Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

Bienvenue sur mon blog

21 septembre, 2015

Atelier du 14 septembre 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:07

Devoir : Le tablier de nos grand-mères

1tablier

Le tablier de Grand-mère

J’ai eu beaucoup de chance de vivre à mon époque et c’était mieux avant. Vous l’avez compris, je suis nonagénaire. A mon âge les souvenirs lointains sont presque les seuls à éclairer mes veillées solitaires. Les souvenirs récents font du ping-pong dans ma calebasse sans que ma raquette puisse les effleurer. Le plus souvent je renonce à faire le point.
Comme tout était formidable avant, les femmes étaient bien plus belles, particulièrement ma grand-mère maternelle. Elle avait eu maman à 17 ans, qui m’avait eu à 18 ans. Grande et fine pour l’époque avec ses 1 m 77, cette rousse aux yeux verts avait la cambrure marquée, les articulations fines sur des membres élancés et musclés. Ses appas très féminins captaient le regard du polisson que j’étais à 12 ans. Leur fermeté était celle de son caractère. Je ne savais pas alors que c’était l’harmonie d’un modèle de sculpture.
Elle tenait tout ceci de son aïeul Afaw, le lumineux. La tribu des femmes lui enviait cette singularité. On se remémorait encore la couleur des yeux de cet homme : vert des cèdres d’Azrou avec les fines aiguilles concentriques sur ses iris  hypnotiques. On disait qu’aucune femme tamazight n’avait échappé à son étreinte. Il sourirait  franchement de cette légende. Selon le calendrier berbère nous sommes au moment où je vous parle en 2965 et la porte de l’année arrive chaque 12 janvier. Afaw sacrifiait à chaque nouvel an le coq témoignant de sa richesse, et la nourriture était servie en abondance pour la famille et les voisins. Le peuple berbère existait dix millénaires avant la naissance du Christ et ma grand-mère portait bien droite cette fierté lointaine ; Amazigh veut dire homme libre sans distinction de genre.
Aussi souvent que je le pouvais, je me frottais comme un chat à la peau claire de ses bras pendant que ses ongles longs détaillaient doucement chacune de mes vertèbres.  Dans sa cuisine elle ne laissait entrer que les chats et les grands enfants. Remplissant les deux conditions je me perchais sur le grand tabouret pour lui conter mes rêves. Ses gestes de cuisine étaient une danse.  L’art de préparer les aliments est voluptueux et c’est elle qui m’en a convaincu. En vérité c’est le don. Cette femme dans la plénitude de son âge souriait de tout son corps splendide. Je la suivais attentivement du regard comme j’avais détaillé chaque mouvement de la trapéziste brune, au cirque l’année dernière. Emerveillement et crainte pour elle.
Au Noël dernier, une de ses sœurs lui avait offert un devantier bavette blanc expédié par La Redoute.  Assez étroit du haut il descendait au genou et avait deux grandes poches au dessus desquelles était brodé au fil doré : « secrets de grand-mère ». L’usage quotidien en avait lustré, satiné le coton. A certains moments de solitude, il m’arrivait de me cacher sous cette blouse suspendue à la patère. Je m’y sentais comme en son giron, pâle et ébloui, parfois boudeur après une gronderie toujours injuste. J’avais vu grand-mère y essuyer ses larmes après l’épluchage des échalotes. Je croyais en sentir l’odeur sucrée. Revenant du jardin, elle y transportait fruits et légumes, relevant les deux coins par une pince gracieuse, entre le pouce et l’index, petit doigt relevé. Les tomates de toutes couleurs, jaunes, vermillon, vertes ou noires se bousculaient gaiement dans ce surtout, fruits à croquer par mes dents pointues. Une fois elle y mit un lapereau apeuré, échappé on ne sait comment du clapier. Je posais ma joue sur sa fourrure, écoutant longtemps nos petits cœurs affolés. Transporter les œufs nécessitait un pas de légionnaire, lent et fluide. Ce tablier, mais il était en fait d’un lot de six, pouvait tout essuyer, poussières et taches, huile et vin. A mon souvenir il était toujours immaculé, frais et léger, même quand il servait à tirer du four mon plat préféré, les tomates farcies avec des graines de cumin torréfié. Trois cordons retenaient ce plastron. Un collier de couleur prune permettait un décolleté timide et resserrait le col. C’était en général le ton à l’identique du maquillage de ses yeux verts. Les deux cordons à la taille étaient toujours magnifiquement noués, dans une symétrie que je ne m’expliquai pas. J’avais essayé de nouer une ficelle dans mon dos, le résultat était calamiteux. Grand-mère reproduisait ce nœud avec une économie de gestes étonnante. Le dessin était celui d’un papillon aux ailes ovalaires et à la queue bifide d’une dizaine de centimètres.  Comme ces attaches étaient de couleur vert pomme je l’identifiai au bombyx Luna, cet extraordinaire papillon de nuit géant dont les chauves souris n’attrapent le plus souvent que l’extrémité blanche de la longue queue. Je le voyais voler quand grand-mère partait à grands pas cadencés vers le jardin.
Quand j’ai eu dix-sept ans, maman m’a demandé de vivre quelques mois chez grand-mère. Ma mère venait de connaître l’amour, le grand amour. Mon grand corps pataud et mon vocabulaire verlan ne se trouvaient jamais au bon endroit, au bon moment et de toutes façons, ma chambre à l’étage était toujours prête chez Mamie. Grand-mère savait le besoin de liberté des femmes tamazight, même métissées comme sa fille. A l’accueil, ses yeux clairs me transperçaient toujours, yeux verts, yeux d’enfer.
Dans le sud à la fin de l’hiver, les nuits sont encore fraîches mais le vent tombe au coucher du soleil. Dans ce calme de pleine lune on pouvait entendre la moindre course d’une souris dans le grenier. Je lisais au lit « le château de ma mère » et mentalement Pagnol me soûlait du chant des cigales. Demain serait le jour des crêpes parfumées à la fleur d’oranger. La pâte était prête depuis le matin et reposait comme il se doit pour l’onctuosité des galettes.  La cuisine était à l’autre bout de la maison. Progressivement, il m’a semblé entendre une musique, un chant à refrain obsédant. On m’a dit plus tard que c’était un air jamais écrit, composé par Haddi OUAKI, chanteuse rebelle du moyen Atlas. Au début, tendant l’oreille je me suis laissé bercer. Mais les vagues qui secouaient les couplets empêchaient mon sommeil. Tel un somnambule, j’ai descendu l’escalier en pyjama. Je ne puis jurer n’avoir fait aucun bruit, mais la chanson a persisté comme un appel, comme un guide. Au fond du long couloir latéral à la maison la porte de la cuisine était entrouverte. Les éclats de lumière trahissaient la présence de bougies. Mon approche à pas de loup a duré quelques minutes palpitantes au rythme du chant. Dans l’ombre du large chambranle je regardai sans être vu. Grand-mère préparait les crêpes destinées à mon petit déjeuner. De profil, la lueur du feu de la cuisinière à bois creusait la fossette de sa joue et faisait miroiter le cèdre de ses iris. Le tablier «  secrets de grand-mère » était son seul vêtement. Le mamelon gauche soulevait, perçait le timide coton et dévoilait la rotondité parfaite du sein et aussi le ventre plat et musclé. Aucune de ses courbes ne méritait reproche. Galbe et volupté. Elle s’est tournée lentement pour faire glisser la crêpe dans un plat. La lueur du cierge a éclairé son dos délié.  Le papillon Luna avait posé ses ailes sur ses fossettes sacrées, les salières de Vénus.
Bertrand

Objet symbolique de notre enfance, il date d’un temps révolu, d’un temps où on achetait peu et pour longtemps, d’un temps où on savait goûter à des plaisirs simples où on préservait ses robes en mettant un tablier.
Il sentait bon le savon, le linge séché au grand soleil et la lavande séchée des armoires.
Il sentait aussi la soupe de légumes, les tartes aux pommes, le goûter de quatre heures.
Il servait à transporter les légumes que l’on venait de cueillir au potager, les œufs frais des poules ou même à ramener un fragile poussin tout juste éclos devant la chaleur du fourneau.
On pouvait même épousseter rapidement le dessus des meubles si quelqu’un arrivait à l’improviste
Ma grand-mère s’éventait avec et s’épongeai le front durant les brûlants été du sud et préservait sa mise en pli en s’en couvrant la tête quand un nuage crevait et déversait toute son eau alors qu’elle était dans la cour.
Timide, je m’y cachais dedans quand des étrangers venaient à la maison.
Mais surtout, il a consolé tous les gros chagrins de ma jeunesse. Il débarbouillait mon visage de larmes, et même je m’y mouchais !
Il est certain que ce devait être un bouillon de culture, vu de notre époque où tout est aseptisé, mais malgré tout, la seule chose que nous risquions d’attraper était de l’amour.
Désormais, les mamans, les grands-mères ne portent plus de tablier… et les enfants ne savent pas ce qu’ils perdent.
Fabienne

Les tabliers de ma grand-mère

A l’âge de 10 ans, la vie de Marie bascula.
Jusqu’alors, elle avait connu le confort d’une vie aisée, auprès de ses trois frères et sœurs, dans une famille de la petite bourgeoisie du Nord  de la France.
Mais son père dilapida rapidement la fortune dont il avait hérité et sombra dans l’alcool.
Il mourut quand elle avait tout juste 10 ans, et sa mère se retrouva seule et ruinée, ses quatre jeunes enfants sous le bras.
Son frère aîné et ses deux plus jeunes sœurs furent recueillis par des tantes bienveillantes.
Quant à Marie, elle suivit sa mère, qui était arrivée à se faire engager comme cuisinière dans une grande famille de la société à Roubaix.
A 10 ans, Marie revêtit pour la première fois un tablier. Quand elle vit sa mère habillée comme elle, au milieu des casseroles en cuivre qui brillaient de tous leurs feux dans l’immense cuisine des Leclerc, elle fondit en larmes.
Sa mère, qu’elle avait toujours connue gentille mais un peu distante, s’assit sur une chaise et la prit sur ses genoux.
Tout en caressant ses cheveux, elle lui parla à voix basse pendant un long moment.
Nul ne sut jamais ce que la mère dit à sa fille ce jour-là. Peu importe.
Plus jamais Marie ne versa une larme, même si la vie ne fut pas toujours tendre avec elle par la suite.
Ce dont elle fut toujours fière, c’était de son tablier.
Quand elle l’enfilait, tôt le matin, cela signifiait qu’elle portait une responsabilité : celle de bien faire son travail, quel qu’il soit.
Ses tabliers avaient toujours une grande poche sur le devant.
Dans son premier tablier, elle y rangeait son dé à coudre, et sa petite paire de ciseaux, pour ne pas perdre de temps à les chercher dans la grande boîte à couture.
A 10 ans, elle était chargée de recoudre les trous des chaussettes, à faire des ourlets, à raccommoder les habits de la famille.
Elle y mettait beaucoup de soin, même si elle n’aimait pas ce travail.
Beaucoup plus tard, elle me raconta que c’était ces travaux qui lui avaient abimé la vue. A cause de cela, elle éprouva toujours une profonde aversion contre la couture, et s’inquiétait que je subisse le même sort quand il m’arrivait au même âge qu’elle de coudre mes habits de poupées.
Son deuxième tablier fut pour elle une grande fierté. Elle venait d’avoir 13 ans, et Madame Leclercq, sa patronne, décida qu’elle deviendrait l’aide cuisinière de sa mère.
La famille s’était encore agrandie, et le standing des Leclercq aussi. On recevait beaucoup, et les mets devaient être à la hauteur de la réputation de la maison.
C’est ainsi que ma grand-mère devint un fin cordon bleu et usa beaucoup de tabliers jusqu’à ses 20 ans.
Sa rencontre avec mon futur grand-père lui permit de raccrocher son tabler de cuisine chez les Leclercq.
Pour autant, le virus de la gastronomie était en elle.
Après avoir gâté son mari et ses deux jeunes enfants, toujours vêtue d’un tablier à décolleté carré, elle ne voulut pas en rester là.
Dès que l’occasion se présenta, elle acquit un bar restaurant, qu’elle transforma en pension de famille : « à l’ami des routiers ».
On venait de loin pour savourer ses menus, simples mais délicieux.
Quand je me préparais pour partir à l’école, elle était déjà devant la cuisinière à charbon pour remplir les casseroles des légumes, viandes, soupes, prêtes à mijoter.
Derrière son tabler de cuisine, toujours propre grâce au torchon sur l’épaule gauche qu’elle utilisait pour s’essuyer les mains, impossible de voir comment elle était habillée.
Marie était toujours revêtue d’un tablier sauf le dimanche, quand ma mère l’emmenait au restaurant se mettre les pieds sous la table.
Mémé, tu étais paraît il une femme de haute taille pour l’époque, aux formes voluptueuses.
Mémé, toute ta vie, tu t’es cachée derrière tes tabliers de cuisine, mais tu resteras toujours à mes yeux la plus belle et généreuse femme du monde.
Marie Pierre

 

De grand-mère, je n’en ai connu qu’une : la mère de ma mère que nous appelions « Granny ».
C’était une petite dame aux traits fins, menue, les cheveux grisonnants, le sourire constant, la voix tendre et le regard vif.
Suzanne de son prénom.
Était-elle vêtue d’un tablier pour cuisiner ? Je ne m’en souviens plus bien que je la revoie encore vaquer dans sa cuisine quand parfois je lui rendais visite !
Savait-elle cuisiner le plat typique de Lyon dont était issu mon grand-père, « Le tablier de sapeur » ?
Je ne le sais pas mais jamais je n’ai goûté de ce plat cuit à base d’un morceau de bœuf que l’on surnomme « la fraise » et qu’au préalable, l’on doit faire mariner dans du vin blanc, panné et cuit au four !
Quant à ma grand-mère paternelle qui s’appelait Pauline, native de St Claude en Guadeloupe, vraie Guadeloupéenne que j’aurais tant aimé rencontrer, peut être portait-elle un tablier en cuisinant ses acras de morue, le pain de manioc surnommé « la cassave », un bon fricassé de lambis… que sais-je ?!!!
Arrivée en Nouvelle-Calédonie en 1900 avec mon grand-père, elle a dû s’adapter à la cuisine du pays avec ou sans tablier !
Ma mère oui, portait un tablier et sa cuisine était un superbe délice et moi, non je ne porte pas de tablier quand je m’active aux fourneaux !
Voilà bien des tabliers de cuisine mais que pourrai-je dire des tabliers de la Légion étrangère ?
Jaunes en cuir, ils avaient pour fonction de les protéger des éventrations lors de chutes, je les voyais, ces fiers légionnaires défiler lors du 14 juillet sur l’avenue des Roches à Kourou, beaux avec leur barbe et belle moustache !
Ah mon beau légionnaire sur le sable chaud, même Edith n’a pas chanté ton beau tablier jaune seulement le souvenir d’une nuit d’amour !
Brigitte


2/ Exercice
 : Si vos deux parents étaient des personnages de dessins animés, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?

 schrek

Mon père, je l’ai toujours vu sous les traits de Geppetto qui avait un regard plein d’amour, des yeux pétillants qui se transformaient en regard soumis dès que la Fée Bleue rappliquait. Et puis il m’a donné la vie, comme ce vieux menuisier avec sa marionnette.
Ma mère elle, ressemblait fortement à Cruella, mais, contrairement à Georges, ce n’était pas mon personnage favori.
Mais ce soir, je n’ai pas envie de revoir ces deux personnages. Si je devais choisir des parents de dessin animé, mon cœur irait plutôt vers Schrek et Fiona, sa princesse : des gens simples, qui sont toujours de bonne humeur et prennent la vie du bon côté. Avec eux, rien d’interdit et des rires tous les jours. Ils ne sont certes pas jolis mais deviennent beaux tellement leur âme est grande et remplie d’amour.
Je me verrais bien me réveiller dans la petite cabane de la forêt et prendre avec eux un bon petit déjeuner sous les rayons du soleil levant, puis partir pour une grande balade. On ramasserait des champignons, des baies, des asperges sauvages, des pissenlits pour en faire de délicieux repas. Quand on serait fatigué, on se reposerait, on se baignerait dans une mare de boue et toute la famille éclaterait de rire. Papa Schrek me ferait sauter bien haut et maman Fiona me serrerait dans ses bras potelés. Et  puis le soir, au coucher, ils me raconteraient comment ils s’étaient rencontrés. Une vraie histoire de prince charmant.
Fabienne

3/ Exercice : Sur le fil

funambule

Un exercice sur le fil ? Tout le monde est désemparé et ne sait quoi écrire, alors moi, sur le fil, j’écris vite une petite histoire pour les faire rêver :
Il était une fois, un funambule qui marchait sur le fil. Ce funambule était aveugle mais là-haut, sur le fil, il n’avait pas besoin de sa canne blanche car ce fil était son fil d’Ariane, celui qui l’amenait vers les étoiles.
Fabienne


Sur le fil, le Fil, un film français qui, je crois, se déroule au Maroc, une histoire d’amour, de début d’amour entre deux jeunes hommes qui ne se connaissaient pas et pourtant vont être amants.
Le Fil, je vous le recommande, il est soft, joliment ficelé !
De fil en fil, en toute tendresse.
Brigitte

Sur le fil

Sur le fil le funambule danse autour de sa longue perche. Et les spectateurs anxieux espèrent secrètement qu’il tombera à leurs pieds. Quel beau spectacle ce serait ! La vie ne tient qu’à un fil !
Mireille

 

Laisser un commentaire

 

Du cours en stock: le franç... |
lavieenprose |
Cahier de Français |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'3nvers de la caverne
| ASSOCIATION CORAMBE
| ylds