Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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25 juin, 2015

Atelier du 22 juin 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:30

Devoir : 4 mots extraordinaires

  Nécronomicon – anatidé – coruscant – métromane

Le but de l’exercice étant d’écrire un ou des textes en fonction de la sonorité ou de ce que ça vous évoque sans en connaître le sens !!!
NB : si vosu voulez connaître la VRAIE définition, recherchez sur internet !!!

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Anna ti dé quoi ? articule, j’comprends rien. Allez gicle, le chrono n’est mi con ni pété et on est à la bourre. J’m’en ouf. T’es qu’une espèce de métromane, une vraie Zor de base et tu nous casses les coruscants avec ton timing.
T’a craqué ton string ou quoi ?
Nouméa juin 2015 :  Conversation entre jeunes devant la porte du collège où j’attends ma petite fille. J’ai rien capté et j’ai comme l’impression d’appartenir au monde des dinosaures. Et pourtant je m’accroche. Au secours « Apple », il va falloir que je télécharge l’application : « décoder le langage de vos ados ».
Françoise
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Le soleil n’était pas encore couché sur cette étendue désertique ; les nuances enflammées de ce ciel saharien, se confondaient tel un reflet, sur le sable gorgé du sang versé lors de la dernière bataille.
C’est d’un pas fier, le regard déterminé, se distinguant par leur allure imposante, que les Anatidés, ces guerriers de Ménès, le Pharaon fondateur, vouant un culte tout particulier à la déesse Anat, déesse guerrière de la mythologie Egyptienne, regagnaient leur point de raliement,  ancré au sommet des dunes dominant l’horizon.
D’ici, Ménès avait établi son camp afin de savourer au mieux le spectacle que venait de lui offrir son armée triomphante.

On entendait déjà tambouriner les Métromanes sur leurs percusions, véritables métronomes humains, ces hommes battaient la mesure sur des rythmes effrénés, accompagnant le chant traditionnel du Coruscant, sorte de chaman qui, en état de transe, avait le pouvoir de communiquer avec le monde des esprits, rendant ainsi hommage aux dieux, tout en  relatant les éloges de ces valeureux soldats.
A l’instar du Necronomicon des temps modernes (cet appareil inventé par un ingénieur soviétique durant la guerre froide, rendant la communication possible avec l’au-delà), c’est au travers de ces chants ancestraux que ce peuple entrait en contact avec le monde des esprits, notamment avec la déesse Anat, afin de la remercier de s’être battue à leur côté, leur donnant ainsi la force, le courage et le dévouement  nécessaire pour terrasser leurs enemis.
J-Man

Joinville de Bernard Berger

Joinville de Bernard Berger

Sylvestre Nécronomicon était un « Métro man », autant dire un « zoreille » débarqué fraîchement en Nouvelle Calédonie.
A l’entendre, il savait tout, il avait tout vu et même touché la prime, sauf que ça, il le disait pas !
Il connaissait tout ce que nous, pauvres petits iliens, si éloignés de « Mère Patrie » ne connaissions pas.
Il nous toisait toujours de son air si méprisant et nous prenait tous pour des anatidés.
Alors un jour, Bébert a décidé de l’amener à la pêche au crabe, histoire de voir comment ce coruscant personnage se débrouillerait. Toute la tribu en riait d’avance.


2/ Ecrire sur « Le cri » (E.
Munch) un texte plutôt drôle

 le cri

–  Oh my god ! Ma perruque s’est envolée ! On va voir que je suis un zombie…
–  Aïe Aïe Aïe ! Ouille ! Ces couleurs hideuses d’un coucher de soleil coruscant me vrillent le tympan !
–  Et Marcel, tu viens ? On va baigner la mer ?
–  Quelle horreur ! Cette marée noire a bousillé toute la côte !
Charmante promenade au coucher du soleil sur la promenade des Anglais, nonobstant les cris des mouettes qui m’étrillent les oreilles…
Huguette

« Analyse comique de la toile le Cri de Munch »

Dans une société où tout tourne autour du « paraître », il est impératif pour l’Homme de prendre conscience, qu’en cela ne réside pas la qualité nécessaire à son développement.
En effet, avec cette tronche, autant faire le pitre que de se lamenter ou encore se cacher éternellement.
Après tout, nous ne sommes pas responsables de la tête que l’on a, mais bien de la tête que l’on fait…
J-Man

Après être sortie de la clinique où l’on avait retiré mes pansements, j’étais allée prendre un café au bar de la plage. J’avais alors croisé dans un miroir un visage de momie, de cadavre, un désastre… une horreur. Je n’avais plus de ride mais ne ressemblais plus à rien.
Mon lifting était complètement raté. Déjà que tous mes cheveux étaient tombés lorsque Georges m’avait quitté. Et puis une copine m’avait donné le nom du célèbre chirurgien esthétique le Dr X……. Vu le résultat, je ne donnerai pas son nom car il ne mérite aucune publicité. J’aurais d’ailleurs dû me méfier, c’est lui qui avait refait la bouche en canard WC d’Emmanuelle Béart.
Je m’étais alors enfuie du café en hurlant. Je courai à présent le long de la berge en me tenant la tête des deux mains. La mer était noire, ma robe était noire…. On aurait dit Edith Piaf sans cheveux interprétant son succès « Mon Dieu ». Moi qui voulais ressembler à Monica Bellucci, c’était vraiment raté.
C’est sû … Georges ne reviendrait pas.
Françoise

Amélie a donné rendez-vous à Joseph, son amant, à 17 heures précises, sur la promenade du bord de mer, pour profiter du coucher de soleil romantique.
Elle est en avance, pour une fois, et elle aperçoit au loin Joseph, reconnaissable à son long manteau noir. Mais Joseph n’est pas seul.  A ses côtés, Amélie reconnaît son mari.
Ciel, mon mari ! Amélie se détourne, ses traits sont convulsés par la peur.
Que peuvent-ils se raconter, se demande-t-elle ? Mon mari a-t-il découvert la vérité ?
S’il sait tout, il va nous tuer, Joseph et moi, et ensuite, il se suicidera.  Je le connais : il est d’une jalousie maladive, il est possessif, et me veut tout à lui.
Soudain, une bourrasque de vent lui arrache  la perruque qu’elle avait mise pour séduire et surprendre Joseph. Amélie n’a pas fière allure, le crâne nu, les cheveux tirés en arrière et gominés, le regard hagard, la bouche ouverte comme un poisson qui est sorti de l’eau et étouffe.
Derrière elle, les deux hommes lui tournent le dos, tout au spectacle du coucher de soleil coruscant.
Pauvre Amélie, ne te retourne pas : sinon, tu verrais Joseph enlacer tendrement ton mari cocu… et infidèle. Le couple s’embrasse maintenant à pleine bouche, sans se soucier des promeneurs qui baissent des yeux, l’air gêné, devant tant de fougue et de passion.
Ainsi va la vie, Amélie.  Te voilà doublement trompée, et déjà remplacée dans le cœur de tes hommes.
Il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer… ou à trouver une amie qui saura te consoler.
Marie-Pierre
Ciel ! Mais qu’est-ce que ze viens de croiser sur la promenade des Anglais ? Un curé avec une grenouille de bénitier ! Et qui se disaient des mots d’amour ! Ze n’en crois pas mes oreilles… Et même pas pu lancer un cri !
Même le grand cerf de l’hôtel vient de partir à la naze pour fuir cette abomination !
Va falloir que ze dise ça à ma petite Zaza, ma sienne d’amour !
Fabienne

Je viens de l’acheter 199,9 millions de dollars et je ne l’avais même pas vu ! D’ailleurs je ne savais même pas ce que c’était… C’est juste parce qu’il était côté à 200 millions et que je trouvais que je faisais une bonne affaire. Mais qu’est ce que je vais faire avec ça maintenant !!!
Fabienne

 

3/ Mon voisin est bizarre

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Mon voisin est bizare …. Puisqu’il est Anglais. Evidemment cette tare lui confère un nez si long qu’un moineau s’y perche sans difficulté. Son grand menton rouge abrite une denture de cheval et je m’étonne toujours de ne pas le trouver à croupetons en train de brouter sa pelouse impeccablement tondue.
Mais le pire, c’est le petit déjeuner ! Alors que la délicieuse odeur des croissants chauds et du café me tire du lit, je suis submergé par celle de la friture de ses œufs, de son bacon et des saucisses. Une horreur ! Franchement, des saucisses ou des œufs à 8 heures du matin, vous imaginez ? Un fou !
Nous sortons pratiquement en même temps pour prendre le métro. Moi, je m’adapte au temps. Et à la mode. Lui, par 40° à l’ombre, il s’encombre invariablement d’un grand parapluie noir. Complet trois pièces à grands carreaux toute l’année, il doit mourir de chaud.
En revanche, quand il tond cette pelouse qu’il n’a point broutée, chaussettes blanches montantes, short et chemisette, été comme hiver. Qu’il gèle, pleuve ou vente. Je ne comprends pas.
Et cette vie dissolue ! Un jour il m’invite, fort courtoisement je dois dire, à boire le thé. A quatre heures du matin ! Vous croyez qu’à quatre heures du matin j’ai envie de boire le thé, breuvage au demeurant plutôt insipide, avec mon voisin ? Enfin comme je souffrais d’insomnies, je m’y rends.
Tout est éteint, nuit noire. Bonjour l’accueil ! Je sonne. Très longuement et il arrive enfin, en peignoir à carreaux, évidemment et me demande d’un air inquiet ce qu’il m’arrive. Ah ! Le quatre heure c’était pm et pas am, « souris » qu’il me fait en baillant. Et me voilà comme un con à cause d’une lettre ! Ces gens là comptent des chiffres, les heures, avec des lettres. Ahurissant !
Depuis, nos rapports ont pris de la distance. Mais un jour il est venu me demander en catastrophe si je ne pouvais pas nourrir son chat car il devait s’absenter quelques temps. J’adore les chats et acceptait avec plaisir.
Le matou m’a longuement observé et ne s’approchait qu’avec circonspection. Mais je sais y faire et nous sommes rapidement devenus copains. Mais je devais le porter sur la gauche dans mes bras pour qu’il ronronne alors que je fais toujours l’inverse. Un chat d’Anglais, quoi.
Pour me remercier, mon voisin m’a invité à dîner. J’hésitais à cause de l’odeur des saucisses matinales qui me retournaient l’estomac, mais je suis une personne de bonne composition et ne pouvais refuser.
M’y voici donc. J’ai assuré mes arrières en apportant un bon vieux camembert bien de chez nous, que mon hôte a contemplé d’un œil affligé tout en me remerciant chaleureusement.
Je dois reconnaître que le repas a bien commencé. Bon vin, crudités et puis arrive le plat de résistance. Un gigot bouilli dans du sirop de menthe. Là, j’ai craqué et toute politesse envolée, je me suis réfugié chez moi pour manger des cuisses de grenouilles.
Mon voisin est trop étrange et on ne s’est plus jamais parlés.
Mireille

Mon voisin est bizarre. Tous les matins, à six heures précises, il ouvre les volets et la fenêtre de  sa chambre située au 1er étage de son petit pavillon.
Deux minutes plus tard, la lumière s’allume dans la cuisine située au rez-de chaussée, à droite  de la porte d’entrée.
Un quart d’heure plus tard, la lumière éclaire la petite fenêtre aux vitres opaques de la salle de bain située au 1er étage de son pavillon, à gauche de sa chambre.
Une demi heure plus tard, il referme la fenêtre et les volets de sa chambre.
Quarante cinq minutes plus tard, la porte de son garage s’ouvre doucement et électriquement.
Une voiture de petite cylindrée sort lentement, avec mon voisin au volant.
Tous deux s’éloignent ensemble, en direction de la gare.
Une heure plus tard, mon voisin gare sa voiture sans jeter un regard derrière lui. Il  la laisse seule et sans compagnie, sous la pluie souvent, pour toute la journée.
Il lui préfère le train qui va à Paris : je le sais, car je monte dans le train pour vérifier qu’il y est bien.
Une heure trente plus tard, mon voisin descend au terminus, gare de Lyon, avec son cartable sous le bras.
Alors là, je laisse tomber ma filature. C’en est trop.
Il est vraiment bizarre mon voisin.
Du lundi au vendredi, il va travailler, quelle drôle d’idée !
Je rentre chez moi, comme le chien rentre à sa niche. Je n’ai pas de voiture, mais j’ai une maison, et moi je n’abandonne pas ceux que j’aime.
Après avoir caressé affectueusement la voiture de mon voisin sur le chemin du retour pour la consoler d’être livrée à elle-même, je rentre me coucher. Je me prépare un plateau repas que je pose sur ma table de chevet. J’allume la télé, et la journée passe tranquillement.
Le soir venu, je mets mon réveil à sonner pour six heures, afin d’être fin prêt pour le lendemain matin.
Le travail de filature, c’est une affaire sérieuse et fatigante.
C’est pour cela que j’ai besoin de beaucoup de repos.
Demain matin, je serai prêt pour de nouvelles aventures, et j’aurai l’œil sur mon voisin qui est vraiment bizarre, non ?
Marie-Pierre

Ce matin là, alors que je sortais les poubelles, c’est une bribe de conversation que je saisis entre Madame Rose et Madame Tono, respectivement mes voisines de droite et de gauche.
Je me demandais bien de qui elles voulaient parler ???
Ne m’ayant toutes deux aperçu, sans réfléchir, je sautais dans ma poubelle afin de mieux suivre cette discution, et ce, le plus discrètement possible.
Soudain, je sentis le sol s’éloigner sous moi, et, en l’espace de quelques secondes, me retrouvais sans dessus-dessous retourné parmi un tas d’ordures : j’étais dans la benne du camion de ramassage des déchets !
Par chance, je réussis à m’en extirper avant même que la plateforme vienne tout écraser.
Témoins de toute la scène, le regard de mes deux voisines en disait long…
J-Man

Mon voisin est bizarre. C’est un bel homme comme je les aime : « grand, mince, cheveux noirs, parsemés de fils argentés, un sourire charmeur et des yeux malicieux ». Enfin, cela dépend des jours pour le sourire charmeur.
Il peut parfois être attentionné, avenant, serviable, du style à porter mon sac de courses jusqu’à ma porte, le plus agréable des gentlemen. Et le jour suivant, à ma grande surprise et mon grand désarroi, il peut tout aussi bien m’ignorer et me claquer la porte d’entrée au nez avec la plus grande arrogance.
Je ne sais jamais à quoi m’attendre avec ce lunatique et j’ai parfois envie de l’écharper. Comme l’autre soir où dans l’ascenseur il m’a demandé qui était la charmante copine qui m’accompagnait la veille au soir. Et moi qui croyais lui plaire …. Quel goujat !!!
Et puis le lendemain il recommençait sans vergogne son opération charme et m’invitait au restaurant un soir à ma convenance. Abasourdie, je décidais d’éviter l’ascenseur en sa compagnie et grimpais mes trois étages en courant pour éviter de le croiser sur le palier.
Toute essoufflée je l’aperçus alors, comment était ce possible, qui claquait la porte de son appartement, alors que l’ascenseur arrivait juste à notre étage. Les portes s’entrouvraient et le même spécimen en sortait.
Ils étaient là devant moi, jumeaux de la plus belle espèce : « L’un me souriait et l’autre m’ignorait ».
Françoise

Mon voisin est zarbi,
Il fait des drôles de bruits
Tous ses amis sont chelou aussi !

 Mon voisin est zarbi
Je communique pas avec lui
Trop peur de ses cris !

Mon voisin est zarbi
Mais il m’a invité chez lui
Alors pour voir, j’ai dit oui !

 Depuis nous sommes bizarres,
Et tous les soirs,
On nous entend depuis la gare.
Les gens commencent à en avoir marre.
Fabienne

Mon voisin est bizarre…Tous les midis, au réfectoire, il pose la même question :
– Qu’est-ce qu’on fait ?
Et je lui réponds :
– Ben, on attend.
– Ah ? Et on attend quoi ?
– Le repas, pardi !
Ça le laisse pantois.
Arrive l’entrée. Il dit :
– Qu’est-ce qu’il faut faire ?
– Manger, pardi !
– Ah ? Comme ça ? Et il me montre sa fourchette.
– Oui, comme ça. C’est bien, allez-y !
Il porte la nourriture à sa bouche, il enfourne tout méthodiquement, sans un temps d’arrêt. Quand il a fini, il dit :
– Et voilà ! Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
J’en ai marre, alors je lui dis :
– On s’en va !
Aussitôt il se lève et part.
Et la surveillante l’engueule et le ramène à sa place. Et elle m’engueule aussi :
– Madame Blondi, soyez plus aimable avec monsieur Dupin !
Mais je n’ai pas envie d’être aimable, il me fatigue, ce vieux qui perd la boule. La prochaine fois qu’il dit :
– Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Je lui réponds :
– On saute par la fenêtre !
Et bon débarras !
Huguette

Mon voisin est bizarre : tous les soirs il sort de chez lui avec un gros sac noir qu’il descend dans le local poubelles. Je ne comprends pas comment il peut remplir un gros sac de détritus chaque jour. Il vit seul. Moi aussi je vis seule et je n’ai qu’un sac à jeter tous les cinq jours. Son manège est bizarre, non ? Des fois qu’il aurait trucidé sa femme, ou sa maitresse ou son chien, qu’il les aurait découpés en morceaux et qu’il s’en débarrasserait un peu chaque jour ? Je devrais aller vérifier.
–       Bonsoir Madame Blondi
–       Heu, bonsoir Monsieur Dupin.
–       Belle soirée, n’est-ce pas ?
Malheur ! Il m’a surprise en train de fouiller dans les poubelles ! Il fait le mec bien poli, tout sucre et tout miel, mais je les connais, moi, ces malades, ces psychopathes, ces tueurs ! Méfiance…
Maintenant il s’avance vers moi en souriant. Alors je hurle, je saisis un sac au hasard et je le lui balance au visage !
Plus tard, dans le fourgon, j’ai beau expliquer qu’il était vraiment bizarre, ce type, à me dire bonjour et à sourire, je vois bien qu’on ne me comprend pas.
–       Bien sur, bien sûr, restez tranquille, tout va aller bien maintenant, on s’occupe de vous…
Et la piqûre me fait sombrer dans un sommeil sans fond…
Huguette

19 juin, 2015

Atelier du 15 juin 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:56

Devoir : Faire l’éloge de la paresse

paresse

Le jour pointe. Le coq chante tant dans le jardin que sur la sonnerie de mon réveil depuis plusieurs minutes. Ma paupière gauche s’entrouvre timidement pour se refermer de suite, agressée par la lumière ; J’essaie avec la droite et trouve le même effet. Mon oreiller m’appelle avec une douce  tendresse. Il m’invite à enfoncer ma tête dans sa molle texture. Mes paupières sont deux papillons posés sur mes globes oculaires ; ma langue flotte, juteuse, au milieu de mes joues. Mes mâchoires, mes tempes, mon cuir chevelu sont en parfaite harmonie de détente avec mon oreiller. Le coq rechante dans mon réveil, cacophonie dans la silencieuse quiétude de mon corps. Ma main s’adresse lente et maladroite vers l’ouverture de la moustiquaire pour la dégager. En vain. Elle retombe sur le matelas comme le fruit à pain s’écrase contre le sol. Troisième sonnerie. Le chant du coq me relève le moment de vérité, arrache mes sens au jardin de Morphée pour le lancer dans les arènes de la réalité quotidienne. Mon cerveau appelle mon corps nonchalant, paresseux, tétanisé à l’idée de devoir se dépêcher pour aller travailler. Ce corps est possédé par la paresse, goulue de repos, mue par le besoin de détente. Je fonctionne au ralenti, comme le jouet qui marche avec des piles trop usées.
En rentrant du travail je vais à la mer. Chacun de mes gestes est d’une lenteur maladive. Mon cerveau et mon corps ne bougent pas au même rythme. Je veux aller dans l’eau mais je suis simplement sur le sable, assise à l’ombre d’un mancenillier. Mes yeux regardent l’horizon, la couleur de l’eau, les nuages denses se teignant de rose pâle à l’arrivée du coucher du soleil. Le vent caresse mon visage rond, mes épaules. Une mouette traverse l’espace dans un vol plané, poussé par le vent marin. La paresse m’envahit avec sa douceur nourrissante. Bannis les soucis, les compromis, les contraintes. Moi et ma paresse, ma paresse et moi, ensembles pour un temps défini, le temps nécessaire à transformer la paresse en action.
Juana Maria

Faire l’éloge de la paresse.
Trouver des idées originales, faire du neuf quand tout ou presque a été dit sur le sujet par des personnes aussi différentes et géniales que chanteurs, philosophes, romanciers, humoristes et j’en passe.
Puis leur donner une forme :
Chanson ? Déjà fait par Salvador, Fernandel…
Poème ? Pas facile de trouver des rimes à paresse ! Je vois fesse, caresse, pècheresse, mais je dévie de mon sujet, là je m’égare…
Dissertation, essai, causerie ? Je ne ferai pas mieux que d’autres, plus compétents, avant moi.
Inventer un slogan, un proverbe, un aphorisme, quelque chose qui frappe les esprits comme : le royaume de Dieu appartient aux paresseux et les hordes sanglantes qui terrorisent aujourd’hui notre monde déposeraient leurs armes pour écouter enfin le silence des étoiles. Je rêve…
Contourner légèrement le sujet ? Faire l’éloge du vide, de la vacuité, de la vacance, de la lenteur. Convoquer pour cela à son secours les maîtres zen : paresser c’est savourer « le vierge le vivace et le bel aujourd’hui ».
Détourner le sujet ? Rédiger un pamphlet contre le travail, la frénésie, l’hyperactivité, le rendement. Evoquer les méfaits du stress et de l’agitation.
Etre intelligent, brillant, développer des arguments imparables.
Trouver un ton, allier sérieux et fantaisie, gravité et légèreté.
Intéresser son auditoire sans pédanterie, manier l’humour, oui, de l’humour, beaucoup d’humour.
Trouver une chute, enfin, c’est primordial, la chute.
Quel boulot ! Je vais y passer mon dimanche. Ne comptez pas sur moi pour m’imposer un tel pensum, je suis bien trop paresseuse pour ça !
Huguette

Le mot « paresse » est doux  comme une caresse.
Il résonne comme une promesse.

Si tu es chez toi, je t’encourage à suivre quelques consignes très simples :
Il faut d’abord que tu caches ta montre dans un endroit tellement improbable que tu ne la retrouveras pas.
Tu n’oublies pas de retourner la pendule de la cuisine pour ne plus voir les aiguilles avancer.
Tu éteins ton téléphone portable et le téléviseur.
Tu es prêt à lâcher prise ? C’est l’étape la plus difficile, mais ça vaut le coup d’essayer, vraiment.
Moi, pour y arriver, j’ai un « truc ».
Je regarde mon chat, qui dort sur le tapis du salon. Si tu n’as pas de chat, ferme les yeux et imagine qu’il est là, devant toi, allongé de tout son long, dans une parfaite immobilité.
Ses paupières frémissent parfois, le bout de sa queue bouge, c’est tout.
Chacun peut trouver un truc qui lui convienne, si cela peut l’aider à lâcher prise.
La paresse fait tomber les défenses.
Elle déconnecte le petit robot que tu as en toi, et qui te fait avancer, coûte que coûte.
Mais jusqu’où ? Pour combien de temps ? Et à quel prix ?
Elle te fait voyager au pays de tous les possibles.
Elle te régénère.

Paresse, j’écris ton nom :
Avec un P comme partir
Un A comme abandon
Le R du repos
Un E comme énergie
Un S comme dans salutaire
Un autre S, celui du silence
Un E final comme dans rêverie.
Marie-Pierre

paresse2

ESSAI PARESSEUX

 Point n’est besoin d’être le gendre de Marx, pas Harpo mais l’autre, pour faire l’Eloge de la paresse. Ce n’est pas le péché capital, l’acédie des catholiques du dogme, ce n’est pas non plus le manque d’énergie ni la lenteur anormale des biologistes. Il s’agit bien d’un goût pour l’oisiveté, une sorte d’ « habitude de se reposer avant la fatigue » comme le pensait Jules Renard. Cela renie la procrastination car il n’y a pas là de manque de volonté et aussi l’évitisme car il n’y a pas là de mauvaise volonté.
J’y vois pour ma part une qualité bien française et même révolutionnaire permanente, non selon Léon Trotsky mais selon Pierre Desproges. Celle qui permet de rire de tout mais pas avec n’importe qui. J’évoquerai donc la paresse sous l’angle ne notre trilogie constitutionnelle qui est  aussi la devise des esclaves révoltés en Haïti. LIBERTE, EGALITE et FRATERNITE.

 Liberté :
La vie n ‘est pas le travail : travailler sans cesse rend fou assenait  Charles de Gaulle. Plus simplement : le travail est souvent une tâche. Longtemps les données étaient faussées. Certes les grecs homériques s’exemptaient du labeur  mais leurs esclaves s’affairaient gratuitement. Les nobles avaient leurs serfs.  L’église avait la dime sans indulgences pour les pauvres. La bourgeoisie a eu la morale de la productivité sans fin. Tous ont utilisé l’exemple du pur sang  si élégant comparé au percheron laboureur. Outre le fait que je trouve les percherons magnifiques et parfaits étalons, essayez de monter un pur-sang. Un attelage de percherons vous mènera par tous les chemins jusqu’aux prairies propices à la sieste. Paradoxalement au XIXème siècle, une des premières demandes de la toute fraîche classe prolétaire a été d’exiger un droit au travail : le bâton pour se faire empaler !

Il est bien sûr utopique de penser que tout le monde puisse trouver travail à son seul plaisir, à son seul épanouissement et même à sa convenance. Il était nécessaire d’interdire le travail forcé. Mais il faut aussi enlever, extirper le remords de ne pas trimer quand les autres s’évertuent ou font semblant. Le regard des autres n’a pas à être moral ou même légaliste. Il doit être éthique c’est à dire comprendre.  « La peur de l’ennui est la seule justification du travail ». Encore Jules Renard.

De toutes les façons, notre cerveau travaille, que nous lui en donnions l’ordre ou le désordre. A un premier niveau il gère,  ingère, digère, exagère notre vie diurne, c’est à dire les yeux ouverts sur nos souffrances. A un deuxième niveau , le plus souvent nocturne, par des interconnexions démontrées par les neurosciences, il résout bon nombre de problèmes : mots croisés, sudoku, trajectoires de navette spatiale ou théorèmes quantiques. Il est des matins triomphants !
A un troisième niveau il crée, c’est à dire les paupières fermées sur nos fantasmes. C’est avec l’expérience que l’on se rend compte que la plus belle liberté est celle de la culture, de l’art, de la création, de l’humour. Cette liberté il faut l’offrir à notre cerveau le plus possible : par une moindre aliénation au travail, par de meilleures nuits, si possible non médicamentées, par des moments d’oisiveté. Créer un index CIP : coefficient individuel de paresse, un index sans interdits qui ne désigne, ne dénonce personne.

 Egalité :
Si notre organe graisseux intracrânien est individuel , le fait qu’il soit habituellement utilisé aux alentours  de 20 % de ses capacités maximales me rend optimiste sur le partage de ses potentialités chez tous les humains. Chacun a ses talents. Le génie reste rare, mais que faire d’un monde de sept milliards de purs esprits fulgurants ? La paresse peut et doit nous aider à  en évaluer les paramètres. Voir les saisons venir et s’en aller selon le précepte du  Bouddha. Le temps respire. Garder l’incertitude de la fin : quand on ne fait rien on ne sait jamais quand cela peut finir. Comme le décline Paul Morand, il faut être couché pour voir le ciel. L’espace lui aussi respire. Comment voir le beau et en profiter si on ne peut prendre le temps de le chercher, de le trouver, de le méditer. Ceci avec l’eau et le pain doit être donné à tous.

Fraternité :
On me dit que la paresse est contagieuse, y aurait-il une fraternité des glandeurs ? Les vrais paresseux n’aiment pas la plage et sa friture au monoï, ni les paradis artificiels, à chacun ses psychédélices. Ils aiment les parties de cartes où le gagnant est souvent celui que l’on aime, les albums photos où l’on prend doucement conscience de son âge, regarder leurs animaux avec tendresse. Yvan Audouard notait : quand je réveille mon chat il a l’air reconnaissant de celui à qui on donne l’occasion de se rendormir. Et Nicolas Bouvier le marcheur, ce guide précieux : alors qu’en Occident l’abandon aux choses est considéré comme une attitude passive, en Asie il s’agit de suivre et d’épouser le courant vital. Si seulement on arrêtait d’essayer d’être heureux, on pourrait profiter de la vie ensemble.
En conclusion, la paresse est nécessaire à la créativité, à la vitalité même, mais aussi au respect des autres et à la générosité.
Ceci n’est pas un éloge, c’est un dithyrambe. J’attends la réaction du chœur qui comme au temps d’Aristote répondra à l’hypokrites !
Bertrand

paresse3

Je suis le rêve de tous les producteurs de télévision, je fais le spectateur docile, grâce à moi ils restent vautrés sur leur canapé à regarder les multiples jeux à la grande sagacité, les compétitions sportives et les films qui ne coûtent pas chers à produire. Le tout entrecoupé de spots publicitaires vantant les mérites de produits qui permettent d’avoir de l’eau, de la lumière,  de laver, balayer, manger, visser, couper, se déplacer, jouir, sans effort, sans bouger de leur fauteuil. Je suis ce à quoi l’humanité entière aspire. Je suis le luxe suprême, ce que seul les riches pouvaient se permettre grâce à la domesticité, au chauffeur et majordome.
Le paradis des producteurs de jeux vidéo, grâce à moi ils ne cherchent pas à sortir de l’univers rassurant de la réalité virtuelle ou même leur violence peut s’exercer gratuitement.   Toutes leurs pulsions y sont assouvis sans bouger de leur siège. Bientôt ils seront parqués dans des boîtes la moelle épinière directement connecté à la matrice, ils seront immobiles à jamais.
Grâce à moi ils ne cherchent pas à sortir de la pensée devenue la normalité, les gens ne pensent qu’à travailler pour pouvoir consommer davantage, avoir leur petit confort, leur logement douillet leur réfrigérateur, leur TV, leur ordinateur, leur connexion.
Les hommes ont pour moi une dévotion sans égale. Je suis celle qui guide leurs  pas.
Au départ déjà, poussé par moi ils ont domestiqué le feu afin de rendre plus facile l’ingérence de nourriture, la protection contre les bêtes fauves et même l’augmentation sans effort des surfaces cultivables. Sans compter leurs outils et leurs armes. Avec leurs lances à propulseurs puis leurs arcs, fini la course à l’épuisement où il leur fallait des heures pour attraper leur gibier. Le mieux cependant ce sont les pièges où ils n’avaient qu’à attendre que l’animal s’y prenne tout seul. Quel ravissement ! Quel bonheur c’était dans la grotte autour du feu avec le fumet de la viande, on pouvait même améliorer la décor en peignant les murs.
Puis mieux encore, aiguillonné par moi, ils ont pratiqué l’élevage et la culture, et là plus besoin de partir chasser ou de cueillir. Décidément je suis le moteur de l’humanité. Leurs conquêtes : le cheval et le chien par exemple c’est pour plus de facilité dans leurs déplacements, labourer sans effort, faciliter les transports, pister le gibier, surveiller pendant leur sommeil le foyer, les biens. La roue aussi c’était pas mal. De lourdes charges ont ainsi pu être déplacées, l’ouest conquis… Là encore ce sont les rois qui sont les mieux placés mais eux faisaient tirer leur chariot par des bœufs.
Bien sûr il y a eu des siècles obscurs où ils m’ont oubliėe, guerres, famines, peste…
Mais s’il est une période où ils m’ont ravei ce fut la révolution industrielle et ce qui a suivi, l’électricité, le gaz, les moyens de communication, le téléphone, la radio, la télé, l’ordinateur, internet. Et là on y est ! Plus besoin de bouger du fauteuil, du canapé. La lumière sans effort, la température régrable à volonté, la musique sans musiciens, des spectacles, du divertissement, du sexe, de l’information, communiquer sans se préoccuper des distances. Plus besoin d’aller chercher l’eau à la source ; pour manger, les plats préparés sont dans le frigo, le micro onde les réchauffera. Pour le linge sale, la vaisselle, le ménage… il suffit d’appuyer sur un bouton. Leur culte semble n’avoir plus de borne, je règne en maître absolu. Ils ont des outils qui vissent, percent, creusent, meulent, coupent, lèvent, scient tout seuls. D’autres calculent, lisent, écrivent à leur place, nous . Enfin le mot effort disparaîtra de leur langue ! Cette notion sera oubliée. Les machines feront tout. Elles font déjà les voitures, les conduisent, de même pour les avions, ils vont, sans pilote à bord, bombarder l’ennemi.
En vérité je vous le dis l’homme atteindra dans des temps très proches la plénitude. Le Nirvana est à leur porte. En effet, étant donné que je suis ce dont ils rêvent, je suis le paradis, l’aboutissement, m’atteindre c’est atteindre l’état suprême, être Dieu.
Pascal

De nos jours, tout va trop vite, on ne s’arrête jamais. Il est essentiel d’être toujours occupé, ou du moins de le paraître sous peine d’être montré du doigt et de culpabiliser. Nous sommes sous la dictature de l’argent, la quête effrénée du profit.
Il semble que, dès lors que l’être humain n’est plus productif, il n’a plus sa place au sein de notre société. Il semble que dès lors que nous avons un peu de temps devant nous, il est essentiel de faire quelque chose pour ne pas le « perdre » justement ce temps.
Et pourtant : « Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous ! ».
Qu’il est bon de s’arrêter… Ne rien faire, c’est se poser, se recentrer et surtout rêver. Ouvrir son esprit à l’imaginaire.
La paresse est même d’essence divine car Dieu lui-même nous a montré l’exemple : « le septième jour, il se reposa ».
Fabienne

Ah, la paresse ! Dans nos sociétés, en faire l’éloge revient à défendre le diable. Et pourtant ! La paresse, n’est-elle pas l’aboutissement ultime de l’épure ? Exactement comme le grand sportif que l’on dit « économe de ses gestes ». Car l’ennemi juré de la paresse est l’effort inutile, ce qui condamne le paresseux à la perfection. En tout. Et si l’on y réfléchit objectivement, en mettant de côté tous les préjugés que la société nous inculque et bien c’est tout simplement effarant. C’est là toute la beauté de cette philosophie, aboutissement ultime de l’intelligence et art majeur du vivre heureux.
L’efficacité consiste à obtenir le plus de résultats possible pour le moins d’effort. Et en ces temps de rentabilité poussée à l’extrême, un employeur qui refuserait d’embaucher un paresseux commettrait une faute capitale. Car le paresseux développe une intelligence subtile pour arriver à ses fins. Il aborde chaque problème avec une seule question : comment me débarrasser au plus vite de cette tâche ? Ce qui correspond parfaitement à la logique moderne d’entreprise.
Tout l’inverse du besogneux qui fonce sans lever le nez du guidon. Ne sont-ils pas pathétiques ces agités qui courent dans tous les sens, toujours essoufflés, toujours en retard ? Leur anxiété permanente s’oppose à la tranquille assurance du paresseux, toujours zen, toujours efficace. Et qui lui, ne frôle pas l’infarctus du myocarde à chaque seconde de sa vie.
Ajoutons la grande fidélité du paresseux. Lui, il ne quittera pas Apple pour PC ou l’inverse. Bien trop compliqué.
Au lit, c’est le super coup ! Ben oui ! Toujours soucieux de tirer le meilleur parti de tout, il veillera à ce que la moindre de ses caresses déclenche un ras de marée de volupté chez son partenaire… afin d’en faire le moins possible.
Ajoutons un sens de l’organisation exceptionnel et un grand sang froid. C’est obligatoire car le paresseux qui en manquerait vivrait dans un désespoir permanent : le monde qui nous entoure nous sollicite sans arrêt par des obligations intrusives et puis en raison de sa grande intelligence, le paresseux ne peut pas rester toute la journée au fond de son lit à ne rien faire. Il y a donc là un conflit fondamental qui torture en permanence le paresseux et seuls les meilleurs s’en sortent. En conclusion, un paresseux qui s’assume est forcément très bon. Les autres se suicident.
Car il ne faut surtout pas confondre paresse et fainéantise. Au fond de lui, le paresseux est un libertaire. Il souhaite faire, à l’inverse du fainéant, mais uniquement ce qui l’intéresse, à son rythme et quand lui en vient l’envie. Vous me direz, un peu asocial ton paresseux ! Mais pas du tout ! Il sera juste très sélectif dans ses relations, écartant froidement celles qui ne lui apportent rien et entretenant avec efficacité celles auxquelles il s’attache. Il n’aura donc pas des milliers de vagues connaissances mais uniquement quelques bons amis.
La paresse condamne aussi à la franchise et à l’honnêteté. Je ne veux pas dire que tous les gens honnêtes sont paresseux mais il est certain que le paresseux n’a absolument aucune énergie à consacrer à de complexes mensonges ou à développer une quelconque perversité. Il va droit au but, point.
L’art de la paresse exige aussi beaucoup de courage. Pour affronter le regard des autres qui, jaloux de son indéniable supériorité, tentent de l’abattre par tous les moyens minables dont ils disposent.
Ne sous estimons pas non plus l’extraordinaire courage qu’il faut déployer pour s’attaquer à la monstrueuse pile de vaisselle sale qui s’empile dans l’évier noir de crasse. Vous me direz que pour éviter ces désagréments, il suffirait de manger des plats tout préparés dans des assiettes en carton. Ce serait méconnaître le paresseux, véritable esthète, qui ne saurait se satisfaire de pizzas caoutchouteuses et de couverts en plastique. Le paresseux aime la vie et les bonnes choses ; c’est un épicurien.
Bref, la paresse constitue un art de vivre qui mériterait qu’on s’y intéresse davantage.
Mireille

2/ Exercice : Un puceau en écriture croisa une feuille vierge. Timidement, il l’effleura d’un doigt et sur-le-champ tomba raide dingue.

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Un puceau en écriture croisa une feuille vierge. Timidement, il l’effleura d’un doigt et sur-le-champ tomba raide dingue.
Ô comme vous votre trame est douce… lui murmura-t-il. Comme j’aimerais connaître le grand frisson de l’extase avec vous !
La feuille minaudait, l’inspiration se faisait désirer…. L’écrivain puceau désespérait d’accéder au nirvana d’une belle phrase. Pourtant la feuille était si belle, si blanche, si… vierge, justement que rien ne venait. Elle s’en froissa quelque peu.
Dans les yeux de l’écrivain, des larmes de dépit perlèrent au bord de ses paupières puis tombèrent sur la feuille et révélèrent des lettres, des mots, des phrases oubliés, écrits par quelqu’un d’autre.
Alors, loin de s’en offusquer, il retraça ses mots sur les mots effacés. Une frénésie irrépressible le prit. La feuille, qui n’avait rien vu, semblait s’envoler sur ces phrases lyriques. Elle ondulait sous les caresses de la plume.
Subitement, l’inspiration était là. Alors il la retourna, et vit que de côté-là, elle était vraiment vierge. La plume allait et venait dans un rythme effréné. Il lui fit une déclaration d’amour torride. Les gouttes de sueur remplaçaient maintenant les larmes. Il atteignit enfin l’orgasme épistolaire.
La feuille quant à elle, exhala un soupir de plaisir lorsqu’il mit le point final puis s’enflamma.
Fabienne

Un puceau en écriture croisa une feuille vierge, timidement il l’effleura d’un doigt et sur le champ on tomba raide dingue.
Une blancheur pleine d’une potentialité qui l’intimidait. Combien d’écrivains ont été dans cette situation, Hugo, Balzac, Zola, Flaubert, Céline, Proust… Comme c’est intimidant. Jamais j’oserai. Et pourtant sur une feuille vierge que de possibles, que d’aventures, de héros, de paysages, d’intrigues, de vengeances, de complots. L’on peut y  faire renaître des époques à jamais révolues, de la préhistoire aux grandes civilisations, Quo Vadis,  Salambo. Oui tout ceci est beau mais encore faut-il commencer.
Une épouvantable virginité, tout est à faire, tout est à apprendre, à mon âge est-ce bien raisonnable ? Oui, mais cette pâleur m’affole. Justement tout est à faire quel défi ! Je pourrai la modeler  comme je le souhaite. En faire l’idéal jamais atteint, en ce siècle où la littérature semble ne plus pouvoir se renouveler, où les  auteurs ont oublié ce qu’est le style.  J’écrirai le contre Houellebeck. Oui, mais du coup c’est plus très bandant. Malgré ses scènes hard ça n’a éveillé chez moi que du dégoût. Pourtant cinquante ans, j’ai trop attendu. C’est maintenant ou jamais, après ça sera trop tard, je pourrai plus. Mais qu’est-ce que j’attends pour me répandre sur tant de virginité ? Elle n’attend que ça, ne demande que moi. Il faut se lancer, je ne peux plus tergiverser, sinon j’aurai l’air ridicule, surtout à mon âge.   Ça y est j’y suis. Oh ! Comme il est doux le crissement de la plume sur le papier, c’est comme une déchirure qui dure jusqu’à qu’on atteigne le bas le page. Reste la possibilité de la retourner et on découvre qu’il nous reste encore  une page de bonheur… Une page de liberté totale, où l’on peut tout dire, tout faire, explorer nos limites, sonder  des domaines que l’on imaginait même pas.
Pascal

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Un puceau raide dingue.

On apprend forcément à écrire avant que d’apprendre l’écriture. Chez moi le délai entre les deux a été très long. Il m’a fallu arriver à l’âge mur, proche de l’âge blet, loin de l’âge bête, du moins je le croyais. Jusqu’à rencontrer une feuille. Au début je l’ai trouvée bien plate, bien sèche, bien pâle surtout. Incapable de faire une quelconque avance, elle s’étalait de tout son long, de tout son large. Isolée, elle restait  loin de toute sa famille empilée dans un anonymat cartonné. Néanmoins elle se savait neuve dans tout l’éclat de sa jeunesse : pas une tâche, pas une rayure pas le moindre défaut. D’autres feuilles auraient pu me séduire. Certaines colorées, ocres, bistres, aux teintes d’automne. Bleues ou roses, me parlant de naissances ou de journées intimes. Quadrillées et savantes qui me donnent des ordres. Pliées ou dépliées en origami culturels. Vous l’avez compris elle m’a plu tout de suite dans toute sa simplicité. Son immobilité pouvait être un assentiment et je tentais une approche. Le bout du doigt est notre endroit respectable le plus sensible : c’est là que les instituteurs frappent. Je tentais donc une approche mais dès que l’ombre de mon index sembla l’effleurer, je fus pris de panique. J’avais beau être tout raide, tout dingue, mon désir n’en pouvait mais. Mes parents, l’école, la société, tous m’avaient interdit de violer une vierge, fut-ce avec une plume.
Bertrand

Un puceau en écriture croisa une feuille vierge. Timidement il l’effleura d’un doigt et sur le champ tomba raide dingue. Car cette feuille toute de beau papier blanc, elle en avait à raconter ! Il lui suffisait de l’écouter pour écrire le meilleur roman de sa vie.
Elle lui peignit les forêts de Patagonie pliées par le vent. Ces arbres tordus qui tendent désespérément leurs bras noueux vers un ciel si bas qu’ils pourraient le toucher. Si gris que leur chlorophylle s’y perd.
Mais le pire ne vient pas du climat. Contre lui, ils luttent à armes égales. En revanche, comment se protéger de la tronçonneuse aux dents d’acier ou du bulldozer crachant son épaisse fumée noire et nauséabonde ?
Coupés, décapités, transportés sans ménagements puis débités en rondelles, ces arbres pourtant habitués depuis toujours à la rudesse, pleurent en souffrant mille morts. Ensuite on les broie et leurs fibres écrasées passent dans des bains bouillants et toxiques.
Tant de violence pour arriver à moi, la belle feuille blanche, si lisse, si neutre. Que l’on froisse et jette négligemment à la poubelle sans aucun respect pour toutes ces vies dont je suis la dépositaire.
Alors toi qui prétends écrire, transmets à ton monde indifférent ce message. Que le papier devienne sacré, respecté et économisé. Que chacun, lorsqu’il nous jette, pense à tous ces arbres, sacrifiés pour qu’existe cet instant magique, unique : quand la plume de l’écrivain rencontre l’inspiration.
Mireille

2/ Exercice : 4 mots

Etoile, poisson, fromage, vide

Le ciel était rempli d’étoiles… et son estomac était vide, alors il prit un morceau de fromage, laissé par les invités et l’avala. Un bien être se répandit dans son corps. Il prit une bouteille de vin oublié là et se servit un verre. Il alluma une cigarette, le comble du bonheur ! Bien sûr, tous les diététiciens et médecins de la terre lui auraient dit que tout cela était mauvais pour son corps, son cœur, ses poumons et que sais-je encore… Mais pour lui, c’était un moment privilégié… Jusqu’à ce qu’une fille terne et efflanquée, avec des yeux de poisson mort lui sourit… Il sut tout de suite que sa soirée allait être gâchée !
Fabienne

L’étoile blanche luisait délicatement sur son front noir que la douce lumière du couchant caressait doucement. A pas prudents il pénétra dans la maison abandonnée, pour la première fois de sa vie.
Des reliefs de repas traînaient sur la table en désordre et, soufflant des naseaux, il goûta de tout. Un vieux fromage puant se colla dans ses robustes dents et découvrant le poisson rouge enfermé dans son bocal tout rond, il lui demanda avec perplexité :

  • Les humains mangent ces choses ??
  • Et oui soupira le poisson rouge de son bocal tout rond en expulsant une bulle de mépris.
  • Ils ont de drôles de goûts, commenta le vieux cheval qui fort heureusement ne s’était pas trouvé confronté au chewing gum. Et au fait, où sont-ils ?
  • Dans le vide sidéral répondit le poisson rouge.
    Mireille

16 juin, 2015

Atelier du 8 juin 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:57

Devoir :

Chaque année, des dizaines de milliers de tonnes de dosettes de café sont jetées, soit l’équivalent de 4 tours Eiffel !!!
Inventez des possibilités de recyclage pour ces dosettes…

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Au début, j’ai inventé ça par jeu, pour moi tout seul. Jamais je n’aurais cru que ça prendrait ces proportions : des dizaines de milliers de tonnes par an ! Comme je regrette ce moment d’égarement.
Que pouvais-je faire de tous ces déchets ?
Et, je me suis mis à réfléchir… beaucoup… longtemps… fort.
Je me suis dit que comme c’était creux, ça devait bien absorber le bruit, insonoriser en somme. Alors, j’ai conçu des théâtres, des salles de spectacles, des studios d’enregistrement… Entièrement recouverts de dosettes à café. J’en ai construit partout dans le monde. En Afrique aussi, j’en ai contruit. Les gens étaient polis, mais je sentais bien que ce n’était pas ça qu’ils attendaient quand je leur disais qu’on allait leur apporter de l’aide.
J’ai construit des palais entièrement insonorisés pour que les princes arabes n’entendent plus le bruit des bombes.
Et puis un jour que je construisais une chambre insonorisée pour le fils de ma voisine afin qu’il ne soit pas dérangé par les cris de sa mère, trois messieurs en blouse blanche sont venus me chercher. Ils m’ont dit que je devais arrêter maintenant, car quelqu’un avait inventé les dosettes auto recyclables et qu’ils allaient m’amener dans une belle et grande maison toute blanche et bien insonorisée.
Fabienne

Tu fêtais tes 50 ans
Et méritais le plus beau des présents
Nous y avions travaillé pendant des mois
Et commandé des capsules par convois

 Nous étions tous devenus accros
Rien ne valait un Nespresso
Toutes les couleurs avaient leur chance
Rouge, vert, bleu ou noir intense

Les petits cônes évidés
Avaient été savamment reliés
Tel un puzzle démesuré
Nous les avions judicieusement accolés

Faisant et défaisant cent fois
Ce gigantesque tableau aujourd’hui devant toi
Que tu regardais sans comprendre
C’était un Andy Warhol à s’y méprendre

Et soudain tu le reconnus
Immense et inattendu
Celui dont tu nous rabattais sans cesse les oreilles
Le Dieu fait homme merveille des merveilles

Le beau Georges te souriait
Et semblait te souhaiter un « Happy Birthday »
Françoise

 

Martin jeta un regard lugubre à son petit déjeuner. Aujourd’hui serait comme demain. Aujourd’hui serait comme hier. Et le tas de capsules toujours aussi haut.
Le matin il se levait avec l’espoir qu’il baisserait mais des hommes le rechargeaient sans cesse et le soir, il était toujours aussi imposant. Décourageant !
Et puis hier, il a surpris une conversation. Et brutalement compris que le tas ne baisserait jamais car c’était lui qui l’alimentait ! Car ces maudites dosettes qu’il passait sa journée à aplatir en tirant dessus un gros rouleau compresseur et bien elles partent vers une usine de recyclage. Qui les transforme en… dosettes à café !!!
L’âne Martin soupira, anéanti par l’absurdité des sociétés humaines. Il se coucha et décida de laisser les coups de bâton pleuvoir sur son dos en rêvant des verts pâturages de son enfance. Car c’est lorsqu’on n’a plus rien à espérer qu’on se révolte.
Mireille

 

1/ Je me souviens : Replongez vous dans un souvenir de votre enfance et décrivez tout de façon très précise : vêtements, odeurs, couleurs, impressions…

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Un instantané.

Je me souviens du verre de lait entier renversé sur la table de notre goûter dans la cuisine. Sylvie, notre juvénile cuisinière avait servi mes quatre frères et sœurs avant moi puisque j’étais l’ainé.  Il me revenait d’avoir le fond du broc avec la crème qu’elle mettait un long moment à verser, par bribes. Sylvie avait de grandes mains adoucies au lait d’amande et son petit doigt se levait délicatement sur l’anse. Ses origines italiennes l’avaient faite volubile. Mais, et je l’avais très vite remarqué, elle ne disait rien pendant qu’elle emplissait mon verre à moutarde. Cette grande fille brune à la taille fine me fixait avec le sourire d’une maîtresse de Vinci. Son expression se figeait à la dernière goutte. L’odeur du lait de vache était fade et le goût d’un orgeat délayé. Cela ne me plaisait pas vraiment. Cependant, les jours sans lait, comme le dimanche, m’enlevaient un plaisir que je croyais être seul à connaître. Peut-être Sylvie ?
En rêvant, j’attendais toujours que les autres aient fini pour boire gravement, qu’ils aient quitté la cuisine pour les jeux enfantins. Sur leur couverture les trois chattes ne bougeaient pas mais je les savais attentives au moindre débordement. Le verre de lait quotidien. Mes parents instituteurs avaient posé l’obligation de cette coutume républicaine qui s’était perdue à l’école. Le père Martin par la grâce de  sa douzaine de blondes nous livrait tous les matins sauf le dimanche puisqu’il allait à la première messe. Heureusement le devoir liturgique n’était pas coutume pour les hussards noirs et je ne connaissais pas le poison du péché. J’avais le temps, mes parents ne rentreraient pas si tôt du village.
Ce jour là, quand le lait épais s’est répandu sur la toile blanche je n’ai rien perdu du spectacle. Avec certitude à neuf ans, je savais quel était ce fluide de vie.
Bertrand

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C’était un Noël. Je devais avoir cinq ou six ans. Comme chaque année, nous devions aller à la messe de minuit dans notre village, à Saint-Gilles.  Je me souviens qu’il avait beaucoup neigé cette année-là, ce qui était rare en Camargue. Il faisait un froid cinglant. Le mistral repoussait des congères le long des trottoirs. J’avais un petit manteau beige, avec des boutons noirs, en forme de têtes rigolotes. Le vent gelait mes jambes pourtant enveloppées de bas de laine blanche. Un bonnet de même couleur protégeait mes oreilles. J’avais une main qui tentait de se réchauffer dans une poche, alors que l’autre était chaude, accrochée à celle de mon père qui me tenait fermement. Je le regardais et lui souris. Il avait mis ses beaux habits du dimanche sous sa grosse veste. Mes yeux pleuraient à cause du froid.  J’avais du mal à respirer ; mon haleine faisait de grands ronds de fumée. Ma mère marchait devant tenant mes frères par la main.
J’étais étonnée que les rues soient si pleines de gens, à une heure aussi tardive. Mais en ce temps là, c’était tout le village qui se rendait à la messe tant attendue. En arrivant sur la place, je fus éblouie par toutes les lumières éclairant cette magnifique église. Et puis, un berger, enveloppé d’une grande houppelande grise s’avança, trainant une petite carriole où se trouvait l’agneau né du jour. Il tremblait malgré la paille qui aurait dû lui tenir chaud. Je le plaignis et voulus le prendre, mais les fidèles se mirent en rang et commencèrent à entonner des cantiques. Sur les marches du grand parvis, des chevaux, montés par de magnifiques gardians nous firent une haie d’honneur avec leur trident au-dessus de nos têtes. L’église était immense et glaciale. Elle fut pourtant vite remplie. Le berger s’approcha de la crèche et mit l’agneau entre Marie, la fille de l’épicier qui pour ce soir était la vraie Marie et Victor, le fils du rétameur qui avait la place de Joseph. Je vis que ces deux-là se regardaient vraiment intensément.
Lorsque les Alésiennes entrèrent à leur tour en chantant « Il est né le divin enfant ! », ce n’était plus le vent qui fit pleurer mes yeux. C’était féérique, je n’avais jamais rien vu de si beau !
Fabienne

neige

Souvenir d’enfance

Couchée dans mon lit, sous les chaudes couvertures, je me réveille tout à coup.
Il est 7 heures, ce sont les vacances, pas de classe aujourd’hui. Ce n’est pas la peine de me presser, j’ai le temps de paresser.
Je referme les yeux et mon esprit vagabonde.
Quelque chose d’inhabituel m’a tirée du sommeil. C’est indéfinissable, je n’arrive pas à le cerner.
J’ouvre de nouveau les yeux et regarde autour de moi. Ma petite chambre  baigne dans une étrange lumière qui passe à travers les persiennes des volets.
La lumière est différente des autres jours, plus blanche, mais il y a autre chose qui n’est pas comme d’habitude.
C’est comme si un invité surprise avait fait son entrée en scène.
Les bruits : mais oui, c’est ça ! En fait, il n’y en a pas…
Le silence est total, parfait, c’est idéal pour se rendormir et faire une bonne grasse matinée.
Mais je suis mal à l’aise.
D’habitude, à cette heure de la matinée, j’entends des pas dans la cuisine à côté de ma chambre, des portes de placard qu’on ouvre, des casseroles qu’on pose, le tisonnier qui attise les boulets de charbon dans le fourneau : toutes les tâches quotidiennes de notre pension de famille. Je les reconnais  même les yeux fermés, aux bruits et aux odeurs agréables qui me parviennent : odeur de café, de sauces, de soupes…
Aujourd’hui, un grand silence ouaté m’entoure et m’engourdit.  Aucune odeur, aucun bruit, ni dedans, ni dehors.
Soudain, des raclements résonnent dehors, réguliers, répétitifs, ils me bercent.
Et puis, ma chienne se met à aboyer, elle qui d’habitude est si discrète.
Que se passe t’il ? Je quitte mon lit douillet, enfile ma robe de chambre et me dirige vers la fenêtre. Je l’ouvre, j’écarte les volets.
Devant moi, une blancheur inouïe m’éblouit : la neige recouvre tout, avec majesté.
Un froid humide pénètre dans mes poumons.
A droite, ma mère et ma grand-mère dégagent un chemin avec de grandes pelles qui raclent le sol : « raq », raq, raq » font les pelles. Et ma chienne qui essaie en aboyant de toutes ses forces d’attraper les boules de neige que ma mère lui lance, entre deux pelletées.
Vision merveilleuse et inoubliable d’une matinée d’enfance somme toute ordinaire, mais pleine de mystère et d’éblouissements.
Et qui m’a valu une bonne note quand il a fallu raconter un souvenir de vacances dans une rédaction.
Marie-Pierre

pains

La ruelle étroite s’enfonçait sous une voute dont les vieilles pierres grises se couvraient d’un crépis orange. Tout le village sentait la vinasse car les habitants fabriquaient leur vin, les terrasses alentours étant couvertes d’oliviers millénaires et de vignes.
Mais passée l’arcade, la bonne odeur du pain frais s’imposait progressivement et mes papilles commençaient à frémir. Puis nous poussions la vieille porte en bois et entrions dans le sanctuaire, cette minuscule boulangerie.
Je me souviens du patron tout de blanc vêtu et couvert d’une fine pellicule de farine. Un homme grand et assez corpulent dont l’étrange pâleur surprenait dans ce village de pêcheurs et d’agriculteurs brûlés par le soleil.
Il nous accueillait de derrière le haut comptoir de bois avec un grand sourire et moi je me demandait quand il trouvait le temps de dormir ! Mais les grandes panières en osier remplies de pains dorés de toutes les formes happaient rapidement mon attention. Ils sentaient si bon ! J’aurais voulu que Maman achète toute la boutique et qu’elle accepte que je me nourrisse exclusivement de ces pains pendant toute la durée des vacances. Mais bien sûr c’était impensable et il fallait se contenter de n’en acheter que quelques uns triés sur le volet. Quel choix terrible !
Il y en avait des ronds et des carrés. De tous petits et de plus grands. Que je préférais car c’est la mie blanche et onctueuse que j’adorais plutôt que la croute. Quel dilemme ! Et nous les palpions, soupesions, mangions en pensée, ah quel choix interminable !
Enfin nous nous décidions et le boulanger les empilait dans un grand sac en papier brun avec un sourire très doux. Il les pesait sur sa grosse balance blanche et arrondissait toujours le prix vers le bas. C’était une particularité de l’Italie de cette époque qui donnait l’impression que les commerçants nous faisaient toujours des cadeaux. Faire les courses devenait un plaisir.
En sortant pour affronter les 5 km qui nous séparaient de la maison, je serrais contre ma poitrine le sac chaud comme le corps d’un chaton. J’aurais voulu mordre dans un pain mais il fallait attendre le repas… et marcher.
Les temps ont changé et le pain d’Italie ne sent plus aussi bon, mais il reste toujours gravé dans ma mémoire.
Mireille

4 juin, 2015

Atelier du 1er juin 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 12:42

Devoir : relooking extrême

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Le crachin est froid et dense sur Whitechapel. En entrant dans la pièce unique qui me sert de logement, mes vêtements laissent une trace telle la pisse d’une chienne qui marque son passage. Le parquet disjoint absorbera. J’accroche mon lourd manteau à col cheminée. Les deux gros clous qui servent de patères vont bien finir par le percer. Par dessus, le grand chapeau à larges bords dégouline.  Je garde mes bottes genouillères  car je vais repartir bientôt, à la tombée de la nuit. La fenêtre de ce premier étage me permet d’apercevoir le fleuve à proximité de la tour de Londres.
Pas de chauffage, mais il faut que je me lave avant de sortir.  Le broc à eau a été rempli par Kelly et la bassine est propre sur la table étroite. Une serviette trouée grise est gentiment pliée avec un coin relevé comme un salut discret.  Au dessus un grand miroir presque désétamé est de guingois face à moi. Ce n’est plus Venise !
Je hais ce visage poupin que ces dames adulent. Ces pommettes, hautes et rondes, ces grands yeux de biche, aux longs cils ocres, ces iris bleus de l’océan que je n’ai jamais vu, ces sourcils elliptiques et fins comme peignés par les quelques fils gris qui les parsèment. Ce nez droit, grec, suffisamment long pour amuser les jouvencelles. Ces lèvres carminées, ourlées sans être pulpeuses qui s’ouvrent largement sur des rangées régulières de dents fortes à l’ivoire légèrement citronné. Cette bouche là n’embrasse pas, elle scelle. Le grand front est en partie recouvert de ma chevelure en anglaises qui tombent tels des copeaux de saule. Quand je les découvre, belle blondeur bouclée, elles sont jalouses et me nomment « Camomille ». Cette tête d’aurige ne s’accorde pas au corps d’Atlas. Le cou de bœuf surgit d’un thorax  de Néandertal, cet homme  que l’on vient de découvrir en Allemagne. Les nombreuses cicatrices qui l’ornent sont vénérées par leurs doigts suiveurs. Mon ventre lisse se creuse sous le processus xiphoïde suggérant une faim inassouvie. Les épaules sont larges, sanglées par de longs muscles à la peau tannée et douce. Les mains sont celles d’un aristocrate, seuls les ongles trahissent ma condition. Le bassin est étroit, contrastant avec mes cuisses viriles. Les jambes sont légèrement torses mais s’assortissent presque avec ma taille de six pieds et demi. La vapeur de mon souffle trouble cette image  de Saint Michel.
Je m’allonge sur la paillasse à même le sol. Un lainage à grosses cottes est mon oreiller. Elles vont aimer ce corps sécant. Il faut que j’entre en méditation. La lumière faiblit sur ma conscience.
Progressivement je me vois tel que ma mère aurait dû me concevoir.
Mon visage s’allonge sur un menton glabre en galoche, gage de ma volonté. Les joues sont creuses d’une peau cuivrée reflétant la lumière. Les lèvres sont fines et presque grises. Le sourire est canin. Le nez est aquilin, encadré de deux châsses noires en amandes. Le regard pénètre les chairs. Le front est maintenant dégagé,  fuyant deux arcades d’épais sourcils hirsutes. La chevelure sombre cache des oreilles pointues. Ce sont les soies noires d’un animal de la forêt profonde. Le cou n’a pas changé mais il émerge d’un dos et d’épaules couvertes d’une fourrure d’hiver en cape d’angora. Le torse respire la fureur, les bras s’allongent vers des mains à l’allure de gants de ferme. Le ventre est muscle et s’ancre sur un bassin ossu saillant. Les jambes de sauterelle feront ma démarche nocturne silencieuse et sans mémoire.
Une fine douleur a piqué mon estomac, j’ai dormi moins d’une heure et j’ai faim. Tiens, j’ai encore sali la couverture avec mes bottes. Kelly va marmonner. Je remets mon manteau et mon chapeau est presque sec. Personne dans l’escalier, l’air de la rue  est humide mais sans pluie. Au pied d’un réverbère à gaz persiste une flaque. Je m’y dévisage : comme tu es beau, JACK !
Bertrand

images

Tout le monde lui avait dit : tu serais tellement plus belle si tu avais trente kilos de moins ! Surtout sa copine, Linda qui était pas plus grosse qu’un cure dent. Elle arrêtait pas de la tanner avec ça ! Y avait même des jours où elle se demandait si Linda ne se servait pas d’elle comme un faire valoir.
Mais bon, même François, son petit ami semblait d’accord…
Alors, elle s’était résignée. Dans le plus grand des secrets et sans grand espoir, elle avait téléphoné à « Relooking extrême », la super émission qui transformait un laideron en super canon. Et contre toute attente, elle fut sélectionnée. Elle ne sut jamais si elle avait été tirée au sort ou bien si son sort était vraiment à plaindre. Prétextant un stage de deux mois à l’autre bout du pays, elle quitta son amie et son petit ami pour la capitale.
En arrivant devant la porte de la fameuse émission un petit matin gris et triste, elle se dit que peut être elle était en train de faire une grosse connerie et qu’après tout, elle aimait bien son corps généreux, ses formes pulpeuses et ses poignets d’amour où François s’agrippait si bien. Mais bon, elle était quand même du genre fonceur et elle poussa un soupir et la porte.
Elle souffrit tous les jours, creva de faim au début, subit toutes sortes d’opérations : du nez, des dents, des oreilles. Et pourtant, Dieu sait si ses oreilles n’étaient pas ce qu’il y avait de plus moche chez elle… Elle qui détestait le sport en fit plus que de raison et parvint même à aimer ça !
Un « hairdesigner » vint poser un diagnostic et c’était catastrophique. Pourtant, jusqu’à maintenant, elle n’avait jamais eu à se plaindre de Maryvonne, sa petite coiffeuse. Il lui fit des couleurs, des mèches, des rajouts. Bref, ce n’était plus ses cheveux… Un grand artiste peintre vint la maquiller plus qu’une voiture volée… Enfin, on choisit pour elle une robe qui aurait été parfaite pour travailler rue Saint-Denis et on lui avança un miroir. Elle n’aima pas ce qu’elle était devenue, une poupée sans âme, osant à peine bouger de peur de détruire le « chef-d’œuvre ». Mais comme elle était polie et que tous ces gens s’étaient vraiment démenés pour elle, elle accepta de faire son « come-back » dans son petit village. Et puis, elle se dit aussi que ça clouerait le bec de certains, pour ne pas dire certaines. La super production s’occupa de tout et le secret fut total jusqu’au grand soir. Tout le village était réuni dans le plus grand hôtel de la région pour un événement inattendu. Lorsqu’elle apparut en haut de l’escalier, Même le maire en resta bouche bée, se demandant qui était cette poupée Barbie.
Elle souriait de toutes ses belles dents blanches qui avaient coûté si cher. Elle vit tout de suite Linda… Mais que lui était il arrivé ? Elle avait pris plus de trente kilos… Et celui là qui était en train de lui bouffer la gueule ressemblait comme deux gouttes d’eau à François !!! Alors sans trop réfléchir, elle retira son escarpin Louboutin qui coûtait trois mois de son salaire et qui était si pointu…
Fabiennecoiffeuse-fer-forge-aicha_m

Je me maquillais avec application devant la jolie coiffeuse en fer forgé que j’avais trouvée chez l’antiquaire du quartier. Je l’avais achetée avec mon premier salaire et elle trônait fièrement dans un coin de ma chambre. Rouges à lèvres, mascaras, poudres, fonds de teint, parfums, s’y côtoyaient dans un joyeux désordre.
Mais ce soir, c’était sérieux : « Tout devait être parfait ». Deux heures plus tard, après un examen minutieux dans le miroir, le résultat était à la hauteur. Mes yeux bleus, agrandis par un maquillage subtil, brillaient de mille feux. Ma bouche, légèrement surlignée, était recouverte d’un rouge éclatant et voluptueux qui lui donnait l’aspect d’une cerise charnue qu’on aurait envie de croquer.
J’avais toujours rêvé d’avoir les cheveux très longs et cette perruque lisse et brune me donnait l’air mystérieux d’une eurasienne.
La petite robe noire satinée, commandée sur le catalogue de La Redoute, moulait sans excès mon corps élancé. Ce que j’aimais le moins dans ma tenue c’était mes chaussures. J’avais des grands pieds que ne parvenait pas à dissimuler la paire d’escarpins vernis que j’avais eu tant de mal à trouver.
Je virevoltais deux ou trois fois devant le miroir de la salle de bain. Ah !  J’allais oublier le plus important : quelques gouttes de  parfum derrière l’oreille et au creux de la poitrine. Mon enfance avait été imprégnée par les effluves d’ Yves Saint Laurent que portait ma mère. Pour elle c’était « Paris »….. pour moi ce serait « La Parisienne ». On ne change pas une équipe qui gagne !
J’attrapais un petit sac en bandoulière avant de claquer gaiement la porte derrière moi. Peu importait le regard ébahi de ma voisine dans l’ascenseur. Ce soir Claudia avait remplacé Claude, c’était elle qui sortait, qui s’affichait. Elle ne voulait plus vivre dans l’ombre.
FrançoiseAyers

handicapé

 

 

 

 

 

 

Avallon

 

 

 

 

 

 

On l’appelait « GIVE ME FIVE » car il arborait toujours un tee-shirt noir « I GOT FIVE », mais surtout à cause de son éternel sourire. Malgré son handicap, c’était un éternel gagnant qui donnait la pêche à tout le campus.
Ronny était originaire d’Australie. Il nous parlait souvent de Wasana sa grand-mère maternelle aborigène. Elle  vivait près du fameux Ayers Rock  et il  y passait toutes ses vacances au sein d’une communauté fière de ses légendes.
Son métissage lui conférait une force que je lui enviais. Il avait très tôt fait preuve d’une grande précocité et, plus tard, ses exploits sportifs de basketteur en fauteuil lui avaient permis d’obtenir une bourse et d’intégrer notre campus à l’université de San Diego.
Ronny était rapidement devenu mon meilleur ami et pendant quatre ans nous avions partagé les meilleurs souvenirs de ma vie d’étudiant, jusqu’en décembre 1980.
Le campus fermait pendant deux semaines pour les vacances de Noël. Il m’avait dit devoir cette année-là passer les fêtes  en Ecosse, près de Glasgow. Sa mère venait de se remarier à un riche homme d’affaires écossais qui possédait un vieux château du XIVème siècle. Il avait l’air un peu contrarié de ne pouvoir rejoindre sa grand-mère Wasana  mais, comme toujours, sa bonne humeur avait semblé prendre le dessus sur sa déception.
La veille de Noël, à ma grande surprise,  son visage souriant apparu sur CNN aux infos du journal de 20h00. Je me rappelle avoir alors pensé : « Tiens, Ronny joue encore les vedettes », comme si mon cerveau refusait d’entendre les commentaires du présentateur : « Le corps du jeune Rony Petersen étudiant à l’université de San Diego, célèbre dans le monde du basket, a été retrouvé sans vie, flottant dans un lac près de Glasgow, où il passait ses vacances en famille ».
Françoise

Kaoula me guidait le long du sentier peu visible au travers de la végétation luxuriante et Xéna fermait la marche. Mes mains me faisaient déjà souffrir et malgré la difficulté, j’avais refusé son aide. Je devais me surpasser.
Nous arrivâmes devant une faille gigantesque au pied de ce rocher mythique dont les teintes excitaient sans cesse mon étonnement. Intrigué, je fus désespéré à l’idée de me hisser si haut. Kaoula contourna le bloc rocheux oblong et je découvris l’entrée de ce qui devait être une grotte. Les muscles de mes bras tétanisés brulaient littéralement et mon dos était totalement endolori.
Les forces me manquaient, mais je m’entêtais à faire avancer mon fauteuil sur le sable dans lequel je m’enfonçais tout en buttant sans arrêt sur les cailloux. J’étais en sueur. Mes mains frottaient fréquemment sur les parois. Les phalanges en sang. Je ne savais pas comment j’avais pu déjà arriver jusque là. Depuis deux bonnes heures, je m’évertuais à faire avancer ce maudit fauteuil. Mon énergie devait être due au breuvage repoussant que j’avais été obligé de boire avant de partir.
Puis le sentier devint si abrupt et si accidenté que je dus, vexé, abdiquer. Alors Kaoula me souleva pour me déposer sur le dos de Xéna. J’étais gêné de faire supporter mon poids à son physique si frêle. Nous marchâmes, si je puis dire, encore une heure et demi, même si j’avais perdu, il me semble, la notion du temps. Ma tête tournait. L’atmosphère était chaude et humide. Je perdais également la notion d’espace. Mais je me sentais bien.
Puis la faille s’ouvrit largement, alors mes porteurs me déposèrent délicatement. Assoiffé, Kaoula me fit boire un autre breuvage tout aussi dégouttant. Je sombrais aussitôt. Je ne sais combien de temps, mais mon voyage fut magnifique, merveilleux et bien évidemment irréel. Ce lieu que je survolais, léger, mêlant rivière scintillante, cascades chantantes, forêt moussue et château féérique me procurait une sensation intense de plaisir que je n’avais jamais éprouvé auparavant. Je faisais « un » avec ce paysage.
La fraicheur me réveilla et mes amis réapparurent rieurs, certains que j’avais partagé leur monde de transe.
J’étais maintenant rempli de force pour redescendre.
Laurent

A mon âge  tout est possible, au moins envisageable. Je ne dis pas que tout ira comme sur des roulettes mais moi et mes potes on trouvera les moyens. Mon Amérique à moi ne me suffit plus.
Depuis que je sais que l’espace est lié au temps j’explore, j’explose et je n’explique plus. Il faut aller loin.
Vers le pays des rêves où Clochette a rendu la princesse invisible derrière un rideau d’étoiles. Elle doit se prénommer Marguerite ou bien j’ai mal mené ma barque. Il me faudra remonter les cascades à la nage, escalader les pics escarpés,  lutter contre des escadrilles de corbeaux carnivores. Et je croquerai ses lèvres bigarreaux, ses pommettes reinettes, ses paupières de soie.
Vers le pays sacré, le pays de tous nos ancêtres, l’aube de notre humanité, la roche originelle, l’inselberg parmi les sables, l’ascension sans les jambes, le vertige sans la peur, la beauté avec le sens.
Venez avec moi si vous en êtes capables.
Bertrand

Je suis handicapé. On m’a installé dans ce lit. C’est parti pour la traversée de ma nuit en solitaire. Les minutes me semblent des heures. J’ai chaud…et cette fenêtre qu’on a oublié d’ouvrir ! Sans conviction, je ferme mes paupières. Je sais que je ne dormirai pas, je sais que je ne dormirai pas, je sais que…
Quelle est cette sensation bizarre ? Je flotte et sens sous mon dos la dureté d’une planche de bois. Je peine à ouvrir les yeux pour tenter d’apercevoir ce qui m’entoure. Une lumière laiteuse baigne le paysage. Je suis allongé dans une barque qui doucement dérive.
De grands arbres sombres cernent les berges et j’entends  venant du lointain une étrange mélodie. Je viens de heurter un embarcadère. Où suis-je ? Par quel sortilège ai-je abordé cette étrange contrée et dans quel but ? Je ne suis pas angoissé mais curieusement apaisé.
Un parfum suave chatouille mes narines et je sais, ne me demandez pas comment, qu’une personne bienveillante va se présenter à moi. Ca y est, elle est là, près de moi. Je sens sa présence rassurante : une odeur fleurie, un rire cristallin, une forme évanescente, puis une robe scintillante qui virevolte et, enfin ! Entouré de longs cheveux bruns, le plus ravissant des visages. Une fée ! Cette jeune fille ne peut être qu’une fée ! Souriante, elle pose délicatement sa main fine sur mon bras  et son regard franc et doux me pénètre. Parler est inutile. Les mots non prononcés résonnent dans ma tête. J’apprends, ravi, que je peux choisir le lieu où j’aimerai être téléporté et que, jusqu’à la fin de ce voyage initiatique, marcher, pour moi, ne sera plus un problème. Uluru !  je rêve depuis toujours de visiter Uluru ! Sous mes paupières, j’imagine déjà le roc âpre, rouge et imposant. Je me vois escaladant sans contrainte aucune, enfin libre de mes mouvements… c’est trop beau ! De pareils miracles ne peuvent pas arriver ; J’ai du m’endormir…je dois surement rêver…
Brusquement, quelqu’un me secoue. Une voix inconnue prononce mon prénom. J’ouvre grands les yeux et la lumière du jour m’éblouit. Je suis à nouveau dans ma chambre mais…, assis au bord de mon lit, se tient dignement un chamane…
Patricia

John était ce qu’on appelle un « Geek ». C’était la seule façon qu’il avait trouvé de s’évader de son fauteuil roulant après son accident de moto qui l’avait cloué là pour toujours.
Un bien pour un mal disait sa maman. Lui qui était si timide et réservé quand il était « valide » était un handicapé du contact. Il n’avait pas d’amis, incapable qu’il était d’aller vers les autres. Tous les gens le terrifiaient et il ne savait vraiment pas quoi leur dire. Mais depuis son accident, tout avait changé. Il s’était vraiment découvert une passion pour les mondes imaginaires au point d’en faire son métier. Il créait des jeux virtuels. Et il avait rencontré des fous, comme lui. Des gens qui l’avaient accepté tout de suite. Tout s’était fait si naturellement… Au point même qu’il avait créé un club à Sydney.
Ce club lui permettait de tester les jeux qu’il allait mettre sur le marché, de les améliorer en tenant compte de toutes les remarques très pertinentes de ses coéquipiers.
Cette année, ils avaient décidé de jouer une partie en 3 D sur un site mythique : Ayers Rock.
Ils avaient donc décidé de partir un week end pour s’immerger dans ce lieu de légende.
Il était parti deux semaines auparavant en reconnaissance et comprenant qu’il ne pourrait pas escalader le mont Uluru en fauteuil, il en avait fait le tour et découvert à l’arrière, une infractuosité, presque une grotte.
C’était donc là qu’aurait lieu le grand jeu. Tout y avait été aménagé. Mais la nouveauté était que les participants se projetteraient dans ce monde virtuel qu’ils allaient complètement inventer au fur et à mesure du jeu. John était passionné de Matrix. Les participants seraient allongés, leur esprit branché sur un écran géant. Des « arbitres » veilleraient au bon déroulement des règles et à la sécurité des joueurs. Quelques uns eurent une légère appréhension, vite dissipée, lorsqu’ils virent John se brancher tout de suite avec le sourire. Chacun devait créer au préalable son avatar. John évidemment serait un jeune homme sportif, un chasseur, un guerrier. La grande  nouveauté était que le monde dans lequel il allait entrainer ses comparses serait le monde enchanté de Merlin. Ils commencèrent donc par arriver dans l’ile d’Avallon. John ramait avec enthousiasme et ils furent bientôt sur la rive. Il attendait ce moment depuis plus de trois mois, depuis qu’il avait créé ce jeu. Et les sensations furent à la hauteur de ses espérances quand son pied se posa sur le sol… Il marchait, enfin !
Fabienne

merci-pour-ce-moment
Tu es un merveilleux amant
Merci pour ce moment
Mais pourquoi souris-tu fièrement
Tu ne vois pas que je mens ?
Françoise

Merci pour ça maman,
Comme tu m ‘as fait j’suis trop beau,
Merci pour ça maman,
Comme tu m’as fait  j’suis un salop,
Comme PAPA.
Bertrand

Merci pour se moment ! Lui ai je lancé alors qu’il se rhabillait… Et puis je suis sortie en claquant la porte !
Fabienne

Atelier du 1er juin 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 12:09

Devoir : relooking extrême

JACK
Le crachin est froid et dense sur Whitechapel. En entrant dans la pièce unique qui me sert de logement, mes vêtements laissent une trace telle la pisse d’une chienne qui marque son passage. Le parquet disjoint absorbera. J’accroche mon lourd manteau à col cheminée. Les deux gros clous qui servent de patères vont bien finir par le percer. Par dessus, le grand chapeau à larges bords dégouline.  Je garde mes bottes genouillères  car je vais repartir bientôt, à la tombée de la nuit. La fenêtre de ce premier étage me permet d’apercevoir le fleuve à proximité de la tour de Londres. Pas de chauffage mais il faut que je me lave avant de sortir.  Le broc à eau a été rempli par Kelly et la bassine est propre sur la table étroite. Une serviette trouée grise est gentiment pliée avec un coin relevé comme un salut discret.  Au dessus, un grand miroir presque désétamé est de guingois face à moi. Ce n’est plus Venise !
Je hais ce visage poupin que ces dames adulent. Ces pommettes hautes et rondes, ces grands yeux de biche aux longs cils ocres, ces iris bleus de l’océan que je n’ai jamais vu, ces sourcils elliptiques et fins, comme peignés par les quelques fils gris qui les parsèment. Ce nez droit, grec, suffisamment long pour amuser les jouvencelles. Ces lèvres carminées, ourlées sans être pulpeuses qui s’ouvrent largement sur des rangées régulières de dents fortes à l’ivoire légèrement citronné. Cette bouche-là n’embrasse pas, elle scelle. Le grand front est en partie recouvert de ma chevelure en anglaises qui tombent tels des copeaux de saule. Quand je les découvre, belle blondeur bouclée, elles sont jalouses et me nomment « Camomille ». Cette tête d’aurige ne s’accorde pas au corps d’Atlas. Le cou de bœuf surgit d’un thorax  de Néandertal, cet homme  que l’on vient de découvrir en Allemagne. Les nombreuses cicatrices qui l’ornent sont vénérées par leurs doigts suiveurs. Mon ventre lisse se creuse sous le processus xiphoïde suggérant une faim inassouvie. Les épaules sont larges, sanglées par de longs muscles à la peau tannée et douce. Les mains sont celles d’un aristocrate, seuls les ongles trahissent ma condition. Le bassin est étroit contrastant avec mes cuisses viriles. Les jambes sont légèrement torses mais s’assortissent presque avec ma taille de six pieds et demi. La vapeur de mon souffle trouble cette image  de Saint Michel.
Je m’allonge sur la paillasse à même le sol. Un lainage à grosses cottes est mon oreiller. Elles vont aimer ce corps sécant. Il faut que j’entre en méditation. La lumière faiblit sur ma conscience.
Progressivement je me vois tel que ma mère aurait dû me concevoir. Mon visage s’allonge sur un menton glabre en galoche, gage de ma volonté. Les joues sont creuses d’une peau cuivrée reflétant la lumière. Les lèvres sont fines et presque grises. Le sourire est canin. Le nez est aquilin encadré de deux châsses noires en amandes. Le regard pénètre les chairs. Le front est maintenant dégagé  fuyant deux arcades d’épais sourcils hirsutes. La chevelure sombre cache des oreilles pointues. Ce sont les soies noires d’un animal de la forêt profonde. Le cou n’a pas changé mais il émerge d’un dos et d’épaules couvertes d’une fourrure d’hiver en cape d’angora. Le torse respire la fureur, les bras s’allongent vers des mains à l’allure de gants de ferme. Le ventre est muscle et s’ancre sur un bassin ossu saillant. Les jambes de sauterelle feront ma démarche nocturne silencieuse et sans mémoire.
Une fine douleur a piqué mon estomac, j’ai dormi moins d’une heure et j’ai faim. Tiens, j’ai encore sali la couverture avec mes bottes. Kelly va marmonner. Je remets mon manteau et mon chapeau est presque sec. Personne dans l’escalier, l’air de la rue  est humide mais sans pluie. Au pied d’un réverbère à gaz persiste une flaque. Je m’y dévisage : comme tu es beau, JACK.
Bertrand

images
Tout le monde lui avait dit : tu serais tellement plus belle si tu avais trente kilos de moins ! Surtout sa copine, Linda qui était pas plus grosse qu’un cure dent. Elle arrêtait pas de la tanner avec ça ! Y avait même des jours où elle se demandait si Linda ne se servait pas d’elle comme un faire valoir.
Mais bon, même François, son petit ami semblait d’accord…
Alors, elle s’était résignée. Dans le plus grand des secrets et sans grand espoir, elle avait téléphoné à « Relooking extrême », la super émission qui transformait un laideron en super canon. Et contre toute attente, elle fut sélectionnée. Elle ne sut jamais si elle avait été tirée au sort ou bien si son sort était vraiment à plaindre. Prétextant un stage de deux mois à l’autre bout du pays, elle quitta son amie et son petit ami pour la capitale.
En arrivant devant la porte de la fameuse émission un petit matin gris et triste, elle se dit que peut être elle était en train de faire une grosse connerie et qu’après tout, elle aimait bien son corps généreux, ses formes pulpeuses et ses poignets d’amour où François s’agrippait si bien. Mais bon, elle était quand même du genre fonceur et elle poussa un soupir et la porte.
Elle souffrit tous les jours, creva de faim au début, subit toutes sortes d’opérations : du nez, des dents, des oreilles. Et pourtant, Dieu sait si ses oreilles n’étaient pas ce qu’il y avait de plus moche chez elle… Elle qui détestait le sport en fit plus que de raison et parvint même à aimer ça !
Un « hairdesigner » vint poser un diagnostic et c’était catastrophique. Pourtant, jusqu’à maintenant, elle n’avait jamais eu à se plaindre de Maryvonne, sa petite coiffeuse. Il lui fit des couleurs, des mèches, des rajouts. Bref, ce n’était plus ses cheveux… Un grand artiste peintre vint la maquiller plus qu’une voiture volée… Enfin, on choisit pour elle une robe qui aurait été parfaite pour travailler rue Saint-Denis et on lui avança un miroir. Elle n’aima pas ce qu’elle était devenue, une poupée sans âme, osant à peine bouger de peur de détruire le « chef-d’œuvre ». Mais comme elle était polie et que tous ces gens s’étaient vraiment démenés pour elle, elle accepta de faire son « come-back » dans son petit village. Et puis, elle se dit aussi que ça clouerait le bec de certains, pour ne pas dire certaines. La super production s’occupa de tout et le secret fut total jusqu’au grand soir. Tout le village était réuni dans le plus grand hôtel de la région pour un événement inattendu. Lorsqu’elle apparut en haut de l’escalier, Même le maire en resta bouche bée, se demandant qui était cette poupée Barbie.
Elle souriait de toutes ses belles dents blanches qui avaient coûté si cher. Elle vit tout de suite Linda… Mais que lui était il arrivé ? Elle avait pris plus de trente kilos… Et celui là qui était en train de lui bouffer la gueule ressemblait comme deux gouttes d’eau à François !!! Alors sans trop réfléchir, elle retira son escarpin Louboutin qui coûtait trois mois de son salaire et qui était si pointu…
Fabienne

coiffeuse-fer-forge-aicha_m

Je me maquillais avec application devant la jolie coiffeuse en fer forgé que j’avais trouvée chez l’antiquaire du quartier. Je l’avais achetée avec mon premier salaire et elle trônait fièrement dans un coin de ma chambre. Rouges à lèvres, mascaras, poudres, fonds de teint, parfums, s’y côtoyaient dans un joyeux désordre.
Mais ce soir, c’était sérieux : « Tout devait être parfait ». Deux heures plus tard, après un examen minutieux dans le miroir, le résultat était à la hauteur. Mes yeux bleus, agrandis par un maquillage subtil, brillaient de mille feux. Ma bouche, légèrement surlignée, était recouverte d’un rouge éclatant et voluptueux qui lui donnait l’aspect d’une cerise charnue qu’on aurait envie de croquer.
J’avais toujours rêvé d’avoir les cheveux très longs et cette perruque lisse et brune me donnait l’air mystérieux d’une eurasienne.
La petite robe noire satinée, commandée sur le catalogue de La Redoute, moulait sans excès mon corps élancé. Ce que j’aimais le moins dans ma tenue c’était mes chaussures. J’avais des grands pieds que ne parvenait pas à dissimuler la paire d’escarpins vernis que j’avais eu tant de mal à trouver.
Je virevoltais deux ou trois fois devant le miroir de la salle de bain. Ah ! J’allais oublier le plus important : quelques gouttes de  parfum derrière l’oreille et au creux de la poitrine. Mon enfance avait été imprégnée par les effluves d’ Yves Saint Laurent que portait ma mère. Pour elle c’était « Paris » ….. pour moi ce serait « La Parisienne ». On ne change pas une équipe qui gagne.
J’attrapais un petit sac en bandoulière avant de claquer gaiement la porte derrière moi. Peu importait le regard ébahi de ma voisine dans l’ascenseur. Ce soir Claudia avait remplacé Claude, c’était elle qui sortait, qui s’affichait. Elle ne voulait plus vivre dans l’ombre.
Françoise

1/ Ecrire une histoire à partir de 3 images différentes !
Ecrire une histoire en se faisant rencontrer les 3 éléments différents

handicapéAyersAvallon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kaoula me guidait le long du sentier peu visible au travers de la végétation luxuriante et Xéna fermait la marche. Mes mains me faisaient déjà souffrir et malgré la difficulté, j’avais refusé son aide. Je devais me surpasser.
Nous arrivâmes devant une faille gigantesque au pied de ce rocher mythique dont les teintes excitaient sans cesse mon étonnement. Intrigué, je fus désespéré à l’idée de me hisser si haut. Kaoula contourna le bloc rocheux oblong et je découvris l’entrée de ce qui devait être une grotte. Les muscles de mes bras tétanisés brulaient littéralement et mon dos était totalement endolori.
Les forces me manquaient, mais je m’entêtais à faire avancer mon fauteuil sur le sable dans lequel je m’enfonçais tout en buttant sans arrêt sur les cailloux. J’étais en sueur. Mes mains frottaient fréquemment sur les parois. Les phalanges en sang. Je ne savais pas comment j’avais pu déjà arriver jusque là. Depuis deux bonnes heures, je m’évertuais à faire avancer ce maudit fauteuil. Mon énergie devait être due au breuvage repoussant que j’avais été obligé de boire avant de partir.
Puis le sentier devint si abrupte et si accidenté que je dus, vexé, abdiquer. Alors Kaoula me souleva pour me déposer sur le dos de Xéna. J’étais gêné de faire supporter mon poids à son physique si frêle. Nous marchâmes, si je puis dire, encore une heure et demi, même si j’avais perdu il me semble la notion du temps. Ma tête tournait. L’atmosphère était chaude et humide. Je perdais également la notion d’espace. Mais je me sentais bien.
Puis la faille s’ouvrit largement, alors mes porteurs me déposèrent délicatement. Assoiffé, Kaoula me fit boire un autre breuvage tout aussi dégouttant. Je sombrais aussitôt. Je ne sais combien de temps, mais mon voyage fut magnifique, merveilleux et bien évidemment irréel. Ce lieu que je survolais, léger, mêlant rivière scintillante, cascades chantantes, forêt moussue et château féérique me procurait une sensation intense de plaisir que je n’avais jamais éprouvé auparavant. Je faisais « un » avec ce paysage.
La fraicheur me réveilla et mes amis réapparurent rieurs, certains que j’avais partagé leur monde de transe.
J’étais maintenant rempli de force pour redescendre.
Laurent

On l’appelait « GIVE ME FIVE » car il arborait toujours un tee-shirt noir « I GOT FIVE », mais surtout à cause de son éternel sourire. Malgré son handicap, c’était un éternel gagnant qui donnait la pêche à tout le campus.
Ronny était originaire d’Australie. Il nous parlait souvent de Wasana sa grand-mère maternelle aborigène. Elle  vivait près du fameux  Ayers Rock  et il  y passait toutes ses vacances au sein d’une communauté fière de ses légendes.
Son métissage lui conférait une force que je lui enviais. Il avait très tôt fait preuve d’une grande précocité et, plus tard, ses exploits sportifs de basketteur en fauteuil lui avaient permis d’obtenir une bourse et d’intégrer notre campus à l’Université de San Diego.
Ronny était rapidement devenu mon meilleur ami et pendant quatre ans nous avions partagé les meilleurs souvenirs de ma vie d’étudiant, jusqu’en décembre 1980.
Le campus fermait pendant deux semaines pour les vacances de Noël. Il m’avait dit devoir cette année-là passer les fêtes  en Ecosse, près de Glasgow. Sa mère venait de se remarier à un riche homme d’affaires écossais qui possédait un vieux château du XIVè siècle. Il avait l’air un peu contrarié de ne pouvoir rejoindre sa grand-mère Wasana  mais, comme toujours, sa bonne humeur avait semblé prendre le dessus sur sa déception.
La veille de Noël, à ma grande surprise,  son visage souriant apparu sur CNN aux infos du journal de 20h00. Je me rappelle avoir alors pensé : « Tiens ! Ronny joue encore les vedettes » comme si mon cerveau refusait d’entendre les commentaires du présentateur :  » Le corps du jeune Rony Petersen étudiant à l’université de San Diego, célèbre dans le monde du basket, a été retrouvé sans vie, flottant dans un lac près de Glasgow, où il passait ses vacances en famille ».
Françoise

A mon âge  tout est possible, au moins envisageable. Je ne dis pas que tout ira comme sur des roulettes mais moi et mes potes on trouvera les moyens. Mon Amérique à moi ne me suffit plus.
Depuis que je sais que l’espace est lié au temps j’explore, j’explose et je n’explique plus. Il faut aller loin.
Vers le pays des rêves où Clochette a rendu la princesse invisible derrière un rideau d’étoiles. Elle doit se prénommer Marguerite ou bien j’ai mal mené ma barque. Il me faudra remonter les cascades à la nage, escalader les pics escarpés,  lutter contre des escadrilles de corbeaux carnivores. Et je croquerai ses lèvres bigarreaux, ses pommettes reinettes, ses paupières de soie.
Vers le pays sacré, le pays de tous nos ancêtres, l’aube de notre humanité, la roche originelle, l’inselberg parmi les sables, l’ascension sans les jambes, le vertige sans la peur, la beauté avec le sens.
Venez avec moi si vous en êtes capables !
Bertrand

John était ce qu’on appelle un « Geek ». C’était la seule façon qu’il avait trouvé de s’évader de son fauteuil roulant après son accident de moto qui l’avait cloué là pour toujours.
Un bien pour un mal disait sa maman. Lui qui était si timide et réservé quand il était « valide » était un handicapé du contact. Il n’avait pas d’amis, incapable qu’il était d’aller vers les autres. Tous les gens le terrifiaient et il ne savait vraiment pas quoi leur dire. Mais depuis son accident, tout avait changé. Il s’était vraiment découvert une passion pour les mondes imaginaires au point d’en faire son métier. Il créait des jeux virtuels. Et il avait rencontré des fous, comme lui. Des gens qui l’avaient accepté tout de suite. Tout s’était fait si naturellement… Au point même qu’il avait créé un club à Sydney.
Ce club lui permettait de tester les jeux qu’il allait mettre sur le marché, de les améliorer en tenant compte de toutes les remarques très pertinentes de ses coéquipiers.
Cette année, ils avaient décidé de jouer une partie en 3 D sur un site mythique : Ayer’s Rock.
Ils avaient donc décidé de partir un week end pour s’immerger dans ce lieu de légende.
Il était parti deux semaines auparavant en reconnaissance et comprenant qu’il ne pourrait pas escalader le mont Uluru en fauteuil, il en avait fait le tour et découvert à l’arrière, une anfractuosité, presque une grotte.
C’était donc là qu’aurait lieu le grand jeu. Tout y avait été aménagé. Mais la nouveauté était que les participants se projetteraient dans ce monde virtuel qu’ils allaient complètement inventer au fur et à mesure du jeu. John était passionné de Matrix. Les participants seraient allongés, leur esprit branché sur un écran géant. Des « arbitres » veilleraient au bon déroulement des règles et à la sécurité des joueurs. Quelques uns eurent une légère appréhension vite dissipée lorsqu’ils virent John se brancher tout de suite avec le sourire. Chacun devait créer au préalable son avatar. John évidemment serait un jeune homme sportif, un chasseur, un guerrier. La grande  nouveauté était que le monde dans lequel il allait entrainer ses comparses serait le monde enchanté de Merlin. Ils commencèrent donc par arriver dans l’ile d’Avallon. John ramait avec enthousiasme et ils furent bientôt sur la rive. Il attendait ce moment depuis plus de trois mois, depuis qu’il avait créé ce jeu. Et les sensations furent à la hauteur de ses espérances quand son pied se posa sur le sol… Il marchait, enfin !
Fabienne

2/ Merci pour ce moment !

merci-pour-ce-momentTu es un merveilleux amant
Merci pour ce moment
Mais pourquoi souris-tu fièrement
Tu ne vois pas que je mens ?
Françoise

Merci pour ça maman,
Comme tu m ‘as fait j’suis trop beau,
Merci pour ça maman,
Comme tu m’as fait  j’suis un salop,
Comme PAPA.
Bertrand

Merci pour se moment ! Lui ai-je lancé alors qu’il se rhabillait… Et puis je suis sortie en claquant la porte !
Fabienne

 

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