Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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30 juillet, 2015

Atelier du 27 juillet 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:46

Devoir : Trouvez un objet insolite – ce peut être un caillou avec une forme spéciale, une vieille photo que vous aimez, un morceau de tissu… n’importe quoi -  donnez-lui un nom et inventez lui une histoire.

famill

Légende familiale

Mon arrière-grand-père était une force de la nature, un mastodonte, un mammouth, un ogre. Je ne l’ai pas connu bien sûr, mais vous pouvez me croire puisque c’est ce qui se transmet dans ma famille de génération en génération. Et puis j’ai une preuve, une vieille photo…
C’est lui, là, ce géant de presque deux mètres, dans les cent trente kilos, à ce qu’on disait.
Il faisait tout en excès : il ne mangeait pas, il dévorait, il ne criait pas, il tonitruait, il ne riait pas, il hennissait. Il aimait la bonne chère, mais aussi la bonne chair de toutes les jeunes filles et femmes qu’il rencontrait. Et il en rencontrait beaucoup, à ce qu’on disait… Car il avait mis sa stature et sa force à profit pour subvenir aux besoins de sa famille : il se produisait  sur des scènes, des tréteaux, des estrades, sous des appellations variées selon l’endroit : l’homme le plus fort du monde, le géant des Flandres, le monstre du Forez, le Casanova du Kamchaka… et il cassait des cailloux avec les mains, ou bien tirait une locomotive avec les dents, ou bien, vêtu d’une sorte de collant très suggestif, il hissait sur ses épaules  et sur sa tête trois jeunes filles effarouchées en même temps…
Celle que vous voyez à sa droite, c’est mon arrière-grand-mère Emeline : elle a l’air frêle et douce, mais ne vous y trompez pas, c’était une femme de caractère ! Elle avait beau adorer et admirer son géant de mari, elle était excédée par ses frasques… C’est qu’il semait à tout vent, mon arrière grand-père, ses attributs virils étant, parait-il, d’une taille qui impressionnait la gent féminine…
Elle avait eu avec lui ma grand-mère Mélina, la petite fille de la photo, qui est devenue elle aussi une femme peu ordinaire, mais ceci est une autre histoire, que je vous raconterai… un autre jour. Mais les mauvaises langues disaient qu’elle n’était pas la seule descendante du lascar…

Un jour, Emeline en eut assez, apparemment, allez savoir pourquoi ?

Elle décida de mettre fin aux égarements de Louis d’une manière expéditive et originale. Une nuit qu’il dormait et ronflait comme un soufflet de forge, elle se munit d’un lacet, celui que les braconniers utilisaient pour capturer les lièvres, elle en entoura délicatement les couilles de mon arrière grand-père et elle serra, plus laissa le temps faire son oeuvre…
Quand Louis se réveilla le lendemain, ses chers bijoux se détachèrent et tombèrent, momifiés ! Bien entendu, il devint fidèle malgré lui et le couple put vivre dans la paix jusqu’à la mort.
Mon arrière-grand-mère conserva pieusement les reliques, les transmit à Mélina, ma grand-mère, qui elle-même les confia à ma mère Nina, qui me les remit il y a quelques années, juste avant de rentrer en maison de retraite. Elle craignait sans doute qu’on ne les lui vole ou qu’une main maladroite ne les abîme en faisant le ménage…
Depuis elles trônent sur ma table de chevet, preuves indiscutables de la puissance des femmes de notre lignée. Quand je raconte leur histoire aux hommes qui fréquentent ma couche ils n’ont pas envie d’être infidèles, je vous l’assure (ou alors, le plus souvent, ils se sauvent en courant…).
Huguette

Et voilà "l'objet du délit".

Et voilà « l’objet du délit ».

… C’est parait-il une histoire vraie !!!!

vase

Le 29 mai  2008 nous célébrions, avec mon deuxième mari, nos dix ans de mariage. A la date précise de ce joyeux anniversaire nous séjournions dans la région bordelaise, si chère à mon coeur. Plus exactement au «Château Sentout » dans une magnifique bâtisse située dans l’Entre Deux Mer et aménagée en gîte par les propriétaires qui étaient , au fil du temps, devenus nos amis.
Ils avaient fouiné chez tous les antiquaires  de la région avant de dénicher un joli petit vase en étain. Ce métal étant supposé représenté le symbole de la décennie de notre vie de couple. Nous nous étions  extasiés devant la délicatesse du troubadour et de sa belle finement ciselés sur le petit vase. Je les félicitais pour ce choix judicieux. A mes yeux rien ne pouvait mieux représenter notre amour, que j’avais mis si longtemps à trouver et qui depuis me comblait. Je pensais déjà qu’il serait difficile de trouver un plus joli symbole pour célébrer nos onze ans de mariage et toutes les années qui suivraient.
Hélas, la question ne se posa jamais. Mon mari fut emporté par un anévrisme fulgurant dix jours avant le prochain anniversaire. Je vécus les semaines, les mois, l’année qui suivirent sa disparition dans un chaos total, complètement brisée. Puis le temps faisant son oeuvre, petit à petit, en grande partie grâce à la présence de ma famille , aux sourires de mes petits enfants, à la loyauté de quelques très bons amis, je refis lentement surface.
Il me fallut encore un peu plus de temps pour essayer de faire un tri dans nos souvenirs. Et puis un jour, en rangeant quelques affaires, je tombais par hasard sur le petit vase en étain. Je ne sais trop pourquoi je le regardais alors d’un air suspect et une énorme colère me submergea. Je ressentis comme une trahison. Lui que je considérais comme le symbole de l’Amour Eternel m’avait trahie. Il nous avait porté malheur. Comme il l’avait sans doute fait avec tous ceux qui l’avaient un jour tenu entre leurs mains. Je l’attrapai brusquement et le jetai dans un geste de rage au fond de la poubelle.
La nuit suivante je fis un rêve étrange dans lequel mon mari m’apparut pour la première fois depuis son grand départ. Il me souriait malicieusement et me tendait le petit vase en étain. Au petit matin je me réveillais apaisée et  joyeuse comme je ne l’avais pas été depuis longtemps.
Je m’empressai de sortir le petit vase des détritus. Il fallait que je lui trouve une place de choix. Depuis lors, il trône au-dessus de mon micro-onde. Comme un symbole du passé côtoyant le futur. Je l’observe chaque jour. Il me rappelle que j’ai eu la chance de connaître le véritable amour et que celui-ci ne meurt jamais. Chaque année j’y plante quelques brins de muguet qui y sèchent lentement pendant 365 jours, comme pour y conjurer un possible mauvais sort.
Françoise

p1

Un objet qui m’a toujours semblé bizarre, c’est bien la verge. Non pas celle qui servait à corriger les élèves indolents mais l’organe masculin. Personne ne peut imaginer ce qu’il ne connaît pas et c’est particulièrement le cas pour les organes sexuels. J’y ai pensé pendant le spectacle équestre de la très populaire fête du village à l’occasion de laquelle on présentait quelques acrobaties pour distraire les touristes accablés de chaleur.
Après quelques tours on fait entrer un petit étalon camarguais dans l’arène. Très nerveux, il arrive avec une verge plus longue que mon bras, qui bat au rythme de ses pas contre ses cuisses. Ouille, ça me fait mal pour lui qui s’en fiche et je m’imagine, petite fille regardant candidement ma mère : dis maman, il a quoi entre les jambes le petit cheval ? Car à cet âge, la gente chevaline ne se divise pas encore en étalon et jument.
Et j’imagine la gêne de ma pauvre mère, franchement, ils n’ont pas honte de présenter de tels spectacles à des enfants ? Car dans nos sociétés, tout ce qui touche au sexe, se pare d’une ombre de soufre, n’a t on pas nommé les nerfs qui innervent la zone pelvienne nerfs honteux, interne et externe !
Et pour en rester dans le domaine de l’anatomie, j’imagine les litres de sang dont il faut gorger les corps caverneux afin de durcir l’organe. Quelle poésie, les corps caverneux ! Me voilà au fond d’une caverne préhistorique. Des hommes aux bagayous tous plus avantageux les uns que les autres dansent au rythme sourd de tambours en peaux de mammouth laineux. Et les flammes oranges tordent les ombres noires des danseurs en autant de fantômes surgis du néant.
Mon esprit vagabond rebondit sur les questions de gonflage et j’entends le chpouiiic, pouiic laborieux du gonfleur du matelas de camping de mes copines Carol et Lulu. Je revois la moue embarrassée de Carol et l’histoire de notre camping à Ouano me revient comme une douce caresse.
Puis je passe aux subtilités de notre langue, si difficiles à saisir pour un étranger. Car un homme qui dit : passe la autour de la bite n’est pas un grossier personnage se livrant à des ébats douteux mais un simple marin qui amarre son bateau sur un quai. Dans ce domaine du langage, relevons toutefois la perversité de la Perfide Albion qui par deux mots d’orthographe bien distincte mais de prononciation subtile vous mène soit aux putes soit à la plage (bitch et beach). Combien de fois ai je dû aller aux putes ? Jusqu’à ce qu’une âme charitable m’explique la délicate nuance et que terrifiée par le risque inévitable de confusion, je me décide à bannir les plages anglosaxones de mon vocabulaire.
Mais le moment d’entrer en lice arrive pour notre petit camarguais et il remballe son matériel. Si vite que ça ressemble à un tour de magie, le lapin blanc qui disparaît dans le chapeau, pfuit, plus rien ! Le sang a fui les corps spongieux, encore un nom pas possible. Qui m’emporte vers les landes grises d’Ecosse. Le vent glacé mord mon kilt pendant que mes pieds s’extirpent laborieusement du sol spongieux avec un chuintement plaintif sur fond de cornemuse aigrelette. J’entre dans un pub enfumé qui sent la bière et le whisky ambré coule à flot dans de grands verres.
La verge se termine par le gland. En hommage au fruit du vénérable arbre sous lequel notre bon roi Saint Louis rendait la justice ? A ce fruit béni qui nourrit des générations de cochons de pauvres paysans ? Mais un gland est aussi un nul et un paresseux.
Ah mes amis ! Quel palpitant voyage autour d’un simple spectacle équestre dans un petit village…
Mimi

coeur

Cœur de pierre

 Il y avait longtemps que je l’avais perdu
C’était venu lentement, petit à petit
Je ne m’en étais pratiquement pas aperçu
Il avait peu à peu disparu de ma vie

 Et voici que je le retrouvais
Un peu comme un ami oublié
Je le reconnus à peine, tant il avait changé

 Il m’a dit : tu n’as pas pris soin de moi
Maintenant je ne peux plus rien pour toi.
Trop de souffrances et de galères
Ont fait de moi un cœur de pierre.
Fabienne

Atelier du 27 juillet 2015

La Lettre

 C’est un objet bien personnel puisqu’il porte mon nom en exergue comme sur une pièce de monnaie.  Il est banal car manufacturé à des milliers d’exemplaires, comporte des cases  non remplies. Il m’est parvenu sans timbre de l’autre côté de ce monde. Ce rectangle blanc est une enveloppe comme la peau d’un fruit exotique.
Cela fait plus d’une décennie que je n’ai pas reçu ce type d’objet. Les SMS, les tweet, les chirp, les courriels  et autres messages électroniques les ont remplacés, avantageusement comme il paraît, comme les réseaux l’ont déconstruit. C’est ainsi qu’il est devenu un objet insolite, pas anormal ni étrange mais inhabituel.

Je peux vous le montrer, vous pourrez le toucher mais vous ne l’ouvrirez pas. Car il contient un trésor que vous respectez : l’écriture.

Sur un papier quadrillé d’écolier sage une personne noble a dessiné des lettres, des mots et des phrases, a destiné sa pensée, son émotion et sa philosophie. Cet être humain n’est ni de mon genre, ni de mon âge, ni de ma couleur de peau, ni de ma tradition. Elle a su transmettre ce que son cœur lui disait et m’écrivait. Elle a fait sourdre la vie comme une source de bienfaits. Elle a mis sa pudeur à l’abri de la vérité comme on met un enfant dans sa maison. Elle a terminé sa missive  par ON T’AIME. Ce ON a traversé la terre de part en part et puis moi.  Il n’est pas impersonnel, il est généreux et fier.

Ce trésor est mien et je vous souhaite le même.
Bertrand

Exercice : écrire un fait divers en 3 lignes
But de l’exercice : apprendre à être précis et concis.


1/ Maman tomate traverse la rue avec ses deux enfants.
Dépêche-toi, dépêche toi, dit-elle à sa fille.
Une voiture passe : je t’avais bien dit de te dépêcher ketchup !
Bertrand

2/ L’avant de la voiture est embouti. L’empreinte d’un corps est nettement visible. Je l’aimais tant Monsieur l’Agent !
Bertrand

Photo LNC

Photo LNC

Le week end dernier, deux tribus de Voh se sont déchirées. Deux blessés graves, une maison en feu et un village en état de siège ont été le témoin de cette « guerre » d’adolescents qui a commencé on ne sait comment ni pourquoi.
Fabienne

 

23 juillet, 2015

Atelier du 20 juillet 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:51

Dernière séance à LA STATION pour  cet atelier.

Devoir : J’ai une chouette de vie, ou (en plus djeuns) JE KIFFE MA LIFE

kiffBlog-3-sur-3  P1050200J’ai une chouette de vie

 J’ai une chouette de vie, je n’ai aucun souci. J’ai tué mon voisin et mangé son chien. Ou peut-être l’inverse, je ne sais plus. Une voix me l’avait ordonné. Ils ont décidé qu’il fallait m’extraire de la société et ils m’ont enfermé. Depuis je suis libéré.
J’ai une chouette de vie, je n’ai aucun souci. Mes journées sont bien rythmées et ça me plait : petit-déjeuner, déjeuner, goûter, dîner. On me sert, je n’ai rien à faire. Depuis que j’ai agressé un autre enfermé, on m’a logé seul et ma vie a été simplifiée. Ma cellule est petite mais maman m’a apporté quelques objets pour me rassurer, et puis j’ai la télé. Quand je vois le monde dans ce carré, je suis bien content d’en être éloigné.
L’après-midi, parfois, je vais à l’atelier : je peins des yeux sur des poupées. C’est minutieux et je suis totalement absorbé jusqu’à l’heure du dîner. Je peux aussi me promener seul dans une sorte de carré bien délimité par des grillages élevés.  C’est une vie réglée qui me plait. Je n’ai plus aucune mauvaise pensée comme celle de tuer, je ne suis plus fatigué d’avoir à lutter contre des pulsions incontrôlées.
Vous voyez, j’ai une chouette de vie.

J’ai une chouette de vie, je n’ai aucun souci. La voix de Dieu m’a parlé. Il m’a demandé de le suivre et j’ai accepté. Depuis je suis enfermé dans une petite cellule d’un prieuré. Je suis libéré. Le monde que je vois parfois à la télé m’a toujours effrayé.
J’ai une chouette de vie, je n’ai aucun souci. Mes journées sont bien rythmées et ça me plait : prière, petit déjeuner, prière, messe, déjeuner, prière, goûter, prière, dîner, prière et coucher. L’après-midi parfois je vais à l’atelier, je fabrique des poupées. C’est minutieux et je suis totalement absorbé. Je peux aussi me promener dans les jardins du prieuré. Dans la grande cour carrée entourée de colonnes je marche seul sans parler. Je n’ai aucune pensée, ça sert à ça de méditer.
Vous voyez, j’ai une chouette de vie.
Huguette

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Il faisait du stop sur le bord de la route. Un gosse, à l’allure efflanquée d’un chien errant, un gros sac sur le dos.
Je me suis arrêtée, comme je m’arrête toujours dans ces cas-là. Il s’est penché et m’a demandé si j’allais à la Belle Vie. J’y allais pas mais j’ai dit oui. Il est monté. Je lui ai demandé d’où il venait comme ça. Il m’a répondu de Koumac. Il était parti dans la nuit, à deux heures et avait eu le temps de faire l’aller-retour. Pour y déposer cinquante CV. Pourquoi Koumac ? Parce que, peut-être c’est plus facile. Mais ça ne l’était pas.
Il fallait absolument qu’il trouve du travail. Pour lui, sa copine, ses gosses… Des gosses ? Déjà ? Enfin ses gosses à venir : sa copine était enceinte de jumeaux et allait accoucher dans quatre mois. Son père à elle venait de les mettre à la porte. Ils n’avaient nulle part où aller… Et rien à manger.
Alors ce pauvre gosse a commencé à me raconter sa vie. Pire que du Zola ! Un père absent, une mère alcoolique, une enfance pourrie dans un trou de banlieue. Et puis l’éclaircie, un espoir de bonheur, vite rattrapé par l’horreur. Nouméa, la rencontre avec sa copine, abusée depuis son enfance par un salaud de père. Et la galère, la grossesse, la faim, la rue, la faim, la faim… Une lutte dérisoire et si inégale.
La faim, oui, tous les jours, surtout quand ils distribuaient leur CV dans les restaurants, aux heures des repas, devant l’air repu des clients difficiles qui chipotent dans leur assiette. Moi, Madame, de leurs restes, j’en aurais fait un festin.
Mais il existe des aides quand même, des services, enfin je sais pas, des gens qui s’occupent de ces choses.
Oui, on a droit à des tickets d’alimentation. Mille francs chacun… par mois. Il y a des jours où j’en ai tellement marre que j’ai envie de me faire sauter le caisson. Mais je peux pas, à cause de mes gosses…. Il faut que je m’occupe de ma femme aussi. Elle a tellement faim qu’elle a fait un malaise hier. Si ça continue, elle va y rester. Je me disais que si j’étais à sa place, il y a longtemps que je me l’aurais fait sauter le caisson… Mais je lui ai pas dit.
On arrivait à la Belle Vie. Vous n’iriez pas jusqu’à Dumbéa par hasard. Désolée mon grand, je vais voir mon fils qui habite à côté. J’étais mal à l’aise car je ne savais pas quoi faire. J’avais surtout envie d’être loin de là. Alors, lâchement, je l’ai laissé sur le bord de la route. Je n’avais même pas de l’argent à lui donner. Mais il a dit que ça ce n’était pas grave, que je l’avais écouté et c’est tout ce qu’il demandait. Vous savez, il ne me reste que la parole, alors je parle, mais je demande rien.
J’ai fait comme si j’allais voir mon fils et j’ai tourné à droite. Sa silhouette squelettique a disparu dans le rétroviseur et je me suis mise à pleurer.
Et là j’ai réfléchi à ma vie… Je me suis dit que j’avais beaucoup de chance, j’avais un travail, un toit sur la tête, une voiture, un frigo plein. Je pouvais faire ce que je voulais, du moment que c’était « raisonnable » et surtout quand je voulais. Cette liberté, c’est ça le vrai bonheur, je me suis dit. Et puis, j’ai deux fils formidables, des amis exceptionnels, même si j’en ai peu, avec qui je passe des moments inoubliables. Bien sûr, j’ai eu des malheurs, des galères, des coups durs et je m’en suis toujours relevée, pas sans dommage, bien sûr. Maintenant, je profite du calme de ma vie. J’en aime tous les moments : au travail, je souris. Quand je promène Zahia, je souris. Quand je fais les courses, je souris. Et le soir, quand je me glisse dans mes draps frais, ma chienne lovée près de moi, je souris de bonheur !

Les gens se plaignent sans cesse, pointant du doigt ce qu’ils n’ont pas… Ils oublient de compter TOUT ce qu’ils ont et souvent, c’est beaucoup, c’est primordial.
Fabienne

images

J’ai une chouette de vie. La chouette est un oiseau de malheur qui finit crucifié sur les portes des pestiférés.  Je n’ai donc jamais bien compris cette expression des anciens jeunes. Quant à l’expression des nouveaux jeunes, c’est kif-kif. Je préfère : « E bella la mia vita, molto bella ».
Je suis accablé de malheur, sombre et pitoyable.
Alors j’imagine :
L’antonyme du malheur cela ne marche pas, qu’il soit brillant, avantageux, considérable, important, fortuné, faste, réussi et « génial ». Tous ces adjectifs, pour être ambivalents, sonnent comme cloche à vache fêlée. Ils chantent la prospérité bedonnante du quotidien des faux nez, des faux rires, des faux derches, du photoshop. Ils charrient l’aventure quelconque de nos plaisirs trop tôt, trop mal connus. Transe du rien, ils sapent notre âme.
Alors j’imagine :
L’enfant Yanomami qui n’a jamais chassé de son visage ces mouches noires. Ces damnées simulies voraces de son sang pourtant si pauvre. Ce sang qui nourrira le cycle reproducteur du ver opale volvulus pendant des décennies. Bientôt le visage de sa mère se floutera de nacre. Le coquillage de ses paupières va se fermer sur ce monde qu’il connaît et qu’il ne verra plus. Il ne regardera pas sa peau de léopard, ses muscles atrophiés, ses pustules infectées. Il suivra longtemps à la queue leu leu ses frères de la forêt amazonienne, main serrée sur le bâton témoin qu’il ne doit pas lâcher. C’est la cécité du fleuve, ce joli nom de l’onchocercose.
Alors j’imagine :
Elle a quinze ans et fuit en hâte vers l’arrière de l’autobus qui vient de quitter son itinéraire habituel. Ce soir le conducteur doit encore être shooté au bhang. Vers le fond, il y a un espace libre où trois vieilles femmes assises fixent les vitres embuées. La peur la fouaille mais il y a pire. Qu’elle se débatte ou non, elle sait que toute sa vie de femme est perdue avant que d’avoir débuté ; La honte est déjà sur sa famille ; elle est donnée à un sans caste, un intouchable ; elle ne saura pas qui sont les pères de sa nuée d’enfants. Cette douleur perçante et répétée à l’infini sera toute sa vie.
Alors j’imagine :
Le bois flotté sur la « mare nostrum » est du bois d’ébène. Un demi-siècle après « coke en stock » ce sont les mêmes marchandises que l’on transbahute dans ces cargos du dernier voyage cher payé. Ces carcasses d’acier s’autodétruiront près des côtes si Poséidon le leur permet. Allah, as-tu besoin de ces dollars, de ces armes de mort, de ces têtes tranchées ? Où situer le cœur du pays chrétien : Berlin, Paris, Londres… villes grasses d’algorithmes boursiers ? Qui écoute François de Rome ? Europe, terre large, savais-tu que tes fils seraient les juges de l’enfer ? Eaque te punira par ses myrmidons.
Alors j’imagine :
Nos forêts Nutella, nos continents détritus, nos réseaux sur ondes courtes cancérogènes, nos robots médecins, nos ayatollahs de l’instant présent. Et qui et quoi et quand ? Seul le pourquoi a une réponse. NOUS.
Alors le vieil homme hume la fleur de jasmin et perd l’inspiration.
Pour continuer de vivre car la vie triomphe, ces paroles de SAADI :
« Le tumultueux torrent qui descend des montagnes va se perdre dans les ravins. Mais la plus modeste goutte de rosée est aspirée par le soleil qui l’élève jusqu’aux étoiles ».
Bertrand

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« J’ai une chouette de vie »…
Quand je repense à ses enfants Kossovars, durant l’hiver 1998, fuyant les rues, de crainte de prendre une balle perdue, ou de servir de cible pour une quelconque roquette.
Ces mêmes enfants qui se retrouvaient sans famille, dans le froid, seuls et sans abris pour se rassurer.
« J’ai une chouette de vie »…
Quand  je repense à ses enfants Ivoiriens, grandissant dans un pays totalement instable, où la guerre et la famine pouvaient frapper à tout moment.
Ces enfants qui encore aujourd’hui meurent de faim.
« J’ai une chouette de vie »…
Quand je repense à ses enfants des cités de banlieues, vivant à l’écart et dans la pauvreté.
Ces mêmes enfants qui ne connaîtront jamais la joie des vacances, en dehors du béton et de la violence qui les environnent.
« J’ai une chouette de vie »…
Quand j’allume ma télévision, et que je découvre qu’une épidémie d’Ebola, est en train de disséminer des populations entières en Afrique ou, que les Talibans assassinent des familles entières par convictions religieuses extrèmistes.
Alors, j’éteinds mon petit écran et allume ma radio, et là, le triste récit reprend, un pays d’Europe entièrement ruiné économiquement, un tremblement de terre meurtrier en Asie, et j’en passe…
Oui !!! « je kiffe ma vie »…
C’est pas tout les jours tout rose, mais au moins je ne vis pas dans un pays ravagé par la guerre.
Je peux me lever tous les matins dans un bon lit confortable, reposé et en forme pour entamer ma journée de travail, qui en premier lieu me passionne, et de plus, me permet d’avoir toujours à manger dans mon assiette.
Je vis libre et heureux sur une ïle paradisiaque du Pacifique, avec mes amis et mes proches, lieu et vie de rêve pour tant d’autres…
J-Man

La Beauté du Monde.

Juillet 2015, 20 heures à Nouméa. L’île la plus proche du Paradis. La nuit enveloppe la ville.
L’Alizé s’est retiré. Devant moi un palmier figé dans les lueurs diffuses des logis éclairés, me fixe étrangement.
Plus loin des phares forment un cortège incessant, une danse citadine. C’est la procession des retours au foyer.
Calme et mélancolie m’envahissent. L’absence de l’absent est véritable et cruelle.
Je suis projetée huit années en arrière, un soir d’avril 2008, 20 heures. Je roule vers la morgue, hébétée par l’annonce de ta fin terrestre. J’en ai vomi. Je gravis la pente qui me conduit vers toi. Un gardien m’accueille, étonné de cette visite tardive. Un livret de famille, un passeport et quelques mots suffisent à expliquer ma présence : un adieu, un simple adieu à mon bourreau, à mon mari.
Moi la victime assumée d’un pervers narcissique pendant quinze ans.
Il comprend, me comprend. Il sort du bureau. Les minutes s’écoulent, interminables.
Tout est silencieux. Thanatos est à l’oeuvre.
Il revient. Je le suis. Nous suivons un couloir sombre. La peinture écaillée ne laisse pas de place à la Beauté. Je suis hors du temps. C’est un cauchemar ! Des cafards s’ébattent dans ce décor morbide. Nous débouchons dans une salle. L’éclairage est violent et hostile. Je suis saisie d’effroi. Un casier  frigorifique est ouvert. Un drap blanc recouvre un cadavre. La gardien découvre alors ton visage.
Exposition mortuaire ! J’étouffe, je chancelle. Mon psychisme refuse cette perte. Je pose ma main sur tes lèvres glacées par la Mort. Sur ton menton, un rasage trop coupant a laissé une traînée rouge.
Je te parle, je monologue. Es-tu dans la barque de Charon ? Ton âme erre t-elle dans les cercles de l’Enfer? Où es-tu?
Le gardien est en retrait, témoin de notre dernier rendez-vous.
Il doit y avoir une fin, une fin tangible. Je t’embrasse, ultime caresse. Je m’éloigne avec la mesure de ta fin. Adieu mon Amour ! Le drapeau blanc de l’éternité est devant toi. Je suis dans la beauté du monde.
Lili Karen
1/ Exercice : Ecrire une chanson sur une musique de Julien et son groupe, avec 4 mots obligatoires = Liberté – solitude – rêve – terre

Refrain

Je rêve je rêve de liberté
De liberté sur cette terre

……..

Sur ce chemin il y a l’amour,
La tolérance et le respect
Mais ici bas, la solitude
Et tous ces mots vidés de sens

Refrain

Plus de conflit et plus de guerre
Seule l’harmonie domine le monde
Nous sommes tous égaux en droit
Et libérés de toute chaîne

 Refrain

 Amitié et solidarité
Je veux y croire et vous prier
Je rêve je rêve de liberté
De liberté sur cette terre.
Lili Karen

I
Pour le respect, la liberté
Combien d’atrocités commises
Combien de peuples exploités
Et combien de femmes soumises

Refrain
Partout sur terre,
On opprime et on tue
Assez de se taire,
On n’en peut plus !

II
Et cette gangrène, la solitude
Qui gagne toutes les latitudes
On vit seul, on meurt seul, toujours
Y a plus d’espoir et plus d’amour

III
Et pourquoi ne pas faire un rêve
Où tous les hommes de la terre
Feraient enfin une trêve
Et finiraient de se taire
Fabienne

 

REFRAIN
Hier j’ai fumé
Ma liberté
Rêve éveillé
Je veux la paix

Sur cette terre de solitude
Je marche amer, sans certitude

Mon père est mort, ma mère bourrée
Foutue famille, tu m’as niqué

Toi sans pitié tu m’as floué
Amour gâché j’en ai crevé

J’ai pas de tune, j’ai plus d’amour
Je tiens debout par habitude
Huguette

 

J’ai hurlé
Pour les libertés
J’ai crié
Pour ne pas renoncer

Tu as rêvé
De solitude
Tu as plongé
Sans certitude

On devra vivre
Sur cette terre
Pour encourager
Tous les minoritaires
Marie Pierre

Calédonie terre de liberté
Tu es notre fierté
Rien ne vaut le Reggae
Pour clamer ta beauté

Ce rêve de communion
Chaque jour nous le chantons
Tous unis filles et garçons
Comme un seul corps nous dansons

Calédonie terre de liberté
Tu es notre fierté
Rien ne vaut le Reggae
Pour clamer ta beauté

Plus de solitude sur notre caillou
Reggae accompagne nous
Au bout de nos rêves les plus fous
Un monde sans courroux

Calédonie terre de liberté
Tu es notre fierté
Rien ne vaut le Reggae
Pour clamer ta beauté
Françoise

 

2/ Faire un tautogramme avec la lettre M

Un tautogramme est une phrase où tous les mots commencent par la même lettre.

Même Marie ment, merde,
Même ma mère ment, merde,
Même mes mains mordent,
Même mon malheur meurt,
Marie-moi mutine Mélodie.
Bertrand

Même ma Marie mutile ma merveilleuse mallette mauve.
Même ma mère maugrée malgré moi, me ment.
Même ma maison maudite me maltraite, me menant machinalement, méchamment , mélancoliquement.
Lili Karen

Marc mange ma mandarine moisie mais meurt maintenant, moche, minable, morveux.
Fabienne

9 juillet, 2015

Atelier du 6 juillet 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:33

2ème atelier d’écriture à la Station
© Photos Delphine Mayeur

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Exercice 1 : Une  photo de Vivian MAIER

V. MAIER

Elle


Tous les dimanches après-midis, Elle arpente l’artère principale de la ville. Les habitants du quartier la connaissent, et plus personne n’y prête attention. Sa tenue est toujours la même : un tablier imprimé sur une longue jupe à carreaux, et un gilet quand le temps est frais. Elle porte un chapeau de paille rond un peu trop petit pour elle qui lui donne l’air d’une petite fille qui aurait grandi trop vite.
Son rituel est immuable : dès qu’un inconnu approche, Elle l’attrape par le bras. Il s’arrête poliment, s’attendant à ce qu’Elle lui pose une question du genre : « Bonjour Monsieur, excusez-moi de vous déranger. Je cherche le bloc 6, à l’angle de la 3ème et de la 5ème rue ».
Mais Elle ne lui pose aucune question. Elle le regarde fixement, sans cesser de l’agripper, et tout à coup, sans crier gare, Elle se met à l’enlacer et à l’entraîner dans une valse hésitante et maladroite.
Interloqué et confus, le passant a bien du mal à de dégager de cette éteinte inattendue. Il parvient à la repousser et hâte le pas pour s’éloigner de cette folle qui ne le poursuit même pas.
Jusqu’à la tombée du jour, le même manège se reproduit. Elle valse, valse, sans dire un mot, s’accrochant une minute par ci, une minute par là, à des passants désorientés.
Aujourd’hui, Elle a croisé la route de Bob, le policier municipal que les commerçants, excédés par tout ce cirque qui risque de faire fuir la clientèle, ont décidé d’appeler.
Bob la connaît bien : elle pourrait être sa mère, et elle lui fait de la peine. Mais il est en service, et les consignes sont strictes : il doit faire régner l’ordre sur la voie publique.
« Madame, ça suffit. » Il la stoppe dans son élan en serrant très fort ses mains dans les siennes.
Leurs regards plongent l’un dans l’autre. Elle ferme les yeux.
Arrêt sur image : Vivian Maier les a surpris dans cette posture et a appuyé sur le déclencheur.
Mais l’attention de la photographe est soudain détournée  par le petit garçon dont elle est la nourrice : il veut traverser la route. Vivian Maier le rattrape et le gronde gentiment.
Pendant cette minute de distraction, un couple improbable s’est formé : Bob, agrippé comme un naufragé à sa bouée de sauvetage, s’est laissé entraîner par Elle dans une petite valse, devant les commerçants et les passants médusés.
Ce jour-là fut le seul moment de bonheur pour Elle.
Le dimanche suivant, bousculée par un passant excédé, Elle a trébuché et glissé sous les roues du tramway.
Clap de fin.
Marie-Pierre Beaulier

 

- Calmez-vous, Madame, supplie l’agent d’une voix désespérée. Cette grosse mégère l’exaspère et il ne sait comment s’en débarrasser.
- Monsieur l’agent, il faut me croire ! Je vous jure que je les ai vus !
- Mais Madame, s’il fallait arrêter tous les gens louches qui vont dans des motels, les prisons déborderaient !
- Je vous dis que ceux-là sont de grands bandits. La preuve, ils n’ont rien mis dans le parcmètre.
- Mes collègues s’en chargeront. Laissez-moi continuer ma ronde…
L’agent finit par se libérer. La mégère rentre chez elle et la voiture qui n’avait pas payé le parcmètre disparait.
Quand la bombe souffla le quartier, on ne sut jamais si la mégère avait vraiment repéré les terroristes. Mais l’agent O’Reilly en fut tourmenté jusqu’à la fin de ses jours.
Mireille

Histoire d’humour

I

Quand elle sort de l’hôtel sur la cinquième av’nue
Dans son grand tablier qui lui tombe jusqu’aux g’noux
Les biftons elle les planque dans sa poche kangourou
Y avait pas grand monde mais quand elle l’aperçoit
Dans son bel uniforme l’œil en coin l’homme de foi
On s’est mis à crier : « Au voleur ! Au voleur ! »
Aussitôt il accourt sur l’trottoir hors d’haleine
Pouvait pas la manquer : l’avait son bonnet d’laine
Et ses énormes miches qui reniflaient pas l’beurre.

REFRAIN

A qui sont ces billets
C’est les miens ! C’est les miens !
A qui t’les as piqués?
Mâme Machin, c’est pas bien !
C’est pas d’ma faute à moi
Si je n’ai pas le sou
Mon mec s’est fait la malle
Dit qu’y m’aime plus du tout

II

Faut dire que j’le comprends lui répond le loustic
Vous êtes bien insolent, rétorqua l’as de pique
Méritez une mandale ! Je sais pas c’qui m’retient !
Sans doute mes p’tites menottes… Ca vous donnera du chien !
Elle s’mit à aboyer quand passaient les clients
Qui lors se demandaient pourquoi cette femme-enfant
Dans les jardins publics courait en trottinant rattraper la baballe
Que lui lançait taquin, de l’Armée du Salut, le bel américain

REFRAIN

Gardez donc les biftons
C’est vrai c’sont pas les miens
J’veux m’casser d’ici
Mes petits y z’ont faim
Plus un os à rogner
J’en n’ai pas les moyens
Même si j’suis touche-à-tout
Je veux plus faire l’toutou

III

Elle s’en est retournée sur la grande avenue
Dans son vieux tablier et son pull dépoilu
Elle l’avait remercié de l’avoir détachée
Aussitôt aboyé qu’on ne l’y r’prendrait plus
Et s’est mise à chanter c’est alors qu’il a plu
Sur le pavé mouillé sa pantoufle a glissé
Ses petits l’attendaient l’ventre creux dans la cour
Elle est jamais rev’nue de cette histoire… d’humour.

REFRAIN (bis)

C’est l’histoire imbécile
De la pauvre Cécile
Qu’était v’nue d’Istanbul
Avec son vieux maboule
Des States faire la conquête
Elle en avait rêvé… mais
Quand on fait cent kilos
C’est plutôt… l’cachalot !
@Aline MORI, Nouméa, le 06 / 07 /15

La Rue par Vivian MAÏER.

Dans les années cinquante à Brooklin la rue quotidienne peut être tranquille et simple, encore. C’est le champ de vision du Rolleiflex.
J’aime les couples assortis.
L’homme en uniforme est jeune, mince, sur de l’autorité conférée par l’uniforme à boutons dorés. Son éducation citoyenne lui donne cette stature exemplaire et cette bonhomie que l’âge accentuera. Il a du être scout pour montrer cet esprit de corps et du corps.
La femme est plus âgée, aurait pu être sa mère mais ne l’est pas. Pas de souci d’élégance chez cette femme qui n’a peur ni honte de rien. Elle en a vus d’autres, des cops. S’il la regarde de haut elle aussi a les yeux mi-clos, mi confiance, mi défiance.
Personne dans ce quartier n’est surpris de la scène de rue. Il n’a pas sorti les menottes. Ce sont ses mains sur ses poignets qui font la force sa conviction.
- Mam, tu traverseras sur le zebra la prochaine fois.
- Pour sûr, fiston.

Une autre époque. Le temps du réel.
Bertrand

atelier
Vro

Exercice 2 : « J’ai un problème »
Contraintes : Madame Pignol, une jeune Australienne, un cellier

J’avais trois trousseaux de clés, ça j’en suis certaine ! J’en ai donné un à ma voisine Madame Pignol, pour qu’elle vienne arroser mes plantes lors de mes absences. Le deuxième, je l’ai remis à la jeune australienne que j’héberge en ce moment pour qu’elle puisse aller et venir à sa guise. Et là en ce moment, elle est à l’école.
Où est donc passé ce foutu troisième trousseau ? Comment sortir de chez moi pour aller à l’atelier d’écriture, puisque je ne vais pas pouvoir refermer à clé derrière moi ? Je me décide à appeler Madame Pignol : personne ! Son voisin ? Il m’apprend qu’elle est partie en vacances chez sa fille. Impossible de récupérer mon trousseau. Tant pis, je vais partir en laissant ma porte ouverte.
A l’atelier on m’appelle au téléphone : ma pensionnaire la jeune australienne m’annonce qu’elle est à l’aéroport : elle doit regagner Sydney  en urgence car sa mère a eu un accident. Malheureusement, dans son affolement elle a gardé avec elle mes clés, qui sont donc actuellement à bord d’un Boeing…
Je comprends brusquement mon malheur : je suis à la porte de chez moi et à plus de 20heures, impossible de faire venir un serrurier…
Mon désarroi est à son comble.
Je me souviens alors que j’ai dans ma voiture la clé de mon cellier : c’est là que je dormirai ce soir, entre le vélo de mon ex-mari, les valises et les cartons de décorations de Noël.
En arrivant en bas de mon immeuble, je jette machinalement un regard à ma terrasse : elle est allumée ! Je vois des silhouettes qui dansent : apparemment on donne une fête là-haut !
Furieuse, je monte et je tambourine à ma porte, je tambourine… On m’ouvre :
–       Bonsoir madame, oui, on fait un peu de bruit excusez-nous.
–       Mais non ! J’habite ici, vous êtes chez moi !
–       Ah ! Ah ! Elle est bien bonne !

On me claque la porte au nez . Un bruit affreux, qui me réveille : OUF ! C’était un cauchemar !
Huguette

 

- J’ai un problème de clef, soupira Jean épuisé, les traits tirés.
- Ecoutez, depuis le temps qu’on l’a mise au frais dans le cellier avec toutes ces araignées, la petite Australienne crachera certainement le morceau. Je vais lui tirer les vers du nez, moi !
- Impossible ! Cette sorcière de voisine, vous savez la Pignol et son manche à balai… Elle vous enverra en enfer avant que vous puissiez approcher !
- Mais Chef, si nous ne trouvons pas la clef, jamais nous ne pourrons casser le code et décrypter le message !
Jean soupira. En trente ans de services secrets, il ne s’était jamais trouvé dans une telle situation. Fallait-il tuer la Pignol au nom de la défense nationale, pour arracher la clef du code à la jeune Australienne ?
Mireille

Devoir : un sandwich

moustik

Elle restait attentive à tout. Changer de situation régulièrement. Elle avait déjà fait quatre villes : Rarotonga (Iles Cook), Apia (Samoa), Suva (Fiji) et enfin Port-Vila. A chaque fois, elle avait été durement traquée et ne s’en était sortie que grâce à son instinct de survie super développé. A son endurance aussi… et à sa ruse. Mais partout, elle avait pu effectuer son œuvre de destruction et de mort.
Elle devait être toujours vigilante, les sens aux aguets, prête à fondre sur ses proies.
Maintenant, elle arrivait sur La Nouvelle-Calédonie. Elle avait déjà l’eau à la bouche de tout ce festin qui l’attendait. Elle était heureuse de trouver tous ces endroits humides où elle pourrait nicher.
Elle était de moins en moins sensible aux pesticides et se croyait invincible.
Et quand notre Aedes Aegypti arriva chez Mémé Germaine, elle ne savait pas que sur le caillou, les vieux ne comptaient pas que sur les pesticides, qu’ils avaient une arme secrète : la tapette. Et il était déjà trop tard quand, derrière elle, elle éprouva alors une sensation étrange. La sensation d’une présence.
(texte mis au féminin pour les besoins du texte car seules les femelles piquent !)
Fabienne

moche

Il restait attentif à tout. Changer de situation régulièrement. Il avait déjà fait quatre villes. Ne jamais aller à l’hôtel, dormir dans sa voiture, sur des parkings, devant des supermarchés, au bord des routes, ne pas laisser de traces. Vivre de peu et accepter n’importe quel petit boulot : serveur, plongeur, cueilleur, ouvrier de chantier…C’est qu’il s’agissait de sa propre survie, il ne fallait rien laisser au hasard. C’était épuisant, il était déjà à bout, après un mois de fuite éperdue. Et ça ne semblait pas vouloir finir…
Cette femme était une folle, il en avait eu le pressentiment, mais juste un peu trop tard ! Il l’avait rencontrée dans une boîte de nuit, c’est elle qui était venue à lui. Elle ne lui plaisait pas, non, mais il était un peu bourré, elle était aguicheuse et gaie, alors il s’était laissé faire…Il faut dire aussi qu’il  n’avait aucun succès auprès des femmes, avec sa gueule ! Alors pour une fois qu’on s’intéressait à lui…Elle avait su y faire, elle l’avait fait parler, l’avait écouté, ils avaient dansé, bu, surtout lui, ri, surtout elle, et enfin il l’avait ramenée chez lui et ils avaient fait l’amour…
Bon, pas terrible, pas de quoi s’engager pour une vie entière, même pas pour une nuit de plus, s’était-il dit. Mais apparemment, ce n’était pas son avis à elle. Le lendemain, dégrisé, il la trouva vulgaire, laide, et il se dit qu’il allait la congédier vite fait. Mais elle ne manifestait pas le désir de rentrer chez elle et quand il le lui suggéra, elle se mit en colère et lui dit que non, elle n’avait pas de chez elle, elle était avec lui maintenant, voilà tout. C’est une blague ? Non, c’est pas une blague, je suis bien avec toi, mon chéri, je reste ! Et elle lui fit des mines et des avances qui le dégoutèrent, mais la chair est faible, il succomba encore… Il devait partir au boulot, elle resta dans l’appartement. A son retour, elle était affalée devant la télé, elle n’avait rien fait, je t’ai attendu lui dit-elle, on va au resto ? Il n’y a rien à manger.
Il tenta de la déloger manu militari, elle se mit à piailler puis à beugler à ameuter tous les voisins, il renonça. La vie continua ainsi, comme un jeu du chat et de la souris : il essayait de la faire partir, toujours en vain, elle déjouait toutes ses ruses. Un jour, il se dit qu’il allait la perdre loin dans la nature et proposa une promenade. Ils allèrent en montagne. Comme elle était peu sportive, il eut vite fait de la distancer, revint en courant à sa voiture et repartit, soulagé : enfin libre ! Il avait réussi !
Mais le lendemain, en rentrant du boulot, elle était là ! Un petit sourire aux lèvres : raté ! Elle avait fait refaire sa clé pendant ses absences, pas folle la guêpe, il aurait dû s’en douter… Mais elle était folle de rage et le lui fit payer.
C’est à ce moment qu’il décida de partir. Une nuit, alors qu’elle dormait, il prépara un bagage léger, prit son chéquier, sa carte bleue, son passeport au cas où, et s’enfuit. Il se disait qu’une fois seule et sans ressources, elle chercherait un autre pigeon et quitterait les lieux, forcément.
Dans la première ville où il s’arrêta, il chercha du travail, s’installa dans une petite pension de famille et crut que sa vie allait recommencer. Mais au bout de quelques jours, il aperçut sa silhouette au coin de sa rue : elle l’avait retrouvé ! Comment c’était possible ? Affolé, il reprit ses affaires et sa fuite.
Partout où il alla ensuite, il la vit, et partout il la fuit.
Sa cavale n’en finissait pas, de plus en plus seul, il se méfiait de tout et de tous. Elle était partout.
Il finit par se réfugier dans une grotte. Sous terre, elle ne viendrait pas le hanter. Il s’endormit recru de fatigue et de stress.
Au réveil, le lendemain, il était tout endolori et brûlant de fièvre.
Il éprouva alors une sensation étrange. La sensation d’une présence.
Huguette

 afga

Il restait attentif à tout. Changeait de situation régulièrement. Il avait déjà fait quatre villes… toutes, et ce à son grand désespoir, dévoilaient ce même paysage de désolation. Parmi les ruines, traduisant la violence des récents affrontements, nulle âme ne vivait encore.
Il y a deux jours à peine, Le caporal HINS, de la première compagnie de combat du 13ème régiment de parachutistes, actuellement localisé au Nord de Kaboul, dans une base de l’OTAN, partait en patrouille véhiculée avec cinq de ses camarades.
La route d’asphalte qu’ils empruntèrent, entièrement recouverte de terre poussièreuse, était très sinueuse dans ces montagnes escarpées d’Afganisthan.
Le petit groupe d’éclaireurs, avait pour mission de remonter plus au nord et reconnaître un secteur encore sous contrôle Taliban.
Le choc futt extrèmement brutal, et expédia la voiture dans les airs pour finir sa course cinquante mètres plus bas, dans le ravin.
La mine anti-char dissimulée sous quelques centimètres de terre, ne fit qu’une bouchée du véhicule et de ses occupants.
Par chance, le Caporal HINS, qui se trouvait dans la tourelle haute, mitraillette en main, fut éjecté lors de l’explosion.
Seul survivant de cette tragédie, sans acune connaissance des lieux où il se situait, il lui fallut quelques instant pour se ressaisir, et opter pour la meilleure tactique lui permettant de regagner son camp, sain et sauf.
Il avait roulé durant pratiquement 48 heures, et se retrouvait maintenant seul, à pied et complètement égaré en zone ennemie.
La meilleure stratégie était de quitter la route, sûrement fréquentée par des combattants adverses, et de tracer chemin vers le sud le plus discrètement possible.
Il n’avait qu’à se repérer avec le soleil et les étoiles, comme on lui avait enseigné durant ces longues semaines de préparation.
Surtout, limiter les déplacements en plein jour, et le plus souvent à couvert, pour avancer plus aisément de nuit.
il estimait rejoindre, à ce rythme, sa position initiale dans moins de cinq jours, et plus rapidement encore, s’il tombait sur une ville et y trouvait de l’aide.

Epuisé, affâmé et assoifé après trois jours et deux nuits de progression difficile, sans provisions ni eau, dans ce désert rocheux et ses quelques villes dévastées, c’est à bout de force qu’il s’écroula derrière un muret, s’accordant ainsi quelques instants pour se reposeril éprouva alors une sensation étrange. La sensation d’une présence.
J-Man

 montresor

Il restait attentif à tout. Changer de situation régulièrement.  Il avait déjà fait quatre villes. Pas plus d’une semaine dans chacune. Dans des motels en périphérie, pour pouvoir garer la 404 grise à l’arrière, hors  de vue depuis la route. Certes elle n’attirait pas l’attention et il était sûr qu’elle ne le trahirait pas, à peine 100 000 kms au compteur. Un léger cliquetis à l’accélération mais il suffisait d’enfoncer progressivement la pédale. Son oncle l’avait bichonnée mais il était mort depuis six mois et la Peugeot n’avait pas roulé depuis l’enterrement. Il y avait assisté de loin, sous la pluie, prévenu par la tante qui était maintenant sa seule famille. Six mois plus tard il était venu prendre ce qu’il considérait comme sa part d’héritage, cette bagnole qu’il avait conduite gamin. Le tonton avait même prévu un jerrican d’essence plein. Cet après-midi là, personne ne l’avait vu rejoindre la nationale après le long parcours en forêt et les deux gués sur la Mélise. Il y a vingt ans, il y pêchait la grenouille au chiffon rouge, avec le tonton. A aucun moment, pendant tout ce temps, le vieux  chnoque n’avait pensé à lui. D’ailleurs le notaire ne l’avait pas appelé ou n’avait pas pu le joindre.  La première nuit il avait roulé sans autre arrêt que pour faire le plein. Il avait alors entamé cette longue diagonale depuis le Jura jusqu’aux Pyrénées orientales. Quatre étapes sordides à raser les murs. Quatre semaines sans faim ni soif, sans désir. A ruminer sa méfiance et sa solitude. Il avait fallu se concentrer sur son état de passe-muraille silencieux. Ne pas donner l’éveil, ne provoquer aucun incident. Comme un caméléon sur le sable, montrer un quotidien incolore, inodore, insipide. Surtout  donner l’illusion de ne pas fuir, de se hâter lentement. Le VRP qui n’a rien à vendre. Il ne prenait jamais de dessert, seulement un café, jamais d’alcool non plus, pour ne pas parler, trop parler. Les serveuses, les femmes de chambre, les caissières, pas touche, juste le rictus de civilité. Ses vêtements commençaient à être défraîchis et son change épuisé. Il ferait laver tout cela plus tard, pourvu qu’il ne sente pas le bouc.

Il était content d’être arrivé en cinquième semaine, celle où habituellement on gagne le gros lot. Par recoupements, en particulier lors de grandes promenades en circuit fermé, il avait eu la certitude de ne pas être suivi. Sa valise métallique n’avait pas été ouverte ni dérangée. Il y mettait toujours ses affaires dans un ordre identique, même salies. Pas d’empreinte anormale sur la 404, pas de traces de pas suspectes autour.

C’était le dernier jour, la dernière étape de son critérium solitaire à étapes, de sa course de fond au ralenti.  Il avait franchi le petit col de l’Espérance,  dépassé de trois kilomètres le minuscule village de Montrésor. La route en terre menait vers la falaise de Lorgnemagot, lieu-dit du Coffiot. Il avait garé sa caisse sous les pins. La petite grotte profonde était bien ici, l’entrée bien dégagée. Il lui fallait aller tout au fond, jusqu’à l’anfractuosité dans la roche humide, là. Dix ans déjà qu’il avait réussi son casse. Il était à présent sûr que personne n’avait pénétré son secret.  En plus il avait appris que ces hurluberlus d’écolos avaient fait réintroduite l’ours dans la région.
Mais subitement, il éprouva une sensation étrange. La sensation d’une présence.
Bertrand

Il restait attentif à tout. Changeait de situation régulièrement. Il avait déjà fait quatre villes.
Depuis qu’il s’était inscrit sur le site Darling.fr, sa vie avait viré au cauchemar.
Tout avait pourtant très bien commencé il y a environ près de deux ans. Il venait à l’époque de divorcer et se sentait libre comme l’air et avide de profiter des nouvelles aventures sentimentales que lui offraient de nombreux sites de rencontres.
Après plusieurs essais infructueux il était tombé sur Mélissa ; une jolie brune de 35 ans, célibataire, sans enfant, hôtesse de l’air, résidant comme lui à Montpellier. En un mot « la perle rare ». Leur bonne entente fut très vite évidente et ils décidèrent de se rencontrer dans un petit restaurant de la région où ils passèrent une délicieuse soirée. Mélissa semblait être une femme épanouie qui, de toute évidence, aimait jouir de tous les plaisirs que lui offrait la vie.
Il avait bien sûr remarqué son grand attrait pour le sexe et il s’était alors considéré comme béni des Dieux, son ex femme n’étant à l’inverse pas du tout portée sur la bagatelle. Les premières semaines les assauts tumultueux de Mélissa le flattèrent. Elle avait toujours envie de lui et pouvait le réveiller plusieurs fois dans la même nuit ; sans parler des matins où il fallait à nouveau lui prouver sa fougue avant de partir au travail.
Heureusement, il pouvait se reposer lorsqu’elle partait trois ou quatre jours en vols long courrier. Mais ses retours étaient exténuants. Elle était en réel manque et le vidait de toute son énergie. Au bout de quelques mois il fut littéralement épuisé, lessivé, pompé !!!! Son anatomie commençait à montrer des signes de faiblesse, d’usure et de rébellion. « Popaul » ne voulait plus honorer la dame aussi souvent qu’elle l’exigeait.
Mélissa commença alors à s’énerver, à l’insulter, lui faisant d’horribles scènes de jalousie devant ses amis. Parfois même, de graves esclandres sur son lieu de travail où elle venait l’attendre, exigeant qu’il la saute dans l’ascenseur ou dans le parking.
Un jour, à bout de nerf et d’épuisement, il décida de disparaître sans prévenir. Il quitta alors son appartement, son travail et résilia même son abonnement internet. Rien n’y fit. Telle une pieuvre, Mélissa réussit à le retrouver. Il déménagea dans quatre villes différentes en moins de six mois. Mais toujours elle était là, menaçante et assoiffée de sexe.
Cette fois-ci elle ne le retrouverait pas. Les doigts de pieds en éventail il sirotait un cocktail au bord de la piscine du Méridien à Nouméa. Il était allé démarré sa  nouvelle vie au bout du monde et dans ce décors de rêve Il se sentait libre et léger. Débarrassé à tout jamais de cette nympho de Mélissa.
Il éprouva alors une sensation étrange….. La sensation d’une présence.
Françoise

Il restait attentif à tout, changeait de situation régulièrement. Il avait déjà fait quatre villes.
Le monde s’offrait à lui. Ce sentiment ineffable de liberté, ce goût exquis du pèlerin de la vie, comme il en avait dessiné les contours dans sa cellule infâme  tout au long de ces dix années.
Il avait courbé l’échine. Le système carcéral l’avait piétiné, broyé, fait perdre toute foi en l’humanité.
Il avait sombré, chuté vers des abysses intérieurs insondables.
Sept mois qu’il en était sorti. Le soleil brûlait sa peau. Il retrouvait les gestes, les mots du désir de vivre, du désir de l’Autre.
Mais la peur ne l’avait pas abandonné, elle lui collait à l’âme. C’était viscéral, une seconde peau.
Elle l’habitait et il l’habitait.
Aucun signe extérieur ne trahissait cet effroi presque quotidien.
Vigile au Musée du Bardo depuis une semaine, il était fasciné par le buste d’Aphrodite. Un marbre rongé par la mer et pourtant d’une beauté émouvante.
Ce matin là il se tenait devant elle.
Il éprouva alors une sensation étrange. La sensation d’une présence.
Karen

 serial
Il restait attentif à tout. Changer de situation régulièrement. Il avait déjà fait quatre villes. Il se débrouillait pour toujours arriver aux heures de pointe par un train tellement bondé qu’il était inutile de se tenir ; les corps étaient coincés les uns contre les autres dans les vieilles odeurs de sueur et de fatigue résignée.
Il descendait à l’hôtel le plus proche et s’y terrait toute la nuit. Ce matin, en sortant prudemment, il huma doucement l’air glacé et adressa une supplique silencieuse au ciel lourdement chargé de nuages noirs. Que cette fuite cesse enfin !
Seulement six mois plus tôt, il était un jeune homme tout à fait normal, menant une joyeuse vie, normale. Beau gosse jouant de ses fossettes et du regard malicieux de ses yeux noisette, il attirait une bande de joyeux drilles qui écumaient boîtes de nuits et restaurants branchés. Maintenant, il refusait tout contact pour préserver au maximum son anonymat et vivait dans une solitude effroyable.
Il soupira. Inutile de revenir sur le passé ! Les mains dans les poches, un grand bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, il erra sans but dans les rues inconnues. Il se réchauffa d’un bol de soupe fumante dans la salle obscure d’un estaminet minable. Demain il chercherait un logement et un travail. Pour l’instant, il prenait ses repères. Tous les détails comptaient car il se résignait à devoir fuir à nouveau.
Alors sa grande mémoire enregistrait tous les horaires de trains et bus de toutes les gares de la ville. Quand viendrait l’heure, il saurait où courir. Fourbu, il rentra lentement vers l’hôtel lugubre. Une pluie froide transperçait ses vêtements. N’y tenant plus, il se jeta dans la gueule éclairée d’un bar et commanda un whisky. Au bout du cinquième, son voisin savait tout de sa mésaventure.
-       C’t’une tigresse c’te femme ! Te courir après, partout, sans jamais te lâcher ! Et ce couteau qu’elle veut te planter dans le cœur, tu dis qu’il fait 30 cm de long ? Ben mon pote !

Le regard perdu dans son verre vide, le barbu médita longuement cette histoire incroyable et commanda une nouvelle tournée. Des histoires d’amour qui finissent mal, il en connaissait des tas mais là c’était le pompom !
Fred se réchauffait lentement en regardant ses vêtements fumer. La douce torpeur du whisky et la compassion de son ami d’un soir lui insufflaient une force nouvelle. Il se sentait en sécurité ici. Et s’étonnait toujours qu’on cru avec autant de facilité son histoire folle. A force d’en peaufiner les détails, il finissait d’ailleurs par y croire.
Un esprit plus critique se demanderait comment Fred pouvait décrire avec autant de précision, ce couteau qu’il n’aurait que très fugacement aperçu. Et une personne rationnelle le sommerait de solliciter l’aide de la police.
Au seul énoncé de ce mot, Fred bondit en pâlissant. Ses lèvres craquelées se crispèrent, découvrant de petites dents dont la cruauté détonnait dans ce visage poupon. Ben oui, ce couteau il le connaîssait bien puisqu’il ne quittait jamais la poche de son pardessus. Fred était soudainement devenu tueur en série et fuiyait à chacun de ses meurtres. Aucune femme abandonnée ne le pourchassait, c’est lui qui les assassinait et il ne craignait que la police. Il ne comprennait pas ce qui lui arrivait mais il y prenait de plus en plus de plaisir.
Sauf ce soir. Dans ce bar crasseux, le remord s’insinua en lui. Les images de ses victimes toquèrent à la porte de sa conscience. Au septième verre, il se sentit bizarre.
Il éprouva alors une sensation étrange. La sensation d’une présence.
Mireille

1 juillet, 2015

Atelier du 29 juin 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:24

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Exercice : A « La Station », 10 rue d’Ypres
© Photos Delphine Mayeur

Ecrire sur les oeuvres d’Aline Mori et de Natho.

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Les cétacés se sont amarrés jusqu’au dernier.
L’océan a le mal de mer.
Il a vomi ses enfants sur nos quais.

Le monde du silence ne parlera plus.

Emplastifieur de père en fils,
Emplastifieuse de mère en fille.
Héritage d’un métier naturel
Dans un monde synthétique.

En cette fin de XXIème siècle,
Le dimanche sans famille,
On collectionne sur la jetée
Les créatures du reflus.
Dépouilles bourrées de plastiques,
Que l’on s’empresse d’exposer sur gémerdé.com.
Vro

Aux grands absents de cette magnifique exposition

 

J’ai mal au ventre. Tout ballonné. J’ai pas faim, mon estomac est plein mais je ne cesse de maigrir. Ma fidèle compagne est morte dans d’atroces souffrances. Les mêmes symptômes… Tous nos petits sont morts et maintenant je suis seul sur l’île.
En  l’an 2000, nous étions 12 000 joyeux couples tout occupés à élever nos gros poussins duveteux en nous chamaillant bruyamment. Aujourd’hui le vent pleure sur la plage déserte que pilonne la houle du large.
Ils sont tous morts et je m’apprête à les rejoindre. Nous pêchions adroitement de petits céphalopodes translucides et des poissons que nous engloutissions après un plongeon fulgurant. Maintenant nous n’avalons plus que du plastique.
Certains d’entre nous ont difficilement appris à éviter les capsules et les gros morceaux qui ressemblent à des méduses. Mais la décomposition du plastique libère des microbilles qui ne disparaissent jamais et sont invisibles. Alors, plus de place pour la nourriture et des souffrances épouvantables.
De toute façon, que pourrions-nous pêcher d’autre dans ces océans lugubres ? Mort du corail, urbanisation des mangroves, pollution des eaux et surpêche ont transformé la mer nourricière, le creuset de la vie, en un immense aquarium vide.
Alors je vais mourir par la main de l’homme. Mais ma mort signifiera la sienne. Ce n’est pas une vengeance, je n’en tire aucune joie et j’aurais préféré vivre. Et eux aussi finalement. Quel dommage qu’ils soient si bêtes !
Mireille

 

Chronique d’une mort programmée

Le déclin inéluctable.
La vie comme un feu qui s’éteint.
Tel ce mur décrépi, qui n’en finit pas de s’écailler, de se fissurer, de se déformer sous les assauts du temps.
Comme le trait d’union entre naissance et mort. Un minuscule tiret insignifiant dans l’espace temps de l’univers. Une nano seconde de vie d’homme, si courte mais pourtant tellement exubérente !

« Tous ces êtres qui courent vers leur destin, petits ou grands » A.Bashung.

Le logiciel est établi – Programme lancé, jusqu’à son exécution totale : l’extinction de toutes vies : éradication !
L’homme en détruisant son espace vital, s’autodétruit…
Mais, tout logiciel beugue ! Une faille dans le système ! Un virus bienveillant : une fois n’est pas coutume ! Un sursaut, une fierté rebelle, une étincelle pour ne pas sombrer.
Toutes les civilisations, aussi florissantes qu’elles furent, ont connu le déclin avant de disparaitre. Mais la vie, toujours à rejailli, plus fortement, plus intense, plus diversifiée, plus généreuse.
Dans ce combat, le rôle de chaque être vivant est primordial et cette exposition en est un principe : informer, communiquer…
Les cellules de nos corps ont déjà amorcé la mutation, pour s’adapter, toujours s’adapter, depuis la nuit des temps.
Le matériel laissera place au spirituel : état sans limite, incommensurable, inépuisable…
C’est le challenge de notre devenir.
Laurent

station8

Le tableau bleu, NATHO.

Gésis-je.
Hésiter sur chaque mode, sur chaque temps, sur chaque orthographe. Regretter chaque lettre.
Perdre tout appui, tout mouvement, tout allant, gisant.
Gisant mais pas fini. Certes microcéphale, le sexe en berne, la vulve grise, lait noir du mamelon déplacé, les pieds devant.
Gisant mais dans le bleu, pas dans le noir, pas dans le rouge, pas surexposé.
Gisant sans regard, planche d’insalut.
Gisant aux bras ouverts. Pas à vous, ni à vous, encore moins à vous. Ouverts à ce temps arrêté, à cette seconde première.
Gisant parmi ce fluide immobile où le ciel se confond et se devine pourtant.

J’exige

Dernière STATION d’un chemin de croix. Pierre qui roule, un archange passe. C’est la vraie fête de la bière !
Bertrand

2100. Toute la planète Terre est à l’agonie. Le climat se réchauffe, entrainant des catastrophes naturelles d’une ampleur incroyable : tsunamis, tremblements de terre, tempêtes gigantesques. Les hommes meurent mais ça, ce n’est pas très grave, il y en a tellement, partout… Et puis toutes les espèces aussi. Et ça, c’est bien plus inquiétant !

2100. Toute la planète Terre est à l’agonie…
Toute ? Non ! Une petite ile du Pacifique appelée Nouvelle-Calédonie résiste contre vents et marées à cet envahisseur d’une nouvelle ère : l’anéantissement du monde par le « trop tout » : trop de monde, trop de pesticides, trop de consommation d’énergie, trop de consommation tout court aussi…
Dès que la nouvelle s’est répandue, tous les grands magnats ont voulu venir rejoindre les Nouz’autes, habitants de la Caldochie. Mais tous  les grands paquebots ont été minés, tous les grands yachts ont été coulés…
AUCUN ENVAHISSEUR de masse ne devait toucher cette terre préservée. Alors les hommes, qui ne manquent jamais d’imagination dans les pires des cas, ont décidé d’accoster sur nos rivages préservés. Il y en a qui sont venus en pirogues, comme s’ils voulaient faire croire qu’ils fonctionnaient encore à l’énergie éolienne. D’autres ont chevauché des bois flottants. D’autres encore arrivaient, nus et épuisés, à la nage. On en même pu en voir un qui marchait sur l’eau, pour faire, genre :  » je suis le nouveau Messie ».
Mais le Gouvernement des Nouz’aut fut intraitable, aucun de ces réfugiés ne devait accoster car ils étaient tous porteurs d’un virus appelé « PROFIT ».  Aucun ne devait même franchir la « Barrière de corail », notre frontière naturelle. Alors tous les habitants de cette petite île qui, avant ce drame se faisaient tous la guerre et ne se parlaient pas d’un village à un autre, unirent leurs forces face à l’ennemi commun : l’INVASION !!
Les eaux territoriales se mirent à regorger de viande fraiche et du coup, les requins à l’agonie, unirent leurs forces à celles des autochtones pour nettoyer le lagon. Ils se mirent à proliférer et l’espèce fut sauvée. Ne mangeant plus les autres espèces, celles-ci aussi se mirent à croitre de façon exponentielle… Du coup, les eaux du lagon furent trop petites pour contenir toute cette faune qui se mit à déborder en Australie, au départ, puis beaucoup plus loin.

Un jour, sur un continent lointain, un poisson se mit à sortir de l’eau… Et l’histoire de l’humanité recommença…

Finalement, la planète était sauvée !!! Mais il devint impossible désormais de se baigner dans les eaux du lagon encerclant la Nouvelle Calédonie sans que les requins, très friands de viande humaine, ne vous attaquent. Que voulez vous, il faut savoir faire quelques concessions quand on veut sauver une planète !!
Fabienne

Exercice : La bière d’ici !

En hommage à la bière de la station, brassée sur place !

La bière d’ici a un gout d’artiste
La bière d’ici nous met tous en piste
Elle est rousse, fraiche et corsée
Et nous aide à faire des textes sensés
Sur la fin du monde et les espèces menacées
Des baleines, des tortues et des crustacés
La bière d’ici n’est pas une petite bière
Elle nous met l’âme et le cœur en colère
Pour défendre ce merveilleux monde.
Et maintenant, faut gouter la blonde !
Fabienne

Vro

Devoir : Trouver une origine « originale »

A l’expression : « Avoir un nom à coucher dehors ».

Un nom à coucher dehors
(variante de « un nom accouché dehors »
qui est la véritable orthographe, comme chacun sait)

J’ai un nom à coucher dehors. Pourtant celles (oui, j’ai décidé de ne m’adresser qu’aux femmes, puisque la deuxième partie de l’humanité semble ignorer mon existence, mais ceci est une autre histoire…) qui le connaissent s’en étonnent, puisqu’aujourd’hui cela signifie un nom imprononçable comme par exemple Bijaczyk, tandis que le mien se prononce facilement, merci). Je vais donc leur expliquer pourquoi.
Dans les temps anciens les noms de famille n’existaient pas. Dieu lui-même n’avait pas pensé à appeler Adam et Eve Machin ou Truc et les hommes, suivant son Divin exemple, avaient tout bonnement continué à donner à leurs enfants un seul prénom. Bien entendu cela créa vite des confusions embarrassantes dans la vie quotidienne. Quand une mère furieuse criait  : Jean ! Pour appeler son fils récalcitrant, des dizaines de Jean accouraient (ou s’enfuyaient dans toutes les directions…). Quand un époux gueulait : Marie ! Ma soupe ! Des dizaines de Marie se sentaient concernées (et répondaient invariablement : « va te faire voir, feignasse !) et quand une femme écrivait un tendre : Pierre, je t’aime ! des dizaines, (voire plus) d’hommes répondaient : « Moi aussi »…
Il fallait trouver une solution. Entre parenthèse, soit Dieu avait volontairement voulu créer un énorme foutoir, ce qui fait douter de sa bonté divine, soit il avait été bien imprévoyant, il n’avait pas imaginé que ses créatures se reproduiraient de façon exponentielle, ce qui fait douter de son intelligence, voire de son existence, mais je m’égare. Revenons à nos moutons.
C’est donc à l’intelligence humaine que revint le boulot d’accoucher des noms de famille. Comme l’espèce est d’esprit plutôt simple (vous noterez que je n’ai pas dit simple d’esprit…) et binaire, elle n’imagina que deux catégories : il y eut des noms accouchés dedans et des noms accouchés dehors.
Personnellement je connais un monsieur Chaise et une madame Escalier, voilà pour les noms accouchés dedans. Je connais aussi un monsieur Sapin, Desjardins, une madame Rivière, Forêt, Lupin et une madame Montagne, moi, voilà pourquoi j’ai un nom accouché dehors. Et si vous ne vous reconnaissez pas dans ce classement, demandez à quelqu’un d’autre !
Huguette

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Le comte Swarzksky s’en venait du pays des consonnes, comprenez les froides et lointaines contrées de l’est, en mission diplomatique  pour le roi de France. Son escorte chamarrée portait pourpoint bleu ciel rehaussé de rayures pourpres, de boutons et d’épaulettes dorés. Les étendards claquaient au vent et les hérauts annonçaient fièrement son arrivée en soufflant dans de longues trompes d’argent dès qu’ils approchaient d’un village.
Les cris des enfants se taisaient, les paysans se figeaient et les commères en perdaient leur langue pour regarder défiler ce convoi féérique dont on parlerait pendant des années lors des veillées hivernales.
En ce temps là, la DDE en était à ses balbutiements et voyager était une aventure pleine d’imprévus et fort inconfortable. L’importance de la mission du comte se mesure donc à l’aulne du kilométrage parcouru.
Et voilà que pendant la traversée de l’épaisse forêt de Montcuq dans le Lot, notre convoi fut pris dans un violent orage. Le carrosse s’embourba.
Le soleil revenu, le comte profita de cette halte forcée pour se dégourdir les jambes et masser son popotin tant malmené. Et d’une voix cinglante, il entreprit de couvrir de conseils inutiles, les malheureux qui luttaient pour dégager les roues.
La chose s’avérait ardue. L’on glissait et s’étalait de tout son long dans la glaise grasse. L’on poussait vainement avec de grands « han » et des « hue » à l’adresse des chevaux épuisés, bref ça n’en finissait pas et le comte s’impatientait. D’autant que la nuit tombait. Et chacun sait qu’il faut absolument éviter de se trouver la nuit en pleine forêt, livré aux brigands, sorcières et autres bêtes féroces.
Furieux contre ses gens, il fit seller son cheval et piqua des deux vers l’excellente Auberge du Bon Repos, cotée 2 étoiles sur son Guide Michelin. Las, un petit lapin blanc déboula d’un fourré, le cheval fit un écart désespéré pour l’éviter et notre fougueux cavalier s’écrasa dans la gadoue avec un splash visqueux. Il ne retrouva jamais le cheval affolé. Et, couvert de boue, il arriva à pied, les vêtements en lambeaux, la perruques de travers, plus pouilleux que le dernier des manants.
Quand l’aubergiste découvrit cet homme hagard, se prétendant nanti d’une lourde bourse que son intendant ne manquerait pas d’apporter, il ne s’en laissa point compter. Comte Swar… machin, tu parles ! Quarante ans que je tiens cette auberge et je sais reconnaître les malandrins qui veulent se payer une chambre et un bonne soupe sur mon dos ! Intraitable, il le jeta dehors.
Le comte passa une nuit solitaire à grelotter dans un fossé et connut pour la première fois de sa vie les affres de la faim. Le lendemain, ils purent enfin repartir mais le comte ne se remit jamais de cette horrible nuit. Il mourut d’une fluxion de poitrine dans les bras du roi de France.
Sur l’échafaud, le malheureux aubergiste tenta une dernière fois de se justifier :
- Il avait un nom à coucher dehors !
L’affaire fit grand bruit dans tout le royaume de France et cette phrase devint une expression courante dont on oublia rapidement l’origine tragique ; deux morts tout de même ! C’est tout l’intérêt de cet exercice.
Mireille

Durant le Moyen-âge, l’étendue d’un royaume se répartissait en plusieurs domaines dits seigneriaux.
Sur ces terres que le roi leur attribuait, les seigneurs détenaient le pouvoir et l’autorité absolue.
De par ce fait, le peuple y résidant leur devait respect, allégeance et obéissance, jusqu’à devoir leur offrir gite et couvert pour la nuit, lorsqu’ils quittaient leurs chateaux, durant les longues expéditions aux portes de leurs frontières.
Il en était de même en dehors de leurs territoires ; justifiant leurs statuts par les sceaux ou les emblèmes de leurs lignées ou alors par les noms des familles auxquelles ils étaient rattachés, les royaumes voisins ou alliés dans lesquels ils se rendaient, ne pouvaient leur refuser l’accès au château et se devait de leur délivrer des appartements durant leur séjour.
Tout autre personne ne pouvant justifier de son rang au travers de son nom, se voyait refuser systèmatiquement ces avantages, et, par conséquent, trouvait refuge en d’autres lieux : une étable ou une grange pour les plus chanceux, à l’extérieur, en pleine nature pour les autres.
De ce principe, est née l’expression  »avoir un nom à coucher dehors ».
J-Man

Le jeune Monsieur TERRIEUR était un charmant troubadour très en vogue à son époque. Il allait de ville en ville, régalant châtelains et châtelaines de ses compositions raffinées.
Tout allait pour le mieux jusqu’au jour où il rencontra la belle Eléonore. Elle était la jeune épouse du Comte d’Anjou. Lorsqu’il aperçut pour la première fois ses yeux bleus pervenches, sa longue chevelure aux reflets dorés, sa taille élancée et ses seins voluptueux, il en tomba raide amoureux. Tous ses textes et chansons, bien que toujours discrets et mystérieux, n’évoquaient plus que sa beauté. Elle était devenue son obsession, sa raison de vivre.
La belle Eléonore n’était pas indifférente à ses hommages, au grand dam du comte d’Anjou qui devint très vite jaloux et soupçonneux.
TERRIEUR aurait dû faire preuve de la plus grande prudence. Mais son amour était trop fort et il ne pouvait plus se passer de la proximité de sa belle. A tel point qu’il en arriva à dormir dehors au pied de sa fenêtre, été comme hiver, presque tous les soirs. Jusqu’au jour où le comte d’Anjou, devenu la risée des villageois, décida de le faire enfermer dans la prison du donjon.
C’est ainsi que disparut le jeune troubadour. Personne n’en entendit plus jamais parler. Mais son nom lui permis de rester célèbre, bien plus que ses poèmes et chansons à textes.
J’ai en effet omis de vous préciser son prénom : Il s’appelait Alexandre mais ses proches le surnommaient « ALEX » et comme Alex Terrieur passait toutes ses nuits à la belle étoile pour être près de la belle Eléonore, les gens du coin parlaient de lui en disant qu’il avait un nom à coucher dehors.
Françoise

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Je me présente : ARDIPITHECUS Ramidis. On me dit homininé et certes je ne suis pas très grand même pour mon âge, quatre millions d’années. Quatre pieds c’est déjà bien pour un quadrumane. Mon prénom est Ramidis pas rasibus. Cela veut dire racine, prenez-en de la graine. Mon taxon est à mi-chemin entre les simiens et vous, cela laisse peu d’espace On me dit aussi pas tout à fait erectus mais je voudrais vous y voir vous, dehors, la nuit sur les hauts plateaux désertiques du rift !
On est assez loin de la dernière glaciation mais quand même. A ce sujet j’ai horreur du mammouth congelé. Un ou deux siècles ça va, mais trois ou quatre cela change complètement le goût. La viande ressemble alors à celle de mon grand-oncle Toumaï. Si, le Tchadensis, vous connaissez certainement.  A trente deux ans il courrait encore assez vite. Ma femme se prénomme Radabba. C’est curieux parce que justement elle n’aime pas trop ça, le radabba. C’est ainsi que je dors à la belle étoile, au frais, poils au nez. Et transi… Je ne peux même pas faire un feu, je sais pas…. Faudra faire une guerre pour ça…
Ah la vue est belle : le troisième  volcan à gauche vient d’en péter une, magnifique ! Cela me donne des idées. Eh oui, je ronfle, je crache, je pète et je me touche les orteils, j’ai aucun mal. Oui, je suis un mec moderne. C’est peut-être pour ça que je découche. Je nous avais préparé un nid douillet avec plusieurs brassées d’herbe à rhino, c’est comme l’herbe à bison mais moins fort. En plus , vous voyez. elle me provoque. Elle se déplace la plupart du temps à quatre pattes, doggy style.  Les perspectives sont évidentes. Eh ben pas pour elle ! J’ai gardé le fémur de Toumaï, je ne sais pas ce qui me retient. Un début d’humanité, peut-être…
Donc elle dort seule dans la caverne, l’amour platonique quoi ! Quand je pense à sa cousine Lucy… Elle en a fait mydriaser plus d’un celle là, mémoire de scarabées. Je ne peux pas y toucher. Elle est très fragile et son père veut pas. Il dit qu’on pourrait la casser en mille morceaux et qu’on mettrait un temps fou à la reconstituer. Enfin, il me reste les étoiles. Ah, j’ai oublié de vous donner mon nom entier : Ardipithecus Ramidis Haïlésélassiensis. Vous ne vous en souviendrez jamais, je vais vous l’écrire au fond de la grotte, ça fera rupestre. Appelez moi Hardi c’est plus simple, le type qui couche dehors.
Bertrand

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Dans la famille Anatidés, il y avait sept enfants : Coin-Coin 1, Coin-Coin 2, Coin-Coin 3, Coin-Coin 4, Coin-Coin 5, Coin-Coin 6 et… Cocorico
Tout le monde s’étonnait de ce prénom si peu commun chez les canards et les rumeurs allaient bon train dans la basse-cour.
Le père Anatidé avait-il fêter plus que de raison l’arrivée de son petit dernier qu’au moment de le déclarer à l’état civil, il ne put que l’appeler du nom de son ennemi juré, ce grand coq prétentieux  ? Ou bien la mère Anadité avait-elle eu une aventure aussi brève que passionné avec ce roi de la basse-cour ? Nul ne sut jamais l’origine de ce prénom aussi saugrenu.
Toujours est-il que chaque soir, on entendait les parents Anatidés appeler leur progéniture pour aller se coucher : Coin-Coin 1, Coin-Coin 2, Coin-Coin 3, Coin-Coin 4, Coin-Coin 5, Coin-Coin 6…
Mais jamais le père ni la mère ne prononcèrent le prénom de leur petit dernier qui fut condamné à coucher dehors tous les soirs.
Fabienne

 

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