Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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27 septembre, 2016

Atelier du 26 septembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:36

Exercice : Ecrire un texte sur le tableau de Paul Cézanne : « La pendule noire »

la-pendule-noire

C’est l’heure du thé, du moins le pensait-il. Cela faisait longtemps que le temps s’était arrêté pour lui. Il avait gardé les horloges mais retiré toutes les aiguilles. Cruelles flèches qui piquaient son cœur  à chaque seconde, chaque minute, chaque heure. Voir le temps défiler lui rappelait combien il était seul et chaque mesure de temps l’éloignait de sa jeunesse et le rapprochait d’une mort solitaire .
Dans sa grande maison s’entassaient les souvenirs de toute une vie, des milliers d’histoires à raconter mais personne pour les entendre. C’était un vieux monsieur qui avait connu l’amour, la gloire, l’aventure et qui maintenant restait assis, le regard posé sur les témoignages muets de sa vie passée. Un silence plein de mélancolie, que même le tic-tac des horloges ne troublait plus, régnait dans la pièce.
Il fut un temps où les gens se précipitaient pour répondre à ses invitations, où il était entouré de personnes suspendues à ses lèvres qui s’enivraient des récits de ses voyages, de ses anecdotes, de sa vie. Mais « je te confirmerai » avait remplacé « avec plaisir, bien sûr » puis s’était mué en « d’accord, je passerai si je peux ». Mais personne ne pouvait jamais, ni ses vieux amis, ni les nouveaux, ni ses enfants. Il  avait arrêté d’espérer voir arriver les gens quand il leur donnait un horaire. Aux fur et à mesure des années, les gens venaient de plus en plus tard et de moins en moins nombreux, et au fur et à mesure des années, il avait appris à redouter et même craindre le cliquetis des aiguilles, impassibles annonciatrices du retard de ses hôtes, trahissant l’indifférence croissante de ses proches.
Aujourd’hui encore il avait invité ses fils, leurs femmes, ses amis, les amateurs de belles histoire à prendre le thé et tous avaient répondu « oui, je passerai, si je peux ». Par réflexe, il regarda son horloge sans aiguille, les babioles et souvenirs entreposées autour de lui, puis se servit une tasse de thé.
Léo-Paul

Paul

Encore un salon sans moi. Paris ne m’aime pas. Emile ne  m‘aime plus. Me reste-t-il du temps ?  Je ne sais pas et ne veux pas… Pourtant ils sont venus et Jeanne les a reçus en mon absence-présence inavouée et inavouable. Edouard a laissé sa chemise, Claude la tasse à café, Edgar le coquillage chanteur, Seurat le vase. Seul le citron est mien, un fruit, seul pour une fois. J’ai mutilé l’horloge pour que le temps me les garde tous, et toujours, jusqu’à ma fin.
Bertrand


Elle était morte ! Et il se demandait toujours pourquoi elle l’avait laissé là, si seul ! Alors, lui, il avait arraché les aiguilles de la pendule qui ne rythmerait plus leurs jours heureux. Le temps pour lui était aboli… Il avait réuni sur cette table toutes le choses qu’elle aimait, comme un dernier hommage, toutes ces petites choses qui avaient fait leur bonheur : il avait fait de sa robe de mariée une nappe immaculée. Il avait posé dessus la sempiternelle tasse de thé qu’elle prenait toujours agrémentée d’un zeste de citron ; le vase qu’elle remplissait tous les matins de fleurs fraîchement cueillies, comme si elle savait déjà que chaque jour était unique, et si vite passé ; il avait aussi posé ce coquillage, immense, qu’ils avaient trouvé un matin, sur leur plage, celle où ils s’étaient aimés. Ils avaient ri ensemble d’y écouter la respiration éternelle de la mer, comme des enfants ; et puis il avait délicatement amené l’urne où reposaient ses cendres… Et la sienne, qu’il ne tarderait pas à remplir… pour lui tenir compagnie.
Fabienne

 

D’après un tableau de Cézane….

Je rentre de mon parcours journalier à la sainte Victoire où je cherche sans m’y accrocher à écouter le vent, tu vois ?
Cézanne, toujours le même angle, la même place, des horaires différents pour envahir l’esprit à travers ses toiles de la Victoire. Il n’y a rien de plus abstrait et impersonnel, presque, que ces tableaux, toujours les mêmes, comme des témoins ridicules du temps qui passe.
Et puis l’autre jour, vé, je me suis arrêté devant un autre de ses tableaux…. l’horloge noire. Je suis tombé raide ! Le temps absorbé dans cet écran sans aiguilles, ces linges blancs, ce vase allongé et surtout la conque, vulve marine abandonnée d’un rêve. De quoi titiller l’esprit des simples et interroger l’histoire de ces peintres, tu sais comme on dit d’untel que c’est un peintre, un inutile qui ne peint même pas ce que tout le monde voit !
Et ça m’a fait penser à Vincent, et obligatoirement à Jeanne, par contre-coup ! Et retour à Paul.
Y se sont connus, tous les trois, voyages d’Arles à Aix, d’Aix en Arles ! Y z’étaient amoureux tous les deux de la même ! Tu parles, Jeanne, la belle Jeanne Calmant elle leur avait fait perdre la tête à tous les deux. Même que Vincent, y s’était coupé l’oreille parce qu’elle ne voulait pas de lui ce jour-là !
Chaque fois que je la raconte, tout le monde me dit que je galège ! C’est pas vrai que Vincent et Paul y z’ont connu la Jeanne ! Et pourtant ! Jeanne, elle était là pour les surveiller, les peintres, vé ! Elle était agent secret ! Dans son jeune temps, tu vois ? Mais là, cette horloge, elle me faisait un effet ! Comme si Paul, il avait voulu faire une entorse à sa propre postérité, tu vois ? Comme pour brouiller les pistes… étrange de sa part, non ? Tu vois, Vincent, ça m’aurait pas étonné ; mais Paul !! Entre l’insoumis et le premier de la classe, j’aurais plutôt parié sur Vincent, tu vois ?
Ça doit être l’influence de Jeanne ! J’en mettrais ma main à, couper, tu vois ?
Jean

Tels des pénitents agenouillés, trois pans de toile rèche et vaguement grisâtre, recouvraient grossièrement la table où demeuraient encore les reliefs d’un déjeuner interrompu. Symbolisé par l’horloge muette – car sans aiguilles -, le temps, immobile, cristallisait l’instant fatidique d’un départ. Un citron toujours entier narguait la tasse esseulée où un thé, déjà froid, s’étiolait.
La clef de cette énigme résidait peut-être dans cet objet insolite à gauche du tableau : un lourd et très gros coquillage… l’appel du large, à n’en pas douter ! La bouche écarlate et disproportionnée de cette conque donnait  à l’ensemble de la composition un aspect glauque et inquiétant. Du sang, c’est sûr ! Un sang sale et poisseux, coulerait bientôt…
Effrayé, le peintre lui-même avait dû fuir… Car je constatais, étonnée, que l’oeuvre abandonnée ne portait pas sa signature.
Patricia

 

Exercice : association improbable

Chacun pioche un papier 1 (noms) et un papier 2 (adjectifs) et doit écrire un texte avec l’adjectif qui doit se rapporter au nom.

Un gentil verre à pied
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C’est un gentil verre à pied qui rend visite à son amie la flûte :
- Ma douce amie, vos courbures échancrées me font pétiller de désir.
Et la flûte de répondre  :
- J’espère bien mon cher, et sachez que vos rondeurs enivrent mes sens.
Et voici que les deux récipients entamèrent une discussion où les mots doux coulaient à flot.  Mais la flûte ne se sentait pas prête à sauter le pas, quand bien même notre entreprenant verre à pied, qui la buvait du regard, ne la laissait pas indifférente. Le verre dit alors :
- Ma fluette amie, je comprend votre retenue, mais je vous attendrai, je vous attendrai jusqu’à ce que ma vie s’écoule, jusqu’à la lie. Elle pensa « qu’il est gentil » ; mais soudain, un humain eut un geste malheureux et le verre glissa puis chuta. Et spling !!!
Léo-Paul

1PP

Une bouteille de vin gentille 

 Oyez ! Oyez bonnes gens ! Sur ordre du roi :
“En l’honneur du mariage princier unissant sa fille cadette, la pricesse Candice, au prince Gontrand de Monferrant, futur héritier des Trois Royaumes, il sera offert à chacun des  sujets de sa majesté convolant en justes noces au cours des trois mois suivants le mariage princier, une gentile bouteille de vin rouge tirée des chais royaux”.
… La réputation de ce vin trop vert, aigre et sans parfum était telle que seuls quelques rares mariages de raison furent celébrés à ladite période.
Patricia

Une pince à cheveux aveugle

Aveugle, la pince à cheveux ! Tu parles, il est chauve ! Et avec ça il va falloir que je trouve une suite pour un chauve aveugle qu’a trouvé une pince à cheveux dans les replis de sa perruque ! Nous sommes sous Louis le Xème, roi des Francs !
Alors voilà : en ce temps-là, la campagne n’était pas aussi accueillante que de nos jours et le temps s’écoulait différemment. Et du coup, dans le scénario, y a quelque chose qui se dérègle, comme qui dirait une réplique déplacée par rapport au déroulement de l’action. Il s’avance, elle arrive, ils vont pour s’embrasser, et alors elle lui demande d’un ton feutré mais amoureux, s’il a descendu la poubelle. C’est ça l’amour, elle en pince à cheveux pour l’aveugle, l’amour, l’amour aveugle, oui ?
Jean

Une brosse à dents angoissée !

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Je suis angoissée !!! Tous les matins ! va-t-il ou ne va pas t-il se servir de moi ! Comme sa maman lui a appris et répété, matin et soir ?
-       Mon chéri, tous les matins et tous les soirs, tu dois brosser tes dents !
-       Mais enfin, maman, pourquoi ? Je suis un carnassier et mes dents se nettoient toutes seules à déchiqueter cette viande ! N’ai-je pas déjà les dents toutes blanches !
-       Oui, mon fils, mais un beau vampire a les dents, certes blanches, mais doit aussi sentir bon le dentifrice à l’ail !
Fabienne
DEVOIR : Il y avait du chagrin dans cette lettre. Plein. Elle était trop lourde, trop humide ; personne n’osait l’ouvrir. Cependant, il fallut bien…

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Il y avait du chagrin dans cette lettre. Plein. Elle était trop lourde, trop humide ; personne n’osait l’ouvrir.
Cependant, il fallut bien. En la décachetant, Joseph dut se rendre à l’évidence : elle ne contenait pas que du papier. Il extirpa de la grande enveloppe en kraft lourd, un objet qui semblait tout aussi ancien que son contenant. À première vue  un tissu, mais à y bien regarder, il s’agissait de tout autre chose. L’odeur qui s’en dégageait n’était pas à proprement parler désagréable, mais étrange, ne lui rappelant rien de connu. Ou alors très vaguement des effluves de sous-bois, avec un léger côté acidulé et doucereux. En dépliant doucement l’objet il remarqua qu’il était assez souple. Il s’agissait d’un rectangle plié en quatre, recouvert sur la partie centrale d’une de ses faces d’un dessin compliqué dont les détails s’étaient plus ou moins estompés. Quelques lignes semblaient être des annotations, assez peu lisibles. La première chose à laquelle il pensa fut à une carte. En regardant de près le support, Joseph en conclut qu’il pouvait s’agir d’une peau animale, mais de quel animal pouvait-elle donc provenir ? La journée finissait et la lumière, plus douce et rasante, lui permettait de mieux distinguer les formes esquissées. Ce qui lui avait paru ressembler au dessin d’un littoral lui évoquait maintenant des formes plus abruptes, plus anguleuses. Comme un plan sommaire, d’une ville, les rectangles estompés, peut-être des bâtiments, étaient au nombre d’une quinzaine alignés sur trois rangées. Prenant une loupe dans son tiroir et rapprochant une petite lampe qu’il alluma, il tenta de déchiffrer les inscriptions.
Elles étaient disposées dans les interstices séparant les rectangles du milieu, en quatre blocs de signes ou de lettres.  Il lui fallut toute la soirée et une partie de la nuit pour avancer un peu dans cette recherche. Il se demanda même s’il devait continuer et s’obstiner dans ce travail pénible. En premier lieu, qui donc lui avait envoyé ce colis ? Aucune indication sur l’enveloppe n’avait pu le mettre sur la piste, pas même son nom n’y figurait. Le facteur la lui avait apportée car un dépositaire inconnu l’avait laissée au bureau de poste en disant qu’elle était « pour celui qui cherche là où les autres ne trouvent rien ». Son travail d’historien reconnu naguère faisait qu’il se retrouvait parfois, maintenant qu’il avait pris sa retraite, à résoudre des énigmes qui, la plupart du temps, n’en étaient que de nom. Au milieu de la matinée, il avait réussi à déchiffrer une partie des inscriptions. Le texte pouvait ressembler à quelque chose comme : « stade nib edie mygdi ». Il utilisa sur son ordinateur  une grille de résolution numérique qu’il avait mise au point pour ses recherches : il dut encore y passer une bonne partie de la journée. Le soir venu il alluma à nouveau la lampe. Ce qui le mit sur la voie ce fut la lumière filtrant à travers l’abat‑jour en vessie de porc : il remarqua que la peau tannée dessinait un fin réseau qui ressemblait étrangement à celui qui se devinait sur le document. Ensuite, tout s’assembla très vite dans son esprit. Il avait voulu lire une phrase en essayant de lui donner une signification en français, mais à bien y regarder certaines des lettres qu’il avait cru voir n’étaient pas vraiment écrites sur ce qui lui semblait maintenant de toute évidence être un parchemin. Quel genre de parchemin, il avait peur de ne pas avoir réellement  envie de le découvrir.
Si on ne gardait que les lettres qui avaient été inscrites, et si on prenait la peine de réécrire celles qui s’étaient effacées, dont on percevait encore la trace ténue, on lisait : « stad nie bedziemy nigdzie » ! Cette phrase maintenant reconstituée en Polonais, la langue de ses parents « stąd nie będziemy nigdzie » (stand nié viémjièmé nidjié) prenait la signification de : « d’ici nous n’irons plus nulle part ». Écrit sur ce qui était bien le plan d’un groupe de baraquements qui ne pouvait être que celui d’un camp, cela donnait un sens terrible à l’origine de cette carte, et plus encore au matériau sur lequel elle avait été dessinée. Si la trame de l’abat-jour présentait des dessins similaires, c’est que le porc a un cuir fin, comme la peau de celui sur qui tout ça avait été tracé, et qui laissait un dernier et désespéré témoignage. Et c’est à lui, Joseph  Karski, qu’était parvenu ce message, lui qui maintenant, sur cette missive dont il comprenait et le sens et la nature et qu’il n’osait plus toucher, aurait pu rajouter ce nom qu’il avait vu si souvent écrit lors de ses recherches : Auschwitz Birkenau.
Diego

Courrier

Il y avait du chagrin dans cette lettre. Plein. Elle était trop lourde, trop humide, personne n’osait l’ouvrir. Cependant il fallut bien…
La pluie avait maintenant complètement cessé. Elle était mêlée de cristaux qui brûlaient les yeux, irritaient le nez et gerçaient les lèvres. La marée était pleine avant le jusant. Pleine du grouillement des galets qui s’entrechoquaient en crécelles. Pleine de la lumière ronde, intermittente et cruelle  de la lune de mai. Pleine de sel. L’air puait l’iode, le goémon et le silex heurté. La foudre avait frappé toute la nuit presque sans discontinuer. A présent  les rafales se calmaient. Les mots rocailleux revenaient à la vilaine troupe qui m’accompagnait, éclairée par des brandons de guerre. Faute de mieux, ces hommes de peu de foi s’étaient abrités derrière les chevaux de trait amenés à dessein sur cette plage. La carvelle bretonne n’avait pas résisté à la tempête divine. Deux de ses voiles rouge sang de porc chiffonnaient la grève.  Les débris de la coque noire jonchaient l’anse aux Chèvres au bas des falaises de craie. Aucun corps n’était encore retrouvé. Par chance une grande partie de la poupe et son tableau gisait presque intacts à environ vingt brasses du bord. Le grand gosse, mon fou, avait dompté les vagues pour lier l’amarre à l’étambot. Nos cob normands avaient facilement hissé la masse flottante au sec. Nous avions réquisitionné huit de ces beaux  tâcherons : un attelage de roi. Une fois l’épave sécurisée, j’ai demandé à entrer seule dans la cabine du capitaine.
Largement éventrée elle semblait néanmoins contenir tous ses meubles, entassés au plus profond de l’arrière. Un petit coffre clouté m’attendait au sommet de l’empilement. L’ouvrir fut un jeu pour ma dague effilée. Au dedans, intacte, une lourde poche, une enveloppe de chamoiserie, du chagrin. Elle était estampée aux deux léopards passants et guardants, griffes et sexe dressés, queue en fouet. L’émissaire du Normand n‘avait pas eu le temps ou le courage de la détruire. Sortant de ce cercueil dépouillé, à bout de bras je montrais à mes sbires le précieux écrin de peau. Puis, parvenus dans la grotte du phoque, à la lumière des torches redevenues fidèles, je défaisais lentement les lacs de cuir.  L’étui contenait seulement deux objets. Sur le parchemin quelques mots latins que je leur traduisis. «  A remettre à François, Duc de Bretagne, sans quoi à l’Océan, par grand fond». Pas de signature mais…  Une petite bourse de soie dorée emmaillotait l’anneau ducal. Les espions de Louis étaient, comme à l’accoutumée, bien affranchis. L’alliance d’or que l’Evêque de Lisieux avait glissée au doigt de Charles de Berry était là sous nos yeux, lourde, si lourde. Et moi, Lioûnie la Rouge, remettrai l’anneau à mon Roi, Louis l’Aragne. Et Gervin, mon homme serait bien rogue.

PS : le neuf novembre 1469,  sur ordre de Louis XI, l’anneau qui avait marié la Normandie à Charles, frère du roi, fut cassé en deux à coup de marteau sur une enclume en séance publique devant les maistres de l’Echiquier de Rouen. En fait, il avait été piteusement rendu par ledit Charles. Depuis la Normandie est restée française. Mais beaucoup de Normands ont la nostalgie de Guillaume.
Bertrand

Vous l’ignoriez sûrement, mais dans un univers proche et lointain à la fois, existait naguère un endroit dépourvu de frontière et continuellement ouvert : la PTT, Poste pour Toutes Tristesses. Chaque jour et chaque nuit, la PTT recevait puis traitait la peine du monde entier. Ainsi, des lettres contenant les larmes des personnes en souffrance arrivaient sans arrêt. Larmes adressées à un amour perdu, un être disparu ; peines de cœur, d’amitiés ou d’amour ; chagrins d’enfant ou de plus grand… Les postiers triaient l’ensemble de ce courrier des pleurs avant de l’acheminer vers la Centrale du Réconfort.
Parfois, certaines lettres n’avaient pas d’adresse. Les employés de la PTT devaient alors les ouvrir et en libérer le contenu. C’est ce qui arriva ce matin-là… La lettre se trouvait au milieu du grand tas de missives contenant les larmes accumulées durant la nuit. Un postier la repéra immédiatement parmi les autres et la désigna à ses collègues. Tous échangèrent alors un regard lourd d’appréhension. Il y avait du chagrin dans cette lettre. Plein. Elle était trop lourde, trop humide ; personne n’osait l’ouvrir. Cependant, il fallut bien…
Le postier en chef prit alors une grande inspiration et déchira très lentement le haut de l’enveloppe. L’eau de larme perla tout d’abord goutte-à-goutte, puis en mince filet qui se mit à couler sans fin. Le ruisseau se fit ensuite rapidement plus fort et puissant, se changeant en torrent de larmes qu’on ne pouvait arrêter… Les employés n’eurent pas le temps de s’enfuir. La PTT disparut, engloutie par les flots et tous périrent noyés dans ce grand chagrin dont on ignore toujours aujourd’hui la cause.
Cécile

Voilà déjà plus d’une semaine que la lettre était là, sur la petite table de l’entrée et elle n’osait toujours pas l’ouvrir. C’était comme s’il y avait du malheur dedans, trop lourde, trop humide. Chaque jour, elle la regardait, mais ne trouvait pas le courage de la décacheter. Pourtant,  il lui en avait fallu du courage, et de la patience, et de la persévérance pour en être arrivée là aujourd’hui. Alors, elle avait peur de la moindre chose qui aurait pu risquer de briser ce si fragile équilibre.

L’écriture lui disait vaguement quelque chose, mais elle ne savait plus quoi…
Cependant, elle se dit que si le destin lui avait envoyé ce courrier, il fallait quand même l’affronter. Alors, par un radieux matin, plus beaux que les autres, se persuada-t-elle, elle prit son courage qui ne lui disait rien à deux mains et ouvrit cette enveloppe.
Soudain, elle fut projetée trente ans en arrière… Comment ce courrier avait-il pu traverser le temps et l’espace pour lui parvenir.
Elle se souvenait maintenant : le jour de ses quinze ans, une journée encore plus triste que les autres, elle s’était écrit cette lettre. Elle se souvenait parfaitement des premiers mots.
« Au secours ! Je suis si malheureuse… C’est sûr que si rien ne change, je préfèrerais mourir ». Pendant quatre pages, elle décrivait sa solitude, son manque d’amour, l’incompréhension de sa « famille », mais pouvait-on appeler ça une famille ? Sa mère qui la détestait, son père qui l’ignorait, ses frères et sœurs, des étrangers qui ne lui voulaient que du mal… Oui, elle se rappela la petite fille qu’elle était. Elle pleura beaucoup sur son sort, se remémorant chaque brimade, chaque souffrance, chaque jour…
Et puis, enfin, elle avait pu partir, elle s’était libérée de ce carcan et avait commencé à vivre. Elle s’était fait la plus jolie vie possible, aimant tout un chacun, aidant tous ceux qu’elle pouvait, souriant toujours devant l’adversité. Mais jamais, jamais, elle n’avait rencontré l’amour. « C’est comme ça, c’est ma vie, se disait-elle ». Et loin d’en vouloir au destin, elle redoublait d’efforts. Alors, évidemment, cette lettre l’avait secouée, perturbée, mais elle se dit que, tout de même, elle avait beaucoup avancé dans sa vie, et qu’elle était enfin heureuse.
Fabienne

Certaines personnes, dans notre vie, sont de solides piliers mais il y a aussi ceux que nous croisons, ceux qui simplement nous effleurent ; Mathias était l’un deux. Une vague bien que régulière relation épistolaire nous tenait lieu d’amitié. Nous égrenions, cinq-six fois l’an, quelques impressions de voyage, évoquions des relations communes, nous laissant parfois aller à échanger quelques enthousiasmes de lecteurs assidus. Cependant, hier, rompant brusquement la légèreté de nos échanges, je venais de réceptionner un sinistre courier tout de noir cerné. Il y avait du chagrin dans cette lettre. Plein. Elle était trop lourde, trop humide, personne n’osait l’ouvrir. Cependant, il fallut bien…
La lettre, un faire-part de décès, concernait son père, personnage ambigu rarement évoqué mais dont, en filigrane, j’avais perçu l’empreinte écrasante. Au faire-part était jointe la première vraie correspondance que Mathias m’adressait. Sans rien réveler de l’existence du défunt, il me livrait le brusque désarroi qu’il ressentait, ce manque profond, immense et pour lui quasi-imprévu, laissé par un départ pourtant prévisible. Blindé dans une carapace nécessaire à sa survie, il pensait avoir su se protéger du désamour paternel qu’il avait toujours subi sans en comprendre la motivation. Bon petit soldat, il avait été un enfant sage, un écolier sans problème particulier puis, un homme respectable, un notable du village où il résidait avec son épouse depuis de nombreuses années. De ce géniteur, il n’avait perçu que la rigueur et la froideur d’une relation conventionnelle dictée par un impératif purement social : ni baiser à l’enfant trop sage, ni tendres conseils à l’adolescent timide et encore moins à l’adulte qu’il était devenu. Quant à sa mère, personne effacée, douce et secrète, elle s’était éteinte trop tôt pour qu’il puisse, sans détours, évoquer ce mal-être. Afin de s’affirmer et de devenir l’homme fort qu’il souhaitait paraître, il avait vécu ces dernières années à l’abri d’un mur fictif qu’il pensait étanche, mais les amarres qu’il savait ténues s’étaient brusquement rompues et sa vie de toutes parts prenait l’eau.
A travers les lignes, j’avais perçu un réel appel au secours et cette confession inattendue m’avait profondément boulversé. Avec une acuité toute particulière, je savais  qu’il me fallait absolument sauver Mathias de la noyade à laquelle il semblait promis. Un sentiment étrange m’avait subitement envahi, une sorte d’urgence personnelle à agir. Cette gageure imprévue donnait soudain un sens nouveau à ma vie ; m’y dérober, je le sentais, aurait été me perdre aussi car, en fin de compte, en me libérant de la torpeur où doucement je m’enlisais, involontairement, ce  » presque-ami » venait de  me sauver.
Patricia

22 septembre, 2016

Atelier du 19 septembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:31

DEVOIR : Le conte du pourquoi : pourquoi fait-il noir la nuit ?

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Cet épisode presque anodin se passe dans des temps ô combien éloignés dans la lointaine galaxie dite du « chat luthier ». Je ne sais pas où l’on a été pêcher ce nom ! Pourtant, en cherchant bien, une hypothèse à peu près fiable peut être émise : les étoiles de cet amas stellaire sont placées dans l’espace suivant la théorie des instruments à cordes.

Au niveau de l’œil gauche du chat, au centre exact de la pupille, existait une planète très originale, une planète entièrement recouverte de végétation. Cette terre verte cachait son eau sous une épaisseur kilométrique de plantes diverses dont la canopée dissimulait même les pôles. La luminosité, l’hygrométrie, la température, entre autres, y étaient constantes en tout lieu et à tout moment. L’explication de ce mystère est tout à la fois difficile à comprendre et simple. La complexité venait du fait qu’il existait plusieurs soleils qui tournaient, oui tournaient, autour de ce globe de jade. C’est une acception ancienne que de penser qu’un soleil puisse tourner autour d’une planète. Quant à dire que c’est un phénomène universel ! Là, carrément si j’ose dire pour un processus circulaire, c’était vrai.
Les astres radieux étaient au nombre de trois assurant de fait les trois huit en orbites croisées les maintenant à distances constantes les uns des autres. Aucune journée n’était séparée de la suivante et tout végétait dans une béatitude herbeuse. On ne sait comment la vie animale advint mais elle fut et c’est une autre histoire.
Une population d’êtres doués de conscience que je ne saurais décrire précisément, peut-être des chats, se constitua progressivement pour habiter la strate botanique supérieure. Ils ne manquaient de rien, étant végétariens. Leur couleur verte les empêchaient de traduire certains sentiments comme la peur ou la rage et c’était bel et bon. L’éclairage constant avait tout de même quelques inconvénients. Par exemple, pour prendre du repos ils étaient obligés de se tenir debout (pas facile pour un chat ), se racontant des histoires incroyables pour s’endormir et toute rectitude verticale. Au milieu de ce peuple de chaleureux survint une mutation une déviance, rapidement une hérésie, autrement dit : des chats loupés. Cette altération étant dominante il se constitua un groupe d’individus très intelligents mais agressifs et querelleurs, les chamailleurs qui se croyaient mieux que les autres. En quelques générations, après bien des disputes, ils arrivèrent à créer une foi, une religion puissante et dangereuse : la Science. Celle-ci les amenait à contester l’ordre établi. Le sectaire le plus bagarreur, un chat teigne, émit la conjecture d’une période de repos différente, alternative du stoïcisme vertical. Euréka : il suffisait d’éteindre un ou plusieurs soleils. A la manière d’un autocrate coréen il fit construire fusées et bombes à fission incontrôlée. Un beau jour, si j’ose dire, le compte à  rebours eut lieu. Ils parvinrent à éteindre un des trois astres insolents. Au tout début ce fut un charivari. Mais une ombre dense se mit à passer, à repasser, à repasser, à repasser… sur cette planète écologique. Un félin plus craintif et superstitieux déclara que cela pourrait porter malheur. Comme son pelage était d’ébène on décida de nommer cette obscurité cyclique de son nom : le NOIR.
Bertrand

Il était une fois la petite méduse Cénidia… qui vivait depuis la nuit des temps dans les profondeurs sombres de l’océan. Nul ne savait quand elle était née et nul ne pouvait prédire sa disparition, car Cénidia avait la capacité de régénérer sans fin ses cellules : elle était immortelle… Seuls les rayons du soleil avaient le pouvoir de la blesser. Justement, à cette époque très lointaine, leur éclatante lumière inondait continuellement le ciel, la terre, et la surface des océans sur notre planète. Cénidia se cachait donc dans l’obscurité des abysses, en compagnie de nombreux amis appartenant à la faune sous-marine. Mais eux n’étaient pas immortels et au fil des années, puis des siècles et des millénaires, Cénidia vit disparaître l’ensemble de ceux qui lui étaient chers. Un jour, elle se retrouva toute seule au fond de l’eau.
La petite méduse lutta alors courageusement pour surmonter son chagrin, mais après quelques temps, écrasée par le poids d’une solitude qu’elle savait éternelle, Cénidia décida d’en finir. Elle remonta donc les courants et se rapprocha d’un îlot posé sur l’océan. Puis elle se laissa porter par les vagues et s’échoua enfin sur le sable brûlant, offrant son corps à une mort certaine…
Bouleversé, le Soleil replia alors immédiatement l’un de ses rayons, afin de créer une ombre protectrice au-dessus de Cénidia. Puis il s’abaissa dans le ciel et s’adressa à la petite méduse désespérée : « Mais que fais-tu donc ???… Retourne-vite dans l’eau, sinon tu vas mourir ! »
- Je ne veux plus vivre, répondit faiblement Cénidia. Tous mes amis sont morts… Je me sens tellement seule…
- Sais-tu que chaque être vivant sur cette planète possède une âme ? Quand la mort survient, ces âmes viennent me rejoindre et scintillent ensuite pour l’éternité à mes côtés. Je les appelle mes « étoiles »… Regarde tout là-haut !
Cénidia leva les yeux, mais ne vit que la lumière blanche de l’astre et le bleu du ciel à perte de vue.
« Il n’y a rien là-haut !… Tu mens !… », s’écria-t-elle, avant de soupirer tristement. « Laisse-moi mourir maintenant… »
Le Soleil comprit alors ce qu’il devait faire. Il se coucha lentement sur l’horizon et éteignit l’un après l’autre tous ses rayons… Pour la première fois depuis que le monde était monde, l’obscurité s’abattit sur le ciel, la surface de l’eau et la terre où reposait Cénidia.
Intriguée, la petite méduse se mit à scruter les alentours… Mais elle ne voyait plus rien d’autre que du noir…
Soudain, une minuscule lueur brillante s’imprima dans le ciel juste au-dessus de l’îlot. Cénidia en distingua vite une deuxième, puis une dizaine, bientôt une centaine d’autres…
« Les étoiles… », murmura-t-elle, émerveillée.
« Tu vois… », confirma doucement le Soleil. « Tous tes amis sont là… Tu n’es pas seule… Et si tu acceptes ma proposition, tu ne le seras plus jamais… Dorénavant, je m’assombrirai quelques heures tous les jours, afin de te laisser contempler les âmes de ceux que tu aimes. En échange, tu promets de continuer à vivre, car tu es l’esprit le plus ancien de cette planète. Elle a besoin de toi…
Que décides-tu ?… »
En guise de réponse, Cénidia souleva l’un de ses tentacules et agrippa l’écume d’une vaguelette léchant la plage. Puis, le cœur empli d’une nouvelle espérance, la méduse immortelle glissa lentement dans l’eau et laissa les flots l’emporter jusqu’au large…
Depuis ce temps-là, le Soleil disparaît chaque nuit, afin que Cénidia retrouve ses étoiles dans le noir et que son âme, ainsi gonflée d’amour, puisse veiller toujours sur notre Terre…
Cécile

Il y a fort fort longtemps, du temps où la terre venait tout juste de se former, le soleil régnait en maître absolu sur le ciel. Il était infatigable et ne dormait jamais. Vinrent les cailloux, les plantes et finalement les animaux. Ce monde était parfait et le soleil le surveillait jalousement.
Puis, un jour, vint le premier homme et la première femme, suivis de bien d’autres. Là survint le drame. Car le soleil s’aperçut que les hommes et les femmes n’avaient pas un cœur aussi pur que les cailloux, les plantes et les animaux. Ils faisaient beaucoup de choses honteuses, commettaient de vilaines actions. Le soleil en eut assez. Il ne voulait plus voir cela, au moins une partie de la journée.
Alors, il jeta sur ce monde un manteau de misère. Un manteau tout noir et tout troué pour le recouvrir et ne plus voir toutes ces jalousies, ces trahisons, ces destructions, ces crimes…. Pendant un moment.
Il dit aux hommes :
-  Vous êtes mauvais mais je ne peux pas vous détruire, pas encore, alors, maintenant, vous ferez vos sales besognes dans le noir, je ne veux plus vous voir ! Je n’enlèverai ce vieux manteau que le jour où vous serez devenus bons.
Mais, comme on le sait, les hommes ne devinrent jamais bons, au contraire. Et pour ne pas dire qu’ils avaient été punis par le soleil, ils firent croire à leurs enfants que les trous dans le manteau, qui laissaient passer la lumière, étaient des étoiles.
Fabienne

 

Exercice : Dans la peau d’une lampe torche

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(Soupir)…….Je n’existe que si tu me chatouilles du doigt après m’avoir chargée des piles de ton amour. Je suis argentée, avec un petit liseré rouge autour de la taille ; sexy, non ?
Et je peux même clignoter, comme qui dirait faire de l’oeil, du bout de mon faisceau. Ou bien trouer la nuit noire pour ouvrir un chemin.
Le jour, je me repose, bien calée dans le tiroir de ton bureau et j’attends que la nuit noire arrive pour espérer être dans tes mains… !
Jean

Je suis toujours là quand vous avez une panne de la fée Electricité, enfin toujours là, ça dépend où vous me rangez ! Je me souviens que l’autre jour, ma propriétaire m’a cherchée pendant un bon moment…. Persuadée qu’elle était de ne plus avoir de panne. Je suis là aussi pendant vos campings, vos excursions nocturnes… De mon œil de cyclope, je vous ouvre le chemin. Et j’en connais qui ont amèrement regretté de ne pas m’avoir prise ! Et que dire des cyclones ? Je suis ce qui vous rattache à la civilisation pendant ces pénibles moments. Grâce à moi, vous pouvez jouer au carte, boire un coup .
Je suis aussi très utile quand une maman, inquiétée par tant de silence, va voir si son nouveau-né dort bien… Mon faisceau ne risque pas de le réveiller !
Mais j’ai des membres de ma famille qui ont des fonctions beaucoup moins avouables…
Il parait même que certains s’en servent pour voler, piller les maisons abandonnées (ou pas !) !
Alors, croyez bien que je m’insurge contre cet usage détourné de mes nobles fonctions !
Fabienne


Exercice
 : La porte qui claque

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A la porte d’un caveau
Qui n’était jamais n’étais clos

J’en ai ma claque
De cette porte qui claque
Un beau jour, sûr, je prendrai mes clics et mes claques

 Alors merci de tout doucement refermer
Cette porte qui n’arrêtait pas de claquer
Afin que je puisse reposer en paix !
Fabienne

La porte est là
La porte est là
Le vent est là
Le vent est là
L’mariage est dans l’air,
Décorations, couleurs, odeurs ;
Tout se conjugue pour le faire.
Ça va claquer, les murs en tremblent
Elle vibre encore, il s’impatiente….
Mariage réussi
Réjouit l’ennui.
Plus tard peut-être
Ils se diront
Ah s’qu’on s’aimait sans disparaître
Ah s’qu’on s’aimait près du balcon
Jean

13 septembre, 2016

Atelier du 12 septembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 10:25

Exercice : Ecrire sur la photo

photo

-  Je vous assure madame l’infirmière, ma vie est devenue un enfer ! Que DIEU me pardonne ! mais je ne vais plus pouvoir sonner les cloches au presbytère car mon bras est resté coincé en l’air alors que je donnais les douze coups de midi. J’ai senti comme une violente décharge électrique au travers de la corde, comme si le Seigneur voulait me faire comprendre que je lui cassais les oreilles ! J’ai l’air malin maintenant. Les gens que je croise dans la rue ouvrent des yeux étonnés qui vont et viennent de mon bras au ciel et ne voyant rien de particulier, je vois bien à leur visage qu’ils me prennent pour un demeuré.
Je ne peux participer à une réunion sans que l’on veuille absolument me donner la parole ou qu’on me demande agacé d’attendre avant de vouloir poser des questions !
De plus, ma main et mon avant bras sont couverts d’hématomes à force de cogner dans les linteaux de portes.
Je ne sais plus comment m’aliter ; les jambes pendantes hors du lit afin de reposer le bras ou en diagonale du lit, mais c’est mon épouse qui n’est pas contente.
Et vous pensez vraiment qu’avec votre gobelet vous allez arriver à me décoincer ?
-  Mon gobelet me permet de canaliser l’odeur émanant de votre dessous de bras. En l’identifiant, je vais vous préparer un onguent et dans quelques jours le bras se repliera. La lotion est adaptée à chaque odeur. Elle est bien spécifique à chaque patient. Faite moi confiance, j’en ai soigné des cas comme le vôtre et certains bloqués depuis plus de trois mois. Je ne vous dis pas la couleur violacée de la main et le bras difforme qu’ils avaient.
Enfin, vous n’en n’êtes pas à ce stade… et DIEU n’a rien à voir dans votre état.
Laurent

En 1938 le brillant troisième Reich peine à asseoir sa virulente propagande. C’est vrai, quoi ! Faire prôner la supériorité du grand Aryen blond aux yeux bleus par un nabot brun, même les brutes les plus épaisses peinent à y adhérer !

Et puis dans les campagnes, les simples d’esprit et autres handicapés étaient souvent considérés comme proches de Dieu. Alors, pourquoi les enfermer dans des camps ?
Quant aux homosexuels, ma foi, ils étaient si discrets qu’on ne savait même pas toujours qui l’était. Juste des soupçons, des ragots. Pas de quoi en faire des ennemis publics !
Les opposants politiques furent d’abord majoritaires dans cette société ouverte, libre, dans laquelle la discussion faisait partie du paysage. Et il aurait été mal vu de les réduire brusquement au silence, au prétexte qu’ils nuisaient à la Nation. Bref, l’impasse.
Puis surgit l’idée géniale. Marteler, imprimer dans les esprits, qu’il existait une odeur particulière qui trahissait immanquablement les abominables saboteurs du grand Reich. Elle était indépendante de leurs activités, races ou autres. Elle révélait uniquement leur dangereuse opposition au régime.
Alors on forma des brigades de détecteurs d’odeurs pour « justifier » l’envoi de ceux dont on voulait se débarrasser dans les camps de l’oubli.
Mireille

Clémentine était fière d’avoir dénicher ce job. Après plus de trois ans au chômage et à son âge, on lui avait bien fait comprendre que ce serait dur… très dur. Pourtant elle avait un CV en béton ! Alors, le jour où elle avait posé sa candidature dans cette grande société de cosmétiques qui l’avait convoquée, elle avait bien préparé son entretien.

Elle avait remarqué que les hommes qui étaient chauves, en effet, elle ne s’intéressait qu’à la pilosité des hommes, ne perdaient jamais les poils sous les aisselles. Alors, dans sa petite maison de banlieue qu’elle avait transformée en laboratoire, elle avait cherché, étudié, expérimenté toutes sortes de possibilités. Et finalement, ses efforts avaient payé ! Le but était simple :  implanter des poils de dessous de bras sur la tête. Ce qui n’était qu’une idée farfelue, voire complètement folle au départ, comme le lui avaient bien fait remarquer ses rares amis, était devenu pour elle une véritable gageure.
Et après plus de deux ans, son acharnement avait été récompensé. Elle avait mis au point une méthode infaillible pour transformer n’importe quel chauve en véritable Samson ! Elle s’était aussitôt empressée de faire breveter cette découverte. Elle fut donc embauchée avec enthousiasme car cette société de renommée mondiale avait une véritable carence dans ce domaine.
Les premiers clients arrivèrent très vite, suivis de centaines, de milliers d’hommes chauves. Le traitement marcha bien, très bien même.
Cependant, au bout de six mois, les avis furent partagés. Les hommes supportaient mal d’avoir des cheveux si drus et surtout si… crépus !
Fabienne


Exercice
 : Ecrire une histoire d’amour impossible 

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-       Je t’aime mais tu me brûles, dit le poumon gauche
-       Je t’aime mais tu me consumes lui répondit la cigarette.
-       Qu’allons-nous faire alors ? demanda le poumon gauche
-       Mourir ensemble, proposa la cigarette…
Et tels Roméo et Juliette, la cigarette et le poumon gauche moururent de trop d’amour !
Fabienne
–      Madame ? Mademoiselle j’espère ? Vous… vous m’éblouissez, vous me subjuguez, vous m’intimidez…Vous êtes si impressionnante dans votre robe emplumée ! Votre ramage me bouleverse… Regardez-moi, je suis à vos pieds, amoureux et désespéré… Ne me résistez pas ! Accordez-moi un regard ! Aimez-moi !
Ainsi fit Dame Poule : elle regarda la créature informe qui se tordait à ses pieds, la trouva en effet fort appétissante, la goba d’un trait et, oui, elle l’aima aussitôt !
Huguette


Une gerbe d’écume et le crocodile jaillit hors de l’eau, happant la frêle gazelle d’un claquement de mâchoires. Un énorme plouf, des vaguelettes qui frappent la berge et c’est comme s’il ne s’était rien passé.
Mais la lionne tapie dans les herbes jaunes n’a pas perdu une miette du spectacle. Qu’il est beau, fort et puissant ce crocodile ! Rien à voir avec ces gros paresseux de lions qui se dorent la pilule à longueur de journée et ne condescendent à se lever que pour dévorer la proie, qu’elles, les lionnes, se sont donné la peine de capturer.
Alors, quand la dure loi de la savane lui en laisse le loisir, elle vient là, au bord du fleuve, rêver au bonheur de vivre avec un tel mâle qui s’assume.
Elle ne s’approche jamais car elle le craint. Certes, il l’attire, mais elle sait au fond de son cœur qu’il pourrait la dévorer comme la gazelle.
Alors, elle se contente de rêver en entrainant les vieux lions poussiéreux vers la rive, des fois que son amant du rêve s’en croque une friandise.
Mireille


DEVOIR
 :  4 mots extraordinaires à mettre dans un seul texte : agelaste – malthusianisme – tribade – flave

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La ruelle longeait les entrepôts abandonnés. Depuis que l’agelaste s’était emparée de cette partie de la ville, et malgré les barrages sanitaires mis en place par les autorités, nul ne pouvait pénétrer sans un sauf-conduit la friche rendue à la nature envahissante, qui décorait de ses treilles sauvages l’entrelacement des structures métalliques. C’était le paradis des oiseaux qui s’y étaient reproduits en masse, se délectant des fruits des jardins ouvriers désertés. Des tribades entières de passereaux et de pigeons, mais également des faucons, se nourrissant de ces derniers, et quelques canards dans le quasi lacs que constituaient les cratères des constructions en ruines envahis par les eaux. Je m’engageais le long de ce corridor retourné à l’état sauvage, non sans crainte car la nuit tombait vite en ce mois d’octobre. Je n’avais aucune envie de me trouver une fois de plus face à un flave ou à une torchette, et devoir livrer combat pour sauver mon existence. Il me restait certes peu d’années à vivre, car j’étais un porteur sain et donc sur la liste des individus à abattre, mais je m’y accrochais avec un malthusianisme optimiste et indécrottable. Et jusque-là la chance m’avait souri. Je ne m’étonnai pas de voir s’avancer vers moi une femelle anguiforme, et bien que confiant, car celles qui restaient avaient paxifloré leurs pratiques, je ne manquai pas de tenir prêts, cachés dans mon dos derrière ma mistoufle en cuir de zombie, deux de mes tentacules défensifs. Que l’agelaste que tous avaient fini par accepter en désespoir de cause abrège mon existence, passe encore, mais le trépas violent n’a jamais été mon fort.
Diego

A peine éveillé, Henri se sentait fatigué, usé, lessivé. Flave, comme il disait, un mélange de flagada et de larve. Lui qui était si actif n’avait même pas envie de se lever, mais il se força. Au fur et à mesure que la matinée avançait, il se sentait de plus en plus mal. « Sûr que je vais avoir une nouvelle crise de malthusianisme, se dit-il ». Il avait attrapé cette maladie lors de ses nombreux séjours sous les tropiques, lorsqu’il était encore en activité. Il se souvenait de la première fois, quelques trente ans auparavant. A cette époque, il travaillait pour un organisme de recherche et était chargé de répertorier toutes les espèces endémiques d’un minuscule archipel du Pacifique, et plus particulièrement les agelastes, un poisson, très rare, très malin, à la chair savoureuse. Le rêve de tout pêcheur était évidemment d’en attraper un une fois dans sa vie, mais peu y parvenaient. Il campait seul, en bord de mer quand la fièvre le prit. Il ne sut pas trop combien de temps il était resté ainsi, brûlant, délirant, à bout de force. Il s’était réveillé dans une case, des hommes du nord l’avait trouvé et amené dans leur tribade. Il l’avait soigné avec des plantes. Il avait mis du temps à récupérer. Plus d’un mois passé avec ce peuple qu’il avait appris à comprendre, par la langue d’abord, par le cœur ensuite car il avait appris à les aimer, ces « sauvages » comme disait ceux qui croyaient tout savoir et ne savaient rien. Ils étaient petits. Les hommes portaient un étui pénien et les femmes une jupe de feuillage. Ils étaient toujours joyeux et avaient en eux une grande sagesse. Il avait partagé ses journées avec eux. Si faible au début qu’il ne pouvait que rester allongé sur sa natte, attendant qu’une femme vint lui donner une espèce de tisane très amère dans un bol de terre cuite. Puis comme il allait mieux, il avait aussi partagé le travail des champs, la préparation des repas, la chasse, la pêche. C’est à ce moment-là qu’il avait attrapé sa première agelaste qu’il relâcha aussitôt, comme lui firent comprendre les hommes. Il fallait préserver l’espèce qui était déjà en voie de disparition. Quand il était rentré en France, il avait eu d’autres crises. On lui avait appris le nom de cette maladie rare, véhiculé par les moustiques. Mais les médecines occidentales étaient incapables de soulager, pire, les médicaments avaient des effets secondaires terribles et étaient en train de détruire son foie. Alors, depuis, il avait décidé de retourner une fois par an revoir ses amis et faire des provisions de ces feuilles magiques.
Fabienne

Dans la tribade Agelaste, les adeptes du malthusianisme, Flave fait l’effet d’un rebelle dissident. Toujours pressé, jamais tranquille, à l’affût de la moindre occasion de se démarquer de ses semblables. En un mot, c’est un râleur, Flave .
Les Agelastes, voyez, ce seraient plutôt des pacifistes mous, voyez, adeptes plus de la sieste que de la pétanque, voyez ?
Et avecque ça, modestes de chez modeste.
Alors, z’en peuvent plus avec le Flave ; même Malthus, du fond de son caveau, il se retourne, tellement !
Tellement, tellement que… pas plus tard que hier soir, le conseil des sages de la tribu, après « en avoir délibérément délibéré » a décidé, au 3 ème pastis, de le bannir, le Flave ! LE BANNIR, voui monsieur, le bannir. C’est vous dire !
Jean

La ruelle longeait les entrepôts abandonnés. Depuis que l’agélaste s’était emparée de cette partie de la ville, et malgré les barrages sanitaires mis en place par les autorités, nul ne pouvait pénétrer sans un sauf-conduit la friche rendue à la nature envahissante, qui décorait de ses treilles sauvages l’entrelacement des structures métalliques. C’était le paradis des oiseaux qui s’y étaient reproduits en masse, se délectant des fruits des jardins ouvriers désertés. Des tribades entières de passereaux et de pigeons, mais également des faucons, se nourrissant de ces derniers, et quelques canards dans le quasi lacs que constituaient les cratères des constructions en ruines envahis par les eaux. Je m’engageais le long de ce corridor retourné à l’état sauvage, non sans crainte car la nuit tombait vite en ce mois d’octobre. Je n’avais aucune envie de me trouver une fois de plus face à un flave ou à une torchette, et devoir livrer combat pour sauver mon existence. Il me restait certes peu d’années à vivre, car j’étais un porteur sain et donc sur la liste des individus à abattre, mais je m’y accrochais avec un malthusianisme optimiste et indécrottable. Et jusque-là la chance m’avait souri. Je ne m’étonnai pas de voir s’avancer vers moi une femelle anguiforme, et bien que confiant, car celles qui restaient avaient paxifloré leurs pratiques, je ne manquai pas de tenir prêts, cachés dans mon dos derrière ma mistoufle en cuir de zombie, deux de mes tentacules défensifs. Que l’agélaste que tous avaient fini par accepter en désespoir de cause abrège mon existence, passe encore, mais le trépas violent n’a jamais été mon fort.
Diego

Tribade : ce terme apparaît pour la première fois en 444 av JC, lorsque le tribun militaire à pouvoir consulaire Cassus Couillus dût remplacer au pied levé le consul en poste, assassiné de 643 coups de couteaux.

Cassus Couillus était un très grand général et la gestion de l’empire l’ennuyait ferme. Il ne supportait pas les civils, leur mollesse et leur indiscipline. Et les discussions stériles avec les tribuns du peuple qui l’assommaient de requêtes puériles le mettaient hors de lui.
Alors, pour se calmer les nerfs et continuer à assumer sa vénérable mission, il créa les tribades ; des réunions entre gens du même monde, c’est à dire des tribuns militaires, pendant lesquelles on buvait à en rouler par terre en regardant des femmes nues danser, voire plus. Bref, la tribade est l’ancêtre de la psychothérapie, une pratique destinée à éviter le burn out, déjà si fréquent à l’époque.

Agelaste : la belle mais pauvre paysanne, Agelaste de Moncuq s’éprit éperdument du seigneur Théodule. Comme ce dernier n’accordait aucune attention à ses œillades énamourées, la pauvre fille parvint à lui faire boire un élixir préparé par une vieille sorcière, qui apparemment se trompa dans le dosage. Car au lieu de tomber raide dingue de la jeune fille, il tomba raide tout court. Agelaste fut brûlée vive à l’âge de 19 ans en l’An de Grâce 1132 et depuis, son prénom désigne ces amours impossibles qui rongent les cœurs.
Mireille

7 septembre, 2016

Atelier du 5 septembre 2016

Classé dans : Non classé — joie55 @ 10:18

DevoirUne nuit de pleine lune…

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Une nuit de pleine lune…

- C’est l’heure de l’apéro ! s’exclame Franck.
- Le meilleur moment de la journée rétorque joyeusement Luc en préparant les amuse-gueules.
Ils s’installent tous les six sur la terrasse et les glaçons ne tardent pas à tinter dans les verres. A la seconde tournée, les voix fusent un peu trop fort, les rires se font plus grasseyants ; ils sont bien.
Pendant la journée, ils se sont baignés puis ont fait une longue promenade le long de la côte malgré le soleil de plomb. Alors, après l’effort, le réconfort, avant le dîner : un barbecue qui ne tarde pas à dégager une bonne odeur de viande grillée.
- A table !!! Clame Luc
- J’ai les crocs, moi. Huuum. Qui veut du rouge ?
- Oooh, regardez comme la lune est belle !
Se détourner de son assiette pour regarder la lune se lever, une indécence. Mais reconnaissons qu’elle est magnifique ce soir. Toute ronde, légèrement orangée, elle émerge majestueusement au dessus de la colline et se hisse vers le ciel étoilé.
Après quelques commentaires sur la complexité du monde, les convives retournent rapidement à leur repas fumant et l’on n’entend plus que le bruit des couverts. Ils sont tellement affamés que plus personne ne parle, trop occupés à se rassasier.
Ce n’est qu’après sa troisième merguez, que Françoise lance un regard distrait vers la lune. Elle la voit sans la voir, comme souvent, plonge vers sa côtelette d’agneau, puis revient vers la lune. Quelque chose a attiré son attention.
- C’est bizarre, regardez ce point noir sur la lune !
- On n’est pas loin de Tontouta, c’est un avion.
- Il bougerait et on verrait ses feux de route.
- Il est trop loin et s’il se déplace vers l’est, c’est normal qu’il semble immobile.
- Goutez-moi ce pinard !
- Hum, avec ce petit calendos, à en mourir !
Craquements du pain croustillant à souhait, bruits de mâchoires et soupirs d’aise. C’est si simple le bonheur !
- Regardez comme il est devenu énorme gémit Françoise !
Il faut un moment aux convives pour comprendre qu’elle parle du point noir. Et c’est vrai, le monstre fonce vers eux à la vitesse d’un bolide.
- Mon Dieu ! C’est quoi ce truc ? Panique Luc en allumant télé et radio d’une main tremblante. Les images familières d’une télénovela stupide apportent un instant de réconfort et d’espoir. Le monde est stable ; rien n’a changé.
Un flash gigantesque, l’écran noir de la télé puis un bang qui leur explose les tympans. L’humanité, si orgueilleuse, vient de vivre ses derniers instants. Un banal caillou de quelques kilomètres aura suffit.
Mireille

 

C’était une nuit de pleine lune…

Géry, oh, Géry ! …..
Gérard c’est Géry qu’on l’appelle ; c’est mon grand frère. L’est parti ‘taleur avèque Jos à la chasse de nuit. Jos c’est Josselin, le fils du voisin.
Y font la paire ces deux-là ; et la chasse, y connaissent.
Donc y sont partis ‘taleur, à pied, derrière la maison. On y voit comme en plein jour, y fait bon, et comme y a pas plu de toute la lune, le sol est sec, on cavale facile.
Je les envie ! En les suivant du regard, je me disais »vivement l’an prochain, j’aurai mon fusil, j’irai avec eux ! ».
Bang, ping, dong ! Trois coups de feu, la bête tombe.
- Va voir y m’dit mon père. Y vont avoir besoin de bras, c’était loin, au fond du bois. J’attrape la musette et je file…
C’est vrai qu’on y voit comme en plein jour, pas besoin de lampe. D’ailleurs je connais les chemins, et, au bruit des coups de feu y sont là-bas, dans le creux du vallon, près de la source.
Je dois faire suffisamment de bruit pour signaler ma présence, mais j’ai pas peur, y tireraient pas pour une autre bête ; la chasse c’est pas la boucherie.
Ça sera quoi cette fois : chevreuil, cerf, cochon ?
- Par ici Charly, magne-toi, y va êt’ lourd ! Déjà la corde est passée sur une branche horizontale… le cochon, un mâle d’un an environ, est pendu par les pattes arrière pour être éviscéré.
L’a l’air de s’ennuyer en se balançant.
Jos y fait presque tout, là, sur place ! Après, l’un porte la bête, l’autre les trippez, pour les chiens.
Z’ont pas pris les chiens ; avec la lune, on chasse à l’affût…..
Pleine lune, pleine lune, tu commence à nous gonfler acque ta pleine lune ! Ça fait des jours et des jours que tu nous gaves acque ta pleine lune ! Té, t’as qu’à la remplir tout seul, vé, ta lune ! Et quand elle sera pleine, tu nous appelles pour l’apéro. Simple, non ? Pas la peine d’en faire un camembert !!
Jean

C’est une nuit de pleine lune
Que j’ai rencontré Armand.
Il était blindé de tunes,
J’en fis vite mon amant.

Je lui ai dit : « t’es un beau mec »
Forcément, j’avais plus un kopeck.
Le poisson était ferré,
Il fallait faire preuve de doigté.

Il allait sur ses quatre-vingts printemps
Et n’était pas très vaillant.
Je lui ai fait croire que j’étais sage
Et ne pouvais vivre ainsi, hors mariage.

La relation s’installant,
Armand devint plus sémillant
Ça ne faisait pas mon affaire…
J’aurais préféré qu’il crève !

Alors, je l’ai un peu aidé
A passer de l’autre côté.
Un petit bouillon d’onze heures
A fait tout mon bonheur.

C’est une nuit de pleine lune
Qu’est parti mon gentil mari.
J’ai hérité de toute sa fortune
Maintenant, je suis un beau parti.
Fabienne

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PLEINE LUNE

 Demain soir ce sera pleine lune. Nous allons pouvoir profiter de nous, comme chacun de ces soirs bénis, même si ce n’est pas le terme qui convient le mieux. Peu importe, ce qui importe c’est nous, ici et maintenant, et à jamais. Elle me caresse la joue en souriant. De sa voix douce,  elle me dit :

– Dors mon amour, tu as l’air si calme, si serein. Je suis si heureuse que tu aies enfin trouvé le repos.
Et tout doucement elle fait basculer le panneau de bois vernis. Des pensées embrumées ravissent mon esprit vers la pénombre, qui finira par noircir tout à fait, et dont la douceur ouatée m’enveloppera. Je dispose d’un grand jour tout entier à meubler mon sommeil de pensées mauves et rouges, toute une révolution d’horloge à attendre le crépuscule qui la fera revenir vers moi.
Elle seule sait protéger ce qu’est devenue ma vie depuis notre rencontre. Elle seule m’apporte cet apaisement qui effraie tant, tout autour de nous. C’est que, tant que l’on est vivant, on s’accroche à la vie, et c’est bien naturel.
Et lorsqu’on a enfin passé ce cap que l’on croyait fatidique, et qui l’est sans doute pour ceux qui n’ont pas été initiés, pas encore, on découvre les délices infinis du vivre en suspens, seulement nourris de la peur irraisonnée de ceux qui craignent parce qu’ils ne savent pas, n’ont jamais osé, et s’offrent en pâture à nos baisers incisifs.
Je ne suis bien sûr plus en posture pour prononcer des mots définitifs, mais je crois vraiment pouvoir dire que je l’aime. Je suis si impatient chaque jour quand l’aube poudre les contreforts des Carpates et qu’elle me borde de velours et de chêne, si impatient de voir cette prison circadienne me tenir au-delà d’elle et de sa pâleur diaphane.
Car à chaque heure qui s’égrène, je l’espère de tous mes sens, celle sans qui je ne serais encore que cet humain couard et frileux de tout ce qui inquiète, de ce qui est maintenant mon lot quotidien, à jamais, pour l’éternité. Maintenant, vraiment, j’ai trouvé la paix. Et chaque soir de pleine lune m’en confirme la douceur et l’éclat.
Diego

Nuit de pleine lune

 

Dans un ciel d’encre, le pâle reflet du soleil était à son zénith et sa lueur occultait les étoiles alentour. Sa lumière se déversait sur la terre jusque dans les endroits les plus reculés.
Il existe une clairière ou nul homme n’est jamais allé. Un endroit sacré que même les animaux évite, ou seules les roches tranquilles et la respiration profonde des arbres sont tolérées. Et c’est dans cet endroit ou aucune oreille ne peut entendre, ou aucune bouche ne peut parler qu’un arbre discute avec l’astre celeste.
Léo-Paul

 Nuit de pleine lune

L’obscurité sur la ville. Par la fenêtre, le bruit étouffé des voitures. Par la porte de la chambre, le ronronnement du frigidaire. Fabienne dormait à point fermé et tout était calme.
Mais Zahia elle, ne dormait pas. Une force irrésistible montait en elle à mesure que la nuit avançait ; et dans ses songes, Fabienne pouvait entendre les grognements de l’animal. La brave femme sentait que quelque chose n’allait pas, que sa chère chienne avait un problème. Mue par un instinct protecteur, Fabienne se réveilla !
Effectivement Zahia n’était pas au pied de son lit, paisible et endormie, mais elle l’entendait grogner et gémir dans le salon. Encore somnolente, Fabienne appela sa chienne mais ce fut un hurlement sauvage qui lui répondit. Affolée, elle se jeta hors du lit pour s’avancer vers l’embrasure de la porte. Que pouvait t-il bien se passer ? Ce n’était pas le genre de la douce Zaza de hurler ainsi ! L’esprit encore embrumé, les scénarios les plus improbables défilaient dans la tête de Fabienne : et si un voleur était entré et s’en était pris à sa chienne. Et si sa chienne s’était changer en monstre et allait s’en prendre à elle. Dans le salon on pouvait entendre grogner et gémir, racler et renâcler, sauter et courir. Comme si une bataille avait lieu, avec un seul combatant.
Fabienne n’osait se pencher par la porte pour jeter un coup d’oeil ; mais elle entendit la poignée de la porte d’entrée tourner et sentit soudain un grand courant d’air. Puis le silence s’abattit…
La curiosité et l’inquiétude pour sa compagne à quatre pattes l’emporta sur sa peur et Fabienne sauta dans le salon. Mais il n’y avait déjà plus rien. Rien d’autre qu’une grande pagaille et la porte d’entrée grande ouverte.
Léo-Paul

 

2/ Exercice : Choisir un papier dans chaque tas 1 et 2 et commencer un texte avec les 2 mots choisis

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Un livre hilare

Je suis un livre hilare. Je ris ! Je ris ! depuis que je suis sorti de l’imprimerie. Je suis pris d’un fou-rire qui n’est pas prêt de s’arrêter ! Toutes mes pages volent et tournent toutes seules. Forcément, j’ai envie de connaître la suite.
Le jour de la sortie officielle, impossible de me mettre en devanture de la librairie : je ne fais que tomber. Mon auteur ne peut signer aucune dédicace. Il est plié, tout rouge, la gorge déployé, au bord de l’apoplexie. Mes lecteurs potentiels sont perplexes. Ils ne peuvent lire tranquillement en raison du bruit, car j’ai un rire particulièrement communicatif… mais, pris dans l’ambiance générale se mettent à leur tour à rire. J’en vois même qui pleurent de joie.
Trois mois après, alors que personne n’est encore arriver à lire une seule page, je reçois la légion d’honneur, en raison des services rendus à la patrie. Les gens ne font plus la tête. Tout le monde est joyeux, dans le métro, les salles d’attente, les hôpitaux. Même les bibliothèques organisent de grandes parties de rigolade. Et alors que personne n’a encore lu une seule de mes pages sauf moi, on envisage déjà de me traduire en plusieurs langues. Je me demande comment les traducteurs vont faire ! De quoi pensez-vous que je parle ? Je laisse découvrir… si jamais vous y arrivez !
Fabienne

J’étais excité ! Elle avançait, un livre à la main, nue ou presque, en contre-jour ou contre-nuit de pleine lune !
En fait, je crois bien que c’est le livre qui m’excitait. Ou plutôt le fait qu’elle vienne vers moi un livre à la main. Je tendis la mienne, elle s’évapora. L’apparition disparue, ne resta que le livre ; le titre : amour à mort. Quel programme !
Je l’ai toujours gardé, il ne s’est jamais perdu malgré les déménagements successifs.
Quand je le vois, je pense à elle, souvenir vague d’un fantôme !
Jean


3/ Exercice
 : Il ne pouvait plus la supporter, cette prétentieuse, cette pipelette.  Elle savait tout, sur tout le monde et mieux que tout le monde ! La prochaine fois qu’il la verrait, c’est sûr, il lui dirait son fait, se dit le couteau en argent de la ménagère de grand’mère en pensant à la fourchette en inox du tiroir de la cuisine.

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Chez nous on dit : une passarrête ! C’est une passarrête.
É sait tout, de tout sur tout ! É dit tout !
É ses copines fourchettes inox ! C’est du pareil ô même !
Toujours pareil, vé ! Jamais tu peux l’arrêter, é parle tout le temps ; même que le tiroir de la cuisine, y vibre, tellement !
Moi, je suis de la haute, de la ménagère de grand-mère, vous voyez ? Et d’habitude on est entre nous, voyez ? Mais là, là ! Aque les fourchettes, voyez, on sait même plus où on habite, vé !
Jean

Je ne l’avais pas vu souvent, forcément, nous ne sommes pas du même monde ! Et pourtant, à chaque fois, elle m’a exaspéré, mis dans un état de rage que je n’imaginais même pas possible. Moi !  Si stoïque et bien élevé depuis tant de générations ! Mais elle n’arrêtait pas de jacasser… un vrai moulin à paroles ! Et si au moins, ce qu’elle disait était intéressant. Même pas ! Elle discourait sur les assiettes « vieillottes » (il faudrait penser à renouveler votre look). Pensez-vous, des assiettes de plus de 300 ans ! Elle critiquait les verres « hors du coup (à boire, disait-elle dans un rire vulgaire). Et nous, les couverts, si beaux… si nobles ! Qu’est-ce que nous prenions à chaque fois ! Elle n’avait aucune éducation, cette… fourchette en inox ! Au plus j’y pensais et au plus j’imaginais une vengeance cinglante ! C’était dit : la prochaine fois que nous allons sortir ensemble, nous lui règlerons son compte, ni vu, ni connu… dans le lave-vaisselle !
Fabienne

J’ai fait un nœud à mon mouchoir.
Paraît que la fourchette en inox du tiroir de la cuisine, l’est amoureuse du couteau en argent de la ménagère de grand-mère ! Chuuut !! faut pas le dire !
Mais quel raffut ! Ça chauffe dans les couverts…..
Jean

2 septembre, 2016

Atelier du 29 août 2O16

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:09

Devoir : imaginez le discours d’une frite devant  une assemblée de moules

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Mesdames qui vivez terrées dans vos coquilles, venez m’admirer ! Moi, la vraie fritte du nord ! Extasiez-vous sur le luisant de ma graisse piquetée de bon sel marin ! Dorée comme une pépite, je croustille tout en fondant tendrement sous la dent.
On me mange en me saisissant délicatement entre deux doigts qu’il sera si bon de lécher. Car je ne suis pas de ces méchantes frittes toutes racornies et à moitié cramées aux extrémités. Non ! Je suis bien épaisse, homogène, la perfection quoi…
Je conviens que je risque de vous faire un peu d’ombre ; on pourrait préférer me déguster seule, sans votre pâle accompagnement.
En toute franchise, je préfèrerais car vous me sabotez en ruisselant une flotte blanchâtre qui me ramollit en s’accumulant au fond de l’assiette et ça me déplaît profondément.
Mais heureusement pour vous, je suis d’une grande tolérance. De toute façon, nous finissons au fond d’un estomac qui nous mélange et nous dissout, alors inutile de nous fâcher.
Je vous invite donc généreusement à composer avec moi cet inoubliable plat de moules/frittes !
Mireille

« Moumoules, vous  êtes réunies ici, ce soir, pour m’accueillir, moi, Madame Lafritte, votre nouveau coach de vie ; éphémère, certes, mais non moins exaltante car notre collaboration, arrosée de vin blanc, va se voir décerner une étoile de guide !

Vous êtes venues de votre plein gré à l’appel du Gourmet pour être formées à l’appel de la Marinière qui fait la fierté de notre maison, l’expression de notre terroir que le monde entier nous envie.
Vous savez qu’au terme de votre formation vous sera demandé le sacrifice suprême, et malgré ce, vous avez répondu « présentes ». Au nom de tout le personnel Lafritte, soyez-en remerciées.
Ce ne sera pas facile d’accéder à la renommée universelle, aussi, parmi vous, s’il y avait certaines moules qui souhaiteraient revenir à leurs occupations antérieures, sachez qu’il ne leur en sera fait aucun grief et que ce ne sera pas mentionné sur leur curriculum vitae. Au contraire, il faut un certain courage pour avouer devant ses consoeurs l’échec d’une vocation trop précoce et pas assez affirmée. Il leur sera toutefois demandé de ne pas dévoiler à l’extérieur ce qu’elles auront pu voir ici, notre secret de formation étant notre gage de renommée.
Pour celles qui choisiront de rester, et elle seront la majorité, j’en suis sûre, elles devront aller se parfumer à l’oignon, à l’ail et au persil, avant de rentrer dans le temple de la Cocotte, afin de se purifier dans un bain de vin blanc !… aux termes duquel, moi et mes collaboratrices les accueilleront sur un plateau pour la suite des opérations.
Je vois briller un enthousiasme général qui augure de la réussite de cette cession de formation et je vous en remercie.
Allez, maintenant, et à bientôt !
Jean

Léon de Bruxelles

« Bonjour à toutes et bienvenues chez Léon de Bruxelles ! Je suis Léontine, la moni-frite de votre promotion. Tout d’abord, je tiens à vous féliciter d’avoir rejoint nos rangs. La sélection n’est pas aisée alors tout le mérite vous revient. Je suis devant vous aujourd’hui pour vous expliquer rapidement le fonctionnement de notre chère société. Votre passage parmi nous sera court, tout comme le mien d’ailleurs, et je le regrette sincèrement. Nous vous demanderons, afin de respecter toutes les mesures d’hygiènes, de gagner les vestiaires qui se trouvent à votre gauche et de faire une toilette minutieuse avant de rejoindre la piscine. Nos agents vous aideront à rejoindre le petit bassin permettant de vous dessaler quelques minutes, puis ils vous déposeront au pied de notre grand jacuzzi. Par soucis de limiter votre stress autant que possible, nous vous laissons libre de choisir le moment de sauter le pas. Sachez en tout cas que votre sacrifice est apprécié à sa juste valeur par tous nos clients. Merci d’avoir choisi l’élite, merci d’avoir choisi Léon de Bruxelles ! »
Claire

Mes chères concitoyennes,

Si je suis devant vous aujourd’hui, c’est pour vous faire part de mon intention d’être le représentant officiel de la Belgique.
Mais, à ce poste prestigieux, je ne pourrai y accéder sans votre soutien, mes amies.
Depuis de nombreuses générations, des liens très forts nous unissent : lien cultures, gastronomiques, mais surtout, liens patriotiques.
Je ne serais rien sans vous et j’ose croire que vous ne seriez rien sans moi.
Bien sûr, j’aurais pu m’associer avec les steaks, entrecôtes, et autres viandes, mais croyez-moi, être près de vous, avec vous, donne une autre saveur à mon existence.
Je vous sais timides, renfermées dans votre coquille. Mais n’ayez plus peur ! Ensemble, nous ferons de grandes choses, à condition que vous osiez, que vous sortiez du moule.
Enfin, sachez que, grâce à moi, vous aurez toujours la patate. Je dirais même mieux : vous aurez toujours la frite !
Fabienne

Exercice :

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Un bel après-midi d’été, un bourdon voletait sans but précis. Quand au détour d’un fourré, surgit une jeune fille bien faite portant un chemisier à fleurs…
De surprise, le bourdon s’arrêta net et chuta lourdement dans l’herbe ; les lois de la gravité ne s’appliquant pas qu’aux pommes !
Coups d’œil discret aux alentours pour vérifier qu’aucune « bourdonne » ne l’a vu ; vous imaginez, dans mille ans toutes les ruches du monde entier continueraient de s’en tordre de rire ! Et il reprend de la hauteur, sa dignité restaurée.
Le chemisier est toujours là et le bourdon ne comprend pas. Il a déjà vu des humains cueillir des fleurs et les tenir dans leurs mains. Mais sur le corps !? Et puis ces fleurs sont complètement inconnues, très colorées, très grandes mais dépourvues d’odeur. Pas très attirant…
Il s’approche tout de même avec curiosité, déclenchant cris et moulinets de bras affolés. Et l’étrange bouquet s’enfuit en courant, laissant le bourdon tout pensif.
Que sont ces fleurs qui ne se veulent être butinées ? Et qui courent ? Le monde moderne, vraiment, est par trop étrange.
Mireille

Un bel après-midi d’été, un bourdon voletait sans but précis. Quand, au détour d’un fourré, surgit une jeune fille bien faite, portant un chemisier à fleurs.
Elle avait la taille fine et la démarche légère.
Sur le chemisier, de magnifiques roses palpitaient, comme caressées par le vent. Ses seins nus, à peine voilés par le fin voilage dansaient au rythme de ses pas.
Le bourdon perdit la tête et s’engouffra, le dard en avant, dans ce troublant décolleté. Effrayée, la jeune fille se tapa la poitrine et s’écria :
« Ô taon, suspends ton vol ! »
Fabienne

Exercice : Grandeur nature – contrainte : employer un maximum de mots commençant par G ou N

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Gédéon née nénette
Naît Gertrude
Grande grivoise
Naturellement nouille
Niqueuse ni tête
Glabre et toute gaite
Elle naviguait à vue
Une nuit dans la boîte
Elle niguedouille un grand noir
Noble nuque qu’a la niak
Mais pas que Gertrude grelottait
Hiver rude
La neige nappait la nervure glacée
De la nymphette
Ses nichons galipetèrent
Sur le galetas noirci par des gus
Des noctambules noceurs
Gertrude gagna ses galons
En glissant ses talons
Sur les grelots des galopins
Noceurs innocents et goulus
Qui gratifièrent ses gourmandises galantes
Elle niait la nullité des graveleux
Qui se nichaient dans ses fausses graisses
“J’ai nes ronds, nézormais… Garçon, je neviendrai !”
C’est ainsi qu’une nuit de nulle plaine
Un nanochirurgien niqua la naissance
De la galopine Gédéon, gredin à gredines, se gargarise
Il nie qu’il naquit nana
Tête de … nœud !
Aline Mori

J’ai grandi parmi la généreuse nature qui m’a nantie de toutes ses grandioses générosités.
Comme une gentille nourrice, elle m’a nourrie en son giron. Je n’ai nul grief à lui notifier : aucun gaspillage, nulle noirceur, rien de grotesque.
Grandissant, je ne suis pas une girouette grinçante, ni une gâteuse au fond de sa niche. Je suis une gagante, grande et… nature !
Fabienne

 

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