Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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27 mars, 2017

Atelier du 20 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:39

DEVOIR : un sandwich

Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Et personne ne sait quand ça arrivera. (Paul Cleave)

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GOLIATH

Elle me regardait fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Heureusement, sur la banquette arrière, elle n’y était pas encore.
Ma bagnole, ça c’est de la bagnole. Vous connaissez forcément. Lincoln Continental. La tire dans laquelle JFK s’est fait descendre. Mais la mienne, rien à voir. A côté, celle du Ricain a l’air d’une 4L.  La mienne, rien qu’à moi, c’est une Town Car de neuf mètres de long. Si je l’ai choisie, c’est qu’elle avait toutes les options. Putain de suréquipée comme y disent chez Renault quand y rajoutent un compte-tours. La mienne, rien qu’à moi, elle a : portes, vitres et châssis blindés, vitres teintées et trappe sur le toit. Cuir partout avec sièges climatisés été/hiver. Interphone chauffeur. Jusque là, ça fait plutôt papamobile. Attendez la suite. Pour tous les sièges, option massage, caméras 360° intérieur/extérieur, trois écrans télé anti-reflet, wifi, connectique Ipod, bar longitudinal de deux mètres de long avec glaçons instantanés et miroirs lumineux dans les mauves, réserve de caviar d’Iran. Je vous détaille pas tout, vous en baveriez. Et puis la banquette qui fait face au bar. Waouh ! Visez l’étendoir à morues. Pourtant, l’argument qui m’a décidé, c’est la vitre de séparation entre les places avant et mon nid d’amour. Je peux la baisser ou la remonter quand je veux. Adieu le chauffeur à casquette. Avec ce roubignoleu, on est pas du même monde et il faut qu’il le sache. On a pas gardé les horizontales ensemble ! Ou rarement. Je me lasse pas d’appuyer sur le bouton de commande électrique. Avec le petit doigt. Celui où qu’y a la broquille avec le diams trois carats. C’est rien qu’un caillou comme jacte Josette, ma régulière.
Là, aujourd’hui, ch’suis seul. Assis sur la banquette, je me suis servi un triple de bouteille carrée, Kanak Label. C’est triste la vie. Cela fait trois jours que mon fournisseur exclusif de champignons mexicains et d’herbe d’Ouvéa s’est fait pincer et j’avais pas de réserves.  J’vous ai déjà dit que j’aimais les plantes ? Les belles. Lol, l’humour que j’ai, en plus !
Voilà ! Je sens comme une présence. Je me tourne vers le volant. C’est vrai qu’elle me regarde fixement. Avec ses petits yeux sans paupières, comme des billes. On dirait qu’elle est collée à la vitre de séparation. Pas sûr qu’elle soit relevée, cette glace. J’arrive pas à allonger le bras vers le bouton de télécommande. Elle doit tout voir avec ses huit zyeux. Maintenant elle se détache bien, au dessus des sièges avant. Elle fait au moins trente centimètres d’envergure avec ses pattes relevées pleines de poils. Je la reconnais.  Cette mygale Goliath, je l’ai vue sur la chaine National Géographic Wild. A c’te heure-là, y avait pas de porno. Elle peut bouffer des rats, des serpents, des oiseaux, cette saloperie. Elle remonte ses deux pattes de devant. Elle fait un drôle de bruit, une stridulation. Vingt dieux, elle attaque ! Allongé sur la banquette, je rampe sur le dos, le plus vite possible. Elle saute. Elle est là. J’entends distinctement le bruit de ses pattes sur ma chemise en soie mauve. Un galop de sorcière. Pourvu qu’elle m’envoie pas ses poils dans les yeux, moi qui suis asthmatique. Terrorisé, je ne bouge plus. Elle a relevé ses crochets de trois centimètres. Je sais qu’elle est venimeuse. Je suis mort. Je la sens sur mon cou. Elle va me piquer à la jugulaire. Maintenant ses deux pédipalpes velus me sondent les oreilles, puis le nez, les paupières fermées. Je hurle mais personne ne m’entend. Le noir.
Quand je me réveille, je baigne dans ma sueur et je me suis pissé dessus. Mes mains tremblent. M’asseoir me provoque un vertige, des nausées. Je regarde autour de moi, RIEN. Mon cœur bat fort.  Je fouille partout dans la limousine éclairée. Rien.
Pourtant je sais que cela se reproduira et personne ne sait quand ça arrivera.
Bertrand

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Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi. Mais cette fois-ci j’ai remonté la vitre de séparation. Le chauffeur s’en fout, il sait qu’elle ne se vautrera pas sur lui. Les clones de troisième génération ont été programmés pour ne pas se frotter aux androïdes. Et c’est tant mieux car ils pourraient en faire les frais. Maxwell – c’est le nom de mon chauffeur et ça n’est pas la peine d’en rajouter – est passé en mode semi-automatique. Il va procéder à la recharge de ses batteries le temps du trajet de l’astroport à mon conapt. Du coup la tigrine se paie une petite sieste, et j’en ferais bien autant si je n’avais pas à trouver comment me sortir de ce pétrin.
Résumons : je ne sais pas qui m’a contactée, mais ce que je sais, c’est que je n’ai pas les moyens de refuser. Mon dernier contrat est déjà loin, et les 400 000 Palets qu’il m’a rapportés se sont évanouis en opérations de réparation et en drogues pour les supporter. Si je n’envisage pas une rentrée de devises rapidement je vais devoir m’inscrire au Cyberpôlemp. C’est pour ça que j’ai accepté cette rencontre. Je dois d’abord passer au douzième niveau pour récupérer mon stangulateur – on ne sait jamais – et me refaire une mocheté. Là où on m’a donné rendez-vous il vaut mieux ne pas avoir trop l’air en bonne santé si on veut garder tous ses organes.
En fait malgré toutes mes aventures – mes vies, pourrai-je même dire – je n’ai appris à faire qu’une chose : tuer sans être tuée. C’est maigre comme bagage, mais ma mère n’est plus là pour s’en plaindre à ma place et quant à mon père… disons que là où l’ai laissé la dernière fois, mon avenir ou même mon confort sont le cadet de ses soucis.
Le ronronnement du taxi-flot vient de changer de registre, nous sommes entrés dans la spire de descente et Maxwell se réveille, rechargé à bloc.
– Madame a pu se reposer ?
– Me reposer ? Vous en avez de bonnes pour un trans ! Bon, au moins vous, vous faites la conversation.
– C’est que je suis programmé pour ça, nous allons directement au rendez-vous ?
– Non mon cher, vous me déposerez devant le niveau 12 à l’angle de Décapitation Road et vous m’attendrez.
– Madame sait qu’au-delà de vingt minutes je devrai justifier de mon stationnement.
– N’aies crainte tout sera réglé en moins de quinze minutes, et si tu veux je te laisse la tigrine en garantie.
– Vous parlez d’une garantie ! Non je préfère que vous l’emmeniez avec vous, au moins si elle se fait boulotter ça nous fera des vacances.
– Bien, Messire, je l’emmène avec moi, sans regrets ?
– Sans regrets, à tout à l’heure.
L’engin s’arrête le long du trottoir surbaissé, le temps pour ma porte et celle du passager de s’ouvrir et se refermer rapidement, puis il passe en mode transparent pour signifier qu’il n’est pas libre. Pour sa sécurité aussi car en moins de trente secondes le coin s’est peuplé de S.A.F. – sans activité fixe – aux mines menaçantes que je dois tenir à distance en actionnant mon répulseur cyanhydrique. C’est dans des effluves d’amandes amères que je rejoins mon conapt, le félin à mes basques. J’attends un peu après l’ouverture de la porte blindée mais rien de suspect. J’entre et verrouille soigneusement. La tigrine s’installe au pied du fauteuil. Je mets moins de dix minutes à me préparer puis j’actionne le paraspecteur. Je choisis un look pas trop outré histoire de ne pas faire fuir tout le monde, mais toutefois assez répulsif pour les malandrins lambda. En fait j’opte pour le risque d’attraper un B.G.D. – Blue Grain Disease ou cyanose grainée pour ceux qui auraient la mémoire courte – qui est assez efficace, en dépit de la maigre probabilité que ça arrive sans contact prolongé. Cela me permet de regagner sans encombre le taxi qui se réenclenche à mon approche. Je m’installe à l’arrière à nouveau, la tigrine regagne son siège passager et Maxwell démarre.

Le lieu du rendez-vous justifie à lui seul toutes mes précautions : mon accoutrement répulsif, le strangulateur que j’ai glissé dans mon sac à main – ça s’appelle toujours comme ça même si les accroches magnétiques permettent de le porter comme on veut, et une capsule de cyanure coincée entre ma gencive et ma joue, pour les cas désespérés. Mais plus que le lieu lui-même, lugubre à souhait il est vrai, ce sont les silhouettes furtives qui le peuplent qui inquiètent. Certaines ne semblent même pas toucher le sol et se meuvent avec une rapidité suspecte. On ne perçoit que des ombres et on regrette la lumière d’en haut. Car ici on est au 136ème niveau sous la surface et seul un éclairage artificiel souvent défectueux maintient un semblant de clarté. Assez pour ne pas se cogner aux objets environnants, pas assez pour être pleinement rassuré. C’est pour cela que les rendez-vous d’affaires y sont toujours arrangés. Pas vu pas pris ! J’attends comme convenu à l’endroit précisé, sous un moignon de chaîne qui devait supporter une enseigne jadis, et qui se balance en grinçant. La tigrine s’est coulée derrière moi, sous un bloc de béton bouffé aux moisissures et à moitié effrité. Le coin idéal pour surprendre sans être surpris. C’est ce qui me sauve, car au moment où la masse sombre que je n’ai pas vu venir fait mine de vouloir s’abattre sur moi, l’animal est déjà sur elle, griffes plantées et bouche grande ouverte. Mais la venimeuse langue bifide et bleue n’a pas le temps de remplir son office, une fulgurance verte la tranche – un Laser Co2 de classe 4, certainement – et le clone félin se fait ensuite couper en deux de la même manière. Je ne dois mon salut qu’au contretemps que cela engendre. C’est pour cela que je l’avais prise avec moi, malgré le coût excessif de ce genre de locations. Le strangulateur, réglé sur mes émissions de phérordrénaline, s’est enclenché automatiquement et je suis dans son champ de protection. Toute tentative de le traverser se solderait pas la désintégration par torsion de l’imprudent qui s’y risquerait. L’ombre s’éloigne et les autres silhouettes se tiennent à distance respectable. Je n’ai plus qu’à espérer que mon contact n’attende pas l’épuisement de la réserve énergétique de mon bouclier pour se signaler à moi.
Un peu avant midi, et après trois microcoupures sur le secteur, un taxi-flot jaune et noir – les couleurs du Réseau – ralentit et s’arrête. Prudente, j’attends quelques secondes avant de désactiver mon strangulateur, histoire de pouvoir être identifié. La porte latérale coulisse et je me coule à bord de l’engin. J’ai désactivé le paraspecteur et mon tailleur ajusté m’oblige à quelques contorsions pour ne pas sembler trop impudique aux yeux de mon vis-à-vis. Mais mon anatomie ne semble pas l’intéresser le moins du monde. Il me tend en silence une grosse enveloppe ainsi qu’une micro carte auto dégradable.
– Les informations sensibles sont sur la carte, vous avez deux heures pour les mémoriser, dans l’enveloppe vous trouverez des compléments pour, disons, le confort de votre… intervention. En mode codé bien sûr, mais évitez de les égarer même si ça semble n’être qu’un dossier pour briguer un poste de directeur des ventes intermodales.
Sa voix est métallique, vraisemblablement brouillée par un modulateur dysphonique. Je pose la question, inutile mais rituelle :
– En cas de problème…
– Vous connaissez la réponse : on ne vous a jamais vue et vous ne nous avez jamais vus. Pour le règlement on procède comme d’habitude.
Si toutefois vous n’étiez pas en état de toucher la somme, nous la ferions parvenir de manière anonyme et sécurisé à votre fille.
Comment diable ont-ils fait pour savoir à propos de Leia ? Peu importe, je compte bien rester « en état » et pour un bon bout de temps encore ! Le taxi me dépose au niveau 24, à l’angle de la vingtième et de Sirius Bond Street. J’ai le temps de manger un morceau avant de m’attaquer au gros de l’affaire. Je me dirige vers la porte cochère donnant sur la cour puis sur le long couloir qui conduit à la salle du Rapid Grill. Après avoir honoré les trois contrôles et la palpation je pose enfin mes fesses sur un siège poisseux et commande une Orion Rye et un shooter de muscardine à 60 volumiques. Il me faut bien ça pour me remettre les idées en place. En attendant qu’on m’apporte le pack du jour – puisque choisir ce qu’on veut manger est maintenant réservé aux élites de la surface – je branche discrètement la micro carte sur mon connecteur de manche et commence à consulter le contenu de l’enveloppe. Trois photos, trois portraits de moi pris sous trois angles différents, mais dès la vision Tridé Max activée sur mes sunplastiglasses, un visage se dessine : ma cible. Le reste, un tas de documents sous forme de C.V., lettre de motivariation tapuscrite originale et autres foutaises, me fournissent en langage codé, le contexte dans lequel je vais avoir à opérer dès demain. Rien de bien nouveau dans le mode opératoire, mais une variante imprévue et de taille cependant : jusqu’ici je n’ai eu à exécuter – mes contrats et tout court – que dans les limites de notre système planétaire. Cette fois-ci je dois gagner Proxima b, qui abrite nos ressources en tungstène. Un petit voyage de 4,24 années-lumière, un trajet de 50 ans, tractés à la vitesse de 30 000 km/s par les collecteurs Bussard. Une paille quoi, que je vais devoir effectuer en hibernation suspensive pour ne pas arriver grabataire. Et la même chose pour le retour. Autant dire que je risque de trouver la terre bien changée à mon retour, 120 années terrestres plus tard – hé oui, cent pour moi mais vingt de plus pour notre planète, merci qui ? Merci Einstein !
Mais ce qui me fend le cœur c’est qu’à mon départ je devrai dire adieu à Leia, et qu’elle croira me dire au revoir. Confidentialité oblige si je veux rester en vie. Je ne la reverrai plus, puisqu’elle va déjà sur ses trente printemps.
À moins que dans l’intervalle on ne trouve comment retarder la dégradation et l’échéance fatale jusqu’ après cent vingt ans. À supposer alors que le prix en soit abordable… je peux toujours rêver. Mais ces dernières années on n’a pas beaucoup avancé dans ce domaine. Seuls les tenants du projet Grey-Skulachev-WILT, à grand renfort d’antioxydants et de bloqueurs de synthèse des télomères se gargarisent d’arriver bientôt à des résultats.
Quand bien même ce serait vrai, j’ai peu de chance de voir ça de mon vivant, et personne ne sait quand ça arrivera.
Diego

fille

Elle me regarda fixement cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi. Elle avait tout tenté : de la prison de ses petits bras chauds elle avait en vain essayé de me retenir, m’avait promis d’être toujours sage, m’avait offert sa poupée préférée. Voir tant de larmes lourdes sur ce petit visage chiffonné m’avait un peu déstabilisé mais ma décision était prise. Pitié et culpabilité se heurtaient à la carapace dure que j’avais érigée en forteresse pour permettre ce départ. J’avais pris la décision raisonnée de quitter sa mère et je ne laisserai rien ni personne m’en empêcher. La fuite était mon seul salut pour exister à nouveau après deux ans d’une liaison destructrice où je m’étais enlisé et perdu. Un corps pas trop bien gaulé, une virilité que je pensais défaillante et un mal existentiel  qui avait toujours attiré vers moi  les femmes les plus paumées et les plus dépressives m’avaient fait échoué ici. Mais aujourd’hui j’avais 40 ans au compteur et cet anniversaire avait agi comme un détonateur.  J’allais me tirer de là, me reprendre en main, partir à l’aventure, ouvrir les portes, défoncer les barrières, retrouver enfin le sel de la vie !  Et tant pis pour les dommages collatéraux comme cette pauvre gamine aussi perturbée que sa mère !
Je m’enfuis, je pars, je vole… Je finirai bien par découvrir  qui je suis réellement et je m’accepterai enfin…Ça pourra prendre beaucoup de temps et personne ne sait quand ça arrivera.
Patricia

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Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Je la hais tant elle me fait peur et me dégoûte. Chaque fois que je viens chercher ma voiture dans le garage, elle est là, comme si elle m’attendait. Lorsque je mets la clé dans la serrure, ma main tremble et elle semble se moquer de moi. Ses petits yeux noirs et ronds me regarde avec gourmandise. Ses fines jambes, couvertes de poils trépignent tant elles veulent me monter dessus. Son abdomen proéminent fait une tache sinistre sur le mur. Alors ouvrir la portière est au-dessus de mes forces. Je renonce et prends le bus. Ça fait un mois que ça dure.
Pourtant, je sais bien qu’un jour, j’arriverai à vaincre ma peur. Oui, un jour, je la chasserai définitivement de mon garage et de ma voiture. Un jour, je l’écraserai d’un talon négligent, un jour, oui, mais je ne sais pas comment… Et personne ne sait quand ça arrivera.
Fabienne

Exercice : Histoires mêlées

Ecrire 1 personnage + 1 objet sur 2 pages différentes puis les mélanger.
Ensuite chacun tire 1 personnage + 1 objet et écrit une histoire.
Consigne : le personnage doit avoir un contact particulier ou intime avec l’objet choisi.

Personnage : Gérard, 40 ans, poinçonneur des Lilas, veuf avec une petite fille qu’il a confiée à sa soeur. Il traverse une période de déprime et a tendance à boire, mais sait se tenir.
Il est petit, brun avec une moustache et zozote un peu surtout quand il est ému… Il est toujours ému quand il voit sa voisine étendre ses dessous.

Objet : un landau anglais, deux grandes roues, deux moyennes.
couleur : tartan sur fond bleu marine à droite, rouge Mélanchon à gauche, du clan des MacCou.
Biplace. Parasol en forme d’arbre du voyageur.

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Gérard était déprimé depuis quelques temps déjà… Depuis qu’il avait perdu Gisèle, sa Gisèle, morte de la dengue !!! C’était vraiment dingue cette histoire parce que Gérard était poinçonneur des Lilas, en plein Paris. Il ne s’en remettait pas… Deux ans ! Ils avaient eu deux ans de bonheur, juste le temps de se connaitre un peu et de faire un bébé, une jolie petite fille qu’ils avaient prénommée Angélique. Comme Gérard était toujours déprimé, il ne pouvait pas s’occuper de sa petite, alors, il l’avait confié à sa sœur. Du coup, il se sentait encore plus déprimé.
Gérard, c’était pas Mister Univers, il était petit, un peu rondouillard, avec une légère calvitie au milieu de ses cheveux bruns. Il avait aussi une grosse moustache qui, selon lui, le rendait plus viril… En fait, il ressemblait beaucoup au Sergent Garcia, dans Zorro… Mais quand il avait rencontré Gisèle, il avait tout de suite su que c’était la femme de sa vie. Certes, elle non plus n’était pas Miss Monde, mais on peut dire qu’ils s’accordaient bien. Ce qu’ils aimaient par-dessus tout c’était rire et ça, on peut dire qu’ils se marraient, tout le temps, enfin, jusqu’à ce que Gisèle s’en aille. Depuis, il n’avait plus goût à rien… Enfin presque… Et oui, depuis quelques temps, il avait une nouvelle voisine, en vis-à-vis et tous les matins, elle étendait de jolis dessous qui lui mettaient l’âme et le cœur sans dessus-dessous. Gérard en était tellement ému qu’il en zozotait quand il la voyait. Un matin, en allant au travail, il avait vu un landau, dans la cour intérieure de son immeuble, un landau bien particulier, un landau écossais, à deux places. Ce qui l’émerveillait le plus était le parasol, en forme d’arbre du voyageur. Au moment où il s’approchait pour savoir si des bébés étaient à l’intérieur, deux petites culottes de la voisine, qui devaient être mal attachées, les culottes, évidemment, pas la voisine, se mirent à virevolter pour finalement atterrir sur les oreillers du fameux landau jusque-là vide. Il y vit un signe. Alors, rapidement, il décida de le prendre et de s’en aller promener. Il appela la première culotte Gisèle et la deuxième Angélique. Ce jour-là, il n’alla pas au travail, il se promena toute la journée, racontant à ses deux amours ce qu’il voyait, riant de temps en temps d’un bon mot qu’il avait fait. Il était heureux comme il ne l’avait pas été depuis longtemps…  Le soir, il rentra chez lui, emportant avec lui le landau. Le lendemain, c’était le printemps, alors il décida à nouveau d’errer dans les rues de Paris.
Au bout d’une semaine, les services sociaux décidèrent de l’interner en hôpital psychiatrique.
Fabienne

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