Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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26 octobre, 2014

Atelier du 20 octobre 2014

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:04

vieux

1/ Exercice : écrire une histoire à partir de cette photo

Le soleil écrase, calcine, broie tout ce qui ne peut se protéger de ses rayons impitoyables. Dans ce pays, l’ombre des rares arbres est réservée aux puissants.
Lui, il a réussi à récupérer un vieux parapluie abandonné par un touriste britannique écœuré par tant de chaleur. Reconverti en ombrelle, il lui sauve la vie en lui permettant d’attendre le client en des endroits où aucun de ses concurrents de misère ne peut s’aventurer.
La brave carriole transporte tous ses biens dont ses instruments de survie. D’abord, le panier pour recevoir les aumônes. Enfin, il a sa fierté le vieux alors il préfère dire ses paiements.
Il chasse le cochon sauvage la nuit et en prépare des jambons et autres saucissons, boudins, etc. Il ne gâche rien et vend ses produits à la découpe devant le palais. Il récupère  même les chutes dans  une grosse boîte carrée pour en faire du pâté pour chiens !
Et puis dans une grande malle en cuir dur, il cache son trésor : toute une collection de couteaux affûtés comme des lames de rasoir. Qui sait s’ils ne servent qu’à découper d’inoffensifs jambons ? Car il en voit des choses, le vieux si bien caché sous son grand parapluie noir qu’on l’en oublie. Et qu’on lâche des confidences devant lui….
Mireille

Le rémouleur

Personne ! Sont tous clamsés dans c’village ! Pourtant, y a pas si longtemps, quand je m’tenais ici près d’ma carriole après avoir quitté Paname, je m’souviens ; y ‘avait la queue devant mon p’tit commerce qu’on pratique de père en fils depuis je n’sais combien de générations…
Maintenant sous mon parapluie qui m’sert quand il pleuviote ou que le soleil cogne fort, j’attends les rares chalands.  Oh! Y viennent vers moi plutôt par curiosité que par nécessité vitale…
Pensez, j’suis rémouleur et les couteaux ne valent plus peau de balle par les temps qui courent… Fichue société de consommation ! Moi, mon tablier je l’porte depuis des lustres… Vrai qu’il est usé, délavé, rapiécé mais j’y tiens… On s’attache à ces choses-là, que voulez-vous !
Le cuir ? Ben, c’est que depuis qu’lescouteaux sont d’venus jetables, je m’ suis reconverti : cordonnier itinérant. Ca paie encore mais jusqu’à quand ?
A force de m’asseoir par ici, j’ai fini par avoir une idée de bizness où qui y’a jamais de chomdu… L’espèce de pierre levée qu’vous voyez là-bas … Oui, celle-là même, à ma gauche, grossièrement taillée…
L’commerce des pierres tombales, ouais, c’est ça ! Ca m’emballe c’t’idée-là ! Vous en pensez quoi vous ?
Ben ça alors ! Il est tombé raide mort, le bougre !  Nom de Dieu ! Mon premier client !
©Aline MORI, 20/10/14

Depuis qu’il avait ouvert son petit commerce, il faut dire que les clients ne se bousculaient pas trop… Pourtant, il y avait cru… Il avait soigneusement choisi son stock de départ, l’avait trié, classé, répertorié. Il avait même fait un  plan prévisionnel et une étude de marché qu’il avait apportés à la banque lors du rendez vous pris en vue d’obtenir un prêt. En effet, il avait besoin de quelques investissements de départ pour acheter la carriole, le petit tabouret, le parapluie, indispensable par tous les temps, autant pour se prévenir du soleil implacable que de la pluie torrentielle. Et puis, il avait eu l’idée de créer cet immense porte-monnaie. Oui, cette idée était bien à lui et pensait-il, exhorteraient les clients à lui faire confiance. Il lui avait coûté très cher car il avait dû le faire faire sur mesure par un cordonnier qu’il connaissait très bien. Et ce dernier, sentant la manne, ne lui avait pas fait de cadeau. C’est pourquoi, Jules était désormais obligé de réussir ! Ce qu’il vendait : des petits cailloux, des moyens cailloux et même un très gros caillou, quasiment une stèle, tous gravés « Bonne fête » pour les 3.387 Pierre que comptait cette ville.
Fabienne


L’Amulette du Père Célestin

Célestin le vieux sacristain avait installé tout son barda devant le petit muret qui entourait l’église du village. Il s’affairait depuis le matin, à l’ombre d’un vieux parapluie.
A ses pieds on apercevait quelques gamelles remplies d’eau qui lui servaient à nettoyer les peaux de lapins qui reposaient sur une vieille charrette de bois. Appuyé sur une roue de la charrette on pouvait voir un grand morceau de cuir roulé.
Tous les matins, après la messe, Célestin accomplissait la même tâche. Il se tenait courbé, son vieux chapeau sur la tête et son grand tablier gris frôlant la poussière du sol caillouteux. Personne ne pouvait le distraire, pas même la vue des jolies paroissiennes qui passaient devant lui en se poussant les unes les autres et qui riaient à gorge déployée.
De temps à autres, à l’heure de midi, lorsqu’une chaleur insupportable plombait le petit village et que tout le monde était rentré chez soi pour se mettre au frais, on pouvait apercevoir l’une ou l’autre des jeunes villageoises s’approcher du vieux Célestin. Après lui avoir glissé quelques mots à l’oreille, il leur déposait délicatement un objet mystérieux au creux de la main, en échange de quelques menues monnaies.
Aujourd’hui c’était la petite Murielle, la jeune mariée qui venait d’épouser le fils du maire. Ce grand dadais ne l’avait pas encore dépucelée. Mais, grâce à l’amulette en peau de lapin, confectionnée par le vieux Célestin, qu’elle frotterait lentement sur son pénis, elle était sûre que ce soir elle deviendrait une vraie femme. Sa copine, l’épouse du charcutier, lui en avait vanté les vertus et décrit les câlins quotidiens dont elle profitait depuis l’acquisition d’une des fameuses amulettes.
Françoise

Je me fais vieux pour c’ travail. Continuer à tailler la route à mon âge, ça d’vient dur. Sans compter que… qui va prendre la suite ?… J’ai pas d’enfant et, en plus, l’métier s’perd. Déjà  quand j’ai r’pris les affaires d’mon père, y’en avait plus beaucoup. Dans toute la région, sur les doigts d’la main, on les comptait. Ma charrette se fait vieille et tout mon barda sent l’usure. Ca n’inspire pas beaucoup confiance un matos de c’t’âge là ! Ya plus qu’les anciens pour faire affaire…maint’nant, y jette tout ! …Quand c’est usé, poubelle ! Et un point c’est tout ! Quand j’étais jeune, c’était une autre histoire, on prenait soin d’son bien et souvent même, on héritait des choses des parents ou des grands-parents. Tiens! comme les draps du trousseau d’la mère. Ca c’était du solide ! pas comme les chiffons qui vous vendent maint’nant ! Et la vaisselle, c’est tout pareil !… C’est à peine ébréché, poubelle ! Adieu les beaux services de famille ! Enfin, moi, j’dis ça, c’est pour eux, parc’que des trousseaux et des beaux services, j’en ai pas. Moi, c’est : vieille marmite et gamelle. Quand on circule tout l’temps, faut pas trop s’charger…Bon ! J’bavarde, j’bavarde, mais c’est pas tout, ya l’boulot quand même !
«Couteaux à aiguiser ! Couteaux à aiguiser ! Vl’a l’rémouleur ! Vl’a l’rémouleur … ».
Patricia

Devoir : les jeux sont faits !

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Thomas masse longuement ses yeux douloureux en reculant son fauteuil. Puis la nuque bloquée et enfin un long étirement accompagné d’un bâillement venu du fond des tripes. Il est épuisé. En trois jours il n’a pratiquement pas dormi. Et ne s’est nourri que de mauvais cafés. Mais les calculs sont finis et malgré leur résultat effarant, il est calme. Complètement serein. Etonnant !
Bon, me reste plus qu’à informer le chef dit-il en se levant. Il attrape au passage un reste de sandwich oublié sur un bureau et entre. En le découvrant, Thomas se demande fugitivement s’il a l’air aussi ravagé.
Car M. Roche est habituellement un bel homme très soigné de sa personne qui porte avec raffinement une cinquantaine éblouissante. Là, Thomas découvre un inconnu hagard à la barbe hirsute et de couleur indéfinissable. Une chemise fripée tirebouchonne autour de ses bras et s’échappe avec indécence d’un pantalon aussi avachi que son propriétaire.
Cette vision affligeante fait subitement prendre conscience à Thomas de l’horreur de la situation. Son calme s’envole, une grosse boule se forme dans sa gorge et il peine à retenir des sanglots inopinés.
« Alors ? demande inutilement M. Roche. En voyant les larmes perler aux coins des yeux de Thomas, il a compris. Mais son instinct de survie refuse d’accepter l’inacceptable. Certes, leur unité spéciale a été créée justement pour ce genre de crise. Mais passer de la théorie à la réalité est une autre paire de manche.
Les jeux sont faits répond Thomas d’une voix monocorde. Quatre jours, huit heures et de moins en moins de minutes…. » Ajoute-t-il dans un rêve.
M. Roche reste silencieux, puis soupire. Lui qui n’a jamais mis les pieds dans un casino, s’étonne de la phrase employée par Thomas. Mais c’est vrai, la vie est un vaste jeu et on est toujours le jouet d’une puissance supérieure.
« Qu’allez-vous faire pendant ces quelques jours ?
Je n’y ai pas encore réfléchi, Monsieur. » Thomas se dit que sitôt sorti du centre, il oubliera cette conversation car elle ne peut avoir eu lieu. Il mangera et dormira. Après, on verra.
« je vais informer le Président. Il me demandera évidemment si une erreur…
Impossible et vous le savez bien ! coupe Thomas avec amertume.
Je sais, je sais. Un nouveau silence songeur. Je n’aimerais pas être à sa place.
Bah, qu’est-ce que ça change ? Le résultat sera le même pour tout le monde.
La responsabilité, la conscience, Thomas ! Pendant ces quelques jours, il va se torturer en se demandant quoi faire. Annoncer et déclencher une panique générale avec des violences inévitables ou laisser les gens dans l’ignorance, continuer leur train-train ?
Chacun son boulot grogne Thomas qui déteste le président en particulier et les politiciens en général.
Adieu donc Thomas. Sachez que j’ai toujours apprécié votre travail.
Adieu Monsieur ».
M. Roche regarde la porte se fermer, l’esprit complètement vide. Puis il empoigne le téléphone spécialement installé dans son bureau depuis le début de la crise. A la cinquième sonnerie, il réalise soudain qu’il a perdu toute notion du temps. Un coup d’œil à la grande horloge, il est 2 h 35 du matin.
Enfin, une voix ensommeillée allo, Roche c’est vous ? Alors ?
Bercé par la sonnerie M. Roche commençait à s’endormir et ne trouve que la formule de son adjoint pour informer le président : les jeux sont faits M. le Président. Il reste 4 jours et 8 heures avant l’impact. La marge d’erreur est de quelques heures.
Au bout du fil, un silence. Puis une question froide, toute émotion gommée par les aspects purement techniques : estimation des dégâts ?
On ne peut plus parler de dégâts M. le Président. Cette météorite est plus grosse que celle qui dévasta la terre et causa, entre autre, la disparition des dinosaures. Notre civilisation est née d’une météorite, une autre va l’anéantir.
Où va-t-elle tomber ?
Ca, on ne peut pas le prévoir. Mais… c’est sans importance M. le Président.
Et ces imbéciles de militaires ne peuvent ni la détruire ni la détourner, malgré tous leurs joujoux hors de prix ronchonne le Président. Et ils vont vouloir m’enfermer dans un bunker soit disant pour me protéger. Je refuse de passer les derniers jours de ma vie enfermé dans un bunker. Et vous, Roche, que ferez-vous pendant ces quelques jours ?
Je n’y ai pas encore réfléchi, M. le Président.
Alors adieu, Roche
Adieu M. le Président. »
La Vie procède par essais multiples, effaçant inlassablement ses brouillons pour s’ouvrir de nouvelles voies. C’est ainsi que par une belle journée de printemps, les civilisations humaines et la quasi-totalité des espèces vivant sur terre furent brutalement anéanties par la collision avec une grosse météorite.
Mireille

Les Jeux sont faits
Tout est devenu si laid
J’avais gagné le bon numéro
Tu étais mon gros lot
Et puis je t’ai perdu
Rien ne va plus

Les jeux sont faits
La roulette de la vie tournait
Tu as choisi l’argent
Toi mon merveilleux amant
Et puis je t’ai perdu
Rien ne va plus

Les jeux sont faits
Hier tu te mariais
Reniant notre jeunesse
Avec une cruauté perverse
Et puis je t’ai perdu
Rien ne va plus

Les jeux sont faits
A présent je te hais
Mais un jour j’oublierai
Un autre amour viendra
Et pour moi tout ira
Françoise

Les « je » sont faits
Les « tu » sont à faire
Les « il et elle » n’en ont rien à faire
Les « nous «  sont une affaire
Les « vous » s’affairent
Et les « ils et elles » ont fort à faire.
Fabienne

Il porte en lui la grâce éphémère des enfants.
Il est pourtant de ceux qui tuent en souriant.
Voyageur-immobile, il danse sur ma peau,
Caresse un peu ma joue, musarde sur mon cou,
Ballet de libellules dont il sait le tempo.
Aux nervures de mes veines, il dessine un jardin
puis, sa bouche fiévreuse se pose sur mon sein.
Son âme-passerelle sur moi est tatouée
et sans qu’il n’ait dit mot, pour moi, les jeux sont faits.
Patricia

 

19 octobre, 2014

Atelier du 13 octobre 2014

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:42

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DEVOIR : Dans une bibliothèque, un roman à l’eau de rose discute avec un traité de philosophie

Tous les livres chuchotaient la grande nouvelle dans la bibliothèque : Mademoiselle Lucie, leur bibliothécaire était transformée !!! Petite souris silencieuse et grise jusqu’à maintenant, elle portait aujourd’hui une robe rouge vif, du plus bel effet trouvèrent les romans légers, d’un style vraiment vulgaire, dirent les livres sérieux. Ses cheveux ternes, serrés en queue de cheval, étaient devenus subitement brillants et s’étalaient autour de son plaisant visage, débarrassé de ses grosses lunettes.
Elle avait même commis un crime : elle avait rangé un traité de philosophie au milieu des romans d’amour ! Comment était-ce possible ? Ce dernier ne décolérait pas. Comment pouvait-on le confondre avec ces espèces d’idioties roses enrubannées ? Il s’étouffait dans ses mots… Sa couverture devint rouge. Il frisait l’apoplexie. Alors, les romans d’amour le mirent sur le dos et lui lissèrent les pages pour qu’il puisse mieux respirer. Ils le calmèrent, le caressèrent, l’entourèrent de toutes leur attention. Jamais traité n’avait été mieux traité. Ils lui avouèrent même le grand secret : Mademoiselle Lucie était amoureuse.
Le souffle court, les yeux hagards, le vieux livre s’aperçut alors d’une terrible vérité : l’amour était au centre de toute vie et permettait les plus grandes choses comme les pires. Tout le reste n’était que des mots aussi vains qu’inutiles.
Fabienne

Le livre de philo : Bonjour cher ami, oserais-je vous poser une question ? que faites-vous en ces lieux et plus précisément sur la table de travail qu’emprunte usuellement le jeune et prometteur étudiant en philosophie Romain LEBLANC ?
Je suis fort surpris par votre présence dans cette austère bibliothèque… vous qui incarnez la fraicheur et l’innocence, les sentiments purs, vous pour qui une fin toujours heureuse est d’avance programmée pour dénouer  le plus sombre drame.

Le livre à l’eau de rose : Hum ! En fait, je ne suis que de passage. Je suis… pour ainsi dire… un hôte clandestin… et ma présence accidentelle dans ce temple du savoir n’est que le fruit de la pensée un peu tortueuse de Monsieur LEBLANC qui se trouve être le petit-ami de cette chère Lili qui a la gentillesse de nous accueillir toujours plus nombreux sur les étagères de sa jolie chambrette.
Mon arrivée  incongrue chez vous est la conséquence directe d’une vilaine dispute entre nos deux tourtereaux.
Lili, jusque là compréhensive, en a eu assez de ses longues soirées solitaires. Elle a fini par se dire que les études avaient bon dos et que les rendez-vous manqués, sous couvert de travaux dirigés imprévus, n’étaient que des prétextes et l’attitude de Romain  une preuve d’égoïsme, voire de désamour. Sans rentrer trop dans les détails, elle lui a reproché de ne rien comprendre à la psychologie féminine, d’ignorer les attentes romantiques que pouvait avoir une jeune-fille tendre et sensible comme elle etc…etc… Conversation qui s ‘est soldée par cet ultimatum : change de comportement sinon je mettrai fin à notre histoire !

Le livre de philo : Cette jeune fille est bien impétueuse « l’amour se nourrit de patience autant que de désir » (Amin MAALOUF).

Le livre à l’eau de rose : Que voulez-vous la chère enfant est emplie de doux rêves et comme les héroïnes de ses romans préférés elle imagine des mots inoubliables prononcés sous une fraîche tonnelle et qui sait des fiançailles…

Le livre de philo : Ce n’est pas à l’ordre du jour ! En plus, Romain est très influencé par ses lectures et notamment par les écrits de KUNDERA. Il n’est pas loin, comme son maître, de penser que « l’impatience à parler est en même temps un implacable désintérêt à écouter ». Il se dit parfois qu’au fond les demandes réitérées de longues discussions où l’on met son âme à nue ne sont en fait pour Lili qu’un prétexte pour parler d’elle et nullement un besoin réel d’échange et de partage.
Quant au besoin insatiable de tendresse qu’elle exprime si souvent, ne dit-on pas «  ne montre pas l’eau vive à qui ne sait la boire » ; Cette demoiselle ne se centre que sur sa propre psyché et semble bien peu apte à offrir cette tendresse qu’elle revendique si ardemment.

Le livre à l’eau de rose : Détrompez-vous, Lili a le cœur tendre et si elle vous semble un peu égoïste s’est qu’elle est encore bien jeune et n’a pas encore reçu toutes les leçons que la vie nous enseigne.
Je suis certain qu’avec le temps elle deviendra une jeune-femme, puis une jeune mère accomplie et que vos reproches n’auront plus de raison d’être. D’ailleurs, maintenant je peux vous le confier, si je suis, aujourd’hui, dans votre bibliothèque, c’est que Romain  a souhaité feuilleter mes pages pour en apprendre un peu plus sur la fameuse «  psychologie féminine » et mettre fin à leur conflit.
Patricia

Livres
Clic ! Le bruit minuscule instaure le royaume de l’obscurité dans la salle désertée. Comme tous les soirs depuis 43 ans, Rosemande Rougeot ferme la bibliothèque et s’en retourne chez elle dans la nuit froide de l’hiver.
Et les livres se retrouvent enfin seuls. La nuit leur appartient ! Aucune main fébrile pour les feuilleter en tordant sauvagement leurs pages ou pour s’acharner à les ranger en les écornant. Plus de moue dédaigneuse devant leur contenu : l’est nul çuila !
Ca, c’est vraiment horripilant car voyez-vous, aucun livre ne peut être tenu pour responsable du contenu que lui ont infligé auteur et éditeur ! Sans compter que les goûts et les couleurs, ah là, là ! Alors les livres ont pris l’habitude de se moquer de tout ça et la nuit, ils se retrouvent entre eux, sans personne pour les juger ou les soupeser. Ils s’amusent entre eux. Des amitiés se tissent, d’un rayonnage à l’autre, entre travées lointaines. Les sentiments on ne sait trop comment ils naissent et parfois on a des surprises.
C’est ainsi qu’un très banal roman à l’eau de rose, genre « plus bête tu meurs » s’est lié avec un traité de philosophie.
Comment ces deux là ont-ils pu se rencontrer ? Mystère. Toujours est-il que sitôt Rosemonde Rougeot disparue, les voilà partis à reprendre la conversation où ils l’avaient laissée la veille. Car les livres n’étant que paroles, ils ne font que parler.
Ce soir ils sont particulièrement fébriles car le roman à l’eau de rose rentre d’un emprunt. Et se lamente : « j’ai encore pris une douche, je suis trempé ! Je vais m’enrhumer à force de geler la nuit, tout mouillé ! Je ne comprends pas ces lectrices qui se mouchent dans mes pages, c’est insupportable.
-  Ecoute, il y a le chauffage ici alors tu ne vas pas attraper la mort, tente de le rassure son ami le traité de philosophie. Dis toi bien qu’il vaut mieux être un peu humide de temps en temps plutôt que de brûler une seule fois d’ailleurs…..
- Brûler, brûler, qu’est-ce que tu me racontes ? Pleurniche le compère.
- Ah bien sûr, tu ne comprends rien ! Toi tu vis dans ton monde de midinettes et tu n’as aucune notion des réalités. Tu ignores donc, malheureux, combien de mes compatriotes ont fini sur des bûchers ? Chaque personne qui m’emprunte dans cette bibliothèque peut avoir envie de me détruire. Ou m’adorer. Bref, c’est la loterie.
- Te détruire s’insurge l’humide entre deux éternuements ! Mais sois comme moi bon sang ! Moi tout le monde m’aime ! Je cristallise les rêves les plus purs, je sème l’espoir le plus fou, je rétablis la justice, l’opprimé triomphe enfin de l’oppresseur. Bref, j’éveille l’amour et caresse ce qu’il y a de plus beau dans l’humain. Je…
- Oh là, oh là tranche le philosophe. Tu berces les gens d’illusions. Tu les endors. Tu es un menteur, coquin ! Tu fabriques des moutons faciles à mener à l’abattoir, tu es l’ennemi de l’humanité. Moi, je les éveille. Je leur donne des outils de compréhension du monde. Je leur suggère un choix de vie.
- Un choix de vie s’insurge le dégoulinant ! Mais quel choix de vie ? Tu crois qu’une mère de 4 gosses, au chômage et battue par son mari qui la cocufie n’a pas le droit de s’évader, de se rêver une vie meilleure ? Que pourrait-elle faire d’autre, hein ?
- Et bien au lieu de s’endormir en te lisant, elle pourrait choisir de me lire, moi. Je la guiderais pour ne plus se laisser battre. Je lui apprendrai à se respecter, à relever la tête.
- Des mots, des mots ! Rien de concret dans tout ça. L’humain fatigué a droit au repos.
- Repos de la mort, oui ! Toi tu les tues, moi je leur souffle la vie.
La discussion a duré encore toute la nuit. Droit au repos ou droit à l’éveil ? Les deux compères se fâchaient systématiquement. C’était peut-être le ciment de leur relation, la volonté de convaincre l’autre….
Quand Rosemonde Rougeot ouvrit les portes au petit matin, tout était calme et rien ne trahissait les débats enflammés de la nuit. D’ailleurs, est-ce bien raisonnable d’envisager que de tels débats aient pu avoir lieu ? L’intitulé de l’exercice n’est-il pas un peu, heu, hum… délirant ????
Mireille

Cliché :
- Je ne suis peut-être qu’un roman à l’eau de rose, mais moi, je suis accessible à tous. Pas besoin d’être une grosse tête pour me lire. Je fais rêver tous ceux qui feuillettent mes pages. Sur le sable chaud, la chaise longue ou le vieux canapé, en quelques lignes, je fais vibrer les émotions.
Le gros traité de philosophie, lourdement posé sur sa tranche épaisse, restait silencieux.
- Pourtant, si on regarde bien, continuait le roman à l’eau de rose, je traite des mêmes sujets que toi : les rapports humains, l’art de la séduction, la mort, la vie, l’amour. Toi aussi tu parles d’amour, non ? Oui, je sais, pas de la même façon ! Mais tu devrais te rapprocher du rayon « soleil et plage ». Déjà, ça te ferai prendre d’autres couleurs. Là, tu jaunis mon vieux, tu t’encroûtes dans ton rayon. Et puis tu sens le vieux cuir.
Le premier des gros volumes impeccablement alignés sur l’étagère où avait été égaré le petit roman à l’eau de rose, restait imperturbable.
- Tu devrais venir parmi les pockets, tu sais. Tu verrais combien sont mises en pratique les idées avec lesquelles tes auteurs t’ont bourré la reliure. L’amour, la haine, le mensonge, la passion, la débauche. Un coup j’te veux, j’te veux plus, je veux l’autre. Casanova, Roméo, Angélique ou Barbara, ils sont tous pareils. Ce qui compte c’est l’amour.
La grosse reliure dont le doré de la tranche reflétait la qualité de son contenu, ne disait rien, alors que le petit pocket poursuivait son délire, tout seul.
C’est à ce moment là qu’une jolie blonde, digne des lectures appauvrissantes des bords de piscines, s’approcha du rayon. Sa main hasardeuse effleura le petit roman à l’eau de rose, qui éprouva aussitôt une de ces sensations que l’on pouvait lire dans les lignes de son propre texte. Il en était tout bouleversé : venait-elle le chercher pour l’emmener dans son sac, sitôt l’enregistrement terminé ? Il pourrait enfin s’ouvrir et se réchauffer aux rayons d’un été naissant. Elle était là pour lui, il en était certain. Mais la question fut de courte durée. Les jeunes doigts de la demoiselle vagabondèrent sur les livres d’à côté, jusqu’à revenir précisément sur le gros volume dont la couverture trop rigide l’obligeait à se serrer contre l’autre gros volume qui se trouvait de l’autre côté, tout aussi muet que son compère.
Le silence s’imposa. La jeune fille venait de saisir de ses deux mains pourtant si fines le gros traité de philosophie. Le pocket, malmené au passage, avait pu constater dès la page de garde un superbe titre calligraphié. La jeune fille tourna délicatement la page et une enluminure dessinée à l’encre rouge et or, magnifique, occupait plus d’un quart de la page. Une caresse sur l’image, et le pocket compris que tout était fini. La beauté de l’imposant manuscrit avait pris le pas sur le long discours du roman à l’eau de rose. En feuilletant les pages de la belle œuvre, elle avait fait parler le silence de ce compagnon du moment.
Et la jeune fille s’écria « j’ai trouvé, c’est ce livre-là dont j’ai besoin pour mon master. »
Sylvie

- SVP, arrêtez de peser si lourd sur moi, vous allez finir par complètement m’écraser.
- Mais je rêve, que faites vous minus à côté de ma suprématie ?
Ainsi dialoguaient deux livres qui n’auraient jamais dû se rencontrer dans ma bibliothèque. Sa majesté le « Dictionnaire Chic de Philosophie » côtoyait par inadvertance le roman à l’eau de rose « Un instant de ta vie ».
- Comment un livre aussi médiocre et insipide que vous, peut il prendre place dans la somptueuse et si raffinée bibliothèque de mon maître Monsieur Paul ?
- C’est ma maîtresse, la délicieuse Sophie, qui m’y a déposé.
- Qui est cette péronnelle que je ne connais pas ?
- Je ne vous permets pas d’insulter Sophie qui est une merveilleuse jeune femme, romantique et gaie, qui ne peut apporter que la joie et le bonheur dans le triste monde de votre Monsieur Paul.
- Mais, enfin, on ne peut pas mélanger les torchons et les serviettes. L’élégance du style d’un philosophe qui se moque des théories et ne propose aucune recette du bonheur, à un roman gentillet et banal.
- Mais, justement, moi je peux peut être apporter du bonheur et, comme dit Jean d’Ormesson « une certaine légèreté demande plus d’efforts que la pesanteur, les leçons de morale, la gravité et l’ennui.
- Mais pour qui vous prenez-vous, semblant de livre qui ne devrait même pas exister ?  Mon maître aime être snobé, c’est pourquoi il choisit des recueils éloquents qui lui permettent par exemple d’accepter l’apocalypse avec un certain détachement.
- Alors que vous n’envisagez que les pires catastrophes, ma maîtresse elle m’utilise pour rêver et apprendre à aimer. Et de ce côté là elle a beaucoup à enseigner à votre maître.
- Cher Monsieur le dictionnaire chic, la liberté intellectuelle existe. Elle met à terre, sans en avoir l’air, les pédants et donneurs de leçon de votre espèce.  Et encore une fois, pour ne citer que lui, Jean d’Ormesson nous l’explique si bien : « vive la lecture qui apprend ou délasse, vive la lecture tout court. » Vous devriez, cher Monsieur, ajouter cette réflexion à votre grandeur.
Imperceptiblement le dictionnaire chic de philosophie s’est alors redressé pour ne plus écraser le petit livre romanesque.
Françoise

Par la fenêtre de la bibliothèque, sur l’herbe verte où règnent quelques hêtres, on pouvait, à l’occasion, apercevoir des amants se promener timidement, main dans la main, et même parfois, s’embrasser langoureusement.
C’était un après-midi de printemps, les oiseaux roucoulaient, la flore dansait, deux tourtereaux se tenaient enlacés, assis sur la pelouse et récitaient, à tour de rôle, des odes amoureuses du manuscrit qu’ils caressaient de leurs yeux et de leurs doigts.
Enivré par cette envoutante scène, le roman à l’eau de rose se mit à chanter les souvenirs muets qui jaillissaient de ses pages, tel un flot d’éloges passionnés en vers et en prose. En un rien de temps, la bibliothèque tout entière fut enveloppée de récits amoureux qui ne manquèrent pas de réveiller le traité de philosophie, inondé par tant d’ébats.
-       Ah ! L’amour ! Cette peste pullulante, s’exclama le traité.
-       Mais voyons ! Comment pouvez-vous dire cela ? N’avez-vous aucun cœur ? répondit le roman
-       Voyez vous, Rousseau nous a montré que l’amour n’est qu’une illusion. De plus, pour citer Kant : « Il faut agir de telle manière que la maxime de notre action puisse être érigée en loi universelle ». Or, l’amour est contradictoire à cette morale. Mais, rétorqua Spinoza de l’une des pages du traité : « N’oublions pas que l’amour n’est autre chose que la joie accompagnée de l’idée d’une cause extérieure ». Suite à ces mots, Platon laissa raisonner son conte : « Au départ, l’homme était une sphère, coupée en deux par Zeus. Il erre désormais dans le but de retrouver sa moitié.
S’ensuivit une querelle épique interne au traité philosophique.
Maupassant déclara, on ne sait pourquoi :
-       Aimer beaucoup, comme c’est aimer peu ! On aime, rien de plus, rien de moins !
-       Mais aimer, c’est essentiellement « vouloir être aimé », répliqua Jacques Lacan.
Pour clore ce débat retranscrit, Sartre expliqua : « Un amour, une carrière, une révolution, autant d’entreprises que l’on commence en ignorant leur issue ».
Ainsi, incapable d’être en accord avec lui-même, le traité de philosophie continua son brouhaha interne.
Le roman resta bercé par la symphonie à l’eau de rose, parsemé de quelques gouttes de pluie issues de sa solitude.
Et les tourtereaux, quant à eux, loin de ces questions torturées, continuaient de rêver éveillés.
Rodin, octobre 2014

Histoires croisées 1 + 1 : Chacun des participants crée deux personnages sur deux feuilles différentes. On mélange tous ces personnages et chacun en tire 2 et crée une histoire avec.

louise
Blandine s’était rendu à la médiathèque comme tous les mercredis en attendant l’arrivée de son grand frère qui devait la ramener chez eux. Sauf que cette fois-là elle s’était arrêtée au grand escalier de pierre de taille du vieil édifice qui appartenait désormais au patrimoine historique de la commune. Un beau manoir au bord du lac. Ce même lac qu’elle pouvait admirer tous les matins à son réveil, puisque la maison de ses parents se trouvait précisément à l’autre bout du lac, à l’orée d’une jolie forêt de conifères. Un site magnifique qui en faisait rêver plus d’un. Mais depuis l’héritage de sa mère, depuis que la famille avait emménagé dans cette maison, Blandine avait elle, hérité d’un don, dont elle ne voulait parler tant il la terrorisait.  C’est ce même don qui l’obligeait à préférer passer de longues heures dans la nature plutôt qu’avec des amis. D’ailleurs elle n’en avait pas, ni même des copines de classe. Elle fuyait les gens comme ont fuit la peste.

Sauf peut-être ce jour-là, lorsqu’elle rencontra ce petit garçon, du même âge qu’elle à priori. C’était la première fois qu’elle le voyait. Sans même dire un mot, ils s’étaient tous deux assis sur la dernière marche, les pieds dans les graviers. D’habitude, elle se réfugiait rapidement dans la médiathèque, côté bibliothèque, car tant qu’elle avait le nez dans les livres, elle n’avait pas besoin de regarder les gens. Le problème venait précisément de là : sitôt qu’elle plongeait son regard dans celui d’autrui, elle voyait l’avenir de la personne, prenait peur la plupart du temps, et s’enfuyait épouvantée. D’ailleurs, les gens du village la prenaient pour une folle, sans chercher à comprendre le pourquoi du comment. En classe, elle s’asseyait au premier rang et gardait les yeux baissés.

Pourtant ce jour-là, ses grands yeux clairs avaient rencontré ceux de ce petit garçon. Et rien ne s’était passé. Elle avait fermé les yeux par réflexe, mais réalisa presque aussitôt qu’elle n’avait rien vu. Aucune image n’était apparue dans sa tête. Le regard du petit garçon lui avait au contraire procuré un sentiment d’apaisement. Alors Blandine ouvrit les yeux et le regarda plus longuement, silencieuse. C’est lui qui prit la parole : « tu connais Chocolat ? » Il sortit de sa poche une petite boule de poils, indéfinissable, d’une douceur incroyable. « Il est fondant n’est-ce pas, continuait-il devant le silence de la demoiselle, moi il me fait craquer ! » Blandine restait muette et regardait le petit garçon, stupéfaite. « Il parait qu’il vient d’Afrique, ou des Caraïbes, je sais plus. » Blandine ne comprenait pas. Que s’était-il passé ? Elle chercha quelqu’un alentour, mais le lieu était désert. Personne ne rentrait, personne ne sortait de la médiathèque, aucun passant dans la rue. Elle ne pouvait tester si son don l’avait abandonnée. Le petit garçon déposa Chocolat dans ses mains. Il était doux, il sentait aussi bon que le gâteau qui sortait du four quand sa maman lui préparait une surprise pour son anniversaire. « Quel étrange animal ? Et ce garçon, existe-t-il vraiment, se demandait-elle. Ce dernier ajouta : Fais attention, il craint le soleil. » Blandine n’osait plus bouger. N’était-elle pas dans l’un de ses livres fiction où elle vivait les aventures de personnages invraisemblables ?
Elle sentit la main de son grand frère sur son épaule et comprit qu’effectivement elle s’était assoupie en attendant sur les marches de la médiathèque.
Sylvie

C’était une journée peu nuageuse sur le chantier. Entre le brouhaha des monstres du bâtiment et le va-et-vient incessant des travailleurs un peu « tire-au-flanc », Léopold de Beauvallon, le clerc de notaire, était en quête d’information pour la rédaction de l’acte d’acquisition du nouvel établissement en construction.
Lui, fils d’Edward de Beauvallon, si « séduisant et intelligent », comme il se plaisait à se le répéter, était obligé de se mêler à ces ouvriers pour quémander des données.
Le travailleur futunien s’était accroupi l’espace d’un instant, écrasé par les bruits et l’atmosphère qui l’étouffaient. Il travaillait comme un forçat pour gagner son pain quotidien, mais voilà qu’un jeune blanc hautain venait lui parler d’un air plein de dédain.
-       Et bien, alors ? Encore en train de roupiller, ami ouvrier, crut-il drôle de déclarer. Je cherche bureau du direction de chantier. Vers où dois-je aller ?
-       Mais quel est donc ce blanc-bec qui vient me prendre la tête, se dit le Futunien dans sa tête. Non seulement, j’ai quitté la tranquillité de la forêt qui m’abritait, mais en plus, je dois être humilié par cette certitude de supériorité.
Il se tut. Un peu énervé de ne recevoir aucune réponse, Monsieur de Beauvallon crut bon de poursuivre :
-       Où chef de chantier être ?
Comble du ridicule, cet adolescent attardé parlait « petit nègre » pour le provoquer.
-       Il se croit si grand et il n’est pas capable de lire une pancarte.
Suite à cette pensée, le Futunien montra la flèche qui pointait la direction du caisson du chef de chantier.
-       Et bien, tout de même ! Déclara de Beauvallon en un adieu, tandis qu’il hâtait le pas vers la direction, indigné de son incapacité à voir le panneau et de son entêtement.
Rodin, octobre 2014

7 octobre, 2014

Atelier du 6 octobre 2014

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:49

Exercice 1 : Ecrire une histoire à partir d’un tableau de Miro.

Joan-Miro-The_Tilled_Field
C’était le jour « J », le premier jour d’un bel été qu’on attendait depuis des mois.  La lumière du soleil avait embrasé le paysage à tel point que tout avait la tonalité de l’astre en plein midi, le ciel, le sable et la mer étale…
A l’horizon, l’arbre sémaphore au chapeau triangulaire flanqué de trois drapeaux fumait un nuage de type négroïde et hagard, une coupe de rouge à portée de vue… Une voile se gonflait dans le lointain poussé par Zéphir dont l’énorme oreille poilue et striée flottait telle une baudruche devant un taureau écorné qui s’étirait.
Un palmier immense dont le faîte était à peine visible tant il était haut avait traversé le sable entre les mâchoires de deux scies musicales verdoyantes dont l’une était transpercée par le museau d’un tamanoir revêtu d’une robe aux pieds sales titubant sous la canicule.
Un arbre aux branches noires se mit à onduler sous le rythme des macrosillons de terre et de sable pendant qu’un chien, sur le dos, tétait un cheval gris-bleu hennissant.
Mes amis et moi, qui craignions la chaleur, étions abrités dans la pénombre d’un arbre à cils au feuillage ovale.  Pendant que la poule se hissait péniblement du sol, que le lapin sautillait autour d’une touffe d’herbe à carottes, l’escargot s’approcha de moi pour se plaindre mais je l’enviais : j’avais été obligée de m’affubler d’une canette trouée pour me protéger de la chaleur alors que lui…
Le gong fut frappé violemment, je perdis mon chapeau pointu, mes griffes, ma queue, ma
fourrure et mon masque coloré…
Je tremblais de froid, enfouie sous l’édredon, dans la grande ferme teutone dont j’avais héritée d’un ancêtre, dans la Forêt Noire… Il me regardait fixement, accroché dans son cadre arborant fièrement sa mèche et sa moustache tristement célèbres.  L’hiver ne finirait-il donc jamais ?
©Aline MORI

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Dans la famille Framboise, c’était « Soleil noir » quand le vin rouge coulait à flots. Le père Framboise devenait carrément hystérique, les yeux lui sortaient de la tête. Il prenait sa matraque et c’était la valse des gnons. Pif ! Paf ! Il voyait rouge…
Les gosses se demandaient s’il jamais il avait vu du blanc, aurait il vu blanc ?
Il devenait tellement furieux qu’il ressemblait à un taureau un jour de corrida. Sauf que là, c’était pas forcément les matadors qui gagnaient ! Le mère Framboise elle, son vin rouge, elle l’affichait direct sur son nez… Une grosse truffe écarlate. Et puis, elle partait en live, rigolant à tout va. Heureusement, plus la soirée avançait et plus les coups se faisaient imprécis. La fille Lulu et le garçon Ninin se foutaient d’eux. Ils jouaient à celui qui en éviterait le plus et marqueraient le moins. Sinon, ça jaserait encore à la récré.
Ah, la famille, y a que ça de vrai !
Fabienne

Et le même tableau pour Françoise :

J’entrouvrais doucement une petite porte dissimulée dans un tronc d’arbre et pénétrais dans un autre monde. J’étais de petite taille pour mes trois ans et les étranges personnages qui m’entourèrent tout à coup me firent trembler de frayeur.
Juste derrière la porte, sur la gauche, un horrible monstre qui ressemblait à une grosse patate au grand nez criait après tout le monde : « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Je vous avais demandé de faire le ménage ». Une araignée aux gros yeux lui répondit qu’elle n’était pas sa bonne et qu’il n’avait qu’à le faire lui-même.
Sa cousine, la grosse araignée ébène, avec des pattes qui se terminaient par des petits points noirs, ne daigna même pas lui répondre. Elle venait d’apercevoir E.T., juste au -dessous d’elle, et lui lançait quelques petits points noirs avec lesquels il jonglait adroitement.
Devant E.T., une petite souris sans oreille, portait une ravissante jupe en corolle. Elle faisait une grosse bulle remplit de filaments tandis qu’un petit fantôme à la tête en forme de croissant de lune, s’approchait dangereusement de Monsieur Patate. Celui-ci continuait à hurler, pestant contre les moutons noirs qui jonchaient le sol.
L’araignée aux gros yeux appelait ses bébés qui se trouvaient juste devant Monsieur Patate et qui risquaient d’être piétinés.
A ce moment précis l’horrible Monsieur Patate remarqua ma présence : « Mais qui est cette petite bestiole qui ose entrer dans notre domaine ? »
Sans demander mon reste, et bien qu’à moitié pétrifiée, je réussis à retrouver la petite porte de sortie.

Exercice 2 : Où est papa ?

ou-est-papa-10

Refrain
Où est papa
Je n’en sais rien
Il est pas là
Il est pas loin
Où est papa
Il est parti
Non je crois pas
Il est ici

 I
Il s’est caché
Dans la forêt
Où poussent les
Taies d’oreiller
Il joue au chat
Au chat perché
Et s’est perdu
Dans l’escalier

Refrain
Où est papa
Je n’en sais rien
Il est pas là
Il est pas loin
Où est papa
Il est parti
Non je crois pas
Il est ici

II
Il voulait prendre
La poudre d’escampette
Paraît qu’il aurait pris perpèt’
Il s’est planqué
Dans un boxon
Ta mère lui a
Frisé l’chignon

Refrain
Où est papa
Je n’en sais rien
Il est pas là
Il est pas loin
Où est papa
Il est parti
Non je crois pas
Il est ici

III
Il est rev’nu
A quatre pattes
Elle lui a refilé
Des claques
Depuis il s’est
Bien repenti
Il fait la vaisselle
Et … au lit !

Refrain
©Aline MORI

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Ses parents l’avaient amenée à une foire. Elle avait adoré. Du haut de ses 3 ans, elle écarquillait ses yeux et s’intéressait à tout. Mais à la fin de la journée, elle n’arrêtait plus de dire : « Où est papa ? ». Maman lui montrait gentiment son géniteur, mais la petite fille secouait la tête pour dire non. Le père était offensé. Mais enfin, ma chérie, ton papa, c’est moi. Et elle disait toujours non avec la tête. Les disputes commencèrent dans le ménage. Le mari, sournois, essayait toujours de prendre sa femme en faute. Mais elle, n’ayant rien à se reprocher se sentait injustement condamnée et ne comprenait plus son mari… L’affaire dura longtemps… Chacun gardait ses positions et devint suspicieux. Mais enfin, où était ce papa-là. On en arriva même à une séparation… temporaire. Histoire d’apaiser les esprits.
Jusqu’au jour où, mettant dans leur poche leurs griefs, papa et maman sortirent la petite à une autre foire. Elle les conduisit tout de suite à la baraque des barbes à papa en s’exclamant : « papa ! ».
Fabienne

Devoir : Je ne me souviens pas…
Vous avez eu un objet ou une personne qui ne vous quittait jamais, et puis un jour, cet objet, cette personne a quitté votre vie sans que vous vous souveniez pourquoi.

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Je devais avoir 6 ou 7 ans. J’étais une petite fille éveillée, vive et malicieuse. Je possédais depuis ma naissance un doudou merveilleux, offert par ma Mamie. Il s’agissait d’une poupée en chiffon, molle et toute douce. Elle s’appelait Gertrude, prénom suranné qui faisait sourire . Gertrude était ma confidente, ma meilleure amie. Mamie lui confectionnait de jolis vêtements et lui tricotait de petites écharpes de toutes les couleurs. Elle était si belle avec son joli sourire et ses yeux au regard doux. Elle m’apaisait et consolait tous mes chagrins. Je m’endormais chaque soir en serrant son petit corps gracile tout contre moi.
A cette époque mes parents divorcèrent. Plus que jamais j’avais besoin de la présence de Gertrude pour me rassurer. Ma mère emménagea avec un beau père à l’allure sévère qui n’aimait pas les enfants. Tous les soirs je m’endormais en pleurant, en serrant très fort Gertrude .
Et puis un jour mon beau père vint me récupérer chez ma Mamie où j’avais passé quelques jours de vacances. C’est alors que le plus grand des malheurs, pire que le divorce de mes parents, s’abattit sur moi. Au moment de partir je ne retrouvais plus Gertrude. J’eus beau la chercher dans tous les recoins elle demeurait introuvable, malgré les efforts de Mamie qui m’aidait dans ma recherche.
Mon beau père, fatigué de m’attendre et de m’entendre pleurer, décréta que c’était la meilleure chose qui puisse m’arriver. Il fallait que je réalise que je n’étais plus un bébé et que je n’avais plus besoin de cette horrible vieille poupée.
Ma détresse fut gigantesque. Les jours qui suivirent je refusais de m’alimenter. Je devins si faible que ma mère, très inquiète, fit venir le médecin de famille. Elle m’acheta une nouvelle poupée qui ressemblait à une princesse. J’en eu bien d’autres par la suite mais aucune ne réussit à me faire oublier ma Gertrude. Chaque jour je me demandais où elle pouvait bien être et quelle était sa vie loin de moi. Avait-elle trouvé une autre petite fille qui lui confiait ses secrets et ses chagrins ? Cette idée m’était insoutenable et je préférais penser qu’elle était sans doute cassée, peut être morte et qu’on l’avait enterrée dans le cimetière des jouets où je pourrais lui rendre visite lorsque je serai grande. Les années passèrent sans que jamais je ne l’oublie.
Je venais d’avoir 18 ans lorsque ma Mamie mourut. Après son enterrement je me rendis seule dans sa petite maison où j’avais passé tant de bons moments. Je flanais de pièce en pièce, traînant ma peine et respirant cette odeur de lavande si particulière. Je ne su  pour quelle raison, je décidai de grimper l’escalier de bois qui menait au grenier. Je redevins alors la petite fille espiègle qui fouillait dans tous les recoins, à la recherche d’un trésor caché.
Et le trésor était là, enfoui dans une vieille malle. Accompagnée d’une grande enveloppe rose, Gertrude me regardait et me souriait tendrement. L’enveloppe contenait un message de ma Mamie : « Ma petite fille chérie, le jour terrible où ton beau-père décida de jeter Gertrude à la poubelle, j’attendis votre départ pour la récupérer et je la cachai au fond de cette malle. Je ne pouvais pas agir contre sa volonté , mais je m’étais jurée qu’un jour tu la retrouverais.
Ce jour béni était arrivé. Je serrai doucement Gertrude contre moi  et fus immédiatement submergée par un bien être indéfinissable. Je remerciai ma grand-mère d’avoir su comprendre l’ attachement indestructible qui nous unissait. Grâce à elle Gertrude a toujours une place d’honneur chez moi et mes petits enfants m’ont plusieurs fois demandé de leur raconter son histoire.
Françoise

Elle s’appelait Christine. Je venais tout juste de rentrer en 6ème. Un grand changement, dans une vie. On s’est tout de suite plu. Une espèce de coup de foudre d’amitié, comme il en existe parfois.
Nous sommes vite devenues inséparables. Nous partagions tout : nos secrets, nos lectures, nos fous-rire, nos bonbons…
Nous avons dû passer trois ans ensemble. C’est beaucoup dans une vie. Je ne me souviens pas de ce qui nous a séparer. Un déménagement, vraisemblablement, car je ne me souviens pas de la moindre dispute.
Et puis, un jour, Christine a disparu de ma vie. Je suppose que ce fut douloureux, mais n’en ai aujourd’hui aucun souvenir. Je me suis souvent demandée ce qu’elle était devenue.
Samedi dernier, j’étais invitée à une fête. Il y avait beaucoup de monde. Je me suis retrouvée par hasard, à côté d’une femme de mon âge, qui avait l’air très sympa. Nous avons parlé pendant plus de deux heures, enchantées l’une de l’autre. Le même coup de foudre amical. Au moment de partir, après avoir échangé nos téléphones, nous nous sommes aperçues que nous ne nous étions pas présentées. « Christine », a t elle lancé….
Fabienne

 

3 octobre, 2014

Atelier du 29 septembre 2014

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:45

Devoir : Les soldes !

ASOS-SOLDES-HOMMES

Aujourd’hui est un jour extraordinaire : on solde ! Et pas n’importe quoi…
En effet la ville, devant la recrudescence des divorces et le nombre toujours croissant de femmes seules, a décidé de solder… des hommes !
Pas banal, me direz-vous. Mais absolument nécessaire à la quiétude de notre petite communauté, car les femmes déjà pourvues d’un mari se sont regroupées en une association pour que leurs doléances aient plus de poids auprès du maire : elles se plaignent d’avoir à être constamment sur leurs gardes pour que leurs maris, proies convoitées, ne s’envolent pas ailleurs. C’est que ces messieurs sont très demandés, et, il faut bien le dire, résistent mollement aux avances de la cohorte de femmes seules, déployant toutes les ruses de la séduction…
La révolte a grondé tout l’été. Les robes décolletées et les bikinis mini mini n’avaient pas arrangé les choses…
C’est pourquoi le maire, devant la détermination de ses administrées (et la perspective d’une prochaine élection) a décidé d’employer les grands moyens : tous les hommes seuls de plus de 18 ans ont été dûment recensés et priés de se tenir à disposition de toutes les femmes seules de la ville.
Oh, bien sûr, certains ont renaclé, mais le maire avait fourbi des arguments imparables : ils allaient faire oeuvre de salubrité publique, la cité leur en serait reconnaissante (une médaille fut envisagée…) et les fonds récoltés iraient à la crèche municipale. Comment résister ?
C’est sur le champ de foire que s’est tenu ce marché peu ordinaire. Chaque homme avait son prix, fixé par lui-même, mais vérifié par l’équipe municipale, vérification qui s’est révélée indispensable, ces messieurs ayant tendance à se surévaluer…
A 8 heures, ce 8 septembre, les deux grands battants du portail du champ de foire furent ouverts, ou plutôt devrais-je dire qu’il cédèrent sous la poussée d’une centaine de femmes en mal de mari.
Ce fut une ruée plus spectaculaire encore que la ruée dans les grands magasins d’informatique à la sortie du dernier Ipod.
Je faisais partie du lot, bien sûr. J’avais repéré un cinquantenaire fort appétissant, ni trop gros, ni trop chauve, dont j’avais envie depuis longtemps, sans avoir pu me l’offrir.
Quelle cavalcade ! Heureusement je m’étais entrainée à la course depuis des semaines et j’arrivai la première devant lui. Pas question de discuter le prix, un tantinet au-dessus de mes moyens pourtant, au risque de le voir m’échapper au profit de Ginette, ma voisine, qui le lorgnait aussi, mais dont l’embonpoint ne lui permit pas de me griller la place.
Je payai donc fébrilement les 450 euros affichés et repartis avec mon trophée.
A ce jour je peux vous dire que j’en ai eu pour mon argent…
Huguette
soles

Bonjour, je suis le veilleur analyste en charge de la planète Terre, un petit joyau bleu situé à 2 milliards d’années lumière de chez nous. Une espèce qui s’appelle « humaine », l’exploite et son comportement erratique nous cause les plus vives inquiétudes. Ma fonction consiste à essayer de comprendre leur fonctionnement et j’avoue rencontrer les plus grandes difficultés tellement nous sommes différents.
Prenons l’exemple d’un phénomène annuel ahurissant qu’ils appellent les soldes. A certaines périodes de l’année, des commerçants baissent leurs prix de manière importante et les gens se précipitent pour acheter des montagnes de choses dont beaucoup ne serviront jamais.
Il faut les voir faire la queue pendant des heures devant l’entrée de magasins puis se ruer dès l’ouverture des portes, marée humaine surexcitée dans laquelle l’égoïsme forcené gomme toute trace de civisme. Ces foules ont des frénésies de naufragés, la soif de posséder se substituant à la peur de la mort. Et toute la frustration habilement entretenue à longueur d’année explose en un aveugle sentiment de revanche qui efface toute possibilité de jugement.
Dopés par l’illusion d’avoir fait une bonne affaire, hébétés par la volupté perfide de l’achat compulsif, les clients perdent de vue l’essentiel qui nous semble pourtant évident : dans un échange équilibré, le commerçant ne peut baisser ses marges sans faire faillite.
Nous en concluons que sur cette étrange planète, les commerçants sont des voleurs et les clients de pauvres idiots. Pire, le vendeur est tellement sûr de son pouvoir qu’il n’hésite pas à dévoiler son jeu, à avouer qu’il entube à longueur d’année ! Et le client adhère docilement à ce marché de dupe, avec joie même.
Nous ne comprenons pas. Car l’espèce humaine démontre paradoxalement d’évidentes formes d’intelligence et sait aussi se mobiliser pour défendre diverses causes. On se demande ce qu’ils attendent pour exiger un commerce juste ! Mais ça, ils ne le font pas…
Depuis quelques temps, les commerçants se lamentent de ce que les soldes rameutent moins de monde dans leurs boutiques. Malheureusement, ce n’est pas parce que les gens se libèrent de leur addiction mais parce que leur système économique semble vaciller et qu’ils ont moins d’argent à dépenser. La nuance mérite d’être soulignée.
Tous les ans j’observe cette période en me disant : mais ils vont bien finir par se révolter, c’est-à-dire refuser d’acheter les choses plus cher hors période de soldes ! Et bien non !
Ce que nous ne parvenons pas à comprendre non plus c’est que tous les commerçants ne participent pas à la fête. On n’a jamais vu un fournisseur d’électricité pratiquer une baisse de 50% ou le fisc annoncer une diminution des impôts pendant cette période. Et tout le monde semble trouver cette lacune normale. Car en fait, ne participent aux soldes que les vendeurs de superflu.
Bref, les soldes nous laissent un goût amer de gâchis, de tromperie organisée et admise. De la tristesse. L’humanité, bah, un troupeau de moutons qui se croient loups, dirigés par quelques crocodiles aux yeux plus gros que le ventre. Dommage pour une si jolie planète….
Mireille

solde
Quand l’heure de la fermeture approche, le dernier soir des soldes d’été, rue de l’Alma, toutes les femmes, fébriles, se ruent à travers les rayons pour bénéficier des bonnes affaires. Il n’y a vraiment que les soldes pour vous donner ce sentiment d ‘économiser en dépensant autant d’argent pour acheter des choses toutes aussi superflues qu’inutiles !
Mentalement, je fais l’inventaire de mes acquisitions durant cette journée épuisante mais ô combien excitante : un magnifique livre sur la plongée. C’est sûr, je ne plonge pas, mais les photos sous-marines sont superbes et il ne coûtait que 2.000 F, soit 70 % de remise ! à ne pas rater !
Ensuite, une belle chemise rose à carreaux verts, pour mon mari. Je ne sais pas s’il va aimer les couleurs, mais ce n’est pas grave, il pourra la mettre pour tondre le gazon. Elle est légère et toute en coton pour seulement 500 F !
J’ai également acheté trois paires de chaussures, les mêmes… pointure  32… pour ma fille… D’accord, elle chausse du 34, mais franchement, pour 700 F les trois paires, je ne pouvais pas faire autrement. Au pire, je les donnerai à ma petite voisine, si ma fille ne veut absolument pas faire pas d’effort.
Et puis, j’ai trouvé un sac à main d’un magnifique bleu électrique pour 3.000 F. Il ne me reste plus qu’à trouver une robe et des chaussures du même bleu… en solde, bien sûr, pour être d’une élégance suprême. Toutes mes copines vont m’envier, car évidemment, je leur dirai que ce sont des articles qui viennent de Paris, en direct, que j’ai eu à prix d’or. Elles vont être jalouses, tant mieux et vertes de rage que leur compagnon ne puisse leur offrir de si belles choses. Elles vont dire aussi que nous gagnons beaucoup d’argent. Il vaut mieux faire envie que pitié ! Et puis, à mon mari, je lui dirai que je n’ai dépensé que 5.000 F dans la journée, pour autant de choses, franchement, il ne pourra que me féliciter, même si j’en ai dépensé dix fois plus, il ne pourra pas vérifier !
Et puis j’ai craqué aussi pour un ensemble chemise-pantalon, pour mon petit dernier. Le problème, c’est qu’il y avait une mégère qui avait craqué tout autant que moi. Evidemment, la bataille a été rude, mais j’ai gagné… avec une jambe et une manche en moins. Ce n’est pas grave, j’en ferai un short et un gilet.  Bon, vite, vite les dernières affaires sont les plus intéressantes car jusqu’à moins 80 %, mais bien sûr il ne reste plus beaucoup d’articles,  de tailles ni de couleurs. Heureusement qu’aujourd’hui les magasins du centre ville restent ouverts jusqu’à 20 heures.
Comme par hasard, je me retrouve devant la vitrine d’un bijoutier.  Les moins 75 % clignotent devant mes yeux comme autant de diamants. Je fais un petit tour, vite fait. Et soudain, je tombe en arrêt devant un incroyable solitaire, incroyablement seul dans son écrin. C’est bientôt mon anniversaire et mon chéri sera très content d’avoir économisé trois quarts du prix de mon cadeau. Je fais un rapide calcul mental. J’arrive à avoir l’objet de toutes mes convoitises pour seulement 50.000 F ! Et vraiment, vraiment, il est impossible de lui résister !
Fabienne

1/ Exercice : le débarquement

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Depuis quelques jours il me fourbit, me lustre et me graisse dans mes derniers rouages. Sa tension grimpe, quelque chose doit se tramer, mais quoi ? Dans l’ignorance, je me contente de briller de mille feux car j’ai foi en ma puissance et ma précision… Quelle prétention ! Quelle illusion !
Lui, je l’aime bien, c’est un brave type et il prend merveilleusement soin de moi. Il a 23 ans, des études brillantes arrêtées par la guerre mais il reprendra au plus vite car il a décidé d’offrir à ses parents une vie meilleure.
Des paysans jamais sortis de leur terre qui triment par tous les froids, les mains brûlées par l’onglée pour lui payer ses études à lui. Leur seul et unique trésor.
La guerre l’a cueilli alors qu’à force de sacrifices, leur rêve à tous se mettait en route vers le possible. Alors, une parenthèse. Une attente et une angoisse indicibles à la limite du supportable mais qu’il faut bien supporter…. Et c’est à moi qu’on a confié sa vie, la lourde tache de le protéger.
Ca fait des jours et des jours que nous naviguons. J’ai le mal de mer, bercement de la longue houle et éclats de vomissures fermentés dans la chaleur étouffante. Mais ce matin nous sortons enfin et je découvre un décor de rêve : sous un ciel si bleu que même les nuages sont bleus, grandit une mince bande de sable blanc ourlée du vert tendre des cocotiers. Une carte postale !
La brusque tension des hommes semble complètement déplacée ! Serait-ce là, sous cette douce brise et dans cette chaleur de four ornée de rêve que nous livrerons combat ? Impossible ! Les hommes se trompent, c’est si beau ici !
Pourtant, le rêve vire au cauchemar. L’artillerie lourde des bateaux prépare le terrain par un feu sorti des enfers. Le sable blanc se convulse en geysers noirs, les cocotiers se font torchères, la mer fume et l’air éclate sous le grondement de la canonnade.
Nous voilà dans les barges. Qui s’échouent lamentablement. Erreurs de préparation. Pour les Japs, c’est la foire aux pigeons. Les balles sifflent et giclent. Les hommes crient et tombent. Plus de 5 000 combattants meurent sur les plages idylliques de Betio (Kiribati). Et moi je rouille au fond d’une eau sanglante pour l’éternité.
Mireille

Regles
6 juin 1964, j’ai 20 ans, l’âge du débarquement.
Eberluée, je fixe l’objet oblong sur lequel je viens de pisser. Son verdict est sans appel : je suis enceinte ! Mais comment est-ce possible ? J’ai pourtant pris les précautions d’usage, avec l’un et… l’autre… les autres, en fait, convaincue que ma liberté sexuelle ne serait pas entravée par une grossesse intempestive et non désirée. Me voilà piégée. Je suis effondrée : que faire ?
C’est à ce moment-là que Jean-Marc m’appelle pour me donner rendez-vous au Jimmy’s, la boîte dans laquelle nous allons tous en bande, danser jusqu’au bout de la nuit.
Mon optimisme naturel (si ce n’est ma stupide insouciance !) reprend le dessus et en deux mouvements je suis prête.
Sur la piste, je fais la folle, je virevolte, je saute, je lève les bras, je crie, je secoue mes cheveux, je piétine au rythme de la musique tonitruante.
Quand tout à coup, une moiteur suspecte dans ma culotte…
Une petite tache rouge sur ma robe blanche…
Je m’immobilise et on m’interroge : que se passe-t-il ?
« Le débarquement ! « Je hurle, hilare et soulagée.
Huguette

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Est ce que vous connaissez Koumac ? Cette « ville » du nord où il n’y a rien… Même pas un bistrot. Et bien figurez vous que j’y ai habité 100 jours ! Ah ! Voir Koumac et mourir…
Et bien sachez que, chaque soir, se produit un étrange phénomène. Juste au coucher du soleil, des nuages, des nuées, des millions de moustiques se jettent sur vous, leur trompes vampirisantes en avant pour vous sucer, vous aspirer, vous pomper tout le sang !!!! Un véritable débarquement !
Le premier soir, fière de moi, je disais que les moustiques ne m’avaient jamais piquée. Mais ceux de Koumac n’étaient pas comme les autres ! Comme s’ils avaient envie de me dire : « va t’en d’ici, étrangère ! ».
Je souviens, ce soir-là, j’avais une robe dos-nu. Ils m’ont envahie, assaillie, recouverte. Je passai une nuit horrible à me gratter et le lendemain, je comptais plus de cent piqûres rien que sur mon dos. Des boursouflures rouges et urticantes avaient éclos sur ma peau bronzée…
Pour résister à cette invasion, j’ai dû passer toutes mes autres soirées, seule, enfermée. Vous comprendrez donc pourquoi je ne me suis pas attarder dans cette région attardée.
Fabienne

2/ Exercice : trouvez une raison autre que l’automne à la tombée des feuilles

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Pourquoi les arbres perdent ils leurs feuilles? Et vous charmante demoiselle, pourquoi ôtez -vous donc votre robe à la nuit tombée? Tout comme votre peau, l’écorce présente sur la cime de leurs branches a besoin de se dévêtir pour respirer. Mais à cette exhibition ne voyez rien de malhonnête ou de malsain. C’est la un phénomène naturel et sensuel, un jeux de séduction, au rythme des saisons, qui attise les passions de leurs besoins d’expressions, et de reproductions.
Rodin

Par amitié

Je suis l’amie des arbres. J’en ai planté des centaines autour de mon petit chalet, sur les hauteurs, en plein Massif Central. Des feuillus, essentiellement, car je n’aime pas la noirceur des sapins, qui m’angoisse. Il y a là des hêtres (mes préférés), des chênes, des tilleuls, des frênes et des trembles et même quelques ormes sauvés de l’épidémie, sans compter quelques pommiers, cerisiers sauvages, châtaigniers et noyers.
Je les adore, mais au fil des ans leur ramure a pris des proportions telles que je vis quasiment dans le noir toute l’année.
Je ne vois plus ni le bleu du ciel ni la lumière du soleil et mon moral en souffre : vais-je devoir abandonner ce lieu qui m’est cher, dire adieu à la nature amie ? Je l’envisage, sans plaisir.
Un beau matin d’octobre, à mon réveil, surprise ! Un doux soleil bienveillant frappe à mes carreaux, ma chambre est baignée d’une lumière orangée, le bleu timide et pâle d’un ciel automnal ravit mes yeux et mon coeur…
Mes chers arbres, si sensibles, ont compris ma dépression latente et en une nuit ils ont tous décidé de se déshabiller pour m’offrir la lumière qui me manquait !
Huguette

J’ai chaud, j’ai froid. Je ne sais plus où j’habite. Pourtant, jamais je ne bouge. Vous avez déjà vu un arbre se déplacer ?
Je suffoque. Plus d’air dans ma sève, plus de vie dans mon flux. Ces feuilles qui m’alimentaient, ces feuilles de ma joie, de ma verte fierté et bien maintenant elles pendouillent lamentablement et me tirent douloureusement sur les branches.
Sources de vie, elles doivent pourtant disparaître pour que je survive, éventuellement vive… Ca me fend le cœur de m’en séparer, elles si fidèles… Mais que voulez-vous, Tchernobyl a pété, tout est chamboulé et je veux vivre. Alors, abandonner au sol détruit mes feuilles cramées pour trouver, peut-être, un second souffle.
Mireille

C’est l’automne, un automne où il fait beau, comme il n’en existe nulle part ailleurs. Ici, on l’appelle le printemps !
Les arbres gardent toutes leur feuilles bien sûr… Mais cet automne ou printemps-là, comme vous voudrez, une révolte est en train de sourdre : la révolte des feuilles. Elles en ont assez de voir les oiseaux sur les branches de leurs arbres se poser, se reposer et se reproduire !!! Marre aussi de voir ces oiseaux s’envoler dès que bon leur semble. Elles aussi veulent partir. Aussi, ce jour-là, décidèrent telles de suivre les oiseaux et de toutes s’envoler au vent pas du tout mauvais.
Hélas, elles ne purent voler longtemps et le lendemain, se ramassèrent à la pelle !
Fabienne

 

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