Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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21 septembre, 2015

Atelier du 14 septembre 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:07

Devoir : Le tablier de nos grand-mères

1tablier

Le tablier de Grand-mère

J’ai eu beaucoup de chance de vivre à mon époque et c’était mieux avant. Vous l’avez compris, je suis nonagénaire. A mon âge les souvenirs lointains sont presque les seuls à éclairer mes veillées solitaires. Les souvenirs récents font du ping-pong dans ma calebasse sans que ma raquette puisse les effleurer. Le plus souvent je renonce à faire le point.
Comme tout était formidable avant, les femmes étaient bien plus belles, particulièrement ma grand-mère maternelle. Elle avait eu maman à 17 ans, qui m’avait eu à 18 ans. Grande et fine pour l’époque avec ses 1 m 77, cette rousse aux yeux verts avait la cambrure marquée, les articulations fines sur des membres élancés et musclés. Ses appas très féminins captaient le regard du polisson que j’étais à 12 ans. Leur fermeté était celle de son caractère. Je ne savais pas alors que c’était l’harmonie d’un modèle de sculpture.
Elle tenait tout ceci de son aïeul Afaw, le lumineux. La tribu des femmes lui enviait cette singularité. On se remémorait encore la couleur des yeux de cet homme : vert des cèdres d’Azrou avec les fines aiguilles concentriques sur ses iris  hypnotiques. On disait qu’aucune femme tamazight n’avait échappé à son étreinte. Il sourirait  franchement de cette légende. Selon le calendrier berbère nous sommes au moment où je vous parle en 2965 et la porte de l’année arrive chaque 12 janvier. Afaw sacrifiait à chaque nouvel an le coq témoignant de sa richesse, et la nourriture était servie en abondance pour la famille et les voisins. Le peuple berbère existait dix millénaires avant la naissance du Christ et ma grand-mère portait bien droite cette fierté lointaine ; Amazigh veut dire homme libre sans distinction de genre.
Aussi souvent que je le pouvais, je me frottais comme un chat à la peau claire de ses bras pendant que ses ongles longs détaillaient doucement chacune de mes vertèbres.  Dans sa cuisine elle ne laissait entrer que les chats et les grands enfants. Remplissant les deux conditions je me perchais sur le grand tabouret pour lui conter mes rêves. Ses gestes de cuisine étaient une danse.  L’art de préparer les aliments est voluptueux et c’est elle qui m’en a convaincu. En vérité c’est le don. Cette femme dans la plénitude de son âge souriait de tout son corps splendide. Je la suivais attentivement du regard comme j’avais détaillé chaque mouvement de la trapéziste brune, au cirque l’année dernière. Emerveillement et crainte pour elle.
Au Noël dernier, une de ses sœurs lui avait offert un devantier bavette blanc expédié par La Redoute.  Assez étroit du haut il descendait au genou et avait deux grandes poches au dessus desquelles était brodé au fil doré : « secrets de grand-mère ». L’usage quotidien en avait lustré, satiné le coton. A certains moments de solitude, il m’arrivait de me cacher sous cette blouse suspendue à la patère. Je m’y sentais comme en son giron, pâle et ébloui, parfois boudeur après une gronderie toujours injuste. J’avais vu grand-mère y essuyer ses larmes après l’épluchage des échalotes. Je croyais en sentir l’odeur sucrée. Revenant du jardin, elle y transportait fruits et légumes, relevant les deux coins par une pince gracieuse, entre le pouce et l’index, petit doigt relevé. Les tomates de toutes couleurs, jaunes, vermillon, vertes ou noires se bousculaient gaiement dans ce surtout, fruits à croquer par mes dents pointues. Une fois elle y mit un lapereau apeuré, échappé on ne sait comment du clapier. Je posais ma joue sur sa fourrure, écoutant longtemps nos petits cœurs affolés. Transporter les œufs nécessitait un pas de légionnaire, lent et fluide. Ce tablier, mais il était en fait d’un lot de six, pouvait tout essuyer, poussières et taches, huile et vin. A mon souvenir il était toujours immaculé, frais et léger, même quand il servait à tirer du four mon plat préféré, les tomates farcies avec des graines de cumin torréfié. Trois cordons retenaient ce plastron. Un collier de couleur prune permettait un décolleté timide et resserrait le col. C’était en général le ton à l’identique du maquillage de ses yeux verts. Les deux cordons à la taille étaient toujours magnifiquement noués, dans une symétrie que je ne m’expliquai pas. J’avais essayé de nouer une ficelle dans mon dos, le résultat était calamiteux. Grand-mère reproduisait ce nœud avec une économie de gestes étonnante. Le dessin était celui d’un papillon aux ailes ovalaires et à la queue bifide d’une dizaine de centimètres.  Comme ces attaches étaient de couleur vert pomme je l’identifiai au bombyx Luna, cet extraordinaire papillon de nuit géant dont les chauves souris n’attrapent le plus souvent que l’extrémité blanche de la longue queue. Je le voyais voler quand grand-mère partait à grands pas cadencés vers le jardin.
Quand j’ai eu dix-sept ans, maman m’a demandé de vivre quelques mois chez grand-mère. Ma mère venait de connaître l’amour, le grand amour. Mon grand corps pataud et mon vocabulaire verlan ne se trouvaient jamais au bon endroit, au bon moment et de toutes façons, ma chambre à l’étage était toujours prête chez Mamie. Grand-mère savait le besoin de liberté des femmes tamazight, même métissées comme sa fille. A l’accueil, ses yeux clairs me transperçaient toujours, yeux verts, yeux d’enfer.
Dans le sud à la fin de l’hiver, les nuits sont encore fraîches mais le vent tombe au coucher du soleil. Dans ce calme de pleine lune on pouvait entendre la moindre course d’une souris dans le grenier. Je lisais au lit « le château de ma mère » et mentalement Pagnol me soûlait du chant des cigales. Demain serait le jour des crêpes parfumées à la fleur d’oranger. La pâte était prête depuis le matin et reposait comme il se doit pour l’onctuosité des galettes.  La cuisine était à l’autre bout de la maison. Progressivement, il m’a semblé entendre une musique, un chant à refrain obsédant. On m’a dit plus tard que c’était un air jamais écrit, composé par Haddi OUAKI, chanteuse rebelle du moyen Atlas. Au début, tendant l’oreille je me suis laissé bercer. Mais les vagues qui secouaient les couplets empêchaient mon sommeil. Tel un somnambule, j’ai descendu l’escalier en pyjama. Je ne puis jurer n’avoir fait aucun bruit, mais la chanson a persisté comme un appel, comme un guide. Au fond du long couloir latéral à la maison la porte de la cuisine était entrouverte. Les éclats de lumière trahissaient la présence de bougies. Mon approche à pas de loup a duré quelques minutes palpitantes au rythme du chant. Dans l’ombre du large chambranle je regardai sans être vu. Grand-mère préparait les crêpes destinées à mon petit déjeuner. De profil, la lueur du feu de la cuisinière à bois creusait la fossette de sa joue et faisait miroiter le cèdre de ses iris. Le tablier «  secrets de grand-mère » était son seul vêtement. Le mamelon gauche soulevait, perçait le timide coton et dévoilait la rotondité parfaite du sein et aussi le ventre plat et musclé. Aucune de ses courbes ne méritait reproche. Galbe et volupté. Elle s’est tournée lentement pour faire glisser la crêpe dans un plat. La lueur du cierge a éclairé son dos délié.  Le papillon Luna avait posé ses ailes sur ses fossettes sacrées, les salières de Vénus.
Bertrand

Objet symbolique de notre enfance, il date d’un temps révolu, d’un temps où on achetait peu et pour longtemps, d’un temps où on savait goûter à des plaisirs simples où on préservait ses robes en mettant un tablier.
Il sentait bon le savon, le linge séché au grand soleil et la lavande séchée des armoires.
Il sentait aussi la soupe de légumes, les tartes aux pommes, le goûter de quatre heures.
Il servait à transporter les légumes que l’on venait de cueillir au potager, les œufs frais des poules ou même à ramener un fragile poussin tout juste éclos devant la chaleur du fourneau.
On pouvait même épousseter rapidement le dessus des meubles si quelqu’un arrivait à l’improviste
Ma grand-mère s’éventait avec et s’épongeai le front durant les brûlants été du sud et préservait sa mise en pli en s’en couvrant la tête quand un nuage crevait et déversait toute son eau alors qu’elle était dans la cour.
Timide, je m’y cachais dedans quand des étrangers venaient à la maison.
Mais surtout, il a consolé tous les gros chagrins de ma jeunesse. Il débarbouillait mon visage de larmes, et même je m’y mouchais !
Il est certain que ce devait être un bouillon de culture, vu de notre époque où tout est aseptisé, mais malgré tout, la seule chose que nous risquions d’attraper était de l’amour.
Désormais, les mamans, les grands-mères ne portent plus de tablier… et les enfants ne savent pas ce qu’ils perdent.
Fabienne

Les tabliers de ma grand-mère

A l’âge de 10 ans, la vie de Marie bascula.
Jusqu’alors, elle avait connu le confort d’une vie aisée, auprès de ses trois frères et sœurs, dans une famille de la petite bourgeoisie du Nord  de la France.
Mais son père dilapida rapidement la fortune dont il avait hérité et sombra dans l’alcool.
Il mourut quand elle avait tout juste 10 ans, et sa mère se retrouva seule et ruinée, ses quatre jeunes enfants sous le bras.
Son frère aîné et ses deux plus jeunes sœurs furent recueillis par des tantes bienveillantes.
Quant à Marie, elle suivit sa mère, qui était arrivée à se faire engager comme cuisinière dans une grande famille de la société à Roubaix.
A 10 ans, Marie revêtit pour la première fois un tablier. Quand elle vit sa mère habillée comme elle, au milieu des casseroles en cuivre qui brillaient de tous leurs feux dans l’immense cuisine des Leclerc, elle fondit en larmes.
Sa mère, qu’elle avait toujours connue gentille mais un peu distante, s’assit sur une chaise et la prit sur ses genoux.
Tout en caressant ses cheveux, elle lui parla à voix basse pendant un long moment.
Nul ne sut jamais ce que la mère dit à sa fille ce jour-là. Peu importe.
Plus jamais Marie ne versa une larme, même si la vie ne fut pas toujours tendre avec elle par la suite.
Ce dont elle fut toujours fière, c’était de son tablier.
Quand elle l’enfilait, tôt le matin, cela signifiait qu’elle portait une responsabilité : celle de bien faire son travail, quel qu’il soit.
Ses tabliers avaient toujours une grande poche sur le devant.
Dans son premier tablier, elle y rangeait son dé à coudre, et sa petite paire de ciseaux, pour ne pas perdre de temps à les chercher dans la grande boîte à couture.
A 10 ans, elle était chargée de recoudre les trous des chaussettes, à faire des ourlets, à raccommoder les habits de la famille.
Elle y mettait beaucoup de soin, même si elle n’aimait pas ce travail.
Beaucoup plus tard, elle me raconta que c’était ces travaux qui lui avaient abimé la vue. A cause de cela, elle éprouva toujours une profonde aversion contre la couture, et s’inquiétait que je subisse le même sort quand il m’arrivait au même âge qu’elle de coudre mes habits de poupées.
Son deuxième tablier fut pour elle une grande fierté. Elle venait d’avoir 13 ans, et Madame Leclercq, sa patronne, décida qu’elle deviendrait l’aide cuisinière de sa mère.
La famille s’était encore agrandie, et le standing des Leclercq aussi. On recevait beaucoup, et les mets devaient être à la hauteur de la réputation de la maison.
C’est ainsi que ma grand-mère devint un fin cordon bleu et usa beaucoup de tabliers jusqu’à ses 20 ans.
Sa rencontre avec mon futur grand-père lui permit de raccrocher son tabler de cuisine chez les Leclercq.
Pour autant, le virus de la gastronomie était en elle.
Après avoir gâté son mari et ses deux jeunes enfants, toujours vêtue d’un tablier à décolleté carré, elle ne voulut pas en rester là.
Dès que l’occasion se présenta, elle acquit un bar restaurant, qu’elle transforma en pension de famille : « à l’ami des routiers ».
On venait de loin pour savourer ses menus, simples mais délicieux.
Quand je me préparais pour partir à l’école, elle était déjà devant la cuisinière à charbon pour remplir les casseroles des légumes, viandes, soupes, prêtes à mijoter.
Derrière son tabler de cuisine, toujours propre grâce au torchon sur l’épaule gauche qu’elle utilisait pour s’essuyer les mains, impossible de voir comment elle était habillée.
Marie était toujours revêtue d’un tablier sauf le dimanche, quand ma mère l’emmenait au restaurant se mettre les pieds sous la table.
Mémé, tu étais paraît il une femme de haute taille pour l’époque, aux formes voluptueuses.
Mémé, toute ta vie, tu t’es cachée derrière tes tabliers de cuisine, mais tu resteras toujours à mes yeux la plus belle et généreuse femme du monde.
Marie Pierre

 

De grand-mère, je n’en ai connu qu’une : la mère de ma mère que nous appelions « Granny ».
C’était une petite dame aux traits fins, menue, les cheveux grisonnants, le sourire constant, la voix tendre et le regard vif.
Suzanne de son prénom.
Était-elle vêtue d’un tablier pour cuisiner ? Je ne m’en souviens plus bien que je la revoie encore vaquer dans sa cuisine quand parfois je lui rendais visite !
Savait-elle cuisiner le plat typique de Lyon dont était issu mon grand-père, « Le tablier de sapeur » ?
Je ne le sais pas mais jamais je n’ai goûté de ce plat cuit à base d’un morceau de bœuf que l’on surnomme « la fraise » et qu’au préalable, l’on doit faire mariner dans du vin blanc, panné et cuit au four !
Quant à ma grand-mère paternelle qui s’appelait Pauline, native de St Claude en Guadeloupe, vraie Guadeloupéenne que j’aurais tant aimé rencontrer, peut être portait-elle un tablier en cuisinant ses acras de morue, le pain de manioc surnommé « la cassave », un bon fricassé de lambis… que sais-je ?!!!
Arrivée en Nouvelle-Calédonie en 1900 avec mon grand-père, elle a dû s’adapter à la cuisine du pays avec ou sans tablier !
Ma mère oui, portait un tablier et sa cuisine était un superbe délice et moi, non je ne porte pas de tablier quand je m’active aux fourneaux !
Voilà bien des tabliers de cuisine mais que pourrai-je dire des tabliers de la Légion étrangère ?
Jaunes en cuir, ils avaient pour fonction de les protéger des éventrations lors de chutes, je les voyais, ces fiers légionnaires défiler lors du 14 juillet sur l’avenue des Roches à Kourou, beaux avec leur barbe et belle moustache !
Ah mon beau légionnaire sur le sable chaud, même Edith n’a pas chanté ton beau tablier jaune seulement le souvenir d’une nuit d’amour !
Brigitte


2/ Exercice
 : Si vos deux parents étaient des personnages de dessins animés, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?

 schrek

Mon père, je l’ai toujours vu sous les traits de Geppetto qui avait un regard plein d’amour, des yeux pétillants qui se transformaient en regard soumis dès que la Fée Bleue rappliquait. Et puis il m’a donné la vie, comme ce vieux menuisier avec sa marionnette.
Ma mère elle, ressemblait fortement à Cruella, mais, contrairement à Georges, ce n’était pas mon personnage favori.
Mais ce soir, je n’ai pas envie de revoir ces deux personnages. Si je devais choisir des parents de dessin animé, mon cœur irait plutôt vers Schrek et Fiona, sa princesse : des gens simples, qui sont toujours de bonne humeur et prennent la vie du bon côté. Avec eux, rien d’interdit et des rires tous les jours. Ils ne sont certes pas jolis mais deviennent beaux tellement leur âme est grande et remplie d’amour.
Je me verrais bien me réveiller dans la petite cabane de la forêt et prendre avec eux un bon petit déjeuner sous les rayons du soleil levant, puis partir pour une grande balade. On ramasserait des champignons, des baies, des asperges sauvages, des pissenlits pour en faire de délicieux repas. Quand on serait fatigué, on se reposerait, on se baignerait dans une mare de boue et toute la famille éclaterait de rire. Papa Schrek me ferait sauter bien haut et maman Fiona me serrerait dans ses bras potelés. Et  puis le soir, au coucher, ils me raconteraient comment ils s’étaient rencontrés. Une vraie histoire de prince charmant.
Fabienne

3/ Exercice : Sur le fil

funambule

Un exercice sur le fil ? Tout le monde est désemparé et ne sait quoi écrire, alors moi, sur le fil, j’écris vite une petite histoire pour les faire rêver :
Il était une fois, un funambule qui marchait sur le fil. Ce funambule était aveugle mais là-haut, sur le fil, il n’avait pas besoin de sa canne blanche car ce fil était son fil d’Ariane, celui qui l’amenait vers les étoiles.
Fabienne


Sur le fil, le Fil, un film français qui, je crois, se déroule au Maroc, une histoire d’amour, de début d’amour entre deux jeunes hommes qui ne se connaissaient pas et pourtant vont être amants.
Le Fil, je vous le recommande, il est soft, joliment ficelé !
De fil en fil, en toute tendresse.
Brigitte

Sur le fil

Sur le fil le funambule danse autour de sa longue perche. Et les spectateurs anxieux espèrent secrètement qu’il tombera à leurs pieds. Quel beau spectacle ce serait ! La vie ne tient qu’à un fil !
Mireille

 

10 septembre, 2015

Atelier du 7 septembre 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:56

Après plus d’un mois d’absence, l’Atelier d’écriture a repris ses séances hebdomadaires du lundi soir à la Maison du Livre :

MLNC

Devoir : Faire un texte avec des homonymes – Ver / vers / verre / vert / vair

 

Le ver était  dans le fruit et regardait Oliver. Tel Caïn dans sa tombe ouverte, lui seul se sentait concerné, seul coupable. Si jeune et déjà l’hiver de sa vie.
Il avait imaginé le dévers de son existence comme une pente ascendante régulière, une suite d’épreuves et de preuves, de vues et de bévues. Son chemin ne serait pas rectiligne mais toujours vers le haut. Un livre où le verso de chaque page disait plus que le recto, parlait mieux, l’entraînait. Un livre où l’univers entier pourrait être compris. Ce qu’il lirait un jour à rebours lui apporterait fierté et sagesse, tel un Marc Aurèle, dans la gloire et l’humilité. Point de rime dans ce texte, une longue suite de vers blancs. Seul son style toujours vert en serait le signe de reconnaissance, le notoire et le pardonné. C’était une espérance sévère mais juste. Et le sentier était large sous le couvert d’arbres géants, dans leur ombre légère comme celle des ombrelles en dentelle de Burano. A perte de vue il ignorerait son avenir vertueux. Sa confiance renverserait les obstacles, même la pluie, même le vent. Il traverserait les torrents, les rivières et les fleuves, partout emplissant son verre d’idées fleurs, pures et fraîches. La poésie, il lui ferait l’amour chaque jour, en vers libres, ni mètre, ni maîtres de la musique des mots. Il féconderait la terre à travers  l’herbe épaisse dans un sommeil profond. Ses pieds nus fouleraient le vair de la mousse silencieuse des forêts. Vers quel événement, vers quel lieu, vers quel être aimé ? Ces questions ne provoquaient aucune aversion, seulement une méditation puissante qui lui faisait ignorer les frontières et les interdits. Des questionnements, en avait-il eu? lui soufflait parfois un inconscient pervers. Il négligeait facilement les fruits verts, les raisins de la colère, les raisons de l’injustice. Inutile d’approcher la vérité, il savait d’instinct qu‘elle ne se laissait pas caresser. Seul le loup pouvait être son frère, l’avertir. L’accueillir dans sa caverne, veiller sur ses rêves. La vertu lui semblait facile. Point besoin d’être vert galant, ni rude ni âpre.  Ni d’user de mots verts. De versets sataniques.  La verrière de ses yeux bleus était transparente au ciel d’été de son âme.
Le guide d’Oliver était sa conscience des forces immanentes, l’inconscience de sa force imminente.
Quel esprit versatile a semé le doute ? Quand et comment le verbe a-t-il déclamé sa puissance ? Un verre dépoli, cataracte de sornettes lui a troublé les sens et les douleurs. Les maux sont descendus des nuages creusant sur son front des rides verticales. Une averse de mots, une pluie à contresens, une lumière noire sont venus l’accueillir. Il a dit oui, converti.
Les chaînes qui le lient au rocher n’ont pas de raisons avérées d’être solides : elles sont. Dans son thorax béant Elle fouaille le  cœur, calvaire consenti. Il l’aime de toute son âme et ressent enfin le vertige de la mort éternelle.
Bertrand

Le cordon

1

Je l’ai su avec certitude au moment même. Le petit ver avait percé la fine peau du tarot violet. Ce n’est pas le plaisir qui m’a fait cette annonciation. Méfie-toi du jouir m’avait dit ma mère. Méfie-toi de la flamme qui monte m’avait invectivé ma tante, la femme de mon oncle utérin. Et je n’ai pas de sœur. L’homme, était-ce vraiment un homme ou bien cet homme là, dormait loin de moi, à mes côtés. J’écoutais en silence le flux calme et rythmé de l’eau venue de la montagne. Ce canal creusé par les ancêtres irriguerait ma tarodière jusqu’à la venue des baleines. Le temps des billons. Vers le milieu de la nuit la peur m’a prise. Je suis deux maintenant et absolument seule. En repli sur moi, mes genoux tentent d’écraser mes seins. A seize ans, ils résistent de toute leur vigueur souple et noire. Une fois suffit avait prévenu doucement grand-mère. Elle est partie rejoindre celles qui veillent sur la tarodière. A qui parler maintenant ? Je n’ouvrirai plus ma bouche souillée, mon ventre restera plat. S’il bouge un jour ce sera comme un rat dans mon estomac. Ce matin, vite, il faut laver le manou rougi. Vite effacer la tâche.

Bien dormi cette nuit. Hier soir, probablement ramené par le pick-up des copains, comme souvent. Faut dire six shells c’est beaucoup. Treize bières ce n’est pas mon record. Ce matin pisse au moins dix minutes, jaune presque vert, garniérite. Tiens, l’autre jour un petit caillou est sorti, heureusement bandais pas. Pas aimé le jour où y avait des gouttes pistache au bout de la barre de chocolat. Salop de docteur avec ses aiguilles dans les fesses. La faute à Lulu du dock 69, pas pour rien la mois chère. C’est pas avec ma paye que je pourrais draguer au Bob’s, la boite d’Alosio. Pelleter des cendres huit heures par jour. Y z’ont dit qu’y avait dedans du mercure de la scénique, du cadmion et même une activité radio. Pas le temps d’écouter. Ca y est : secoué la dernière goutte et rangé ma grosse affaire dans le short de foot acheté à la braderie des bonnes sœurs. L’enculé, où j’ai dormi ? Les trois portes sont ouvertes, ma femme, ma fille et la salle télé. Va pour la salle télé, celle que je préfère. Y a peut-être un match ce matin, avec quelques topettes.

 Pas rentré cette nuit le gars qui boit mon salaire mais ce matin il a déjà mis la télé à fond. Quand je l’ai rencontré dans le bus l’année dernière cela m’a vraiment étonnée et fait plaisir qu’il me laisse la place assise. Il descendait juste à la prochaine, devant la cimenterie. Je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir la chaleur du siège en m’asseyant. Il avait l’œil rouge, un peu vitreux mais rigolard ce matin-là. Quand le chauffeur du babycar a tiré sur le manche pour fermer la porte, j’ai cru qu’il me souriait. Il s’était retourné pour allumer sa clope. Le feu trop long du briquet lui a soulevé la lèvre. Non, il ne me bat pas. Il sait que j’ai suivi les cours d’autodéfense à la maison de quartier avec le prof chinois. A 41 ans je ne crains pas les hommes. Qu’est-ce que c’est un homme, un vrai ? Un mec qui boit pas, qui fume pas, qui pue pas, qui met un slip sous son short, qui rote pas cent fois par jour en secouant sa bedaine, qui dit bonjour le matin. Pas comme ce type-là. Alors comment celui-ci a trouvé le chemin pour s’installer chez moi ? Je vivais seule, ne pouvant avoir d’enfant. Quand il m’a dit qu’il voulait garder avec lui sa fille cadette de 15 ans je me suis dit qu’il était affectueux et généreux. Le grand débarras avec sa petite fenêtre à jalousies lui servirait de chambre. A son âge, une pièce pour elle seule c’est un luxe ? C’est si peu ma fille, la muette. Belle-fille. Elle a très peu de copines, sort peu. Un soir ou deux je l’ai vue avec un ou deux copains plus âgés tirer sur un kalolo. Je ne l’ai jamais vue faire un câlin. Chaque fois que j’ai voulu m’approcher elle a pris la position fœtale, le nez entre les genoux. Je ne l’ai jamais vue prendre une douche mais elle sent bon. Je me demande qui lui fait ses tresses. Ce matin, elle va encore se lever à dix heures, collège, connais-pas ! C’est pas elle qui va composer des poèmes en vers.

 Il y a une semaine, elle est venue me parler sachant que son père avait réunion syndicale jusqu’à plus soif. Regard en coin, elle a dit :
- Mamie tu te souviens quand il a quelques mois, j’ai eu ma gastro. C’ était pas une gastro.
- Tu es pourtant bien plate ma fille. Cela te ferait combien ?
- Huit mois mamie, mais j’ai demandé qu’il soit tout petit et je ne mange pas beaucoup.
- Pourquoi l’as-tu gardé alors ?
- Qui pouvait m’aider ?
- Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?
- Je te le DONNE, mamie.
Pas de temps de réfléchir, on donne la parole. Elle a permis que je la serre dans mes bras. Mais ce fut le dernière fois.

Après une semaine de mes rêves fous, l’adolescente a eu les premières douleurs. La  vieille Idara est venue, c’est la meilleure takata. Ce sera long a-t-elle prédit car c’est un premier garçon, même s’il est petit. Elle est repartie chez elle pour une journée. Tout ira bien, on préparera l’eau bouillie et les linges propres demain. Elle amènera les plantes. J’ai voulu sommeiller cette nuit près  de celle que j’ai appelé pour la première fois « ma fille ». Elle n’a pas répondu et s’est tournée de l’autre coté en gémissant. Ni elle ni moi n’avons vraiment dormi. Je n’ai pas vu beaucoup d’accouchements et c’était il y a longtemps, quand j’espérais. Il faudra pousser fort et la tête du bébé dilatera tes lèvres d’en bas. Tu seras en position semi-assise et je retiendrai l’enfant quand il touchera la terre que nous avons répandue sur le sol, la terre sacrée. Vers deux heures du matin, quand c’est arrivé, après plusieurs poussées épuisantes, elle a eu un malaise, tombant sur le sol ocre. Idara lui a fait respirer un niaouli très fort et elle est rapidement revenue. Elle lui a soigneusement nettoyé le bas-ventre. Ma fille courageuse a repris sa position semi-assise en se tenant à la table sur laquelle elle voyait le couteau aiguisé. Elle a crié très fort une dernière fois et Wanir Boé, petite lumière de la nuit  est apparu. Son cri a été si puissant pour un si petit corps. Un coq étonné lui a répondu dans le lointain. Idara lui a donné la feuille qui fait régurgiter le vert méconium.  Puis elle lui a mouillé les lèvres et m’a demandé d’attendre quelques heures avant de lui donner le biberon. Ma fille s’est endormie inconsciente. Elle m’avait prévenue qu’elle ne voudrait pas allaiter pour ne pas avoir les seins comme des papayes tombantes. Il faudra la bander avec un manou serré. Les jours suivants elle n’a jamais voulu le prendre dans ses bras. Sa vraie mère c’est moi.

Mon mari ? il a juste demandé si l’équipe du Wetr avait battu en coupe ces « culés » de Ponérihouen. On en fera pas un joueur de foot de ce gringalet, même pas arbitre, qu’il a éructé.
J’ai gardé le cordon ombilical desséché. Une nuit, seule, je l’ai enterré dans la forêt, entre le kaori et le cocotier. La liane qui va pousser trouvera le lien et unira les destins. Tu monteras haut, mon fils, mon tout petit.
Bertrand

2

Quatre pas vers la gauche, trois pas vers la droite… Deux ans que je suis dans cette minuscule cellule aux murs d’un vert crasseux.
Deux ans pour avoir tiré sur Arthur, mon amant, mon amour, mon ennemi…
Le pire dans cette déchéance, c’est que je n’ai plus aucune inspiration. Depuis si longtemps déjà, pas le moindre début d’un petit vers ne sort de mon esprit. On dirait qu’il est gâté, que le ver est dans le fruit. J’ai la tête et le cœur à l’envers. Cette situation m’a rendu plus sec qu’un désert… Pus aucune verdure, plus aucune floraison.
Où donc est ma muse ? Est-elle morte ou seulement endormie ? A moins qu’elle ne soit en train de se vautrer lascivement dans une couverture de vair.
Combien je regrette le temps où mon amie, la bouteille d’absinthe me faisait voyager dans des mondes poétiques, bucoliques, utopiques, romantiques et peu importe si j’étais apathique, amnésique, colérique…
Aujourd’hui, je donnerai ma vie pour en avoir un seul verre.
Verlaine – Bruxelles, 1875, après avoir tiré sur Arthur Rimbaud
Fabienne

 

Voyage en Absurdie ou le conte est mauvais.

 

Les vers sont-ils nus à l’intérieur ? Le mien est solitaire et il fait tout à ma place. Manger et boire, bien sûr. Réfléchir aussi, mais à l’envers. Quand je suis rouge de confusion, il est vert de rage. Quand j’ai des bleus à l’âme, il rit jaune. Quand je perçois tout en gris, il voit tout en rose. Pourtant, là où il réside, il n’y a pas matière, enfin façon de parler. Et quand je broie du noir, il se prend pour un vers blanc. Cela ne rime à rien. Je préférerais un ver libre mais il m’est très attaché. Ce cestode casse-pieds qui tombe en morceaux a peur de rompre. Il aurait aimé être trématode ou nématode, être sur un réseau social, ne pas être seul dans sa vie de croupe. L’idéal pour lui serait d’être annélide pour regarder amoureusement son lombric. Certes, j’ai bien pensé à tuer le ver. Un verre de gnôle, de calvados plus précisément. Vous savez, ce verre d’alcool pur que l’on donnait aux jeunes, à jeûn, avant leur départ pour l’école au XIXème siècle. De nos jours on est plus liant et on leur propose un joint ou même une ligne dans les quartiers chics. Aucun effet sur les vers mais cela leur permet de résoudre avec facilité quelques vieux problèmes : l’identité identique ou crise de foi identitaire. Ai-je une fuite d’hélium par les narines ou par les oreilles ? Musicalement composé-je ou décomposé-je ? Vers où cours-je ?  Pour ma part, je ne m’y suis pas résolu, à tuer le ver. Il faut dire que j’ai l’écu chargé de vair, une certaine noblesse.
Et puis chacun a son ver à soie. J’aimerais rencontrer un sériciculteur, plutôt une séricisculptrice, une utopie de vert galant. Mais je vous le confirme ce soir : le ver est nu, comme un roi.
Bertrand

3

Certaines personnes préfèrent écrire de manière poétique, trouvant agréable de mêler vers et rimes dans leur récit. Pour ma part, j’utiliserai une autre approche de style pour compter cette petite histoire…
A en juger la position du soleil relativement haute dans le ciel, proche de son zénith, l’heure du déjeuner devait-être proche ; ce qui enthousiasmait vivement Nikolaï qui attendait son grand-père devant arriver vers midi.
Après avoir passé la journée dans les bois environnants, la propriété où il résidait avec ses parents, Nikolaï recueillit un plein seau rempli de petits vers de terre.
En effet, comme chaque samedi après-midi, Nikolaï se rendait avec son grand-père jusqu’au lac, situé à une bonne demi-heure de marche vers les montagnes que l’on apercevait nettement les jours de beau temps, comme aujourd’hui.
Ils appréciaient beaucoup tout deux cette petite ballade hebdomadaire à travers champs et forêts, évoluant paisiblement au milieu de cette nature sibérienne d’un vert chatoyant, pour enfin arriver sur les bords de cette petite étendue d’eau où grouillaient toutes sortes de poissons : gardons, brèmes, perches,… Lieu de rêve pour une bonne partie de pêche.
Pour conserver au mieux ces appâts fraichement attrapés, Nikolaï les plaçait dans de petits bocaux en verre. Les chances de remonter un poisson étaient multipliées par deux, voire trois avec des larves encore vivantes.
Yvan, le grand-père, en grand amateur de pêche pratiquait plusieurs techniques. Il s’était équipé d’un grand nombre d’ustensiles variés destinés à telle ou telle méthode, passant du Tenkara à la mouche ou encore au quiver-tip.
Afin de prendre soin de tout cet équipement fragile et coûteux, Yvan s’était fabriqué une petite sacoche en vair , cette fourrure d’écureuils qui pullulaient dans ces forêts de Sibérie, et qu’il aimait tant chasser.
J-Man (Julien)

 En vers et conte fou

 4

Je sais, cela ne veut rien dire ou presque mais cet exercice sévère, pervers m’aurait fait verser dans la mélancolie si je ne l’avais pris à la légère, en prose.
Ma chienne est blanche. Contrairement aux chevaux, même les lipizzan, on peut dire des chiens qu’ils sont blancs. Par contre on ne peut dire des hommes qu’ils sont blancs parce qu’alors il faudrait dire que d’autres hommes sont noirs, comme le prétendent certains affreux américains.  Si c’était possible, qu’ils soient blancs ou noirs, cela impliquerait qu’il existe beaucoup d’hommes gris, de toutes les nuances. Je n’ai pas les chiffres. Sauf à la Martinique où ces catégories d’ivresse sont identifiées en plein, demi, quart, rarement au verre puisque ces sujets sont très accoutumés. Chez eux le rhum ne s’est pas fait en un jour. Or on sait que l’échelle des gris, comme celle de Jacob, est quasi infinie. On ne pourra donc dire absolument qu’un homme est blanc, mis à part de peur. On ne pourra non plus dire d’un homme qu’il est noir, toujours à cause de cette échelle qu’il vaudra mieux poser en position horizontale sinon cela pourrait vexer, les noirs monteraient, on descendrait les blancs…
Il vaudra donc mieux parler d’hommes de couleur. Ethnologiquement et en toute illogique on a parlé d’hommes rouges plus très nombreux ou d’hommes jaunes trop nombreux pour les conter. A la suite d’explosions de joies nucléaires dans les grands déserts américains, qui n’ont d’ailleurs pas été améliorés par ces évènements, au siècle dernier on a parlé d’hommes verts. La science n’ayant pu en faire la preuve la fiction s’est emparée de cette histoire. On les classe généralement parmi les hommes petits mais a-t-on déjà vu un pygmée vert ? Mis à part à l’époque coloniale où pas mal d’hommes gris portaient un casque. Les autres couleurs ont été inventées par un italien fou de voitures ce qui ne le distingue en rien.
Donc ma chienne est blanche. Ce qui est plus original est qu’elle pisse en marchant. Dominante qu’elle est comme beaucoup de ses concitoyennes, elle considère qu’elle marque plus de territoire en moins de temps. Elle a essayé d’uriner en courant mais j’ai dû l’en empêcher après la perte de plusieurs paires de basket. Oui contrairement au jet d’urine mâle qui est antérograde, le jet d’urine femelle hormonalement correcte est rétrograde atteignant grâce à la vitesse, le mi-mollet du maître enlaissé, pour compte en général. Je m’empresse de dire avec une ferveur électoraliste que rien d’autre n’est rétrograde chez la gent féminine. Aurais-je mérité une caresse de douceur, de fourrure, de vair, de petit-gris, une petite ivresse des profondeurs? A moins que j’en reste à la panne, autre synonyme!
Mon chien est noir. Il a un mal fou à contremarquer l’urine de sa dulcinée puisque lui, il pisse à l’arrêt. Ce qu’il a un jour fait sur la raie de pantalon d’une personne en uniforme et ce qui m’a valu, une fois de plus, de ne pas être très bien dans mes baskets. Le personnage forcément haut placé, grâce à son képi, est devenu vert ce qui est en contradiction avec certaines affirmations scientifiques citées plus haut. Depuis je me suis fait écologiste retournant vers la fiction. Non, non, la fiction pas l’affliction. En vert et contre tout et même contre tous à la fin de l’année. Oui je parle de cette belle réunion bien parisienne : le COP 21 : 21 copains et tous les autres peuvent crever ! Ce retour à la réalité a été dur à expliquer à mon chien. Eh oui, il parle et il a fallu que j’apprenne l’Akita noir. Il a été très patient avec moi. Ouah ci, ouah là, c’est finalement plus facile que le wallon, plus court, moins enflammant. Au bout de quelques mois nous avons pu pérorer autour d’un verre, d’eau plate pour lui, un peu vague pour moi. Une autre fois je vous en parlerai. On ne peut tout révéler d’un coup sauf parfois à le prendre en pleine poire.

 En tout cas ma chienne et mon chien ont une bonne nouvelle à vous annoncer. Des petits sont annoncés à la mi-octobre. Quelle griserie !
Bertrand

 

La fenêtre au verre dépoli entrouverte, il s’y glissa subrepticement. L’endroit semblait abandonné depuis longtemps. Les araignées y avaient tissé leur toile, la poussière recouvrait tout de son manteau de vair et le vert des volets n’était qu’un lointain souvenir. Sur le sol en bois de petits vers brunâtres finissaient leur grand nettoyage, un animal, un rat sans doute, était venu mourir ici. Quittant la cuisine, il se dirigea vers le réfectoire, en passant par la salle à manger. Le temps paraissait avoir été suspendu dans une immobilité molle, reprenant le vers « Ô temps suspends ton vol, et vous, heures propices! Suspendez votre cours ». Mais ici rien ne semble avoir été propice. Si tout est resté en l’état, un silence lourd demeure, irradiant tout ce qui vit. Ce n’est pas ici qu’il trouvera de quoi remplir son trou dans l’arbre sur lequel ils ont mis une pancarte écrite en cyrillique avec une tête de mort auréolée de trois triangles. Le petit-gris n’avait plus qu’à partir ne sachant plus où donner de la tête bien qu’il en ait deux.
Pascal

 

De bon matin, alors que le soleil ne pointait pas encore le bout de son nez, je suis partie dans le champ de maïs de mon grand-père chercher un ver pour aller à la pêche avec mon cousin Constantin.
La mauvaise herbe verte qui jonchait le sol était si dense que j’ai du utiliser la petite pelle de camping de ma cousine Gertrude qui l’avait laissé à la maison lors de son dernier séjour qui datait déjà de trois semaines.
Je finis par récupérer un ver de terre, bien dodu quand, de retour vers la maison, j’aperçus ma petite sœur Florentine, un verre de lait, à la main m’attendant sous le porche, je la remerciai d’un bisou au front et partis me préparer à cette fameuse pêche.
Derrière la maison, sur le chemin qui serpentait le long de la falaise, je crus voir un instant une silhouette légère et gracieuse toute vêtue de bleu, les cheveux au vent courant vers le sommet de la colline.
Dans ma rêverie je me mis à imaginer qu’elle était Cendrillon chaussée de ses pantoufles de vair qui parcourrait la campagne en toute liberté loin de ses demi-sœurs si méchantes et de sa marâtre pour qui elle n’avait aucune réelle affection !
La silhouette s’évanouit tandis que je me remis à marcher d’un pas pressé car le poisson n’attendrait pas d’être hameçonné si je tardais.
Brigitte

 
2/ Exercice
 : Ecrire une histoire à partir de la photo

photo-surréal

Antonina venait d’avoir 80 ans et depuis son anniversaire, elle trouvait que le temps passait à une vitesse vertigineuse. C’est pour ça qu’un beau matin, Antonina avait décidé de voler le temps et de le cacher loin, bien loin de la civilisation afin qu’il ne régît plus la vie de tout un chacun.
Un nuit donc, elle avait sorti sa vieille carriole et s’était rendue sur la place publique où trônait le Grand Réveil, celui qui réglait la vie du village en sonnant les quarts, les demis et les heures.
Elle avait sué sang et eau afin de le hisser dans son chariot, tout en faisant le moins de bruit possible, afin qu’on ne pût la voir.
Un moment, le Grand Réveil glissa. Elle le rattrapa de justesse mais, dans la manœuvre, il s’était arrêté cinq minutes avant minuit. Elle y avait vu un bon présage, comme si demain n’arriverait jamais.
Elle aurait très bien pu le laisser là, puisqu’il était devenu inutile, mais elle avait bien trop peur qu’Anton, l’horloger du village ne le réparât….
Elle avait marché, beaucoup, longtemps, tirant à bout de bras sa charrette, ne s’octroyant des pauses que lorsqu’elle n’en pouvait plus. Au bout de trois jours, elle s’était retrouvée dans cette immensité blanche. De toute sa vie, elle n’avait jamais été aussi loin. Elle ne se sentait pas en sécurité au milieu de ce nulle part, comme menacée, mais elle pensa qu’au moins, personne n’irait le rechercher en cet endroit.
Trop fatiguée, elle ne put descendre l’engin de la carriole et décida de tout laisser là.
Antonina se mit donc en route pour rentrer chez elle. Par où était-elle venue déjà ? Tout était blanc, la neige, le ciel, l’horizon, même les arbres. Tout se ressemblait…
Au hasard, elle prit une direction. Celle-ci ou une autre, n’importe comment…
Au fur et à mesure qu’elle avançait, le ciel devenait de plus en plus gris. Puis il commença à neiger doucement, au début, puis à gros flocons… Un vent glacial se leva. Elle marcha un jour complet sans rencontrer âme qui vive. La nuit venue, elle était à bout de force et décida de s’asseoir un peu, à l’abri illusoire d’un talus.
C’est ainsi que des chasseurs la découvrirent au petit matin, statue gelée, alors qu’elle était à moins de cinq cents mètres de leur cabane.
La vieille qui ne voulait plus vieillir eut finalement raison du temps car, pour elle, mais pour elle seule, il s’était arrêté.
Fabienne

 

Désert

 

Ils ont recommencé. Dans le désert d’Arizona, en 2144, deux siècles plus tard. Quel beau travail ! Une destruction sélective parfaite ou presque. Depuis deux cents ans le paysage est inchangé. La carriole est  restée immobile sur le sable salé sans rides. La bombe à neutrons de dernière génération a fait disparaître toute trace animale, seulement animale. Plus de cheval, plus de cocher ni d’horloger suisse. Le chronomètre helvétique géant continuera à indiquer l’heure exacte pour les siècles des siècles. Les ombres en témoignent en silence.
Alors me direz-vous pourquoi la petite vieille a-t-elle survécu? C’est magique : elle avait un talisman. Une tumeur bilobée parcheminée que l’on avait retrouvée sur la table de nuit de son arrière-arrière grand-mère. Les savants sont perplexes et pour cause. Depuis un siècle la terre n’est plus peuplée que de femmes parthénogénétiques.
Bertrand

Vision chamanique

 

Dans ces lointaines contrées mexicaines, il est encore courant de faire appel aux pouvoirs mystiques de certains chamanes, ces sorciers, qui en état de transe obtiennent une vision leur permettant de guerrir des populations entières ou encore d’apporter des réponses à quelques problèmes de grande importance.
Ce soir-ci, au cours de l’une de ses veillées, Maria Médina, prit le temps d’ingérer la potion de graines pilées et de plantes magiques qu’elle avait préparé tout au long de la journée, y associant chants et rites sacrés.
Son corps gisait à même le sol, sous l’étroite surveillance de sa nièce se tenant à ses côtés, comme toujours lors de ces cérémonies. Son esprit, quant à lui était déjà loin.
La tribu, avait eu recours aux services de la vieille sage, car depuis quelques temps déjà, la sécheresse sévissait dans la région. Les cultures devenaient insuffisantes et le bétail périssait par le manque d’eau et de nourriture.
Lors de son voyage astral, guidée par le grand aigle blanc,  son esprit protecteur, Maria Médina, eut la vision précise d’une charette orientée plein est, avec à son bord l’horloge sacrée du temps affichant un tour quasi complet du cadran.
Lorsque son âme rejoignit son corps, après une transe de près de cinq heures, toute la tribu était rassemblée autour d’elle, prête à entendre le récit de son voyage. Une fois ce rêve en pleine conscience interprété, la tribu saurait quelle conduite tenir pour se sortir de cette situation difficile.
Le message était clair : quitter cette terre de désolation et se diriger vers l’est, sur l’horloge de sa vision, les heures traduisant des journées, la vieille femme savait qu’au terme d’une bonne douzaine de jours de marche, ils pourraient établir leur nouveau campement dans une région plus fertile et ainsi survivre
J-Man

Un grand désert de sable, un silence immobile,  de lourds nuages passent à une vitesse folle, la chaleur monte du sable et m’envahit. J’appelle mais rien ne parvient à mes oreilles comme si je ne savais plus émettre de son. Je siffle, je murmure, je hurle, rien. Le silence est total. Les nuages passent. Je marche, ne sachant où aller, ni pourquoi. Je n’ai ni faim ni soif. Je marche dans le sable sans effort. Rien ne pèse. Au loin j’aperçois des montagnes quelque chose entre la montagne Sainte Victoire et celles de Nouvelle Zélande. Puis un personnage apparaît un peu comme ma grand-mère en hiver dans le nord de la France que je n’ai jamais connue. Elle me dit d’une chevrotante voix : il est bien temps ! Comme un reproche. Un vielle carriole arrêtée, seule, sans chevaux, semble attendre, depuis bien longtemps suspendu comme le temps. Seuls les nuages passent à vive allure. Tout est figé comme dans une photographie. Un instantané d’un moment improbable. J’ai peur, je ne peux plus bouger, je me fige. Je n’éprouve rien que de l’effroi de la panique puis un grand fracas une explosion à faire exploser mes tympans. Dans la charrette mon réveille-matin résonne. J’ai la gueule de bois. À midi trente j’ai dit à ma mère que j’irai la voir à la clinique de l’Anse Vata…
Pascal

Le maître du temps

Le monde se dessèche.
C’est certain !
Les lacs, les fleuves, les rivières s’amenuisent jusqu’à disparaitre…
Il est temps.
Malgré mon grand âge, je roule ma bosse où l’on m’appelle. Alors, je sais que je vais encore découvrir des contrées désolées où la vie a fuit, où le silence est maître !
Alors je prie, j’implore, j’incante. Mon énergie se mêle à celle de l’univers.
Peu à peu, le ciel s’obscurcit, puis l’orage gronde, les éclairs se déchainent.
Vite, le temps presse !
Quelques gouttes commencent à tomber.
J’y suis presque.
Plus que quatre minutes et le déluge s’abattra sur ce lac asséché. Alors, progressivement, la vie réapparaitra…
Et un ailleurs sera ma prochaine destination.
Je suis le maître
Laurent

Ma tante Lulu

 Ma tante Lulu est lunatique : un moment charmante, l’instant d’après revêche, mais toujours bizarre. Ma mère Nina dit qu’elle est « déglinguée du ciboulot » et je suis tentée de croire parfois qu’elle n’a pas tort…
Elle n’a pas d’enfants. Ses « bébés », ses « chers trésors », ce sont  des instruments marqueurs du temps qui passe : montres, tocantes, pendules, réveils, horloges même… Sa maison en est remplie, mais ne dites pas que c’est un vrai musée, elle se  fâche : pour elle ce sont des compagnons du quotidien. Ils ont une âme et des désirs, auxquels elle se soumet avec dévotion. Ne me demandez pas comment ils expriment leurs voeux, je l’ignore, mais si l’on accepte de croire que certaines personnes communiquent avec les esprits, alors acceptons que d’autres  communiquent avec les objets.
C’est ainsi qu’elle leur offre  des « vacances », oui, vous avez bien entendu, elle emmène chaque année un de ces objets faire un tour…
Elle me les présente, lorsque je lui rends visite : tu vois cette montre plate au design épuré, elle voulait connaître sa patrie d’origine, la Suéde, alors je l’ai emmenée dans un magasin Ikea, elle y était à l’aise, c’est tout à fait son genre ! Une élégante pendulette à colonnes aurait désiré voir l’Acropole, ma tante a organisé un voyage en Grèce avec sa dame de compagnie, la fidèle Maria. Une montre à gousset aurait demandé la Chine, elle l’a promenée dans le treizième arrondissement de Paris…
–  Mais celui qui m’a donné le plus de mal, c’est ce monumental réveil des années 60. J’ai cédé, parce que c’est mon préféré. Pour lui on a dû affronter, Maria et moi, le froid polaire et la neige dans un décor d’apocalypse. Personne ne voulait nous accompagner, nous nous sommes attelées à une carriole. Quelle aventure ! Il voulait voir une aurore boréale, tu comprends ?
– Et…Il l’a vue ? (J’ai le tort de ne pas réfréner un petit rire)
– Bien sûr, il en a eu un hoquet, le pauvre et il s’est définitivement arrêté à midi moins cinq, tu peux le constater.
J’ai sans doute l’air sceptique, elle se met en colère.
–  Tu veux une preuve ? Voilà !
Et elle me met sous les yeux cette photo.
Huguette

 

Dernier rêve

Mon médecin avait été formel : j’avais un cancer si avancé qu’il ne me restait que trois mois à vivre bien, tout au plus. Faites-vous plaisir, me dit-il. Profitez, réalisez vos rêves, voyagez…Mes rêves ? Je les avais tous plus ou moins réalisés, sauf un : arpenter seul le désert de Gobi en hiver. Cette étendue magique et hostile de Mongolie me fascinait depuis mon enfance quand mes parents m’avaient emmené voir une conférence de « connaissance du monde » dans le vieux cinéma de notre ville.
Chaque fois que ce projet s’était présenté, j’avais renoncé au dernier moment. Je m’étais trouvé des excuses : je venais de me marier, je venais d’avoir un enfant, d’obtenir une promotion…En réalité j’avais eu peur, peur d’y laisser la vie.
Maintenant, je ne risquais plus rien, n’est-ce pas ?
Le sel et la glace crissaient sous mes pas, le ciel bas et lourd « pesait comme un couvercle », les montagnes cernaient un paysage éblouissant, j’étais dans un rêve cotonneux, bienheureux comme un nouveau-né.
Je marchais, « les yeux fixés sur mes pensées », quand soudain, à mes pieds, le squelette à moitié enfoui dans la neige d’un grand animal sans doute vint me rappeler que cette nature était hostile et que je ferais bien de me hâter : la nuit tombait, aucun abri en vue…
Je levai alors les yeux : il était minuit moins cinq au monstrueux réveil posé sur la carriole qui barrait mon horizon et la mort, vieille femme informe et sans âge, m’attendait.
Huguette

 

Devant moi tu es posée, photo insolite qui m’inspire ce pays lointain que j’aimerais tant visiter, l’Alaska.
De noir et blanc tu es peinte en nuances très opposées à mes goûts colorés.
Le temps s’est arrêté un instant, il devait être minuit moins cinq ou midi moins cinq, je ne sais pas, je ne suis pas l’auteur de cette photo mais interpellée !
Sur le sol, du bois mort presque enseveli sous la neige, tandis que l’objet du temps arrêté trône sur un chariot de bois tels ceux des westerns, sans chevaux à sembler attendre je ne sais qui, je ne sais quoi mais assez indiscret par son imposante présence.
Sous le ciel envahi de cumulonimbus, une atmosphère lourde et pesante  fait fi de la grandeur des montagnes.
Près du chariot se tient quelque peu courbée, un foulard de laine cachant sa tête et ses épaules, habillée d’une robe noire uniforme et agrippant dans sa main gauche un grand bâton de bois qu’elle tient fermement comme pour ne pas tomber : La Faucheuse !!!!!
Celle qui décide de t’emmener de gré ou de force dans son domaine des Terres éternelles.
Ainsi se termine mon petit récit d’une photo insolite qui me fut présentée !
Brigitte

Le temps

Le temps sur cette terre nous est compté et même si parfois on croit l’oublier, le décompte se poursuit imperturbablement. Tic-tac, tic-tac…
L’ultime rendez-vous a lieu sur cette plage balayée par des vents catabatiques et des barbelés ensevelis sous le sable séparent les deux mondes.
La vieille femme avait été appelée par la pendule géante. Elle savait que lorsque l’aiguille atteindrait le douze, il lui faudrait se mettre en route.
Alors, lourdement courbée sur son bâton, elle savoura ce moment unique. Le seul de sa vie pendant lequel elle connaissait exactement le moment de son grand départ.
Mireille

 

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