Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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26 octobre, 2016

Atelier du 24 octobre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:16

Exercice : Terminer un texte par 

C’était le jour des Morts. Lorsqu’ils sonnèrent à sa porte, il fit donc le mort. « Ça va peut peut-être marcher, se dit-il ».

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Glarg était un spécialiste des exoplanètes et dans son secteur de recherche se trouvait une planète qui hébergeait une forme de vie intelligente, ce qui est une formidable chance pour tout scientifique en cosmologie et étude des habitats.. Il paradait souvent auprès de ses collègues qui eux n’avaient à observer que des caillous stériles. Mais Glarg fit moins le malin lorsque le conseil lui ordonna un rapport d’étude sur le terrain. C’était follement amusant d’observer des êtres vivants via les lentilles de télescopes ou les sondes mais une tout autre entreprise de faire une excursion sur un autre monde. Il avait alors appris en hâte toute les coutumes des humains, car c’était leur nom, et s’était préparé pour le voyage du mieux qu’il avait pu. Hélas ! le transport ne se faisait pas par navette mais par téléportation supraluminique ! Hors la date de départ et la date de retour ne pouvait être modifiées avec ce système. Aucun moyen de rentrer en cas de problèmes. Même pas moyen de contacter son peuple une fois sur place !
Le jour J, Glarg n’en menait pas large et tous ses collègues étaient venus assister à son départ. Il tremblait d’appréhension et pouvait entendre les plaisanteries et les rires moqueurs derrière son dos. Comme il regrettait d’avoir tant fanfaronné sur sa connaissance de la terre et des humains à présent. Le téléporteur vrombit, une lumière jaillit et Glarg était parti. Il arriva quelque seconde plus tard, apparaissant dans un éclat de lumière dans le salon d’une maison. Personne dans la maison apparemment… mais par la fenètre des troupes de frénétiques jeunes humains qui couraient dans la rue, affublés de costumes de monstres. Il était arrivé pendant l’une des nuits les moins calmes de l’année ! La nuit d’halloween ! Ce voyage commençait bien !  Règle numéro un dans une telle situation, ne pas se faire repérer !
Après tout, C‘était le jour des morts. Lorsqu’ils sonnèrent à sa porte il fit le mort, ça va peut être marcher se dit-il…
Léo-Paul

sv

Dans les années 3180, sur la planète Mouira, régnait le dictateur XB 150, dit l’Atomiseur.
Trop d’enfants, trop de bouches à nourrir, pas assez de denrées pour subsister en harmonie… la régulation de la population était devenue la priorité absolue.
Aussi, pour faire simple et sans formule alambiquée, le dictateur avait tout bonnement déclaré que tout humain atteignant dans l’année en cours la date butoir de ses 55 ans serait euthanasié sans autre forme de procès le jour de la fête des Grands Feux, soit le 41 ème jour du mois des lunes vertes, rebaptisé «  le jour des sacrifices ».
Lilian III dit «  Le Court », eu égard à sa petite taille, était le frère jumeau d’XB 150. Écarté du pouvoir depuis son plus jeune âge, il vouait une haine sans faille à son jumeau. Quand s’approcha pour Lilian le moment fatidique, il imagina un stratagème : avoir l’aspect et la rigidité d’un cadavre quand les exécuteurs défonceraient la porte de sa demeure. Aidé par sa cousine, Zahia la rousse, grande chimiste réputée, il se fit préparer un breuvage dont les effets devaient servir ses plans. Il envisageait par la suite de trucider XB 15O et d’en usurper le trône.
Le 41ème jour du mois des lunes vertes, quand les deux astres apparurent symétriques au dessus de la planète Mouira, il avala d’un trait la sinistre potion. Comme prévu, son corps était parfaitement inerte mais son esprit toujours en éveil. C’était le jour des morts. Lorsqu’ils sonnèrent à sa porte, il fit donc le mort ; ça va peut-être marcher se dit-il.
Patricia

 

Le jour des morts

Ce dimanche c’est Toussaint. Vous le savez, contrairement à l’opinion populaire, le jour des morts est le lendemain. Donc en ce dimanche spécial, le curé de notre gros village est heureux. Bien que ou plutôt parce que son église s’est au tiers effondrée, il fait salle comble. La mort remplit les salles obscures. Monté en chaire, notre diseur de patenôtres bien en chair va se permettre un plaisir rare. Ses gros doigts aux ongles manucurés se congratulent dans ses mains potelées. Sans préambule, penché tel un vautour au-dessus de son aire, il maudit avec moult absconneries une de ses ouailles, un homme qu’aucune indulgence n’aurait pu racheter. Celui-ci, sans penser à mal s’était installé au premier rang des prie-Dieu. Il n’a pas réalisé que sa blanche chevelure bouclée le désigne au milieu du troupeau comme le mouton du méchoui. L’homme de loi divine, ce n’est qu’un homme perché, met aux enchères la tête de ce vieillard. Notre bon père Leloup, du haut de son prône, a les dents ruisselantes de mauvaise bave. Tel un imam de banlieue ou un rabbin de colonie, il harangue la foule ondulante de haine.  Mes chers frères, cet homme n’a pas le droit de vivre. Je ne citerai qu’un seul de ses immondes et nombreux péchés mortels. Il écrit des textes salaces, il écrit le blasphème. Fier de ses cochonneries, il les lit aux membres           d’une société secrète qui se réunit le lundi soir dans une crypte sordide située immédiatement sous la grande salle claire où pérorent parmi les sunlights quelques uns des meilleurs écrivains cathodiques du vaste monde. Mes très chers frères, mes fidèles amis, cet homme est-il encore un homme ? En vérité je vous le dis, il n’a pas le droit à la vie. Dieu en jugera et le plus tôt sera le mieux.
Le pauvre homme préfère quitter immédiatement la nef après ce prêche vengeur. Il se souvient vaguement que la deuxième mi-temps est moins intéressante et que cela finit plutôt mal. La tête haute malgré tout, car il a un torticolis, il s’en va par l’allée centrale, cinglé par une cinquantaine de regards exorbités. Pour lui la messe est dite et l’on prépare le sacrifice. L’assistance se prend d’une fièvre joyeuse. Le lendemain, le jour des morts retrouvera sa signification primale.
Arrivé chez lui, il ne ferme pas la porte. Il juge inutile de se déshabiller, de se laver, de se raser et même de dîner. Il va dans sa cave dont le sol de terre battue est si doux à la plante des pieds. Il prend la bouteille de Calva et se rend compte que c’est la dernière. Il a donc épuisé la réserve d’une trentaine de tonneaux que le bouilleur de cru avait distillée pour lui. La source d’inspiration de ses écrits est donc tarie. Il s’assied à sa table devant une feuille blanche. Au petit matin la page reste virginale bien qu’il ait siroté tout le liquide doré. Il se pose alors la question essentielle : si l’autre monde existe, me laissera-t-on la possibilité de continuer à écrire mes bouffonneries ? Délicatement il couche sa tête sur le texte rêvé mais non abouti. Il ferme les yeux. Et maintenant…
C’était le jour des morts. Lorsqu’ils sonnèrent à sa porte, il fit le mort. Ca va peut-être marcher, se dit-il !
Bertrand

hodup

Jojo le Tatoué était un fainéant de première et il ne lui vint jamais à l’idée de travailler pour gagner honnêtement sa pitance. Des escroqueries par-ci, des vols par-là, rien d’un grand truand, il vivait, comme on dit, à la petite semaine. Bien souvent, même, il était obligé de demander quelques pièces à sa vieille mère, qui touchait une pension confortable de veuve de guerre.
Le jour où il rencontra Marcel le Bouffi, il crut que son jour de chance était arrivé. Marcel avait un plan : il projetait de cambrioler la Caisse d’Epargne du quartier. Pourquoi celle du quartier ? Parce que Marcel la connaissait bien, du temps où il travaillait encore, et il y avait bien longtemps, il avait effectué quelques travaux de réfection et de peinture. Ainsi, il connaissait la topographie du lieu et en avait fait un plan très détaillé. Mais il avait besoin d’un complice. C’est pour ça qu’il rencontra Jojo, au bistrot du coin « Copains comme cochons ». Jojo fut emballé par le projet ! Enfin un bon coup qui le sortirait de la misère. Son rêve secret était de racheter le bistrot !
Le jour-dit, ils se retrouvèrent devant la succursale de la banque, en costard cravate, qu’ils avaient trouvé au puces le dimanche d’avant. Marcel demanda à Jojo :
-       Elle est où ta caisse ?
-       Ben, j’en ai pas…
-       Comment, t’as pas de bagnole, mais comment on va faire pour partir ?
Evidemment, ils n’y avaient pas pensé avant. Ils décidèrent tout de même de tenter leur chance. Mais arrivés devant la porte, ils se rendirent compte que c’était la Toussaint et que la banque était fermée. Marcel, qui n’était jamais à court d’idées, même si elles étaient foireuses, proposa de passer par la porte de derrière, dont il avait encore une clé. Mais à peine eut-il mis la clé dans la serrure qu’une alarme stridente leur vrilla les oreilles.
Jojo prit donc ses jambes à son cou, sans attendre son complice. Deux agents de police, qui faisait une ronde dans le quartier, le suivirent. Il courut jusqu’à sa chambre de bonne au sixième étage. Essoufflé, il referma la porte. Et eut une idée de génie : c’était le jour des Morts. Lorsqu’ils sonnèrent à sa porte, il fit donc le mort.
Ça va peut peut-être marcher, se dit-il.
Fabienne

Exercice : Commencer un texte par : Elle avait toujours eu un petit nuage au-dessus de sa tête. Peut-être était-ce pour cela qu’il pleuvait dans sa vie, jusqu’au jour où

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NUAGE

 Elle avait toujours eu un petit nuage au-dessus de sa tête. Peut-être était-ce pour cela qu’il pleuvait dans sa vie, jusqu’au jour où tout lui sortit à flots par les trous de nez ! Elle se munissait en permanence d’un drap de lit mais malgré cela, ne se sentait jamais à l’aise. Son mari la traitait de morveuse. Il refusait de faire l’amour avec elle en position de missionnaire inversé. Il avait rêvé d’une autre sorte de femme fontaine. (faites-vous expliquer par votre voisine moi je n’ai rien compris à ces entrelacs dégoulinants). Le flux était intarissable, malgré antihistaminiques, vasoconstricteurs, anti-inflammatoires et même corticoïdes. Un gros nuage noir dans le ciboulot est une source inépuisable. Si vous essayez de le repousser dans un coin vous vous retrouvez très vite coincé entre le marteau et l’enclume et risquez la foudre. Son mari la quitta : il avait jeté l’éponge. Ses grands enfants avaient été emportés dans ses torrents d’effluents et avaient fini dans le caniveau. Sur le moment elle se crut perdue. Mais au bout de quelques heures le soleil perça. Tout s’éclaircit à l’intérieur de sa boite crânienne. Curieusement ce ne fut pas à cet endroit de son anatomie qu’elle eut le plus chaud !
Bertrand


Elle avait toujours eu un petit nuage au-dessus de sa tête. Peut-être était-ce pour cela qu’il pleuvait dans sa vie jusqu’au jour où
un  minuscule rayon de soleil pénétra dans son cœur en douceur. Surprise par la sensation de chaleur et le bien-être qu’elle ressentait soudain, elle se permit un petit sourire suivi d’un petit soupir de contentement. Elle qui était pâlotte affichait à présent une carnation de jardinière provençale. Son cœur, au rythme tantôt si lent palpitait agréablement. Ragaillardie, elle ouvrit grand sa porte et souriant au jour nouveau, partit à la découverte d’un monde dont les couleurs éclatantes invitaient au voyage. Ses yeux pétillaient à chaque heureuse surprise révélée en chemin. Elle riait si gaiement que chaque passant en était charmé et conservait tout au long du jour l’image réconfortante d’un bonheur si franchement affiché. Tant de grâce ne pouvait qu’attirer et séduire. C’est ainsi qu’elle fit la connaissance de Gaston, jeune-homme de 25 ans, sain et robuste, boulanger de son état.
Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…
 Le temps passant, le soleil lui sembla un peu se ternir. De couches à changer en lavages et repassages épuisants, elle constata bientôt qu’un petit nuage s’était reformé au-dessus de sa tête. Forte d’une expérience acquise par le truchement d’un film de Pagnol qu’elle avait beaucoup apprécié  mais dont la fin était assurément à revoir, elle prit un, puis deux, puis trois amants… Plus jamais elle n’eut de petit nuage au dessus de sa tête !
Patricia

Elle avait toujours eu un petit nuage au-dessus de sa tête. Peut-être était-ce pour cela qu’il pleuvait dans sa vie, jusqu’au jour où elle décida de réagir.
Elle essaya de retrouver le jour où ce nuage était apparu et ne s’en souvint pas. Elle pensa qu’il venait de sa petite enfance. Toutes les larmes qu’elle avait versées à cette époque et après s’étaient évaporées, mais au lieu de rejoindre les cieux, pour en faire des nuages qui donneraient une pluie bienfaisante après la chaleur, ses larmes à elle étaient restées au-dessus de sa tête. Du coup, sa vie était d’une tristesse à pleurer. Et comme elle continuait de pleurer, justement, le nuage persistait et la suivait partout. Alors, un jour un peu moins noir, elle accrocha sur ses lèvres un sourire crispé. Ce jour-là, il y eut un arc-en-ciel dans sa vie. Elle pensa que ça valait le coup de persister. Encouragée par cet essai, elle tenta de sourire tout le temps, même devant l’adversité, même devant le chagrin. Et elle dut bien constater qu’il y avait de moins en moins de tristesse, presque plus, en fait et que le soleil brillait enfin pour elle.

Fabienne

Elle avait toujours eu un petit nuage au-dessus de sa tête, peut être était-ce pour cela qu’il pleuvait dans sa vie, jusqu’au jour où un homme charmant, beau et tendre l’accosta. Il chassa les nuages et éclaira sa vie . Éperdument amoureux l’un de l’autre, ils ne tardèrent pas à se marier. Elle l’appelait son rayon de soleil mais au fil des années, tant d’amour et de dévotion finirent par lui taper sur le système. Maintenant, elle porte toujours une casquette.
Léo-Paul

DEVOIR : Trouver une origine « originale » à l’expression
« Etre copains comme cochon ».

Copains

Il était une fois dans un pays lointain, en des temps reculés, deux hommes, deux amis. Il avait grandi ensemble, joué ensemble et gardé les cochons ensemble, bref ils se connaissaient depuis tout jeune et étaient restés amis une fois adulte. L’un était grand et beau et l’autre petit avec un visage grossier.
Léo-Paul

C’est une histoire très ancienne que je m’en vais vous conter là, mais les expressions les plus communes encore utilisées de nos jours ne puisent-elles pas leur origine dans des histoires très vieilles que tout le monde a oublié depuis longtemps.
Elle se situe sur l’île assez isolée de Niuatoputapu (nord des Tonga) et s’est passé il y a très, très longtemps. Un violent cyclone avait frappé l’île et tout ravagé sur son passage, laissant les habitants très démunis. Plus de falés et surtout, plus de cochons. Le cochon est très important dans beaucoup de cultures océaniennes car il ne sert pas qu’à nourrir ; c’est aussi un élément clef des coutumes et autres fêtes de prime importance.
Les habitants de ces îles ne s’encombrent pas avec la gestion délicate des lisiers, les plans d’épandage et toutes ces choses du monde moderne. Ils construisent de petites cabanes perchées sur de graciles pilotis qui s’avancent au dessus de la mer ; une frêle passerelle les relie à la terre ferme. Ainsi, l’océan se charge de l’élimination des déchets.
A la première tempête, tout est détruit et les gens évacuent les cochons vers l’intérieur des terres dès qu’ils sentent une menace. Mais ce cyclone-ci était arrivé si vite que personne ne l’avait senti venir. La radio et les services météo n’existaient pas encore, à cette époque.
Les gens étaient désespérés. L’absence de cochons empêcherait la tenue de grandes célébrations particulièrement importantes ; leur monde s’écroulait. Alors, quelle ne fut leur stupéfaction puis leur joie, lorsqu’ils aperçurent deux groins qui approchaient lentement de la côte.
Avant de poursuivre plus avant, je me dois de faire un détour par des précisions anatomiques indispensables à la compréhension de l’histoire. Le verrat possède le rapport poids des testicules/poids corporel le plus élevé de tous les mammifères. Et c’est un réel handicap pour la natation car ces deux énormes bouées soulèvent l’arrière train pendant que les narines plongent sous l’eau ; le pauvre animal s’épuise rapidement avant de se noyer.
Et donc sous le regard éberlué des habitants hagards, on vit arriver un étrange couple de gorets, le castrat, le cochon donc, point handicapée par la paire de bouées, soutenant le groin du mâle hors de l’eau.
Ce sauvetage héroïque valut un immense succès au cochon qui du coup ne fut jamais sacrifié. Et le langage populaire se chargea d’immortaliser l’histoire, mainte fois racontées pendant les veillées au coin du feu dans le grand falé commun. Etre copains comme cochons devint le plus beau compliment pour caractériser une amitié à la vie à la mort et les colonisateurs furent tellement touchés par cette merveilleuse aventure, qu’ils intégrèrent à leur tour, l’expression dans leur langage courant. Mais sans veillées au coin du feu, l’origine s’en perdit rapidement.
Mireille

Histoire de copiner comme un cochon

C’est fou ce que peuvent faire dire ces suidés. Ils mangent mal ou mâle le plus souvent sauf la confiture, ont un sale caractère et paient plein pot. Mais plutôt que de débiter des truismes je m’en vais me retrousser les coudes et tenter en bon uniforme d’expliquer l’expression : copains comme cochons. Ces deux catégories vont en bande et bande c’est déjà cochon ! Ne prenez pas mal ce texte, après tout ce n’est pas la mort à boire.
Pour moi qui n’ai pas de copains je ne peux pas me fier à mon expérience. J’ai donc actionné mon bimoteur de recherches. Oui j’en ai deux mais cela ne vole pas plus haut. Donc les profondeurs du Gogue, Wikidégats ou Wikisoda, je ne sais plus très bien, m’ont indiqué un vieux socius latin, saucisse sociable qui me ramenait directement au lard. L’autre espion, Walou ne vaut rien du point de vue des expressions. Je ne saurais utiliser Ask, Bing, Qwant, Soso ou autres onomatopées mystérieuses ou périlleuses. Alors pour jouer l’emploi local j’ai consulté un vieux Kanak. Ne connaissant pas Brassens, il m’a poliment demandé la définition du mot copain selon moi. Poca il savait, tu connais. Les synonymes cités : pote, camarade, compère, collègue ou encore acolyte le laissèrent perplexe. Son petit neveu pénien (c’est le petit fils du frère de l’oncle paternel mais ça ne veut rien dire), qui passait par là a souri quand j’ai évoqué le mot complice. Un zor à képi l’en avait accusé, sensément à tort. Après blettes réflexions et sous le sceau d’un secret absolument relatif le sage déshydraté m’a déclaré doctement : « manger du cochon avant d’aller à la pêche attire les requins ». Nom d’un trappard, ça m’explique rien du tout, l’ancêtre !
A bout de couenne je me tournais vers mon imagination qui comme le reste de ma personne a beaucoup de mal à travailler. N’étant pas végétalien je n’utilise ni les herbes les plus fines ni les champignons les plus exotiques. Aucune poudre ne m’inspire et je manque de veine créatrice. Donc c’est la panne. Dans ce cas  je fais comme vous : nous avons le même psychopathe (c’est une spécialité comme homéopathe ou kinimépalépathe). Quand je viens chez lui c’est toujours le même gentil conseil : « souvenez vous de votre enfance, cré vain dieu ». Il est psychopathe à tartes, c’est un peu violent mais ça marche pendant une à deux semaines. « Faites fonctionner votre cerveau de luciole, tête de nœud papillon ». Il confond les insectes ! Je sais, ce n’est pas très malin de ma part mais un jour j’ai osé lui demander ce qu’était pour lui, un cerveau de ver luisant. Derrière moi, du haut de son tabouret où il se préparait, pendant les séances, des cocktails ,au shaker uniquement (c’est un peu perturbant, ça donne soif !), j’ai oui cette formule définitivement thérapeutique : « un cerveau de luciole, en tout cas le votre, c’est tout petit et surtout c’est allumé seulement la nuit ». Et de nouveau, le conseil obligé, racontez-moi vos rêves d’enfance. Pffft ! J’avais effectivement presque tout éteint. Après un quart d’heure de lutte gréco-romaine solitaire (c’est une forme philosophique ancienne avec enculage de mouches mais il en faut au moins deux, mouches pas philosophes, encore que…), quelques bribes sont revenues.
Je me suis revu sur une plage méditerranéenne, probablement la Corse qui convient si bien à mon tempérament impulsif. Moi, 15 ans, acnéique comme un satellite d’Uranus, possiblement Puck, le lutin malicieux du songe d’une nuit d’été. Parenthèse : je me reconnais un léger goût pour la digression. Pourtant revenons à mes souvenirs rêvés. Je cours dans les vaguelettes à la poursuite de mon corps d’obèse. Une crevette anglaise aux yeux bleus du nom de Twiggy, celle qui sera mannequin égérie, me poursuit en criant  ce qui est pour elle  un néologisme : « couchons, couchons, couchons »… C’était en période diurne et j’ai mis du temps à tenter de comprendre. Maintenant, un demi-siècle plus tard, j’ai une petite idée couchonne ! Je pense d’ailleurs que j’aurais dû coucher. C’est comme cela que l’on progresse dans notre société.
Oui, c‘est bien cela. Nous étions copains, seulement copains. J’ai perdu mon pucelage il y a deux ans seulement, dans le cadre de la surveillance de mon cancer de la prostate. Inutile de vous donner des détails très peu sensuels ! Mon expertise est donc succincte (ce n’est pas un mot cochon, on ne doit pas le faire avec les saintes). Cependant j’imagine que ce peut être l’origine de cette locution : « copains comme couchons ou bien comme nous couchons». Je m’en tiendrais à quelques généralités de manière exemplaire mais non exhaustive.
Si nous couchons, c’est sans nul doute pour être introduits. Tout dépend de notre position sociale. Si nous venons d’en bas, l’entrée peut être étroite. On peut mal viser nos objectifs et rater notre admission ou se tromper de porte. Pour ceux qui ont peu de moyens, il est conseillé de rester debout dans l’adversité et de faire face le plus souvent possible. Un physique avantageux facilitera l’entrée en matière. Mais, courage ! Même les plus petits ont le droit de jouir de la vie.
Si nous avons une position assise ne pas croire que tout ira comme dans un fauteuil. Ce peut être difficile pour certaines personnes, celles qui ont les idées courtes ou ne sont pas très fermes dans leurs convictions.
Pour les plus jeunes le problème est et restera celui de l’éducation. Je pense que l’apprentissage représente la meilleure voie de progrès, au sein d’entités professionnelles expérimentées. Pourtant celles-ci courent de moins en moins les rues. On peut arriver à bon port le long des quais. Cependant méfions-nous ! On peut se tromper sur l’identité et les intentions de ces corps formateurs.
Pour les plus âgés c’est la sécurité et la santé avant tout. La robotique fait des progrès essentiels et permet à une personne impotente les soins les plus intimes. Il faut mettre ces êtres dans des positions confortables, chaudes, sans effort violent, bercés de douces vibrations en se défiant cependant des objets connectés. Il est indispensable que la collectivité prenne en charge les médications permettant le redressement de leur état clinique.
Il faut ainsi en terminer avec l’âgisme. Je suis pour l’emboitement de toutes les générations sans a priori. Certains ont l’expérience, d’autres la vigueur. Sans en attendre des fruits impossibles nous devons, tel A.J. envisager une identité heureuse, l’un dans l’autre.
Je me rends bien compte que je vous expose un véritable programme politique, exempt de tout racisme et de tout refus de l’autre. Entre nous les relations doivent être complètes et prolongées. Nous devons ériger des corps sociaux fiers et joyeux qui pourront s’épancher dans des fontaines de félicité. Que tous les membres de notre société future se lèvent et cessent de glander bêtement.
Mes chers concitoyens, il n’est pas utopique de penser qu’il il ait très bientôt non pas un grand soir, mais durant toute la journée, des explosions de satisfactions dans le monde entier, bien entendu après de longs et tendres préliminaires. Pour ce qui est de vos désirs, je vous ai compris ! Vive une France libre, libérale et j’oserai dire… libertine. Non à un Français mou, incapable d’aller de l’avant et de faire son trou. Pour en finir (eh oui c’est possible bien que je n’ai pas tout dit), si j’avais à citer un slogan, chers amis ce serait : «  tous, oui nous tous, vivons, oui, vivons ensemble copains comme nous couchons, enfin copains comme cochons, ce qui revient souvent au même ».
Et comme le disent les Tudor, en particulier ceux apparentés aux Meunier, « honni soit qui mal  y pense » !
Bertrand

18 octobre, 2016

Atelier du 17 octobre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:36

Atelier d’écriture à la galerie LABEL IMAGE sur une expo de photos de Bertrand POUGET – MER MOIRE

1PP

 

1-32

L’œil gauche du Dragon-Serpent s’ouvrit.
Quelque chose ou quelqu’un venait de le réveiller de son sommeil millénaire au fonds des eaux.
Il s’ébroua, étendant ses ailes-nageoires.
Le danger était imminent.
Arnaud

Dans le vent et l’orage
Il court, le petit âne gris
Pour se donner du courage
Il chante et crie :
« Tous derrière et lui devant »
Mais il est seul dans la nuit.
Fabienne

4

Hululent les hiboux
Debout sur leur branche au-dessus d’un diamant de feu,
Ils papotent sur la mer qui clapote
Mireille

 A Port Moselle les Pokémons sortent
Uniquement au coucher du soleil !
Bertrand

J’adore Donald. Donald, c’est mon ami. Tous les matins, il vient me dire un petit bonjour et discuter un moment avec moi, Kermit, la grenouille. Il est si gentil ! Je crois que je ne le laisse pas indifférent parce qu’il fait toujours un tas de loopings pour m’impressionner… Alors, moi, de ma petite patte, je lui fais un petit signe de la main et, quand il est parti, je lui envoie un baiser.
Mais aujourd’hui, il y a encore le gros poisson-sac qui est venu faire des siennes. Celui-là, on dirait qu’il est jaloux de notre amitié parce qu’il fait rien que de nous embêter.
Fabienne

Ils y voient tout et n’importe quoi !!
-  Tout-en-haut, c’est un hibou, dit l’un.
- Non, c’est une grenouille, dit-l’autre. Et devant, la grosse tâche noire, c’est un poisson…
- Pas du tout, c’est un rhinocéros ! dit un troisième.
Et comme d’habitude, presque personne ne me voit. Pourtant, je suis bien là. Moi ! Le diable !! Prince des ténèbres.
En plein centre du tableau : deux petites touches lumineuses (on m’appelle aussi Lucifer…). Un tout petit trait courbe, c’est ma bouche. Et une petite tâche arrondie, c’est mon œil gauche. Les humains font semblant de ne pas me voir. Ils préfèrent penser que je n’existe pas…
Georges

 Le diable marie sa fille.
Le soleil et les éléments en furie se disputent la voûte céleste dans un tumulte vrombissant.
Le roi soleil, en vainqueur absolu, déchire la noirceur du ciel de ses rayons d’or.
La noce commence…
Bernadette

 5

COULURES NUITÉES

Nacre cendrée que l’ombre cerne aux rivages des arrachures
Quand les mâchoires se referment au glacis bleu-gris qui me dure.
Comme des pâles arapèdes, tourments de mes nuits en délires,
Forceps aux lèvres de tes cris tièdes qui délivrent mes forfaitures.
Je suffoque, à l’évocation blême des coulures d’un ciel lazuli,
Déteint de vagues anathèmes qu’on a voulues hors de leur lit.
Et la frisure qui nous pardonne nos délires insultants, blasphèmes,
Lisse aussi en ton sein l’arôme du diaphragme qui se démène.
Et je me meurs, de trop de grâce, et de langueur, et de ta nuit.
Diego

Elles passaient, ombres rouges imparfaites,
Alors que, tapis dans l’obscurité parfaite,
Leurs destins blancs veillaient à leur avenir noir.
Sylvie

6

L’homme à la casquette
En bas du tableau
Nous tourne la tête
Mais il a bon dos.
Patricia

7

Une poignée d’or tourbillonne
Et déjà, c’est l’automne.
Fabienne

 Émergeant d’un lac d’or
Une tête connue,
Visage gris,
Crâne éclaté.
Pluie ocre de particules,
Pastiche involontaire
D’une Gala fantasmée.
Dali, sans le vouloir
T’accompagnait ce soir.
Patricia

10

Et oui !
Dans cette mer de désolation,
Plomb en fusion nervuré de détritus,
A tire d’aile ton fantôme s’enfuit vers d’autres cieux.
Pauvre victime innocente de notre incurie assassine,
Je te souhaite de rencontrer un monde meilleur au bout de ton vol.
Mireille

12

Dans la chaude moiteur d’un après-midi d’été,
Une palme se balance lentement,
Et dans le berceau, un bébé
Dort profondément.
Fabienne

15

Les deux coqs s’étaient tant battus que leurs plumages ébouriffés floutaient notre vision. Le mâle à crête jaune et rouge, le plus vieux, avait perdu. Il était en-dessous du plus jeune. Il avait pourtant fait les beaux jours de la basse-cour. Son plumage noir moiré plaisait énormément aux poules. Il n’avait qu’à secouer son corps et hop ! la poule hypnotisée subissait son appétit sexuel. Le jeune coq, avec son plumage marron effacé, allait galérer pour séduire les poules. Il devra se montrer ferme, très ferme. La bagarre terminée, ils n’arrivaient plus à se relever. Ils étaient enlacés par une ficelle
orange qu’ils n’avaient repérée avant de combattre. Il fallait absolument qu’ils s’éloignent l’un de l’autre. S’ils restaient dans cette position au moment où le fermier les verrait, il les embarquerait pour les tuer et les faire cuire, grâce à la ficelle.
Arnaud

 Laissée sur un divan, la robe déploie ses volants flamboyants de noir, de bleu, de rouge fuego,
Attendant que sa belle andalouse la fasse vibrer dans les ondulations ardentes d’un flamenco endiablé.
Bernadette

16

Il est tombé à l’eau, l’ange déchu
Ses ailes bleutées ne voleront plus
Plus rien ne pourra le sauver,
Pas même une prière murmurée.
Fabienne

 Les phœnix jumeaux déployèrent leurs ailes bleues
Dans un élan d’éternité.
Sylvie

 Amore mia
Si je danse encore avec elle, c’est que depuis vingt ans nous sommes toujours finalistes,
Finalistes malheureux du concours de tango au mess de l’Artillerie.
Tu sais elle me console pendant que je la réconforte.
Des heures, des jours, des semaines,
Des mois passés les yeux dans les yeux.
Mais tu le sais aussi, dans dix ans, dans vingt ans, je te reviendrai.
Carlos G.
Bertrand

18

Au début, il avait commencé à marcher sur l’eau, normalement.
Et puis, tous ses pas s’étaient mélangés
Alors, Pierre, lui a dit : Jésus, arrête de boire !
Fabienne

20

Naissance ou renaissance
J’ai vu apparaître l’astre de feu
Eblouissance
Et voluptés bleues.
Sylvie

 L’œil du trou noir devient jaune. Il absorbe un système solaire en commençant par l’astre lumineux qui essaie de résister.
Il veut vivre.
Il envoie ses rayons à travers le trou noir.
Rien n’y fait, il meurt.
Arnaud

 Il est en colère, le dieu Volcan,
Il gronde et rugit
Au cœur de la nuit.
Son œil de cyclope
Surveille les alentours.
Rien ne résistera à son courroux.
Fabienne

21

L’eau était si noire
Que le ciel, pour l’éclairer
Y jeta une poignée d’étoiles.
Diamants éparpillés,
Nuit argentée.
Fabienne

23

Frêles écailles de poisson lune caressé par le soleil couchant…
De la mer tu as jailli,
Dans mon estomac tu plongeras !
Mireille

26

Bulles de bière, de champagne ou de cidre, allez savoir !
Bulles de mer, bulles de ciel,
Vers leur destin s’envolent.
Mireille

 C’est la dernière que j’ai de toi,
Moi qui suis au paradis des photographes.
Tu poses devant le bastingage pendant
Notre croisière en mer de Chine.
La Corée du Nord vient mettre sa menace à exécution.
Bertrand

28

Le sang a coulé
Dans l’eau noire du port
Mêlant ses reflets
Au ciel qui se noie.
La victime est morte
Que le vent l’emporte.
Patricia

29

L’Apocalypse plongea la ville dans les ténèbres
Et le tsunami se prépare à l’achever,
Malgré ses fières lumières insouciantes.
Tremblez de mes éclairs, pauvres impies !
Mireille

 Du blanc au noir toutes les nuances d’ocre,
Alignées par flottaison.
Bertrand

 Les monts gris s’abîment
Au pied d’un glacier
Que la pluie oblique tente de noyer.
Une touche d’or
Vient la contrarier,
Éclairant le sol
Qu’elle voulait cacher.
Patricia

 Le navire avait perdu ses mâts
Dans la tempête qui déchirait les flots
Sylvie

 Le sabre était fini. Il venait d’être refroidi grâce à l’eau.
Sa lame paraissait de belle facture avec des tries distinctes et coupantes.
Pourtant l’arme était invendable.
Il y avait deux malfaçons : un petit trou sur la lame et une encoche sur son tranchant.
Le forgeron était dépité, il essayerait de la brader.
Arnaud

Eternité noire
Cosmique
Et soudain
Ciel
Le clap originel
Entrée en scène
De la blancheur
Fulgurante grisée
Se dévoilant
Devant
L’obscure béance
Balbutiement originel
Le sort en est jeté
Le grigri sorcier
Enflamme
L’orange oriflamme
Qui ondule
Dans le silence assourdissant

L’éternité
Le temps un
Se mira alors
Dans son double
Adoubé
Ne cessant de se diviser
Les atmosphères
Ondulèrent au rythme
Des crêtes corpusculaires
Atomes lacunaires
Tremblant encore
Sous la lame
De Dieu
Aline

===================

Une exposition…
Une inspiration…
J’avais la tête dans l’eau et les pieds dans les nuages,
Réussir à se noyer en marchant dans les étoiles, ça craint !
Tout était flou, tout flottait au-dessus de moi, autour de moi.
Oh ! un œil
Et là, des couleurs rouge orange, du gris, du vert,
Je nage !
Sur la pâle blancheur du mur, un gris orageux.
Je flotte !
Du rouge, du bleu, un mur gris.
Je m’arrête !
Une vaguelette traverse mon esprit, traverse la salle,
Traverse le tableau…
Coucher de soleil, océan teinté d’or…
Mon âme en paix…
Je coule.
Charlotte

 Exercice : écrire un poème dont le titre est « Reflets » et toutes les rimes sont en « é »

Reflets

 Le monde en excès,
La vie en congés,
Le monde en abcès,
Le cœur en saignée
Sur le reflet bleu des vagues dorées
L’abysse du monde coule à travers mon sommier
De rouge ocre et de blanc teinté,
Les draps s’enfoncent et me laissent hébétée
A moins que ce ne soit moi qui me mette à couler.
Dans ma poitrine le reflet
Que vienne la mort de ce couteau planté.
Charlotte 

Dans la vie tout est reflet
Mensonges et perversités
Où mon cœur s’est égarée,
Mon âme s’est embrouillée
Je m’y suis perdue et jamais retrouvée
Mais où donc est la vérité ?
Fabienne 

Le sol a tremblé.
La mer s’est ridée,
L’eau s’est retirée
Puis, s’est déchainée.
Ils se sont noyés.
Les hommes ont pleuré,
Ont voulu aider
Puis, ont oublié.
Patricia

Liquides visqueux azurés
Vertiges risqueux assurés
Veni, vidi, vexé
Calembredaines vaines enivrées
Hybrides morsures essuyées
Sur le versant avide du vice versé
Dans l’infinitude ensablée
Le temps a fugué.
Aline

Epater la galerie : ni à faire ni fait.
Faire le modeste, et me voilà refait.
Mon objectif prêt, près de vous je vais.
Mon œil à bon port, debout je rêvais.
L’amertume décline car la mer est reflet.
Bertrand

DEVOIR : 4 mots

= destin –grenade – enveloppe – billet

 

verdi

Verdi

 

Aimez-vous Verdi  et son Destin ? Vous les littéraires, je suis certain que vous aimez Brahms. On peut dire que Sagan a bien réussi à parler et à faire parler d’elle. Pour ma part, dans mon cinéma personnel, c’est dans le rôle d’Anthony Perkins que je me suis vu. Le type avec la mèche ! Longtemps, trop longtemps, jouer ce personnage de séducteur blasé m’a valu de magnifiques vents ne gonflant aucun génois… ni aucune capote.
Puis devenu sage, enfin presque, j’ai aimé Verdi. Au mitan de sa vie, enfin reconnu et riche, ce vénérable barbu a composé « La Force du Destin ». Ce n’est pas tant le livret qui m’a plu. Pauvres scénaristes qui tuent tout le monde pour finir l’histoire. Oui, le ridicule tue ! Lui-même mourant du fait d’Alvaro (l’amant), Carlo tue sa sœur Léonora en chantant avec elle un duo à pleins poumons. C’est une situation purement grotesque.  Cependant, l’absurde de cette fin pathétique vous tire des torrents de larmes du fait et du seul fait de la musique.
L’orchestre dirigé par Ricardo Muti interprète une partition qui vous enveloppe dans un nuage de bonheur que la coupe de champagne de l’entracte ne dissipera pas.  Les cuivres vous éveillent. Dès l’ouverture les élans dramatiques des cordes vous bouleversent.  Les timbales explosent en déflagrations de grenades. Et dans les moments de calme, de battre votre cœur s’est arrêté !
Je vous ai vanté ma sagesse et pourtant ce que vous lisez vous paraît déraisonnable ? Laissez-moi  faire. Tenez, si « La Forza » est au programme de la prochaine saison de l’Opéra de Sydney, je vous paye le billet.
Bertrand

1PP

Le destin ne m’a jamais été favorable, un doux euphémisme pour dire que j’ai la mouise, la poisse, la mouscaille… Bref, je n’ai jamais eu de chance. Soyez sûr que si quelque chose de moche arrive, c’est pour moi !
Mais ça, c’était avant. Avant ce matin, car, pour la première fois de ma vie, quelque chose de bien m’est arrivé : en rentrant des courses, j’ai trouvé une enveloppe remplie de billets dans ma boite aux lettres. Oui, vous avez bien entendu : une enveloppe remplie de billets… Et des gros, que des 10.000 F.
Je suis vite monté chez moi pour les compter. Deux millions trois cent quatre-vingt -dix mille francs ! Je me suis dit que ça y était, la chance allait désormais me sourire, que tout arriverait tout seul dans ma vie, que je n’aurai plus besoin de galérer… quand j’ai entendu un grand bruit : ma porte d’entrée venait d’être arraché. Et devant, se tenait la Mère Tartine, ma voisine de palier, une casquette vissée à l’envers sur la tête, bien campée dans ses baskets rose fluo :
-       Eh, tête de nœuds, tu vas me rendre mon pognon !
Pour le coup, je l’ai pas trouvé très polie, la voisine, elle qui d’habitude a l’air d’une mamie gâteau
-       Comment ça, votre pognon ? Ai-je fait, l’air de rien.
-       Ben oui, la recette de mes « gâteaux magiques ».
-       Mais c’était dans ma boite aux lettres ! Ai-je répliqué
-       Oui, ces abrutis de dealers se sont trompés ! Alors, tu me le rends vite fait, fit-elle en dégoupillant une grenade de ses fausses dents.
C’est là que je me suis dit que je ne pouvais pas lutter contre mon destin !
Fabienne

1PP

Dans ma peau, je ne me sentais pas trop à l’étroit, j’étais en accord avec moi-même et ma vie, sans être extraordinaire, me convenait assez bien, bref ! Tout roulait quand le destin frappa brusquement à ma porte…
Comme chaque matin, rasé de frais  et vêtu avec soin, j’étais descendu  au kiosque du coin acheter mon journal avant de rejoindre mes collègues de bureau. Par habitude, j’avais donné un coup d’œil à ma boite aux lettres, mais au lieu de la farandoles  de pubs diverses à  laquelle je m’attendais, une enveloppe, sans signe distinctif particulier, semblait y somnoler. Quelle ne fut  pas ma surprise d’apprendre qu’un lointain cousin venait de décéder et que, sans enfant, il m’avait désigné comme héritier ! Pour prendre possession de mon legs, je devais rapidement me rendre à l’étude de Maître Sanchez, notaire exerçant à Grenade.
En un rien de temps, il me fallut organiser ce voyage impromptu et, trois jours plus tard, je m’envolais… Je ne connaissais pas l’Espagne et fus tout de suite conquis par le charme envoutant de Grenade, ses odeurs, ses couleurs et ce soleil  très présent qui donnait aux quartiers que je traversais comme un supplément d’âme.
Maître Sanchez me reçu aimablement ; par chance, il parlait assez bien le français. Il m’expliqua, néanmoins un peu gêné, que les diverses possessions de feu mon cousin Hector allaient être partagées entre personnel et amis intimes. Mon héritage, un peu particulier, consistait en un billet d’avion open pour un tour du monde !… j’étais interloqué ! Moi qui de toute mon existence n’avais pris l’avion que trois fois, et encore pour de cours trajets !… ce cousin que je n’avais rencontré que de loin en loin m’offrait le monde sur un plateau… Après avoir remercié Maître Sanchez et signé les documents d’usage, muni de mon trésor, je regagnais mon domicile et rangeais, avec tous les égards, le précieux billet. Je m’en souviens comme si c’était hier … et pourtant, cinquante ans ont passé et le billet  dort toujours dans mon tiroir mais… grâce à ce trésor inespéré combien j’ai vécu de merveilleux voyages imaginaires !…
Patricia

1PP

Quel est mon Destin se demande-t-elle ? Question fort complexe et qui, au demeurant, préoccupe fort peu de personnes. D’ailleurs, ses congénères se moquent d’elle. La vie est simple, à quoi bon la compliquer par des questions métaphysiques sans intérêt !
Alors qu’elle se perd dans ses pensées, un grand corbeau si noir qu’il en semble bleu, se pose lourdement sur une branche. Il est tellement distrait qu’il a failli se louper. La honte ! et il fulmine contre son manque de dignité. Avant de sourire. C’est si bon d’avoir le cœur tout chaud !
Car Maître corbeau, plutôt du genre blasé et désabusé, a eu la stupéfaction de découvrir enfin le grand amour. Ca lui est tombé dessus à l’improviste comme une noix peut vous percuter la tête ; on ne voit rien venir.
Une dame magnifique mais d’approche délicate. Alors, comment lui exprimer la profondeur de ses sentiments ? D’autant que la belle est fort courtisée et que pour se démarquer de la concurrence, il faut lui envoyer un billet doux particulièrement original. Maître corbeau en perd le sommeil, s’empêtre dans ses grandes ailes et manque de se ramasser à chaque atterrissage. Si les jeunes me voyaient ! Peste-t-il en risquant un regard discret aux alentours.
Son attention est attirée par une belle grenade rouge qui se balance sur l’arbre d’à côté. Mûre à point, son enveloppe se fendille en révélant les petites graines juteuses nichées dans leurs alvéoles tendres, un régal.
L’œil de maître corbeau s’illumine. Quel somptueux festin ! D’autant que les grenades sont rares et que celle-ci est la première de la saison. Il s’en pourlèche le bec avec concupiscence.
Il se précipite vers l’arbre, observe  le beau fruit pour savoir comment s’y prendre et au moment de frapper avec précision, il a la surprise de s’entendre demander d’une voix déçue :
- Tu crois que mon destin est d’être mangée par un gros lourdaud comme toi ?
Il manque en choir de son perchoir. Mais l’impitoyable petite voix poursuit :
- Je rêve d’amour. Tu sais ce que c’est ? Moi je l’ignore mais je me dis que ça doit être un truc bien. Si tu me manges maintenant, jamais je ne découvrirai ce que c’est !
- Eurêka s’exclame le corbeau ! Qui, comme tous les corbeaux, est particulièrement intelligent.
- C’est qui « Eurêka », demande naïvement la petite en regardant autour d’elle ? Il faut la pardonner, elle n’a pas encore eu le temps de lire tous ses classiques.
Le corbeau est trop heureux pour lui en tenir rigueur et s’empresse de lui exposer sa délicate situation et le plan génial qui vient de germer dans son esprit. La petite réfléchit pendant un temps interminable pendant que l’autre bout littéralement.
- Alors comme ça, je vivrai l’amour par procuration déclare-t-elle gravement. Marché conclu ! Quel soulagement ! Soupire le corbeau tout ému.
Et c’est ainsi qu’un grand corbeau tellement noir qu’il en paraissait bleu, déposa aux pieds de son aimée une magnifique grenade toute rouge, mûre à souhait. Il la décortiqua tendrement et lui tendit une à une les baies juteuses, sous les regards furieux des concurrents malheureux. Devant telle offrande, madame fondit et les deux se bécotèrent tant qu’ils en devinrent … rouge grenat.
Mireille

 

 

 

 

12 octobre, 2016

Atelier du 10 octobre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:46

Devoir :

SAMSUNG
M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
– Caddie, es-tu heureux dans ta vie ?
– Oui, que j’ai répondu sans hésiter, je ne suis jamais seul et on me balade toute la journée.
Je n’aurais pas dû…
Dès que je la vois arriver, je me dis, oh non, pas elle ! Evidemment, elle me choisit, m’enfourne sèchement la pièce de 100 balles et m’arrache violemment de la file. Plate comme une limande, raide comme un manche à balai, elle remorque un môme qui hésite entre chialer ou bouder.
Nous parcourons le magasin au pas de charge, le gosse nous retarde parfois mais elle le réprimande durement. J’en ai mal pour lui. Je déteste les gens pressés car ils me remettent rapidement dans la file, dehors en plein cagnard, alors que j’adore flâner à l’intérieur, hésiter devant les emballages rutilants, papoter avec les copains pendant que les clients s’extasient de rencontrer des amis pas vus depuis des lustres.
A la caisse, elle bouillonne puis nous roulons à pleine vitesse vers sa voiture. Elle me vide en tempêtant, puis me jette brutalement contre un lampadaire et démarre. Pas le temps de me ranger ! Quelle truffe !
Me voilà tout seul avec personne à qui parler, abandonné sur le parking brûlant. Fred, le préposé au ramassage, passe sans me voir. Imbécile ! Quant aux clients, ils s’approchent puis estiment que si je suis abandonné là sous ce lampadaire, c’est que j’ai une roue cassée et ils passent leur chemin. Journée morose… Tu parles, si je suis heureux…
Lorsque l’ombre s’installe enfin, une vieille femme en haillons s’approche et m’examine avec attention. Depuis le temps que je bosse dans le métier, je sais que celle-là n’entrera jamais dans le supermarché. Son odeur m’incommode et je voudrais fuir. Une rafale de vent m’aide et je démarre timidement mais elle me rattrape. Et pose ses sacs pourris dans mon ventre. Oh, là, là, quelle journée !
Elle lance de furtifs regards de droite et de gauche tout en me poussant vivement vers la sortie. Bref, un enlèvement sans aucune demande de rançon, d’ailleurs qui paierait pour un modeste caddie ?
Habituées aux sols bien aménagés, mes roues peinent sur le trottoir défoncé. Nous nous embourbons à moitié dans une flaque boueuse et elle se démène pour nous en sortir. En chantonnant.
Par sa faute, j’ai perdu mes copains, le ronron rassurant de mon petit bonheur routinier et cette femme chante. Je la hais ! Nous cahotons longuement ; jamais je ne retrouverai ma vie d’antan. Puis nous escaladons difficilement les marches pourries d’une vieille maison abandonnée et entrons dans ce qui fut une chambre.
- On sera bien, toi et moi, fredonne-t-elle toute heureuse. Et elle déballe ses affaires, se préparant un petit nid assez confortable. La pluie reprend et une douce joie m’envahit. Pour une fois, je suis à l’abri.
- Oh Caddie, il pleut, c’est jour de grand nettoyage ! Et elle sort se laver. Propre, je la trouve nettement plus avenante, sauf qu’elle m’accroche partout ses vêtements mouillés et j’en frissonne. Moi qui me croyais au sec !
Des hommes hirsutes arrivent. On se salue et s’extasie devant moi. Je me rengorge. Jamais les clients du supermarché ne m’ont accordé autant d’attention !
Ils mangent et boivent beaucoup de vin autour d’un mauvais feu qui fume beaucoup mais dispense un éclairage mystérieusement dansant. Tout ça est très nouveau pour moi. La chaleur sèche les vêtements et je m’aperçois avec surprise que je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie !
Et puis ce silence ! Finie la musiquette stupide et le grondement des gros moteurs. Juste le bruissement doux de la pluie qui ne m’atteint plus et le crépitement du feu. Je passe une nuit formidable, seulement perturbée par des ronflements sonores.
Au matin, elle me charge de toutes ses frusques et nous partons en ville faire la manche. Nous roulons beaucoup et je suis fourbu. Mais quelle joie de découvrir le monde ! Elle me parle souvent ; je suis devenu quelqu’un. C’est un sentiment étrange qu’il me faut apprivoiser progressivement.
Et finalement, cette nouvelle vie qui mêle judicieusement aventure et stabilité me plaît énormément. Si mes malheureux copains savaient ! Mais ce qui devait arriver arriva, ma roue avant droite casse. Dépitée, elle essaye de continuer mais impossible.
- Dommage, on s’entendait bien tous les deux. Adieu Caddie !
Elle récupère ses baluchons et me jette dans la mangrove sans plus de formalités. Pauvre nigaud ! Tu croyais qu’elle t’aimait ! Quelle douloureuse déception !
Ma triste fin approche. Je maudis les humains en pleurant mes potes et mon supermarché sous le soleil cuisant, pendant que le sel marin me ronge.
Au bout de quelques jours, je dégouline de rouille quand un type au volant d’un énorme 4X4 flambant neuf me récupère. Il me jette sans ménagements dans la benne et démarre. Que va-t-il encore m’arriver ?
Nous pénétrons dans un squat et il m’installe dans une cabane obscure. Une très jeune femme me tapisse de vieux coussins tachés et de chiffons délavés, avant de déposer délicatement un bébé dans mon ventre. Et voilà comment de simple caddie, je deviens gardien de la vie ! Super excitant !
Mireille


M’entendant grincer un pote de parking m’a demandé : « caddy, es-tu heureux dans ta vie ? Oui, que j’ai répondu sans hésiter. Je ne suis jamais seul et on me balade toute la journée. Je n’aurais pas dû…
Voilà déjà un mois que je le suis seul, consigné en zone hostile, coincé entre deux rochers du port de Brest.
La journée avait commencée pépère. Y f’sait beau, le gardien a ouvert les portes du supermarché et le public est entré, un peu pressé, comme d’hab. Moi, j’attendais sagement qu’on vienne me chercher, curieux de voir qui allait me choisir. J’aime bien jouer à imaginer quelle famille je vais rencontrer et essayer de penser d’après leur look dans quel rayon ils vont m’amener en premier et le détail de ce qu’ils vont me confier. La première famille, « classicosse » mais sympa : papa, maman et deux gosses presque sages. La deuxième, j’ai tout de suite pigé que c’étaient des sportifs : rayon bio et rayon primeurs, pas de sucreries ! La matinée se poursuivait au poil quand deux mecs mal fringués m’ont violemment poussé du rayon biscuits vers la gondoles des liquides . Ils m’ont flanqué quatre packs de bières sur le dos. J’avais pas vu v’nir le coup, ça ma flingué, ah ! les brutes ! Quand on est arrivés aux caisses, j’me suis dit, ouf ! ils vont se tirer et j’srai à nouveau peinard. Heureusement qu’ils ne sont pas tous comme ça sinon je s’rais bon pour la casse en deux mois ! mais j’t’en fout, ils se sont barrés en douce et m’ont kidnappé ; complètement cinglés ces gars-là ! aucun savoir vivre ! y s’servaient de moi comme d’une trottinette ; et q’j’te vais à droite et q’j’te vais à gauche… mais le pire était encore à venir . Soudain, il y a eu une route très en pente. Tu crois qu’ils auraient ralenti ? et ben non ! Descente tout schuss ! J’ai failli m’faire couper en deux par un camion ! les deux gus y s’marraient… tu parles de débiles ! mais pour ma pomme le programme des réjouissances n’était pas  terminé. Ils m’ont trainé jusqu’à un grand terrain vague dégeu, y’avait plein d’ordures partout, des vieux pneus, des carcasses de bagnoles… et eux, tranquilles, ils s’assoient pour en griller une et vas-y qu’j’te bois une canette et une autre et une autre. Moi, pendant c’temps j’essayais d’récupérer. Quelle course ! J’avais peur qu’ils me laissent là, tout seul, dans ce dépotoir sinistre ; j’en avais les roues qui grinçaient… La suite m’a prouvé qu’ils m’avaient concocté une fin  encore plus horrible. Ils ont repris leur road trip à fond la caisse et, arrivés au bord de la mer, ils m’ont largué dans le port sans un remord. Un mois que j’suis là à rouiller sur place au milieu des relents de gasoil avec des moules en guise de déco. Seulement… les gars, là, je vous livre un scoop : je n’suis plus tout seul ! Quelqu’un vient de balancer une poussette encore pas trop mal roulée.
Alors salut les potes et silence ! …Je drague !!!
Patricia

 

attentat

M’entendant grincer, un pote de parking m’a demandé :
– Caddie, es-tu heureux dans ta vie ?
– Oui, que j’ai répondu sans hésiter, je ne suis jamais seul et on me balade toute la journée.
Ce n’est pas que je fais de grandes distances : le parking, puis le hall d’embarquement, puis retour au parking. Mais pendant ce laps de temps, j’entends tout ce que les gens disent. Ils vont partir, ils sont excités, quelquefois un peu anxieux, mais surtout, ils ont envie de découvrir. Et puis, il y a aussi ceux qui arrivent. Ils sont fatigués, mais ils ont des étoiles dans les yeux. Alors oui, je suis heureux parce que, grâce à eux, j’ai visité le monde.
Mais ça, c’était avant et Je n’aurais pas dû me la couler douce, être aussi insouciant…
Je me rappelle, c’était un samedi matin, il y avait beaucoup de monde dans l’aéroport. Moi, comme d’habitude, je poussais un peu les copains pour être pris d’abord. C’est là que je l’ai vu arriver.  Un homme, avec une barbe, et un sac à dos, un seul qu’il a mis tout de suite sur moi. Il y avait un drôle de bruit dans ce sac. Tic-tac… Tic-Tac… Je me suis dit : bizarre pour une valise. Et puis, au beau milieu du hall, le type m’a laissé et est parti en courant. Ce n’est pas ma faute, je ne savais pas… Il y a eu une explosion, un grand bruit, et puis des gens qui courraient partout, et puis des cris, et puis du sang… et puis des morts.>
Alors moi, je n’ai pas pu continuer à vivre cette vie insouciante. Je suis allé me jeter dans la mer. J’y suis resté longtemps, à penser à tout ça… puis à penser à rien… à croire que j’étais mort… Et puis, un poisson, puis deux, puis des dizaines sont venus nicher autour de ma carcasse. Maintenant, je suis enfin heureux, mais ne me parlez plus des humains !
Fabienne
Exercice : écrire une histoire à partir de cette photo
photo

S’en sont allés les jours sans fin.
Je dormais bien, calme et serein
Mais il est là, le grand matin.

 J’avais besoin de m’étirer,
J’avais besoin de respirer
Et toutes ces feuilles, les faire tomber.

 Tout un nuancier de couleurs
Pour recouvrir le sol sans fleur
Et faire vibrer un peu vos cœurs.

 Déjà, par la fenêtre ouverte,
On voit jaunir les plantes vertes,
Toute une palette est offerte.

 Je ne suis ici que pour vous,
Pour caresser cous et genoux,
Ebouriffant mes cheveux roux.

 Plus rien ne sera monotone
Grâce aux senteurs que je vous  donne,
Car c’est bien moi, oui, c’est l’Automne. »
Patricia

L’automne flamboie de tous ses roux mais il fait encore chaud aujourd’hui. Alors, comme il n’y a pas de vent, ils ont ouvert la fenêtre. Dehors, des enfants jouent dans les tas de feuilles du parc et leurs cris stridents déchirent les tympans.
Allongée sur le petit lit, elle s’abandonne complètement. Dort-elle ? Est-elle morte ? Comment savoir tant qu’on n’est pas entrés dans l’histoire ? Une histoire dont j’ai d’ailleurs du mal à inventer la trame !
L’amoncellement de feuilles la recouvre presque entièrement et il vaudrait mieux qu’elle soit morte ; le moindre souffle, le plus léger mouvement effondreraient la fragile construction si laborieusement élaborée.
Mais je vous rassure, elle est bien vivante et cette immobilité de statue commence à l’agacer. Quelle vie ! Elle rencontre des célébrités, des artistes adulés, mais parfois, elle en a assez. Comme aujourd’hui.
Bon, il la fait sa photo ? Ou il attend qu’en un éternuement, elle désintègre la précieuse composition ? Manquerait plus que ça ! Trois heures, vous m’entendez, trois heures, qu’ils ont passé à pinailler sur la disposition de chaque feuille !
Et tout ça pour quoi ? Pour que dans une pub de lessive, une niaise conne à souhait puisse clamer : « achetez la lessive Machin, celle qui respecte parfaitement la subtilité des couleurs naturelles ! ».
Mireille

J’habitais dans la forêt et j’y suis resté longtemps, très longtemps. Je prospérais, entouré de ma famille. Le monde n’avait pas de prise sur nous. Et puis un jour, ils sont arrivés. Assez loin de chez nous, au départ, à la frontière sud. Ils ont sorti leurs bruyantes machines et ont commencé leur travail de destruction. Et peu à peu, inexorablement, ils ont avancé vers nous… et ont fini par tous nous détruire.
Alors, celui qu’on appelait le fou, qui vit éloigné de tout et ne voit jamais personne m’a récupéré une nuit, quand les machines se sont arrêtées. Il m’a amené dans sa petite maison. M’a allongé sur un canapé.
Au matin, mes feuilles étaient toutes tombées et moi, j’étais différent… Complètement différent.
Fabienne
Exercice : dans la peau d’une montre (ou un réveil, une horloge…)

montre

 

Tic-tac ! Tic-tac ! Grâce à moi, tout est bien réglé dans sa vie, rien n’est laissé au hasard, même la plus infime partie d’un millième de seconde est bien employée. A six heures et demi, réveil et on ne traine pas… Quelques étirements et la douche. Allez ! Allez ! On n’a pas de temps à perdre. Petit déjeuner sur le pouce et à sept heures et quart, elle part au travail. Il faut impérativement qu’elle arrive avant sept heures trente.
Jusqu’à onze heures et demi, je lui annonce tous ses rendez-vous. Après une pause déjeuner qui n’en a que le nom, c’est à nouveau parti pour quatre rendez-vous. A dix-sept heures tapantes, elle reprend sa voiture, et va chercher son chien pour la promenade quotidienne. Quelques courses au supermarché et la voilà à préparer son dîner, comme tous les soirs, de 18 heures trente à dix-neuf heures trente. Le repas a lieu dans le silence, hormis mon tic-tac impérieux. Allez, allez, la vaisselle, maintenant, et plus vite que ça. La douche à nouveau et elle peut enfin se détendre en lisant jusqu’à vingt-deux-heures, heure où je mets mon moteur en sourdine pour la laisser reposer.
Et tous les jours, c’est pareil. Et tous les jours, ça recommence. Grâce à moi, elle a une vie réglée !
Tic-tac ! Tic-tac, Driiiiiinnnng ! il est six heures et demi. Tiens, rien ne bouge ! Etonnant et bizarre ! Un rappel de sonnerie et elle va se réveiller… Allons, allons, nous allons être retard, et j’ai horreur de ça.
Mais toujours rien… Au moment où je m’apprête à lancer ma troisième sonnerie, sa main me prend et… et… quelle horreur, me jette par la fenêtre !!!
« A partir d’aujourd’hui, fini le temps qui dicte ma vie. Je suis à la retraite ! ».
Fabienne

horloge
Ils me donnent le tournis à courir comme ça dans tous les sens. Essoufflés, hagards, ruisselants de sueur aigre, ils se croisent, se heurtent et s’engueulent. Bon sang mais pourquoi les gens sont-ils toujours en retard ? Il leur suffirait de partir plus tôt de chez eux, c’est si simple ! Mais non, ils préfèrent palpiter d’angoisse en me lançant des regards suppliants. Mais je ne peux rien pour eux, moi ! Je ne peux qu’indiquer l’heure ; je n’ai pas le pouvoir de suspendre le temps.
Et c’est même pire car à force de baigner dans ce stress épouvantable toute la journée et bien, je vous l’avoue mais… que ça reste entre nous, hein ! Et bien, avec ce stress donc, heu, mes aiguilles ont la bougeotte et moi, la grande horloge de la gare St Lazare, j’avance d’une heure en fin de soirée.
La première fois, ça a provoqué comme une émeute car les milliers de passagers de l’heure de pointe croyaient tous rater leurs trains et ce fut une sacrée empoignade. Quinze blessés tout de même !
A la SNCF, ils n’ont rien compris de cette frénésie soudaine, cette violence incongrue. Ils ont posté des flics sur tous les quais car ça se répétait tous les jours. Aux mêmes heures.
Jusqu’au jour ou un petit garçon à qui ses parents venaient d’offrir une montre a dit : regarde papa, la grosse horloge avance de quatre minutes.
Depuis cette grande découverte, la SNCF a embauché un préposé qui me couve en permanence. Il m’apaise avec de la musique douce et si, d’aventure, mes aiguilles piquent malgré tout un sprint, il les remet vite à leur juste place, qu’il connaît parfaitement grâce à sa montre en titane Valium.
J’ai ainsi l’immense fierté de lutter contre le chômage, en plus de couper le temps en tranches.
Mireille

 

Tu dis que tu as besoin de moi
Et je suis là, tout contre toi.
Si parfois, sans me lire, tu me devines,
Moi, je caresse ta peau fine.
Ce sont tes heures, que je dessine.
Si mes aiguilles te sont amantes,
C’est ton sang fou qui les aimante
Et mon tic tac qui t’est si doux
Rythmera nos cœurs jusqu’au bout ;
ll sera toujours là, en nous.
Patricia

6 octobre, 2016

Atelier d’écriture du 3 octobre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:19

DEVOIR : un sandwich (d’après une nouvelle de Félicien Marceau : « Le beau travail »).

1PP

- Et bien, dit Fiorella, je vais me marier. 
Ca c’est décidé hier. Nous regardions tous les deux un catalogue de «La Redoute» et, arrivés au rayon «meubles», Alain m’a dit «ça te plairait un canapé comme ça, installé dans notre  maison à nous ?… » Avec ses tout juste 17 ans, elle habitait, sans se poser de question, chez ses parents… « oui, ça fait déjà deux ans qu’on sort ensemble, on pourrait se marier, louer un petit appartement… on serait chez nous… tous les deux… ».
Le mariage pour elle évoquait le plaisir d’une robe blanche, bien sûr magnifique, les cloches d’une église, un énorme gâteau partagé entre famille et amis, un jour de fête, plein de cadeaux, un voyage… au bout du compte, rien de concret, seulement quelques clichés romantiques. Où était le quotidien dans cette rêverie d’ado et où se nichait réellement l’amour dans tout ça ?
Il  était pâtissier et travaillait dans une petite boulangerie du village, Fiorella, pour sa part, venait tout juste d’entamer sa terminale. Informés du projet, les pieds bien sur terre, ses parents avaient tout de suite déclaré que c’était trop tôt, qu’elle était bien trop jeune. Les études d’abord ! et si, dans quatre ou cinq ans, cette relation tenait toujours, alors, plus sûre de ses sentiments et plus mature, elle pourrait s’engager. Avant, se serait prendre le risque de gâcher sa vie. Les opinions parentales ou, plutôt les injonctions, assez dirigistes, n’avaient pas vraiment contrarié Fiorella. C’était comme une sorte de rempart, une porte de sortie pour dire non sans dire non, en quelque sorte un mot d’excuse au cas où… Elle se sentait plus libre pour prendre sa décision et tentée de dire oui, donnerait sa réponse à Alain dans quelques jours.
Au terme de cette journée  mémorable, épuisée, elle sombra dans un sommeil profond,  mais à peine avait-elle fermé l’œil sur l’oreiller rassurant de sa chambre de jeune-fille,  qu’elle se retrouva propulsée à la veille du grand jour de ses noces. La robe, splendide et en tous points conforme à ses désirs, était étalée avec grâce sur le divan. Les cadeaux, précieusement emballés, s’empilaient dans la salle à manger parentale, semblant dévorer tout l’espace. L’odeur entêtante de centaines de fleurs en bouquets et couronnes lui vrillait les tempes. Semblant animé d’une vie propre, le téléphone, sur le buffet, sursautait sans discontinuer: derniers arrangements avec le traiteur, appels angoissés des demoiselles d’honneur, cousins éloignés se faisant confirmer heure et lieu exact du mariage, félicitations et conseils divers. Perdue au cœur de cette cacophonie, Fiorella atterrée, prenait progressivement conscience de l’irrévocabilité de sa décision et des conséquences trop sordidement concrètes qu’elle allait entraîner. Demain, elle quitterait définitivement le cocon parental. Ce serait elle, et non plus sa mère, qui désormais devrait assurer l’intégralité du ménage de la nouvelle demeure, c’est elle qui devrait prévoir les courses, préparer les repas, faire la vaisselle. Comme sa future machine à laver, sa tête tournait, tournait… ô bien sûr, Alain lui donnerait un coup de main mais, avec le boulot difficile qu’il faisait, il n’aurait pas beaucoup de temps à consacrer à la maison. Et ses études ? ses propres projets de carrière ? Comment arriver à tout gérer ? Et toutes  ses incontournables copines, comment les caser dans ce nouvel emploi du temps ? Adieu les bavardages inutiles mais délicieux auxquels elle s’adonnait sans restriction ! Un sentiment de catastrophe imminente lui serrait la gorge, l’air lui manquait, elle s’étouffait littéralement quand une sonnerie stridente vint brusquement la sauver du désastre : 7 heures tapantes ! L’heure habituelle du réveil matinal…
Une douce lumière filtrait à travers les volets, son vieil ours en peluche, juché sur la commode de bois blanc, semblait lui sourire, une atmosphère calme et sereine baignait la chambre où seuls  quelques posters dénonçaient à peine l’enfance. La maisonnée encore assoupie ronronnait : chuchotement de la cafetière, cliquetis feutré des bols et cuillères posés paisiblement sur la table de cuisine…
Non !!! elle n’allait pas se marier demain ! Il ne s’agissait que d’un rêve aux couleurs de cauchemar… le sentiment d’urgence éloigné, elle pouvait enfin respirer plus librement. Oui, elle avait encore le temps, le temps d’apprendre, de découvrir, d’expérimenter ; Ouf ! elle avait encore le temps…
Quant  au pauvre Alain, éconduit sans l’être par un refus qui n’en était pas un mais seulement une acceptation pour l’instant différée, il préféra considérer qu’il ne s’agissait pas d’un échec et se prit à échafauder de nouveaux stratagèmes pour décider sa belle. Tout de même,  comme il dit, ça lui fera du pain sur la planche.
Patricia

 

- Eh bien, dit Fiorella, je vais me marier…
Stupeur dans l’assemblée soudainement muette. Fiorella se marier, elle l’indépendante toujours si critique envers les hommes ? Et chacun de chercher désespérément le prénom de l’élu, histoire de pouvoir annoncer crânement aux copains : « pfft, elle ne voulait rien dire mais ça fait un moment que je les voyais venir ces deux là ! ».
Toutefois, personne n’ose se lancer. A la vérité, aucun candidat sérieux ne se profile et l’humiliation cinglante de l’erreur menace. Un téméraire impatient rompt enfin le silence devenu trop pesant.
- Non mais tu me vois avec Jacques ?
- Ben l’autre soir au ciné, vous sembliez bien vous entendre…
- Tu ne comprends rien. Un kleenex, c’est tout. C’est nécessaire pour la santé.
Et ping dans les dents des hommes encore peu habitués à endosser ce rôle qu’ils attribuent si souvent aux femmes. Silence morose puis quelques prénoms fusent à nouveau sans plus de succès et l’on abandonne la partie. La journée s’achève sans que Fiorella n’ait rien lâché.
Les copines échangeront discrètement quelques sms fiévreux, avant qu’une certaine rancœur s’installe. Ca ne se fait pas de réunir ses amis pour leur annoncer son mariage, sans leur révéler le nom du futur !
Cette frustration alimente la rumeur. « Elle a des copines lesbiennes et je te dis qu’elle a viré sa cuti. Mais elle n’ose pas le dire ! ». Une lesbienne utiliserait-elle des « hommes kleenex » ? Peu vraisemblable. « Oh ben tu sais, ça doit se faire progressivement ces choses-là. Ou alors elle est bi ! »
Du coup, participera-t-on à si sulfureuse cérémonie ? Et la polémique du mariage pour tous déchire les amitiés et même certains couples. D’autant plus ridicule que la question est sans objet puisque Fiorella n’a invité personne et ça leur reste en travers du gosier.
Pendant tout le mois, elle déjoue les phrases piégeuses et les invitations perverses : « viens avec ton homme, bien sûr ». Rien ! à croire qu’il s’agit d’un fantôme. Un étranger, voilà ! Rencontré sur Internet, bien sûr ! Ca explique l’absence de fête car le pauvre ne connaitrait personne. Mais danger. L’innocente ne mesure pas les risques encourus.
Pour en arriver là, c’est qu’elle en avait finalement bien besoin, d’un homme. Derrière ses airs durs et supérieurs, se cachait une fragilité attendrissante et tellement rassurante. Fiorella s’étonna de recevoir subitement une avalanche de mises en gardes feutrées contre les rencontres sur Internet, la déception qui guette les mariages trop rapides, qu’il faut apprendre à se connaître, etc.,etc.…
Le temps passant, l’événement approche inéluctablement.
- Allo Martine ? Tu veux bien être mon témoin ?
- … ? Ah, heu, oui, enfin j’ai quand même le droit de savoir qui c’est !
- Je ne comprends pas que vous n’ayez pas deviné ; c’est tellement évident ! C’est Fred !
- Fred ! Celui qui fait de la musique ? Mais il est pédé comme un phoque !
- Ben justement !
- … Heu ?
- Ecoute, ma fille l’adore et il fera un excellent père ; elle en a besoin. Et nous, on garde notre liberté. Tu sais combien je ne supporte pas ces hommes possessifs, envahissants et supérieurs ! C’est tout bénef, on se connaît depuis plus de dix ans, alors pas de soucis. Tu seras mon témoin ?
Martine accepte, trop sidérée pour argumenter. Et se précipite sur son téléphone pour annoncer le scoop à la terre entière, enfin plus modestement à leurs quelques relations communes.
La fille de Fiorella, parlons-en ! Une adolescente invivable et ingérable. Sa violence alimente les conversations faussement compatissantes et qui voudrait s’atteler à dompter pareille furie ? Mais Fred est un hyperactif que l’angoisse de s’ennuyer terrorise. Relever un tel défi lui garantit un emploi du temps plein d’imprévus et, conclue Martine en reprenant son expression favorite avec une délectation haineuse, …Comme il dit, ça lui fera du pain sur la planche.
Mireille

-  Eh bien dit Fiorella, je vais me marier, comme la dernière fois où tu m’as trouvée en pleurs derrière l’église parce que mon futur époux était parti sans laisser d’adresse le jour du mariage !

Mais cette fois c’est du sérieux, il travaille aux pompes funèbres ; il ne peut pas laisser son job comme ça sur un coup de tête, tu vois ? Les gens comptent sur lui et du fait, il est un homme influent dans notre communauté, tu vois ? Et je vais me marier avec lui dimanche prochain !
On a choisi le sermon pour l’office : la résurrection de Lazare, tu vois ? Comme qui dirait qu’on est tombé d’accord parce que cette fois c’est la bonne ; une résurrection de cérémonie, tu vois ?
Bon, à quarante quatre ans, après six tentatives de mariage, j’ai droit au bonheur comme tout le monde, s’pas ?
Question robe, du blanc, ça n’irait peut-être pas, avec mes cinq gosses derrière moi, mais du crème ! Ou du bleu pâle,symbole virginal tardif !
Après la cérémonie on a décidé de partir en voyage de noces dans le nord, tu vois ? parce qu’il y a beaucoup de travail pour lui en ce moment, avec ces accidents mortels à répétition, du fait qu’un rigolo a enlevé le panneau du stop au croisement et que forcément, même si tout le monde sait qu’il faut faire attention, s’il n’y a plus le panneau, c’est qu’on peut y aller !
Le nord, c’est de l’autre côté de la ville, là où il y a la scierie, tu vois ? On en profitera pour ramener du bois !
Les chambres froides sont pleines, et, comme il dit, ça lui fera du pain sur la planche !
Jean

-  Eh bien, dit Fiorella, je vais me marier.
Ce matin-là, elle avait réuni toute la maisonnée dans la cuisine.
Il y avait les dix-sept filles de sa descendance :
- Antonella, sa fille ainée et ses trois filles : Matilda et Lucia, accompagnées de leur fille respective, Emma, quinze ans et Siena, douze ans, ainsi que Giullia et ses jumelles Léa et Orietta, neuf ans
- Antonia avec ses deux filles, Amanda qui avait une fille de dix ans, Bianca et Celia qui venait d’accoucher de sa petite Isabella
- Antonina, la plus jeune avec sa fille Anna, elle-même avec la blonde Angelica, trois ans et enfin, Aïda, sans enfant.
Cette nouvelle que venait d’annoncer d’un air de défi Fiorella, quatre-vingt-trois ans, l’œil vif et la jambe alerte, leur fit l’effet d’une bombe.
Un grand silence suivit. Elles restèrent toutes bouche bée, ouvrant de grands yeux ronds. Seule, Isabella poussa un petit cri.
- Mais enfin Grand’mère ! s’exclamèrent les petites et arrière-petites-filles.
- Mais enfin, Maman ! reprirent à leur tour Antonella, Antonia et Antonina
- Mais enfin quoi ? demanda Fiorella
- Mais enfin, il n’y a jamais eu d’homme dans cette maison ! rétorquèrent-elles toutes en chœur…
Fiorella se mit à rire.
- Je pensais que vous m’auriez dit que j’étais trop vieille ou bien que vous m’auriez demandé qui est l’heureux élu…
Jamais il ne leur serait venu à l’idée que Fiorella était vieille.
- Et qui est-ce donc ? demanda Antonella
- C’est Leonardo.
- Leonardo ??? s’écrièrent-elles d’un bel ensemble.
Jamais il ne leur serait venu à l’idée que leur si discret voisin, un « jeunot » de soixante-quinze ans, au demeurant poli, courtois et toujours propre sur lui pût s’intéresser à l’aïeule.
- Comme vous le savez, reprit Fiorella, nous sommes un peu à l’étroit dans cette maison depuis l’arrivée de nos chères petites Angelica et Isabella. Leonardo, lui, vit tout seul dans sa grande maison. Comme vous le savez, il était maçon, alors il a pensé que s’il abattait le mur mitoyen du jardin et procédait à quelques aménagements, nous serions plus à l’aise.
Elles furent toutes touchées par la motivation de Fiorella qui avait toujours su prendre si bien soin d’elles.
- Mais Grand’mère, tu vas te sacrifier pour nous ? Comment pourras-tu vivre avec un homme qui attendra que tu le serves, qui te commandera, pire même qui nous donnera peut-être des ordres.
- Eh bien, mes chéries, nous allons déjà laisser Leonardo faire les travaux. Ensuite, nous verrons bien ! Un accident, une maladie, on ne sait jamais de quoi demain sera fait…
Leonardo, depuis la mort de sa femme, le départ de tous ses fils et sa mise à la retraite, était bien triste et trainait son oisiveté comme une âme en peine, sans but, sans projet. Il enviait cette maisonnée de filles, si joyeuses, si vivantes et rêvait d’en faire partie depuis longtemps. Il était impatient de commencer les travaux.
- Vous savez termina enfin Fiorella, Il sourit à nouveau. Comme il dit, ça lui fera du pain sur la planche.
Fabienne

- Et bien, dit Fiorella, je vais me marier ! Te rends compte, je vais me marier !
- É bé tè elle est pas belle, elle ? Comme si c’était un événement que je te dis que ça, vé !
- Et le marié, il est au courant, quand-même, non ? Que c’est une pasarrête, celle-là !
- Voille qu’il est au courant, même, comme il dit, ça lui fera du pain sur la planche d’entendre ses discours !
Jean

Fiorella

 -      Eh bien, dit Fiorella, je vais me marier.
-      Brutta, laide, tu es trop laide répond Andréa. Fais-toi nonne.
-      Prendi me per il culo, tu te fous de moi. Et l’amour, tu connais ? Toi le vieux beau, conquistadore à la manque.
-      Va fa enculo, désiderio mio. Qui pourrait bien  vouloir t’aimer, te posséder ?
-      T’as bien essayé il y a un mois en rentrant de l’atelier de lecture où tu traînes tes savates, plein comme une outre, ubriaco.  A l’atelier, vous ne devez lire que des étiquettes !
-      Fare l’amore, quoi de plus naturel, quoi de plus salutaire, surtout quand on n’en pas l’habitude ! Caramella di menta.
-      Schifoso, toujours guidé par tes bas instincts. Tu as le cerveau entre les jambes, mon pauvre Andréa.
-      A part cela, je ne te savais pas fiancée, carina Fiorella.
-      Pas vraiment  promise, enfin, je le vois souvent. Plus souvent que toi, encore heureux, stronzo.
-      Et il te fait des petits cadeaux ? Fiore sentimentale.
-      Non, mais il est très attentionné. Il m’aide à faire ma comptabilité. En ce moment mon commerce de fleurs marche très bien et j’ai quelques lires à placer. Il m’entoure de ses conseils, infame.
-      Et en faisant le tour, il réussit à peloter tes petits seins d’impubère, dolcezza ?
-      Diavolo, je suis plate mais il m’aime pour d’autres raisons, d’autres avantages que tu ne connaitras jamais.
-      Ingénua, comme il dira ou peut-être même déjà comme il dit, cela lui fera du pain sur la planche !
Bertrand


Exercice
 : histoires mêlées

Sur une feuille, remplir 2 fiches personnages (humain, animal ou objet)

Exercice : Passer la feuille à son voisin qui écrira une histoire avec vos personnages.

Jean-jean, 25 ans, arrive près de moi ;  il est grand,, mince, blond comme je les aime. Je suis sûr qu’il a les yeux bleus. Quand il chante je me rends bien compte qu’il a encore l’imagination d’un enfant, il est doux et calme. D’ailleurs, les gens trouvent qu’il est simplet, cet orphelin devenu pupille de l’état.
Moi, je charrie de la terre , encore et toujours, et dans ce milieu-là, faut à la fois aimer faire de nouvelles rencontres et avoir les sens en éveil pour se garder de toutes les embûches du milieu. Je suis long et je frétille.
Je l’ai rencontré au bas de la colline où je suis né, dans la grande pommeraie des Hamsworf, les Anglais du vallon. On se voit souvent, je guette son pas au-dessus de moi, et d’un coup je sors de mon trou et nous engageons des discussions civilisées à n’en plus finir.
Mais, faut pas m’en conter ; ce n’est pas parce que je suis un ver de terre que je ne peux pas me défendre contre les cons ! Je les repère de loin, moi ! Et, précisément, si j’aime Jean-Jean, c’est que sa douceur et son calme me font penser que c’est quelqu’un….. qui aime les vers de terre ! Je suis sûr qu’avec lui, je vais découvrir plein de nouvelles choses.
Jean

ZIGOGLUB zbx, originaire de la planète Xylophon, était en déplacement sur la planète Terre. Pilote de soucoupes volantes de son état, il avait pris prétexte d’une livraison de cinq cent tonnes de matériel informatique pour introduire clandestinement et commercialiser le « WZ », nouvelle drogue douce  très prisée sur son propre territoire. Le hasard avait voulu qu’il atterrisse tout près d’un petit commerce de quartier dont il découvrait avec étonnement la marchandise exposée.
Force lui fut de constater que, malgré ses  1 653 228 ans (terriens), jamais il n’avait pu contempler cet objet de forme cylindrique qui brillait à la lumière du néon fluo éclairant la boutique. La chose paraissait visqueuse et exhalait une odeur complexe. Il est vrai qu’on lui avait raconté, mais il n’avait pas voulu le croire, que les terriens consommaient des animaux morts ; il s’agissait sans doute d’un de ces spécimens douteusement apprécié ici mais alors que, de sa griffe gauche, il tâtait la chose, celle-ci se gondola légèrement. L’animal, de sexe indéterminé, était-il toujours en vie ou, comme lui polymorphe, était-il en train de changer d’apparence ?
Curieux de nature, il enfonça plus profondément sa griffe dans la matière inconnue. Ses circuits, fortement sollicités, fonctionnaient à toute vitesse et il fouillait sans discontinuer dans sa mémoire vive. Cette texture en feuille lui paraissait un indice… une bobine de fil ? Non ! Un rouleau de papier toilette ? Un parchemin ? ça y est, j’y suis : une holothurie ! Oui, ça devrait être ça… la forme, l’odeur iodée… Pas encore tout à fait certain de ses conclusions, il continua à perforer la chose. Le centre plus mou et comme granuleux le dégoûtait un peu. Cependant, aventureux il déploya ses mandibules vertes et  porta le présumé animal plus près de son organe olfactif. Insupportable ! Quelle fragrance horrible ! Pestilentielle ! Cette chose, animale ou végétale ne pouvait pas impunément être consommée par les terriens ! C’était impossible !…
C’est alors qu’un petit homme aux yeux bridés s’approcha et poliment lui demanda : « vous désirez des nems peut-être ? ».
Patricia

Comme tous les soirs, Jean faisait son petit tour en passant par la place du village, dans l’espoir d’apercevoir Maryse, la boulangère, enfin, plus exactement, la femme du boulanger. Et s’il était chanceux, elle lui ferait un petit signe de la main. S’il était extrêmement chanceux, elle lui parlerait un peu du temps, qui se réchauffe, et c’est pas trop tôt, avec un sourire qui le faisait chavirer chaque fois. Il avait fermé son atelier, comme tous les soirs, à 18 heures, et après sa petite promenade, il irait boire un vin blanc chez Louis, le bar tabac du coin. Jean était menuisier. Il y avait trois ans que Mathilde, sa femme était morte d’un cancer, et lui, à cinquante-trois ans, ne se sentait plus assez jeune pour tenter une aventure mais pas assez vieux, cependant pour renoncer à l’amour. Depuis plus d’un an, un nouveau boulanger était venu s’installer dans ce petit village qui un temps, s’était beaucoup dépeuplé et qui, maintenant, recommençait à accueillir de jeunes couples. Le boulanger était arrivé avec sa femme, la belle Maryse, trente ans, tout au plus. Et dès le premier jour, quand Jean était allé acheter son pain et l’avait vue, il n’avait pu penser à rien d’autre qu’à son visage d’ange, sa silhouette élancée, ses petits seins tout ronds et ses fesses arrogantes. Il en rêvait même la nuit.  C’était pathétique, se répétait-il. Il tentait de s’en persuader, mais rien n’y faisait. Comment pourrait-elle me voir autrement qu’en vieux monsieur, les cheveux grisonnants, toujours affublé du même jean’s et de la même chemise à carreaux. Je pourrais être son père ! Mais la nuit, au fond de son lit, il rêvait de cet hypothétique inceste.
Quand il arriva chez Louis, tous les habitués étaient déjà là. Des hommes pour la plupart qui attendait patiemment l’heure du dîner que préparait leur femme en buvant un apéritif, parlant des petits soucis du quotidien, des impôts qui augmentent, ou même quelquefois, de la nouvelle boulangère. Jean s’arrêta net quand il vit que sa table, comme toutes les autres, était occupée ! Comment Louis avait-il pu lui faire ça ! A sa place donc, trônait une femme, la quarantaine bien sonnée, aux cheveux d’un châtain triste et qui, apparemment parlait toute seule, en allemand, crut-il deviner. Elle buvait un petit verre de Génépy qu’il reconnut facilement à sa couleur verte et à l’odeur de plantes qui s’en dégageait. Louis sortit aussitôt et s’excusa.
- Bonsoir, Jean, désolé, mais ce soir, il y a beaucoup de monde. Mademoiselle, accepteriez-vous ce monsieur à votre table ?
Elle leva la tête et Jean eut une drôle de sensation en croisant son regard : elle avait un œil bleu et l’autre marron. C’était bizarre et ça le mit mal à l’aise. Il n’avait qu’une envie, s’en aller. Il en voulut aussitôt à Louis qui l’avait mis dans cette situation. Poli malgré tout, il s’assit et commanda son petit Chablis.
- Bonjour, Je m’appelle Géronime. Je vis seule. Il y a trente ans, il y a eu un crash d’avion dans la région. Mes parents, mes trois sœurs et mes deux frères sont morts. J’étais la seule survivante, vous vous rendez-compte. Je n’ai jamais pu m’insérer dans la société. Je vis de la rente que m’octroie la compagnie. Depuis, chaque année, je viens ici, à la date anniversaire, leur rendre un hommage.
Après avoir débité tout cela d’une seule traite, elle recommanda un petit verre de liqueur qu’elle but cul sec. Puis elle s’en alla.  Jean était abasourdi. Elle n’était manifestement pas morte, mais elle avait quand même eu un sacré pet au compteur, se dit-il. Et il se remit à penser à Maryse, c’était sans risque !
Fabienne

 

 

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