clinique de Nouville…
J’ai réussi à créer avec Raphaël, mon petit-fils, des moments privilégiés de complicité et de fous-rires
J’ai animé 3 ateliers d’écriture différe
nts qui m’ont apporté beaucoup de joie. J’ai même été invitée au SILO à ce titre.
J’ai d’ailleurs, avec la participation de mes chers amis écrivants pu éditer un livret, sans prétention de quelques-uns des drôles de métiers, et croyez-moi, j’en suis fière, de moi et de vous !
J’ai reçu, tous les jours, l’amour indéfectible de Zaza.
J’ai été présidente d’une association quelques mois, seulement… J’ai eu l’opportunité de proposer des activités variées et de les faire financer par divers organismes.
J’ai eu des samedis soir drôles et alcoolisés en bonne compagnie.
Noël a été une fête géniale, et pour une fois, je n’avais pas le bourdon, et si la Saint-Sylvestre a été inexistante, on s’en fout…
Bref, cette année qui ne sera peut-être pas à noter dans les annales fut une très bonne année, car, comme vous l’aurez deviné, pour moi, l’absence de malheur est déjà un grand bonheur !
Fabienne

A priori cela se présentait bien, a postériori, je pense que je m’en suis bien sorti.
J’ai  passé la dernière semaine de 2017 à Melbourne. Une nuit dans chaque quartier, grec, libanais, turc, italien, sud-américain, javanais. La dernière nuit je ne sais plus très bien où la situer. Sûrement en Australie. C’est dire que mon réveillon fut down under, dans les tréfonds.
Le 1er janvier, on me transporta inconscient et en ambulance au King Henri Hospital. Des urgences, de la réanimation, du bloc, du post-opératoire, je ne vous dirai rien. On ne m’a pas raconté, la psychologue n’a pas voulu. Le 15, les infirmières ont fêté au mousseux mon réveil. Incroyable, m’ont-elles dit. Vous avez survécu à 13 pontages dont un triple et deux doubles, une première dans ce pays ! La presse locale, régionale et même sud-pacifique a relaté cet exploit. Sur la photo, le chirurgien pose devant moi comme devant son premier rhinocéros. Le reste de janvier a été consacré à une réadaptation forcenée. Jamais je n’avais été dans une si belle forme. Je revenais de l’enfer.
Ma tendre épouse est venue me chercher en automobile. Au premier carrefour elle a pris à gauche dans la file de droite. Choc frontal. Son air-bag a fonctionné, pas le mien. Au centre de réadaptation, tout le monde m’a reconnu malgré mes quatre prothèses sans compter les clous, vis et autres objets métalliques dont une plaque me renforçant le front. Ma cicatrisation rapide a étonné. Février est vite passé : moins de jours. A la fin du mois, on a organisé une petite fête. Article et photo dans la presse locale et régionale. La cheffe de service de réadaptation orthopédique a posé devant moi comme devant son premier robot ménager.
Début mars, j’ai décidé de quitter le centre seul, en bus. Sous l’effet des médicaments et grisé par le pot de départ, je me suis trompé de ligne. Le conducteur m’a réveillé au terminus dans le désert de Simpson. J’ai su après que ce n’était pas si loin de Coober Pedy. J’ai survécu un mois grâce à l’ombre de l’abri, la citerne de réserve et vingt kilos de corned beef. En rigolant, le conducteur de l’autocar mensuel, le même qu’à l’aller, m’a dit qu’il allait me faire payer demi tarif vu les 25 kilos que j’avais perdu. A notre arrivée à Melbourne un reporter nous a pris en photo devant la calandre, the survivor. Le chauffeur a posé devant moi comme devant son premier kangourou écrasé.
La compagnie des bus et le Herald Sun m’ont payé une semaine dans le meilleur hôtel de la ville. Je l’avais bien mérité cette suite King Henri au dernier étage. La deuxième nuit,je l’ai passée dans la boite de nuit au sous-sol. Alcool à gogo puisque je ne conduisais pas. Au petit matin, dans l’ascenseur j’ai réussi à trouver le bouton du 77ème étage. Enfin je pensais. L’engin s’est arrêté et je me suis endormi. Ils m’ont réveillé en sursaut. J’avais malencontreusement pris un monte-charge annexe et la trappe était trop petite pour me laisser passer mais assez large pour les petits plats servis en abondance et qui ne pouvaient que me faire grossir énormément.  Cela leur a pris tout avril pour défoncer le mur sans faire tomber le monte-charge du haut du 75ème étage. Tiens, j’étais presque arrivé ! Pour  le mensuel de l’hôtel on a pris un cliché. Le directeur a posé devant moi comme devant son premier lutteur de sumo.
En mai, fais ce qu’il te plait. Je me suis payé une croisière vers la Tasmanie sur un petit yacht de luxe. Vous connaissez les tempêtes de la mer de Tasman. Eh bien, la mienne était pire. Avant que le navire ne sombre j’ai réussi à me glisser dans la capsule de survie dont je ne m’étais jamais éloigné. Miss Victoria qui m’accompagnait pour les vidéos s’est noyée derrière mon hublot, arrachée par une vague monstrueuse. J’ai dérivé tout le mois jusqu’à Kangaroo Island.
Sur la plage, j’ai pu m’extraire de cette boite de conserve sous l’œil goguenard des lions de mer. Là, un gigantesque incendie m’a poursuivi de ses assiduités, me grillant comme une merguez. J’ai pu me mettre à l’abri dans une grotte pour touristes. J’étais seul mais les stalactites étaient magnifiques, l’eau en abondance et la lampe Coleman a duré tout le mois de juin. J’ai enfin entendu la pluie et me suis dit que je pouvais sortir. Finalement je n’étais pas très loin de l’embarcadère du ferry pour Adélaïde. J’étais couvert de suie, noir comme un aborigène. Le capitaine a pris un selfie de nous deux et l’a mis sur Facebook. Il a posé devant moi comme devant son premier soutier.
A l’arrivée, la police m’attendait. En comparution immédiate un juge perruqué qui ne parlait pas comme moi m’a condamné à un mois de tôle pour black facing sur un ferryboat. Juillet était commencé et il a été magnanime : jusqu’à la fin du mois cela ira. A la prison j’ai traversé le quartier des petits délinquants avant ma douche. Ma réputation était faite. Les cris simiesques ont fusé. La veille de ma sortie, comble de l’humour anglo-saxon, on m’a entièrement passé au cirage noir. Pour le calendrier de la prison, le directeur a posé devant moi presque nu (pas lui, moi) comme devant son premier chimpanzé.
Août se présentait bien. J’avais besoin d’oxygène. J’ai  pris le train pour les Blue Mountains. Aucun incident de parcours, ce qui m’a surpris. J’ai mis mon équipement de randonnée avec eau et nourriture, on ne sait jamais. On m’a conseillé Sublime Point et en effet il n’y avait personne. Les membres engourdis par le froid je suis tombé dans une petite crevasse. Avec mon expérience des choses de la vie, j’ai bien senti que je m’étais cassé quelques choses. Ils ont mis une semaine à me retrouver et août s’est terminé à la clinique St Vincent. Le chirurgien a été très heureux de retrouver toutes mes anciennes pièces grâce à un aimant de son invention. Il en a mis un tas de nouvelles car a-t-il dit : « en six mois on a fait des progrès et j’ai un bon pourcentage sur les alliages neufs ». Pour le Kings Cross Nightly, il a posé devant moi comme devant sa première caisse à outils.
Septembre a été joyeux au centre de rééducation près du zoo de Taronga. J’ai essayé de le visiter mais le sas de sécurité détectait tant le métal qu’ils ont cru que j’avais avalé une AK 47. Même le certificat médical que m’avait fait la femme de ménage n’a pas suffi à les convaincre. Le personnel a été très gentil. Comme je me déplaçais trop à leur goût (« trop coquins ces petits Français ! »), ils ont mis sous mon siège un aimant en néodyme qu’ils enlevaient pour la promenade. Ils ont tous posé devant moi comme devant leur première boussole.
Octobre a été facile. Les médecins m’ont conseillé de ne plus me peser. Je n’avais pas grossi mais je m’étais beaucoup alourdi. J’ai donc fait de la musculation. En squat en particulier. Malheureusement, mon quadriceps droit a claqué : rupture du chef antérieur. Au centre de rééducation ils avaient gardé l’aimant spécial marqué à mon nom. On me faisait beaucoup de musculation passive électrique. Pendant ce temps là, aimanté, je regardais tous les sports à la télévision. La femme de ménage, toujours aussi gentille a passé des heures à m’expliquer le cricket et l’australian rule.  Je suis sorti de là plein d’énergie. La technicienne de surface a posé avec moi pour « nous deux » comme avec son premier Ribery.
J’ai loué un studio à Darling Harbour pour le mois de novembre. Il faisait beau et je me promenais souvent. Je m’imaginais en robocop croyant percevoir des cliquetis prothétiques. Avant mon retour à Nouméa je voulais acheter de petits souvenirs. Dans un magasin bimbelotier je manipulais de petites maquettes métalliques de l’Opéra, du Harbour Bridge, du Tower Eye. Tous ces petits objets passaient dans mes manches sans que je ne m’en rende compte. La vendeuse asiatique a plissé les yeux, si possible.  Les vrais robocops sont arrivés. A la prison de Sydney ils n’ont pas voulu me croire. Heureusement la psychologue bilingue qui me suivait a mis un jour un soutien-gorge métallique qui a été irrésistiblement attiré par mon poignet droit. Elle a reproduit plusieurs fois le phénomène, de plus en plus près de son bonnet C, de plus en plus rouge. Cela avait l’air de lui plaire. Dans son rapport (non pas celui-là), elle a clairement déclaré que mon magnétisme était « à l’insu de mon plein gré ». Décolleté largement ouvert, la psy a posé devant moi comme devant son premier amant (pardon aimant).
Pour Noël, on m’a finalement expulsé d’Australie comme délinquant récidiviste léger (mais dense). Pas de casier judiciaire car personne n’aurait voulu en croire les épisodes.
En arrivant, j’ai appris que ma femme avait déposé une demande de divorce à torts partagés. Pas de photo !

Finalement, c’était une bonne année !
Bertrand

Exercice : Les douze coups de minuit venaient de retentir…

Minuit

Douze coups

 Les douze coups de minuit venaient de retentir.
Vous serez étonnés. C’est la sonnerie de mon téléphone. Les douze coups de Big Ben. Cela me remémore ma vie de prince arabe dans ce grand appartement de front de Tamise, près de Tower Bridge. Chaque nuit, par tous les temps, je sirotais sur ma terrasse abritée, un armagnac quinquagénaire comme moi. Le liquide doré était un plaisir que je croyais inégalable. Ces douze coups rythmaient mon temps. J’étais vivant, bon vivant.
Maintenant, il est rare que je décroche quand j’entends cette sonnerie de l’ancien monde. Je suis vêtu d’une tunique safran et ma cellule a une vue imprenable sur l’Himalaya.
Bertrand

Les douze coups de minuit venaient de retentir… ça y est !!! Nous étions le 1er janvier 2000. En cette nuit de la Saint-Sylvestre, tout le monde réveillonnait.. ou presque et moi, obscur petit hackeur, je venais de mettre en panne tous les ordinateurs de la planète et le monde entier m’appartenait !
Fabienne

 

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