Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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29 mars, 2017

Atelier du 27 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:21

DEVOIR : Il ne se faisait aucune illusion, personne ne porterait le deuil de sa disparition. Alors il décida d’éprouver du chagrin pour lui-même.

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VISAGE

Je le vois, il est bien là. Depuis avant-hier ce soupçon s’est affermi. Au petit matin, dans une obscurité subtile, je me suis rendue aux toilettes, dans ma salle de bains. L’espace d’un dixième de seconde, il est apparu, ni bienveillant ni hostile. Le miroir derrière le lavabo s’est tâché d’une image flottante qui ne me quitte plus.  Hier, le visage a ressurgi, plus net, préoccupé. Légèrement anxieux et froid et gris. Et gris et froid. Ce matin, cette tête me fixe. Toujours l’inquiétude mais avec un je ne sais quoi d’agressivité. Elle me ressemble et même beaucoup. S’il n’y avait ce regard, je dirais « trait pour trait ». Ce qui est vraiment convainquant c’est que je m’attendais à la revoir. J’y avais réfléchi. En avais-je rêvé ? Je devrais être surprise mais elle est là, elle s’impose à moi.
Hier au déjeuner, elle était présente, encore. Nous avions fait installer un magnifique trumeau au-dessus de la cheminée du salon-salle à  manger. La glace, très ancienne, est piquetée d’écailles de tain. Je l’ai néanmoins reconnue. Cette fois elle a souri. Moi aussi, car je sais qu’elle me nargue. L’homme qui s’est assis en face de moi, devant son set de table, je ne le reconnais pas. Il aime le cassoulet, comme Léonard. Mon mari aussi, prend un verre de Cahors avec ce plat. Mais ce n’est pas lui. D’ailleurs, il me scrute, attentif à tous mes gestes. Je ne lui parle pas : que pourrais-je dire à un anonyme ? J’aimerais bien qu’il soit là, Léo.
Une heure auparavant, il m’avait pourtant dit au téléphone qu’il rentrerait déjeuner et c’était bien sa voix, pour sûr. Un sosie l’a remplacé ! Je ne le reconnais plus. Je ne l’aime pas.
Ce matin, nous partons à l’hôpital de Nouville. Le jumeau de Léo nous emmène. Etonnant : ils ont les mêmes tics de conduite. Cette façon de ralentir très tôt et d’accélérer doucement, pour le confort des passagers, pour mon bien-être. Elle était là. Je l’ai vue fugitivement dans le rétroviseur en me penchant légèrement. J’ai confirmé sa présence en ouvrant le miroir de courtoisie, comme pour vérifier mon pauvre maquillage. Je le connais bien, cet hôpital. Il y a un mois, on m’y avait conduite quand j’avais perdu connaissance sous la douche. Léo m’avait trouvée assise sous une pluie tiède. Plus tard, il m’avait fait rire en me disant qu’il avait une réaction inadaptée malgré la gravité de la situation. Il me disait en avoir honte, l’hypocrite. C’est vrai que je suis bien conservée malgré mon diabète. Ce vrai-faux compliment m’avait fait très plaisir. Ce n’est pas l’autre qui serait  capable d’humour. Pas un mot jusqu’à la salle d’attente du Dr H. Maintenant que je les vois, Jacqueline, l’infirmière chef, n’est pas Jacqueline, ni le Dr H. derrière elle. Ce sont des répliques qui me regardent d’un air suspicieux. Finalement j’aurais dû m’inquiéter. Il s’est peut-être passé quelque-chose de grave. Voilà, je sais. Léo a tété assassiné et le clone Léonard l’a remplacé. Je leur crie la vérité. Assassins ! Rendez-moi mon mari, si doux, si aimant. Immédiatement, on me bouscule sur un brancard qui se met à dévaler un couloir à pente abrupte. Une petite douleur au pli du bras gauche. Longue nuit de répit.
Je suis seule dans cette chambre blanche et silencieuse. Je suis attachée et bardée de fils. Au bras gauche une perfusion, clepsydre de remèdes. Hypnose et décollage.

Un mois a passé et je suis rentrée chez nous. Assidument, je prends mes deux médicaments chaque soir à heure fixe. Léo y veille. Les répliquants sont partis, sortis de ma vie. La main qui me caresse le front me rassure. De nouveau, il me fait rire avec son humour bien à lui, à lui seul. Surtout, le matin après m’être éclaboussé le visage, je ne la vois plus dans le miroir. La belle sexagénaire que je suis me sourit, simplement. L’autre n’est plus. Je ne me fais aucune illusion. Personne ne portera le deuil de sa disparition. Cependant j’ai décidé d’avoir un peu de chagrin caché pour elle, si familière.

PS : le syndrome de CAPGRAS est rare. Ce psychiatre inventif et courageux l’a décrit au début du vingtième siècle. Le sujet atteint ne rencontre plus ses familiers. Ce sont tous des sosies. Les neurosciences et surtout l’IRM fonctionnelle en approchent les mécanismes. Certes, il y a souvent une petite atteinte organique (AVC par exemple), mais ce sont certaines zones du cortex cérébral qui sont défaillantes par « contrecoup ». Il se produit alors un trouble de détection de la familiarité, de notre « vérité » et aussi un trouble de la capacité à évaluer ce à quoi l’on croit.
Après une élection récente très surprenante et juste avant nos élections, je me pose la question: ce syndrome n’est-il pas beaucoup plus fréquent ?
« A chaque instant, notre cerveau cherche à faire coïncider ses connaissances sur le monde et les données de nos sens ». Prenons de la hauteur !
Richard POWERS a utilisé ce thème du Capgras dans son formidable livre : «  La chambre aux échos » en 2008.  Il y confronte le libre-arbitre et la croyance.
Bertrand

tombe
Jacques avait vécu toute sa vie libre. Aucune attache, aucune entrave, rien qui ne le tienne, le retienne : pas de famille, pas d’enfant et surtout pas de femme. Il avait aimé pouvoir partir, n’importe quand, aller n’importe où, faire ce qu’il voulait et aimer selon ses coups de cœur. Mais l’âge venant, Jacques s’aperçut que sa liberté se transformait peu à peu en solitude.
Un matin, il eut une pensée qui le bouleversa. Quand il partirait pour le grand voyage, personne ne porterait le deuil de sa disparition. Il eut beau réfléchir : personne même pour venir à ses funérailles. Alors, à partir de ce moment, il décida d’éprouver du chagrin pour lui-même.
Il commença par pleurer, beaucoup, sur lui-même évidemment. Puis, voyant que le chagrin était toujours là, il tenta d’en rire et d’écrire son épitaphe. Il faudrait qu’elle soit très spirituelle pour qu’on en parle, et que les anonymes viennent se pencher sur sa tombe. Il en tenta plusieurs :
-       Je suis parti comme j’ai vécu, seul.
-       La vie sans moi n’est pas la vie
-       Je m’aime au-delà de tout
-       Maintenant, je vais me manquer
-       Personne n’est indispensable pour moi, sauf moi.

Mais tout ça ne le satisfit guère, alors, il alla faire le tour des pompes funèbres de sa région pour voir comment se passerait ses funérailles. Il savait qu’à une époque, on pouvait louer des « pleureuses », mais pouvait-on avoir des « rieuses », ou bien un orateur à la voix grave qui ferait l’apologie de sa vie ?
A peine eut-il ouvert la porte des « Pompes Funèbres Générales » qu’il la vit, là derrière son bureau sur lequel une petite pancarte indiquait « Madeleine ». Madeleine, au regard calme et à l’air si serein l’accueillit avec un doux sourire. Il sut tout de suite que désormais, il ne serait plus seul.
Fabienne

 Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo de Richard Vantielcke

Photo

 

Il ne savait plus où il en était, sa vie partait à vau-l’eau. Sa femme venait de le quitter, emmenant avec elle leurs deux enfants et il ne savait pas quand il les reverrait. Ce qu’elle lui reprochait ? Il ne savait même pas. Il croyait pourtant avoir fait tout ce qu’il fallait, mais apparemment, ce n’était pas assez, ou il s’était trompé, bref, il n’en savait rien. quand elle avait voulu quitter leur village, ils s’étaient installés en ville, dans ce quartier sombre et triste que lui n’aimait pas, mais qui était tout près des commerces, des écoles, du métro.
Et c’est à partir de là que tout avait tourné mal !
Cette nuit-là, comme toutes les autres nuits, il ne pouvait pas dormir dans cet appartement prison. Alors, il est descendu dans le métro, tout proche. Il y avait une poubelle. Il y a mis toutes ses mauvaises pensées, toute sa tristesse, tout son ressentiment. Et puis, il y avait une grande affiche « vous êtes ici ! ». Et subitement, tout devint clair dans sa tête et il sut exactement où il en était !
Fabienne

Exercice : inventez une autre fin au conte de Blacnhe-Neige

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Blanche-neige se retrouva dans la maison des sept nains où elle était très heureuse. La journée, ils allaient travailler dans leur mine de diamants et le soir ils lui ramenaient plein de trésors. Elle, elle faisait croire qu’elle s’occupait du ménage et de la bouffe, mais en fait, cette feignasse ne faisait rien du tout. Elle dormait beaucoup, puis se reposait et entre temps, elle chantait. Pour ne pas que les autre s’en aperçoivent, Prof se levait très tôt le matin et nettoyait le petit logis. Ensuite, Atchoum lavait le linge et Joyeux le repassait en douce. Grincheux qui fallait toujours qu’il la ramène râlait sur tout mais faisait tous les lits avant de partir. Dormeur, lui, cueillait des fruits frais à l’aube, puis se recouchait. Quant à Simplet, il leur préparait un dîner sublime. Alors elle, comme vous l’avez compris n’avait plus rien à faire. Aussi, quand la Méchante Reine arriva pour lui proposer une pomme, Blanche-neige lui claqua la porte au nez.
Elle vécut ainsi heureuse avec ses sept nains, un pour chaque jour de la semaine !
Fabienne

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