Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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31 mai, 2017

Atelier d’écriture du 29 mai 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:41

DEVOIR : sandwich

Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée….
Aucun des deux n’avaient envie que ce moment cesse. (Quelqu’un pour qui trembler – Gilles Legardinier

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Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée….Au coin du feu, allongée sur une douce fourrure blanche, la lectrice était plongée dans les « Lettres de mon Moulin ». Et elle pleurait : l’histoire de la petite chèvre de Monsieur Seguin l’émouvait chaque fois davantage.
Elle avait sa propre interprétation de ce conte, qui ne correspondait pas du tout à celle de l’auteur : Blanquette n’était pas éprise de liberté, elle était éprise du loup ! C’est vers son prédateur qu’elle gambadait, insouciante en apparence, amoureuse sûrement… Elle en avait tant entendu à son sujet qu’il était devenu son fantasme …
Une fois, tandis qu’elle broutait l’herbe tendre du pré de Monsieur Seguin, elle l’avait aperçu tapi derrière un buisson d’aubépine, qui l’observait. Depuis, c’était bien simple, tout le jour elle ne pensait qu’à ses oreilles bien droites et surtout à ses yeux qui reluisaient dans l’ombre et toutes les nuits, elle rêvait de lui…
Elle avait bien remarqué que le loup était troublé quand il l’épiait : il n’était pas  insensible à son charme, dans ses yeux de braise elle s’était vue belle ! Oui, il était  amoureux aussi, elle voyait bien que sa bouche tremblait de baisers contenus…
Le combat final, c’était en réalité une joute amoureuse, notre lectrice en était certaine, et quand elle arrivait à la fin : « alors le loup se jeta sur elle et la mangea », elle avait des frissons de volupté ! C’était l’apothéose de leur nuit d’amour, le grand orgasme qui venait enfin résoudre l’amour impossible entre deux individus gourmands de la vie que les  lois de la nature opposaient…
La lectrice reposa le livre et soupira, alanguie…
Derrière le carreau, à peine éclairé par la pleine lune de ce soir d’automne, un visage était apparu. Des yeux luisants la fixaient intensément, une toison épaisse et noire de gitan brillait sous la lune, une bouche exigeante appelait les baisers…
Elle savait que ce n’était pas raisonnable. Sa famille, qui voulait l’attacher au piquet de sa condition bourgeoise, parlerait de faute, mais c’était son loup et ce soir la petite chèvre aurait plaisir à se laisser manger…
En attendant, ils se dévoraient du regard et aucun des deux n’avait envie que ce moment cesse.
Huguette

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Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée et cependant, Paul ne se sentait vraiment pas à l’aise. Ses copains l’avaient trainé de force dans ce cabaret pour assister à un striptease. Ils se moquaient tous de lui parce qu’il était encore vierge. Oui ! Un puceau, à 18 ans, ce n’était pas bien vu dans cette société patriarcale où il fallait très vite qu’un homme montre qu’il était fort. Timide, pudique, il regardait avec dégoût cet étalage de viande. Les filles n’étaient même pas belles… Les belles, elles allaient dans les grandes villes, où elles pourraient être remarquées et vite « prises en main », par un mari, pour les plus chanceuses, par un proxénète pour les autres. Alors, non, cette soirée qu’on avait organisée pour lui, pour son anniversaire ne lui plaisait pas du tout.

Pierre lui, regardait d’un œil distrait ces filles pathétiques danser sur des musiques lascives. Elles prenaient devant lui, des poses suggestives. Il n’avait pas voulu cette soirée organisée par son témoin, mais c’était son enterrement de vie de garçon et donc une tradition. Il avait 23 ans et se marierait après-demain avec la fille du médecin. Ni belle ni laide, mais un bon parti. Un mariage arrangé, en quelque sorte par son père, notaire et le père de sa promise. On ne lui avait pratiquement pas demandé son avis. Pierre était indifférent. Elle ou une autre, peu importait. C’était comme ça et puis c’est tout. Une fille prit une chaise qu’elle amena au centre du salon. Elle invita Pierre à s’y asseoir. Puis, elle alla en chercher une autre et amena un Paul rougissant et gauche. Les deux garçons se regardèrent et soudain, plus rien n’exista. Les filles vulgaires, les copains avinés, le bruit et cette soirée ennuyeuse, tout disparut. Les yeux de Pierre s’accrochèrent au regard de Paul comme à une bouée. Sans se connaitre, ils venaient de se reconnaitre. Et aucun des deux n’avaient envie que ce moment cesse.
Fabienne

 

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Dans le salon, seules les lampes d’appoint étaient encore allumées, créant une ambiance tamisée. Nous venions de passer une belle heure en admirant le coucher de soleil sur la grande terrasse. L’appartement d’Eléonore est perché au huitième étage d’un immeuble dix-neuvième qui domine les jardins du Luxembourg. Dans ce quartier, à cette heure-là, les rumeurs de la ville se font calmes, presque secrètes. Lénor, comme je la nomme tant elle est douce, avait investi et c’est le cas de le dire, ce haut lieu depuis trois mois seulement. Parmi les quelques améliorations, sa touche personnelle, deux d’entre elles faisaient son orgueil, quasi sa ferveur.
Ce 120 m2 avait perdu presque toutes ses cloisons grâce à un ingénieux système de voutes peu apparentes. Ainsi à la manière des églises romanes, on pouvait entendre une conversation murmurée à l’autre bout du logement. Seules la cuisine et la salle de bains semblaient séparées d’une immense pièce séjour-chambre. Au beau milieu, le très grand lit rond trouvait son utilité tout au long du nycthémère, à la grande curiosité des invités mâles qui auraient bien aimé s’assurer des qualités câlines de la svelte Eléonore. Seule et désemparée, quinaude aussi du fait de la récente déroute psychologique devant mon ex, j’avais accepté quelques mois de cohabitation dans ce lieu où pourtant aucun secret ne pouvait être celé. N’allez pas chercher quelque raison inavouable à cet « arrangement ». Depuis toujours, nous vibrons telles les deux branches d’un diapason. Lénor aurait pu être Léone, par sa crinière dorée couvrant de magnifiques épaules le plus souvent dénudées. Sa démarche aussi était fauve. A ses côtés, je me faisais l’effet d’un bon labrador, doré lui aussi, gardien de la maison et aussi de sa belle maîtresse.
Le deuxième aménagement hors du commun était une installation audio-lumineuse gérée par des micro-processeurs dernier cri, si j’ose dire. Une des manifestations in de l’intelligence artificielle. Une sorte d’alphago sensé connaître et parfois devancer les stratégies souhaitées de climat d’intérieur. Un ambianceur avait tonitrué le vendeur-plombeur à bretelles qui, lui, n’avait rien d’une intelligence naturelle ou inventée. Il aurait bien servi l’autre définition d’ambianceur : celui qui veut fait faire la chenille jusque dans votre cuisine avec un slip sur la tête. Cette impression dévoyée avait sans doute retardé l’utilisation de ce miracle technologique en « son et lumières ». Aucun éclairage direct, spots camouflés, boules de verre, grands abat-jours en papier de riz. Les hauts parleurs donnaient un effet sensurround sans qu’aucun ne soit apparent ni même localisable.
Essayons tout de suite, maintenant, me dit Lénor. Continuons cette belle soirée méditative. Nous souperons ensuite. Quel menu choisir ? Il faut orienter le programme. Musique classique, affirmais-je ! Choix aléatoire, rétorqua la lionne. Classique en aléatoire, reprîmes-nous en choeur. Au goût de la machine !
Nous laissant le temps de nous allonger sur les voluptueux coussins amarante (qui ne fane pas), la lumière décline lentement en une brume bleutée. Le grand mur du fond semble nous caresser d’une brise marine. Mon Dieu, comment cet ordinateur a t-il pu deviner ? Le Livre un du Clavier bien Tempéré. D’emblée, je pense reconnaître la version inspirée et libertaire de Glenn Gould, entrecoupée de ces anatomies qui le caractérisent. Immergées, submergées par la spiritualité de Jean Sébastien, nous disputons du « Tempérament idéal ». Comme attendu, j’opte pour la complexion égale et Lénor pour le Tempérament inégal. C’est elle qui a raison en suivant son naturel, sa vitalité. Et c’est ce qu’a voulu Bach. Passer de la douceur des bémols à l’acuité des dièses, parcourir la maîtrise des contrepoints transparents. Ces fugues à plusieurs voix, ces préludes tous différents. Vers la fin, après une heure et demie d’élévation, la puissance sonore augmente jusqu’à m’évoquer la version de Jacques Loussier.
Me suis-je aperçue que des teintes rosées ont remplacé le lapis-lazuli ? C’est quand la couleur vire au framboise que la transition sonore se fait vers des voix si peu humaines, une chorale d’outre-tombe, un chorus insondable. Là encore mes années de conservatoire me permettent de redécouvrir le requiem de Ligeti, celui qui est cité sur la bande sonore du film 2001. Quand les luminaires sourdent du coquelicot l’inquiétude vient. Quand cela tourne au violet la brise marine devient bise boréale. Après une demi-heure de ululements, nous ne parlons plus.
Surgissent alors les alternances cors et cordes, dissonantes, de Fluorescences. C’est ce qu’il faut écouter pour tenter de comprendre l’âme polonaise de Penderecki. Pour vous faire une petite idée essayez d’écrire correctement son prénom, si vous n’êtes pas polonais : KRZYSZTOF. La violence des clusters vous paralyse (en langage, un cluster est un groupe consonantique comme GRRR !). Quinze minutes de terreur bleu nuit et survient un bruit de sirène en glissando vertigineux. Enfin, un silence de mort et la nuit anthracite. Sans la savoir nous nous retrouvons roulées en boule, l’une contre l’autre. Aucune des deux n’a envie que ce moment cesse.
Bertrand

Exercice : écrire une histoire à partir d’une photo, sans parler de coucher de soleil

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Finalement, j’ai bien fait d’acheter cette villégiature… Certes, elle m’a coûté un peu cher, mais il faut bien dire que les paysages sont superbes. Et ce calme est si apaisant… Il faut bien dire aussi que c’est un peu loin, mais à l’heure actuelle, si l’on ne veut plus être intoxiqué par les gaz d’échappement, il n’y a pas trop d’autres solutions. C’est vraiment magnifique ici, j’ai une vue imprenable sur la faune endémique. Des « bacotons », sortes de baleines se prélassent devant ma terrasse. Tiens, il y a aussi des « gloup-gloups », ils sont si mignons… Tous les soirs, ils viennent manger dans ma main du fishcorn, une espèce de pâte à base de céréales et de chair de poisson que je fabrique moi-même et dont ils raffolent. C’est d’autant plus calme que ce week-end, je suis seul, vraiment seul pour profiter de tous ces trésors. Ma dernière compagne, une jeunette de 65 ans m’a quittée. J’avoue que j’ai tout fait pour. Je n’en pouvais plus de son caquetage… Ah qu’est-ce que j’adore ces petits week-ends sur Mars…
Fabienne

Exercice : Enfermé dans une cabane, seul au milieu de nulle part, un auteur en mal d’inspiration cherche la muse qui le fuit, quand soudain, on frappe à la porte… 

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Il y avait des mois qu’il n’avait plus rien écrit, lui, l’auteur à succès, adulé, encensé. Depuis quelque temps, la muse le fuyait. Il faut dire aussi que justement depuis quelques temps, il s’était adonné à tous les excès. Il sortait, tous les soirs, buvait, fumait et finissait rarement ses nuits seuls… Il pensait que l’inspiration viendrait en vivant follement. Mais rien n’était venu et chaque jour, il s’était retrouvé devant l’abîme d’une page blanche qui le narguait. Il était sec, fatigué, à bout… Alors quand un de ses amis lui avait donné la clé d’un « cabanon » au milieu de la mangrove, il n’avait pas hésité. Son corps et son esprit réclamaient le calme. Mais depuis une semaine qu’il était là, rien ! Rien ne venait… sauf les moustiques, tous les matins et tous les soirs, en escadrilles bourdonnantes. Ce soir-là, il se sentait mal, le corps engourdi, douloureux, l’esprit embrumé. Pourtant, il se traina jusqu’à la table de bois brut, prit son stylo et attendit ; quand soudain, quelqu’un frappa à la porte. Qui pouvait bien venir, à une heure aussi tardive et dans un lieu si abandonné ? Il se traina jusqu’à la porte et ouvrit. Là, devant lui, se tenait une longue dame, tout de blanc vêtu. « La dame blanche » pensa-t-il aussitôt. Elle lui prit la main et l’entraîna vers la couche. Il se sentait fiévreux, surexcité. Comment cette belle dame avait-elle trouvé sa modeste cabane ? Que lui voulait-elle ? Il passa une nuit incroyable, une nuit de douceur, de fougue et de volupté. Avec elle, il devint l’amant parfait, attentif et insatiable. Cependant, tout était dans une espèce de brume. Quand il se réveilla le matin, la belle était déjà partie… Ou bien n’avait-elle existée que dans son esprit embrumé… Il se sentait mieux, bien mieux. Son stylo trouva tout de suite sa place entre ses doigts et commença à écrire, tout seul. Il écrivit pendant plusieurs jours. Ce fut là son chef-d’œuvre.
Fabienne

29 mai, 2017

Atelier d’écriture du 22 mai 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:24

DEVOIR : Une minute de silence

CPAM-Cantal

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Une minute de silence

Je n’avais jamais été calme, posée, sereine. Mon tempérament c’était plutôt les montagnes russes : de grandes joies, d’intenses colères, des tristesses sans fond, des passions sans frein… Mais tout ça allait changer. J’avais rencontré un sage, j’allais devenir sa disciple.
Ça avait commencé pendant un stage de yoga. Il m’avait dit : « si tu es trop fatiguée pour parler alors assieds-toi à côté de moi car je parle aussi couramment le silence. » C’était juste ce que j’avais besoin d’entendre.
Fermer les yeux. Ecouter le silence une minute, occuper son espace intérieur, être attentive à chaque perception…Respirer une minute de silence ! En pleine conscience. Sentir son corps se calmer, la détente s’installer, une joie profonde te submerger.
Il disait vrai. J’ai pratiqué encore et encore…
J’ai mangé en silence, marché en silence, j’ai fait des retraites silencieuses, j’ai cessé de sortir le soir dans les bars, trop bruyants, j’ai fui la musique et mon compagnon m’a fuie parce que mon silence pendant l’amour le glaçait… Mais j’ai trouvé la sérénité, enfin !
Oui, je suis sereine maintenant et je m’emmerde !
Rendez-moi mes colères, mes indignations et mes révoltes, rendez-moi mes désirs et les angoisses qui vont avec.
Rendez-moi la VIE ! Je veux être bousculée, submergée, piratée, heureuse à pleurer, malheureuse à crever,  je veux aimer et haïr, pleurer et rire, je veux du bruit et de la fureur autour de moi !
J’ai un nouveau mantra : je suis insatisfaite et je me marre…
PS : mon ami est revenu, et je ne me prive plus de lui faire entendre que je prends du plaisir dans ses bras…
Huguette

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Silence en minute

Nous l’appelions tous Grand Père mais personne dans la famille n’avait la certitude qu’il était notre papy. De fait, lors de nos rares visites, il déclarait haut et fort à qui voulait l’entendre que jamais, ô grand jamais, il n’avait eu d’enfant. Ce beau vieillard aux cheveux longs descendant en vagues de cendre sur les épaules, au visage glabre anguleux, au regard de plomb, ne souffrait pas la contradiction. La première fois que je le vis, je ne pus m’empêcher de le comparer à un Maine Coon. Un de ces énormes chats d’Amérique du Nord à mobilité réduite qui trônent dans leur splendeur. Outre les mêmes prunelles, il avait de longs poils aux oreilles qu’il refusait obstinément de couper, pas plus que ses sourcils broussailleux. Son pelage avait l’air d’origine puisqu’on ne le voyait pas varier d’une année sur l’autre. Cela lui conférait une force brute en même temps qu’une distinction, une élégance sauvage qui intimaient le respect.
Au fin fond du Béarn, à peu de distance d’un gros village, il habitait une ancienne étable plantée au sommet d’une butte. Le feu de cheminée indiquait la direction du vent aux villageois. Les combles réaménagés constituaient sa chambre et une salle de bains rudimentaire. L’eau chaude ne lui avait pas paru chose nécessaire. L’immense pièce du bas comportait encore la grande  mangeoire à râtelier et les anneaux d’attache du bétail. Le seul luxe était une cheminée moderne permettant aussi de cuisiner : grillades, gibier à la ficelle et plats à cuisson très lente sur des braises presqu’étouffées. La grande table d’une seule volée de bois brut n’était pas très plate. Quelquefois on rattrapait les bouteilles au dernier moment dans de grands éclats épais de « sang de vinha » et des cascades rocailleuses de rires.
Dans cette étable évangélique il recevait une fois par an la famille, tous ensemble. Enfin, ceux qui se prétendaient de son sang. Le moment choisi était celui du dégel, ce qui ne fixait pas de date précise. Ils venaient de tout le Sud Ouest, pour la journée, jamais la nuit. Il y avait quelques chambres d’hôte au village. Seule Félicia, sa petite fille féline, la brune chafouine, pouvait rester quelques jours ou semaines. Il avait maintenant seize ans, ce hérisson de liberté qui savait tant la nature de ses montagnes. Bien sûr, elle lui rappelait le chat sauvage avec lequel il avait vécu dix-sept ans, au siècle dernier. Il ressentait encore les éraflures de ses griffes sur sa peau de vieillard et ne pouvait s’empêcher, dans ses moments de solitude, d’en jouir et d’en pleurer à froides larmes. Par sa seule présence, Félis la sauvageonne réchauffait le cruor de ses artères, ne serait-ce que par son regard de buisson ardent. Quand elle venait, trop rarement, ils ne parlaient que très peu : ils se comprenaient, elle le tison incandescent, lui la cendre épuisée.
Pour échapper à ses souvenirs, il avait trouvé l’électuaire. Les bonnes pâtes étaient ses deux grands amis : le berger et le notaire Le premier était « retraité », c’est à dire qu’il aidait encore un peu au moment du « pyrénéage ». Le deuxième tiendrait son office jusqu’au dernier acte, foi de tabellion. Trois fois par semaine, ils passaient une journée entière à une activité qui ne les décevait jamais : tenter d’arrondir leur tour de taille. Ce n’était pas la grand bouffe, même si les portions étaient copieuses.  Chacun à son tour y allait de sa recette personnelle ou empruntée et les deux autres jouaient les petites mains. Ils voyaient là un des rares bienfaits de la mondialisation. La bonne cuisine est universelle. « Elle devrait être inscrite dans les droits de l’homme et pas seulement de manger à sa faim » assénait le notaire embrumé. Ainsi, ils avaient voyagé de par le monde dans cette tanière à bestiaux où l’amitié roulait en avalanches de Béarnais. Dans leur langue toutes les consonnes étaient prononcées. Elles sonnaient leur entente, cette fibre d’Ossau qui les maintenait en vie. Personne n’assistait à l’élaboration du menu, à la confection des plats et encore moins à leurs généreuses agapes. Seule la maladie, rare malgré leurs curieuses règles diététiques pouvait empêcher ces campagnes culinaires.
Voilà, Grand-Père est mort. Félicia et moi sommes venus à ses obsèques : il est encore beau, cet homme. Le berger nous a pris dans ses grands bras, longuement, comme s’il calmait la douleur d’un mouton, emmêlant ses doigts déformés dans nos chevelures. Le notaire souriait de notre jeunesse, du respect au patriarche. Il nous a demandé de passer le lendemain à l’étude. Parmi ses minutes il avait classé depuis longtemps un message de l’aïeul à sa géniture.
A l’heure dite, nous nous présentâmes, non sans avoir évoqué entre nous deux maintes hypothèses farfelues. Grand-Père, ton humour est toujours vif : avec respect et tendresse, nous avons consulté une page blanche, une belle « minute de silence ».
Bertrand

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Certains ont le regard perdu, au loin… D’autres regardent le bout de leurs chaussures… Certains pensent à des choses graves, d’autres moins. Hommage silencieux à des victimes, prière laïque, cri silencieux et unanime contre la barbarie, qu’y a-t-il dans une minute de silence ?

-       Une minute qu’ils ont dit, mais c’est long ! Que c’est long, je suis sûr que c’est plus…
-       J’ai faim… Qu’est-ce que j’ai faim, sûr qu’on entend mon estomac gronder…
-       Elle était un peu jeune pour mourir, tout le monde l’a vue et ils n’ont rien dit. Personne n’a bougé. Ils l’ont laissée succomber sous les coups de son bourreau… J’ai envie de crier, de hurler…
-       Oh là là ! Mais que c’est long, j’ai une crampe dans la jambe… Mais comment on sait quand c’est fini ?
-       Tiens, mes chaussures sont sales. Mais elle fait quoi ma femme, toute la journée ? Va falloir que je la recadre un peu… Evidemment, pas comme ce type, ça, c’est un malade… Non, moi, je la secoue juste un peu et après elle file droit, mais voilà, de temps en temps, il faut s’énerver. On dirait qu’elle ne demande que ça…
-       J’aurais dû m’acheter ce petit haut que j’ai vu hier, c’était vraiment une bonne affaire…
-       J’adore les minutes de silence, c’est le seul moment où ma femme la ferme, ENFIN !
Fabienne


Exercice
 : Il était chercheur de petites bêtes

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Il avait pointé longtemps au chômage, désespérant même de trouver un emploi à son âge, 45 ans. C’est très jeune, diront certains, mais pour les entreprises, c’est déjà l’heure de la réforme. De stages de formation en cours de coaching, il avait tout tenté, mais il n’y croyait plus guère. Quand un matin, alors qu’il lisait les petites annonces comme tous les matins, une offre lui sauta aux yeux : A pourvoir : « poste de chercheur de petites bêtes ». Suivait un numéro de téléphone, rien d’autre. Sa curiosité aiguisée par une demande si étrange et laconique, il décida aussitôt d’appeler. La sonnerie retentit, longtemps, mais personne ne décrocha. « Encore une blague », se dit-il.
Au bout d’une heure, alors qu’il cherchait en vain comment trouver un travail, son téléphone sonna. Il se précipita pour répondre. C’était son banquier, on allait saisir sa maison s’il ne comblait pas dans la journée son découvert. Comment faire ? Il n’avait plus rien ! il était au bout du rouleau. Il décida d’en finir une bonne fois pour toute… Alors qu’il se mettait la corde autour du cou, son téléphone sonna à nouveau. Encore quelqu’un qui veut de l’argent… Néanmoins, il décrocha.

-       Bonjour, Monsieur, est-ce bien vous qui avez appelé tout à l’heure pour l’annonce ?
-       Oui… bredouilla-t-il
-       Quand êtes-vous disponible ?
-       Bien… tout de suite, reprit-il plein d’espoir.
-       Alors venez demain matin à la première à l’adresse suivante….

Il nota, fébrile, une adresse qu’il ne connaissait pas et qu’il chercha sur le net.
Le lendemain matin, à l’heure dite, il était là. Devant la porte, un petit homme, le sourire aux l’attendait.

-       Qu’elle est votre spécialité ?
-       Heu… c’est-à-dire…
-       Oui, je sais, vous êtes comme tous les autres, vous ne savez pas encore. Suivez-moi.
Derrière la porte, une grande salle et du monde.
-       Vous voyez, celui-ci est « chercheur de poux dans la tête », l’autre à côté traque les araignées au plafond. Plus loin, nous avons un groupe qui a des fourmis dans les jambes. Et vous ? Que voulez-vous faire ?
-       Oh, moi… moi, vous savez, j’ai juste le cafard !
Fabienne

 


Exercice
 : Chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue principale pour mendier une conversation.

Mndiante

Personne ne lui parlait, elle était devenue la honte du quartier, l’exemple à ne pas suivre, une fille perdue. Elle ne pouvait même plus entrer dans une boutique pour acheter un pain. Soit les gens faisaient comme si elle n’existait pas, soit ils la chassaient à coups de balais. Pourtant, elle n’avait pas fait grand-chose, juste aimer… Aimer celui qu’il ne fallait pas et qui l’avait mise enceinte. Ses parents l’avaient chassée de la maison. Elle avait erré dans la ville, un peu partout… et avait perdu son enfant. Depuis, elle survivait en volant. Mais ce qui lui était le plus pénible, c’était ce silence autour d’elle. Alors, chaque matin, à l’heure des chalands, elle s’installait à l’angle de la rue principale pour mendier une conversation.

3 mai, 2017

Atelier d’écriture du 1er mai 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:29

C’est le 1er mai, mais à l’atelier, on travaille quand même !!!

muguet brinz

DEVOIR : Prenez un livre, page 24, 3ème phrase pour commencer ou terminer une histoire.

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Des rangées de tulipes rouges défilaient au garde-à-vous le long de Park Avenue tandis que nous roulions à tombeau ouvert  pour tenter de rejoindre dans les délais Grand Central Terminal. Il était déjà 17h15 et le train pour New Haven devait quitter la gare à 17h40. Mardge était inquiète, partagée entre la peur de rater son train et la crainte de ce qu’elle allait découvrir une fois arrivée chez John. Leur relation, quoiqu’intermittente durait depuis cinq ans déjà et elle possédait la clef de l’appartement, un grand loft avec vue sur East Rock Park.
John s’était montré bien mystérieux, lui demandant de rejoindre au plus vite New Haven tout en l’informant qu’il ne serait pas à l’appartement quand elle arriverait. Il s’était dit très pressé et avait  abrégé la conversation, remettant les explications à plus tard.
Ce comportement excentrique ne correspondait pas à la personnalité de John, toujours pondéré et maître de lui. Les idées se bousculaient dans la tête enfiévrée de Mardge : maladie ou décès d’un proche ? Non ! Il le lui aurait annoncé. Problèmes au travail ? Mais quelle aide pourrait-elle lui apporter dans ce domaine ? Non ! Il s’agissait d’autre chose, quelque chose de grave ! Mais quoi ? Dans quel bourbier John s’était-il fourré ?
A son arrivée, Elle constata, un peu rassurée, que l’appartement était parfaitement en ordre. Comme toujours, chaque chose était à sa place et rien ne pouvait laisser penser à un départ précipité. Elle alla chercher une boisson fraiche dans le réfrigérateur et s’installa confortablement sur le canapé. A la télé, rien de bien intéressant, l’attente, c’est sûr, allait être longue. de temps à autre, elle jetait un coup d’œil sur le téléphone comme si  cet objet inerte pouvait lui délivré un message, une explication. Les heures passaient et John ne l’appelait toujours pas. Lassée, elle prit la décision d’aller se coucher mais avant, elle partit explorer plus attentivement chaque pièce de l’appartement comme à la recherche d’un indice. Des murs, bien insonorisés, ne filtrait aucun bruit. Elle se sentait seule et l’angoisse prenait le pas sur l’énervement.
Lorsqu’elle pénétra dans la chambre, une surprise l’attendait sous la forme d’une enveloppe libellée à son nom, enveloppe posée ostensiblement sur la table basse. A l’intérieur, un message laconique : « j’ai mis l’appartement à ton nom, il est donc désormais à toi , tu peux en disposer comme tu veux. Notre histoire s’arrête là,  je te quitte. Ne cherche pas à savoir où je suis, ce que je fais, ni ce que je deviens. Ma vie ne me convenait pas ; j’ai décidé d’en changer.
Bien à toi,
John
PS : Tu trouveras sur le petit carnet marron, dans le tiroir sous le téléphone, l’adresse de mon notaire ».
Estomaquée, Mardge s’affala lourdement dans le vieux fauteuil de cuir brun sur lequel John  rangeait soigneusement ses vêtements chaque soir. Enfin ! Jusqu’à ce soir…
Patricia

-       Je vous jure, Monsieur le Juge, ce n’est pas moi qui l’ai tuée.
-       Pourriez-nous nous le prouver ?
-       Mais bien sûr, Monsieur le Juge.
-       Ma femme a pris le pistolet, comme ceci, dit l’accusé, en prenant le pistolet d’un policier. Ensuite, elle l’a mis contre sa tempe, exactement comme cela.
-       Et alors, dit le juge ?
-       Eh bien, elle a tiré, comme cela, répondit l’accusé en appuyant sur la gâchette.
Le pistolet était chargé et le juge constata :
-       Quelle façon stupide de mourir ! (Richard Bach – Un)
Fabienne


Exercice
 : Inventez une histoire à partir de cette photo

photo

 

Il était un temps où les hommes étaient tout puissants.
Il était un temps où ils triomphaient et portaient des casquettes.
Il était un temps où leur volonté s’exerçait dans la rue comme ailleurs.
Il était un temps où le calme et l’ordre régnaient.
Il était un temps de froide liberté.
Il était un temps où la fourrière municipale venait prendre les femmes perdues.
En vérité je vous le dis, vous le promets, ce temps reviendra.
IL SUFFIT DE NOUS VOILER LA FACE.
Bertrand

Attrapez-les ces impudiques ! Ces moins que rien ! Regardez comme elles s’exhibent, dans la rue, à la vue de tous… Bel exemple pour nos enfants ! Attrapez-les vite et embarquez-les sans délais ! Et en plus ça a le verbe haut ! Comme si cela ne suffisait pas de troubler l’ordre public avec ces tenues plus que légères ! Tu parles de féministes ! Des putes, oui ! Qu’on enferme ces délurées !  Le charme d’une femme, tout de même, c’est avant tout la discrétion, le bon goût, l’élégance de savoir se taire par exemple pour mettre en valeur les propos édifiants de son époux.
Ah ! Que suis bien aise d’avoir épousé clémentine !
Patricia

C’est à croire qu’on nous épiait, qu’on nous suivait ! Je paris que c’était encore cette vieille chouette d’Anna ! Pourtant, nous ne faisions rien de mal ! A l’abri des regards indiscrets, c’était une activité saine et physique. Alors pourquoi toutes ces grenouilles de bénitiers s’insurgeaient-elle comme un seul homme ? Elles n’avaient rien d’autre à faire ? Nous ne faisions pourtant pas de mal.

A peine étais-je sortie de la cabine qu’un grand costaud me ceintura, et que la vieille Anna (j’avais raison, c’était bien elle, l’instigatrice !) empoignait Suzie, alors qu’une foule en colère suivait. Le panier à salades était garé devant et cette fois-ci, nous étions bonnes pour de la prison ferme… La dernière fois, on nous avait mis une amende, chère… Mais que voulez-vous, nous n’avions pas résisté à nous baigner par cette chaude journée et voilà que la brigade des mœurs allait nous emprisonner : nos maillots étaient jugés indécents. Mais je suis sûre que plus tard, les femmes pourront montrer leur corps, si elles le désirent, et même, pourquoi pas, se baigner nues, sans choquer personne !
Fabienne

Exercice : Inventez des proverbes idiots sur le mois de mai

Mai

 

Mai lasse, préférer le juin.

Mets Mémé dans la maie, elle a fumé.

Pour moi, mai c’est Mathilda.

La fée de mai ne fait que méfaits.

Il n’y a plus de mai, ou alors sous les ponts.
Bertrand

Et Mathilda May

Fait ce qu’il lui plait !

Orgasme en mai,
Lardon en février !

A la Sainte-Denise, je te ferai une bise !!
Au milieu des cerises
Laisse tomber, j’attendrai les campanules…

En mai, pense à t’épiler !

Si en mai,
Tu violes qui te plait,
Attention en juin
aux syndromes vénériens

En mai, tu m’as désirée
Mais en juin, t’es parti loin !
Fabienne

Bertrand

Bonne chance à Bertrand, qui est parti pour d’autres cieux métropolitains, au pays basque.
Merci à lui, pour ces bons moments partagés !

 

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