Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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24 février, 2017

Atelier d’écriture du 20 février 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 10:56

Exercice : « Les petits papiers »

Faire 2 tas de papiers : le 1er avec des noms communs, le 2ème avec des adjectifs un peu « sophistiqué ». Chacun des participants pioche un nom et un adjectif et écrit un texte avec.

2P

Une saucisse déprimée

Déjà toute petite, elle était grande. Et mal ficelée avec ça. Sans parler qu’elle était née à Francfort. Son surnom était une évidence : on l’appelait la Saucisse.
Elle en avait beaucoup souffert, et en souffrait toujours autant…. Ce qui la déprimait. Alors qu’il aurait fallu qu’elle prenne tout ça à la rigolade. Mais elle n’était pas comme ça. Hyperémotive, tout était motif pour elle de larmoyer et de se lamenter. Même le temps ; si le soleil brillait, elle maugréait contre la chaleur et quand la pluie tombait, elle trouvait ça si déprimant…
Elle eut donc une triste vie. A l’école, les maitresses la mettait toujours au fond de la classe, sinon, elle empêchait les petits de voir. Alors, elle trainait avec les nuls de la classe, elle qui aurait tant aimé être la première. Mais à quoi bon, se disait-elle puisque, de toute façon, on se moquerait d’elle.
Adolescente, ses camarades se moquaient d’elle. Elle se sentait si seule, si différente… Pourtant, en seconde, elle eut presque une amie, la douce Cécile, qui l’avait prise en pitié. « Allons, lui disait-elle, il suffirait de peu… Si tu t’attifais autrement, si tu te coiffais différemment, si tu changeais de lunettes… Je suis sûre que tu pourrais être jolie ! ». Mais à quoi bon, « Saucisse » elle était et « Saucisse » elle resterait.
Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher d’attendre l’amour. Mais elle n’attirait que des paumés, des pervers ou des ivrognes qui la firent souffrir. Pourtant, avec Aimé, elle y crut. Il l’avait courtisée, l’avait invitée au restaurant. Il était charmant, au début tout au moins. Ils se mirent en ménage, elle ne savait pas trop ce qu’il faisait mais il avait toujours de l’argent. Et puis un jour, il n’en eut plus. Alors, il lui demanda de l’aider… Il avait des copains, qui pourraient payer… Payer ? Mais pour quoi ? Enfin, tu sais bien, tu pourrais être gentille avec eux. Mais elle ne pouvait pas être gentille avec ces types, alors Aimé commença à la taper…
Un jour encore plus triste que les autres, elle acheta un bidon d’essence… Juste pour voir ce que ça ferait une saucisse grillée.
Fabienne


Exercice
 : Ecrire de façon poétique (si possible en vers) le mode d’emploi d’un appareil ménager

machine-a-laver

Dame blanche, en tous points, esthétique,
Pour vous, toujours, je serais pratique.
Mon couvre-chef par vous ôté
Mon petit intérieur vous verrez.
Mes consignes vous devrez respecter :
Introduire la lessive pour laver,
La javel pour tout désinfecter
Et l’adoucissant pour protéger.
Si les préliminaires sont mal faits
Le résultat sera imparfait
Mais comme mon  tambour sera fermé
Impossible d’y pénétrer ;
Faudra attendre pour recommencer.
Patricia

2P

Sortir l’appareil du carton,
Comme le ferait un Breton.
Le poser sur la table
Afin qu’il soit très stable

Etaler uniformément la pâte
Délicatement et sans hâte
Laisser cuire doucement
La galette de froment.

Quand elle se tend,
La retourner vivement.
Attendre un tout petit peu
Avant de la sortir du feu
Que les deux côtés soient bien dorés.
N’hésitez pas à flamber

A déguster entre amis,
Succès garanti, bon appétit !
Fabienne

DEVOIR : 4 mots extraordinaires :

-       un saturne
-        analepse
-        aprosexie
-        égrotant 

2P

Billet d’humeur : Les saturnes égrotants 

 

Depuis trois semaines, il pleuvait, quasiment sans discontinuer. Des averses tropicales, soudaines, violentes et chaudes, ou alors des sortes de crachin breton émollients, quand ce n’était pas de véritables déluges qui raflaient tout sur leur passage, laissant exsangues hommes et bêtes. Rien que de très normal – me direz-vous – en ce mois de février par 21 degrés de latitude sud !
Certes, je le savais depuis un quart de siècle, depuis mon arrivée dans le Pacifique. Mais jusque-ici mon amour pour la chaleur et les eaux claires, la vie plus facile qu’en métropole et l’attrait d’un ailleurs meilleur m’avaient fait décliner les appels réitérés de la famille restée au pays. J’aimais trop l’immensité de l’océan placide ou déchainé, ses couchers de soleil,  « cou coupé » mourant et renaissant inlassablement  tous les soirs qu’on regarde avidement dans l’espoir, toujours déçu, d’apercevoir le rayon vert. J’aimais trop les grands espaces d’un lagon sans cesse renouvelé, les virées en mer à la recherche d’un banc de dauphins ou d’un dos de baleine émergeant à côté du bateau, les somptueux fonds marins aussi riches en couleurs et en habitants que des aquariums. J’aimais trop l’intérieur des terres rouges desséchées par le soleil ou détrempées par les pluies torrentielles, l’aprosexie de la côte ouest et de ses  bocages angevins, la luxuriance de la côte sous le vent coincée entre l’à-pic des montagnes et le rivage, véritable menace pour  l’unique route étroite et sinueuse qui ne laisse d’autre choix au conducteur que de se concentrer sur ses ornières tandis que son passager hésite entre la contemplation de la végétation et une inquiétude bien fondée de l’apparition impromptue d’un cochon ou d’un cerf. Tout cela, je l’ai aimé plus que de raison car ce pays ne connaît pas ce terme, c’est le pays de l’excès.
Aujourd’hui je le regarde autrement. D’un coup, j’ai vieilli, à l’image du vieux continent, analepse où je suis retournée trop longtemps. Que m’importe après tout la température de l’eau et la puissance des rayons solaires ; je les compte sur les doigts de la main, les fois où je vais à la plage. Arpenter quotidiennement la BD avec les « copines » tiendrait maintenant de la corvée. Les sorties hebdomadaires à l’îlot Maitre, synonyme d’obligation familiale au même titre que les promenades dominicales en voiture de mon enfance. Aujourd’hui, je sais que je ne suis plus d’ici et je crois bien qu’en fait, j’étais seule ou presque à y croire. Certes, à mon arrivée, les autochtones m’ont bien accueillie, en tant que gagne-pain non négligeable. Les amis aussi : on tourne vite en rond si on n’accepte pas de sang frais mais parmi eux aucun vraiment d’ici. Quant à la terre, à la mer et au ciel, mes yeux les scrutent bien plus avidement qu’avant, du temps où j’étais « d’ici », car je sais maintenant que je ne suis que de passage, comme les merveilleux  nuages. Menaçants ou légers, ils finissent par disparaître. Alors mieux vaut en faire autant. Non, je n’attendrai pas qu’on me demande plus ou moins poliment de partir, je prendrai les devants.
D’ailleurs là-bas,  m’attendent les plaisirs civilisés, les musées, la culture, les voyages organisés avec des gens de mon âge, autant de saturnes égrotants.
Michèle

P222

Un saturne de piètre allure s’en allait égrotant, presque vacillant, sur le sentier qui montait à la petite chapelle de Pierrefendre. Le ciel lourd s’obscurcissait de minutes en minutes. Il accéléra le pas tentant, sans trop y croire, d’éviter la tempête qui s’annonçait. Un souffle rauque et saccadé s’échappait de sa gorge irritée. Au bord de l’aprosexie, Paul, c’était le prénom de notre homme, dut faire halte. Le ciel à présent avait pris la couleur du plomb. Seuls quelques éclairs sporadiques et le bruit encore lointain du tonnerre venaient troubler l’atmosphère ouatée, étouffant peu à peu le relief. Il prit, comme il put, une longue inspiration et reprit courageusement la route. Au fur et à mesure de l’ascension, le petit sentier bordé d’un amas amas de neige souillée, devenait plus raide, plus caillouteux, plus glissant. Encore 500 mètres et il serait sinon au chaud du moins à l’abri. Les derniers mètres lui parurent interminables mais il parvint enfin au seuil de l’analepse jouxtant La Chapelle. Encore quelques pas et il serait enfin parvenu au lieu du rendez-vous fixé par son vieil ennemi. 15 ans qu’ils ne s’étaient pas vu et pas un seul jour sans penser avec douleur à cette incompréhension insurmontable qui les opposait depuis si longtemps ! Cette fois, pas de recul envisageable! Ils allaient tous deux vider leur sac une bonne fois pour toute et régler définitivement ce conflit qui empoisonnait leurs existences. Il fallait que ça cesse! Et malgré sa fatigue, il était prêt pour la confrontation.
À l’intérieur de La chapelle, il faisait très sombre mais une faible lueur filtrait encore à travers les vitraux. Les vieux bancs de bois avaient des allures fantomatiques, sinistre impression encore renforcée par le surprenant éclairage naturel nimbant le crucifix, tout au fond de l’édifice. Les pas de Paul résonnaient fortement sur le vieux plancher. Peu à peu, ses yeux s’habituaient à la pénombre mais la chapelle semblait vide. À présent il avançait précautionneusement, un peu étonné tout de même à l’idée que son redoutable ennemi ait pu chercher à se dissimuler dans un recoin.
Il n’était plus qu’à un ou deux mètres du crucifix quand il vit une silhouette appuyée sur le dossier du premier banc. Pas de doute, c’était bien celui qu’il devait rencontrer, lui, son ennemi de toujours, celui qu’il haïssait mais dont il avait tenter en vain de se faire aimer durant toute sa jeunesse, son géniteur, son implacable père. Sans l’avoir analysé, quelque chose, intriguait Paul. Pourquoi ce monolithe, ce grand commandeur qui l’avait si longtemps fait trembler n’avait- il aucune réaction au moment crucial de cette rencontre ? Pour attirer l’attention, il se racla la gorge. Désarçonné, et par un mouvement instinctif, il tendit son bras comme pour éveiller un dormeur. Sous l’impulsion, la silhouette s’affaissa brusquement et le corps rigide bascula lourdement sur le plancher. Paul se précipita mais constata, effaré, que son père était déjà livide et froid comme le marbre du bénitier tout proche. Alors, posant sa main tremblante sur le cœur sans vie, contre toute attente, Paul se mit à pleurer toutes les larmes de son corps, toutes les larmes enfermées si longtemps dans un corps d’enfant, puis, un corps d’adulte.
Il n’y aurait donc ni accusation, ni explication, ni pardon, ni rédemption mais seulement un manque immense que rien ne viendrait combler.
Patricia

2P

Panne sèche

Nous sommes déjà lundi et je n’ai pas encore fait mon devoir. J’y ai pensé toute la semaine, mais pas la moindre petite idée n’a surgi dans mon crâne vide.
Alors d’un stylo négligent, je fais des analepses sur ma feuille blanche, égrotant des mots qui ne veulent rien dire… Par la fenêtre, je regarde une fille marcher et j’essaye de deviner si elle est aprosexie ou antisexie, tout en me demandant ce que peut bien être un saturne !
Fabienne

15 février, 2017

Atelier d’écriture du 13 février 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:25

1P

UN DEVOIR D’ACTUALITE : C’est la Saint-Valentin !

C’est la St Valentin,
La St Glinglin,
La St Frusquin…
Décorés, comme à Noël, les sapins
Ils partiront main dans la main.
S’offriront un tas d’machins.
Ça ne changera rien à leur destin…
Tout finira un sal matin !
L’amour s’enfuira avec l’eau du bain
Et dans leurs yeux, plus qu’du chagrin…
On sait tout ça ; on y peut rien !
On sait qu’chaque année elle revient !
La St Valentin,
La St Glinglin,
La St Frusquin…
Patricia

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Valentin tout là haut

Nous habitons depuis toujours la basse vallée de Limi, à l’ouest du Népal, loin de la déesse mère de l’univers. Nous sommes huit frères, tous vivants par la grâce de Bouddha. Nos parents ne sont plus là. En interrogeant le frère ainé, je n’ai pas vraiment pu savoir pourquoi nous n’avions pas de sœur.
Les touristes sont rares par ici. Cependant, l’un d’eux, un soir où il avait beaucoup fumé, m’a savamment expliqué pourquoi. Putain de shit, si on n’a que des gars c’est qu’on se conduit comme les lapins. Un p’tit coup pour la route et HOP ! S’en est suivie une description hilarante du trajet des vermisseaux mâles libérés à la marge. Plus le trajet est long, plus les vibrions à grosse tête s’essoufflent vite et seule une petite tête peut arriver au but et crier une mâle victoire. Ce type avait les cheveux longs et les idées courtes et je ne le crois pas trop. De même quand les types du village voisin nous disent que nos petites sœurs n’ont pas survécu perdant elles aussi, très vite leur premier souffle.
Ce que je sais, c’est qu’elles n’auraient pas pu assurer quotidiennement tous les travaux dévolus aux hommes. Aux champs, pour l’orge, le sarrasin ou les pommes de terre (qui poussent jusqu’à quatre mille mètres d’altitude). Dans les hauts pâturages, pour faire paître nos yaks et les quelques chèvres qui nous donnent viande, peaux et lait. Ah ! Le thé salé au beurre de nak. Construire, entretenir ou agrandir notre belle maison est aussi un travail d’homme, comme de délimiter nos champs avec  des murets. Sans doute auraient-elles aidé pour la cuisine, le potager, la traite des bêtes et nettoyer et encore nettoyer. Mais c’est très bien comme cela. La propriété familiale ne sera pas morcelée et trop peupler notre vallée serait la mépriser.

J’ai maintenant un peu plus de vingt ans. Je suis vraiment heureux. L’ainé a trente ans ou un peu plus. Le cadet est parti au nord dès l’âge de dix ans pour porter la robe bordeaux, emportant seulement le bol, le rasoir, l’aiguille et le filtre à eau. Je lui souhaite, certes le plus tard possible, des funérailles célestes aussi belles que celles de notre grand-père dont la chair est partie vers le ciel, un si grand honneur.
Mes frères et moi, nous nous ressemblons beaucoup et nous aimons tout autant. Il faut dire que le bonheur est entré chez nous quand l’ainé s’est marié à Safaé. Ce nom veut dire pureté, sincérité, l’équivalent de Claire pour vous. C’est une femme très intelligente et très belle. Au village, l’acheter était vraiment un sacrifice considérable. Aussi a-t-elle du attendre d’avoir dix-huit ans pour fonder une famille. Chaque fois que nous parlions d’elle, mon grand-frère rougissait comme après avoir bu l’orge fermentée. Alors nous nous sommes décidés à faire la demande en mariage en son nom, tous les sept. On avait convoqué le moine pour être plus persuasifs. Cela a pris du temps ! Pourtant la décision ne semblait pas difficile à prendre, à moins voir la jeune fille quitter la vallée. Notre propriété est la plus vaste et notre troupeau le plus nombreux avec dix-sept yaks dont douze femelles. Notre maison est la plus imposante et on peut facilement l’agrandir tant nous avons de pierres utilisables. Néanmoins elle se fit désirer, ô combien !
Pour le mariage, tout le village était là, sauf nos parents bien aimés, du moins en chair et en os. Notre ainé n’en pouvait plus de ces cérémonies durant plusieurs jours avec ces habits et ces chapeaux ridicules. Interdiction de se regarder et encore plus de se toucher. Au moindre effleurement, les matrones  vous auraient décapité ou pire. Lui, et nous, étions impatients, ardents, piaffant et même haletants à l’approche de la nuit de noces.
Là, c’est le moment de vous parler de notre maison. C’est une construction en pierres posées. Pas question de ciment et le pisé est rare puisqu’il faudrait utiliser la bouse de yak. Je connais bien la question. Dans la répartition des rôles familiaux, c’est mon boulot. Je recueille, calibre et stocke les briques d’excréments. Elles seront bien plus précieuses pour le chauffage et la cuisine. Nous avons plus de six mois d’hiver à vous congeler le premier yéti venu. Au sol il y a une dizaine de grandes pièces couvertes par un toit terrasse fait d’un puzzle de pierres plates. Elles tiennent sur quelques piliers, quelques poutres et des branches fichées en haut des murs. Au moment du dégel, l’étanchéité n’est pas parfaite. Ces pièces sont disposées en U ouvert au sud, autour d’une cour centrale en terre battue très lisse et très propre. La plus grande est l’étable située à coté de la cuisine. Puis vient la vaste chambre des parents qui est maintenant celle de l’ainé. Ensuite une grande pièce commune. Trois chambres plus petites pour les six frères restants, deux pièces de rangement et deux appentis. Les pierres des murs n’étant pas jointives nous mettons en commun tous les bruits de la maison. Quand les yaks se tiennent tranquilles j’entends les rêves de mes frères et j’adore ça.
Et vint la fameuse nuit du Kama Deva, le dieu hindou du désir, l’archer perché sur son perroquet vert.  Nous avions fait boire aux yaks une infusion de pavot bleu pour obtenir leur silence. Et aussi aux chèvres. Pour leur docilité ? Non pas. Depuis que nous avions vu notre future belle-sœur, nous ne désirions plus qu’elle. Sauf peut-être le benjamin, qui à quinze ans ne faisait toujours pas la différence. A sa décharge, façon de parler, personne ne lui avait bien expliqué. Comme il nous avait si souvent vu faire le bouc, il continuait à se faire un bique-nique de temps à autre, en plein air évidemment.
Safaé, je suis sûr qu’elle aurait pu être kumari. Elle doit avoir les trente-deux critères. La kumari est une déesse humaine  qui a une vie de princesse depuis ses quatre ans jusqu’au premier écoulement de sang. De plus, telle Pârvatî, pourra-t-elle se livrer aux jeux de l’amour pendant plus de mille ans sans discontinuer ? Après une nuit de tendres orages, nous en avons compté au moins sept, nos rêves les plus forts semblaient se réaliser. Car vous l’avez compris depuis le début, Safaé serait la seule femme de la maison, notre épouse. Avec fébrilité mais sans jalousie aucune, nous attendions notre tour qui suivrait l’ordre fraternel des naissances. Chaque soir, notre déesse accueillait un frère pour lui apprendre à mourir lentement. Le moine étant parti pour de lointaines hauteurs, nous étions sept et aurions pu nous attribuer un jour de la semaine. Mais il fallait compter avec le repos de la déesse et les nombreuses absences des frères. L’himmalayage qui durait des mois, l’aide aux voisins, les courses à la ville, les fatigants portages, d’eau par exemple. Avec l’accord tacite de mes frères nous nous absentions peu, le benjamin et moi. Et nos nuits étaient courtes et belles.
Nous avions unanimement décidé, malgré l’interdit ancestral, de ne pas enfermer notre merveille pendant ses périodes lunaires. Surtout pas dans le petit cachot sordide prévu à cet effet dans toutes les habitations, ni même dans l’étable où les bêtes auraient pu la piétiner ou seulement la salir. A l’insu des villageois, elle gardait simplement la chambre de l’ainé pendant quelques jours. Dans ces moments je cuisinais puisque je nourrissais habituellement les animaux. Je lui portais ses repas.
Nous n’avons pas vu passer cette décennie de félicité. J’ai maintenant trente ans. Les six enfants qui jouent dans la cour me nomment petit-père, moi qui ne suis ni vraiment oncle ni vraiment père puisque le nom de père est réservé à l’ainé. Je ne cherche même pas à savoir si ces bambins me ressemblent. Nous savons que nous sommes fertiles et nous n’avons pas besoin de solliciter les parents, amis ou même voisins. Néanmoins si un très beau septuagénaire venait à passer…
Et puis vint le désordre. Notre benjamin qui était maintenant capable de délaisser ses caprices caprins, décida de se rendre à la capitale. Nous avions ressenti le grand tremblement de terre et il était parti aider notre parenté de Katmandou. Il prit un petit avion à Simikot et ne revint par le même moyen qu’un an plus tard. Il en avait des choses à nous raconter, de terribles et aussi d’amusantes. De nombreux touristes volontaires étaient venus aider la population. Leurs femmes tenaient à s’intégrer le plus possible à ce peuple népalais qui manquait de tout, y compris d’affection. Ainsi il avait visité de nombreuses chambres d’hôtel. La plupart étaient moquettées de chanvre. Ces expériences fornicatrices l’avaient intéressé mais il se disait que, à tout prendre, les chèvres ce n’était pas si mal. Surtout quant au moment fatidique elles poussaient des Are Krishna. Les touristes, pas les chèvres ! Après l’amour elles lui faisaient la causette et il avait appris l’anglais en faisant la petite cuiller.
Toutes lui avaient vanté un nouveau dieu, indispensable pour leur survie réelle et sur réseau. Il s’appelait Valentin et il fallait absolument le fêter le quatorze février de chaque année en faisant un cadeau LVMH à sa dulcinée du moment. Sans quoi, on se faisait maudire à jamais par un dieu surpuissant nommé Hermès, un type très carré. Ebranlés par ce récit, nous étions frappés d’horreur, jusqu’à en  oublier que le vingt février est le nouvel an sherpa.
Comment faire ? Il n’y avait qu’un seul soir spécial Valentin et nous étions sept ! Au nom du grand prêtre Arnault fallait-il sacrifier six frères, par le divorce ou même la mort ? Un divorce coûte un yak. Safaé qui avait appris la chose, allait-elle en faire tout un sac ?
En dernier recours, nous tous, les mâles, nous avons prié le Bouddha. Entrés en lévitation tels des drones en escadrille, nous avons supplié : « Ô Sidartha, tu connais nos tourments, rends-nous la sagesse… et ton jugement ». Immédiatement, une voix tonitruante de fureur s’abattit sur nous. « Bande de cons, maintenant Yashadora, ma femme, est au courant. Je suis dans la même bouse de yak que vous » !
Bertrand

1P

Je l’ai rencontrée le soir de la Saint-Valentin 2016. Il y aura donc un an demain…
Je m’étais inscrit pour un diner de célibataires, une sorte de « dernière chance » pour tous les laissés pour compte de cette fête des amoureux. Il y avait 50 filles et 50 garçons ; ça laissait de la marge. Et puis, ce qui est bien dans ce concept, c’est que chacun paye sa place, t’es pas obligé de casquer pour la fille.
Elle s’appelle Cerise… J’ai trouvé ça tellement débile. Pourquoi pas Pastèque ou Courgette, tant qu’on y était !
Je l’avais tout de suite remarquée, c’était la moins moche de toutes. J’ai même trafiqué mon carton pendant l’apéro pour me retrouver assis à côté d’elle au repas. J’ai tout de suite regretté, tellement elle m’a saoûlé… et pas avec le vin, si vous voyez ce que je veux dire. Mais bon, je suis un battant, alors, je l’ai emballée, pour pas faire croire que je repartirai seul.
Evidemment, elle n’a pas voulu coucher le premier soir. Remarquez, je suis assez pour, on peut le faire l’après-midi aussi.
Rapidement, elle a voulu qu’on habite ensemble. Ça m’arrangeais plutôt parce que mon propriétaire devait faire des travaux dans mon appartement. Pendant deux semaines, c’était le paradis : elle cuisinait de bons petits plats, elle lavait et repassait mon linge, elle faisait les courses, nettoyait la maison, parce que moi, évidemment, je travaille. Bon, elle aussi, mais ce n’est pas pareil ! J’ai cru que j’avais trouvé la bonne planque, que j’allais être peinard, qu’elle me laisserait un peu tranquille. Mais non ! maintenant, il faut toujours lui faire des câlins, moi qui ai horreur de ça en dehors du lit, toujours lui dire que je l’aime… enfin, je dis juste « oui », toujours lui dire à quoi je pense, où je vais, mais bon, là, il vaut mieux se taire…
Depuis quelques temps, elle me fait des allusions, à peine voilées, sur les enfants, les bébés… Je freine des deux pieds, lui dit que je ne suis pas encore prêt… Pas encore envie de me reproduire, surtout avec elle !
Et voilà que depuis un mois, elle ne parle plus que de cette Saint-Valentin.
- Chéri, tu te rends comptes, c’est la fête des amoureux, mais c’est aussi notre anniversaire de rencontre. Je suis sûre que tu vas me faire un beau cadeau et une sacrée surprise !
Ben ça, pour être surprise, elle va être surprise. J’ai trouvé une colocation avec un copain. Je prends mon téléphone et lui envoie un sms :
- Désolée, tu es trop bien pour moi, je préfère rompre, adieu ! Et pour le cadeau, c’est toujours ça d’économisé !!!
Fabienne

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La Saint Valentin  

 

Demain c’est la Saint Valentin ! Matraqué par les médias, on n’y échappe pas, du moins dans la réalité du jour. On sortait juste de la Chandeleur, tradition bien ancrée dans nos habitudes judéo-chrétiennes  qui réunit grands et petits dans le délicieux péché de gourmandise, que voilà, resurgie à la fin du siècle dernier dans les années fastes où l’argent se gagnait et se dépensait, la très discutable entreprise de la fête des Amoureux.
Vous l’aurez compris, celle-ci je ne l’aime pas : déjà on n’est pas perpétuellement amoureux et les  émois ne sont garantis que sans cesse renouvelés. Certes, si vous êtes dans la fleur de l’âge et dans la recherche de l’hédonisme à tout crin, la Saint Valentin est  « fête » pour vous. Rappelons-nous  nos quinze ans (devenus sans doute dix  dans la vie actuelle tant la jeunesse gagne en précocité ce qu’elle perd en sentimentalité ; rien qu’à l’écrire, le doute m’emplit : le mot existe-t-il encore seulement ? N’est-il pas tout simplement obscène ?)  Envoyer, via le net, des mots doux ou un poème, une photo  de simple pensée ou de lilas blanc pour traduire votre attachement ? C’est non seulement ringard mais tout simplement de mauvais goût. A la limite, peut-être un texto un peu chaud… Mais suis-je bête ! Ce n’était qu’une faute de frappe pour sexualité.  Alors oui, là, on est en plein dans le sujet…
Aujourd’hui tout est « sexualisé » C’est l’occasion rêvée, après les soldes, pour relancer la vente  de sous-vêtements sexy comme le montraient encore la Une, la Deux, I Télé et j’en passe. Ou, pour les  clients majeurs, aller découvrir dans l’univers un peu glauque d’un «  No-Limit » – ce qui ajoute d’ailleurs au charme – les dernières créations dans le domaine du sex-toy. Qui plus est, la NC,  n’échappant pas aux sollicitations du marketing, affiche – comme par hasard- sa rentrée tardive en la matière d’un autre Grey avec « cinquante nuances plus sombres ». Et bien loin de moi l’idée de jouer les rabat-joie ou la « mal baisée », souvenons-nous avec envie et nostalgie, de nos trente, quarante, cinquante voire plus si affinités. Reconnaissons que nous nous sommes bien amusés, nous aussi et que ces plaisirs, nous les avons généreusement partagés.
Car c’est là que le bât blesse en ce qui me concerne ! Le grand mot, je l’ai prononcé : partage. Eh oui, vous l’avez sans doute compris, je suis de cette génération où régnait l’utopie, d’un monde où le credo « peace and love » est aujourd’hui devenu « war and money », où c’est du chacun pour soi, où le « nous » est aboli, où même le désir doit répondre à des normes, dans un domaine qui justement devrait rester du domaine strictement personnel. Diable ! s’il faut marteler ainsi la sphère de l’intime, ne serait-ce pas signe que Cupidon est aujourd’hui essoufflé et Eros moribond ?
Michèle

 

 

jeu-entre-l-eau-et-la

Valentin : descente

Je commence à prendre de l’âge. Je sais, les centenaires font trente kilomètres dans l’heure sans même être essoufflés. Mais je suis un sportif de salon, détestant le vélo, y compris d’intérieur. Cependant, je marche encore. J’ai bien un genou qui ripe de temps à autres dans un petit cri que je n’arrive pas toujours à contenir. Mais l’idée me semblait bonne. Bonne, le mot est lâché. Les Eaux-Bonnes. Qui ne connaît cette station thermale mythique. Montaigne, Flaubert, Delacroix l’ont fréquentée. Et que dire de ces puissants hérauts, Gaston Phoebus, Marguerite de Navarre, Joséphine, l’impératrice Eugénie, Alphonse XIII… Le vert galant y mena Melle de Montmorency et une autre des demoiselles d’honneur. Il dispersa ses bontés aux deux belles, créant moult chamailleries.
Non, je ne suis pas venu pour des amours ni pour la cure. Prendre les eaux à la Source Vieille me semble d’un autre âge, en tout cas pas le mien. D’autres liquides sont plus efficacement prophylactiques. Non plus pour sacrifier au pyrénéisme qui conjugue ascensionner, ressentir et écrire. Non plus pour reconstituer le monumental mais égaré herbier du guide Pierrine.
Pour cheminer. J’aurais pu choisir la Promenade de l’Impératrice. Qui peut l’imaginer clopiner en crinoline sur les quatre kilomètres depuis la Butte au Trésor jusqu’à la cascade du Gros-Hêtre. Non, j’ai un but précis : descendre le Valentin. Pas depuis la source bien sûr, mais depuis le premier pont sous les Eaux-Bonnes. Cent mètres de dénivelé pour un peu plus d’un kilomètre. Ce trajet il faut d’abord le faire en sens inverse, remontant par la piste qui démarre tout de suite après le Château de Laruns,  où le Valentin se jette dans le Gave d’Ossau. A l’équipement habituel, combi et chaussettes en néoprène, chaussures de montagne prenant la cheville, j’ai ajouté dans mon sac à dos de petites palmes qui se fixent au bout de mes godillots et un appareil photo submersible. Seulement vingt mètres de corde puisque la  plus haute cascade est de douze mètres. Les seuls jours autorisés pour l’excursion sont début septembre, quand le débit est relativement modéré et surtout régulier du fait de l’arrêt provisoire des trois centrales hydro-électriques.
Ce sera mon plus beau souvenir « naturel ».  Le début de la course se fait au milieu des mégalithes avec de superbes marmites de géant. Le canyon se creuse pour devenir très étroit et profond avec de magnifiques puits de lumière à midi. Les vasques de toutes tailles sont vertes et translucides et il ne faudrait pas trop s’y attarder. Puis il y a les parois de calcaire et de tuf, sculptées par le temps comme dans les grottes du Pays Basque. Malgré les interdits, j’ai mis trois heures à descendre sans dégringoler. Pour les habitués et les touristes cela dure une heure, guère plus. J’ai dégusté mon gâteau de miel dans le fracas de la dernière cascade. Puis j’ai mis mes minuscules palmes et mon masque pour nager dans la partie canotable du Gave Valentin. J’ai pu ainsi photographier de nombreux poissons. Au début, sous les pierres, les vairons, les pesquits pour les Béarnais. Puis en eau un peu plus profonde, les truites et les ombles de fontaine qui sont les bio-indicateurs les plus sensibles. Une belle tranche de bonheur que de descendre seul (un autre interdit) le Valentin en eau libre et claire. Parce-que l’autre, le Valentin du 14.2 si je pouvais le descendre en flammes : il me gave.
Bertrand

 

Exercice : écrire une histoire sur un tableau de Fernand Léger « La partie de campagne »

 F. Léger

On avait décidé de passer nos vacances dans le sud, Marcel, la Grande Sophie, Dominique et moi. Marcel, qui était le seul à avoir une voiture, nous proposa aussitôt de nous conduire. On peut dire qu’il frimait là-dedans…
Moi, j’en pinçais grave pour la Grande Sophie qui ne me regardait même pas. Par contre, Dominique était toujours après moi, à me faire des minauderies, à me toucher, pour un oui ou pour un non. Mais Dominique, c’est pas mon style. La première fois que je l’ai vue, je me demandais si c’était un garçon avec de gros pectoraux ou une fille avec des petits seins… Et là-dessus, une voix de baryton… Sans compter son prénom, ambigu, lui aussi. Je ne le sais toujours pas, et vraiment pas envie de vérifier…
C’est alors qu’on commençait à longer le littoral que l’idée m’est venue… J’ai demandé aux « filles » si elles n’avaient pas envie d’aller au petit coin, parce que les filles, c’est bien connu, ça pisse tout le temps. Et puis comme ça, je verrai pour Dominique…
Dominique et la Grande Sophie ont commencé à emprunter un petit sentier. Du coup, impossible de les voir… Marcel aussi est partie derrière les tamaris du bord de mer. Alors, j’ai retiré les bougies de la voiture… Evidemment, impossible de redémarrer. Le « coup de la panne » classique.
Marcel a commencé à lancer des injures !!! Puis, pour impressionner les filles, il s’est déclaré meilleur mécanicien de France. Il a ouvert le capot et a commencé à farfouiller les pistons, les durites, et que sais-je encore… Moi, je savais bien qu’il était nul. Je me suis allongé sur le sable, j’ai posé ma main sur le genou de la Grande Sophie qui n’a rien dit. J’ai trouvé que c’était un bon début… Alors que je me voyais déjà passer des vacances de rêve, quand soudain j’ai senti une poigne ferme sur mon épaule et une voix grave m’a dit :
- Y a un con qui a retiré les bougies…
Fabienne

 

Fernand

On leur avait pourtant dit que ce n’était pas un photographe. Pourtant ils avaient fixé connement le maître dans l’attente d’un événement rare : le bonheur du dimanche. Seul le chien avait compris depuis longtemps que rien ne se passerait. Il était triste d’instinct mais là, on se foutait de tout. Du fleuve qui ne coulait pas, du ciel rempli d’amibes, des cailloux qui devenaient marteaux, d’un imperméable qui attendait vainement la pluie, d’un arbre con comme une souche. Il ne se passerait rien, même quand Paulo aurait réparé la durite duraille. Fixer le néant qui passe : un peu léger le maître !
Bertrand

Exercice : C’est bizarre : depuis quelque temps, mon ombre ne me suit plus…

 

1P

Ombré bien bas

 J’ai toujours eu peur qu’elle m’en fasse. Qu’elle me suive ou me précède, j’ai toujours pensé qu’elle m’était supérieure, bien que presque toujours située en contrebas, sauf en contre-plongée dans le contre-champ. J’ai même souvent peur d’elle. Pour un rien, pour un oui et encore pour un nom. Alors m’enfermer, me mettre à… l’abri du regard des autres. Je ne sais pourquoi mais cela me semble trop tard. Avec douleur, je constate que je n’en ai plus, d’OMBRE.
- Hé pardi, t’avais déjà oublié ? Hier, t’est mort !
Bertrand


Je ne l’ai pas remarqué tout de suite. Il faut dire que ce n’est pas quelque chose qu’on vérifie souvent…
Pourtant, des détails auraient dû me mettre la puce à l’oreille… Un soir, alors que je promenais mon chien au soleil couchant, mon ombre était toute petite comme une ombre du zénith, alors que celle des passants que je croisais s’allongeait au fur et à mesure que l’astre plongeait dans la mer… Curieusement, je n’en ai été ni inquiet, ni effrayé. Je savais déjà que j’étais bizarre : j’avais le cœur à droite et six orteils à chaque pied.
J’aurais pourtant dû me poser des questions car, à partir de là, mon ombre diminua de jour en jour. Et quand elle eut complètement disparu, mes pieds commencèrent eux aussi à s’effacer…
Fabienne

7 février, 2017

Atelier d’écriture du 6 février 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:56

DEVOIR :
5 mots : brioche, terrestre, pierre, bible et épisode.
La règle : incorporer ces 5 mots de façon naturelle dans un texte en mettant le premier mot dans la première phrase ; pour les autres, peu importe l’ordre.

1P

La brioche du Christ

Pendant le repas, Jésus prit de la brioche et, après avoir prononcé la bénédiction, il la rompit ; puis, la donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. » » Voilà ce que disait le véritable évangile selon St Matthieu !
L’affaire, révélée par un stagiaire archiviste du Vatican, fait grand bruit. C’aurait pu être un détail bien sûr, de la brioche plutôt que du pain. Mais des milliers de pratiquants ne pouvaient s’empêcher de se demander si l’hostie n’aurait pas été meilleure si la vérité avait été révélée plus tôt… Et surtout, pourquoi avoir remplacé le texte original ?
Une enquête menée par le Vatican a confirmé aujourd’hui l’authenticité du document retrouvé. Reste à découvrir les raisons de la modification de l’évangile. Des bibles du IIIème et IVème siècle ont été étudiées, il apparait que sur ces exemplaires, il est bien fait mention de la brioche. En revanche, à compter du Vème siècle, la brioche est remplacée par du pain. Le changement semblerait avoir été effectué sous le Pape Innocent 1er, 39ème successeurs de Saint-Pierre. L’enquête se poursuit et nous ne manquerons pas de vous tenir informée des conclusions.
Par Claire Bastian, l’Agorafi du 25 janvier 2017

Economie Chrétienne

Fin de l’enquête concernant la modification de l’évangile selon St Matthieu qui secoue le Vatican depuis plus d’une semaine maintenant. Un document officiel émit par le Pape Innocent 1er et envoyé à tous les monastères et abbayes demandant de remplacer dans toutes les éditions de la bible à venir le pain par de la brioche a été retrouvé dans les archives du Vatican. Un autre document, adressé au Pape par l’un de ses conseillers, légèrement antérieur à la date de la missive évoquée plus haut, fait état de dépenses conséquentes liées à l’achat de brioches pour les messes. Il semblerait donc que l’Eglise se soit faite rattrapée par une considération bien terrestre
Le Pape François a décidé de clore cet épisode en accordant le retour au texte originel. Le pain sera donc remplacé par la brioche dans toutes les nouvelles éditions. Les éditeurs s’en frottent bien les mains, les commandes ont déjà dépassées les ventes totales des dix dernières années. Et l’on peut supposer que Marie-Antoinette se réjouit d’avoir eu raison. Si le pain pose problème, achetons de la brioche !
Par Claire Bastian, l’Agorafi du 6 février 2017
Claire 

1P

 » Et une brioche bien dorée pour la p’tite dame de la 4 ! en suivant 2 croissants et un p’tit noir bien serré pour la 2, un café allongé pour la 5 ! …  »
Et c’est comme ça tous les matins ! Ensuite vers onze heures, ce sont les sandwiches, les omelettes, les paninis… c’est ça ma vie terrestre ! Mais y’a pas à s’plaindre, j’l’ai choisie ! Si j’étais resté  sur XB24 j’aurais pu continuer mon p’tit train- train : labo, maison, labo etc ; j’aurais fait chaque jour  tranquillement mes petites expériences apportant modestement ma pierre à l’édifice d’une société somme toute assez confortable. Seulement, voilà ! Suite à l’épisode du vieux bouquin retrouvé sur l’aéronef qui s’était échoué à côté de chez moi( j’ai depuis appris qu’il s’agissait d’une bible) je n’ai plus jamais pu me contenter de mon petit univers étriqué. Tous mes rêves étaient peuplés d’images magnifiques, de montagnes, d’océans… bref ! J’avais choppé le virus de la planète bleue ! j’ai compulsé toutes les banques de données concernant la Terre et quand j’ai appris que notre commandeur suprême avait donné l’ordre de recruter des volontaires pour aller soi-disant explorer (en fait infiltrer) la planète terre, vous pensez bien que je n’ai pas voulu rater cette opportunité ! Ce qu’ils avaient omis de mentionner c’est d’une part, la durée de cette mission et d’autre part, que pour passer incognito et me fondre dans une vie de monsieur tout le monde, j’atterrirait  dans ce café de la banlieue parisienne. Le gros hic, c’est que sur XB24 ils ont dû finir par m’oublier ! Trente ans que je sers des cafés à des terriens pressés ! Et ça risque de continuer comme ça jusqu’à cette chose qu’ils appellent la retraite ! A moins… que là-haut… quelqu’un finisse par se souvenir de ce modeste employé de labo capable de tout plaquer pour vivre au jour le jour ses rêves…
Patricia

pp

 

- Bon d’accord, j’ai dit : « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! », mais enfin, c’était une plaisanterie, une boutade. Ah vraiment, Monsieur le juge, ces sans-dents n’ont aucun humour !!!!
Je ne comprends absolument pas que l’on m’ait surnommée « Madame Déficit », moi, qui ai toujours tout fait pour me rapprocher du petit peuple. Tenez, j’ai même fait construire pierre à pierre, au Petit Trianon, un village modèle, « Le Hameau de la Reine », auquel, à grands frais, j’ai fait donner l’aspect d’un lieu pauvre et où je trais les vaches, et croyez-moi, ce n’est pas facile ! Je projette d’ailleurs, d’en faire une sorte de parc, un lieu que les paysans pourraient visiter, ô, moyennant une toute petite participation, afin de s’en inspirer pour leurs villages. Vous voyez, j’ai même des idées pour remplir les caisses de l’Etat !
Oui, j’ai quelques toilettes, mais il le faut bien… Je ne peux aller aux bals et soirées auxquels je suis invitée habillée comme une souillon. Bien sûr que je préfèrerai rester tranquillement à la maison, à broder des mouchoirs pour mon cher époux, mais que voulez-vous, c’est mon métier à moi de représenter la France et il faut que je lui fasse honneur. Mais ne croyez pas que je prenne du plaisir à ces légèretés…
Tenez, c’est comme les jeux, le Pharaon, le Trictrac, qui me tiennent éveillée jusqu’à trois heures du matin, alors que je n’aime rien tant que me coucher tôt.  Non, Monsieur le juge, je n’ai aucun goût pour ces plaisirs terrestres, mais il faut que j’y fasse bonne figure, alors, on m’a accusée à tort de n’aimer que me divertir.
J’ai quand même fait  de grandes choses pour la France : prenez les croissants, c’est  bien grâce à moi tout de même qu’on  les appelle désormais «viennoiseries».

Et pour m’accuser, on m’a accusée… et à tort !!!  Prenez, par exemple, l’épisode du collier, « l’affaire du collier de la reine », comme on l’a appelé plus tard. Je n’y étais absolument pour rien, mais l’opinion publique, très remontée contre moi, s’est déchaînée. On a dit que « l’autre chienne » se faisait offrir des diamants pour le prix de ses amours. Moi, qui ai toujours été d’un fidélité exemplaire. Et puis, hors de question d’accepter un cadeau qui, au départ, était destiné à la Pompadour, plutôt crever…
Croyez-moi, Monsieur le juge, j’ai toujours été à tort la cible de calomnies et de pamphlets, mais je vous jure, sur la bible, les yeux dans les yeux, que je  n’ai jamais détournée de l’argent du peuple de France, que je n’ai aucun compte en Confédération Helvétique et qu’enfin je n’ai pas bénéficié d’un emploi fictif.

-  Madame, ne vous inquiétez pas, je mettrai votre tête à couper que vous êtes innocente !
Fabienne

PP
Vie de doute

Cette deuxième part de pain brioché, je n’aurais pas dû la manger. Cette brave femme me voulait tant de bien avec son gâteau de patience. Et puis je voulais leur faire plaisir. Il y avait Marc, mon fils, celui qui ne dit jamais « je ». Celui qui dira encore ce que j’ai dit et enfin ce que je n’ai pas dit. Mon ventre est lourd et bavard. Pourtant, d’habitude, je ne déroge à mon régime : pain azyme, olives et légumes. A mon âge, près de quatre vingt ans, les petites douleurs ressemblent aux grandes. Sur la voie Appia, je marche aussi vite que je peux. L’automne est clément. Cependant le manteau que je porte sur ma seule tunique ne me protège pas assez d’un froid intérieur. Il y a des trous dans ma pèlerine comme dans mes raisonnements ces temps-ci.
Puisqu’il faut le dire, j’ai peur. Je fuis la ville, je fuis le prince fou qui persécute mes brebis. Mes voyages ce n’était pas une fuite. Jérusalem, Antioche, Athènes, Rome, l’Espagne, Rome, Carthage, Alexandrie, de nouveau l’Afrique, Rome, la Bretagne… Et toujours les foules, ces cœurs palpitants qui s’impatientent d’entendre la parole qui m’a été confiée, par delà le cadre de cette vie terrestre. Ces missions, je les ai remplies avec mes frères les plus chers, avec André et Jean, avec Paul et Barnabé, contre Paul puis encore avec, avec Marc et maintenant avec Clément qui me suivra et avec tous les autres. Je suis juif et je crains Dieu, celui de la Bible, celui qui foudroie. Le feu du  ciel qui a volatilisé Sodome (NDT : l’explosion dans la basse atmosphère d’un astéroïde). Tous les fils de David s’effraient de cet épisode.

Et pourtant, j’ai été blessé d’amour pour lui. Pour lui, j’ai tout quitté, femme, enfants, famille, amis, métier, maison. Je n’ai pas de bagages. Et pourtant, j’ai douté. Il a du me tenir la main quand je marchais sur l’eau. Surtout, le cœur me saigne, surtout, devant le Temple et sous le glaive romain, je l’ai renié par trois fois. Je ne l’ai pas accompagné jusqu‘aux oliviers. Encore la peur. Mais c’est lui qui m’avait donné mon vrai nom, ma vraie destinée. De Simon Barjona il avait fait Képhas, le roc, lui qui maniait si bien la paronomase. (NDT : pour les rappeurs c’est pain béni).
Alors il m’avait écouté, puis pardonné (NDT : première confession mais en direct live). Alors il a fait que je sois le premier à le voir après que la pierre du tombeau ait roulé. Alors il m’a donné la puissance, à moi l’homme simple et sans instruction. Alors ma parole a transporté les âmes. Et j’ai guéri les malades. Mon ombre même guérit. Et j’ai ressuscité Labithe (NDT : pilule bleue ? plutôt interprétation orthodoxe mais pas tant que cela de Tabitha). Et j’ai ressuscité Georges par l’apposition du bâton (NDT : premier défibrillateur cardiaque ambulant ?).
Et j’ai converti à la chasteté les concubines d’Aggripa et de Néron (NDT : bonjour les emmerdes après ça !). Et j’ai fait parler le chien de Simon le mage (NDT : la pauvre bête devait employer le latin d’église).
Peu me chaut de tous ces pouvoirs maintenant. En lâche je fuis la ville. Je quitte la voie pavée pour ce chemin de terre qui me mène à ce bosquet de pins parasols où je pourrais me cacher. Assis sur l’herbe rare, l’ombre ne me protège pas. Je ferme les yeux. Et tout se calme. J’entends Sa Voix : « Képhas, tu es Pierre, celui qui aura les clefs. Retourne à la ville éternelle. Affronte ton destin. »

PS : les NDT illustrent une des paronomases transalpines les plus connues, Traduttore : traditore.
Bertrand

Exercice : C’est le matin. Je me réveille, tout est étrangement calme, pas le moindre bruit, d’ailleurs, c’est peut-être ce silence qui m’a réveillée…

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C’est le matin. Je me réveille. Tout est étrangement calme. Pas le moindre bruit. D’ailleurs c’est peut-être ce silence qui m’a réveillé.
D’habitude, se sont les oiseaux cachés dans le manguier au pied de ma maison qui m’invitent à sortir doucement de mes rêves. Puis, au fur et à mesure que mes paupières encore lourdes s’entrouvrent à la lumière du jour, je prends doucement pied dans la réalité. Parfois, au loin, je perçois un coup de  klaxson isolé ou le ronron régulier des autos traversant le petit hameau de Mésière.
Moi, j’habite une vieille bicoque, simple mais confortable, sur cette colline verdoyante surnommée « la butte aux merles ». Mais, ce matin, aucun chant d’oiseau, seulement ce silence atypique qui me désoriente et finit par m’inquiéter. Je me penche à la fenêtre. Le soleil est déjà haut dans un ciel sans aucun nuage. Il fait très chaud, étrangement chaud. De plus en plus inquiet, je saute dans mes vêtements, descends en trombe l’escalier et ouvre en grand ma porte. Toujours aucun bruit et cette chaleur qui, de minute en minute, s’intensifie.  Pas de flamme ni de fumée à l’horizon mais un air âcre qui me picote la gorge. Progressivement la lumière se modifie : un nuancier incongru d’indigo et de vert émeraude zèbre un ciel que je ne reconnais plus. Une atmosphère saturée d’humidité baigne tout le jardin. J’aspire à grosses goulées cet air qui semble se raréfier. Soudain le silence ouaté qui baigne la scène est brusquement rompu par un vrombissement inconnu. Un souffle puissant soulève la poussière alentour. Là ! Devant moi ! Posé comme un champignon céleste au pied de ma colline, je constate, effaré, la présence d’un immense engin étincelant dont je n’ose imaginer l’origine…
Sur le côté droit de l’engin se forme peu à peu une porte qui s’entrouvre… mon cœur s’emballe, j’ai le souffle court. J’attends terrifié  mais subjugué cette première rencontre.
Patricia

 

 

PP

Silence

C’est le matin. Je me réveille, tout est étrangement calme, pas le moindre bruit, d’ailleurs, c’est peut-être ce silence qui m’a réveillé.
Cette histoire, je la connais bien. Cela se produit tous les jours ou presque depuis qu’on a coupé le merisier en bas de chez moi, le seul arbre du voisinage. La plus belle cage à oiseaux que j’ai connue de toute ma vie. Trouvez-moi une meilleure raison de me lever tôt.
Les lourds rideaux de velours font un noir très dense dans ma  profonde chambre de vieillard célibataire. Tous les soirs je lis. Après le thé, je mets ma robe de chambre pelucheuse et je m’étends confortablement au milieu des innombrables coussins. Les piles de lecture s’élèvent de part et d’autre du plumard, cachant jusqu’aux tables de nuit. Il y a ceux que j’ai déniché ce matin, ou hier ou la semaine dernière. Je les connais et je les aime tous.  Ils m’ont tous donné leur chant. Certains m’ont même parlé à l’oreille. Jusqu’à ce que je m’endorme vers minuit, une heure du matin, souvent plus tard…
Alors dès l’aube, ce que ces oiseaux me disent, me disaient, c’est leur joie de vivre, la mienne aussi. Il était bon de déguster ce long moment dans l’obscurité. Ils ont abattu cet arbre. Je m’en vais tirer les rideaux.
Bertrand

The old tower is seen collapsed after an earthquake in Finale Emilia

C’est le matin, sans aucun doute… Les rais de soleil tentent de percer mes persiennes closes. Je me réveille d’un coup ! Je regarde l’heure : 8 heures. Pas le moindre bruit. Etrange, car mon appartement est sur une route passante. Habituellement, à cette heure-ci, le bruit des voitures, des motos, des bus et de tout ce qui roule me vrille les tympans. C’est d’ailleurs pour ça que tous les matins, vers 6 ou 7 heures, je quitte mon logis pour une promenade bucolique avec ma chienne.
J’essaye de retrouver mes esprits. Hier soir, je me suis endormie d’un coup, il devait être 22 heures. Je ne me suis pas levée de la nuit, moi qui suis, la plupart du temps insomniaque. Non, cette nuit, j’ai dormi comme une pierre, sans rêve, ce qui ne m’arrive jamais.
Bizarre… Je regarde par la fenêtre : la route est vide, étrangement vide… Aucune file de véhicules au feu… Que se passe-t-il ? Peut-être une grève dont je n’aurais pas été informée ? Zahia aussi est bizarre ce matin. Habituellement, dès que j’ouvre les yeux, elle me fait la fête. Mais ce matin, elle reste au lit… Bon je vais profiter de ce silence inespéré pour déjeuner sur ma terrasse.  Quel calme, j’en profite au maximum ! Mais quand même, ce n’est vraiment pas normal. Alors, je m’habille rapidement, j’appelle Zahia et nous descendons. Dans le parking, toutes les voitures de mes voisins sont là… Mais ils ne sont pas à la retraite, eux, et à cette heure-ci, ils devraient tous être au travail.
Je démarre ma voiture. J’actionne le portail électrique… Mais il n’y a plus de portail, et plus de maisons autour… Seule la grand route, déserte devant moi, puis le brouillard. Je me retourne : de l’immeuble où j’habite, seul mon appartement est encore là, tout le reste n’est que désolation…
Fabienne


Exercice : dans la peau d’une pierre

1P

 

Avant, j’étais montagne, je ne suis plus qu’un galet. J’ai roulé ma bosse sur de nombreux sentiers traçant toujours ma route au gré des lendemains. Ma peau est dure et lisse et froide. Mon corps, poli au fil du temps, a pris la couleur grise des chemins poussiéreux qui m’ont conduit ici. Je n’ai d’odeurs que celles que m’ont prêtées les pays traversés et je suis lourde de tous les chagrins du monde.
Patricia

PP

Pierre

Pierre ce salaud, je vais lui faire la peau.
Pourtant, c’est un ami, un copain d’école. Ayant la même initiale de patronyme nous sommes assis au même banc presque au fond de la classe. Dure époque, où l’on vous donne une place fixe pour toute l’année et qui oblige les profs à changer sans cesse de salle. Je suis donc tout là-bas, au ban de cette petite société mais à la fois près de la fenêtre et du radiateur. De là, c’est à peine si j’entends la petite voix de la prof de latin. Elle est plate comme une limande et j’en ai déduit une certaine proportionnalité entre l’organe vocal et les avantages.
Pierre est un garçon sensible et je suis le seul à le supporter, souvent à l’aider. Sa réputation dépasse les limites de l’établissement. Il se nomme Massou. Massou Pierre. Essayez, c’est incroyable ce que l’on peut trouver comme mots commençant pas sou… Les parents font-ils exprès quand ils choisissent un prénom ?
Pierre n’arrête pas de se pencher sur moi, notre fenêtre donne sur le stade de football du collège. Ce jour là, il fait froid. Il s’est penché encore plus et, honte suprême, il m’a embrassé dans le cou. C’est ainsi que, pour une fois, j’ai très bien entendu mademoiselle Gaffiot :
- Eh ! Vous deux. Vous reviendrez samedi pour faire vos cochonneries.
Bertrand

PP

Je suis une pierre du bord du chemin. Une pierre qui roule et qui n’amasse pas mousse. Un simple petit caillou. Je suis minérale. Là, posée, peut-être éternelle. Le temps glisse sur mes contours lisses.
On me dit sans âme… Mais ce n’est pas vrai ! J’ai la conscience aigüe, à brève échéance, de la mort de cette terre dont je suis issue, de tous ces pieds qui m’ont foulée, de tous ces détritus qui sont restés, comme moi, sur le bord du chemin.
Fabienne

1 février, 2017

Atelier du 30 janvier 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:32

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DEVOIR : Inventez une origine à l’expression « Avoir le cœur sur la main ».

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Dieu contempla sa création d’un œil attendri… Adam et Eve, innocents et nus, s’aimaient d’amour tendre et se le disaient à chaque instant  et à tous les temps : ce matin je te donne mon cœur, hier déjà je t’ai donné mon cœur, et  je te donnerai encore mon cœur demain… Veux-tu mon cœur ma chère Eve ? Donne-moi ton cœur mon Adam…
Ces minauderies commençaient à agacer un tantinet le Créateur, même si elles traduisaient une générosité sincère et sans limites. Je crois qu’au fond il était divinement jaloux du bonheur conjugal de ses créatures, mais ceci est une autre histoire…
Un jour que, paresseusement allongés sous leur pommier, Adam et Eve échangeaient leurs mots d’amour habituels (ils pourraient tout de même se renouveler, pensait Dieu avec irritation, quel manque de créativité !) Et je te donne mon cœur par ci, et je te le donne pour toujours par là, et moi aussi… Etc.
Il leur balança, au comble de l’exaspération : « Votre cœur est prisonnier de votre poitrine, derrière les barreaux de vos côtes, impossible à donner, nigauds ! J’aurais mieux fait de vous le mettre sur la main, ça aurait été plus facile ! »
Adam et Eve, qui n’avaient pas perçu l’ironie divine, se délectèrent de l’idée et la reprirent dans leurs jeux amoureux :
–      Tu as le cœur sur la main, ma chérie, disait Adam chaque fois qu’Eve se montrait caressante avec lui en égarant sa menotte sur une partie « évolutive » de son anatomie…
–      Tu as le cœur sur la main, mon Adam, répondait Eve chaque fois que cette main flâneuse titillait son intimité secrète.
L’expression devint un « private joke » au grand dam de Dieu qui n’en pouvait plus ! Mais quand ils durent l’expliquer aux enfants, ils éliminèrent pudiquement la connotation érotique :
–      Votre mère est très généreuse
–      Votre père l’est aussi !
C’est ce sens édulcoré qui fut transmis et retransmis…jusqu’à nos jours.
Il était de mon devoir de vous rappeler le sens premier et véritable : je vous engage, Messieurs et Mesdames, jeunes gens et jeunes filles, à vous en souvenir et à avoir le cœur sur la main le plus souvent possible, pour un plaisir partagé…
Huguette

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Marie avait toujours plu aux hommes. Elle avait les yeux verts, les cheveux roux, un cœur tatoué sur la main gauche et la taille fine. Elle était surtout une fille de joie. Quand les hommes parlaient d’elle, ils disaient généralement « la fille avec le cœur sur la main ». Peu connaissait son prénom car ce n’était pas ce qui les intéressait en premier lieu.
Marie était l’une des filles les plus demandées dans la maison close du 15 rue Vaugirard, ce qui lui permit d’avoir assez de revenus pour ouvrir sa propre maison close à 35 ans. Elle l’appela naturellement « Au cœur sur la main ». Cet établissement rencontra rapidement un grand succès car ses clients fidèles la suivirent. Les filles de la maison avaient toutes, à l’image de Marie, un cœur sur la main. Pour elles ce n’était qu’un dessin refait jour après jour. Elles étaient donc les filles aux cœurs sur la main.
L’expression était connue du tout Paris grâce à la renommée de la maison close, et elle s’étendit bientôt à la Province. Les hommes d’affaires, montés à la capitale pour signer un ou deux contrats manquant ainsi rarement l’occasion de faire un détour « Au cœur sur la main ».
Avec l’interdiction des maisons closes en 1946 par la loi Marthe Richard, l’expression évolua quelque peu et caractérisa désormais une fille ayant eu l’obligeance d’ouvrir ses cuisses face à une demande pressante. Cet acte généreux, consistait donc à avoir le cœur sur la main. Enfin, bien plus tard encore, l’expression fut utilisée pour tout individu qualifié de généreux, bien loin de sa signification d’origine.
Claire

romain-duris

CŒUR

De battre mon cœur s’est arrêté. Ce film me tient à cœur ô combien. Et si je vous en parle, c’est pour ouvrir mon cœur, sans rancœur. Cette histoire je la connais par cœur. Pourtant mon cœur balance. Tantôt, c’est un crève-cœur. Alors j’ai le cœur gros, lourd. Sans doute le prends-je trop à cœur ? Tantôt, cela me met le cœur à l’envers et parfois le cœur au bord des lèvres. Alors, mon cœur chavire, moi qui l’ai pourtant bien accroché. Et mon cœur de battre la chamade
Mon héros, mon ami de cœur, j’y ai tant songé. Ce pourrait être un cœur de pierre ou bien un bourreau des cœurs, toujours prêt à faire le joli cœur, un cœur d’artichaut. Je le vois faire la bouche en cœur et même là, c’est un coup de cœur. Tant pis si j’ai le cœur brisé. A l’opposé, ce devrait être un homme de cœur, un cœur d’or, prêt à vous réchauffer le cœur, à rire de bon cœur, à cœur joie. Je le voudrais aussi cœur de lion, avoir du cœur au ventre, constamment le cœur à l’ouvrage, et cela me ferait chaud au cœur.
Je vois votre air moqueur. On croirait lire le courrier du cœur, pensez-vous. Mais épanchez votre cœur, écoutez-le ! Ne me prenez pas à contrecœur.
Je le sais, je rêve, comme un cœur innocent, de tout cœur, de tout mon cœur. Il me faut faire contre mauvaise fortune bon cœur car je ne le connaîtrais jamais, mon pianiste tourmenté, ce cœur qui saigne.
Vous le voyez bien, j’ai le cœur sur la main. Je peux tout donner, droit au cœur. Je sais que c’est triste mais j’ai libéré mon cœur. Donc, haut les cœurs ! Et tantôt, si le cœur vous en dit, allez revoir le film. Romain Duris et son accroche-cœur.
Betrand

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Depuis qu’il était né, sa mère savait que cet enfant serait très spécial. Il avait une façon tellement confiante de regarder les autres, et tant de générosité dans ce regard.
Tout petit, à l’école, il partageait son goûter avec les autres. Il donnait ses jouets à ceux qui n’en avaient pas. Lorsqu’il était en sixième, un jour, il revint même pieds nus. Il avait donné ses belles baskets neuves à Hamed qui n’en avait pas et dont les parents étaient trop pauvres pour en acheter.
Il n’enviait jamais les autres, il souriait tout le temps, heureux qu’il était.
Et puis un jour, alors qu’il faisait des études de médecine, il rencontra Angélique et là, sa mère sut d’instinct qu’il allait souffrir… Bien plus que les autres.
Angélique était une petite chose très jolie ; mince, brune, les yeux gris et la voix envoûtante. En un regard, elle lui ravit son âme. Pour l’étonner, il devait toujours lui acheter de nouvelles choses. Une robe, un sac, une bague… Quand elle ouvrait le paquet, elle avait un si joli rire, elle tapait des mains et criait de joie, comme un enfant. Et lui, il n’aimait rien tant que lui faire plaisir.
Alors, il lui acheta tout ce qu’elle voulait et elle en voulait toujours plus.
Un matin, il se rendit compte qu’il n’avait plus rien. Il avait vendu sa voiture, la montre de son père et même son petit studio. Et lorsque Angélique rentra, tout excitée et le regard brillant, il sut qu’il ne pourrait pas lui acheter ce si joli foulard qu’elle avait vu dans la boutique du coin de la rue. Elle ne comprit pas et se mit à pleurer. Il ne pouvait pas supporter ses larmes et lui dit de ne pas s’inquiéter, qu’il allait se débrouiller.
Un soir, la vendeuse de la boutique du coin de la rue vit entrer ce joli jeune homme. Il était pâle et triste. Il lui désigna d’un geste le foulard en vitrine. Au moment de payer, il tendit sa main, toute sanguinolente et l’ouvrit. A l’intérieur, il y avait son cœur qui battait à peine, la seule chose qui lui restait…
Fabienne


Exercice
 : La pièce était sombre. Elle s’allongea sur le divan, alors, une voix derrière elle lui dit : ….
Consigne : interdit que parler psy !

Pièce sombre

 La pièce était sombre, elle s’allongea sur le divan. Alors derrière elle une voix dit :
-       Ce n’était pas obligatoire de vous dénuder entièrement. Je pourrais souffler les bougies, si vous l’exigiez.
-       Non, et je n’ai pas froid… non plus.
-       Vous me plaisez infiniment.
-       Vous plairais-je vêtue ?
-       Me sauriez-vous hypocrite ?
-       Et même jésuite puisque vous répondez par une question.
-       Oui, enfin, j’ai fait le petit séminaire.
-       Et vous voilà petit admirateur des créatures de Dieu.
-       Il faut dire que le tableau est sublime.
-       Une nature morte ?
-       Votre peau d’albâtre et ces trois taches brunes, dans le brouillard de mes pensées.
-       Vous me faites rire.
-       Ces perles de rivière que vous me découvrez.
-       Ne vous perdez pas, retrouvez le droit chemin.
-       Dans le désordre de votre blonde chevelure ?
-       Vous tremblez ? Craignez-vous cet instant ?
-       Oui, je l’avoue, il me faudrait un réconfort.
-       Alors dinons. Nous étions venus pour cela, n’est-ce pas. J’ai un appétit d’oiseau.
Bertrand

 

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La pièce était sombre, elle s’allongea sur le divan. Alors derrière elle une voix dit :
- Vous n’avez pas mis la robe que je vous avais demandée !
La voix était tranchante et le ton impérieux. Non ! Elle n’avait pas mis sa robe noire, au profond décolleté, qui lui faisait une silhouette parfaite. Elle avait mis une robe quelconque, qu’elle n’aimait pas, n’avait jamais mise et qui se trouvait au fond de l’armoire. Elle ne voulait pas qu’il crût qu’elle lui obéissait. Elle voulait, au moins pour sa tenue, choisir… Enfin, c’est ce qu’elle ce disait. Mais au fond d’elle, elle savait qu’elle ferait tout ce qu’il lui demanderai.
Lui, qu’elle ne connaissait pas, qu’elle n’avait jamais vu…
Par jeu, par curiosité, elle avait répondu à une annonce sibylline. Elle s’était rendue à l’adresse, au jour et à l’heure indiqués, non sans une sourde peur qui lui nouait le ventre.
La pièce était sombre, tout comme aujourd’hui et une voix d’homme, impérieuse, lui avait demandé de s’allonger sur le divan. Il lui avait mis un masque sur le yeux.
Puis… Puis…
Il l’avait déshabillée, caressée, embrassée, lentement, longuement. Il lui avait fait découvrir des parties de son corps qu’elle ne connaissait pas. Elle n’en pouvait plus. Les lèvres sèches, elle le supplia. Mais lui restait muet.
En partant, elle était chavirée, désorientée. Il lui avait lancé négligemment :  » à la semaine prochaine, même heure ».
Elle s’était dit que jamais, elle ne reviendrai parce que ce type la méprisait, qu’il la traitait comme une moins que rien.
Et puis, au fur et à mesure que la date du rendez-vous approchait, elle changeait d’idée… se disait qu’elle irait, mais uniquement pour lui dire son fait, pour lui faire savoir qu’on ne la traitait pas comme ça, elle !!!
Puis elle se souvint des caresses, de la volupté. Certes, elle avait du plaisir quand son mari l’aimait, mais c’était si… conventionnel, si bien élevé…
A l’heure dite, elle était là. Elle s’était allongée, avait mis seule le masque, puis avait attendue, le coeur battant. Ce fut encore plus fort et plus voluptueux que la semaine précédente. A la fin, il lui chuchota simplement qu’il aimait bien sa robe, qu’elle devrait la porter à chacun de leurs rendez-vous.
C’est ainsi que peu à peu, elle devint l’esclave de ses sens.
Fabienne

 

Exercice : Fenêtre ouverte sur jardin secret

Capture

Fenêtre sur jardin intérieur

En ce mois de décembre 1879, Claude pose son chevalet sur la Seine. C’est formellement interdit. Mais la proximité du quai des Orfèvres ne lui fait pas peur. Il est presque sous le Pont des Arts et cela vaut toutes les autorisations. Qu’on le traite de fou est un des plus beaux compliments que l’on puisse lui faire. Ce soir il n’a pas froid. Moins vingt degrés et des doigts gourds mais pas de vent. Une impression de soleil de givre. Ces reflets, le feu et la glace. Alors il peint de peur que le pinceau ne lui échappe. Il peint ce qu’il ne voit pas, cet hiver qui d’installe en lui progressivement. Même s’il voit bien que le blanc de céruse est dangereux. Il en aura bientôt le liséré de deuil. Il ne faut pas seulement le comprendre. Il faut l’aimer. Et il sait déjà que Georges aimera.
Bertrand

PP

Depuis une semaine, Arthur avait emménagé dans ce petit trois pièces, au deuxième étage d’un vieil immeuble plein de charme.
Curieusement, toutes ses  pièces donnaient sur le petit jardin du voisin. Comme il était un peu insomniaque et aimait bien regarder par la fenêtre la nuit, il avait vu que ce voisin était en fait une voisine. Mignonne, apparemment et qui, curieusement, jardinait la nuit. Peut-être n’avait-elle pas le temps la journée… Elle arrosait ses fleurs, leur parlait même quelquefois, d’après ce qu’il avait pu entendre.
Elle répondait aussi au téléphone, parfois chuchotant, parfois criant. Puis, elle allait toujours au fond du jardin, dans le coin à droite, là où les fleurs étaient les plus belles. Un magnifique massif de roses.
Une nuit, alors qu’elle était assise sur le petit banc, un homme la rejoignit. Arthur s’écarta un peu de la fenêtre, il ne voulait pas qu’on le voit.
L’homme revint, plusieurs fois. Arthur essayait de tendre l’oreille pour écouter la conversation,  même si, au fond de lui, il savait que ce n’était pas bien. Les mots étaient chuchotés, les rires assourdis. Arthur rêvait que c’était lui qui était avec elle…
Un soir, le ton monta… Elle lui reprocha ses absences, ses silences. L’homme vint moins souvent, puis plus du tout.
Une nuit, Arthur la vit pleurer, seule, près du massif de fleurs. Il avait très envie de descendre, de la prendre dans ses bras, mais il n’osa pas.
Le lendemain, les roses étaient encore plus belles et les épines plus longues et plus piquantes.
Il se prit à penser que ce jardin représentait le jardin secret de sa voisine. Il imagina qu’une nuit, il descendrait, que toutes les épines des roses tomberaient et qu’il pousserait une douce mousse où ils pourraient s’allonger tous les deux.
Fabienne

 

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