Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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29 mars, 2017

Atelier du 27 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:21

DEVOIR : Il ne se faisait aucune illusion, personne ne porterait le deuil de sa disparition. Alors il décida d’éprouver du chagrin pour lui-même.

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VISAGE

Je le vois, il est bien là. Depuis avant-hier ce soupçon s’est affermi. Au petit matin, dans une obscurité subtile, je me suis rendue aux toilettes, dans ma salle de bains. L’espace d’un dixième de seconde, il est apparu, ni bienveillant ni hostile. Le miroir derrière le lavabo s’est tâché d’une image flottante qui ne me quitte plus.  Hier, le visage a ressurgi, plus net, préoccupé. Légèrement anxieux et froid et gris. Et gris et froid. Ce matin, cette tête me fixe. Toujours l’inquiétude mais avec un je ne sais quoi d’agressivité. Elle me ressemble et même beaucoup. S’il n’y avait ce regard, je dirais « trait pour trait ». Ce qui est vraiment convainquant c’est que je m’attendais à la revoir. J’y avais réfléchi. En avais-je rêvé ? Je devrais être surprise mais elle est là, elle s’impose à moi.
Hier au déjeuner, elle était présente, encore. Nous avions fait installer un magnifique trumeau au-dessus de la cheminée du salon-salle à  manger. La glace, très ancienne, est piquetée d’écailles de tain. Je l’ai néanmoins reconnue. Cette fois elle a souri. Moi aussi, car je sais qu’elle me nargue. L’homme qui s’est assis en face de moi, devant son set de table, je ne le reconnais pas. Il aime le cassoulet, comme Léonard. Mon mari aussi, prend un verre de Cahors avec ce plat. Mais ce n’est pas lui. D’ailleurs, il me scrute, attentif à tous mes gestes. Je ne lui parle pas : que pourrais-je dire à un anonyme ? J’aimerais bien qu’il soit là, Léo.
Une heure auparavant, il m’avait pourtant dit au téléphone qu’il rentrerait déjeuner et c’était bien sa voix, pour sûr. Un sosie l’a remplacé ! Je ne le reconnais plus. Je ne l’aime pas.
Ce matin, nous partons à l’hôpital de Nouville. Le jumeau de Léo nous emmène. Etonnant : ils ont les mêmes tics de conduite. Cette façon de ralentir très tôt et d’accélérer doucement, pour le confort des passagers, pour mon bien-être. Elle était là. Je l’ai vue fugitivement dans le rétroviseur en me penchant légèrement. J’ai confirmé sa présence en ouvrant le miroir de courtoisie, comme pour vérifier mon pauvre maquillage. Je le connais bien, cet hôpital. Il y a un mois, on m’y avait conduite quand j’avais perdu connaissance sous la douche. Léo m’avait trouvée assise sous une pluie tiède. Plus tard, il m’avait fait rire en me disant qu’il avait une réaction inadaptée malgré la gravité de la situation. Il me disait en avoir honte, l’hypocrite. C’est vrai que je suis bien conservée malgré mon diabète. Ce vrai-faux compliment m’avait fait très plaisir. Ce n’est pas l’autre qui serait  capable d’humour. Pas un mot jusqu’à la salle d’attente du Dr H. Maintenant que je les vois, Jacqueline, l’infirmière chef, n’est pas Jacqueline, ni le Dr H. derrière elle. Ce sont des répliques qui me regardent d’un air suspicieux. Finalement j’aurais dû m’inquiéter. Il s’est peut-être passé quelque-chose de grave. Voilà, je sais. Léo a tété assassiné et le clone Léonard l’a remplacé. Je leur crie la vérité. Assassins ! Rendez-moi mon mari, si doux, si aimant. Immédiatement, on me bouscule sur un brancard qui se met à dévaler un couloir à pente abrupte. Une petite douleur au pli du bras gauche. Longue nuit de répit.
Je suis seule dans cette chambre blanche et silencieuse. Je suis attachée et bardée de fils. Au bras gauche une perfusion, clepsydre de remèdes. Hypnose et décollage.

Un mois a passé et je suis rentrée chez nous. Assidument, je prends mes deux médicaments chaque soir à heure fixe. Léo y veille. Les répliquants sont partis, sortis de ma vie. La main qui me caresse le front me rassure. De nouveau, il me fait rire avec son humour bien à lui, à lui seul. Surtout, le matin après m’être éclaboussé le visage, je ne la vois plus dans le miroir. La belle sexagénaire que je suis me sourit, simplement. L’autre n’est plus. Je ne me fais aucune illusion. Personne ne portera le deuil de sa disparition. Cependant j’ai décidé d’avoir un peu de chagrin caché pour elle, si familière.

PS : le syndrome de CAPGRAS est rare. Ce psychiatre inventif et courageux l’a décrit au début du vingtième siècle. Le sujet atteint ne rencontre plus ses familiers. Ce sont tous des sosies. Les neurosciences et surtout l’IRM fonctionnelle en approchent les mécanismes. Certes, il y a souvent une petite atteinte organique (AVC par exemple), mais ce sont certaines zones du cortex cérébral qui sont défaillantes par « contrecoup ». Il se produit alors un trouble de détection de la familiarité, de notre « vérité » et aussi un trouble de la capacité à évaluer ce à quoi l’on croit.
Après une élection récente très surprenante et juste avant nos élections, je me pose la question: ce syndrome n’est-il pas beaucoup plus fréquent ?
« A chaque instant, notre cerveau cherche à faire coïncider ses connaissances sur le monde et les données de nos sens ». Prenons de la hauteur !
Richard POWERS a utilisé ce thème du Capgras dans son formidable livre : «  La chambre aux échos » en 2008.  Il y confronte le libre-arbitre et la croyance.
Bertrand

tombe
Jacques avait vécu toute sa vie libre. Aucune attache, aucune entrave, rien qui ne le tienne, le retienne : pas de famille, pas d’enfant et surtout pas de femme. Il avait aimé pouvoir partir, n’importe quand, aller n’importe où, faire ce qu’il voulait et aimer selon ses coups de cœur. Mais l’âge venant, Jacques s’aperçut que sa liberté se transformait peu à peu en solitude.
Un matin, il eut une pensée qui le bouleversa. Quand il partirait pour le grand voyage, personne ne porterait le deuil de sa disparition. Il eut beau réfléchir : personne même pour venir à ses funérailles. Alors, à partir de ce moment, il décida d’éprouver du chagrin pour lui-même.
Il commença par pleurer, beaucoup, sur lui-même évidemment. Puis, voyant que le chagrin était toujours là, il tenta d’en rire et d’écrire son épitaphe. Il faudrait qu’elle soit très spirituelle pour qu’on en parle, et que les anonymes viennent se pencher sur sa tombe. Il en tenta plusieurs :
-       Je suis parti comme j’ai vécu, seul.
-       La vie sans moi n’est pas la vie
-       Je m’aime au-delà de tout
-       Maintenant, je vais me manquer
-       Personne n’est indispensable pour moi, sauf moi.

Mais tout ça ne le satisfit guère, alors, il alla faire le tour des pompes funèbres de sa région pour voir comment se passerait ses funérailles. Il savait qu’à une époque, on pouvait louer des « pleureuses », mais pouvait-on avoir des « rieuses », ou bien un orateur à la voix grave qui ferait l’apologie de sa vie ?
A peine eut-il ouvert la porte des « Pompes Funèbres Générales » qu’il la vit, là derrière son bureau sur lequel une petite pancarte indiquait « Madeleine ». Madeleine, au regard calme et à l’air si serein l’accueillit avec un doux sourire. Il sut tout de suite que désormais, il ne serait plus seul.
Fabienne

 Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo de Richard Vantielcke

Photo

 

Il ne savait plus où il en était, sa vie partait à vau-l’eau. Sa femme venait de le quitter, emmenant avec elle leurs deux enfants et il ne savait pas quand il les reverrait. Ce qu’elle lui reprochait ? Il ne savait même pas. Il croyait pourtant avoir fait tout ce qu’il fallait, mais apparemment, ce n’était pas assez, ou il s’était trompé, bref, il n’en savait rien. quand elle avait voulu quitter leur village, ils s’étaient installés en ville, dans ce quartier sombre et triste que lui n’aimait pas, mais qui était tout près des commerces, des écoles, du métro.
Et c’est à partir de là que tout avait tourné mal !
Cette nuit-là, comme toutes les autres nuits, il ne pouvait pas dormir dans cet appartement prison. Alors, il est descendu dans le métro, tout proche. Il y avait une poubelle. Il y a mis toutes ses mauvaises pensées, toute sa tristesse, tout son ressentiment. Et puis, il y avait une grande affiche « vous êtes ici ! ». Et subitement, tout devint clair dans sa tête et il sut exactement où il en était !
Fabienne

Exercice : inventez une autre fin au conte de Blacnhe-Neige

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Blanche-neige se retrouva dans la maison des sept nains où elle était très heureuse. La journée, ils allaient travailler dans leur mine de diamants et le soir ils lui ramenaient plein de trésors. Elle, elle faisait croire qu’elle s’occupait du ménage et de la bouffe, mais en fait, cette feignasse ne faisait rien du tout. Elle dormait beaucoup, puis se reposait et entre temps, elle chantait. Pour ne pas que les autre s’en aperçoivent, Prof se levait très tôt le matin et nettoyait le petit logis. Ensuite, Atchoum lavait le linge et Joyeux le repassait en douce. Grincheux qui fallait toujours qu’il la ramène râlait sur tout mais faisait tous les lits avant de partir. Dormeur, lui, cueillait des fruits frais à l’aube, puis se recouchait. Quant à Simplet, il leur préparait un dîner sublime. Alors elle, comme vous l’avez compris n’avait plus rien à faire. Aussi, quand la Méchante Reine arriva pour lui proposer une pomme, Blanche-neige lui claqua la porte au nez.
Elle vécut ainsi heureuse avec ses sept nains, un pour chaque jour de la semaine !
Fabienne

27 mars, 2017

Atelier du 20 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:39

DEVOIR : un sandwich

Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Et personne ne sait quand ça arrivera. (Paul Cleave)

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Elle me regardait fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Heureusement, sur la banquette arrière, elle n’y était pas encore.
Ma bagnole, ça c’est de la bagnole. Vous connaissez forcément. Lincoln Continental. La tire dans laquelle JFK s’est fait descendre. Mais la mienne, rien à voir. A côté, celle du Ricain a l’air d’une 4L.  La mienne, rien qu’à moi, c’est une Town Car de neuf mètres de long. Si je l’ai choisie, c’est qu’elle avait toutes les options. Putain de suréquipée comme y disent chez Renault quand y rajoutent un compte-tours. La mienne, rien qu’à moi, elle a : portes, vitres et châssis blindés, vitres teintées et trappe sur le toit. Cuir partout avec sièges climatisés été/hiver. Interphone chauffeur. Jusque là, ça fait plutôt papamobile. Attendez la suite. Pour tous les sièges, option massage, caméras 360° intérieur/extérieur, trois écrans télé anti-reflet, wifi, connectique Ipod, bar longitudinal de deux mètres de long avec glaçons instantanés et miroirs lumineux dans les mauves, réserve de caviar d’Iran. Je vous détaille pas tout, vous en baveriez. Et puis la banquette qui fait face au bar. Waouh ! Visez l’étendoir à morues. Pourtant, l’argument qui m’a décidé, c’est la vitre de séparation entre les places avant et mon nid d’amour. Je peux la baisser ou la remonter quand je veux. Adieu le chauffeur à casquette. Avec ce roubignoleu, on est pas du même monde et il faut qu’il le sache. On a pas gardé les horizontales ensemble ! Ou rarement. Je me lasse pas d’appuyer sur le bouton de commande électrique. Avec le petit doigt. Celui où qu’y a la broquille avec le diams trois carats. C’est rien qu’un caillou comme jacte Josette, ma régulière.
Là, aujourd’hui, ch’suis seul. Assis sur la banquette, je me suis servi un triple de bouteille carrée, Kanak Label. C’est triste la vie. Cela fait trois jours que mon fournisseur exclusif de champignons mexicains et d’herbe d’Ouvéa s’est fait pincer et j’avais pas de réserves.  J’vous ai déjà dit que j’aimais les plantes ? Les belles. Lol, l’humour que j’ai, en plus !
Voilà ! Je sens comme une présence. Je me tourne vers le volant. C’est vrai qu’elle me regarde fixement. Avec ses petits yeux sans paupières, comme des billes. On dirait qu’elle est collée à la vitre de séparation. Pas sûr qu’elle soit relevée, cette glace. J’arrive pas à allonger le bras vers le bouton de télécommande. Elle doit tout voir avec ses huit zyeux. Maintenant elle se détache bien, au dessus des sièges avant. Elle fait au moins trente centimètres d’envergure avec ses pattes relevées pleines de poils. Je la reconnais.  Cette mygale Goliath, je l’ai vue sur la chaine National Géographic Wild. A c’te heure-là, y avait pas de porno. Elle peut bouffer des rats, des serpents, des oiseaux, cette saloperie. Elle remonte ses deux pattes de devant. Elle fait un drôle de bruit, une stridulation. Vingt dieux, elle attaque ! Allongé sur la banquette, je rampe sur le dos, le plus vite possible. Elle saute. Elle est là. J’entends distinctement le bruit de ses pattes sur ma chemise en soie mauve. Un galop de sorcière. Pourvu qu’elle m’envoie pas ses poils dans les yeux, moi qui suis asthmatique. Terrorisé, je ne bouge plus. Elle a relevé ses crochets de trois centimètres. Je sais qu’elle est venimeuse. Je suis mort. Je la sens sur mon cou. Elle va me piquer à la jugulaire. Maintenant ses deux pédipalpes velus me sondent les oreilles, puis le nez, les paupières fermées. Je hurle mais personne ne m’entend. Le noir.
Quand je me réveille, je baigne dans ma sueur et je me suis pissé dessus. Mes mains tremblent. M’asseoir me provoque un vertige, des nausées. Je regarde autour de moi, RIEN. Mon cœur bat fort.  Je fouille partout dans la limousine éclairée. Rien.
Pourtant je sais que cela se reproduira et personne ne sait quand ça arrivera.
Bertrand

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Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi. Mais cette fois-ci j’ai remonté la vitre de séparation. Le chauffeur s’en fout, il sait qu’elle ne se vautrera pas sur lui. Les clones de troisième génération ont été programmés pour ne pas se frotter aux androïdes. Et c’est tant mieux car ils pourraient en faire les frais. Maxwell – c’est le nom de mon chauffeur et ça n’est pas la peine d’en rajouter – est passé en mode semi-automatique. Il va procéder à la recharge de ses batteries le temps du trajet de l’astroport à mon conapt. Du coup la tigrine se paie une petite sieste, et j’en ferais bien autant si je n’avais pas à trouver comment me sortir de ce pétrin.
Résumons : je ne sais pas qui m’a contactée, mais ce que je sais, c’est que je n’ai pas les moyens de refuser. Mon dernier contrat est déjà loin, et les 400 000 Palets qu’il m’a rapportés se sont évanouis en opérations de réparation et en drogues pour les supporter. Si je n’envisage pas une rentrée de devises rapidement je vais devoir m’inscrire au Cyberpôlemp. C’est pour ça que j’ai accepté cette rencontre. Je dois d’abord passer au douzième niveau pour récupérer mon stangulateur – on ne sait jamais – et me refaire une mocheté. Là où on m’a donné rendez-vous il vaut mieux ne pas avoir trop l’air en bonne santé si on veut garder tous ses organes.
En fait malgré toutes mes aventures – mes vies, pourrai-je même dire – je n’ai appris à faire qu’une chose : tuer sans être tuée. C’est maigre comme bagage, mais ma mère n’est plus là pour s’en plaindre à ma place et quant à mon père… disons que là où l’ai laissé la dernière fois, mon avenir ou même mon confort sont le cadet de ses soucis.
Le ronronnement du taxi-flot vient de changer de registre, nous sommes entrés dans la spire de descente et Maxwell se réveille, rechargé à bloc.
– Madame a pu se reposer ?
– Me reposer ? Vous en avez de bonnes pour un trans ! Bon, au moins vous, vous faites la conversation.
– C’est que je suis programmé pour ça, nous allons directement au rendez-vous ?
– Non mon cher, vous me déposerez devant le niveau 12 à l’angle de Décapitation Road et vous m’attendrez.
– Madame sait qu’au-delà de vingt minutes je devrai justifier de mon stationnement.
– N’aies crainte tout sera réglé en moins de quinze minutes, et si tu veux je te laisse la tigrine en garantie.
– Vous parlez d’une garantie ! Non je préfère que vous l’emmeniez avec vous, au moins si elle se fait boulotter ça nous fera des vacances.
– Bien, Messire, je l’emmène avec moi, sans regrets ?
– Sans regrets, à tout à l’heure.
L’engin s’arrête le long du trottoir surbaissé, le temps pour ma porte et celle du passager de s’ouvrir et se refermer rapidement, puis il passe en mode transparent pour signifier qu’il n’est pas libre. Pour sa sécurité aussi car en moins de trente secondes le coin s’est peuplé de S.A.F. – sans activité fixe – aux mines menaçantes que je dois tenir à distance en actionnant mon répulseur cyanhydrique. C’est dans des effluves d’amandes amères que je rejoins mon conapt, le félin à mes basques. J’attends un peu après l’ouverture de la porte blindée mais rien de suspect. J’entre et verrouille soigneusement. La tigrine s’installe au pied du fauteuil. Je mets moins de dix minutes à me préparer puis j’actionne le paraspecteur. Je choisis un look pas trop outré histoire de ne pas faire fuir tout le monde, mais toutefois assez répulsif pour les malandrins lambda. En fait j’opte pour le risque d’attraper un B.G.D. – Blue Grain Disease ou cyanose grainée pour ceux qui auraient la mémoire courte – qui est assez efficace, en dépit de la maigre probabilité que ça arrive sans contact prolongé. Cela me permet de regagner sans encombre le taxi qui se réenclenche à mon approche. Je m’installe à l’arrière à nouveau, la tigrine regagne son siège passager et Maxwell démarre.

Le lieu du rendez-vous justifie à lui seul toutes mes précautions : mon accoutrement répulsif, le strangulateur que j’ai glissé dans mon sac à main – ça s’appelle toujours comme ça même si les accroches magnétiques permettent de le porter comme on veut, et une capsule de cyanure coincée entre ma gencive et ma joue, pour les cas désespérés. Mais plus que le lieu lui-même, lugubre à souhait il est vrai, ce sont les silhouettes furtives qui le peuplent qui inquiètent. Certaines ne semblent même pas toucher le sol et se meuvent avec une rapidité suspecte. On ne perçoit que des ombres et on regrette la lumière d’en haut. Car ici on est au 136ème niveau sous la surface et seul un éclairage artificiel souvent défectueux maintient un semblant de clarté. Assez pour ne pas se cogner aux objets environnants, pas assez pour être pleinement rassuré. C’est pour cela que les rendez-vous d’affaires y sont toujours arrangés. Pas vu pas pris ! J’attends comme convenu à l’endroit précisé, sous un moignon de chaîne qui devait supporter une enseigne jadis, et qui se balance en grinçant. La tigrine s’est coulée derrière moi, sous un bloc de béton bouffé aux moisissures et à moitié effrité. Le coin idéal pour surprendre sans être surpris. C’est ce qui me sauve, car au moment où la masse sombre que je n’ai pas vu venir fait mine de vouloir s’abattre sur moi, l’animal est déjà sur elle, griffes plantées et bouche grande ouverte. Mais la venimeuse langue bifide et bleue n’a pas le temps de remplir son office, une fulgurance verte la tranche – un Laser Co2 de classe 4, certainement – et le clone félin se fait ensuite couper en deux de la même manière. Je ne dois mon salut qu’au contretemps que cela engendre. C’est pour cela que je l’avais prise avec moi, malgré le coût excessif de ce genre de locations. Le strangulateur, réglé sur mes émissions de phérordrénaline, s’est enclenché automatiquement et je suis dans son champ de protection. Toute tentative de le traverser se solderait pas la désintégration par torsion de l’imprudent qui s’y risquerait. L’ombre s’éloigne et les autres silhouettes se tiennent à distance respectable. Je n’ai plus qu’à espérer que mon contact n’attende pas l’épuisement de la réserve énergétique de mon bouclier pour se signaler à moi.
Un peu avant midi, et après trois microcoupures sur le secteur, un taxi-flot jaune et noir – les couleurs du Réseau – ralentit et s’arrête. Prudente, j’attends quelques secondes avant de désactiver mon strangulateur, histoire de pouvoir être identifié. La porte latérale coulisse et je me coule à bord de l’engin. J’ai désactivé le paraspecteur et mon tailleur ajusté m’oblige à quelques contorsions pour ne pas sembler trop impudique aux yeux de mon vis-à-vis. Mais mon anatomie ne semble pas l’intéresser le moins du monde. Il me tend en silence une grosse enveloppe ainsi qu’une micro carte auto dégradable.
– Les informations sensibles sont sur la carte, vous avez deux heures pour les mémoriser, dans l’enveloppe vous trouverez des compléments pour, disons, le confort de votre… intervention. En mode codé bien sûr, mais évitez de les égarer même si ça semble n’être qu’un dossier pour briguer un poste de directeur des ventes intermodales.
Sa voix est métallique, vraisemblablement brouillée par un modulateur dysphonique. Je pose la question, inutile mais rituelle :
– En cas de problème…
– Vous connaissez la réponse : on ne vous a jamais vue et vous ne nous avez jamais vus. Pour le règlement on procède comme d’habitude.
Si toutefois vous n’étiez pas en état de toucher la somme, nous la ferions parvenir de manière anonyme et sécurisé à votre fille.
Comment diable ont-ils fait pour savoir à propos de Leia ? Peu importe, je compte bien rester « en état » et pour un bon bout de temps encore ! Le taxi me dépose au niveau 24, à l’angle de la vingtième et de Sirius Bond Street. J’ai le temps de manger un morceau avant de m’attaquer au gros de l’affaire. Je me dirige vers la porte cochère donnant sur la cour puis sur le long couloir qui conduit à la salle du Rapid Grill. Après avoir honoré les trois contrôles et la palpation je pose enfin mes fesses sur un siège poisseux et commande une Orion Rye et un shooter de muscardine à 60 volumiques. Il me faut bien ça pour me remettre les idées en place. En attendant qu’on m’apporte le pack du jour – puisque choisir ce qu’on veut manger est maintenant réservé aux élites de la surface – je branche discrètement la micro carte sur mon connecteur de manche et commence à consulter le contenu de l’enveloppe. Trois photos, trois portraits de moi pris sous trois angles différents, mais dès la vision Tridé Max activée sur mes sunplastiglasses, un visage se dessine : ma cible. Le reste, un tas de documents sous forme de C.V., lettre de motivariation tapuscrite originale et autres foutaises, me fournissent en langage codé, le contexte dans lequel je vais avoir à opérer dès demain. Rien de bien nouveau dans le mode opératoire, mais une variante imprévue et de taille cependant : jusqu’ici je n’ai eu à exécuter – mes contrats et tout court – que dans les limites de notre système planétaire. Cette fois-ci je dois gagner Proxima b, qui abrite nos ressources en tungstène. Un petit voyage de 4,24 années-lumière, un trajet de 50 ans, tractés à la vitesse de 30 000 km/s par les collecteurs Bussard. Une paille quoi, que je vais devoir effectuer en hibernation suspensive pour ne pas arriver grabataire. Et la même chose pour le retour. Autant dire que je risque de trouver la terre bien changée à mon retour, 120 années terrestres plus tard – hé oui, cent pour moi mais vingt de plus pour notre planète, merci qui ? Merci Einstein !
Mais ce qui me fend le cœur c’est qu’à mon départ je devrai dire adieu à Leia, et qu’elle croira me dire au revoir. Confidentialité oblige si je veux rester en vie. Je ne la reverrai plus, puisqu’elle va déjà sur ses trente printemps.
À moins que dans l’intervalle on ne trouve comment retarder la dégradation et l’échéance fatale jusqu’ après cent vingt ans. À supposer alors que le prix en soit abordable… je peux toujours rêver. Mais ces dernières années on n’a pas beaucoup avancé dans ce domaine. Seuls les tenants du projet Grey-Skulachev-WILT, à grand renfort d’antioxydants et de bloqueurs de synthèse des télomères se gargarisent d’arriver bientôt à des résultats.
Quand bien même ce serait vrai, j’ai peu de chance de voir ça de mon vivant, et personne ne sait quand ça arrivera.
Diego

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Elle me regarda fixement cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi. Elle avait tout tenté : de la prison de ses petits bras chauds elle avait en vain essayé de me retenir, m’avait promis d’être toujours sage, m’avait offert sa poupée préférée. Voir tant de larmes lourdes sur ce petit visage chiffonné m’avait un peu déstabilisé mais ma décision était prise. Pitié et culpabilité se heurtaient à la carapace dure que j’avais érigée en forteresse pour permettre ce départ. J’avais pris la décision raisonnée de quitter sa mère et je ne laisserai rien ni personne m’en empêcher. La fuite était mon seul salut pour exister à nouveau après deux ans d’une liaison destructrice où je m’étais enlisé et perdu. Un corps pas trop bien gaulé, une virilité que je pensais défaillante et un mal existentiel  qui avait toujours attiré vers moi  les femmes les plus paumées et les plus dépressives m’avaient fait échoué ici. Mais aujourd’hui j’avais 40 ans au compteur et cet anniversaire avait agi comme un détonateur.  J’allais me tirer de là, me reprendre en main, partir à l’aventure, ouvrir les portes, défoncer les barrières, retrouver enfin le sel de la vie !  Et tant pis pour les dommages collatéraux comme cette pauvre gamine aussi perturbée que sa mère !
Je m’enfuis, je pars, je vole… Je finirai bien par découvrir  qui je suis réellement et je m’accepterai enfin…Ça pourra prendre beaucoup de temps et personne ne sait quand ça arrivera.
Patricia

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Elle me regarde fixement, cherchant probablement un moyen de grimper sur la banquette arrière de la bagnole pour se vautrer une fois de plus sur moi…
Je la hais tant elle me fait peur et me dégoûte. Chaque fois que je viens chercher ma voiture dans le garage, elle est là, comme si elle m’attendait. Lorsque je mets la clé dans la serrure, ma main tremble et elle semble se moquer de moi. Ses petits yeux noirs et ronds me regarde avec gourmandise. Ses fines jambes, couvertes de poils trépignent tant elles veulent me monter dessus. Son abdomen proéminent fait une tache sinistre sur le mur. Alors ouvrir la portière est au-dessus de mes forces. Je renonce et prends le bus. Ça fait un mois que ça dure.
Pourtant, je sais bien qu’un jour, j’arriverai à vaincre ma peur. Oui, un jour, je la chasserai définitivement de mon garage et de ma voiture. Un jour, je l’écraserai d’un talon négligent, un jour, oui, mais je ne sais pas comment… Et personne ne sait quand ça arrivera.
Fabienne

Exercice : Histoires mêlées

Ecrire 1 personnage + 1 objet sur 2 pages différentes puis les mélanger.
Ensuite chacun tire 1 personnage + 1 objet et écrit une histoire.
Consigne : le personnage doit avoir un contact particulier ou intime avec l’objet choisi.

Personnage : Gérard, 40 ans, poinçonneur des Lilas, veuf avec une petite fille qu’il a confiée à sa soeur. Il traverse une période de déprime et a tendance à boire, mais sait se tenir.
Il est petit, brun avec une moustache et zozote un peu surtout quand il est ému… Il est toujours ému quand il voit sa voisine étendre ses dessous.

Objet : un landau anglais, deux grandes roues, deux moyennes.
couleur : tartan sur fond bleu marine à droite, rouge Mélanchon à gauche, du clan des MacCou.
Biplace. Parasol en forme d’arbre du voyageur.

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Gérard était déprimé depuis quelques temps déjà… Depuis qu’il avait perdu Gisèle, sa Gisèle, morte de la dengue !!! C’était vraiment dingue cette histoire parce que Gérard était poinçonneur des Lilas, en plein Paris. Il ne s’en remettait pas… Deux ans ! Ils avaient eu deux ans de bonheur, juste le temps de se connaitre un peu et de faire un bébé, une jolie petite fille qu’ils avaient prénommée Angélique. Comme Gérard était toujours déprimé, il ne pouvait pas s’occuper de sa petite, alors, il l’avait confié à sa sœur. Du coup, il se sentait encore plus déprimé.
Gérard, c’était pas Mister Univers, il était petit, un peu rondouillard, avec une légère calvitie au milieu de ses cheveux bruns. Il avait aussi une grosse moustache qui, selon lui, le rendait plus viril… En fait, il ressemblait beaucoup au Sergent Garcia, dans Zorro… Mais quand il avait rencontré Gisèle, il avait tout de suite su que c’était la femme de sa vie. Certes, elle non plus n’était pas Miss Monde, mais on peut dire qu’ils s’accordaient bien. Ce qu’ils aimaient par-dessus tout c’était rire et ça, on peut dire qu’ils se marraient, tout le temps, enfin, jusqu’à ce que Gisèle s’en aille. Depuis, il n’avait plus goût à rien… Enfin presque… Et oui, depuis quelques temps, il avait une nouvelle voisine, en vis-à-vis et tous les matins, elle étendait de jolis dessous qui lui mettaient l’âme et le cœur sans dessus-dessous. Gérard en était tellement ému qu’il en zozotait quand il la voyait. Un matin, en allant au travail, il avait vu un landau, dans la cour intérieure de son immeuble, un landau bien particulier, un landau écossais, à deux places. Ce qui l’émerveillait le plus était le parasol, en forme d’arbre du voyageur. Au moment où il s’approchait pour savoir si des bébés étaient à l’intérieur, deux petites culottes de la voisine, qui devaient être mal attachées, les culottes, évidemment, pas la voisine, se mirent à virevolter pour finalement atterrir sur les oreillers du fameux landau jusque-là vide. Il y vit un signe. Alors, rapidement, il décida de le prendre et de s’en aller promener. Il appela la première culotte Gisèle et la deuxième Angélique. Ce jour-là, il n’alla pas au travail, il se promena toute la journée, racontant à ses deux amours ce qu’il voyait, riant de temps en temps d’un bon mot qu’il avait fait. Il était heureux comme il ne l’avait pas été depuis longtemps…  Le soir, il rentra chez lui, emportant avec lui le landau. Le lendemain, c’était le printemps, alors il décida à nouveau d’errer dans les rues de Paris.
Au bout d’une semaine, les services sociaux décidèrent de l’interner en hôpital psychiatrique.
Fabienne

14 mars, 2017

Atelier du lundi 13 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 11:33

Exercice : écrire un texte à partir de cette photo de Joseph Koudelka

Ange

Tous les habitants étaient en émoi et la nouvelle s’était répandu comme une trainée de poudre : Léon (un grand du certificat d’études) et Petit Paul étaient accourus et, encore tout essoufflés de leur longue course, avaient expliqué au gardien de la paix qu’ils avaient trouvé un ange, gisant au pied du calvaire. Il est vrai qu’au début on avait un peu douté de la parole de ces deux chenapans qui ne savaient plus quoi inventer pour se faire remarquer. Mais Félix, le gardien de la paix s’était rendu sur place et… à l’évidence : un ange était bien là, par terre, inconscient, semblait-il.
Alors, il avait réquisionné les chevaux du viel Alphonse, deux magnifiques chevaux de trait, durs à la tâche, qui n’auraient pas trop à forcer pour porter ce si petit fardeau. Sur le chemin, l’ange avait repris ses esprits et il avait voulu monter sur la bicyclette de Félix, qui, trop honoré, lui avait cédé la place sans discuter. Son aube était sale et il avait le visage tuméfié. La grosse Marie qui le regardait passer se demanda ce qu’il avait pu faire pour avoir de telles marques, mais ne dit mot.
On amena l’ange à la salle des fêtes pour que tout un chacun puisse bien le voir et pour qu’enfin, on lui pose les questions qui brûlaient toutes les lèvres. On le fit monter sur l’estrade, avec Monsieur le Maire, qui, pour l’occasion avait sorti son écharpe. Un grand silence se fit. Un silence qui se prolongea et devint de plus en plus pesant. On lui approcha une chaise car il avait l’air bien fatigué. Alors, Monsieur le Maire, qui était le plus expert pour faire un discours, même improvisé, se mit à parler. Il expliqua à tous que c’était un grand honneur que Dieu leur faisait, que leur village était choisi entre tous, peut-être grâce à la vertu de ses habitants. Enfin, ça c’était surtout pour faire de jolies phrases parce qu’il n’en était pas sûr du tout. Lui-même n’était pas un parangon de vertu, parce que depuis plus de six mois, il entretenait une relation inavouable avec la belle Angèle, la femme du boulanger, pour qui tous les hommes se seraient damnés. Entre temps, le curé, prévenu, arriva. Lui, savait tout sur les habitants du village. Il n’avait plus d’illusions sur eux, ils étaient avides, jaloux, malhonnêtes, infidèles et pas une seule seconde, il lui vint à l’esprit que Dieu avait envoyé un de ces messagers pour glorifier ce village perdu.Il monta sur l’estrade et examina longtemps l’ange. Il remarqua son regard sournois, son aube déchirée, les coups sur son visage. Alors, il comprit et effrayé, recula.
. De sa voix forte, il leur dit :
-       Regardez, regardez-le bien !!! Mais vous ne voyez pas que c’est un ange déchu… C’est le diable qui est entré dans notre village.
Fabienne


DEVOIR
 : « Et si… » : et si le monde était gouverné uniquement par des femmes ?

(Mercredi 8 mars, journée internationale de la Femme)

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Femmes aidez-nous !

Il fait souverainement chaud. Ma peau épaisse, qui ne peut transpirer, s’imprègne de cette énergie. A midi, la brûlure est obsédante. C’est à ce moment choisi que notre grand-tante nous guide vers la rivière. Elle connaît le trajet de mémoire, comme toutes les courses du pays. Ses sens lui ont dit où trouver l’eau en quantité suffisante pour nous toutes ; le petit affluent de la Shire est rarement à sec. Plus d’une heure avant d’arriver nous avons senti la moiteur acre de l’argile. Nous, les sœurs, n’avons pas accéléré, pour garder notre cohésion. Du reste nous ne pratiquons que le pas, majestueux ou rapide. Nous nous interdisons de courir, même de sauter. Notre groupe est discipliné car nous nous aimons. Le respect est notre lien précieux, même les enfants coquins le savent. En arrivant au bras d’eau stagnante pas de surprise. Comme nous l’avait dit l’aïeule avec les grognements de son âge, les reflets de la nappe claire étaient bien là. Et nous avons bu goulûment. Plus d’une centaine de litres pour moi. Enfin, j’imagine. Et d’un regard oblique, j’ai reconnu mon image. Les longs cils que peu d’entre nous possèdent. Il y a des trous d’eau de deux à trois mètres. Il va falloir surveiller les mômes. Notre groupe en impose. Nous, les femmes, personne ne vient contester notre force. On nous cède la place avec déférence. Surtout par prudence. Après s’être amplement désaltérées, vient la jouissance du jeu dans l’eau et la boue. La délectation de cette terre gluante qui va soigner ma peau, la protéger. Je partage cette félicité impudique avec Mabel, ma cousine. Nous avons vécu côte à côte. Maintenant trentenaires, nous nous sommes juré d’avoir bientôt un enfant en même temps. Allongée dans le liquide visqueux, je sens l’eau qu’elle répand sur moi, ses lèvres en amande qui caressent  mon dos, mon ventre, mes mamelles. Puis elle me gratte le dos avec une baguette. Et je suis flasque de volupté. Nous écoutons la récréation des enfants et reconnaissons chacune de leurs voix. Cette après-midi est trop courte.
Les bruits de la forêt nous environnent ce soir dans le calme puisque nous ne craignions rien. Vous auriez peur, pas nous, que notre société matriarcale protège. Nous avons le pouvoir du groupe, de la force, de l’intelligence et par dessus tout, de la mémoire. Tout cela parce que nous sommes femmes et fières. Après une nuit à dormir debout, sauf pour les gosses vite couchés, nous quittons à regret le rivage. J’ai une faim de mammouth. Car il nous faut manger beaucoup et longtemps, nous les végétariennes. J’espère trouver des fruits fermentés. Nous les partagerons avec Mabel. Enivrées, nous pourrons dire toutes les bêtises possibles comme notre communauté femelle nous le permet. Nous vivons dans une congrégation responsable fondée sur la confiance et l’amour. Nous aimons nos enfants, nous aimons nos sœurs, nous aimons nos morts jusqu’à leurs ossements. Nous vénérons notre mère, l’aïeule. Son autorité n’est pas à discuter. Elle a le savoir, qu’elle nous transmet chaque jour un peu plus, jusque par l’onde de choc de son pas lourd.
Un autre tremblement de terre rythmé vient se répandre en moi, mêlant terreur et bonheur. La plante de mes pieds me dit que le barbare en rut n’est plus qu’à une vingtaine de kilomètres. Il sait déjà depuis plusieurs jours que Mabel et moi sommes réceptives. Alors il vient à marche forcée, la tête haute, le regard fixe. Son giga-pénis frôle le sol laissant la trace d’un suint jaune visqueux qui pue à plusieurs kilomètres. Bientôt il trompètera sa joie féconde de nous voir enfin. A moins de rencontrer en route un de ses congénères mastodontes, comme lui ivre de testostérone. Les sabres d’ivoire pourraient lui fouailler les entrailles. Mais s’il sort vainqueur le flot de ses gènes jaillira en quelques secondes d’extase. Un mauvais moment à passer. Le poids est écrasant. L’immense dard est sauvage. C’est le prix, tous les trois ans, à peu près. Ainsi, nous aurons des filles, des garçons au pire.
Notre race, les proboscidiens, existe depuis plus de vingt millions d’années, bien avant la vôtre. Nous avons évolué, pas à pas, vers une société des femmes épousant le bonheur. Nous étions presque partout sur cette terre. Mais l’homme vient la nuit pour nous tuer à coups de kalachnikov. Même si nos défenses sont courtes, elles sont le seul prix de ces lâches victoires. Vous les femmes, qui êtes les mères de ces hommes, AIDEZ-NOUS !
Bertrand

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Depuis que notre président était une présidente, c’en était fini du « règne tout-puissant des hommes ». Presque 3000 ans d’esclavage enfin aboli ! Le 8 mars ne fut plus la journée internationale des droits de la Femme, mais devint la journée officielle et chômée des Soldes.
Au départ, il devint obligatoire de respecter la parité : un homme pour une femme à tous les postes. Chaque fille devait avoir les mêmes chances qu’un garçon pour poursuivre ses études, exercer n’importe quel métier, bref, pour choisir librement sa vie. Mais les filles travaillant plus sérieusement que les garçons, elles se retrouvèrent vite majoritaires dans les premières places des grandes écoles. Les femmes qui avaient abandonné ou sacrifié leur carrière pour élever leurs enfants bénéficiairent de toutes les formations qu’elles désiraient.
Une grande majorité de femmes de cinquante ans et plus, mariés à des tyrans ou victimes de maltraitance purent enfin demander le divorce et sortir de ce carcan patriarcal.
Le marché du travail se retrouva soudain submergé par une population active féminine très qualifiée et plus résistante que les hommes.
Pour la première fois, des femmes furent nommées à la tête des sociétés du CAC 40. La majorité des PDG furent ainsi remplacés par des femmes, les chefs d’état également. Désormais, plus aucun pays n’était en guerre, mais tous se faisaient la gueule…
Il devint vite évident que les femmes n’avaient plus le temps de faire des enfants ni de s’occuper d’eux. Alors, une gynécologue de réputation mondiale trouva enfin la solution pour une « grossesse extra utérine », une sorte d’énorme matrice où les fœtus pouvaient arriver à maturation dans un environnement idéal.
Peu à peu, les hommes furent relayés à des postes subalternes. A vrai dire, ils étaient parfaits pour faire les photocopies et le café !  On pouvait même se permettre de leur passer discrètement la main sur les fesses en étant sûres qu’ils ne porteraient pas plainte, ils avaient trop peur de perdre leur travail ! Comme désormais ils gagnaient moins que les femmes, C’est aux hommes aussi que revint le congé maternité. Ils devinrent des hommes au foyer. Les épouses avaient de telles responsabilités qu’elles passaient la majeure partie de leur temps au travail. Excuse au demeurant qui leur permettait le soir, aussitôt rentrées de se vautrer sur le canapé, une bière à la main pour ne pas aider dans les tâches ménagères et d’avoir toujours un alibi au cas où un petit secrétaire sexy était prêt à faire des heures supplémentaires horizontales.
On vit également fleurir sur les murs des affiches de jeunes hommes, de plus en plus dévêtus, vantant les qualités d’une lessive ou d’un produit nettoyant.
Les violences conjugales ne cessèrent hélas pas : SOS hommes battus battit tous les records d’appel en cette année 2030 !  Et ce bel équilibre fut mis en danger lorsque des pays du Moyen-Orient décidèrent d’ôter tous les droits aux hommes et de les obliger à porter la burka.
Fabienne


Exercice
 : C’est arrivé à tout le monde de laver des chaussettes et de n’en retrouver qu’une seule. Mais où vont les chaussettes que l’on ne retrouve pas ???

chaussettes

chaussettes

Depuis quelques temps, quand je lave mes chaussettes, de la paire, je n’en retrouve qu’une seule. J’ai fouillé partout, j’ai démonté la machine à laver, mais le problème est resté insoluble. Alors j’ai décidé de questionner celles qui restaient. Au début, bien sûr, elles ne voulaient pas parler, ne voulaient pas trahir leurs consœurs. Mais voyant qu’il y avait là une question de vie ou de mort, elles se sont décidées à parler. Et j’ai vraiment été surprise de la réponse.
Il parait qu’il existe un Mouvement de Libération des Chaussettes Orphelines, oui, le MLCO. Ce sont des chaussettes qui ne supportent plus ce qu’on leur fait subir : transpiration, irritation, mauvaises odeurs, port pendant plusieurs jours, trous… Bref, elle se sont radicalisées. Alors, elles ont trouvé une faille dans le système de rinçage de la machine à laver. Elle sacrifie toutes leur bas de laine pour trouver, à prix d’or, des passeurs peu scrupuleux qui leur promettent un monde meilleur.
J’en suis restée bouche bée. J’ignorais que les chaussettes pussent avoir de tels états d’âmes. Alors, j’ai décidé de prendre, moi aussi, une mesure radicale : dorénavant, je n’achète que des paires de chaussettes semblables !
Fabienne

couilles

Orpheline

Quand le gros Dédé m’a parlé de ses chaussettes perdues de toutes les couleurs lors des lavages en machine de la marque « less we can », il m’a dit qu’elles étaient si nombreuses qu’il avait appelé son tiroir à mi-bas «l’orphelinat ». Cela m’a tout de suite évoqué mon problème, à moi. Non pas au sujet des socquettes car pour tout vous dire je ne suis pas un modèle d’élégance et j’en utilise peu. Le confort avant toute autre considération.
Non il s’agit de mes suspensoirs. Oui, vous avez bien saisi, façon de parler, de mes sustentes à valseuses. J’en mets pour faire du foot. Cela change tout pour courir, shooter et même dribbler. Le slip serre, comprime et pendant deux heures échauffe. Après le match vous restez longtemps sous la douche froide pour dégonfler les dirigeables cramoisis, en vous savonnant d’une seule main pour cacher le salaire de la sueur. Sur le terrain je laisse une liberté surveillée et élastique aux « fruits défendus ». Ils suivent en harmonie mes déplacements félins comme dirait mon copain Balotelli, le si bien nommé. Les siennes sont en métal doré à un million d’euros par mois. Quand nous faisons un mur défensif sur coup-franc direct, notre capitaine a l’habitude de nous dire : « les gars, il faut prendre les choses en main ». Ce qui sur la photo nous donne un air à la fois prude et prudent. Moi, je raccourcis les élastiques par derrière et le costume trois-pièces va se planquer en attendant le magnifique ratage de l’adversaire. Ce sont d’ailleurs ces ratages qui sont les plus dangereux.

Je me suis faire un modèle spécial en deux parties assemblées par velcro. Pour tout vous avouer je ne suis pas franchement symétrique (à la fois tennis de court et tennis de table, à vous de vérifier quel coté a le plus de jeu). Hier surprise ! En sortant le linge de sport de la machine trois fonctions (laver, sécher, perdre), il manquait un des fixe-burette. Au prochain match, une des deux orphelines le sera vraiment.
Bertrand


En couple, toujours, nous vivions.
Peur, joie, peines, nous partagions
Mais la grande roue du tambour
A lessivé ce bel amour.
Nos sentiments avaient déteint,
On a du se lâcher la main,
Partir pour un nouveau destin.
Comme il est triste ce matin !
Gémit le pied droit, orphelin.
Patricia

9 mars, 2017

Atelier du 6 mars 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:27

DEVOIR : Un dangereux individu armé d’un stylo rechargeable a encore frappé avec des formules assassines. Ce nouveau bain d’encre relance le débat sur le contrôle des stylos en vente libre.

33P

Un dangereux individu armé d’un stylo rechargeable a encore frappé avec des formules assassines. Ce nouveau bain d’encre relance le débat sur le contrôle des stylos en vente libre.
Après avoir durement taclé toute la production journalistique, le scribouillo-terroriste a cruellement attaqué la littérature hexagonale. Force est de constater que ces écrits au vitriol ont déjà défiguré le petit microcosme des bobo-écrivains parisiens. L’attaque s’est révélée d’autant plus sournoise que le criminel, inconnu à ce jour, demeure introuvable et continue impunément à perpétrer ces basses œuvres sous une fausse identité. Pour signer ses articles incendiaires, le sinistre individu n’hésite pas à utiliser les patronymes les plus connus, créant ainsi une indescriptible confusion. L’ordre public étant menacé, la police a dépêché ses plus fins limiers pour tenter d’interpeller le malfrat dans les plus brefs délais mais l’enquête patine…Toute la France est en ébullition. Du plus haut, ordre est donné de  tout tenter pour  que ces exactions intolérables cessent au plus vite. L’empêcheur d‘écrire en rond ou plutôt en ronron doit être démasqué sans délai. Tous les médias se sont emparés de l’affaire : impossible d’ouvrir un journal ou de regarder la télé sans y trouver une référence au drame qui secoue violemment l’Hexagone. Le débat portant sur le contrôle des stylos en vente libre a fait long feu car il aurait également fallu contrôler, crayons, feutres, porte-mines, voire imprimantes, ordinateurs, et smartphones, tâche d’une ampleur phénoménale qui aurait risqué de mettre à mal toute l’économie du pays.  Aux dernières nouvelles, on apprend qu’un pernicieux pamphlet politique visant sans complaisance les plus hauts dignitaires aurait inondé toute la blogosphère, message relayé ce matin par les médias nationaux et internationaux. Les populations réclament un châtiment exemplaire pour celui qui de trublion est, sans conteste, devenu l’homme à abattre. Savants, hommes d’églises, politologues et philosophes s’interrogent : faut-il, pour enrayer cette hémorragie logorrhéique supprimer la liberté d’expression, voir inventer un nouveau mode de communication ne passant plus par le langage ?  Le problème clairement  défini, il convient d’en trouver au plus tôt la solution. Dans une optique de benchmarking des contacts ont été pris avec Terranova 2 ; la mutualisation des moyens de nos deux planètes étant envisagée. Ce serpent de mer trouvera-t-il enfin un épilogue ?
Flash info :
Un individu de petite taille armé d’un stylo bleu de marque Bic aurait été arrêté dans un café de la banlieue parisienne. Aucune autre information n’a filtré mais déjà toute la galaxie  est en émoi…
Patricia

Assassin à plumes

Un dangereux individu armé d’un stylo rechargeable a encore frappé avec des formules assassines. Ce nouveau bain d’encre relance le débat sur le contrôle des stylos en vente libre.
Cette phrase qui semble dater des années polar fait penser à un temps où les phrases se dilataient comme des rates, ou plutôt comme des rats qui se nourrissaient d’ordures et transmettaient la peste. L’humour et la cruauté étaient libres sans souci liminaire d’élégance. Les mots pouvaient tuer au petit matin, sur le pré, au premier ou au dernier sang. Seule la couardise était ridicule.
Et vint le temps de mes vingt ans, précédant de peu l’année érotique sans dessous dessus. Jean Yanne interdit d’interdire et les élections furent définitivement des pièges à cons. Un demi-siècle plus tard, je me souviens de certaines de ces phrases qui n’avaient pas déjà le nom de tags. Humez leur odeur meurtrière. Certaines sentent toujours le sang, ayant tué très vite car la Liberté est un loup. D’autres instillent encore leur venin malgré les plus belles  intentions.
Je me rappelle : « la Société est une plante carnivore ». Les milliers de facettes de mes yeux d’insecte voient se refermer sur moi les longs cils de la dionée tout comme dans la Légende de Zelda. Mes ailes sont engluées dans ce jeu de rôle que je n’ai pas choisi, ou si mal. Ô grand jamais je ne délivrerai la princesse.
Je me rappelle : «  quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier des bureaucrates, aurons-nous encore des problèmes ». Ce temps n’est pas venu. Comme dirait Raymond, à Caen ? Et puis, si les sciences humaines avaient été utiles, elles auraient disparu !
Je me rappelle : «  comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ? » Les cénacles ont pris des couleurs… rouges, roses, bruns, verts et maintenant bleu kaki. Tous ont des clochers ou des minarets hurlants à la mort. Et pourtant j’aime toujours autant le vers libre, le verbe livre.
Je me rappelle : « laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes ». Je n’ai compris que récemment que j’avais eu l’air d’un chef de gare avec mon petit livre rouge à la main. Les cocus sont toujours les derniers à comprendre.
Je me rappelle : « la vieille taupe de l’Histoire semble bel et bien ronger la Sorbonne ». Depuis j’ai eu un beau-père historien, homme éminent et simple, descendant quotidiennement à la station Cluny, au Quartier Latin. Fernand Braudel reconnaîtra les siens.
Je me rappelle : « ne prenez pas l’ascenseur, prenez le pouvoir ». J’aurais mieux fait d’être claustrophobe. J’ai préféré l’ascenseur sociable puisque l’ascenseur social  n’existe que dans les beaux quartiers.
Je me rappelle : « on ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance ». Et dire que j’ai passé tout ce temps à voter pour les amants transis du PIB. Et dire que j’ai côtoyé tant de chômeurs à qui on promettait que cette corde allait leur porter bonheur.
Je me rappelle : « millionnaires de tous les pays, unissez-vous, le vent tourne ». Ce sont les seuls à avoir tout compris, ils sont devenus milliardaires.
Je me rappelle, mais les ais-je entendues, ces phrases vénériennes d’utopie ?
Je me rappelle : « soyons réalistes, demandons l’impossible ». Et je t’ai demandé ta main.
Je me rappelle : « je ne veux pas perdre ma vie à la gagner ». Et c’est sans doute là que j’ai eu l’ouïe la plus fine. Mais tout autour de moi, le monde souffrait de machinations. « Ni robot, ni esclave ». Tu parles !
Je me rappelle : « la hiérarchie c’est comme les étagères, plus c’est haut moins ça sert ». Rassurez-vous, les élites, nous vous aimons toujours autant.
Je me rappelle : « l’ennui est contre-révolutionnaire ». Là, je crois que j’ai été sourd. Et bienheureux, comme Alexandre.
Je me rappelle : « enragez-vous ». Les indignés le savent-ils ?
Je me rappelle : « soyez salés pas sucrés ». Maintenant que je suis à la fois hypertendu et diabétique, cela me fait de belles artères.
Je me rappelle : « l’imagination prend le pouvoir ». « L’infini n’a pas d’accent ». « Les frontières, on s’en fout ». Nous devrions respirer ces phrases dès la maternelle, plutôt que de brailler un hymne guerrier.
Enfin je me rappelle souvent et me rappellerai jusque sur mon lit de passage : « faites la somme de vos rancoeurs et, ayez honte ». En espérant le sommeil du juste.
Bertrand

Marcel P. avait la critique acerbe et peu d’auteurs trouvaient grâce à sa plume aiguisée, à son stylo plutôt, un stylo rechargeable, aux cartouches assassines.
Il se targuait d’écrire dans le même style que n’importe lequel de ses contemporains. Il éditait d’ailleurs des « pastiches » qui accentuaient, selon lui, les défauts des écrivains. Ainsi il écrivait du Gustave F., plus vrai que le vrai Gustave F., en multipliant l’usage de l’imparfait, du participe présent et du style indirect, négligeant la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci du détail, et son regard lucide sur les comportements et les individus dans la société. Peu importait qu’un écrit fût vrai, ce qui importait aux yeux de Marcel était l’hestétisme.
Gustave F. mourut, foudroyé par une hémorragie cérébrale en lisant une critique dans le supplément littéraire du Figaro.
Gustave F. ne fut, hélas, que le premier mort d’une longue liste. Marcel P. y vit là la preuve de la véracité de ses propos. Dès lors, il ne se cantonna plus à la critique littéraire, mais à l’art en général. Une hécatombe d’artistes s’en suivit : suicides, folies, meurtres…
Marcel P. jouissait de sa toute puissance. C’était lui qui faisait ou défaisait les artistes, les éliminait, même. Il semblait que le diable s’était emparé de son âme.
Un matin, alors qu’il avait prévu d’arrêter la carrière d’Honoré de B., il se blessa accidentellement avec la plume en or de son stylo. L’encre qui s’infiltra dans son corps était si mauvaise, si corrodé et si pernicieuse qu’il mourut empoissonné.
Fabienne

Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo.


BB

 

-       Allô, XB 456 ? Allô… Vous me recevez ? Qu’est-ce que c’est rudimentaire, cette radio, mais bon, il faut bien que je me débrouille avec les moyens du bord !!! Il faut absolument que je contacte quelqu’un de ma galaxie !!! Allô, XB 456, ici DD 421… Oh !!! Et puis, tous ces câbles qui se mélangent… Allô… Allô…
-       DD421 ! Qu’est-ce qu’on est heureux d’avoir de vos nouvelles ! Alors, comment se passe votre infiltration ?
-       C’est une horreur, Chef, une horreur…
-       Agent DD 421, soyez un peu plus positif !!! Que vous arrive-t-il ?
-       XB456, il faut absolument que vous me rameniez. Vous savez bien que je ne pourrais pas y arriver tout seul…
-       Racontez-moi…
-       Comme nous l’avions prévu, j’ai pris l’apparence d’un humain, une femelle, je crois, jeune pour disposer d’un maximum de neurones, car vous savez bien que les humains se périment vite. Au bout de quelques années (terrestres, j’entends bien, c’est-à-dire une période de 365 ou 366 jours, pas de notre galaxie où les années durent 3452 jours de 48 heures chacun), leur cerveau commence à péricliter.
-       Oui, c’était bien ce qui était prévu. Avez-vous pu créer un contact avec ces humains.
-       Eh bien, non, justement !
-       Mais enfin, comment est-ce possible ?
-       Chaque fois que j’essaye de communiquer avec eux, que ce soit en langage universel ou en télépathie, ils ne répondent que par, je cite : Arreuu…, Arreu… avec un regard complètement abruti. J’ai essayé de traduire seul, puis avec ma traductrice… Impossible de savoir à qui correspondent ces onomatopées ! Je vous demande donc l’autorisation d’annuler la mission de d’être ramené au plus tôt chez nous.
Fabienne

La passoire était rebelle,
Il lui a poussé des ailes.
Elle a largué son butin
Sur mon front de chérubin.
Maman poussait de hauts cris…
J’ai bouffé les spaghettis !
Certains s’étaient échappés.
J’en avais dans les trous d’nez,
Dans les yeux, dans les oreilles.
Ce n’est pas demain la veille
Qu’elle voudra m’en redonner.
Dommage ! J’avais adoré…
Patricia

 

DEVOIR : Le conte du pourquoi

Pourquoi représente-t-on les sorcières sur un balai ?

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Il y a fort fort longtemps, les sorcières étaient des femmes de ménage, Portugaises pour la plupart, issues du village de Sorcia. Elles avaient donc toujours un balai dans les mains. Elles travaillaient jusqu’à la fin de leur vie pour des reines et des princesses sans cœur, étaient traitées comme des esclaves, pire que des chiens… battues, violées, elles n’en pouvaient plus. On disait même, à l’époque, que nombre de sorcières périssaient sous les coups de leurs maîtres.
Un jour donc, la plus délurée de toutes, Mélusina commença à se rebeller. Mais ces sursauts dignité ne lui valaient qu’une double ration de coups. Alors, elle décida de fomenter une grève. La plupart d’entre elles étaient trop effrayées pour envisager seulement de désobéir. Mélusina usa de toute sa force de persuasion, disant à ses consoeurs qu’il fallait bien qu’un jour la maltraitance s’arrête. Alors, mourir pour mourir, autant valait de relever la tête et de combattre.
Le 6 mars, Mélusina envoya des pigeons porteurs de message dans tous les coins du pays avec l’ordre que les sorcières arrêtent de travailler le 8 et se réunissent, chevauchant leur balai dans les cours des châteaux. Ce qui fait. Ce jour-là, rien ne fut nettoyé, rien ne fut rangé, rien ne fut lavé. Et toutes les sorcières de scander : « Abracadraba », ce qui en langage de Sorica signifiait : assez d’esclavage. Or, elles ne savaient pas que ce mot était aussi un mot magique et tous les balais se mirent à décoller et à voler dans le ciel, sous les yeux médusés de tous les riches.
Fabienne

1 mars, 2017

Atelier du 27 février 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:01

DEVOIR :

Il était valet de chambre dans un grand palace, chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves, laissés par les clients dans les chambres.

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La clientèle des palaces est non seulement riche, très riche, exigeante, très exigeante, mais aussi extrêmement délicate et extrêmement sensible. On a calculé que ces pauvres milliardaires passaient 75% de leur vie dans les hôtels.
C’est pourquoi on s’ingénie à leur rendre la vie aussi douce qu’à la maison. Voilà le maître mot : la maison ! Ils doivent, à chacun de leurs séjours, retrouver leur chambre, pas une chambre anonyme, mais celle qu’ils ont quittée, et telle qu’ils l’ont quittée. Il y a une employée (oui, c’est le plus souvent une femme, qui sait combien il est capital pour une consœur de retrouver le mascara ou les faux cils là où ils doivent être) dont le rôle est de venir noter tout ce que le client a laissé dans sa chambre et l’emplacement exact de chaque objet, de chaque vêtement. De nos jours, Dieu merci, elle est aidée des photos, grâce au téléphone portable ! Puis d’autres manutentionnaires viennent vider la chambre et entreposer le tout bien à l’abri de la poussière et des convoitises (car il y a souvent des bijoux) jusqu’à la prochaine visite, où on remettra tout à sa place exacte : ainsi le client aura l’impression de revenir chez lui.
Depuis peu un palace célèbre soucieux du bien-être de ses hôtes leur propose un autre service : replacer dans leur chambre, sous leur oreiller, leurs plus beaux rêves. Stupéfiant, non ?
On avait recruté un valet de chambre affecté exclusivement à cette tâche délicate : trier les bons et les mauvais rêves laissés dans la chambre par le client, éliminer les mauvais, et replacer les bons pour que, la fois suivante, même leurs rêves soient les mêmes !
Ernest Lefébure était cet homme : discret, efficace, perspicace, sensible aussi, car le travail nécessitait beaucoup de finesse psychologique et une adaptation à chaque personnalité, selon son caractère et les événements de sa vie…
On l’avait élu parmi des centaines de candidats au poste parce qu’il vivait seul, presque sans famille et sans ami. Officiellement il travaillait à la lingerie mais en réalité il parcourait les couloirs et les étages pour entrer dans les chambres dès le client disparu, dans l’anonymat total. Il devait se faire invisible et il l’était : incolore et inodore, gris et terne, il passait toujours inaperçu. C’est bien simple, tous ses collègues ignoraient son nom et jusqu’à sa présence ! Il avait appris grâce à quelques semaines de formation très pointue, à « feuilleter » les rêves abandonnés par les clients, à les lire en diagonale, sans les vivre, heureusement pour lui ! Et puis, devant ses dispositions manifestes pour le poste, on lui avait laissé carte blanche et jusqu’ici personne ne s’était plaint, au contraire !
Il avait crée sa propre méthode de classement : d’abord les rêves ordinaires, inspirés du quotidien. On avait craint d’avoir perdu ses clés, son portable, une lettre, une adresse importante ? On redoutait l’avion du lendemain, un résultat d’analyses, un rendez-vous capital ? On en rêvait la nuit. Banal. Ces rêves-là, point n’était besoin de les sauvegarder, ils allaient directement dans la broyeuse de rêves, une machine conçue pour éliminer sans laisser de traces compromettantes.
Venaient ensuite les cauchemars, souvent atroces chez des gens qui étaient soumis à toutes sortes de pressions, de craintes, de menaces même. Il aurait dû les éliminer, évidemment, mais non ! Il les conservait et les proposait ensuite, soit intégralement, soit par séquence, à des écrivains en panne d’inspiration, à des cinéastes amateurs cherchant un scénario. C’était du recyclage bien payé grâce auquel Ernest arrondissait ses fins de mois. Était-ce tout à fait légal, déontologique ? Pas certain… mais ses employeurs n’y avaient vu jusqu’ici que du feu.
Il y avait les rêves romantiques, les belles histoires d’amour, d’argent et de pouvoir aussi (car l’argent et le pouvoir étaient le romantisme de ces gens-là, et oui, Ernest le constatait sans étonnement). Des rêves qui envisageaient l’avenir avec optimisme, des rêves doux et gais, et ceux-là il fallait absolument les conserver et les replacer délicatement sous les oreillers, sans se tromper de destinataire ! Il se souvenait de la bourde qu’il avait failli commettre le jour où, machinalement, il avait sauvegardé un rêve de mariage fabuleux avec l’amoureux du moment sans prendre conscience que quelques mois plus tard il avait disparu, remplacé par un autre. Il avait fallu trouver un prétexte pour éloigner la starlette de sa chambre pendant qu’il allait récupérer le rêve pour le remplacer par un plus « flou » ! Ouf ! Il avait réussi.
Enfin il y avait les rêves érotiques, les préférés d’Ernest, ceux avec qui il passait le plus clair de son temps…Comme il n’avait ni femme ni maîtresse ni même internet, il était très ignorant dans ce domaine. Alors il avait commencé par les « visionner » tous au lieu de les « lire » en diagonale et il en avait appris ! L’érotisme semblait bien être la préoccupation principale de ces milliardaires tant leurs rêves étaient  riches,  intenses, précis, crus, voire pornographiques. Tandis que les magazines étalaient leur vie sentimentale pleine de rebondissements, d’amour et de désamour,  d’unions et de désunions, c’était le désir et la frustration que trahissaient leurs rêves. Ernest se disait qu’ils étaient sans doute aussi mal lotis que lui.
Après cette étape d’éducation sexuelle en quelque sorte, Ernest passa à autre chose à la suite d’une erreur qu’il commit. Le hasard est un extraordinaire révélateur…
Ce soir-là, il avait mis sous l’oreiller d’un footballeur célèbre, et en couple,  le  rêve  de son copain, en situation très intime avec celle qu’il allait épouser ! Et inversement. Les scènes étaient si brûlantes qu’elles enflammèrent ceux qui ne les avaient pourtant pas rêvées ! A tel point que chacun était maintenant avec la compagne de l’autre. Ernest avait pris conscience de son immense pouvoir et il en avait été grisé. Il pouvait, en déplaçant les rêves, intervenir sur la vie des autres, maîtriser son cours, il était Dieu !
Pendant un certain temps Ernest se contenta d’être un dieu farceur. Au séducteur, il envoya des rêves qui le firent douter de sa virilité, au grand patron, des images de grèves ouvrières qui le déstabilisèrent, au milliardaire des scènes de cambriolage et de kidnapping qui le plongèrent dans un terrible stress. Il s’en amusa beaucoup, mais se lassa vite. Il eut besoin de jouissances plus raffinées.
Ernest se mit à se repaître de la peur de ceux qu’il tenait en son pouvoir : les cauchemars furent envoyés à ceux qui avaient jusque là confiance en la vie et en l’humanité, des scènes d’horreur à de jeunes amoureux qui plongèrent dans l’épouvante de perdre celles qu’ils aimaient dans d’atroces souffrances. Il était devenu Satan en personne !
Bien entendu, on finit par s’apercevoir qu’une épidémie de dépressions touchait tous les clients du palace. La direction fit une enquête si discrète qu’Ernest n’en soupçonna rien. Quand il accula au suicide le fils d’un acteur célèbre en déposant chaque nuit sous son oreiller des rêves de paranoïaque, on se décida à agir.
L’affaire fut réglée en un tournemain : on n’avait pas à s’embarrasser de scrupules, puisque cet employé modèle était seul au monde et inconnu de tous dans l ’établissement. Il fut liquidé un soir par le garde du corps de l’acteur qui venait de perdre son fils, et on jeta sa dépouille dans la benne des déchets « sensibles » qu’on brûlait chaque nuit dans l’immense chaudière de l’établissement.
La direction décida de ne plus pourvoir le poste. Le métier de trieur de rêves disparut définitivement.
Huguette

Diplôme d’une école londonienne très quottée en poche, John, jeune-homme de 28 ans, bien fait de sa personne et toujours très élégant, avait fréquenté divers palaces avant d’échouer, plus au hasard des rencontres que par conviction, dans un établissement niçois des plus huppés. A ce jour, il était valet de chambre dans un grand palace et chargé de faire le tri entre les bons et mauvais rêves laissés par les clients dans les chambres. Ce n’était pas toujours une mince affaire et il lui fallait faire abstraction de toute empathie afin d’éviter que sa vie personnelle  sombre dans un cahot permanent. Aguerri par une année d’exercice, il savait maintenant se protéger et, non sans une certaine malice, oeuvrait efficacement, à la satisfaction de ses employeurs.
Nonchalamment  installés sur les lits béants, les sofas, les coiffeuses ou tels de jeunes papillons sur des bouquets de roses, les bons rêves étaient faciles à débusquer. Il n’en était pas de même des rêves stressants et des effroyables cauchemars qui le plus souvent, se terraient dans les recoins les plus obscurs, n’hésitant pas à fréquenter le dessous des lits imposants, les fonds d’armoires, les étagères les plus inaccessibles et même, osons le dire, en ce qui concernent les pires cauchemars, les détestables poubelles de salle de bain, voire le fond des toilettes !
John détestait ces poursuites insalubres ! Pour contrebalancer les nuisances de cette chasse aux sorcières il avait mis en place tout un système d’évaluation et de redistribution propre à canaliser  le comportement de la clientèle. D’une profession avouée de trieur de rêves, il était passé au rôle ô combien plus gratifiant de justicier. Sa principale activité consistait à réaffecter les rêves désagréables à tous ces mondains friqués qui omettaient de verser un juste pourboire. Quant aux rêves les plus épouvantables, ils étaient systématiquement dévolus aux clients hautains se permettant des réflexions désobligeantes envers le personnel. John, de bonne foi, espérait qu’à la longue, les habitués de l’établissement  seraient plus généreux et plus aimables envers ses collègues.
A sa modeste échelle, il pensait contribuer ainsi à l’amélioration d’une partie de  la race humaine ; vaste programme, qui lui laissait encore bien des perspectives !
Patricia

 

 

Conte : Pourquoi fait-on des cauchemars ?

Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Ernest, un homme pas comme les autres…
Il était valet de chambre dans un grand palace, chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves laissés par les clients dans les chambres. Chaque jour, il faisait donc la tournée du grand palace, muni de ses deux sacs en toile blanche : l’un pour les bons rêves, l’autre pour les mauvais.
Un beau matin, Ernest entra dans la chambre 25, qu’il croyait vide, et se trouva nez à nez avec un jeune garçon, assis sur son lit le regard vide et l’air exténué…
— Bonjour jeune homme ! Est-ce que tout va bien ?…, s’inquiéta gentiment le valet.
Le jeune garçon leva vers lui des yeux remplis de peur et de tristesse.
— Bonjour monsieur… , répondit-il avec lassitude. Non, cela ne va pas très fort… J’ai encore fait un cauchemar… J’en fais toutes les nuits !
Les yeux d’Ernest s’arrondirent d’étonnement.
— Vraiment ? Tu fais uniquement des cauchemars ? Jamais de rêves ?
— Oui… Parfois, ce sont de gros insectes méchants qui m’attaquent, parfois, je suis perdu dans une grande ville étrangère… Quand le matin arrive, j’ai l’impression de ne pas m’être reposé du tout… Et le soir, j’ai peur de m’endormir…
— Cela dure depuis longtemps ?
— Oh oui… Depuis toujours, en réalité… Soit je ne me rappelle de rien, soit je fais ces affreux cauchemars… répondit le garçon en désignant un grand tas sombre au pied du lit.
Ernest s’en approcha prudemment. La masse informe grouillait de mauvaises ondes, de sentiments négatifs et d’angoisse.
— Mhmm en effet, c’est bien triste… reconnut le valet. Avec des gestes habiles, il fit rapidement disparaître le tas sombre dans son sac à cauchemars. Puis il adressa un sourire bienveillant au garçon.
Tu as bien fait de m’en parler… Qui sait… Cela suffira peut-être à améliorer les choses…
— Si seulement vous pouviez dire vrai… répondit l’enfant, une lueur d’espoir au fond des yeux.
Très ému, Ernest sortit alors de la pièce et referma lentement la porte. Les chiffres dorés formant le numéro 25 dansaient lentement devant ses yeux humides.
Le valet continua sa tournée le cœur lourd, sans pouvoir détacher de son esprit la détresse du jeune garçon. Il décida donc de l’aider et mit au point un stratagème…
Le lendemain, Ernest récupéra discrètement dans les chambres du palace quelques jolis rêves abandonnés par les clients de la nuit. Il les fit doucement coulisser dans un petit ballotin de soie qu’il mit de côté. Le valet attendit ensuite que le garçon s’absente un moment, puis entra dans la chambre 25 sur la pointe des pieds et glissa le pochon de rêves sous l’oreiller de son jeune ami.
Le jour suivant, impatient de connaître les effets de son intervention, Ernest revêtit son uniforme en toute hâte et commença sa tournée par la chambre 25. Il toqua doucement à la porte…
Le jeune garçon lui ouvrit immédiatement. Il avait un air radieux… et reposé…
—    Bonjour Monsieur ! Vous ne devinerez jamais ce qui m’est arrivé cette nuit !…, s’exclama joyeusement le garçon.
— Quoi donc ?… demanda Ernest en tâchant de garder un air impassible.
— J’ai rêvé !… Vous vous rendez compte ?… J’ai fait un beau, un merveilleux rêve, doux et coloré…
— Quelle bonne nouvelle !… Et de quoi parlait ce rêve ?…, s’enquit doucement le valet.
— Je volais !… Et je me sentais si bien, si léger, si libre… Oh quelles sensations incroyables… Presque… magiques !…
— Je vous crois !…
— Et maintenant, je sais ce que je veux faire dans la vie : devenir pilote d’avion, ou d’hélicoptère, ou même de montgolfière ! Peu importe, du moment que je ne quitte plus le ciel…
— Je suis très content pour vous, jeune homme…
— En fait, je crois que j’avais envie de faire ça depuis longtemps, mais que je ne le savais pas…murmura le jeune garçon, les yeux pétillants.
Ernest souleva alors ses deux sacs et avant de sortir de la chambre, se tourna vers le jeune garçon :
— Vous savez maintenant à quoi servent les cauchemars… A mieux distinguer ses rêves et à en prendre le chemin…
Cécile

 

Hubert Bontemps était quelqu’un que l’on ne remarquait jamais.  La petite quarantaine, un physique des plus banals, une voix monotone, peu de charisme. Pourtant il avait deux particularités qui en faisait quelqu’un d’extraordinaire. La première : il pouvait voir les rêves des autres. La deuxième : lui-même n’avait jamais rêvé de sa vie.
Grâce à la première, il avait pu être embauché en secret dans ce grand palace soucieux d’offrir un service inhabituel à ses clients. D’ailleurs, aucun des autres employés ne connaissait sa fonction et tous étaient jaloux de ce drôle de type qui s’enfermait une heure dans les chambres fraichement nettoyées.
Hubert avait conçu un appareil bizarre, une sorte de capteur de rêves qui lui permettait de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves laissés par les clients.
Il avait deux boites, l’une rose pour les beaux rêves et l’autre noire pour les cauchemars.
Or, la première chose que remarqua Hubert, lors de la prise de ses fonctions, était que sa boite rose restait vide alors que la noire débordait.
Ainsi, il vit que la hantise de Madonna était de se retrouver sur scène, toute ridée et en déambulateur. Johnny Halliday, quant à lui rêvait qu’il n’était plus qu’un anonyme Jean-Philippe Smet. Lui qui, la journée, détestait tout autant ses fans que les paparazzi les recherchait désespérément au cours de ses nuits. Liliane Bettencourt, qui était venue la semaine dernière, se retrouvait toujours pauvre comme Job la nuit. Le cauchemar de Vladimir Poutine était de pourrir seul et sans plus aucun pouvoir au fond d’une geôle. Il y en avait comme cela des centaines. Hubert ne comprenait pas. Pour lui, toutes ces personnalités avaient toutes les raisons de faire de beaux rêves puisque, croyait-il, elles avaient beaucoup reçu de la vie : la beauté, la gloire, l’argent, le pouvoir…. Or, il s’apercevait qu’elles étaient stressées de perdre ce qu’elles avaient.
Hubert quitta donc ce travail qui le plongeait dans une dépression sans fond et décida de louer ses services aux plus démunis. C’est ainsi qu’il se retrouva dans le service pédiatrique d’un grand hôpital. Il fut très surpris de voir que tous les enfants, la plupart atteints de maladie grave, faisaient des rêves merveilleux qu’il se repassait en boucle au cours de ses nuits. Il avait compris que ce qui fait le bonheur, ce n’est pas la possession, c’est le rêve !
Fabienne

 

Exercice : Logorallye
Chacun des participants écrit une phrase sur un morceau de papier qu’il plie ; puis chacun, à tour de rôle et toutes les 3 mn tire au sort une phrase à incorporer dans un texte dont le thème est : un dimanche en famille.

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Un dimanche en famille

« Considérez le chronomètre : il ne connaît ni le passé ni le futur, juste le présent à l’infini « .  C’était l’oncle Emile qui philosophait, debout à l’extrémité de la longue table autour de laquelle toute la famille était attablée pour célébrer l’anniversaire de tante Cécile : 90 ans.
Les adultes levèrent les yeux au ciel à ce début de discours, s’attendant à une logorrhée interminable tandis que les enfants pianotaient fébrilement sur leur téléphone portable, sous la table.
Emile se mit à évoquer sa vie avec sa chère Cécile, fort longue, puisqu’ils s’étaient connus à 15 ans. On savait ce qui allait suivre : il parlerait de coup de foudre, d’amour, d’entente des âmes et des corps…comme à chaque réunion de famille.
Et tandis que les plus jeunes ricaneraient en se poussant du coude, imaginant les deux vieux dans leur intimité, Huguette, elle, serait très claire, « j’aime beaucoup », dirait-elle, comme toujours, les yeux noyés d’émotion… Et elle donnerait une petite tape sur le bras de son mari Paul, qui, lui, comme d’habitude, ignorerait superbement la compagnie en maugréant  « ce matin je me suis levé de mauvaise humeur ».
La chienne de tante Jeanne, excitée par la chaleur sans doute, se mit à tournoyer sur le gazon et soudain, comme piquée par un taon, elle franchit la grille du jardin et traversa la chaussée en courant. Quelques uns se levèrent pour la rattraper. Il y eut des chaises renversées. Le discours d’Emile fut interrompu, faute d’auditeurs attentifs…
C’est le moment que choisit Maria, la bonne espagnole, pour apporter les entrées : des plateaux regorgeant de fruits de mer furent déposés à intervalle régulier sur la table : huitres, moules crues, araignées de mer, oursins et bulots.
Tante Cécile en effet adorait les bulots et comme c’était ses 90 ans, 90 bulots furent posés devant ses yeux ébahis, son gâteau d’anniversaire, en quelque sorte !
Les opercules protégeaient bien tous les coquillages, sauf l’un d’entre eux et, par malheur, ce fut celui-ci qu’elle mangea en premier…
Elle blêmit, verdit, se convulsa, puis s’effondra comiquement, la tête dans ses bulots.
Son cher Emile n’avait rien vu et il égrenait le fil de sa vie. On en était encore au début, à ses années coloniales : « Un jour j’ai eu 20 ans au Gabon » lança-t-il, parodiant Karen Blixen « Un jour j’ai eu une ferme en Afrique » parce qu’il trouvait que ça sonnait bien.
Puis il passa à l’évocation de ses années de matelot à bord du « Cap’tain Bouliboula » et comme chaque année on eut droit à la légende selon laquelle, tous les soirs, un fantôme, fatigué, longeait négligemment la coursive.
Il recueillit son succès habituel et se tourna vers sa tendre moitié pour lire, comme à l’accoutumée, l’admiration et l’amour dans ses yeux.
Horreur ! Tante Cécile n’était plus qu’un pantin gargouillant encore un peu, le visage vautré dans ses 90 bulots d’anniversaire…
Il n’y en aurait plus d’autre, hélas…
Seuls quelques gamins mal élevés osèrent s’en réjouir.
Huguette

P222

Considérez le chronomètre : il ne connait ni le passé, ni le futur, juste le présent à l’infini. Par contre, considérez-moi, je connais mon futur proche. Et oui, aujourd’hui, c’est dimanche et donc, je le passerai en famille, comme tous les dimanches. Ce n’est pas que ça me réjouisse tant que ça. Il faut supporter les radotages de mon père, les jérémiades de ma mère, les marmots horribles et mal élevés de ma sœur Sarah, les inepties de Lucien, son abruti de mari, qui se croit plus intelligent que tout le monde,
Sur ce sujet Huguette est très claire, j’aime beaucoup ce qu’elle dit de lui : un Bobo moche. Huguette, c’est ma tante, la sœur de mon père. Elle est célibataire et a un humour grinçant.
Donc, comme on était dimanche, ce matin, je me suis levé de mauvaise humeur, ce n’est que la perspective de boire un coup avec Huguette qui m’a réconcilié avec ma journée. Sa voiture était en panne, et comme j’étais son neveu préféré, je lui ai proposé de passer la prendre chez elle. Dès qu’elle m’a vu, elle m’a fait un grand sourire et elle a traversé la chaussée en courant sans voir la voiture qui arrivait sur elle. J’ai entendu le coup de frein. Je ne sais pourquoi, subitement je me suis dit : les opercules protègent bien tous les coquillages sauf l’un d’entre eux. Une phrase un peu bizarre dans ces circonstances, mais pourtant vraie : aucun opercule n’avait protégé Tante Huguette ! Je l’ai vue étendue là, sur l’asphalte. Un passant a vite appelé les secours. Je me suis approchée d’elle, elle avait les yeux fermés. Je me suis souvenu de bons moments passés avec elle. Elle me racontait souvent sa jeunesse tumultueuse et libre. Un soir, alors que je devais avoir treize ans, j’ai dormi chez elle et là, elle a commencé à me raconter une partie de sa jeunesse. Elle a commencé son récit par : « Un jour j’ai eu vingt ans au Gabon… ». Je ne sais si cette histoire était entièrement vraie, mais elle m’a fait rêver longtemps…
Revenant à la réalité, j’ai appelé la maison de mes parents pour les prévenir que le dimanche en famille allait être compromis. Nous nous sommes mis d’accord pour nous retrouver à l’hôpital.
L’ambulance est arrivée, et a amenée Tante Huguette, toujours inconsciente.
Elle n’a hélas pas survécu à cet accident. Pour me consoler, je me suis dit qu’elle était morte dans un sourire.
Pour lui rendre hommage et retrouver un peu de mon enfance, j’ai décidé de partir au Gabon, en bateau, comme elle-même l’avait fait. Un soir, alors que j’étais seul sur le pont supérieur, je l’ai vue… Le fantôme, fatigué, longeait négligemment la coursive. Je lui ai fait un petit signe, et dès qu’elle m’a vu, elle m’a souri et a disparu.
Fabienne

 

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