Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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20 décembre, 2016

Atelier d’écriture du 19 décembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 8:09

C’est aujourd’hui le dernier atelier de l’année 2016

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Merci à tous les participants pour tous ces merveilleux moments que nous avons partagés et à vos textes, fruits de votre riche imagination.
Que 2017 nous amène autant de belles et bonnes choses !!!
Bonnes fêtes à tous
Fabienne

DEVOIR : A la veille de Noël, la Mère Noël décide de divorcer (écrire sous forme de conte).

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Ce matin-là du 23 décembre, le Père Noël, Petitpapa de son prénom se réveilla patraque. Il avait chaud, puis froid, avait mal partout et se sentait très fatigué. Ce n’était vraiment pas le moment !!! En effet, demain soir était son GRAND SOIR. Comme chaque année, il allait devoir distribuer les cadeaux pour tous les enfants du monde.
Il se dit qu’il n’avait pas à trop s’en faire car sa femme allait lui préparer une bonne petite tisane à sa façon qui le remettrait sur pied en moins de deux.
-       Oh ! La Mère… La Mère… La Mère Noël
Personne ne répondit. La maison était étrangement silencieuse maintenant qu’il y prêtait attention. Habituellement, la Mère Noël se levait toujours de bonne heure et s’affairait sans cesse. Elle préparait de délicieux biscuits, nettoyait la maison, allait à la fabrique de jouets superviser les lutins. Le soir, elle préparait le repas, puis tricotait des pulls et des écharpes pour tous les habitants du pôle nord. Petitpapa, lui, se levait aux alentours de midi, prenait un bon petit déjeuner et partait en balade une bonne partie de l’après-midi. Ensuite, il passait faire un petit coucou aux lutins pour les encourager, aux rennes pour les maintenir en forme et revenait chez lui boire un bon vin chaud aux épices comme seule sa femme savait le faire. Et une fois l’an, tous les projecteurs étaient braqués sur lui pour la grande nuit de Noël. Une vraie star, quoi ! Il était vraiment satisfait de sa vie.
Petitpapa commençait à s’inquiéter : ce silence n’était vraiment pas normal. Alors, il décida de se lever. Sur la table de la cuisine, une lettre. Ça non plus, ce n’était pas normal : toutes les lettres qui lui étaient adressées arrivait à la fabrique et non dans sa maison. Les mains tremblantes, il ouvrit le pli.

Pauvre type ! (Ça commençait bien !)

Voilà 200 ans que nous sommes mariés et il n’y en a toujours que pour toi, alors que tu n’es qu’un gros fainéant !!
Moi, je n’ai pas une seule minute à moi, je m’active jour et nuit, tout au long de l’année. C’est grâce à moi que tous les cadeaux sont fabriqués à temps, qu’il y en a de nouveaux chaque année , que tous les lutins mangent à leur faim et ont chaud, grâce aux bons soins que je donne à tes rennes que tu peux voler dans le ciel, grâce à l’énorme logistique que j’ai conçue que tu peux faire ta distribution partout dans le monde, encore grâce à moi que tu as une vie douillette et sans souci. Oui, mais voilà, moi, on ne me connait pas, on ne sait même pas que j’existe.  
Même toi, tu ne me vois plus. Tu ne m’as jamais proposé de monter dans ton traineau. Je suis sûre que tu t’en fous de moi. Tiens ! pour preuve, tu ne sais même pas mon prénom…
Alors, maintenant, j’en ai assez !!! Assez de cette vie d’esclave… Je te quitte.
Mon avocat te contactera pour le divorce.

Petitpapa en resta bouche bée. Puis, il sentit venir une grande colère.  Comment pouvait-elle faire ça, LUI faire ça la veille du grand soir de Noël ? Elle n’avait pas le droit !!!
Après tout, c’était son rôle de s’occuper du bien-être de chacun et de tous les problèmes matériels… Avait-elle déjà manqué de quelque chose ? Là, Petitpapa se mit à réfléchir et s’avoua qu’il ne savait rien des désirs ou des attentes de sa femme. Puis, en réfléchissant encore plus, il s’avoua qu’elle était toujours de bonne humeur et active, avec un mot gentil pour chacun (sauf aujourd’hui !), … bref que sa présence était… indispensable, oui, il le reconnaissait. Et puis surtout, une question l’obsédait : Quel était son prénom ? Au début de leur rencontre, pourtant, il l’avait su… Mais à force de l’appeler Mère Noël, il avait oublié. Il se rappela même qu’il l’avait aimée, vraiment et que tout n’était peut-être pas perdu.
Alors Petitpapa décida de partir à sa recherche.
Il questionna tous les lutins et les rennes pour savoir s’ils l’avaient vue partir. Il sut rapidement qu’elle était allée se réfugier chez la Reine des Neiges, sa sœur.
Alors, il prépara son traineau. En chemin, il cueillit une rose de Noël, puis, il se mit à sourire… ça y est, il s’en souvenait maintenant…
Quand il arriva au palais de la Reine des Neiges, il se mit debout sur son traineau et cria :
Merry… Merry… Merry Christmas !!! Je viens de chercher.
Fabienne

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L’amère Noël

S’il était une fois, vous n’auriez pas de mal à me croire. Rien d’aussi ordinaire que ce que je vais faire : je romps, je casse, je disloque, je résilie, je me sépare de ce type.
Ne nous énervons pas. Commençons par le début. Revenons à nous, à lui. SK, Santa Klaus va bientôt avoir 195 ans. Sorti des glaces comme un poème arctique, il est né barbu. Comme d’autres naissent dentés. Il avait dix-huit ans quand nous avons été présentés l’un à l’autre par le révérend Rees, et pourtant sa barbe était déjà blanche. Tout de suite il m’a couverte de cadeaux. Mais ce qui m’a plu d’emblée, c’est son exubérance, sa joie de vivre, sa générosité. SK me semblait avoir le plus beau métier jamais créé par les hommes. Bien avant les Chinois, il avait inventé l’usine à cadeaux pour enfants. Comme eux (les Chinois), il avait mis au turbin toute une troupe de juvéniles, dopés aux amanites, c’est à dire très inventifs et productifs mais complètement branques, les lutins. Car, il faut bien le lui reconnaître SK est un génie du productivisme et non du christianisme. L’idée d’une pénurie toute l’année pour inonder le marché en une nuit, c’est de lui. Au XIXème siècle… c’est un peu ancien pour vous, mais pour moi pas de temps qui passe. Détail important, Mesdames et Messieurs, j’ai toujours la même taille de sous-vêtements sexy, quand j’en mets. Au XIXème siècle, disais-je, ce principe de la crue du Nil en une seule nuitée ou de la pluie diluvienne dans le désert subitement vivant, fonctionnait très bien. Il faut dire la simplicité de cette époque. L’apparition miraculeuse d’une orange béatifiait les faces enfantines. Pour cette inondation d’étrennes choisir la date anniversaire de la naissance de JC, c’est encore et toujours lui.
Dans ces temps là, il était beau, mince, enjoué (pas mal celle-là). Si séduisant que j’aurais tout fait pour lui. De fait, mais avec un grand plaisir, je m’occupais de l’intendance, une petite entreprise à visage humain, sauf les trolls. Cependant j’aurais dû me méfier ! Après des demandes réitérées et pressantes, de jour comme de nuit, il n’a accepté que je l’accompagne en tournée de cheminées qu’en 1889, à près de soixante ans. Certes, il me répétait encore que j’étais son plus beau cadeau. Mais SK commençait à changer et le vingtième siècle l’a pourri.
Il s’est enfoncé dans le capitalisme comme dans des sables mouvants. Un véritable lisier. C’est une longue et désastreuse histoire que cette traversée du siècle des ténèbres. SK, malgré son habit rouge, a viré ultra-libéral. Je ne vous donnerais que quelques exemples de cette montée aux enfers, mais la liste des calamités du vingtième est telle un annuaire téléphonique à New Delhi. Dans les années trente, SK ne connaît pas la crise. Il se met à faire de la pub pour Coca, Waterman, Colgate et même Michelin. C’est pour cette dernière opportunité que son agent lui a conseillé  de se laisser aller sur la choucroute. Et pour aussi augmenter son volume… d’affaires, la sublime idée : créer les fameux villages du Père Noël.
Je reconnais que le premier, celui de Rovaniemi en Finlande, le vrai pays du Père Noël, est charmant. Ces petits chalets, dans ce site boréal. Et quelques jolies trouvailles. L’école des elfes pour les enfants et cet extraordinaire « trou bleu » dans le ciel. Une zone de l’empyrée jamais couverte par les nuages, d’où pourraient surgir toutes sortes d’êtres mythiques et pourquoi pas, un traineau tiré par Danseur, Fougueux, Fringant, Rusé, Comète, Cupidon, Tonnerre et Eclair.
Non, Rodolphe a seulement été ajouté comme antibrouillard quand c’est devenu obligatoire. Quand le succès commercial de l’hôtel est arrivé, SK a très vite décidé d’autres implantations gargotières. En Finlande d’abord, où je vous recommande les igloos de verre. Voir depuis son lit  les aurores boréales en attendant la fusion magnétique. Puis dans les autres pays scandinaves. Sous une tente lapone chauffée par un simple feu de camp en Norvège. L’hôtel de glace en Suède reconstruit chaque année. Un parpaing dans mon whisky, s’il vous plait.
Pris d’ivresse tel un Picsou, il a fondé une multinationale. Parc des Laurentides au Québec, villages en Islande, en Sibérie, puis dans tous les pays d’Europe, enfin même dans les contrées qui ne connaissent pas l’hiver. Un fou ! C’est devenu tellement énorme qu’il a fallu faire une joint-venture avec les Pékinois. La production de jouets a été sous-traitée (c’est le cas de le dire). Malin, il a gardé ses « droits d’image » dont il a planqué les revenus aux Iles Caïman, comme un vulgaire footballeur.
A partir de ce moment, je ne l’ai plus reconnu. D’ailleurs je ne le voyais guère. Le charme n’opérait plus et j’ai compris pourquoi. Il était sans cesse par monts et par vaux, après tout c’est un migrant. Il écumait les établissements de luxe : ne travailler qu’une nuit par an laisse du temps libre !
Surtout, ses relations étaient devenues plus étroites avec le Père Fouettard. Je vous laisse deviner qui jouait le rôle du maso ? Je sais que vous l’aimez bien mais sachez que ce n’est pas un saint. Je refuse de l’appeler Santa. Son vrai nom finlandais est JOULUPUKKI mais je préfère son sobriquet basque : Bizarzuri. Maintenant, dans ma solitude glacée du cercle polaire, j’ai perdu le nord. Je ne vois pas le temps passer, seulement le temps qui lasse. Oh ! Il y a bien eu quelques moments de douceur. Un exemple : la première réponse à une lettre d’enfant adressée à SK au Centre de tri de Noël de Libourne, en France. Elle a été rédigée par Françoise Dolto.
Il fallait bien faire quelque chose. C’est Martha Louise qui m’a convaincue. Bien sûr que vous la connaissez et voici pourquoi : c’est elle qui a renoncé à son titre d’altesse royale de Norvège en 2002 pour pouvoir travailler comme une roturière. Princesse, ça eut payé ! Elle est devenue psychothérapeute alternative pour enfants. Relation de cause à effets, elle parle aux anges. En fait c’est moi qui tient le standard et lui réponds. Les séraphins sont bien trop occupés à fricoter avec les diablesses.
C’est comme cela que j’ai été la première apprendre en ligne directe qu’elle divorçait de son écrivain de mari. Un type pas possible et hilarant. Curieusement, lors de ses séjours discrets mais fréquents à Nouméa, il se fait appeler Georges. Selon la loi norvégienne, pas besoin de faire une omelette. La procédure est simple et même immédiate dans certaines circonstances.
Le motif exécutoire le plus reconnu est celui de la violence, un comportement agressif ou même effrayant. C’est ça, SK m’aurait fait peur ! Demain soir, veille de Noël, je lui présente le paquet-surprise. Un siècle et demi de relation conjugale et hop, ça suffit ! Et puis je me dis, des SK, je vais bien en trouver d’autres.
Bertrand

Mon conte de noël

Noël, le moment des souhaits, des tentations, des rêves ! Moi je viens juste de finir d’écrire ma lettre mais… dans les cieux c’est la catastrophe ! Le Père Noël  est malade ! Il claque des dents dans son lit de nuages et son nez est aussi rouge que son bonnet ! Vite ! Vite ! Dans quelques heures c’est le réveillon !  Heureusement que tous les cadeaux sont prêts et emballés. Il n’y a plus qu’à les ranger dans la hotte et les distribuer…Oups ! Mais qui va bien pouvoir les distribuer ? Tout le monde s’interroge car jusqu’à ce jour le Père Noël n’a jamais eu besoin d’un remplaçant.  Une pluie de mails est adressée aux quatre coins de la terre. C’est finalement une antenne du Pôle Nord Emploi de Laponie qui s’engage à fournir un intérimaire dans les délais. L’homme arrive bientôt. Il se prénomme Tom et a l’air un peu jeune pour le poste mais, pas question de faire les difficiles ! En tout cas, il est souriant et un  regard doux (Peut-être un peu trop rêveur…) éclaire son visage.
Pas de temps à perdre ! Le Patron avale une cuillère de sirop, s’éclaircit la voix et épuisé,  donne sommairement quelques explications : voilà une carte du monde, la liste de tous les enfants à récompenser avec leur adresse. Sur l’autre liste il y a le descriptif des cadeaux prévus pour chacun d’eux. Allez ! En route ! Le temps presse, plus que quelques heures… Tom s’installe sur le traineau et hop !  En avant pour la distribution ! Les rennes font leur possible pour rattraper le retard. Le traineau va si vite qu’il manque de se renverser. Encore quelques kilomètres en dérapage et il s’approche enfin de la terre. Tous les grelots du traineau carillonnent et Tom klaxonne bien fort avant l’atterrissage. Sur terre c’est l’embouteillage, tout le monde se gare comme il peut pour laisser la priorité au père Noël.
Vite ! Le soir arrive ! Passons tout de suite à la distribution… Hélas ! Nouvelle catastrophe ! Dans la précipitation Tom a égaré la liste de vœux des enfants ! Qui a réclamé la Barbie infirmière ? Qui a demandé cette console de jeux rouge avec trois manettes ? Et la bleue ? Et la verte ? Et le jeu de construction et tous ces vélos ? Ces rollers ? Ces tablettes ? Aucune idée ! Tom se sent complétement perdu mais comme le temps presse vraiment il prend la décision  de tout distribuer à l’aveuglette, espérant que les cadeaux plairont quand même. Après tout mieux vaut un cadeau inattendu que pas de cadeau du tout non ?
Le lendemain, stupéfaction dans tous les pays du globe ! De Paris à Madagascar, de Sydney à Bombay, de Moscou à Ouagadougou, tout le monde s’interroge. Partout des oh ! de surprise, des cris de dépit, des sanglots inconsolables et parfois des ah ! de ravissement pour un présent auquel on n’osait rêver. Les parents sont atterrés ! Jamais ils n’avaient vu une telle pagaille un jour de Noël ! Que faire ? Néanmoins, très rapidement parents et enfants s’organisent : échanges entre cousins et voisins, coups de fils, valse des messages sur tous les réseaux sociaux etc. Tout le monde est obligé de communiquer pour sortir de cet imbroglio.  On se parle, on se rencontre, de nouvelles relations de voisinage se créent, des amitiés  se nouent, parfois des rencontres amoureuses s’ébauchent. Telle une gigantesque toile d’araignée, un lien social inespéré se tisse  sur toute la planète. Apprenant à mieux se connaître, on se méfie moins de ces voisins, on accepte mieux les différences, impossible de continuer à  passer devant des SDF sans  les voir ni de laisser isolées les malades et les personnes âgées. Bref ! Grâce à la distraction  du petit intérimaire de Pôle Nord Emploi, c’est un monde nouveau qui s’éveille.
Ah ! Si vous le permettez, juste un dernier souhait à rajouter sur toutes mes futures lettres au Père Noël: que tout cela ne soit pas un doux rêve et que l’esprit de noël souffle  très très longtemps sur notre planète.
Patricia


Exercice
 : Un invité surprise pour le réveillon !

Monsieur Python

Monsieur Python

Nous étions chez un couple d’amis, dans un chalet perdu dans le bush australien du côté de Gympie.
C’était le 31 décembre, nous fêtions la nouvelle année et nous étions en nombre impair : trois couples et moi, toute seule…
Les amis avaient essayé de ma « caser » toute l’année durant, en vain. Je crois que personne ne voulait de moi… Il faut dire que ceux qu’on me présentait n’étaient pas vraiment à mon goût…
Nous étions à table, sur la terrasse du chalet tout en rondins de bois. Le dessert venait d’arriver quand soudain…
Un « plonk » ! énorme retentit et… quelque chose de pesant tomba sur mes épaules. Sous le double effet de la surprise et du poids, je poussai un cri. Les six autres convives s’immobilisèrent :
–      Ne bouge pas, surtout ! Pas de panique !
Un énorme python venait de tomber du toit sur mes épaules et m’enserrait déjà tendrement…
–      Pas de mouvement brusque, surtout, détends-toi, on va chercher quelqu’un.
Je ne le savais pas, mais leur voisin était surnommé « Monsieur Python » tant il avait l’art de les manipuler avec douceur.
On l’appela donc à la rescousse et il accourut pour me délivrer de l’étreinte de la bête.
On l’invita à prendre le dessert avec nous, il resta volontiers et, de fil en aiguille, j’eus l’occasion de lui témoigner ma gratitude…
Ce fut un beau début d’année nouvelle !
Huguette

 

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LA DINDE DE PLOUGANDEC

La dinde de Plougandec était à point. Cela faisait un moment qu’elle rôtissait dans le four à bois, faut dire. Ils lui avaient ôté la vie, sans vergogne avant qu’elle n’eût onze mois pour célébrer le jour de la naissance d’un certain Jésus qu’ils n’avaient jamais connu. Un enfant né d’une vierge, prévenue par un être ailé qu’elle allait être ensemencée par un invisible surpuissant…
Pensez donc ! Même chez nous, les dindes, on ne nous la fait pas. Mais il semble que les humains avalent des couleuvres de toute espèce, de gré ou de force et que cela finit par devenir une habitude mentale transmise de père en fils. Une grande première en tous cas dans l’Univers qui rigole encore des blagues de potaches de ces poussières d’étoiles infinitésimales. Les traducteurs latins, les traîtres, avaient passablement transformé son prénom, pourtant commun en son temps dans la langue hébraïque. Il s’appelait « Yessouah ». Tous ceux présents pour le repas de Noël, mot dont ils ignoraient tout autant l’origine n’étant pas curieux de nature, s’étaient avant tout réunis pour faire bombance et le Jésus, le fils du Grand Invisible Surpuissant n’était plus qu’un prétexte pour s’en foutre jusque-là.
Pourtant, l’histoire n’était pas banale. Celui qu’ils vénéraient depuis plus de 2000 ans, aurait soudainement disparu après avoir été cloué sur un instrument de torture rudimentaire, mais efficace au demeurant. Certains l’auraient vu, de leurs yeux vu, ce dont des scribes imaginatifs témoignèrent relayés par d’autres tout aussi imaginatifs qui rajoutèrent à chaque transcription des histoires particulières, enjolivant à chaque fois le récit, le rendant de plus en plus extraordinaire au fil du temps. C’était, disaient-ils, une icône incontournable, fils d’un charpentier cocu au grand cœur, fondateur à l’insu de son plein gré d’une religion prosélyte, qui imposera ses croyances au tiers des habitants de la planète Terre. Dans les lieux de rassemblement où un culte lui est rendu, il est systématiquement représenté posant sur son instrument de torture avec une grâce quasi extatique.
C’est ainsi que le 24 décembre de chaque année du calendrier grégorien parce que le calendrier julien, lui aussi, avait été modifié, tous ceux qui croyaient dur comme fer à cette belle histoire, venait célébrer la naissance du nouveau dieu d’une époque temporelle dite « chrétienne », ignorant qu’en fait il était né 5 à 7 ans avant sa date de naissance « officielle ».
Ils s’attablèrent autour d’elle, la dinde, quasi religieusement. Après le discours habituel célébrant ce soir particulier, le maître de maison et la maîtresse du lieu s’apprêtèrent à se saisir des instruments de torture pour démembrer l’animal et régaler les convives. Pas de chance de s’être incarnée en volatile ce coup-ci, se disait-elle, in petto. Les dix invités se pourléchaient déjà les babines. Soudain, une sorte de mandorle apparut au-dessus d’elle, à la verticale de la table, telle un glaive se fichant dans la scène. Des cris de stupéfaction, des hurlements de terreur puis des Allélouiah en veux-tu en voilà… Jésus, dans leur salle-à-manger ! Yessouah jeta quelques clous aux dévots béats. Ils n’en crurent pas leurs oreilles. Interdiction de toucher à la créature divine qui ne devait pas être sacrifiée ce jour-là pas plus que n’importe quelle autre créature vivante.
Je me suis retrouvée comme par miracle entière et replumée sous les yeux éberlués de tous ceux qui s’étaient réunis pour démembrer et manger mon corps gisant dans le plat joliment décoré. Les coupes étaient encore pleines. Buvez, ceci est mon sang, leur lança-t-il, avant de disparaître avec moi, comme il était venu. Ils ne se firent pas prier. Ils trinquèrent de bon cœur et si le vin coula à flots, ils se contentèrent de pain dont ils se régalèrent…
En souvenir de ce soir mémorable, les douze qui furent témoins de la scène, décidèrent d’appeler le 24 décembre – date d’une fête d’origine romaine célébrant le Jour de la Renaissance du Soleil invaincu – « Jorédi », Jour de la Résurrection de la Dinde, et se promirent d’inscrire dans le Grand Livre cet événement miraculeux pour les générations futures afin qu’elles s’en souviennent et continuent à le célébrer dignement.
Digne dinde donc, digne dinde donc, digne dinde donc…
Aline

31 décembre 21 heures 30 : nous sommes à table.
Huitres et foie gras on déjà été dégustés. La maîtresse de maison vient juste d’amener la dinde quand soudain on frappe à la porte. Les invités sont au complet ; nous n’attendons plus personne. Qui peut bien venir interrompre ainsi notre réveillon ? Silence de l’assemblée… toutes les têtes sont tournées vers la porte… Heu ! Bonsoir Messieurs, Dames ! Désolé d’arriver si tard mais j’ai été malencontreusement retenu. Stupéfaction de l’assemblée ! Tout le monde connaît ce visiteur tardif mais personne n’envisageait sa présence dans la maison familiale et encore moins un soir de réveillon ! Qui a bien pu lancer l’invitation ? Et pourquoi n’en avoir pas informé les autres convives ? On se serre un peu pour lui faire place à table. L’hôtesse rajoute précipitamment un couvert. Les convives s’interrogent discrètement du regard. Un silence lourd plombe l’ambiance jusqu’alors festive : quelques raclements de gorge, des sourires gênés puis des regards timides et brusquement, sous le regard acéré de trois caméras miraculeusement apparues dans le salon, une avalanche de questions.  Giscard avait fait le coup de l’accordéon chez des français moyens, François Hollande réitère la manœuvre en espérant qu’avant le départ inéluctable de leur président, ce coup médiatique frappera favorablement l’imagination du bon peuple français.
Et devinez ? C’est notre modeste demeure qui a été choisie  comme décor pour ce scoop …
Merde ! Je crois que la dinde aura du mal à passer cette année !
Patricia

 

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Je m’apprêtai à fêter Noël, non pas seule, mais presque, enfin, comme chaque année avec ma copine Huguette. Huguette était… gentille… et je l’aimais beaucoup, mais je trouvais que nos Noëls étaient un peu empreints de nostalgie, de fantaisie… bref… de l’esprit de fête… Qu’ils se déroulaient toujours selon un même protocole.
Alors, comme chaque année, j’achetai les huîtres (déjà ouvertes, forcément, sans mec, c’est un peu… ardu. Pardonnez-moi, j’allais dire dur… mais ce n’est vraiment pas l’adjectif adéquate), puis à faire un bon petit foie gras maison. Huguette, quant à elle, apporterait le saumon et la bûche… comme chaque année.
Ce Noël-ci, ce devait être chez elle. Comme chaque année, nous bûmes le champagne, accompagné de petits fours salés, puis nous mîmes à table, autour de sa piscine… Quelle ne fut pas ma stupeur de voir que le couvert était mis… pour trois personnes !!!
-       Mais enfin, Huguette, tu ne m’avais pas dit ? Nous avons donc un invité ?
-       Eh oui, un invité surprise !!!
Je ne savais vraiment plus quoi dire… et me perdis en conjectures. Qui donc était cet invité surprise ? Pas son voisin, le gros ronchon, pas son fils, parti aux Etats-Unis, pas son meilleur ami, hélas mort de rire… Mais qui donc ?
Elle tapa dans ses mains, et me dit en riant :
-       Celui-ci, on pourra dire qu’il m’aura coûté cher !!!
Et là, tout habillé de rouge et blanc, je vis apparaître : Rocco Siffredi ! Certes un peu vieilli, mais toujours aussi professionnel. Et je me dis que, pour une fois, nous allions avoir un Noël vraiment… festif !
Fabienne

LETTRE AUX PÈRES NOËL

Je veux, avant ces jours où chacun fait des vœux
Pour quémander ces choses auxquelles il prétend
Sans avoir le courage de se servir jamais,
Vous adresser les miens, vous, qui que vous soyez

Vous qui d’un piédestal regardez, suffisants
Se tasser le petit et se goinfrer le grand
En donnant à tous deux des conseils magnifiques
D’honneur, d’humilité, tout en gardant vos gants

Je ne souhaite rien d’autre que ce qui fait le cri
Du corps d’un assoiffé buvant à pleine vie,
Que ce parfum de mauve dans le cou d’une femme
Que je n’ai pas conquise et qui ne m’a rien pris

Sans les lampions qui valsent ou les feux d’artifice
Mais la douceur d’un soir quand la chaleur s’apaise
Et un doux clapotis à nos pieds emmêlés
Et le grain de nos peaux l’une à l’autre frottée

La folie d’un piano qui nous livre du Monk
Et l’ivresse muscate d’un vin qui n’est pas né
La caresse du mur aux mains du prisonnier
Voyant poindre le jour derrière les barbelés

Voyez : ce que je veux n’est pas dans vos rayons
Et vous ne me servez en aucune façon
Je souffre qu’on vous serve si l’on ne me dit pas
Ni qui je dois servir, ni quel nom révérer

Je vous le dis avant que ne s’éclairent les rues
Et je vous le dirai autant qu’il me plaira
Ne vous offusquez pas, mais vos hottes sont vides
De tout ce que je veux, et si j’en manque un jour

Assez d’amis, de frères, et d’amours qui me choient
Ont pour moi ces égards que pour vous je n’ai pas
Mais ne craignez pas trop de perdre votre ouvrage
La peur est répandue de ne jamais oser

Que mes mots, mes propos, pour grinçants qu’ils résonnent
Ne vous inquiètent pas, rassurez donc vos ouailles
Vos commerces sauront rester bien florissants
Quand bien même vos adultes auront nié leurs enfants.
Diego

15 décembre, 2016

Atelier d’écriture du 12 décembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:19

2/ Exercice : Tableau de Dali : nature morte vivante

Dali-nature morte vivante

 

Cher monsieur Délai,

J’ai bien regardé votre œuvre. Oui je sais l’hirondelle ne fait pas le printemps. En Calédonie, vous savez pas, nous sommes en saisons décalées. Pour ma pomme, le maelström de chantilly, c’est bien le seul truc qui me plaise. C’est super érotique tout ça. Aussi on m’a dit que tous ces fruits c’était aphrodisiaque. Je sais. Nous en brousse on a Canal. Tous les soirs de la culture. On a même les chaines « animaux ». Curieusement, ils montrent essentiellement  la reproduction tout en foutant en l’air un maximum de semence. Ils sèment, quoi ! Mais sans feuille de vigne, eux, sans la bouteille qui fuit. Pour votre image, un autre reproche. Belle la nappe mais trop petite. Vous avez été obligé d’en mettre deux, c’est mesquin ! Et puis, c’est quoi vos motifs à la con. Le couteau qui vole, la boule de corail, comme chez les chinois, hein ! Et puis ce thermomètre, en haut, à droite, c’est ce qui me fâche le plus. Ben, vous pouvez vous le mettre au… Monsieur Délai.
Bertrand

Elle en avait marre, et plus que marre !!!! Non mais vraiment il se foutait d’elle !!!
Au début, elle était amoureuse, avait succombé à son charme et à ses belles paroles. Alors, elle avait trouvé que la « villa », certes plus de première jeunesse avait un charme suranné, une odeur d’antan, entre confitures et vieilles dentelles. Maintenant, elle ne voyait qu’une bicoque complètement délabrée. La vue était belle, quand il faisait beau, mais dans ce trou paumé et glacial, c’était rare…

Il lui avait dit qu’il était artiste, peintre, sculpteur, qu’elle serait sa muse. Mais elle ne l’avait jamais vu avec un pinceau ou un ciseau. Il ne faisait rien de ses journées, à part boire du mauvais vin rouge et dormir.
Alors, peu à peu, devant son visage fermé et son manque d’enthousiasme, il s’était mis en colère, était devenu brutal.
Ce soir, elle avait mis la table, comme tous les soirs. Le temps était clément, alors ils allaient dîner sur la terrasse. Elle était prête à faire des concessions, à lui pardonner. Elle avait sorti la carafe en cristal et les coupes en argent de sa grand-mère, les seuls beaux objets qui lui restaient. Tout le reste avait été vendu. Mais quand il arriva avec une pomme, une poire et trois cerises pour toute nourriture, une violente colère la secoua. Alors, elle tapa un grand coup sur la table et tout se mit à voler.
Fabienne

Exercice : Il était trieur de nuages…

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Il était trieur de nuages. C’était un boulot très compliqué pour lequel il fallait de hautes qualifications. Il avait obtenu tous ses diplômes avec mention très bien et félicitations du Très-Haut. Il connaissait sur le bout de ses ailes le nom de tous les nuages et leurs propriétés pour pouvoir les envoyer à la demande : pluie, orage, neige, grêle, on peut dire qu’il faisait la pluie et le beau temps dans le ciel.
Il n’avait qu’un patron, le Tout-Puissant en personne, qui préférait déléguer plutôt que faire le boulot lui-même. Omnipotent, omniscient… Hum ! Omnifainéant, oui !
Voilà pourquoi Jean de la Lune bossait du matin au soir pour un salaire de misère, sans un jour de congé, tandis que Dieu se reposait sur lui et folâtrait au ciel avec les autres anges (qui, entre parenthèse, ont bien un sexe, contrairement à ce que l’on fait croire aux pauvres humains…). Autant vous dire que Dieu profitait pleinement de sa vie éternelle (éternelle mais pas si éthérée que ça !)
Un jour Jean de la lune en eut assez de se faire exploiter et il décida de foutre le bordel dans tout l’univers pour se marrer enfin.
Il envoya au pôle nord un paquet de nuages de grand beau temps : la banquise en fondit de plaisir et les ours blancs nagèrent jusqu’aux Antilles où ils se régalèrent de quelques négrillons replets transis par de lourds et inhabituels nuages de neige.
Il répandit la grêle dans les vignobles et les vergers au grand dam des humains qui maudirent l’être divin.
Des orages grondèrent sur toutes les capitales surpeuplées du monde et la foudre les plongea dans l’obscurité : privés de leurs jouets favoris, télé, ordinateurs, play stations, les habitants déboussolés durent se rabattre sur un loisir oublié : le sexe, et le diable se frotta les mains tandis que tous les prêtres de toutes les religions commencèrent à douter de l’existence divine.
Bref, le petit ange-ouvrier des cieux fit tant et tant que les humains, dans un élan commun (assez rare, il faut le dire, en ce temps-là) se rebellèrent contre le Créateur et… le destituèrent !
On n’avait jamais vu ça ! Jean de la lune devint célèbre et récolta des milliards de « like » sur les réseaux sociaux. Le nouveau maître de l’univers, c’était lui !
Huguette

Il était trieur de nuages (et aussi un peu cuisinier…). Les cirrus, il avait l’habitude de les superposer soigneusement en couches légères tissant l’azur de fils de lin et de chanvre du plus bel effet. Cependant, sa préférence allait nettement aux gros cumulo-nimbus bien dodus, bien joufflus, de véritables barbes à papa dont la vision gourmande le comblait. Les jours d’orage, en haut, c’était la grande cuisine ! Il battait, fouettait, émulsionnait si bien chaque nuage qu’il se retrouvait enfoui sous des montagnes de mousses aériennes et de cotons sucrés. Après, évidemment, il fallait faire un peu de ménage et toute l’eau de vaisselle de ces  délicieuses agapes  se déversait joyeusement  sur la terre assoiffée. Le bleu le plus pur, pour un temps, reprenait alors ses droits….
Hélas ! tous ces nuages n’étaient pas vraiment obéissants et il arrivait qu’au lieu du chef- d’oeuvre culinaire espéré, l’écheveau de leurs laines folles strie le ciel de zébrures  improbables, empêchant le soleil matinal de percer ou le soleil couchant de darder ses ultimes rayons. D’autres fois encore, comme un cadeau-surprise, c’est un merveilleux arc-en-ciel qui venait ponctuer les torrents de larmes célestes.
Quoi qu’il en soit, malgré ces quelques facéties, il pouvait légitimement  se targuer d’être le maître absolu du temps car, après tout, c’était bien lui, le petit trieur de nuages, qui chaque jour faisait ou défaisait la pluie ou le beau temps !
Patricia

Cela faisait cinq ans. Seulement cinq ans et pourtant tout un quinquennat. Jamais il n’aurait pensé avoir un tel succès et cela était tout à fait suffisant. Au tout début, à la primaire, il avait bien fallu désigner un premier de la classe. Pour faire plaisir à sa femme, qui avait été dégommatée par un nain cinq ans auparavant, on l’avait désigné, lui le Voltaire inculte, l’humoriste hésitant. Il l’avait vengée. Et pendant un lustre, il avait su assurer, être dans son rôle, faire son devoir. La France entière l’avait regardé. Il les faisait fondre…
Les nuages, pas les gens !
Bertrand

Il était trieur de nuages, mais faut pas croire que c’était une sinécure, ah non, alors !!! Pire qu’une gare en pleine heure de pointe… Des nuages, il y en avait de toutes les formes, du petit nuage de Cupidon au monstrueux amas qui précède la tempête. De toutes les couleurs : des frisottis roses d’une aube calme aux noires colères des dieux. Il en venait de partout, des landes d’Ecosse aux plages de sable blanc des îles lointaines. Il y en avait qui apportaient une ondée bienfaisante et d’autres la désolation et la mort.

Il aimait ce travail qui lui donnait tant d’importance. Pourtant, quand on lui demandait ce qu’il faisait, modestement, il répondait : « oh, en quelque sorte, je fais la pluie et le beau temps… ».
Fabienne


DEVOIR
 : 5 mots

Heures – alambic – frisson – masque – certitude

Il leur  fallait déterminer l’heure où tout avait basculé.  Ce qu’ils savaient, d’après le témoignage d’un employé qui avait traversé la pièce quelques minutes plus tôt, c’est que Mathieu était posté là, près du vieil alambic, perdu dans ses plus sombres pensées, affichant un masque de certitudes  alors qu’il n’était qu’inquiétudes et doutes…
En fait, plus l’horloge avançait, plus il s’angoissait. Une demi-heure encore et les vautours seraient là, prêts à marchander le vignoble et la vieille distillerie qui avaient bercé son enfance et avant lui, celle de son père et de son grand-père. Il anticipait déjà les froides tractations alors que ce qui allait être saigné à blanc, plus que son porte-monnaie, c’était son cœur. Son vin, son alcool de prunes, c’étaient le sang qui coulait dans ses veines, la justification de toute une existence de labeur ! Des frissons remontaient tout au long de sa nuque et une sueur froide baignait son front. Que resterait-il de lui après cette vente ?  Ce qui était certain, c’est qu’on ne pourrait jamais faire de lui un citadin ; la campagne, depuis sa naissance, il n’avait connu que ça ! Même habiter une des maisons de village lui paraissait incongru. Loin de sa propriété, il n’aurait plus de repères ! Il ne se sentait pas si vieux… qu’allait-il faire désormais de toutes ces journées sans fin, lui qui jusqu’à ce jour n’avait jamais une minute de désoeuvrement ? Dans sa cervelle surchauffée soudain, une page blanche, un vide, un trou béant insupportable !… Alors, comme un automate, il partit récupérer son fusil de chasse et  y chargea les cartouches.  Penser lui était impossible ! Dans sa tête enfiévrée, une seule idée : faire disparaitre ces intrus, ces bouffeurs de sang qui, sans même un remord, allaient anéantir sa vie. Un bruit de moteur… un coup de frein un peu brusque… c’était eux ! Il arma son fusil, prit une grande respiration, compta mentalement jusqu’à trois et tira !…
Au dernier moment, d’un geste brusque, il avait retourné l’arme contre lui et c’est cette scène d’horreur que l’enquête devait à présent reconstituer.
Patricia

Hop, c’est l’heure. A la casserole. J’aime pas ça ! Quand on passe à la casserole, on s’échauffe très vite, on devient tout rouge, tout dur. Si on nous laisse trop longtemps, ça finit par gicler de partout, comme une andouille. Enfin, une petite andouille, une andouillette, quoi ! Pas besoin de vous faire un dessin, vous voyez bien la forme que j’ai. Or ça, pour tenir la forme, je ne fatigue jamais. Ch’sais pas quel genre de pilule on a refilé à mon père pour ma conception mais ça devait être un super dopage. Bof, dans notre cas, je dis « à mon père » comme je pourrais dire « à ma mère ». On est faits comme ça, une seule anatomie pour les deux genres mais notre reproduction est sexuée. Imaginez les complications : pardon, euh, excusez, un mauvais réflexe ! Ou bien : merde, y va falloir que je fasse un coming out !

En ce moment nous sommes quatre tapis sur la sable au fond de l’aquarium d’eau de mer. La propriétaire de l’appartement et du grand bocal qui va avec, habite le Quartier Latin. C’est une japonaise bien sérieuse, pas de celles habillées en jupettes de collégienne à plus de quarante ans. Une ou deux fois par mois, elle prélève l’un d’’entre nous pour son dîner solitaire avant de s’adonner à des stimulations ponctuelles. L’autre jour elle nous a nommés alambics. Elle se trompe, j’en ai la certitude. Elle ne connaît pas encore assez bien le français. Pour moi, un alambic c’est un genre de ver de terre rouge, mince et long, qui sert de nourriture aux taupes. Les taupes, ce sont ces animaux à lunettes qui ont la même denture incisive que les anglaises. Ces vers à poissons, ça remue sans arrêt. Pas du tout comme nous qui sommes d’un calme olympien. Nous avons le temps. Tout le temps d’écouter suavement notre nourriture traverser d’un bout à l’autre notre corps tubulaire. Rien qu’un long frisson digestif.
La cuisinière au masque No réapprovisionne l’aquarium tous les week-ends. Elle cherche une espèce spéciale autour de l’Ilot Canard. Jusqu’ici, j’ai de la chance, elle a toujours choisi un de mes congénères pour son repas. Mes gros poils noirs situés à l’arrière ne lui plaisent peut-être pas. J’espère que ça va durer et que je vais rester le tube de l’été.
Si, si, vous, vous connaissez mon nom : holo… quelque chose.  Holographe, non pas, holocauste, non celui-là c’est au four pas à la casserole, HOLOTHURIE, oui, c’est ça, ma biche !
Bertrand

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Moi : RROUMPFF.
Lui : RROUMPFF, LAPPP.
Oui je sais, c’est l’heure, j’y pensais. Cet après-midi je t’ai acheté un cœur de veau. Tu en auras la moitié. Pour tes cinquante kilos ce sera suffisant. LAP, LAP, LAP. Je m’essuie la joue, ce qui me fait quitter le masque des mauvais jours qui ne me quitte que rarement ces derniers temps. Sur la grande planche, je découpe la viande en petits dés. J’ai toujours peur qu’il n’avale tout d’un coup. C’est plus appétissant que les croquettes, non ? Je le sais, j’ai essayé les deux. Cela me donne encore des frissons de découper l’organe des mammifères que je connais le mieux. Mais Shadow, mon gros chien Akita, se moque bien de succuler la valve mitrale, l’éperon de Wolf ou le réseau de Purkinje. Sa seule certitude est le délice sanglant de cette chair ferme et poivrée. Je lui sers son repas dans un plat marocain que j’ai ramené de Fez, il y a quelque cinquante ans.  Bientôt son assiette est propre comme un sou neuf. Alors, comme presque tous les soirs, nous allons nous asseoir côte à côte, fesse à fesse, sur la plus haute marche de l’escalier externe qui longe la maison, face au sud-est. Il fait quasiment nuit maintenant. J’ai pris avec moi la bouteille ambrée et un petit verre de cristal. Un seul : il n’aime que le Bordeaux. Je sirote le précieux liquide qu’un alambic gersois a distillé pour ma mémoire. Je sens que l’alizé soulève mes oreilles comme les siennes en nous rafraichissant.
RROUMPFF !
RROUMPFF aussi !
Bertrand

Ô ! Heures alambiquées, lorsque tombe le masque,
Loin de nos certitudes et nous vient le frisson,
De cet ailleurs serti dans un écrin de vasque
Dont seule la luxure et ses parfums seront.
Diego

-       Ah, Lambick, appelez la scientifique et donnez leur rendez-vous sur place à 9 heures.
-       Bien, Commissaire.

-       Madame Morel, quand avez-vous vu votre mari vivant pour la dernière fois.
-       Hier soir… il m’a demandé du lait avant de refermer la porte derrière lui et de se coucher.
-       Quelle heure était-il ?
-       21 heures, comme tous les soirs
-       Il dormait dans son bureau ?
-       Oui, depuis quelques temps, il avait des problèmes de dos qui le faisait atrocement souffrir. D’ailleurs, une kiné venait tous les matins. C’était plus pratique pour lui et puis, il ne voulait pas me déranger.
-       Et ensuite ?
-       Ensuite, je suis allée dans la salle à manger prendre mon repas.
-       Seule ?
-       Non, mon mari ne pouvait plus dîner avec moi, mais il tenait absolument à ce que je dîne avec Stéphane, son fils, afin de maintenir les liens familiaux, disait-il.
-       Etait-ce le cas ?
-       Non, hélas. Stéphane me déteste depuis le premier jour où son père m’a présentée à lui. Les dîners se déroulent dans un silence glacial car nous n’avons rien à nous dire.
-       Pourquoi vous déteste-t-il, selon vous ?
-       Il avait la certitude que, compte tenu de notre grande différence d’âge, je n’ai séduit son père que pour son argent. Mais c’est faux, Monsieur le Commissaire, j’aime… j’aimais profondément mon mari. Certes, j’avais vingt-cinq ans de moins que lui, mais les hommes de mon âge ou plus jeunes ne m’ont jamais intéressée. Et puis, c’était un être infiniment bon et sensible, généreux aussi, bien sûr. Il a su me redonner confiance en moi, me protéger de la vie…
-       Depuis combien de temps étiez-vous mariés ?
-       Trois ans. C’est sûr que nous nous sommes mariés rapidement, mais Antoine ne voulait pas attendre. Il avait déjà soixante-dix ans et disait qu’il ne lui restait que peu d’années à vivre, et qu’il avait droit au bonheur… avec moi… Et je vous assure, Commissaire, notre bonheur aurait été parfait s’il n’y avait pas eu Stéphane.
-       Quels sont vos sentiments vis-à-vis de votre beau-fils ?
-       Au début, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour qu’il m’accepte, non pas comme une mère, certes, mais au moins comme une amie. Et puis, son attitude, ses incessantes remarques désobligeantes à mon égard ont eu raison de ma patience et de mes efforts. Depuis, j’adopte, envers lui, une politesse tout à fait conventionnelle.
-       Pouvez-vous me dire ce qui s’est passé ce soir-là ?
-       Vers 22 heures, Marie, la servante a desservi la table et est partie se coucher. Elle préfère ranger tôt le lendemain matin. Moi aussi, je suis montée dans ma chambre, au premier. J’ai pris un somnifère, comme tous les soirs. J’ai lu quelques pages de mon livre mais me suis bien vite assoupie. J’ai été réveillée par un bruit de lutte. Ma chambre se trouve juste au-dessus du bureau d’Antoine. J’ai mis un peu de temps à reprendre mes esprits, pensant que j’avais fait un cauchemar. Il n’y avait plus aucun bruit. Malgré tout, j’ai mis ma robe de chambre et suis descendue dans le bureau. La porte était fermée à clé.
-       Etait-ce normal ?
-       Oui, mon mari dort peu et ne veut pas que Marie le dérange quand il lui arrive de somnoler.
-       Et alors ?
-       Alors, j’ai tapé à la porte et…. C’est Stéphane qui m’a ouvert. Il avait l’air aussi bouleversé que moi-même. Là, sur le plancher, ne restait que le pyjama de mon mari. En tas ! Cherchez-le, Commissaire, je vous en conjure ! Eléonore ne put réprimer un frisson.
-       Nous ferons notre possible, Madame.
Lambick, faites entrer Monsieur Stéphane.

Un jeune homme, la trentaine, entra. Ses traits, qui avaient su garder des expressions enfantines étaient réguliers. Il était plutôt bel homme. Tout comme sa belle-mère, il avait les yeux rougis et l’air égaré.
Le commissaire se mit à réfléchir, puis résuma :
-       à 21 heures, vous , Madame Eléonore Morel, avez amené un verre de lait à votre mari, Monsieur Antoine Morel, PDG des fameux « petits pâtés Morel », entreprise internationale. Il a refermé la porte à clé derrière vous. Après le dîner que vous avez pris en compagnie de votre beau-fils, vous êtes montée dans votre chambre à 22 heures. Et vous ? Monsieur Stéphane ? Qu’avez-vous fait ?
-       Je suis allé fumer un cigare et boire un cognac dans le petit salon.
-       Vers 23h30, du bruit, vraisemblablement venu du bureau de votre mari vous réveille, vous, Madame. Avez-vous entendu quelque chose, Monsieur Stéphane ?
-       Vaguement. Le petit salon est situé loin du bureau, de l’autre côté de la maison. Cependant, je suis quand même allé voir si mon père avait besoin de quelque chose. La porte était fermée à clé. Je suis rapidement sorti car la fenêtre du bureau donne sur la façade.
Celle-ci était cassée et ouverte en grand. Il y avait eu une lutte, des objets étaient renversés.
Quelqu’un a tapé à la porte. Je suis allé ouvrir. C’était Eléonore. Elle avait l’air très angoissée.  Elle s’est mise à crier quand elle a vu le pyjama sur le plancher. Moi-même, je n’avais pas eu le temps de le voir. Mon père n’était plus là… il avait disparu.
-       Pensez-vous qu’il puisse s’agir d’une fugue ?
-       Une fugue ? Vous n’y pensez pas, Commissaire, fit Eléonore d’un air incrédule. Non, il n’y avait aucune raison. Antoine semblait si heureux, malgré ses souffrances physiques. Et d’ailleurs, je faisais tout mon possible pour les lui faire oublier. Et puis, nous n’avons jamais fait état devant lui de notre… mésentente, son fils et moi, dit-elle en regardant Stéphane d’un air de reproche.
-       Monsieur Stéphane, quels étaient vos rapports avec votre père ?
-       Excellents, Commissaire. Mon père est… enfin, était, quelqu’un d’exceptionnel que j’admirais plus que tout. Nous étions très près l’un de l’autre depuis le décès de ma mère, il y a dix ans. Nous avions régulièrement de grandes conversations sur tous les sujets. Père était très ouvert et avait une intelligence très vive. Je ne comprends pas que quelqu’un ait voulu lui faire du mal.  Et si je n’avais pas vu sa femme devant sa porte et si bouleversée, j’aurais pensé que c’était elle qui avait manigancé sa disparition. Maintenant, je regrette… Qu’en pensez-vous, Commissaire ?
-       Je pense que Monsieur Morel a été enlevé et qu’une demande de rançon ne va pas tarder à arriver.
-       Eléonore, pouvons-nous faire une trêve et unir nos forces pour le retrouver ? fit Stéphane en tendant la main à sa belle-mère.
-       Oui, Stéphane, mon vœu le plus cher est que nous le retrouvions, à n’importe quel prix !
-       Je vais mettre le téléphone sur écoute, ainsi, nous aurons peut-être la possibilité de localiser les kidnappeurs. Je vous remercie tous deux de votre collaboration.
Le commissaire tourna le dos et partit. Il ne vit pas le regard étrange qu’échangèrent Stéphane et Eléonore. La haine qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre était leur alibi…
Eléonore se revit mettre un puissant somnifère dans le lait de son mari. Stéphane n’avait eu qu’à exécuter la suite du plan.
Stéphane… qu’elle avait aimé dès le premier regard et dont elle était la maîtresse insatiable. Elle avait passé trois longues années avec son père, ce vieillard malade et grincheux. Elle avait mérité d’être enfin heureuse et l’avenir s’annonçait radieux ! Evidemment, aucune demande de rançon n’arriverait et le corps ne serait jamais retrouvé. Par contre, il allait falloir faire attention, très attention même, pour que personne ne les soupçonne, garder encore un temps le masque de la haine.
Puis, leur rapprochement semblera évident, ils se « consoleront » tous deux de cette grande « perte ». Un léger sourire se dessina sur ses lèvres pleines et si bien dessinées.
Stéphane, quant à lui, admirait Eléonore plus que tout. Non seulement elle était d’une beauté à couper le souffle, dans la splendeur de son plein épanouissement, mais son côté fleur bleue, doté d’un machiavélisme incroyable le laissait souvent pantois.
Ils allaient bien s’amuser avec l’argent du vieux. Ce vieux radin, qu’il avait supporté si longtemps… Evidemment, au début, il faudrait faire très attention, ne pas commettre d’erreurs.
Et si, par la suite, les années qui les séparaient venaient à lui peser, il saurait s’en débarrasser. Il était à la bonne école avec elle.  Elle lui avait appris tant de choses….
Fabienne

Bien sûr, oui, tu es à l’heure. Comme tous les matins, pour me saluer, dans ton sirop de bonté. C’est à pleurer de certitude. Ah, ça, je peux te faire confiance, en permanence. Mais je n’ai jamais pu y ajouter foi, foi en toi. Tu es une statue vivante et j’en porte le masque. De l’alambic de mes idées noires coule le venin de la jalousie. Cela ne m’a jamais permis le moindre frisson d’amour pour toi. Je sais, j’ai toujours su, que j’étais le seul fils voulu par ma mère. Pour moi tu n’as jamais existé…
Abel, mon « frère ».
Bertrand

Cette année, l’heure est venue bien plus tôt. L’hiver a été doux, clément et la fermentation dans les cuves plus rapide. Dès l’an neuf le sucre s’est épuisé. Au Pays d’Auge, nous gardons la certitude que nos fruits sont les meilleurs qu’ils soient doux, acidulés ou amers. L’alambic à repasse doit au cuivre d’avoir franchi les siècles sans faillir à son double travail. Son ouvrage dure toute la journée, sans queues ni têtes, jusqu’au frisson de la « bonne chauffe ». Puis, pendant plusieurs années, au creux du bois de chêne, l’arôme d’amande, de vanille, de fruits secs et de bois masque progressivement la fleur et le fruit sans les occulter complètement. Dans l’ombre des chais, le fluide vivant passe de l’or à l’ambre. Un jour, il vous offrira un vertige de bouquets : le Calvados.
Bertrand

L’heure est tardive et je sais que je suis malade. Que je me dis valétudinaire et que j’en ai la certitude. Tout le monde connaît le masque mortuaire de Marat. Eh bien, actuellement, c’est tout mon portrait. Cela fait plus de trois ans que je ne sors presque plus de mon studio de douze mètres carrés situé au premier sous-sol de la Tour Lagarde. Mon visage exsangue d’anorexique exprime la même douleur, la même torture que celles du révolutionnaire. Mais ce n’est pas une femme qui m’a poignardé. C’est la vie, ma salope de vie. Je suis abandonné et mon alambic cérébral distille sans fin la terreur de cette solitude. Pourtant mon corps résiste et la mort ne semble pas avoir pour moi le moindre frisson de désir. Qui me dira quand ?
Bertrand

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Tu verras quand l’heure fatidique sera venue, le beau moment, le grand frisson. Ce palais que tu connais bien sera enfin le tien. D’exécutant tu passeras à maître d’œuvre. De valet tu seras fait ROI. Quelle curieuse dynastie pour la Vème :
François1 (FM, le « roué) »,
François 2 (FH, la Pluie),
François 3 (FF, le Pieux).
Alors tomberont les masques, se dilueront toutes les certitudes. Tu devras tenir ferme la barre France, la barre franche de l’Etat. Celle qui brûle les mains, celle des retours de bâton. Tu devras être clair, éviter toutes les mesures alambiquées. Et surtout, tu devras t’extirper de ta marinade.
Bertrand

 

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