Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

Bienvenue sur mon blog

  • Accueil
  • > Archives pour novembre 2016

30 novembre, 2016

Atelier d’écriture du 28 novembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:59

Exercice : Ecrire une histoire à partir de la photo de Dara Scully

Dara Scully

 

Ce matin-là, Pierre allait aux champs, comme tous les matins. C’est à la croisée des chemins, devant le calvaire qu’il l’aperçut. Il se précipita vers la forme étendue. L’homme semblait à l’agonie. Il paraissait si vieux et si… à bout, de tout. Il n’avait déjà plus sa raison et paraissait bien sur le point de passer de l’autre côté. Pierre ne sut que faire, alors, il le prit dans ses bras et lui chanta une vieille berceuse que sa maman, et avant elle, la maman de sa maman chantait pour endormir les tout-petits. L’homme lui serra le poignet, d’une main et ouvrit lentement les yeux. Pierre devina plus qu’il n’entendit un « merci » murmuré. L’autre main n’était plus qu’un poing fermé, crispé. Quand Pierre sut que le pauvre bougre avait trépassé, il lui ouvrit la main et découvrit, à l’intérieur, trois graines. Il les mit dans sa poche et s’en fut quérir du secours.
On ne sut jamais qui était l’homme qui avait décidé de mourir ce jour-là, dans ce village si tranquille. On l’enterra dans la fosse commune.
Pierre, pris par les travaux de la ferme, oublia vite cet épisode.
Et puis, un jour de printemps, il retrouva les trois graines mystérieuses. Il n’en en jamais vu de semblables et décida de les planter, à l’abri des regards. Il prépara la terre, enfouit les précieuses graines, les bêcha, les sarcla, s’en occupa amoureusement, le soir, après ses travaux, ou le matin, à l’aube. Il vit grandir les pousses, puis les vit fleurir. Des fleurs immenses, il n’en avait jamais vu de pareilles, de si belles.
Et puis, quand il arriva un beau matin d’été, il contempla, bouche bée, les fruits de son œuvre.
Fabienne


J’étais las, fatigué et pas très fier. On m’avait gratifié d’un prix pour cette photo, ce « cliché » qui méritait bien son nom. Mes « modèles » et moi nous avions trouvé un bois derrière cette maison lugubre. Un bois, enfin un bosquet. Je m’en souviens maintenant, c‘était l’endroit où Geneviève m’avait  dépucelé. Sainte Geneviève, une montagne. Oralement elle m’avait  bien expliqué comment en faire le tour, de la montagne, y compris par la face Nord. Mais je dus m’y reprendre à plusieurs fois. Et à chaque reprise, la chute avait été abrupte, prématurée, sans aucun vertige. Je m’étais bien promis de me venger de cette humiliation.
Et nous y voilà ! Dix ans plus tard. Dans cette futaie où les troncs sont tous de petit calibre. J’ai installé ces trois filles sur des petits tréteaux minables croyant les faire flotter en l’air. Elles se savent ridicules tenant une grenade à plâtre dans la main droite. Et moi, j’en ai eu tellement peur, de ces idiotes, que je n’ai surtout pas osé leur demander d’ôter leurs culottes de grand-mère.
La prochaine fois, je prendrais des impubères, une par une, à poil et en studio sans témoins.  Et jusqu’à la fin de ma vie, personne ne pourra me condamner. Essayez donc !
DAVID.

Exercice : depuis qu’elle s’en était aperçue, elle ne pensait plus qu’à ça…

p1

Depuis qu’elle s’en était aperçue, elle ne pensait plus qu’à ça : Monsieur Pensard, cousin du patron, employé modèle, piquait dans la caisse ! Les soupçons avaient commencé lorsqu’elle avait constaté que, tous les soirs, il était le dernier à quitter la boite. Cet homme un peu austère, méticuleux, voire pointilleux, qui n’hésitait pas à rappeler le règlement à ces collègues au moindre manquement était une personne malhonnête, un vulgaire voleur ! Mathilde n’arrivait pas à se faire à cette idée. Que devait-elle faire ? le confondre ? le dénoncer ? quelles preuves avait-elle pour accréditer ces accusations ? Pour l’instant, aucune… Ce qui la frappait surtout c’était l’opposition flagrante entre la psychologie, supposée, de cet individu et son comportement totalement inattendu. Quelle situation complexe avait-elle  pu le mener à une telle aberration ? Perturbée à l’extrême, Mathilde n’arrivait plus à s’endormir le soir. Comment cet homme qu’elle côtoyait depuis si longtemps avait-il pu réussir à cacher si efficacement son jeu ? Quel hypocrite ! mais aussi, quel formidable comédien !… A moins que ces agissements coupables n’aient une cause particulière… un besoin urgent d’argent… Dans quelle affaire louche avait-il trempé ? Quel engrenage infernal en avait fait un bandit ? Mathilde n’en avait aucune idée. Ce qui était sûr, c’est que dans sa tête c’était le bazard ! Elle n’avait plus, pour jalonner sa vie, ces certitudes réconfortantes qui la soutenaient. Ce que Pensard avait surtout volé, c’était son innocence à elle !
Patricia

p1
Depuis qu’elle s’en était aperçue, elle ne pensait plus qu’à ça ! 
Il trichait au scrabble. Oui, toutes les fins d’après-midi, ils jouaient au scrabble. Elle avait instauré ce rite depuis qu’elle avait lu une page du « Monde » traitant du cunnilingus. Cet article hilarant, écrit par une femme, disait textuellement : «et si elle sort le scrabble, c’est qu’elle n’a pas très envie d’une léchouille ce soir !». Bien sûr, elle lui avait fait lire ce numéro du « Monde Dimanche » en cornant la page « spéciale ». Mais ce n’était pas un intello, plutôt un primaire, ou même un primate. Ouille ! En disant cela elle allait s’attirer les foudres de la SPPB, la Société de Préservation Psychologique des Bonobos. Cet arriéré mental avait donc accepté ces « cinq à sept » lettriques sinon littéraires. Certes il avait du mal avec le mots de plus de trois lettres et n’atteignait jamais les cases «mot compte double». Mais elle s’était vite aperçue qu’il cachait dans ses poches des E (l’anti Perec, le verbicruciste !), des A et même des H, pour faire les onomatopées qu’ils s’étaient mutuellement autorisés. Bien que contrariée et plutôt obsédée par cette transgression fondamentale bactérienne et cette malhonnêteté intellectuelle virale elle avait finalement décidé de ne pas le punir, même si elle avait peur de perdre. Elle le laissait faire pour une excellente raison : après avoir franchi  la barre himalayenne des quarante points, ce qu’il ne pouvait atteindre sans frauder, il fumait une cigarette et s’endormait béat. B.A. ba !
Bertrand

p1

Décidément, ce matin, tout était contre elle, pensa Julia. A peine sortie de chez elle, elle vit que le pneu gauche arrière de sa voiture était crevé !! Quelle malchance ! Heureusement, Marc n’était pas encore parti. Elle l’appela et il changea la roue, non sans avoir bougonné une bonne dizaine de fois. Tant pis, pas grave, n’importe comme, il avait fait son temps et n’était même plus agréable, alors pour une fois qu’il servait à quelque chose…
Sans même penser à le remercier, elle fonça sur l’autoroute, mais fut vite freinée dans son élan par un incroyable bouchon… Apparemment, un accident. Julia rongeait son frein. Si c’était bien un jour où il ne fallait pas qu’elle arrive en retard… Aujourd’hui allait être sa consécration ! Elle devait de donner le meilleur d’elle-même.
Elle se gara n’importe comment et courut vers sa loge. Tremblante, le souffle court, elle tenta de se calmer pendant que la maquilleuse lui rendait un visage présentable. Aujourd’hui, au lendemain de son élection, elle devait interviewer Donald Trump !!! Incroyable pour elle, petite journaliste, jusqu’à présent sans envergure, mais qui n’attendait que son heure.
Dans le studio d’enregistrement, Donald était déjà là…
Elle se précipita vers le fauteuil alors que le directeur criait « Antenne ! ». Le studio s’éclaira et c’est alors qu’elle remarqua que sa braguette était ouverte !!! Toutes les questions pertinentes qu’elle avait préparées avec soin se délitèrent dans sa tête. Elle ne pouvait penser à autre chose. Depuis qu’elle s’en était aperçue, elle ne pensait plus qu’à ça… et ne put réprimer le fou-rire qui l’envahit, au risque de compromettre à jamais sa carrière.
Fabienne

DEVOIR : un sandwich

Balazuc

Balazuc

La nuit blanchissait, au loin, un coq chanta trois fois.
Algonde y vit un mauvais présage. Elle avait marché toute la nuit dans la forêt et en touchait presque l’orée. Elle était épuisée. Il avait plu et sa cape de laine était trempée. Elle claqua des dents et se rendit compte qu’elle était complètement perdue.
Comment en était-elle arrivée là ? Elle ne comprenait pas.
Ses pensées se perdirent. Vingt ans plus tôt, elle était née dans un petit village calme et prospère, accroché à l’ombre du château des Seigneurs de Balazuc, bien protégé par ses remparts. Des laudes aux vêpres, les cloches de l’église Sainte-Madeleine rythmait la vie de tous les villageois. Elle connaissait chacun d’entre eux. Elle avait vécu heureuse et la jolie petite fille aux boucles brunes était devenue une très belle jeune femme que les drôles du village regardaient avec envie. Elle ne voyait que Mathieu, le fils du forgeron. Ensemble, ils avaient partagé tous leurs jeux et tous leurs rêves. Depuis la Saint-Jean, ils étaient promis l’un à l’autre et se marieraient après Pâques.
Un matin d’été, alors qu’elle se promenait dans la forêt pour y cueillir des baies, elle avait rencontré Gersande qui vivait isolée, dans une vieille cabane. Elle connaissait les secrets des plantes. On la disait un peu folle. Algonde la trouva au contraire très sensée et elles discutèrent de la vie, de la mort, de Dieu. Pour Gersande, Dieu était clément et bon, donnant aux hommes force raisons de se réjouir et de profiter de la vie, contrairement à ce qu’enseignait l’austère église. Algonde fut séduite par cette femme libre et son discours qui correspondait à ses aspirations profondes. Elles se revirent souvent. Peu à peu, Algonde appris de Gersande comment soigner une mauvaise fièvre, une méchante brûlure ou les douleurs d’une parturiente. Tous les villageois tirèrent profit de cet enseignement.
Mais un matin, tout avait basculé. Deux moines dominicains étaient arrivés à dos d’âne. Maigres, la face longue comme un carême, les yeux brûlant d’un fanatisme destructeur, ils firent réunir les habitants sur la place du marché. Ils étaient mandés par le pape Grégoire pour purifier l’église et chasser les hérétiques.
Toutes les fêtes, hors les fêtes saintes devraient être célébrées dans le plus grand recueillement et la pauvreté, seraient désormais interdites. Tous les livres seraient brûlés et les hérétiques poursuivis et punis par le bûcher. La douleur ou la maladie ne devaient plus être combattues car envoyées par Dieu pour l’expiation des péchés. Algonde fut donc vite accusée de sorcellerie et enchainée devant la porte du prieuré. Après souper, alors que le village commençait à s’assoupir dans cette nuit froide de décembre, Mathieu vint la délivrer et lui dit qu’elle devait s’enfuir. Les deux amants, en pleurs, tombèrent dans les bras l’un de l’autre, puis sur un ardent baiser se séparèrent. Dieu seul savait quand ils pourraient à nouveau se revoir.
C’est ainsi qu’elle avait traversé la forêt et se retrouvait à présent seule, grelottante et affamée dans ce lieu qu’elle ne connaissait pas et qui l’effrayait. Alors, elle tomba à genoux et remit son âme à Dieu. Lorsqu’elle releva la tête, elle vit au loin, la clarté d’un fanal. Le cœur plein d’espoir, elle s’y dirigea et devina, plus qu’elle ne vit, une vieille masure délabrée. Elle appela, d’une toute petite voix, puis de plus en plus fort mais personne ne lui répondit. Pourtant, à travers la porte entrouverte, elle voyait la lueur d’une bougie et d’un feu dans la cheminée. Certes le lieu était des plus pauvres, mais elle y vit une manifestation de la présence divine et décida de s’installer là pour un petit moment, de continuer à soigner les corps, comme elle l’avait appris. Elle fit le tour de la cabane.
La maison elle-même n’était pas aussi laide de ce côté, mais elle n’en paraissait pas moins lugubre et laissée à l’abandon.
Fabienne

p1

3 FOIS

 La nuit blanchissait, au loin, un coq chanta trois fois, puis trois fois et encore trois fois. « La preuve par neuf aurait pondu la poule ». « J’en ai plus que marre de tes blagues débiles. Essaie un peu d’être sérieux, surtout ce matin », m’a engueulé Toussaint. Toussaint c’est mon cousin germain. Tiens, germain ça me fait rire sous cape au moment où les prussiens nous menacent. Moi, c’est Scaevola, la Montagne. Mes parents m’ont donné ces deux prénoms. En ces temps post-révolutionnaires ce n’est pas facile à porter. Encore heureux, mes vieux ne pouvaient pas le deviner, je suis gaucher. Scaevola est donc idoine. Par contre avec mes soixante kilos tout crottés, tu parles d’une montagne. Enfin, à seulement seize ans j’ai l’espoir de forcir, si tout va bien ! Si on s’en sort. Quand le sergent recruteur nous a reçus, il a bien rigolé. La vraie montagne c’est Toussaint. A cause de ma stature nous avons été affectés parmi les voltigeurs et on s’était promis de ne jamais se quitter.
Ce matin du dix-huit juin, nous faisons partie de la quatrième escouade envoyée en reconnaissance vers la forêt de Hougoumont. Douze hommes pas rassurés. Les trois premiers  groupes n’étaient pas revenus. Le sergent avait exigé un rapport coûte que coûte. Certes les conseils de prudence étaient superflus. Depuis le petit matin, cela tirait dans tous les sens. Il ne pleuvait plus à  flot comme la veille, sauf des balles. Nous étions plutôt contents d’avoir à traverser ce grand champ de blé. Les autres corps d’armée s’embourbaient, harassés de gadoue, de faim et d’insomnie. Pour tout général ou même colonel, une bataille peut être le début de la gloire. Pour le simple soldat, c’est très souvent le début de la fin. Nous espérions tous que ce serait la der des der ! Nous progressions lentement en groupe serré, les épis jusqu’à la taille. A environ cinquante mètres de l’orée du bois  de conifères, un ordre a fusé : fire ! Deux hommes ont tout de suite été couchés pour toujours. Quatre ont mis un genou a terre près des cadavres pour constituer le premier rang et tirer. Cinq autres ont épaulé debout derrière eux et la deuxième salve les a tous étendus raides, touchés à la tête ou au poitrail. Putains d’Anglais capables de tirer trois coups à la minute. Et moi, on ne m’avait pas confié de fusil puisque je n’en avais pas l’instruction. Je m’étais donc assis en vitesse sur un uniforme pour recharger la deuxième arme qu’avait emmenée Toussaint. Même pas le temps d’avoir peur. Il a pu tirer cinq fois  sans voir l’ennemi embusqué. Deux projectiles l’ont touché. L’un lui a fait éclater le tibia. L’autre l’a atteint à la cuisse. Une nappe de sang a mouillé sa culotte de caporal. La veine ! Nous étions maintenant les seuls survivants au milieu des corps de nos camarades. J’ai pris la ceinture de l’un deux et l’ai serrée du mieux que je pouvais sur l’aine de mon cousin. «  J’ai foutrement mal à ma jambe, m’a-t-il dit calmement. Dépêche-toi de ramener les corps les uns sur les autres, cachons-nous dessous et pas un mot ». De toutes façons, la canonnade et la mitraille auraient couvert des chuchotements mais je n’avais diantre rien à dire. Je regardais perler la sueur sur les tempes de Toussaint. Il ne se plaignait pas. Je savais qu’il avait déjà été blessé lors de la campagne d’Italie, il y a longtemps. Les corps des copains sont devenus froids et humides. Au tout début, je m’étais brûlé la paume en voulant écarter le canon d’un Charleville à silex. C’était ma seule blessure. Le soir est vite arrivé, noyé de nuages noirs. Nous avons partagé les maigres victuailles trouvées dans mon havresac. Les canons se sont tus. La bataille était terminée. On n’entendait plus que les cris de douleur et d’angoisse des blessés, des mourants. Une fois de plus, seuls les francs-maçons s’en seraient sortis. Dors, je veille, a ordonné Toussaint. J’ voulais pas. Mais la fatigue m’a fauché comme un coup au menton. Le coq, encore lui, m’a réveillé à l’aube. Il devait y avoir une ferme dans ce bois, ai-je pensé. Mais je n’étais pas libre de mes mouvements. J’étais un de ces corps emmêlés comme des bûches avant le feu. Tous étaient froids, y compris la jambe brisée. Son sang visqueux m’a collé aux doigts. J’étais seul et ne savais que faire. Manifestement les vaincus avaient fui et les vainqueurs avaient rejoint le Mont Saint-Jean, de l’autre côté de l’épaisse forêt. J’ai décidé de ne pas bouger. Me lever en plein jour serait suicidaire. Tout heureux de trouver une gourde pleine dans cet amas de chairs, j’ai bu le précieux liquide à petites lampées. Cela a été ma seule occupation du dix-neuf juin.
Demi-lune sans nuages, cette nuit. Encore engourdi, je repousse les dépouilles rigides. Je prends avec moi un des fusils. Je ne sais pas pourquoi ! Plus de balles ni de poudre ni d’écouvillon. Il me servira de canne ou pour faire peur, bêtement. Je progresse vers le sud, les yeux au ras des épis. Au bout de quelques heures je repère la colline de Rossome, que je contourne précautionneusement. Je sais que derrière il y a la ferme du Caillou où le petit Caporal avait fait installer son quartier général. Il y avait passé la dernière nuit avant la conflagration, sous laudanum. Peut-être y trouverai-je à béqueter. Je suis vite déçu. Tout le devant est détruit par un incendie qui a dû prendre dans la grange adjacente. Les cendres fument encore. Je suis de nouveau seul, dernier vaincu. Baissant la tête, je fais le tour. La maison n’était pas si laide de ce côté là, mais elle n’en paraissait pas moins lugubre et laissée à l’abandon !
Bertrand
 (Waterloo – 18 juin 1815)

La nuit blanchissait, au loin, un coq chanta trois fois… Un hurlement strident lui répondit juste à côté de moi et me fit sursauter. Un coq sortit du buisson de ronces à ma gauche. Saleté de volaille !

Je repris dans la pénombre mon avancée. Je devinais à peine l’ancien chemin pavé. Il était envahi de ronces, d’herbes hautes et de branches cassés des chênes centenaires. Cette propriété avait été la plus belle du village, il n’en restait aujourd’hui qu’un territoire abandonné à la nature.
J’entendis un bruit de voiture, je pressai le pas et me griffai les bras en tentant de dégager un passage. Le temps m’était compté… Enfin, après une dernière lutte avec un chardon gigantesque qui déchira le bas de ma robe, je parvins au pied de la bâtisse. Je ne l’avais pas vu depuis près de 50 ans. Elle ne ressemblait plus au magnifique manoir de mon enfance, les balcons s’étaient affaissés, les vitraux avaient disparu. Je fis le tour rapidement, à la recherche de la porte de service qui permettait de rejoindre directement la cave. La maison elle-même n’était pas aussi laide de ce côté, mais elle n’en paraissait pas moins lugubre et laissée à l’abandon.
Claire

p1

La nuit blanchissait. Au loin un coq chanta trois fois. J’avais fait ce chemin comme on fait un pèlerinage. J’espérais retrouver l’enfant que j’avais été et sentir à nouveau cette complicité  merveilleuse qui me liait à Tom, mon frère jumeau. La vieille bâtisse où je pénétrai avait été le témoin attentif de notre histoire familiale. Mon grand-père s’y était éteint paisiblement, juste trois ans après ma grand-mère Sophie. Mes parents avaient alors quitté Paris pour y élire domicile. Entre amour et chamailleries, ils avaient vécu de longues et heureuses années dans cette maison où avaient grandi leurs trois enfants. Les murs semblaient résonner encore de nos rires et  de nos bagarres d’ados. Avec ma lampe-torche, j’éclairai le moindre recoin que le jour naissant me cachait encore. Chaque vieux meuble me parlait de nous. Sur l’armoire de ma chambre, je redécouvrais, ému,  photos et posters. Hormis la poussière qui, du grenier à la cave, avait envahi chaque pièce, rien, en apparence, n’avait changé. Pourtant tout était définitivement si différent… Ce silence, soudain assourdissant, me criait ton absence, toi, mon jumeau, mort noyé dans cette rivière où nous nous étions si souvent baignés. La joie avait brusquement déserté notre foyer et, pour survivre, nous l’avions abandonné. Comment parvenir à colmater ce vide immense que tu nous laissais ? Avec le temps, la vie bien sûr,  avait fini par se réorganiser : une autre ville, une autre maison, de nouvelles habitudes… Mais, en ce jour anniversaire de ton départ, j’avais voulu me rapprocher, tenter de retrouver à travers ces vieux murs un peu de toi. Hélas ! tu avais déserté notre maison, tout comme nous l’avions fait il y a dix ans déjà… Alors, j’ai refermé la porte. J’ai remonté lentement la petite allée de noisetiers et je me suis retourné une dernière fois, comme pour fixer à jamais l’image de cette demeure où nous avions vécu si heureux. La maison elle-même n’était pas si laide de ce côté mais elle n’en paraissait pas moins lugubre et laissée à l’abandon.
Patricia

26 novembre, 2016

Atelier d’écriture du 21 novembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:03

Exercice : Rallye

p1

Donner aux participants une phrase toutes les 3 minutes à incorporer (à bon escient) dans le texte.
Contrainte : écrire une lettre de rupture :
-       De bon matin, il a plu
-       Vous êtes sans doute trop jeune pour avoir connu cette époque
-       Cela a été dit avec une telle amertume
-       Vos parents ont toujours été de malhonnêtes gens
-       Ce Van Gogh était un faux
-       C’était tellement étrange, comme dans un feuilleton télé

De bon matin il a plu. La lourde était ouverte, ma meuf dans l’encadrement. Certes le ciel était noir de menaces mais elle obstruait tout l’espace. Ce parallélépipède rectangle qu’est devenue ma femme, je ne pouvais plus l’encadrer, la porte si, à quelques millimètres près.
Vous êtes sans doute trop jeunes pour avoir connu cette époque, notre jeunesse folle. Ni elle ni moi ne sommes plus des juvéniles. Nous portons les mêmes valises sous nos regards vides d’expression.
Débutée ainsi, cette lettre de rupture n’a que peu de substance sinon l’intention « bienveillante ». Cela a été dit avec une telle amertume que j’hésite à lui transmettre ces mots. Et pourtant il le faut. Je voudrais tant la contraindre et même lui faire peur.
D’abord, ses parents ont été de malhonnêtes gens.  Tous deux étaient maigres, muets, misérables. Gertrude est énorme, bavarde, couverte de bijoux. Avec ma nourriture, mes mots, mon fric. Tout contents de caser leur bloc de margarine, ces généreux géniteurs m’ont fait passer la bague au doigt un samedi de beuverie. N’ayant connu aucune satisfaction particulière pendant la nuit de noce, je pense, je crois que j’ai fait un rêve. Dans une pièce aux six faces immaculées, était accroché sur le mur le plus vaste un petit tableau représentant des fleurs. Dans ma soulographie holographique je voyais les pétales jaunes tourner et suivre la lumière, brillants comme des louis d’or. Le lendemain  dans le salon de ces peignes-cul j’ai bien vu que ce Van Gogh était un faux.
Alors ma vieille que nous restait-il ? C’était comme dans un feuilleton télé, plus dégueu la Vie. Maintenant, là, tout de suite, tu la prends, LA PORTE.
Bertrand

Exercice : Et si…

p1
Et si le monde tournait à l’envers ?

Et si le monde tournait à l’envers, cela n’aurait pas tourné à l’aigre, au saumâtre. Lundi, peu après le coucher du soleil, on attendait tous les deux l’apparition majestueuse de la super lune, elle à l’ouest, moi à l’est. J’attendais tout au bord de la jetée, baie Sainte-Marie. Patiemment et avec une belle concentration je tenais à bout de bras mon appareil de photographie, prenant cliché sur cliché. T’avais bien raison, je suis bien à l’ouest, me hurla-t-elle en me flanquant une puissante bourrade sur l’épaule. Mon Nikon n’a fait qu’un plouf.
Bertrand

 

DEVOIR : J’aurais dû me méfier

p1

Je l’avais connu… c’est si loin…
Ma main avait quitté sa main.
Il est des destins qui se croisent
Et qui jamais ne s’apprivoisent.
Mais voilà que sur mon chemin,
Tout cabossé de gris chagrin,
Il avançait en solitaire,
Épaules voutées, front amer,
Les traits tirés, le teint blafard,
Des yeux qui n’ont plus de regard.
Oh ! De surprises en cauchemars
Je n’ai jamais cru au hasard…
Il avait été un appui
En moi restait un peu de lui.
Oserai-je tendre ma main ?
Prendre le risque d’un demain ?
Non ! Ce costume de brouillard
Où il flotte prêt au départ
Me dit sans fard qu’il est trop tard,
Qu’il s’est noyé dans son cafard.
Difficile de jauger ses torts
Lorsque s’y mêlent des remords.
J’aurais du me méfier de moi
Car c’est lui qui porte la croix.
Mais… si je veux encore sourire,
Qu’il reste dans mes souvenirs.
Et tant pis pour tous les censeurs
Qui crieront : elle n’a plus de cœur !
Patricia

J’aurais dû me méfier. J’ai été adolescente tardive. Puis Alzheimer précoce. C’est dire que ma période de lucidité a été brève, une douzaine d’années tout au plus et encore dans quelles conditions. Si je me confie à vous ce n’est pas pour me donner en exemple ni pour me glorifier. Et ce en quoi, mon Dieu ? Ce n’est pas non plus une thérapie. Le fait d’être maintenant entre quatre planches affirme ma guérison totale et irréversible. Ce que je désire vraiment, c’est vous aider, vous tous. Cependant, je crains que ce ne soit tard, bien trop tard.
J’aurais dû me méfier. Paradoxalement, c’est peut-être cette courte période d’acuité intellectuelle qui explique ma lucidité actuelle. Il m’est donné encore un tout petit peu de temps, de ce temps devenu intemporel mais fini. Avant de me fondre dans l’Univers. Et ma conscience de disparaître. Voyez-vous, façon de dire, j’en suis HEUREUSE !
J’aurais dû me méfier. J’aurais dû me garder de toutes ces théories sur l’Horloger de Voltaire. De ces arguments ontologiques (l’être), cosmologiques (la cause première), téléologiques (le dessein), moraux (tous bons), consensuels (tous nourris). Et depuis deux millénaires pour nous, la Révélation apocalyptique. Que le Bien finisse par interdire le mal.
J’aurais dû me  méfier de tous ces tristes personnages qui ne pardonnent rien sur terre pour que leurs promesses sur l’au-delà puissent bien se vendre. De ces Trump la mort. J’aurais dû me défier de tous, y compris de ces moines d’altitude qui fusionnent avec le cosmos.
Mais j’ai caponné, j’ai été lâche et j’ai perdu pied. C’est le soir et il n’y aura plus de matin. Je rentre dans le néant comme dans un bain chaud. Ma Conscience se dilue. Moi, mère Marie des Anges, j’aurai dû me méfier.
Mes derniers mots seront bien simples. Ils sont pour vous, assis en  cercle vertueux et tolérant autour de cette table si vivante. Profitez bien de cette soirée et de celles qui suivront !
Bertrand

16 novembre, 2016

Atelier d’écriture du 14 novembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:58

C’est l’anniversaire d’Huguette !!!!

5

 

2       8

 

Exercice : Ecrire une histoire à partir du tableau de Edward Hopper

People in the sun - Edward Hopper

People in the sun – Edward Hopper

Quel ennui ce stage de méditation dans les Rocheuses ! Hors de prix, en plus ! L’assistance était limitée à cinq personnes à raison de 2000 dollars par personne, pour trois jours, jeûne compris. Fuck les organisateurs, ils se font des couilles en or à nos dépens, voilà ce que j’en pense.
Dès le début de la journée, ils nous plantent devant le paysage : champ de blé, montagnes au loin et nous devons dé-con-nec-ter, couper les fils avec le monde réel. Dé-ten-dez-vous ! Fermez les yeux. Laissez entrer en vous la lumière. Respirez le soleil. Vous êtes le vent, vous êtes le ciel, vous êtes le cosmos…
Tu parles ! Je ne suis rien du tout, je consulte en douce mon relevé bancaire sur mon i-phone et je constate que leur connerie de stage m’a collé dans le rouge. Putain ! Le monde réel me rattrape, me submerge. Au diable la méditation et les méditants !
Et dire que j’ai fait tout ça pour me taper la blondasse à gauche ! Et voilà qu’elle est lesbienne !
Comment me tirer de là et récupérer mon fric ? Euréka ! Je vais dire que mon père est mort.
Huguette

J’en ai marre de ce sanatorium. Tous les jours, à la même heure, les mêmes patients qui regardent le même paysage : un champs de blé  uniformément jaune et tout au loin cette frange trop sombre de montagnes. Moi, si j’étais artiste, c’est de tête que je pourrais peindre ce tableau et croyez-moi, il n’y manquerait aucun détail !  Enfin ! Aujourd’hui, tout ça est secondaire : le paysage, les malades et les convalescents… Je ne les vois même plus ! J’ai reçu une lettre de Constance. Dans une semaine son avion décolle de Paris ; c’est long une semaine !
Je l’imagine déjà, légère, avançant vers moi les mains tendues. Un collier de perles fines éclaire son visage énergique, encadré d’une chevelure brune sagement coiffée… le bas de sa robe de soie grège caresse ses mollets. Elle, enfin là, devant moi, à moi… J’anticipe mon bonheur et ce plaisir infini  qui nous lie à chaque retrouvaille…
Au sanatorium, les esprits sont agités. Mes voisins discutent tous de la probabilité d’une guerre imminente sur le vieux continent. Moi, je ne veux rien savoir… Je l’attends…
Patricia

Vous ne pouvez pas me voir parce que je suis juste derrière Edward. Oui, j’ai invité tous mes bons amis ce soir chez moi et cet idiot n’a dessiné que ceux qui étaient devant lui. Remarques, je me lève souvent aussi pour préparer les apéritifs. Et ils ont soif !!!!
Au bout d’un moment, Margareth, celle qui a le chapeau et le foulard rouge (que j’ai envie de serrer autour de sa gorge), me dit :
- Est-ce seulement pour un apéritif que tu nous as invités ce soir ?
- Non, répond James, celui qui est presque allongé sur sa chaise, c’est pour nous détendre après cette dure journée… Je n’aime pas du tout les lundis et je trouve que ce moment est le bienvenu
- Mais enfin, réplique Georges, vous n’avez pas deviné que c’est justement l’heure du coucher du soleil. Et qu’il n’y a rien de mieux qu’un coucher de soleil, un verre à la main, un lundi soir ?
- Je me souviens des lundis que nous passions, en Nouvelle-Calédonie, répond songeuse Huguette, une Française en vacances, il y avait un atelier d’écriture où les bouteilles étaient pour nous source d’inspiration
- Mais non ! Enfin, vous n’avez pas deviné ? Vous êtes installés comme pour un spectacle, car c’est bien à un spectacle que vous allez assister ce soir. Attendez un tout petit peu que le soleil se couche et ce soir, 14 novembre 2016, vous verrez la « super lune » comme vous ne la verrez jamais plus !!!
Fabienne


Exercice
 : Bourreaux d’enfant !!!

p1

Putain, trois jours qu’il chouine et qu’il nous fait tourner en bourrique, ce gosse de riche ! J’en ai marre, mais marre….
Trois jours donc que Marcel, notre complice et néanmoins chauffeur de maîtres chez les D’UCHNOCK nous a rencardés. Il avait dit :
- Vous verrez les gars, ça sera de l’argent facilement gagné. Tous les matins, j’amène Charles-Edouard, le gosse des D’Uchnock à l’école. Il suffit de l’enlever et de demander une rançon et à nous la belle vie !!! Parce que, franchement, ces gens-là, du fric, ils en ont à ne plus savoir qu’en faire. A ne même plus savoir comment ça se dit leur capital, tellement il y a de zéros…
Sur le moment, avec Gérard, on avait trouvé l’idée super bonne. On n’a pas trop de métier, Gérard et moi et surtout, on n’a pas trop envie de travailler. Alors quand une idée comme ça se présente, genre tu peux avoir du fric sans mouiller la chemise, on adhère tout de suite.
Mais…  j’aurais dû me méfier….
L’enlèvement s’est super bien passé. Tout avait été chronométré… Mais ce qu’on avait pas prévu, c’est que le gosse soit aussi chiant et surtout le reste…
Ben oui, parce que le soir de l’enlèvement, j’ai appelé anonymement chez les D’Uchnock :
- Si vous voulez revoir votre héritier vivant, il va falloir cracher au bassinet et nous verser 1 million d’euros, en petite coupure que vous mettrez dans…
Et là, la voix du père m’a interrompu :
- Vous avez enlevé notre fils, maintenant, vous devez prendre vos responsabilités car nous ne verserons aucune rançon !
La mère a pris le combiné à son tour pour nous dire :
- Merci, merci de nous avoir débarrassés de ce petit morveux, vous pouvez le garder, on peut même vous verser un petit dédommagement, car,
POUR NOUS, LA VIE VA ENFIN COMMENCER !!
Fabienne

p1

Bourreaux d’enfants

Je me souviens, c’était dans les années 80. J’étais à la plage, une plage bondée de la Côte d’Azur. A côté de ma serviette, une famille : le père, la mère et le gosse, 9 ou 10 mois au jugé. Posé sur une serviette orange de 50 cm par 1 mètre comme un Bouddha sur son trône.
« Little Bouddha » ne tenait pas en place, bien sûr, un môme, quoi ! Il se penchait en avant et entreprenait de crapahuter pour sortir de son rectangle. Mais à peine avait-il franchi la frontière de sa prison orange que la mère le saisissait et le replaçait au centre sans dire un mot. Et le gosse, à peine revenu à sa position initiale, plongeait en avant et tentait de repartir à la conquête du sable fin, de la liberté hors de la serviette orange…
J’assistais à ce spectacle en bouillant intérieurement… Car deux fois, cinq fois, dix fois, le gosse tenta de s’évader, de partir à la conquête du sable blanc qui le fascinait. Et deux fois, cinq fois, dix fois, la mère inlassable le rattrapait sous les aisselles et le plantait au centre de sa serviette orange.
A la fin, excédée, elle  colla une méchante tape sur les cuisses rebondies du petit.
Alors n’y tenant plus je me levai et hurlai : bourreaux d’enfants !!!
Silence, stupeur, sidération !  Tous les regards se tournèrent vers nous, il se passait quelque chose qu’on pourrait raconter ce soir à l’apéro !
Le bambin profita de ce court instant de flottement pour s’enfuir prestement, glisser avec ravissement ses petits doigts dans le sable fin, ramper jusqu’à l’eau et goûter, enfin, le bonheur de se vautrer dans la mer !
Huguette

Bourreau d’enfants, voilà un métier satisfaisant ! Peu de ripostes,  jamais de chômage, de la matière première en quantité… Au début, je reconnais que j’ai un peu eu du mal, surtout avec les ados (ils crient plus fort et sont parfois trop récalcitrants) mais, avec le temps, j’ai pris de la dextérité et aujourd’hui, tout roule. Figurez-vous que j’ai même reçu les félicitations du ministère de l’éducation rigoureuse de l’enfance, le M.E.R.D.E.

Ils m’ont trouvé efficace et surtout innovant. C’est vrai que j’ai perfectionné leur martinet en fibres optiques ! En plus, j’ai vachement optimisé la découpe au laser ! Avec moi, ça tranche dans le vif et le boulot ne traine pas !
Patricia

DEVOIR : L’enfance des héros.

Imaginez l’enfance d’un personnage célèbre, vivant ou mort, ayant existé ou pas, sous forme humoristique

p1

A l’université de Vienne, avec mes copains de l’époque, nous nous sommes inscrit au club des collectionneurs.
Ulrich et Wolf ont comme moi 18 ans.
Le club est situé dans un immense dock sur le campus. Heureusement pour moi d’ailleurs car, au grand dam de ma mère, ma collection n’est pas des plus banales.
Ulrich collectionne les flacons de parfum vides qu’il recycle auprès des filles.
Grand séducteur, il n’a aucun mal à étoffer sa collection.
Wolf plus rêveur, collectionne les drapeaux en tout genre, il sera grand voyageur, assure-t-il.
De mon côté, je collectionne les canapés, divans, sofas que je récupère sur le bord des routes, le dimanche avec ma vieille fourgonnette. Cette dernière d’ailleurs n’a plus ses sièges d’origine, j’y ai bricolé une installation des plus archaïques pour y fixer un divan où je peux m’y installer pour conduire.
Le week-end, les habitants de la ville déposent sur le trottoir leurs vieilleries. Et par chance des fauteuils y sont abandonnés.
Dans ma chambre, je dors également sur un sofa, pas de lit.
Je me rends bien compte que ces banquettes sont une obsession chez moi. Aussi, c’est compliqué de rassurer les miens.
Je m’y sens simplement bien, j’exorcise ma colère, mes doutes et mes craintes quand je m’y allonge. Mais ma pauvre mère n’en peut plus de me voir amasser toutes ces saletés, comme elle dit. Elle est des plus perplexe quand j’étale mes trophées dans la cour.
Elle distingue, de la fenêtre de sa cuisine, plein de petits traits colorés dans le gazon.
Elle est déboussolée quand elle me voit passer de divan en divan. Je fixe le ciel et je rapporte ma journée à haute voix.
Je n’ai pas vu maman débouler vers moi en claquant la porte de derrière…
« Sigmund ! Tu vas me rendre folle ! »
Vro

Tartempion-jaquette-partie-1 (1)

T

Là, en haut, à gauche ! Non, c’est vrai, à droite pour vous. Je ne sais pas qui vous a fabriqué ou si vous avez évolué depuis mais c’est pire que chez Ikea. Impossible de vous monter même avec un plan. En fait chercher sur un plan de construction est inutile, vous êtes tous différents et je ne vous parle pas des malades. Non, désolé, je ne vous ai jamais dit au dessus. C’est dans la boite que je suis, et à droite parce que tout est croisé dans vos circuits. Oui, je suis obligé de crier. Vous ne faites pas trop attention à moi, hein ! J’avais l’espoir que chez une bonne sœur…
Maintenant que vous m’avez localisée, il faut remplir mon devoir obligatoire N° 1. Me vider de mon expérience précédente. Comme cela ne va pas être très long, je vous raconte tout en une seule fois. Rassurez-vous, après j’efface tout. Dans d’autres cas j’aurais coupé le son, trop affreux. On ne sait jamais ce que cela pourrait provoquer,  surtout chez une carmélite. C’est vrai que pour vous la psychanalyse serait impossible : tu parles, un muet assis avec un carnet et un stylo et une silencieuse allongée sur le divan. Manque plus que quelqu’un pour tenir le cierge. Comptez pas sur moi !
Oui, je suis votre conscience ! Vous avez enfin pris conscience de l’irréalité. Le choc ! Vous tenez le coup ? Trois pater et cinq ave. Prenez votre temps.
Je vois qu’on peut y aller. Je vous narre. Vous savez, mon métier ce n’est pas de la tarte mais je tente de faire de mon mieux suivant les époques. T. est né dans une petite ville de province. Ses parents étaient sans le sou et vivaient au ralenti, surtout depuis que le père avait fait un accident vasculaire cérébral, dû à une hypertension non soignée bien qu’héréditaire. Pas de picaillons, pas de médicaments. Il avait dû quitter son métier de fossoyeur et n’attendait plus que sa propre mise en terre. C’est ce que m’avait dit ma collègue conscience qui l’avait quitté sans aucun état d’âme. Sa mère passait son temps à remplir les papiers de l’aide sociale, de l’aide médicale, de l’aide paroissiale, on ne sait jamais. Sa conscience à elle avait l’impression de perdre son temps mais elle se donnait pour bonne. Comment apparut cette grossesse tardive ? On peut probablement parler de facteur chance. Toujours est-il que T. naquit à l’hospice. Exceptionnellement, cette nuit-là il y eut une dizaine d’accouchements. Le lendemain, après une parturition sans histoire, l’infirmière se trompa trois fois avant de le présenter à celle qui était sa mère, peut-être. Il n’avait aucun signe distinctif, cinquante centimètres, trois kilogrammes, vingt doigts équitablement répartis sur les quatre membres. Aucune famille ne se présenta pour féliciter la maman de ce gars ni beau ni laid, ni pour lui reprocher de ne pas allaiter. Pour le père cela ne roulait pas tous les jours. Je ne me suis installée chez lui que lorsqu’il a eu un peu plus de cinq ans. C’est en effet un peu tardif. Un mec sent le besoin de ma présence, en général, en constatant à la maternelle une différence avec la fille qui est sur le pot d’à côté. Mais lui avait un gros ventre qui lui interdisait toute comparaison, en grande partie parce qu’on l’avait très longtemps nourri à un lait gratuit mais hyperglucosé. Un jour il est passé devant la porte miroir dans la chambre de sa mère. Par inadvertance il a reçu son image. Ce qu’il a vu dépassait son entendement. Sa vie à l’école a été une longue fuite tranquille. Tout le fuyait : les instits, les élèves, les matières scolaires et parfois son urine. Saison après saison, année après année, il grandit moyennement. Sur les photos de classes il paraissait perdu et l’était pour de vrai. Il fut pour sa génération, le seul à sauter une classe mais à l’envers. Le conseil des professeurs de quatrième a cru qu’il n’avait pas fait sa sixième. Retour à la case départ, comme au jeu de l’oie qu’il était. Il n’aimait ni le sport, ni les animaux, ni la lecture. Personne ne s’était rendu compte qu’il aurait eu besoin de lunettes. Heureusement, il n’a jamais appris à monter sur un vélo. Il n’avait peur de rien pas plus que le courage de faire autre chose que la routine quotidienne. Il dormait bien, longtemps et sans rêves. Un boulot de tout repos pour moi. Je peux remercier l’algorithme de répartition des consciences. A seize ans le certificat d’études l’a fuit, lui aussi. Sans me demander mon avis il avait rendu feuille immaculée à toutes les matières et son dossier a été perdu. Le drame de la page blanche ne lui a jamais fait souci. Sa mère bien essayé de lui mettre une tarte mais il était trop grand pour elle. Si ça continue tu vas finir pion ! Personne n’attendait cet héroïsme : il a devancé l’appel. Pendant les trois années d’un contrat que personne ne se souvenait lui avoir fait signer, il a récuré les gogues. Souvent on l’oubliait là, ce qui lui évitait la corvée des manœuvres et de la vaisselle. Vivre sur un trône en Bretagne lui paraissait acceptable. Il ne s’est toujours pas expliqué la protubérance modérée maintenant cachée par une abondante pilosité. Cela m’a encore évité du travail : pas de concours de longueur, de distance ou de chronométrage avec les autres trouffions. Pas de fille, pas de chtouille, pas de rencontre avec l’aumônier. A vingt-deux ans on l’a envoyé au Tchad ce qui a renforcé l’impression de fuite, surtout celle des climatiseurs. Un soir, alors qu’il pêchait au bord du lac, une balle perdue m’a expulsée de sa boite crânienne. Je commençais sérieusement à avoir peur du vide. J’espère que mon nouvel habitacle sera plus inspiré avec cette ligne directe vers les nuages. Et au delà !

Ah oui, j’oubliais de vous dire mais vous aviez compris de vous même. T. c’est TARTEMPION.
Bertrand

 

p1

Mon père travaillait beaucoup, c’était un homme d’affaire qui voulait vivre le rêve américain. Ce n’était pas toujours facile d’être descendants d’allemands dans le New-York des années 50. Nous préférions souvent dire que Grand-père était suédois… Je voyais peu mon père, et le soir lorsqu’il rentrait de ses interminables journées à « faire de l’argent » comme il disait, il parlait presque toujours avec ma mère de ces Hommes de Washington qui prenaient de bien mauvaises décisions.
Un jour je l’ai vu entrer rouge de colère dans notre salon, il tenait à la main un journal qu’il jeta sur la table avant de rejoindre ma mère dans la véranda. Il gesticula en hurlant pendant plus d’une heure. Je me suis approché du journal, pour comprendre ce qui pouvait autant énerver mon père et je découvris le gros titre : « L’assurance-maladie pour tous ? ». Je connaissais la signification du mot assurance et bien sûr je savais ce qu’était une maladie. En revanche, j’ignorais le sens de « assurance-maladie ». J’ai supposé que cela consistait à assurer une maladie à chacun, ce qui me révolta tout autant que mon père !
Alors, je décidai que plus tard, je deviendrais un Homme de Washington pour changer les choses. Je me rendis dans la véranda pour annoncer ma décision à Papa. Il me regarda en souriant : « Tu veux travailler au Congrès ? ». Je n’étais pas trop sûr de ma réponse, mais j’acquiesçai, et pour me donner un peu de contenance, je dis « Je veux être le chef de tous les Hommes de Washington, papa ». Mon père rit : « Très bien Donald, tu veux être Président des Etats-Unis ». 60 ans plus tard, j’ai atteint mon objectif et je vais régler ce problème d’Obamacare au plus vite.
Claire

 ALICE IN WONDERLAND

Ignoré par son pasteur de père, tyrannisé par une mère-dragon, le jeune Lewis Caroll s’étouffait au sein d’une large fratrie dont chaque membre se sentait résolument coincé entre carcan religieux et principes désuets.
Pour passer le temps libre qui lui était parcimonieusement consenti, petit Lewis jouait avec des cartes sous une vieille véranda dont l’ombre douce berçait  son imagination déjà  débordante. Il appréciait  particulièrement les couleurs vives du valet et de la dame de carreau et prêtait volontiers  à ces héros de papier une vie joyeuse et passionnante dont il était l’instigateur attentif, laissant pour les jours plus sombres trèfles et piques. Grâce à ces cartes magiques dont il prenait grand soin, il ébauchait villages et citadelles où son esprit inventif suivait de surprenants chemins. Une seule des cartes, allez savoir pourquoi, avait subi un traitement singulier : le corps raturé de traits rageurs, la dame de cœur avait perdu la tête. Tout le haut de la carte avait été d’une ligne implacable méthodiquement tranché. Au dos de la demi-carte on pouvait déchiffrer écrit en caractères minuscule au graphite HB 1 les mots «  notre  mère ». Tant d’amour filial aussi maladroitement exprimé aurait pu surprendre ou choquer qui ne connaissait pas madame Carol mais, quand on l’avait un peu pratiquée, nul besoin d’explications… la principale occupation de cette mère de famille exemplaire était, par le biais d’une éducation appropriée, de réduire sa progéniture au silence le plus reposant. Toute manifestation d’émotion, signes évidents d’absence de maîtrise de soi, était proscrite. Attaquant le mal à la racine, elle n’hésitait pas à souligner d’une taloche appuyée tout manquement aux diktats maternels.
Petit Lewis semblait sage comme une image. On ne l’entendait guère mais dans sa tête tout n’était qu’agitation et frénésie. Il ne trouvait son salut que par le biais de folles aventures imaginaires qu’il prêtait aux animaux de la ferme  familiale. Sous le regard émerveillé des poulettes, le Coq, chevalier émérite, était le vainqueur d’un fantastique tournoi. Le Chien était un loup affamé errant dans les steppes. L’âne, une fringante monture attendant son prince avant la bataille. Un gros lapin blanc qu’une tâche brune au-dessus de l’œil droit distinguait de ses congénères, avait sa préférence. Il en avait fait l’intendant cérémonieux qui seul pouvait le conduire au pays imaginaire. Tout au fond du vieux clapier, à l’abri des regards, il avait caché ses plus précieux trésors sous une planche vermoulue : subtilisée à sa plus jeune sœur, une poupée de chiffon qu’il avait prénommée Alice et  la belle et brillante montre à gousset de son père. L’auteur de ces larcins demeurant inconnu, il jouissait en solitaire de ces trésors fabuleux, points de départ d’aventures imaginaires mémorables dont il était le héros magnifique.
Hélas ! ces vols odieux ne devait pas rester impunis !… Un jour où, un peu fatigué, il contemplait, rêveur, la petite Alice de chiffon et la montre étincelante, il s’assoupit, rassuré par la présence chaleureuse et veloutée de ses amis lapins.
Soudain la terre sous lui se mit à trembler et des cris rageurs et perçants lui vrillèrent les tympans. Émergeant, hébété de sa douce torpeur, il eut juste le temps d’apercevoir la face écarlate de la dame de cœur avant qu’une pluie de coups secs et efficaces mette à mal sa jeune carcasse. Alors, dans sa tête meurtrie, ne résonna plus qu’une seule et unique pensée : quand je serai grand, je la tuerai pour de vrai !

PS : si le récit d’Alice au pays des merveilles a fait rêver des générations d’enfants sages ou non et perdure dans la mémoire collective, j’ai ouïe dire que le meurtre demeura symbolique !
Patricia

 

Les récents résultats d’une étude menée depuis les années 80 par l’Unesco ont laissé perplexes les scientifiques du monde entier : on connaissait le personnage, on ne savait pas qu’en fait il avait existé. Le 10 mai 1859 vient au monde Triphon De Mulder, qui sera plus tard maire de la commune de Poesele qui l’a vu naître. L’engouement de beaucoup de ses contemporains pour celui qui défendra ardemment l’école publique ira jusqu’à donner son prénom, peu courant, à nombre des leurs enfants. Celui qui nous intéresse ici c’est Triphon Van Heliotroop. Très jeune, ce natif de Flandre Orientale – on ignore où exactement il a vu le jour – se sent des dispositions pour la marche du monde. Plus précisément pour le mouvement des astres. Mais les études lui ayant été d’un accès difficile à cause d’une surdité précoce, il se tournera alors vers l’âge de 17 ans vers les sciences de l’ingénieur, auxquelles il se consacrera corps et âme. Parallèlement il sera un inventeur prolifique. Mais nombre de ses inventions resteront inutilisables fautes des calculs et des notes qu’il ne conservera pas. De nombreuses esquisses publiées de son vivant auraient dit-on inspiré Jules Vernes, qui lui fut contemporain, mais rien n’est établi à ce sujet. Le dessin d’un submersible évoquant la forme d’un requin n’a qu’une vague ressemblance avec le Nautilus, et la fusée décrite dans « De la terre à la lune » est taillée plutôt comme un obus, alors que celle dont on a retrouvé des croquis dans une vieille malle chez un petit neveu de Van Heliotroop présente déjà un fuselage fort bien profilé pour l’époque et un moteur dont on ne saurait jurer de sa nature mais que quelques-uns se hasardent à qualifier de « pré atomique ». Le principal handicap dont souffrait Triphon, hormis sa surdité qui lui rendait presque incompréhensibles les propos qu’on lui tenait et dont il n’entendait que la fin de chaque phrase, c’était une propension qu’il avait à courir plusieurs lièvres à la fois. Tout en accompagnant chacun de ses déplacements de la manie qu’il avait d’être en recherche perpétuelle de dieu sait quoi à l’aide d’un pendule qu’il faisait tourner.

Tout cela ne l’empêcha pas de trouver à l’âge de 37 ans une compagne, avec qui il eut un fils qui était le portrait craché de son père. À tel point, et aussi parce qu’on lui avait donné le même prénom – en changeant le I pour un Y toutefois – que les gens prenaient souvent l’un pour l’autre. D’un naturel encore plus taciturne et distrait que son père, Tryphon Van Heliotroop s’en fut vivre à Laeken au bord de la Molenbeek où il occupa toute son activité à des recherches scientifiques tout aussi curieuses, pour ne pas dire farfelues, que celles de son géniteur. C’est là qu’en 1942 à l’âge de 43 ans révolus, il rencontre, dans une partie donnée au château de Laeken par le roi Albert III pour les huit ans de son fils et en hommage à la mère de ce dernier morte 7 ans plus tôt, le dessinateur Georges Rémi, déjà célèbre. Ce dernier est tellement marqué par la rencontre de ce savant fou haut en couleurs, qu’il décide d’en faire un personnage qui verra le jour dans un album un an plus tard. Il adoptera son prénom, qui est remarquable à lui seul. Toutefois en ce qui concerne le nom, il optera pour sa francisation, supprimant la particule et passant ainsi de Heliotroop à Tournesol. C’est Le Trésor de Rackham le Rouge, douzième album de bande dessinée des Aventures de Tintin, prépublié en noir et blanc du 19 février au 23 septembre 1943 dans les pages du Soir et dont l’album en couleurs paraîtra en 1944 qui marquera l’arrivée dans la série du professeur Tryphon Tournesol qui est devenu un héros, au même titre que le Capitaine Haddock.
Diego

p1

Depuis toujours, je chante. Je chante quand il pleut, je chante quand il fait beau, je chante quand il fait chaud et je chante aussi sous la neige.
Mes quatre frères et sœurs ne me supportent plus. Ils disent qu’ils n’en peuvent plus de m’entendre chanter de telles conneries, que ça va les abrutir. Mais moi, ça ne me fait ni chaud ni froid et je continue car ils ne connaissent rien à la poésie !
J’ai toujours porté ma robe de petite fille modèle, même aujourd’hui pour fêter mes soixante-quatorze ans et je continue de chanter :
Ce matin, un lapin, a tué un chasseur….
Bécassine, c’est ma cousine !!!
C’est Guignol, c’est Guignol…
Fabienne

11 novembre, 2016

Atelier d’écriture du 7 novembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:50

DEVOIR : 4 mots extraordinaires

Carminatif – caudatoire – sycophante – xyste

p1

Il était tard ce soir là et arriva l’heure fatidique de la nuit où ils se retrouvèrent seuls dans la chambre…
Intimidée par la situation, elle s’approcha lentement de lui, laissant tomber doucement ses derniers vêtements, l’air carminatif.
Alors qu’il était déjà nu, assis au bout du lit, il lui faisait signe de s’approcher avec un sourire caudatoire.
Ils s’allongèrent doucement sur le lit en s’embrassant langoureusement, lui, rêvant de découvrir en parcourant sa géographie sa sycophante et elle, laissant ses mains épouser ses courbes, pressée de profiter de son xyste….
Fred 
Variations

 

Son caudatoire arrimé sur le dos, le sycophante se mit en route. Le chemin était encore long avant d’atteindre Xyste. Le voyage s’annonçait cependant agréable, un ciel carminatif était prévu pour toute la semaine.

 

Son sycophante arrimé sur le dos, le xyste se mit en route. Le chemin était encore long avant d’atteindre Carminatif. Le voyage s’annonçait cependant agréable, un ciel caudatoire était prévu pour toute la semaine.

 

Son carminatif arrimé sur le dos, le caudatoire se mit en route. Le chemin était encore long avant d’atteindre Sycophante. Le voyage s’annonçait cependant agréable, un ciel xyste était prévu pour toute la semaine.

 

Son xyste arrimé sur le dos, le carminatif se mit en route. Le chemin était encore long avant d’atteindre Caudatoire. Le voyage s’annonçait cependant agréable, un ciel sycophante était prévu pour toute la semaine.
Claire

p1

Dans le grand monastère froid et obscur, les carminatifs sonnaient matines. Muets sous leur capuche grise, les moines, bercés par la parole divine extraite du grand caudatoire, émergeaient de leur premier sommeil. C’est alors que, stupéfaits,  ils entendirent une voix céleste pure et cristalline s’élevant du cloitre. Tant de grâce et de fluidité dans ce chant magnifique ! Le supérieur, oubliant son devoir de réserve, ne put résister à l’appel de l’ange et, transporté, se rapprocha du cloitre. A peine le porche passé, il aperçut, médusé, une lueur douce et bleutée entourant la  Sychophante Blanche. Le cœur du supérieur battait à tout rompre.  Il lui sembla que Ste Xyste de ses yeux doux pénétrait son âme. Peu à peu les moines l’avaient rejoint et tous, agenouillés, priaient avec ferveur.
Brusquement, laissant les religieux hébétés et hagards, la merveilleuse vision s’évanouit et un claquement sec retentit.
Coupez ! Cria le réalisateur ; ça suffit pour aujourd’hui,  on visionnera les rush en fin d’après-midi.
Estomaqué et furieux de s’être laissé ainsi berné, tout l’aréopage s’interrogeait : qui avait bien pu donner la permission de tourner un clip dans ce lieu de culte réservé au silence et à la prière ? Ce mystère  subsidiaire ne fut jamais élucidé et, tous, s’interrogent encore…
Patricia

Le Carminatif et Sycophante

Le Carminatif et Sycophante

Délire cauchois

Jadis, dans le pays de Caux, région de pommiers, de cidre, de vaches paissant dans les bocages des bords de Seine, à l’extrême ouest de Paris, pour être plus précise, avait vécu, dans une masure délabrée, un homme natif de Carmi (chers lecteurs, ne soyez pas étonnés, il est tout à fait normal que vous ne connaissiez pas Carmi, tout petit village perché sur les rochers abrupts de la côte amalfitaine, au sud de Naples).
Lors d’une tournée en France, ce Carminatif, dresseur d’animaux pour le cirque italien Pistorio, était tombé amoureux fou de ce coin de Normandie le jour-même où sa troupe avait dressé ses tréteaux sur la place d’Yvetot et il avait décidé de s’y installer pour toujours.
Le soir, il faisait des tours de piste sur le dos de son éléphante Syco, surnommée Sycophante, sous les regards admiratifs des gamins du village et cela suffisait à le rendre heureux.
Or, au dixième soir de la représentation, alors qu’il chevauchait allègrement en équilibre sur une fesse Sycophante, l’éléphante Syco, une douleur insupportable près du coccyx le terrassa. Un médecin, accouru à son secours, diagnostiqua un kyste vraiment très mal placé, car situé sur son point X (vous aurez compris, chers lecteurs que, comme on parle de film X et de point G, on peut parler de kyste sur le point X, ou de xyste, pour faire plus court…).
Notre Carminatif fut opéré sur le champ avec succès.
Une fois son kyste retiré, le médecin décida de l’enterrer, comme on enterre dans ces pays empreints de magie et de croyances surnaturelles, des morceaux de lard afin qu’une fois décomposés, tous les voeux émis à cette occasion s’accomplissent.
Le voeu émis par le Carminatif, qui était un peu dataire à ses heures, c’est-à-dire capable de deviner les dates d’évènements tenant du prodige, était de posséder le 22 septembre suivant, date de sa sortie de l’hôpital, une magnifique demeure de convalescence en pierres de taille de Caux et de pouvoir garder Sycophante, son éléphante chérie auprès de lui, même s’il savait ne plus pouvoir la chevaucher, son xyste étant vraiment mal placé, comme je vous l’ai dit, risquant de lui laisser des séquelles embarrassantes.
Autant vous dire qu’une partie de son voeu fut exaucé, le dataire Carminatif du pays de Caux, devenu de ce fait Caudataire, dresseur de Sycophante, opéré avec succès de son xyste mal placé, obtint un toit pour s’abriter, mais…
Ce qui surgit, un soir de 22 septembre, des brumes du pays de Caux, à l’endroit-même où un xyste italien avait été enterré, fut une masure qui prenait l’eau.
D’explication, je n’en ai pas… Peut-être les forces surnaturelles d’un naturel xénophobe avaient-elles jugé préférable de n’exaucer qu’en partie ce voeu carminien ?
Notre Caudataire en fut, jusqu’à un âge avancé, bien marri quoiqu’en partie consolé par le bonheur qu’il lisait dans les yeux doux de Sycophante qui avait trouvé pommes, pommiers, cidre, amis et chaussure à son pied (…) dans le joyeux bocage de Normandie.
Anne-Marie

 

p1

Oh ma Carmen !

Nous autres fiers carminatifs avons un hymne. Je vous en dirai tout à l’heure le dernier vers.
Le 3 mars 1875 est la date de la première à Paris de l’opéra comique Carmen. Nous en avons fêté le cent quarantième anniversaire l’an dernier. Georges Bizet a trente sept ans. Premier prix de piano à quatorze ans il compose très tôt. Offenbach, Berlioz et d’autres tissent ses louanges. Personne n’est parfait, il s’engage dans la Garde Nationale en 1870, sans participer directement à l’écrasement de la Commune de Paris. Ses succès sont trop peu nombreux et Carmen sera mal accueillie : salace. Trois mois plus tard, jour pour jour, Georges est poignardé par un infarctus foudroyant. En somme, c’est Bizet droit au cœur.
Libérée de son lourdaud de créateur, la fière cigarière s’envole alors pour une époustouflante tournée mondiale qui ne finira jamais. « Sonne trompette éclatante, ta ra ta ta, ta ra ta ta ». Le buzz s’explique aisément.
Par la musique d’abord.
Outre qu’elle vous colle aux oreilles, comme la très célèbre habanera, d’ailleurs empruntée à un basque : « l ‘amour est un oiseau rebelle », elle entrainerait dans sa danse le plus ibérophobe. Avant tout les cuivres, particulièrement les deux sycophantes placés dans l’orchestre entre les quatre cors et les trois trombones. C’est faire injure à ces instruments anciens que de les avoir oubliés alors que leur usage est ad hoc. Les airs sont primesautiers, libertaires, enjoués. Freidrich Nietzsche, le moustachu frontal, qui n’était pas carminatif précoce et qui sortait d’une wagnérite tragiquement tragique disait, très sérieusement comme toujours : « Bizet me rende fécond ». Je suppose que c’est comme cela qu’il entrait en phase extatique quand les anneaux des sistres tintinnabulaient.
Aussi, quel plateau, quels personnages.
Certes, Don José est peut-être le brigadier mou dont on se tape, Mercédès la bourgeoise dévergondée qui a du kilométrage. Mais comment ne pas aimer ces sorcières bohémiennes dansant la séguedille. Leur cambrure et leur zapateado nous font perdre les pédales à la moindre vuelta. Et quand les cigarières telle Frasquita (un prénom évocateur) vous susurrent des mots d’amour vous allez accepter de vous faire rouler. Dans les rares moments de calme on voudrait rassurer dans ses bras la gentille navarraise Micaëla (si, si, cela existe une poulette basquaise pas trop pimentée). En toute franchise, j’ai une fascination personnelle pour Escamillo, ce rôle décapant de torero qui vient d’éclater à Grenade. On ne le voit que rarement mais sa renommée est permanente. Littéralement il vous les coupe et pourtant tout en combattant, un œil noir le regarde et l’amour l’attend. Pourtant si j’avais un rôle à accepter ce serait celui de Zuniga. Non parce qu’il est capitaine, le plus haut gradé de l’histoire. Non parce qu’il fait incarcérer la fille provoquante qui tient entre ses dents la fleur de cassie. Mais parce que cette basse est si basse qu’on l’entend en enfer. Je l’avoue c’est mon registre, de ces basses profondes, stomacales, que l’on nomme xystes. Comme me le sacrais mon maître de chant : « nom de Diou, tu es xyste ou tu n’es pas !».
Et les chœurs, les chœurs, cette garde montante…
Et puis le rôle titre. Vous pouvez facilement oublier la créatrice du personnage : Célestine Galli-Mané. Elle a plutôt l’air d’une boulangère à brioche, encore que je connaisse des pâtissières moins enfarinées. Je préfère vous donner deux exemples que vous avez toutes et tous en mémoire : l’ardente Béatrice Uria-Monzon et la flamboyante Julia Migenes-Jonhson. Si votre Alzheimer vous a fait sauter un épisode je tiens les photographies à votre disposition. Mesdames, si vous voulez comparer les versions filmées, ma villa comporte une grande cave transformée en salon d’écoute sensaroound and around, and around…
Enfin le livret, dont le caractère prospère ne vous a pas échappé. Ce beau monde, que vous êtes, serait capable ad libitum de citer de mémoire :

« le doux parler des amants, c’est fumée,
leurs transports et leurs serments, c’est fumée ».
« l’amour est loin tu peux l’attendre,
tu ne l’attends plus… il est là ».
« Suivant l’usage des femmes et des chattes, qui ne viennent pas quand on les appelle et qui viennent quand on ne les appelle pas ».
J’avoue avoir féminisé l’animal, toute grivoiserie bue.

Le caractère volatil de l’amour est bien banal dans les opéra-comique,  au moment des années folles par exemple. Carmen déclare être libre et jusqu’à maintenant, au troisième millénaire, les femmes la croient avec enthousiasme. Mais n’est pas au prix du mensonge permanent ?  Ceci n’est pas un jugement de confessionnal. Son seul moment de vérité, la hora de verdar de l’arène, est de mourir en déclarant aimer qui elle veut, quand elle veut, croquant tous les fruits. Sont-ce là les débuts du féminisme ? De ce point de vue, le bref épisode de la « bar lachi » me semble pertinent. Cette pierre d’aimant, qui fixait l’aiguille, était connue des longue date des bohémiennes. C’était une roche magique que l’on portait sur soi, souvent en pendentif. Même sa poudre était un véritable passeport diplomatique qui vous préservait de tout danger. Carmen en use autrement. En prix de son évasion, elle la promet à ce benêt de José lui garantissant que son sortilège fera en sorte que toutes les femmes lui tombent dans les bras, sauf elle ! En effet, dès ce moment, elle semblait bien décidée à aller voir ce qui se cache derrière la muleta d’Escamillo. N’en déplaise à tous les caudatoires, détenteurs et défenseurs des codes d’étique, de déontologie, de conduite, des codes génétiques, postal ou encore codes-barres, le code d’honneur est ici bel et bien bafoué. Vergonza ! A terre les codes ! On se croirait en 1968. Enfin, mais il y a tant de noeuds à dénouer, l’aspect politique m’a intrigué. Ici les basques sont vils contrebandiers. Don José les rejoint dans la clandestinité, trahissant l’armée espagnole, comble de l’infamie. L’euzkadien est déserteur et finira assassin. Il n’aura jamais l’amour de l’andalouse et qu’aurait-on dit d’une castillane.
« Quand il s’agit de tromperie, de duperie, de veulerie
il est toujours bon, par ma foi,
d’avoir les femmes avec soi ».
Et comme je l’aime ce livret, avec ces derniers mots que je vous promettais :
« Oh ma Carmen, oh ma Carmen adorée ».
PS : commentaire de mon beau-frère après avoir lu mon billet : « pour carminatif, ton explication ne vaut pas un pet ». Beauf, c’est du pur talent !
Bertrand

p1

Carmi, natif d’Ouvéa, avait grandi dans la tribu, bercé par les contes des ancêtres, les rêves d’indépendance des « grand frères » et la haine du blanc. Il y avait été insouciant et heureux. Et puis, à l’âge de six ans, sa tante Aglaé, qui n’avait pas d’enfant, l’adopta et le ramena chez elle, au Mont-Dore. Elle voulait qu’il aille à l’école et qu’il y travaille bien. Mais Carmi se sentait prisonnier dans sa classe, dans la ville, dans ce monde qu’il détestait.
Il avait fui l’école. Aglaé lui disait qu’il devait travailler maintenant. Tous les jours, elle lui prenait la tête avec ça. Il fallait gagner de l’argent.
Lui se voulait libre.
Alors, il se dit, en ce 30 avril 2013 qu’il avait déjà bien attendu et qu’il était plus que temps d’agir.
Ses « grands frères », du fond de leur cellule au camp Est, lui avait expliquer exactement ce qu’il devait faire.
Tout d’abord, se procurer un sycophante par n’importe quel moyen. Comme Carmi n’avait pas d’argent, il décida d’en voler un. Les voisins de sa tante étaient chasseurs. Un matin qu’ils n’étaient pas là, il entra par la fenêtre ouverte et choisit le plus gros, dont il scia le canon.
Il descendit sur Nouméa en stop.
Il ne lui restait plus qu’à acheter des balles à ailettes, des « Caudatoire », faites pour tuer. Il se rendit dans le centre-ville. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup d’enfants…
Il vit un homme, un blanc, qui fumait une cigarette sur des marches. Il lui cria : « Je vais te tuer » !
Il tira, plusieurs fois, il ne savait plus combien. Il y avait des blessés… Peut-être des morts, il ne savait pas. Il jeta son arme et s’enfuit pour se cacher derrière une voiture, mais les policiers le rattrapèrent et l’arrêtèrent.
Quand il arriva au camp Est, tous ses frères étaient fiers de lui et lui crièrent : « Maintenant, tu es xyste !!!! ».
Fabienne (d’après une histoire vraie)

Exercice :
Faire 3 tas de papiers : n° 1 = noms propres – n° 2 = lieux – n° 3 verbe
Ecrire une histoire avec ces 3 éléments 

Nicolas PINARD – dans une église – croire en son étoile

p1

Nicolas croyait en la signification des noms. Ce n’était pas pour rien qu’il s’appelait PINARD : son père et sa mère étaient tous deux alcooliques. Laissé quasiment à l’abandon, alors qu’il était à peine sorti des langes, il fut recueilli par le frère de son père, son oncle Zébu. Ce dernier avait un nom un peu bizarre car le grand-père de Nicolas, alors qu’il avait bien fêté la naissance de son dernier fils, déclara à l’officier de l’état civil : Z’ai bu ! Il avait un léger cheveu sur la langue… L’officier crut que c’était là le nom de l’enfant et le déclara sous le nom de Zébu PINARD.
Oncle Zébu qui avait beaucoup d’humour s’acheta un titre afin de s’appeler Zébu du Pinard. Il était par ailleurs très croyant et allait à la messe toutes les semaines, accompagné de son neveu. Un dimanche matin, alors qu’ils étaient tous deux dans l’église, Oncle Zébu regarda intensément le petit Nicolas et lui dit : il faudra toujours croire en ton étoile. Sur ce, il tomba raide mort.
Nicolas se dit qu’il y avait là un message. Après de brillantes études d’eonologie et en souvenir de son oncle bien aimé, il fonda à Paris, la Maison Nicolas.
Fabienne

Exercice : 

p1 

Attention !!!! Alerte enlèvement !!!
Rose Boulet, 87 ans, plus connue sous le sous le nom de « Mamie Rose » a été enlevée ce matin à la maison de retraite « Les Cerisiers Bleus ». Elle est vêtue d’une robe à grosses fleurs multicolores et porte aux pieds des baskets roses fluo. Elle a les cheveux blancs, des lunettes de vue vertes et mesure 1,60 m.

Si vous la voyez, n’intervenez pas vous-mêmes, prévenez le 05 05 05.

J’étais au volant de ma voiture quand j’entendis cette alerte enlèvement. Je me disais en moi-même, mais qui donc pouvait bien avoir envie d’enlever une mamie ? Habituellement, ce genre d’alerte était destinée à retrouver des enfants.
J’étais donc assez perplexe et faillis brûler un feu rouge. Je pilais au dernier moment. Tournant légèrement la tête à gauche, je vis un booster orange arriver et se mettre à mon niveau. Les cheveux de la conductrice étaient cachés par un casque orange, mais elle avait des lunettes vertes et ce qui ressemblait à une robe à grosses fleurs multicolores. Les baskets étaient sans aucun doute roses fluo. Derrière elle, un enfant riait aux éclats. J’ouvris ma vitre et me penchais pour demander à l’enfant pourquoi il riait. Il me cria : ça y est, je viens d’enlever Mamie Rose. Maintenant, elle habitera avec moi parce que je n’avais pas de mamie, et plus jamais elle ne retournera dans sa triste prison ! ».
Fabienne

 

Du cours en stock: le franç... |
lavieenprose |
Cahier de Français |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'3nvers de la caverne
| ASSOCIATION CORAMBE
| ylds