Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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23 mai, 2015

Atelier du 18 mai 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:57

Devoir : Lorsqu’une catastrophe survient, les hommes se rangent en deux catégories : ceux qui croient en un acte de Dieu et ceux qui pensent à la malchance (Maxime Chattam).

41730Lorsqu’une catastrophe survient, les hommes se rangent en deux catégories : ceux qui croient en un acte de dieu et ceux qui pensent à la malchance.
Dans cette deuxième hypothèse, la moindre variation du scénario antérieur peut favorablement modifier le cours des choses. Le sujet a donc, en partie, prise sur les évènements (une vie saine par exemple, peut limiter certains problèmes cardiaques. De bonnes fréquentations  diminuent le risque de rencontres avec des malfrats etc.).
Par contre, s’il s’agit de volonté divine, aucune échappatoire ! Dès lors, pourquoi se battre et tenter d’infléchir la trajectoire d’une vie ?
Convaincu de tenir fermement les rênes de son existence, Benjamin Turpin, fervent défenseur de la théorie du libre arbitre, pensait tout autrement. Levé dès l’aube, il démarrait le marathon de ses journées par une demi-heure de méditation, enchainait avec une heure d’exercices d’assouplissement et de musculation avant d’ingurgiter un copieux petit déjeuner, toujours bio et bien équilibré. Au travail, souriant, altruiste et participatif, il avait su créer autour de lui ce petit noyau de fidèles, voire admiratifs, collègues lui permettant de justifier une activité professionnelle un peu rébarbative.  Des chiffres, encore des chiffres, toujours des chiffres peuplaient de longs jours de labeur qu’il entrecoupaient de deux pauses-café, moments précieux inconsciemment destinés à renforcer les liens entre membres de sa petite cour. Pas de perte de temps, dès 17 heures, à la sortie du bureau, une petite heure de jogging ( et ce, qu’il pleuve ou qu’il vente) participait à ce qu’il nommait modestement son programme super top de mise en forme.
Notre héros ne se contentait pas seulement d’entretenir son corps mais aussi son esprit et son âme. Trois fois par semaine, il se rendait dans les locaux d’une association caritative où avec quelques humanitaires enthousiastes, il tentait de mettre en place des plans de réinsertion efficaces. Couché, relativement tôt, après la lecture édifiante de quelques journaux confortant ses idéaux, il s’endormait serein. Cette existence gratifiante semblait programmée pour une très longue durée, au moins jusqu’à ce que Benjamin, entouré et choyé, finisse dignement ses jours à un âge avancé.

 Le matin du 15 mai  2015, alors qu’installé dans le bus n° 33, il tentait, à forces de sourires engageants, de capter l’attention de son entourage immédiat, le véhicule freina brusquement, projetant Benjamin sur sa voisine de droite. Il s’agissait d’une femme entre deux âges, bien mise bien que simplement vêtue, dont il n’avait pas encore aperçu le visage. Depuis qu’il s’était installé à ses côtés, cette inconnue était restée ostensiblement tournée vers le paysage urbain, un peu monotone, d’un de ces nouveaux quartiers en construction.
Benjamin profita de l’opportunité des excuses de circonstance, pour tenter de croiser le regard de l’indifférente. L’inconnue ne broncha pas, la tête obstinément tournée vers la vitre… Son amour propre égratigné par cette hostilité inhabituelle, il tenta  de provoquer une ébauche de conversation, réitérant ses excuses, puis évoquant l’architecture des bâtiments récents, trop moderne à son goût. C’est alors que lentement, la femme se retourna, dardant sur lui deux prunelles noires et indignées où il put déceler autant de colère que de mépris. Cette femme, ce fantôme, n’était autre que sa tante Paula. Celle qui, suite au décès accidentel de ses parents, l’avait recueilli à l’âge de 8 ans et l’avait tendrement élevé jusqu’au jour fatal où, à peine majeur, il avait, sur un coup de colère, claqué la porte à  11 ans d’amour et de dévouement. Plus jamais il n’avait franchi le seuil de la maison ni même passé ce coup de fil qu’elle avait désespérément attendu. Sans un regard en arrière, il avait quitté ce cocon, prêt à en découdre et à affronter vaillamment  la route  qui le mènerait à la réussite. Lui, il saurait mieux mener sa barque que sa tante, coincée dans une vie étroite dont elle semblait si bien s’accommoder. Il  était parti et en chemin avait égoïstement  effacé toutes ces années de tendresse et d’attention. Malgré trois décennies écoulées  et les kilomètres qu’il avait mis entre ces deux mondes, son passé lui éclatait brusquement à la gueule.
Simple malchance dans le chaos de l’univers ou doigt intentionnel de dieu  et son manège de  culpabilisation, réparation, rédemption ? Quel libre arbitre aurait-il pu avoir pour éviter cette rencontre fortuite ou programmée ? Aucun. C’est ainsi que font font font les petites marionnettes dans ce monde où tout ne tourne pas bien rond.
Patricia

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Renato était un bel Italien. Il devait avoir 35 ans lorsque je l’avais rencontré au début des années 1970. C’était le cousin germain de mon mari. Nous étions en voyage de noce et je faisais connaissance avec cette grande famille qui avait immigré dans un petit village de Dordogne au moment du fascisme. A cette époque, suivant les vieilles traditions, les hommes italiens étaient soit maçons, soit curés.
- Je te présente mon cousin l’abbé Renato.
En me retournant j’aperçus un très bel homme qui avait tout d’un tombeur : « cheveux bruns, yeux verts, peau dorée, sourire ravageur et chaleureux ». Je me souviens d’avoir pensé : « Eh bien, il doit y en avoir des paroissiennes à la messe le dimanche à Saint Antoine de Breuilh » !!!!
Renato portait un jean et un col roulé et rien ne le distinguait des autres hommes de la famille, si ce n’était cette aura qui émanait de lui en toute circonstance. Il ne quittait jamais sa guitare et nous improvisait de superbes soirées dans les jardins familiaux. Ce grand gaillard rayonnait de bonté et de joie de vivre.
Les années passèrent, ponctuées par nos retours réguliers en Métropole pour les vacances. La famille était grande et il n’était pas toujours possible de les revoir tous. Mais un jour, une pensée me traversa : « Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas revu l’abbé Renato » ; et chose étrange, je me rendis compte que personne ne parlait plus de lui. Alors qu’il avait été la fierté de toute une famille on ne prononçait plus jamais son nom.
Je questionnais alors l’une de mes belles soeurs :
- Comment va Renato  ?
Son visage se figea. Apparemment très gênée, elle m’entraîna à l’écart et me révéla :
- Renato est mort il y a deux ans des suites d’une hépatite foudroyante qu’il avait attrapée lors d’une transfusion sanguine.
Je m’entends encore lui répondre : « comme c’est injuste de mourir si jeune ». Elle me fit alors comprendre que la conversation était terminée et je mis cela sur le compte de sa peine.
Le soir même j’interrogeais mon mari pour en savoir plus. C’est ainsi que j’appris que Renato était tombé amoureux d’une de ses paroissiennes. Au grand dam de sa famille et de tout le village, il avait alors décidé de renoncer à ses voeux pour vivre en couple. Les prêtres défroqués perdaient à cette époque toute considération de leurs proches qui vivaient cette épreuve comme la pire des hontes. Pour eux, surtout les plus âgés, la maladie qui l’avait si vite emporté, n’était autre que le châtiment de Dieu.
Françoise

1/ Ecrire sur une musique : James Horner : https://www.youtube.com/watch?v=-4w7bLANKEQ

ma-flamingos

C’était la mi-avril, et demain serait le grand départ ! Notre grand chef Hector, le plus solide, nous octroyait les places dans la formation. J’étais tout jeune et pour moi, c’était la première fois ! J’étais très angoissé. Je ne pouvais pas compter sur l’aide de ma mère ou de mon père qui avaient tout deux été tués par des chasseurs. Nous étions trois dans mon cas et Hector vint vers nous et nous rassura, de sa voix grave. Certes, nous étions orphelins mais nous pouvions compter sur le groupe. Tous nous aideraient. Mais maintenant, il fallait se reposer, dormir, pour être en pleine forme demain matin, car nous partirions dès l’aube. Ma nuit fut agitée, je m’endormis très tard. Dès les premières lueurs du jour, Hector nous invita à pêcher. La route serait longue et nous devions prendre des forces.
Et puis ce fut le signal. Tous les plus forts se mirent devant, les mères derrières. Nous primes notre envol et ce fut comme si un immense nuage rose décollait de terre pour rejoindre le ciel. Moi qui avais à peine volé autour du grand lac Bogoria, je me sentis tout déboussolé, le cœur au bord des lèvres… Je regrettais de quitter ce endroit merveilleux… Mais j’entendis les anciens parler de notre destination, la Camargue, avec beaucoup d’émotion.
Au début, ce fut un peu cahotique, puis chacun trouva sa place et l’ensemble devint harmonieux. Je commençais à prendre de l’assurance et pus admirer les paysages que nous traversions. La savane à perte de vue où paissaient tranquillement des éléphants, des girafes. J’eus froid dans le dos quand je vis un guépard, rapide comme l’éclair, chasser une frêle antilope. Je fermais les yeux au moment fatidique où la mâchoire acérée se planta dans le cou si gracieux.
L’altitude m’enivrait. Je me sentais libre comme l’air. Comme c’était bon de voler, voler, avec tous ceux de mon clan.
Nous traversâmes de grandes forêts coupées ça et là de rivières bondissantes. C’était si beau ! Des larmes me vinrent aux yeux devant la beauté de tous ces paysages. Que j’étais heureux d’être un flamand rose !  Mais la fatigue ne tarda pas à se faire sentir. Nous avions volé presque toute la journée et à mon grand soulagement, Hector nous fit signe de descendre afin de trouver un abri pour la nuit. Cette première journée avait été éprouvante mais le voyage ne faisait que commencer et il fallait s’économiser.
Fabienne

411363
C’était pour lui qu’elle assurerait désormais sa survie. Elle l’avait ressenti dans son for intérieur. Le galop des battements de son cœur lui insufflait un second souffle dans sa vie de souffrance.
Elle continuerait peut-être le dur labeur des champs. Elle se plierait aux exigences des chaleurs extrêmes de l’été. Elle s’aventurerait encore dans les froides nuits hivernales. Mais elle se le promettait : elle serait là quand il reviendrait.
Car il reviendra, elle en était sûre. Elle l’avait compris au premier regard. Le  premier et le seul, du reste, qui lui avait paru durer comme une promesse d’éternité, alors qu’il avait tout juste traversé au grand galop le champs où elle s’échinait à moissonner la paille.
Quelques secondes avaient suffi à la plonger dans le bleu de son regard. Quelques secondes avaient suffi à lui donner envie de vivre alors qu’il chevauchait vers une contrée lointaine où l’attendaient les combats, le sang et la mort.
Mais elle ne voulait rien voir que la liberté pour laquelle il partait combattre.
Elle ne regardait plus la triste réalité de son quotidien mais s’inventait désormais des lendemains ensoleillés du même éclat qu’elle avait perçu dans son regard.
Elle en était sûre, c’était pour lui qu’elle vivrait désormais.
Sylvie

Sur son cheval fougueux, il parcourait la lande. Cheveux au vent, il se sentait revivre. L’ai froid du petit jour lui fouettait le sang.
Sous ses jambes musclées, les flancs de sa monture palpitaient. La vie, telle une fleur féconde s’ouvraoit pour lui offrir toute la beauté du monde et ce parfum de liberté plus entêtant et profond à chaque foulée.
L’odeur puissante de la terre humide montait à ses narines et l’enivrait plus sûrement que le plus capiteux des vins.
Libre ! Il était enfin libre ! Et c’est au galop qu’il rejoignait sa bien-aimée, la tendre et fière Maïwen, souveraine respectée du peuple irlandais.
Patricia

Vide-grenier-spDans le grenier de ma grand-mère
Ma petite jupe légère
Virevolte telle une corolle
Et très vite je décolle

Tourne tourne petite princesse
Ton coeur est rempli d’allégresse
Danse au son de cette musique
Qui t’emmène dans des endroits magiques

Vole vole jusqu’aux cieux
Et ferme tes grands yeux
Baignée par cette mélodie
Tu atteins le paradis

Au milieu des notes harmonieuses
Je t’imagine gracieuse
Tu me parles tendrement
Toi ma jolie maman

Mais soudain la musique se tait
Et tout mon rêve disparait.
Françoise

moine-bouddhiste-thailande

Le pays du matin calme ne se laisse pas approcher facilement. Depuis l’aéroport mon taxi avait l’ordre formel de rapidement laisser derrière nous les gratte-ciel glacés puis les banlieues chic avec leurs immeubles numérisés puis les banlieues ouvrières avec leurs immeubles numérotés. Cette fuite  programmée me menait  au nord-ouest vers la mer. J’avais vu les images de ces temples du rivage. Le lieu choisi était une île, colline coquillage plantée à un quart de li de la plage de galets. A cette heure tardive les herbes folles prenaient des teintes ocre et frissonnaient telles des chevelures dans le vent léger. La barque glissait dans un clapotis léger, sans un mot du pécheur godillant lentement. L’arrivée était telle qu’en mon rêve. Le ponton était désert sans même un seul oiseau. Sans hésiter, je pris mon léger bagage sur le dos, remerciai le vieil homme silencieux. J’élevai mon regard vers la colline. A son sommet, le sourire serein de l’homme en robe couleur curcuma m’attendait. Le vrai chemin, enfin.
Bertrand

2/ Plus personne ne bouge !

_th1_Jeu_1_2_3_soleilUn , deux, trois ; un, deux, trois : soleil !
Il s’est enfuit le temps vermeil,
Rien ne sera jamais pareil.
Je voulais tant que rien ne bouge
garder l’enfance en robe rouge.
Un , deux, trois ; un, deux, trois : soleil !
Il s’est enfuit le temps vermeil.
Patricia

Que se passe-t-il là-haut ? Plus personne ne bouge ? Vous êtes tous morts ou quoi ? C’est mon tour, aidez- moi. Je dois faire un mot avec ces foutues lettres. Et, mes neurones, remuez -vous  !!! A cause de votre inertie je vais encore perdre cette partie de Scrabble et je devrais une fois encore faire face aux sarcasmes : « Tu participes bien à un atelier d’écriture ….. ».
Françoise

20081219Modeles_1Elle avait dit en tapant dans ses mains : plus personne ne bouge… Et voilà deux heures que je n’avais pu remuer ne serait-ce le petit doigt. Mes muscles commençaient à s’ankyloser et j’avais des crampes sournoises qui ne tarderaient pas à me faire souffrir. Au début, j’avais cru que c’était de l’argent facilement gagné : deux cents euros pour trois heures !

Mais maintenant, je savais que ce n’était pas si facile d’être modèle aux Beaux-Arts !
Fabienne

17 mai, 2015

Atelier du 11 mai 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 0:12

Devoir : 4 mots
Genoux – otage – affiche – perpendiculaire

1004233950_smallA genoux

A genoux sur la moquette bleu clair du bureau, elle pompait laborieusement le petit sexe flétri qui pendait devant son visage crispé. Ce lambeau de chair molle la dégoutait, son odeur douceâtre l’écoeurait. Les deux mains agrippées aux hanches de l’homme, elle le suçait en fermant les yeux pour ne pas voir la scène triviale qu’elle imaginait pourtant. Ses efforts étaient vains, l’homme ne bandait pas. Elle se demanda s’il allait interrompre la séance, de guerre lasse, s’il allait se fâcher… Mais non, au contraire, il lui saisit la tête, l’appuya plus fortement sur son entrecuisse et l’encouragea :
- tu aimes ça, hein ? Tu en veux encore, hein ? Salope ! Allez, vas-y ! plus vite ! Putain que c’est bon !
Et voilà, se dit-elle, les mots sales commençaient, il allait s’exciter et peut-être serait-elle vite débarrassée cette fois de l’humiliation imposée. Le nez dans les poils rêches, elle suffoquait un peu, mais le sexe se dressait enfin et elle vit son calvaire bientôt terminé. Il grognait maintenant en lui donnant de grands coups de rein qui enfonçaient son sexe dans sa gorge :
- Oui, oui, comme ça, rrra…
Elle accéléra la cadence et reçut enfin en plein visage son sperme puant.
Ouf ! C’était fini. Elle s’essuya, se releva, tandis qu’il remontait sa braguette, passait derrière son bureau, mettait ses lunettes et, comme si rien ne venait de se produire :
- Mademoiselle Dupin, veuillez noter…
Cela avait commencé le premier matin du premier jour de son stage. Elle venait de terminer sa seconde année de secrétariat et elle avait eu la chance (la chance ! Tu parles !) d’être acceptée dans ce grand groupe très connu qui allait lui ouvrir les portes du plein emploi, lui avait-on dit.
Dès son arrivée, donc, le patron l’avait convoquée pour la « former » et il lui avait détaillé par le menu la prestation qu’elle devrait exécuter tous les matins. Elle pouvait refuser, oui, mais dans ce cas, il choisirait une autre stagiaire, n’est-ce pas ? Si elle acceptait, il s’engageait à rédiger de chaudes recommandations pour qu’elle trouve un emploi à sa sortie de l’école, il était puissant, sa parole avait du poids dans la profession…
Elle n’avait pas osé dire non : comment justifier son refus auprès de son école, de ses parents qui s’étaient réjouis si fort de l’obtention de ce stage ? Elle n’avait pas eu le courage d’affronter l’incompréhension, le scepticisme peut-être.
Après cette séance quotidienne d’ouverture, la journée se déroulait normalement, et même plutôt agréablement : c’était un patron intelligent, pédagogue, brillant, elle apprenait beaucoup à ses côtés. Jamais un geste déplacé, jamais une parole désobligeante. Il ne l’effleurait pas, ne lui lançait aucun sourire égrillard, il était courtois, ne se permettait aucune familiarité et ne tolérait pas qu’un autre employé ou un client lui manquât de respect. Un patron idéal, voilà comme il apparaissait aux yeux de tous.
Pourtant elle était anéantie ! Elle était toute jeune, c’était la première fois qu’elle était ainsi forcée, humiliée, elle n’osait en parler à personne, mais sa mine parlait pour elle…
Quand elle descendait à la cantine, elle voyait bien que les employés la scrutaient. Alors elle se faisait toute discrète, ne parlait à personne, se ratatinait de jour en jour.
Un midi pourtant, une employée vint à sa table et lui dit tout de go :
- Il te fait faire ça aussi, n’est-ce pas ?
Les vannes s’ouvrirent, elle déballa tout en pleurant. Aussitôt, les autres se joignirent à elles :
- On sait, toutes les stagiaires y passent, c’est scandaleux, il faut que cela s’arrête ! Et on a eu une idée, si tu es d’accord…
Elle résista un peu parce qu’elle avait peur et honte, mais sa colère l’emporta. Le plan fut mis au point dans la soirée.
Le lendemain matin, elle arriva au bureau avec une courte perruque blonde. Le patron leva un sourcil interrogateur mais dans le fond cela ne le dérangeait pas et il ne fit aucune réflexion.
Leur petite séance de déroula comme à l’habitude, réglée comme une horloge et dix minutes plus tard ils commençaient à travailler.
C’est à 17h30, juste avant le départ du patron que l’orage s’abattit sur lui : la porte s’ouvrit à la volée et tous les employés entrèrent en masse. Il n’eut pas le temps de comprendre, de téléphoner à la sécurité, il se retrouva lié à son fauteuil, les deux mains dans le dos :
- Vous me prenez en otage ! Mais pourquoi ? Si vous avez des revendications, on peut discuter, tandis que là, vous vous mettez dans de sales draps, ça va vous coûter cher, soyez raisonnables ! Vous ne voulez tout de même pas aller en prison pour séquestration !
- Regardez plutôt et vous comprendrez qui est dans de sales draps !
Un ordinateur fut placé devant lui.
Le film était très bien monté, très explicite, du beau boulot, vraiment !
Juste en face du vaste bureau du patron, il y avait une affiche posée à la perpendiculaire d’une console : elle le représentait en pied, en « majesté », en quelque sorte, au moment où il recevait la légion d’honneur des mains du président de la république lui-même. C’est derrière son noeud de cravate que l’on avait caché la caméra. Ainsi, ironie du sort, il avait lui-même filmé ses propres turpitudes…
La jeune stagiaire, filmée de dos et avec sa perruque blonde était méconnaissable. Mais le patron, bien cadré de face, l’était parfaitement, lui !
FaceBook ? Youtube ? Vos clients ? Vos fournisseurs ? L’inspection du travail ? Votre femme ? Vos enfants ? Votre belle-mère ? A qui voulez-vous montrer ce chef-d’oeuvre ?
Il était loin d’être stupide, il comprit très rapidement ce qu’il pouvait perdre, alors il signa : « je reconnais avoir imposé à mes stagiaires des actes que la morale réprouve et je m’engage sur l’honneur (!) à ne plus recommencer ».
On conserva le film en lieu sûr et la jeune stagiaire fut fêtée : plus jamais elle ne serait obligée de se mettre à genoux !
Huguette

bus

TES GENOUX

De tes genoux si sages
Chaque jour je suis l’ otage
Depuis que sur eux mon regard s’est posé
Ils m’aident à démarrer la journée

8H05 tous les matins
Je saute dans mon bus plein d’entrain
Pour toi mon plus gracieux sourire j’affiche
Même si parfois j’ai l’air godiche

Nos genoux perpendiculaires se frôlent
Et ce simple contact m’affole
Peut-être demain j’oserai
Peut-être demain je t’aborderai
Françoise

1953456
A genoux, une femme à genoux ! Voilà ce qu’elle était devenue !
Otage de la routine qui peu à peu l’avait ficelée à  une vie médiocre, elle traversait rêveuse, presque nauséeuse, le gris ouaté de journées floues et insipides. Au dynamisme de sa jeunesse avait succédé une période de révolte, puis, de résignation pour enfin s’achever dans une angoissante sensation de vacuité. Le sourire, à l’affiche sur son visage, quand passaient de  rares visiteurs, avait fini lui-même par s’estomper, se délaver. Avait-elle seulement encore un visage, un corps ?
Un matin, elle constata que les murs de sa chambre n’étaient plus perpendiculaires au parquet. Ses yeux fatigués  suivirent, étonnés, une diagonale étrange transperçant la pièce. Partant du sol vers l’angle droit du plafond, un rai de lumière mordorée venait se noyer dans une large flaque lactescente. Un picotement insolite taquinait ses mains  immobiles encore crispées sur ses draps froissés.  Une réconfortante chaleur s’immisça progressivement en elle, la libérant d’un poids énorme dont elle avait délibérément nié l’existence. Son corps  ainsi  lesté s’allégeait, s’allégeait… Bientôt, elle put même s’en affranchir et connut la  merveilleuse sensation de l’envol.  C’est alors qu’un bruit désagréable et de violentes secousses la forcèrent à réintégrer sa prison de chair. Trois jeunes et vigoureux pompiers étaient penchées sur elles, l’air soulagé
Les cons ! Ils avaient tout gâché !
Patricia

lourdes-grotto

L’interminable procession des pèlerins attendait de pénétrer à tour de rôle dans la grotte : les premiers, à genoux, ayant fait un vœu quelconque s’infligeaient ce « calvaire ». Suivaient les pèlerins à pied, puis finalement ceux en fauteuil roulant. J’en vis même un, sur un brancard, dans un état proche de la léthargie.

Ce qui me frappa le plus fut le silence de toute cette assemblée recueillie. Et puis, je ressentis presque physiquement toute la souffrance de tous ces gens.

Dans une allée perpendiculaire, mon attention fut attirée par une queue immense de croyants semblant attendre quelque chose. Je m’avançais et vis l’affiche juste au-dessus d’une source :

« Demandez l’eau miraculeuse
de la grotte
Petit flacon : 5 euros
Grand flacon : 10 euros ».

J’étais écoeurée. Décidément, ici, tout se monnayait : les cierges, les statues, les prières, et même l’eau. Devrais je payer pour avoir respirer l’air saint ? Cela voulait il dire que ceux qui payaient plus auraient droit à un miracle ? L’espoir devenait l’otage de la foi !
Fabienne

Mon genou gauche fixé quelques minutes à la perpendiculaire m’a encore pris en otage la nuit dernière. Il est des perpendicularités plus ou moins gênantes. Celle-là, bien que le plus souvent indolore, réduit à l’impuissance tous les organes situés au-dessus. L’autre jambe n’existe plus.  En cet instant là, ce fut violent, transfixiant mais bref. TVB, tout va bien, me suis-je dit. La douleur, surtout chez le septuagénaire, est une manifestation de la vie.
L’articulation du genou peut me représenter. Peu élégante, elle fonctionne dans un seul plan, selon un angle limité sans pouvoir se tourner ou se retourner sauf entorse au règlement. Elle est gênée par un indispensable petit os situé en devanture. Il ne tourne même pas mais on l’appelle rotule. Il se cogne à tous les meubles et en ce cas on le nomme boulette du genou, surtout si le meuble est québécois. Elle peut être la cible d’un marteau par pur réflexe.
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai été long, lourd, lent.  Mon emploi de secrétaire adjoint du consulat de  Norfolk m’a donné une position assise au long cours. Dans mon métier j’ai été bilingue du silence.  Le trajet même depuis mon domicile était rectiligne et plat.  Seuls quelques craquements de cartilage ont pu être perçus par de rares témoins. Au fil du temps les éclats de bulles d’azote furent plus fréquents et les auditeurs moins nombreux encore. Pas un pet de travers ni même perpendiculaire.
Bertrand

I
C’était du côté d’la Huchette
Qu’ils l’ont vue pour la première fois
A dix sept ans, cette fillette
Du loup n’avait pas peur ma foi
Ses genoux ronds, sous son jupon
Jubilaient au son d’la musique
Dans leur blouson, Jules et Simon
Trouvaient ça plutôt sympathique

 REFRAIN
Il y a des chemins de traverse
Des parallèles qui se croisent pas
Pis des obliques qui vous renversent
La vie c’est pas toujours tout droit
Si parfois elles te font la nique
Perpendiculaires à l’envers
Il suffit d’apprendre sa musique
Le temps s’enfuit et revient pas

 II
Elle devint leur poupée fétiche
Elle dansait d’un air fripon
Et leur faisait ses yeux de biche
Ses hanches embrasaient les garçons
Ils l’invitèrent, au cinéma
« Prise d’otage » était à l’affiche
Dans un café sur le boul’mich
Un dernier verre, elle accepta

III
Après ils la raccompagnèrent
Jusque chez elle, rue Quinquempoix
Son parfum, ses jolies manières
Et aussi le son de sa voix
Affamèrent les jeunes loups
Le vin leur coulait dans les veines
Elle finit sur le galetas
Septième étage, porte cinquième
©Aline Mori, Nouméa, 01/05/15

1/ La chanson de Maggie (France Gall) : écrire la suite de la chanson de France Gall

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App’lez-moi Maggie, app’lez-moi Maggie
Mon domaine c’est la nuit…
Et surtout pas de bruit
La maisonnée est endormie

Je saute du lit en ronronnant
Et descend l’escalier en courant
Tremblez souris et souriceaux
Je vais vous réduire en lambeaux !

Vous n’échapperez  pas à mes dents acérées
Car je suis la plus grande guerrière du quartier
Mais quelle sont ses voix aiguës
Qui se moquent de mon gros cul ?

Appelez-la Maggie Appelez-la Maggie
De croquettes et de lait elle est remplie
On ne risque rien avec elle
A nous toutes les poubelles !
Françoise


Appelez-moi Maggie, appelez-moi Maggie,
mon domaine est la nuit.
Ma vie c’est l’oubli, chaque jour un sursis,
Chaque heure de la pluie, le sommeil en plein midi,
La fumée de mes envies, l’inconnu des bras amis,
La liqueur comme celle du puits,
Ta vigueur dans mes replis,
Rejoins-moi que je te fuie.
Signé : Irlande Ecosse.
Bertrand

App’lez-moi Maggie, app’lez-moi Maggie
Mon domaine c’est la nuit…
Dès que la maison est silencieuse,
Je me glisse tel un fantôme
Je visite tout, je suis très curieuse
Je connais tout de ces femmes et de ces hommes

Je fais un festin des reliefs d’un dîner
Et au matin, je rentre rassasiée
Mes comparses aimeraient savoir où je vais
Mais je reste muette, c’est un secret.

Une nuit comme les autres, pourtant,
Un grand chat noir que je ne connaissais pas
A joué avec moi, m’a mise entre ses dents
Et m’a fait passer de vie à trépas.

Appelez moi Maggie, appelez moi Maggie,
Mon domaine c’était la nuit
J’étais une toute petite souris.
Fabienne

DSC_2748Vertige, vertige du vide sidérant.
Tu portes une étoile frontale, une liste.
Là dedans seraient tes soleils galactiques?
Vers quoi me mèneras-tu, animal têtu?
Mes rênes sauront-elles maîtriser nos querelles?
Bertrand

C’était la première fois que je voyais un cheval ! J’étais si impressionné ! Qu’il était grand ! Il a même fallu que je monte sur une petite échelle pour arriver jusqu’à ses yeux. Je me suis présenté à lui et son regard était bienveillant, amusé même. Il a hoché la tête et tout de suite, le courant est passé entre nous. Je me suis mis à lui raconter des histoires. Toutes les histoires que je n’arrivais à raconter à personne. C’était la première fois que je parlais. Je n’ai rien à raconter aux humains, n’importe comment, ils ne peuvent pas comprendre. Tout le monde se demande bien ce que je peux lui dire. Mais c’est mon secret.

Maintenant, on me surnomme « le gosse qui murmure à l’oreille des chevaux ».
Fabienne

9 mai, 2015

Atelier du 4 mai 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:17

Atelier hors les murs, à la galerie photo LABEL IMAGE pour écrire des textes sur une exposition de Bertrand POUGET : feu et glace

-1

1Et je vole et je danse
Libérée de toute attache
Vers le ciel je bondis
Mireille

Aux premières lueur de l’aurore,
Il exhala son dernier soupir.
Son âme alors quitta son corps
Et rejoignit le monde des esprits.
Fabienne

5Seul dans la nuit, j’attends ma proie
Que goulument je dévorerai
Avant qu’à son tour elle me consume
Mireille

Plante carnivore
Tu hurles à la mort
Transperçant les ténèbres de ta flamme funèbre
Tu expulses ta haine dans un cri de désespoir
Laurent

FEU FOLLET
Sa gueule
Clapet vénéneux
S’ouvrit dans la nuit profonde
Elle attendait son heure pour dévorer
Les mémoires accumulées
Pages noircies
Feuilles jaunies
Par le temps
S’arcboutaient
Happées irrésistiblement
Par  le végétal oriflamme
Qui dansait dans le vent
Elles se fanèrent à l’envi
Pour s’envoler vers
Son ventre gargouillant
Crépitant d’impatience…
Tapie dans les bois
La prédatrice monstrueuse
Savourait à l’avance le festin
Que l’homme lui avait concocté
A la lisière de la forêt centenaire
Aline

10Le cheval de feu observe les décombres de ma vie.
Perplexe, il se demande ce qui en jaillira.
Mireille

 

12Monstre des souvenirs qui me bouffait
Maintenant le feu t’éteint
Enfin libre, je m’élance sur le chemin de la vie
Mireille

C’était un véritable autodafé… Je brûlais méthodiquement cinquante ans d’archives familiales, le coeur un peu serré, les yeux vagues. C’était comme si je regardais se tordre dans les flammes puis se consumer mes ancêtres. Et soudain je l’ai vu, là, sorti de la gueule béante d’un livre de comptes, mon père ! Tel qu’il était dans mon enfance, très brun, moustache et barbichette bien taillées. J’ai eu un mouvement de recul, j’ai cru qu’il venait me persécuter, se venger de l’incendie criminel que j’avais allumé. Mais non ! Son oeil malicieux et son large sourire me convainquirent qu’il comprenait mon geste : fais-en une fête ! Semblait-il dire. Fais-en une oeuvre d’art, me dis-je, pour que le souvenir au moins persiste.
Huguette

C’est dans les flammes qu’elle avait décidé de laisser son message : un visage apparut à peine éclairé à la lueur du roman auquel elle avait donné vie depuis tant d’années. Elle réalisait enfin ce pour quoi son auteur l’avait créée. Elle, qui n’avait été qu’un spectre dans l’imagination de ses lecteurs, avait désormais une vie, même si celle-ci partait déjà en fumée. On pouvait même entendre sa voix au travers des crépitements qui résonnaient dans la nuit comme une confession.
Sylvie

Bloquée là au coeur des flammes
J’ai souffert de tant de blâmes
Et pourtant je n’ai rien volé
Et toujours mes comptes étaient équilibrés
Françoise

La foule compacte gémit et s’agite
Cernant de toutes parts le grand bûcher.
Depuis longtemps déjà, le linceul n’est que cendres.
La Mort, indifférente, offre au peuple médusé l’ultime regard du grand chef :
Deux larges orbites creuses trouant une face décharnée
Patricia


13Fantôme d’or massif plus léger que l’air
Je virevolte en caressant la panthère de feu
Mireille

Les esprits m’envoyaient un message
C’est par là qu’était le passage
Par là que je devais continuer de marcher
Le chemin était tracé
Je ne devais pas me tromper
Fabienne

 

17De papier et de rien nous sommes faits
Qu’un simple feu emporte
Mireille

Emergeant du magma d’un soleil couchant,
L’aigle majestueux s’élève,
Frôlant l’à-pic de monts infertiles
Patricia

Que fais-tu là au milieu des cendres
Vas-tu enfin le comprendre
On ne veut pas de toi dans cette aventure
Corbeau de mauvaise augure
Françoise

Dans les profondeurs de l’océan
Des monstres effrayants
Attendent patiemment leur heure
Fabienne

1De la fange émerge un homme nouveau
Pur, fragile et beau comme le cristal.
Mais aussi éphémère que la vie,
Dans la terre il retournera
Mireille

Dans les méandres de ton corps affamé
un fœtus pâle déjà se dessine et ta vie prend sens.
Patricia

HUMUS
Mon enfance brûla
Nuitamment
Se dessinant sur l’humus
Transparence gelée
Fœtale
Se délitant sur la terre
Durcie par l’hiver
L’enfant que je fus
Se profila
Avant de tirer sa révérence
Me faisant signe
Une dernière fois
Souvenir dissout
Doucement
Dans le sein de la terre Mère
Qui m’attend
Aline

4
La neige recouvrait le sol gelé.
On ne voyait que les casques des guerriers
Qui, tremblants, attendaient l’assaut final.
Fabienne

Le crocodile pleure
Au milieu de la glace il a peur
Il va bientôt mourir gelé
Même la lune ne peut le réchauffer
Françoise

La terre n’est plus.
A l’infini répond l’infini…
Effrayés et éblouis, nous divaguons dans le sillage d’une myriade d’étoiles
Mais peu à peu se dessine l’éclat rassurant de notre prochaine escale.
Patricia

16Je ne voulais pas être agricultrice
J’aurai voulu être une artiste
Regardez cette silhouette gracieuse
C’est bien moi cette jolie danseuse
Françoise

 

14Dieu était sagement assis et attendait.
Il avait réuni en conseil tout l’univers
Les animaux du ciel, de l’eau et de la terre.
Il avait convié aussi
Le monde des esprits
L’heure était grave face à la menace de l’humanité.
Fabienne

4A  la lueur d’une torche,
La sorcière en transe
Prépare son philtre d’amour ou de mort.
Fabienne

Une météorite est tombée…
La terre s’est embrasée…
Quelques humains luttent désespérément pour la survie
Dans cette atmosphère d’apocalypse.
Huguette

7
Seul le cœur d’une mère peut rassurer vraiment
vierge de glace, protège l’enfançon !
Patricia

10
Mes bras sont grands ouverts,
Gélatineuse et bienveillante protection d’un martien en exil.

Patricia

9
Pour vous je naitrai et donnerai la vie.
Je suis la tentation ultime,
L’odalisque, la coupe fertile,
Le gage d’éternité : je suis la femme.
Patricia

Femme aux courbes fragiles
Diaphane et insaisissable
Offerte au soleil
Source de ta vie et de ta mort
Une invitation à l’éternité
Laurent

9
De l’immatériel, l’éphémère, l’insaisissable,
De la structuration des molécules et des éléments,
Des particules à la matière,
Nait la forme
Projetée dans son éternité
Laurent

2Ton voile donne vie au plus sombre
Ta caresse assagit les moins dociles
Tu surprends de tes facéties
Que le soleil embellit.
Laurent

L’Atlandide engloutie
Sous l’eau transparente et glacée
Conserve son mystère…
Huguette

5LE POISSON
Il surgit soudain
Sous mes pas
Flottant à la surface
Du sol glacé
Translucide
Transparent
Sa bouche tordue
Hurla silencieusement
Les yeux vagues
Vaguement ouverts
Vers l’eau d’ici vers l’au-delà
Ephémère cartographie
D’un temps  suspendu
Sa nageoire caudale
S’étirait telle un pont
Sur lequel se profilait
Le Maître des Terres Inconnues
Son épée venait de pourfendre
Des manants dont les têtes
Yeux exorbités
Roulaient vers un précipice
Insondable
Aline

21Fuis, douce licorne,
Cette forêt de feu ; tant de gens t’espèrent encore.

Patricia

Pour la sauver, n’étouffe pas de ton lasso la licorne effrayée.
Les bonnes intentions se révèlent parfois les pires remèdes
Patricia

3
Etourdi de bruits, de couleurs et d’odeurs,
L’enfant  contemple, émerveillé, les chevaux de feu
D’une feria andalouse.
Patricia

 L’étalon fou galope,
fulgurante incandescence dans l’encre de la nuit.
Huguette

3
Givre épineux
Après l’ère du grand réchauffement, des extraterrestres débarquèrent pour envahir la planète. Pendant que les habitants et ces extraterrestres s’entretuaient, ils ne remarquèrent pas la venue brutale de l’ère glaciale. Celle-ci fut fulgurante. Elle givra tout sur son passage. On ne distinguait plus entre eux les combattants en pleine mêlée. Les silhouettes se mélangeaient entre elles. Sur un lieu de combat, on pouvait encore deviner la tête d’un alien en train de crier.
Arnaud

18Main de feu

 Pourquoi en était-il arrivé là ? Il ne se rappelait plus. Tout ce qu’il savait, était la souffrance de se sentir brûlé, consumé par ce feu, salvateur pour ses justiciers, et peut-être aussi pour lui. Il ne sait comment il a pu résister si longtemps dans ce brasier, la rage sûrement envers ses tortionnaires. Il n’avait plus qu’un œil à peine rougeoyant. Celui-ci lui permit de voir son âme sortir de son corps pour s’envoler. Dans un dernier souffle de désespoir, il tendit sa main pour rattraper sa dernière flamme de vie. Mais cet œil en train de s’éteindre n’appréciait plus correctement les distances. Sa main de feu se ferma sur du vide. Son crâne se détachait de son visage.
Arnaud

6

Lapin de Pâques,
Pas malin avec ce froid,
Pauv’ lapin glacé.
Arnaud

3 mai, 2015

Atelier du 27 avril 2015

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:50

Devoir : Sur la route…

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Sur la route, la vieille Simca se brinquebalait. Les phares dansaient sur l’asphalte humide que cernait une rangée de peupliers.
A l’horizon, quelques rubans de ciel gris et cotonneux s’étiraient encore, éclairant ça et là une végétation touffue que la nuit peu à peu engloutissait. Il fallait qu’elle se dépêche : encore deux patients à examiner avant de pouvoir regagner la petite maison de village qu’elle occupait depuis trois ans. Trois ans déjà ! Trois ans qu’elle avait échoué ici, tentant de se reconstruire après la mort prématurée de Charles, son compagnon.
Bien que médecin, elle n’avait pas pu, pas su, empêcher la maladie de jouer sa sarabande sinistre. Elle l’avait vu faiblir, pâlir, maigrir pour finalement partir.
Un chagrin immense l’avait submergée.  Et comment affronter l’absence qui se prolonge, le vide qui s’installe, la culpabilité toujours sous-jacente ? Le rien succédait au rien. Les jours sans consistance s’accumulaient et elle avait pris son métier en horreur. Une sensation d’incapacité voire  d’inutilité, phagocytait  ses journées et ses nuits sans sommeil. La vie n’avait plus aucun sens et toute une année passa sans qu’elle en eu réellement conscience.
Un matin, cependant, elle constata avec surprise qu’elle avait paisiblement dormi. Les semaines passant, avaler son petit-déjeuner ne fut plus une corvée. Et un jour, enfin ! L’envie revint. Un besoin tout neuf de soulager, d’aider, de partager, de rencontrer… Retravailler dans une grande ville anonyme, avec des patients qui tels des ombres apparaissaient et disparaissaient du cadre de sa vie n’était plus envisageable. Elle rêvait de vrais contacts, de patients qu’elle apprendrait à connaître, de personnes qu’elle pourrait accompagner en quelque sorte. Et c’est ainsi que de citadine avertie, elle était devenue, grâce à une petite annonce, ce médecin de campagne qu’on attendait avec confiance, un café  ou un verre de vin chaud déjà prêt pour l’accueillir.
Patricia

5-peinture-pare-brise

Sur la route, les véhicules, en sens inverse, défilent vite. Il fait nuit, leur phares, surtout les blancs, m’éblouissent.
Les véhicules, dans le même sens que moi, vont vite aussi, ils ne font que de me dépasser. A chaque fois, ils perturbent ma trajectoire et mon équilibre.
J’ai pris la voie périphérique à double sens, pensant être tranquille à cette heure de la nuit. Mais penses-tu, ils sont tous de sortie ces urbains. Ca ne vaut pas la campagne, mais il n’y a plus grand-chose à manger de bon.
J’aurais dû prendre tout à l’heure au rondpoint, complètement à gauche, en faisant tout le tour pour arriver sur l’autoroute à 4 voies, et non la 2ème à droite. Je serai peut-être plus tranquille maintenant.
Je n’en peux plus de me faire bousculer, souffler de droite à gauche selon le sens de l’automobile qui me croise.
Je ne peux pas me reposer sur le bitume de peur de me faire écraser. Je n’arrive pas à me caler sur un de ces satanés engins motorisés, sur leur toit je ne tiens pas.
Oh non !!, deux camions qui se croisent : qui le premier me dégagera de ma trajectoire ? C’est celui en sens inverse.
Je n’avance plus. Son souffle d’air me renvoie en arrière, je ne maîtrise plus mon vol :
Non, non, non !!! La vitre de l’autre camion !
La mouche à merde charbonneuse, Magnus musca canicularis, d’une taille d’environ quatre centimètres, s’éclate de tout son corps sur le pare-brise du camion qui vient dans son sens, au niveau de la vision du conducteur.
Le conducteur gueule car il ne voit plus rien. Il fait fonctionner ses essuies glaces pour enlever cette grosse tâche de liquide visqueux sur sa vitre.
Le corps moribond de la mouche, avec ses tripes à l’extérieur, s’étale sur le goudron de l’autre côté de la ligne blanche. Ses dernières forces la quittent quand les roues des automobiles l’écrasent.
Petite ou grosse mouche, il ne faut pas aller sur la route, tu y perdras la vie. Tu ne gagneras jamais face à ces monstres mécanisés, pilotés par ces êtres insensibles et irréfléchis appelés humains.
Arnaud

enfant-danger

 Melody était sur la route. Une toute petite route. Qui menait à un tout petit village, son village. Autant dire qu’il ne passait pas beaucoup de véhicules. Et que ceux qui passaient, on les connaissait !
Melody, donc, était sur la route en train de cueillir des fleurs des champs pour sa maman. Melody était une jolie petite fille blonde de sept ans. Elle avait des yeux couleur de ciel et était vraiment très bien élevée.
Elle s’étonna un peu de voir ralentir une fourgonnette blanche. Le conducteur ouvrit la fenêtre.
La maman de Melody lui avait toujours dit qu’il ne fallait pas parler aux étrangers. Et Melody écoutait toujours ce que disait sa maman. Cependant, le monsieur qui ouvrit la vitre conducteur semblait
1° : pas du tout méchant
2° : complètement affolé

- Bonjour jeune fille, je m’appelle Jacques. Je suis plombier et j’ai effectué des travaux dans le coin. J’avais amené avec moi mon petit chien. C’est un petit bichon, tout blanc, avec un collier bleu et qui s’appelle Jack. Il s’est sauvé et ça va faire une demi heure que je le cherche partout. Voudrais tu m’aider à le retrouver ?
Melody était très bien élevée, et très gentille aussi. Elle pensa à ce petit chien qui devait être complètement perdu. Elle monta dans la fourgonnette, sur le bord de la route.
On a eu beau la chercher longtemps sur toutes les routes du département et même d’ailleurs mais jamais on ne retrouva sa trace.
Fabienne

Black-M-Mesrimes-Sur-Ma-Route-Le-Clip-Les-Yeux-Plus-Gros-Que-Le-Monde-1

Samedi soir en Caldochie.
Je suis réquisitionnée pour garder mes deux petits enfants Chloé (9 ans) et Lucas (6 ans). Comme tous les gamins de leur âge ils sont pleins de vie et toujours prêts à sauter dans tous les sens, en passant d’une activité à l’autre. En 2015, pour être une Mamie dans le coup, il faut s’accrocher. La technologie n’a aucun secret pour ces charmants bambins. Iphone, Ipad, Wii, Playstation, tout est parfaitement maîtrisé. Alors que pour moi une partie de playstation4 en compagnie des héros Disney Infinity, où « Maléfique » peut côtoyer « Donald Duck » reste un défi pratiquement insurmontable.
Ce soir là ils ont décidé que l’on ferait une boum à trois. Chloé arbore une petite robe noire à paillettes du plus bel effet, avec les  ballerines assorties. Lucas n’est pas en reste avec son jean slim et un  « borsalino » qui lui va à ravir. Après une petite séance de maquillage pour les filles, la fièvre du samedi soir commence. Tout y passe : « Lady Gaga, Beyoncé, One Direction, Rihanna, Shy’m, M Pokora ….. ». Musique à fond, les deux se trémoussent en cadence, le rythme dans la peau. Danse avec les stars peut aller se rhabiller.
Et puis soudain Chloé me demande : « Mamie tu connais Black M » ? Attends tu vas voir. Et j’ai vu, ou plutôt entendu.
« Sur la route oui …. Il y a du move oui ….. de l’aventure dans l’movie … une vie de roots …. oui …. sur la route  »
Allez Mamie danse avec nous ! La musique entraînante m’attire comme un aimant. J’ai 18 ans et je suis au Marquee Club à Londres. Pendant plus d’une heure nous ferons les fous sur la piste improvisée, repassant en boucle le même morceau.
Il est deux heures du Mat. Dans mon lit les yeux grands ouverts ….. impossible de dormir. Dans ma tête et en leitmotiv….. « sur la route oui …… »
Merci Black M pour cette nuit blanche.
Françoise

1/ Ecrire une histoire à partir de cette photo :

photo

Léo va chercher le courrier
Je t’attends dans l’escalier
Mais pourquoi es-tu si long
Arrête de tourner en rond

Maman il y a trois nains
Vraiment très vilains
Qui sont cachés dans les boîtes aux lettres
Et pourraient presque y disparaître
Ils ont d’horribles chapeaux
Et profèrent des gros mots
Françoise

Les trois frères ont le sourire à l’envers de Jeanne Moreau.
Murs et sol bétonnés.  Impossible pour eux d’ouvrir la porte fenêtrée de cette boite métallique. Impossible pour eux d’ouvrir la bouche, probablement sur ordre. La marmite qui les enserre est lutée par une serviette humide, telle un couscoussier oriental. Leur tête rétrécit probablement car leur turban descend sur les oreilles.
Celui de gauche est trop cuit : il fond.
Celui de droite est ahuri, son regard s’égare.
Celui du milieu résiste encore, maintenu par son menton en galoche.
Libérez à toute vapeur ces bagnards du hammam.
Bertrand

Prison modèle

Madame la ministre de la justice, Monsieur le préfet, bien chers administrés,
J’ai le grand honneur de vous faire visiter notre nouvelle prison ultra moderne dédiée tout spécialement aux malfrats récalcitrants.
Devant vous, le fleuron de nos recherches : les cellules-cuves à maigrir.
Vous apprécierez tout d’abord le gain de place, puisque chaque détenu n’occupe ainsi que 2 mètres carrés cinquante. Vous aimerez savoir que la communauté fait avec nous une économie considérable : plus besoin de gardiens, plus besoin de cantine coûteuse, plus besoin même de vêtements !
Lorsqu’un détenu arrive, il est aussitôt mis nu, puis déposé dans ce caisson étanche dans lequel on envoie de la vapeur à haute température : croyez-moi, au bout de quelques jours, il en ressort transformé en allumette. Nous pouvons le remettre en liberté sans crainte de récidive : c’est une mauviette qu’une pitchenette enverrait au tapis !
Huguette

Un médecin de prison, qui était aussi un inventeur un peu frappé à ses heures, eut l’idée de faire de la musique avec des sons de succion, d’aspiration et de suintement. Il fabriqua une première machine qui pouvait recevoir un homme assis dans un caisson envoyant de l’air chaud. Puis il créa deux autres machines identiques afin de pouvoir tester en même temps ces trois caissons sur des personnes différentes.
Ensuite, il fit un examen minutieux des prisonniers de la maison d’arrêt où il travaillait. Au bout d’un mois de consultations, il choisit trois hommes de corpulences différentes mais ayant une surcharge pondérale.
Le test musical pouvait commencer. Il fit asseoir les trois hommes, chacun dans un caisson qu’il referma, en leur laissant la tête dehors pour respirer. Il mit en route chaque caisson qui était relié à la chaudière de la prison. Sur chaque caisson, le docteur inventeur pouvait régler le débit d’arrivée d’air chaud et la température.
Il commença par une chaleur égale à la température de l’homme. Il leur demanda de bouger dans leur caisson, de haut en bas et de droite à gauche, aucun bruit ne sortit.
Il augmenta la température à l’intérieur des caissons jusqu’à 45 degrés et attendit cinq bonnes minutes que les trois détenus suent. Puis de nouveau il leur demanda de bouger. Des sons commencèrent à sortir des machines, ils étaient désordonnés. Il leur apprit à bouger en rythme, une mélodie enfin se dessina. Selon le positionnement de leur tête et la chaleur à l’intérieur des caissons, les sons étaient plus ou moins graves ou aigus.
Le seul souci était que le docteur ne pouvait pas régler à sa guise la température de chaque caisson. Il eut aussi un autre inconvénient, les trois cobayes avaient maigri. Au bout d’un mois, ils ne comblaient plus l’espace confiné. Ce qui se fit ressentir dans la pureté des sons qui sortaient des caissons, si on pouvait parler de pureté pour ses bruits de succion, suintement, etc…
Il choisit trois autres détenus et continua ses tests. Mais un gros problème majeur s’imposa à lui : comment déplacer les caissons dans des salles pour faire un spectacle ?
Au final, il vendit son invention à la médecine pour des cures d’amaigrissement.
Arnaud

Une fois par semaine, le lundi précisément, à 8 heures du matin, c’était la  séance de la lessiveuse chez Madame TOUSSAINT.
Depuis qu’ils étaient en âge de tenir debout sur leurs petites jambes, les triplés y avaient droit.
Leur mère, Mathilde, avait décidé que c’était bien plus pratique et rapide de procéder ainsi.
Elle réglait en une seule fois la question de « la grande toilette » comme elle l’appelait, et celle du lavage de leurs vêtements.
A 8 heures précises, elle sonnait la cloche.
Comme un seul homme, Grimus, Gorbi et Gandhi dévalaient à toute vitesse les escaliers pour se présenter devant leur lessiveuse attitrée, dans la buanderie du sous-sol de la maison.
Gorbi (appelé ainsi car il rappelait à  sa mère Gorbatchef  qu’elle avait tant admiré dans sa jeunesse)  avait demandé à s’installer au milieu, et Mère avait donné son accord. Elle savait qu’elle pouvait compter sur lui pour la prévenir en cas de rébellion  de ses deux frères.
A droite de  Gorbi,  Grimus était toujours en train de gigoter. Il en résultait invariablement qu’il s’enfonçait dans la lessiveuse, et qu’il faisait des tas de grimaces que plus personne en remarquait.
A gauche de Gorbi , Gandhi (inutile de lui trouver un prénom, son stoïcisme parlait pour lui), était imperturbable et regardait distraitement l’écran de télévision qui faisait défiler les sempiternels mêmes dessins animés en boucle.
Bien sûr, il faisait chaud, très chaud même, dans les lessiveuses.
Mais les sensations n’étaient pas toujours désagréables. Quand la mousse arrivait, les triplés fermaient les yeux, et s’imaginaient devenir des nuages, ou des bouchons flottant à la surface de l’eau.
Au moment du rinçage, ça cinglait les jambes et les bras, mais ça faisait moins mal que le fouet.
A 8 h 30, la mère Mathilde venait ouvrir les trois opercules situés à l’arrière des lessiveuses, pour les vider de leur eau.
Quand la dernière goutte s’était écoulée, la mère ouvrait les trois portes, et Grimus, Gorbi et Gandhi, s’ébrouaient comme des petits chiens et s’éparpillaient dans la grande maison, en essayant de ne pas se faire défavorablement remarquer de leur marâtre jusqu’au lundi suivant.
Marie-Pierre

On était au pays des fous. Un pays où il faisait bon vivre, où tous les habitants riaient du matin au soir, où tout le monde se parlait :
- Bonjour Monsieur Ignace. Quelle heure est-il s’il vous plait ?
- Trois quarts de litre, Mademoiselle Pimprenelle.
Oui, les habitants de ce joli pays, les foldingues, comme on les appelait couramment avaient vraiment une façon particulière de se faire la conversation.
Le roi des fous, Zavata 1er  faisait tout pour préserver son bon peuple de la guerre, de la haine, de l’envie, de la colère et de toute chose qu’il trouvait néfaste. On le respectait beaucoup pour toutes les qualités qu’il avait.
Or, un jour, arriva, dans ce pays de fous un illuminé qui se fit appeler Jésus. Il commença à prêcher dans le jardin, et quelques fous le suivirent : Jean, Paul, Thomas… Puis, un matin, il ordonna au vieux Anselme qui poussait péniblement son fauteuil roulant de se lever car il était guéri. Anselme se leva et dansa la gigue. Les gens furent fort impressionnés. Le mouvement commençait à prendre de l’ampleur et Zavata 1er ne voyait pas trop ça d’un bon œil. Il avait appris à se méfier de ces zigotos qui arrivaient d’on ne sait où pour endoctriner son peuple.
Le phénomène prit une tournure inquiétante quand le soi-disant Jésus transforma l’eau en vin, un midi, à la cantine. Par ailleurs, une ligue anti-Jésus s’était formée qui dénonçait le charlatan.
Zavata 1er prit conseil auprès de ses ministres et on décida d’arrêter ce fauteur de troubles de le condamner aux bains bouillonnants.  On condamnait aux bains bouillonnants tous ceux qui menaçaient la paix du pays. On trouva également deux voleurs pour lui tenir compagnie. L’un s’appelait Barabbas et l’autre on ne savait pas trop.
Le préfet Ponce Pilate qui n’était pas forcément d’accord avec ces manières demanda un bol d’eau afin de s’en laver les mains.
Dès le lendemain, le calme était revenu et les habitants avaient déjà tout oublié.
Fabienne

Quel drôle de courrier que ces sous-mots là. Mais les facteurs ne s’étaient pas fait prendre au jeu. Ils avaient, comme à leur habitude, garé leur mots-tôt ce matin là devant la laverie du Pom’eau. Ils avaient ensuite déployé leur grue-mots pour poster leur sous-mots.
Ces derniers, affairés par leur homo-gène avaient levé leur tête aux mots-tifs cachés sous un turban.
Les fentes des boites aux lettres avaient laissé entrevoir le torse des mots-losses.
Ainsi, les facteurs s’en retournèrent, laissant tomber les sous-mots.
Sylvie

2/ Dans la peau de…. Un SDF !

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Quand j’ai eu 5 ans, on a déclaré que j’étais un surdoué.
J’ai appris toutes les connaissances empiriques dans les livres, sans aller à l’école ni à l’université, seul dans l’immense bibliothèque familiale.
J’ai découvert un univers de paillettes en allant chercher mon prix Nobel de physique à Oslo.
Je me suis mis à boire parce que la célébrité est lourde à porter quand on est seul au monde.
J’ai fait des expériences en laboratoire que la morale réprouve, sauf en temps de guerre (mais on n’est pas en guerre).
J’ai joué avec le feu et je me suis brûlé.
Sous ma main, je sens la crosse froide de mon révolver. Il attend patiemment mon ordre de se lever et de s’appuyer contre ma tempe.
Demain, un ouvrage va être publié sur ma trajectoire aussi brillante et vaine qu’une comète.
On annonce un tirage à 1 million d’exemplaires.
Je continuerai d’être célèbre après ma mort.
Décidément, ça me colle à ma peau de SDF : Savant Devenu Fou.
Marie-Pierre

On m’avait conçu. Qui ? Je ne sais pas et je ne pourrai jamais mettre un visage dessus. C’était des anonymes qui pourtant signaient leurs œuvres avec des noms d’artiste. J’avais ressenti chaque pierre construisant mon corps, mon développement de choses maléfiques.
Je fus d’abord testé dans un petit environnement. Les tests furent concluants. Ils choisirent une date officielle de lancement, après avoir envoyé plusieurs menaces sur la toile. Aucune réponse n’arriva de la part des dirigeants. Alors je fus propulsé comme un cheval de Troie au sein de l’immense réseau du web.
En premier plan, j’étais une publicité sur des produits financiers qui promettaient de faire gagner de l’argent à ceux qui souscrivaient nos contrats. Mais dès qu’il y eut assez de clients sur mon site et que les bourses mondiales furent connectées sur mon compte, je lâchais la deuxième partie de mon programme. Je perturbais toutes les évaluations boursières, tout le réseau. Personne ne compris d’où je venais et qui j’étais : un SDF, c’est-à-dire un Système Déficient Fulgurant.
Arnaud

La triste histoire de Petit Nimbus.

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Il était une fois, un petit nuage qui s’appelait Nimbus. Il était très sage et très obéissant. Sa maman l’aimait  tendrement mais elle avait toujours la bougeotte. Un jour elle partait vers le sud, le lendemain vers le nord puis décidait qu’en fin de compte le sud était plus agréable et ainsi de suite. Le moindre souffle d’air la faisait changer de cap. Petit Nimbus en avait assez de changer toujours de maison et surtout d’école. Dès que le vent se levait, hop ! ses cousins étaient tous dispersés et les voisins d’hier n’étaient  jamais ceux du jour. En plus, il n’était pas très rassuré car le nouveau compagnon de maman, un gros cumulus pas bien malin, n’était pas toujours gentil avec lui. Comme il connaissait bien l’histoire du Petit Poucet, il se méfiait un peu… Il en avait assez d’être constamment balloté de droite et de gauche et avait soif de stabilité. Il rêvait d’une famille nombreuse, plus compacte et bien solide, bref !une vraie famille qui ne se laisserait pas disperser au moindre zéphir.

Hélas ! Le temps passait,  Petit Nimbus grandissait mais continuait à divaguer dans un environnement toujours plus mouvant. A cet idiot de cumulus avait succédé un cumulonimbus très orageux puis, un stratus tout gris et triste. Pauvre Petit Nimbus ! dans son ciel à lui, rien ne serait jamais éternel.
Patricia

 mendiant

Mohamed était le SDF le plus chic de la rue Vaugirard. Il dormait tous les soirs sur un banc du square Saint Lambert. Il avait sympathisé avec le gardien qui le laissait s’installer sur son banc favori en échange de quelques euros.
Pour sa toilette quotidienne il se rendait à la piscine municipale. C’était un excellent nageur et les gamins du quartier admiraient sa fine musculature.
Tous les jours il mendiait près du marché de la rue de la Convention. Les marchands le connaissaient et lui refilaient leurs fruits et légumes avancés avant la fermeture.
Il portait toujours un survêtement très propre et des baskets de marque plutôt neuves.
Tout au long de la journée sa petite coupelle se remplissait . Et le soir il faisait ses comptes : « Cent, deux cents euros parfois, comment cela était -il possible ? ».
Mohamed était un malin. Il avait posé une pancarte devant sa coupelle : « SVP aidez-moi. Il ne me manque plus que quelques euros pour que je puisse rentrer au Bled avec mes trois femmes et mes douze enfants ».
Françoise

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Je suis Charles Henri de Montalambert. Ma famille remonte en l’an de grâce 877. Je possède un château, près de Versailles. D’ailleurs Louis XIV s’en est inspiré pour construire le sien qui était  beaucoup  plus petit.
Je ne voyage qu’en voiture avec chauffeur ou en jet privé. Je déteste me mêler à la foule, la populace, le peuple. Ils sentent mauvais, sont laids et mal élevés. L’autre jour, avec mon grand ami Lord William Spencer je leur ai trouvé un nom : les sans-dents ! Oh, je me ris dessus !!!
William m’a raconté une histoire qui m’a fait froid dans le dos : il s’est fait détroussé à la sortie de la Tour d’Argent… Non, mais où allons nous ?
Et oui, je suis Charles Henri de Montalambert, dernier descendant d’une illustre famille et avec quelques amis, nous avons fondé le club des SDF : sans difficulté financière.
Fabienne

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Dans la peau d’un SDF : histoire vécue !

C’était la police qui frappait à la porte ! C’était même la première fois que quelqu’un frappait à ma porte depuis plusieurs mois que j’occupais ce petit studio.
Ils avaient frappé pour savoir si je connaissais mon voisin. Bien sûr que je le connaissais ! Il dormait tous les après-midis dans le couloir de nos appartements, parfois sur une natte, le plus souvent, à même le carrelage, parce qu’il ne savait plus où étaient les clés pour rentrer chez lui et attendait patiemment que sa sœur rentre du travail.
Ce jour-là, les policiers avaient ramené une loque qu’ils avaient ramassée sur un trottoir, dans le quartier Latin. Le visage tuméfié, les guenilles déchirées, le vieux s’était fait détrousser, y compris de sa paire de lunettes.
Quoique très mal en point, il avait réussi à indiquer aux policiers, entre deux vapeurs d’alcools, j’imagine, son lieu de résidence ou quelque chose qui s’apparentait à l’adresse où les policiers venaient de l’amener.
Quelle misère ! Je l’avais déjà vu ivre, mais jamais à ce point. C’était pourtant un vieux tranquille et respecté quand on le rencontrait sobre. Je suis sûre qu’il devait se sentir très seul quand sa sœur partait. Il rejoignait alors le centre ville, à la rencontre de ses copains d’antan.
Par pitié peut-être, en tout cas par compassion, je signais la décharge du policier après avoir consciencieusement donné mes nom, prénom, téléphone, etc…
- N’hésitez pas à appeler s’il vous fait des problèmes.
J’avais alors mis une natte au sol, dans le couloir et laissé la porte ouverte pour jeter un œil de temps à autre sur l’énergumène que l’on m’avait demandé de surveiller, comme un enfant en bas âge.
Ce dernier, dans un bref instant de conscience ou plutôt de rêverie, me déclama alors un « Je t’aime ! Tu es belle ! » qui me surprit.
Sylvie

 

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