Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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24 septembre, 2013

Atelier du 23 septembre 2013

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DEVOIR : que s’est-il passé le jour de votre naissance ?

Le jour de ma naissance
Atelier du 23 septembre 2013 images2
La journée avait mal commencé ce 13 novembre : ma mère n’avait aucune contraction. Or la tradition familiale maternelle voulait que les premiers nés voient le jour un 13. Pas question que j’arrive le 14 ou après ! Il en allait de mon bonheur futur.
Deux jours avant, ma mère avait donc fêté le triomphe de la gauche et tout particulièrement du parti communiste français, le parti des ouvriers, son parti, aux élections législatives, en dansant toute la nuit, espérant que l’enfant qu’elle portait, fille ou garçon, elle ne le savait pas encore, descendrait enfin, pas trop tout de même, pour arriver pile le 13.
Si elle l’avait pu, elle serait bien montée à bord du premier avion à réaction français, ce 11 novembre, pour accélérer le processus d’ouverture du col de l’utérus…
Elle avait eu beau insister pour que mon père lui offre ce fameux Solex, dont les trépidations auraient sûrement favorisé mon arrivée, elle n’avait pas obtenu gain de cause, trop cher, un mois de son salaire ! On n’allait pas s’endetter pour une superstition que mon père jugeait ridicule.
Mais ma mère avait de la suite dans les idées : c’est ainsi qu’elle entreprit, le 12 novembre, en plein frimas, ce qu’on appelle ordinairement le grand nettoyage de printemps : elle astiqua la maison avec ardeur, du sol au plafond, tria et rangea tous les vêtements d’été et d’automne. Elle en récolta force courbatures, mais pas le résultat escompté : son ventre pointait toujours vers l’avant, désespérément !
Le 13 au matin, elle décida d’une grande marche dans la neige qui avait commencé à tomber : elle comptait sur l’activité physique, conjuguée au froid, pour enclencher le travail. Elle fit deux fois le tour de l’étang, en vain !
A midi, elle se goinfra d’une potée auvergnate, suivie d’une large tranche de fourme et d’un pâté aux pommes, roboratif, sous le regard désapprobateur de son mari et de sa belle-mère : elle avait espéré que l’indigestion qui allait en découler brasserait tant ses entrailles que le bébé ne pourrait que sortir de ce ventre inhospitalier. Que nenni !
Ma mère passa une partie de l’après-midi aux toilettes, à gémir et se lamenter, puis à sauter sur place en hurlant : mais tu vas sortir, à la fin, maudite bête !
Mon père, effrayé par sa détermination hystérique, la chargea dans sa remorque, qu’il attela à son vélo, et fonça à toute l’allure de ses mollets de sportif vers la maison de la sage femme qui devait pratiquer l’accouchement.
Madame Vachez le vit arriver en nage, elle vit ma mère en rage : même balloté pendant des kilomètres dans cette remorque sans amortisseurs, son ventre ne manifestait aucun signe de contraction. Madame Vachez n’était pas seulement sage femme, c’était une femme sage : elle calma ma mère par quelques massages et paroles lénifiantes, lui enjoignit de retourner chez elle et d’attendre que la nature fasse son œuvre toute seule.
C’est alors que se produisit l’incident, que ma mère qualifia plus tard de miraculeux, mais qui sur l’instant, parut plutôt horrible aux protagonistes sidérés. (et qui engagea mon destin, je ne le compris que plus tard).
Cette année-là, la France venait de fermer son bagne de Cayenne : les 145 détenus restants étaient arrivés à Marseille à la mi-août, sans argent, mais bien décidés à s’en procurer par tous les moyens.  Trois d’entre eux, de forts gaillards à la mine farouche, firent la route en remontant la vallée du Rhône, trouvèrent à s’embaucher à la cueillette des fruits, puis aux vendanges. Tout alla bien jusqu’à l’arrivée de l’hiver. Fin octobre, déjà, ils n’avaient plus rien à se mettre sous la dent et aucun autre travail en vue.
Alors ils se mirent à chaparder, d’abord dans les fermes du Forez puis ils passèrent aux choses sérieuses : en arrivant dans la riche ville de Montbrison ils sentirent l’odeur de l’argent et décidèrent d’aller le prendre où il se trouvait : le mercredi 13 novembre, en fin d’après-midi, ils attaquèrent la Caisse d’épargne et de prévoyance. On donna l’alerte et ils furent poursuivis. Ils se mirent à l’abri dans un immeuble bourgeois du Boulevard Lachèze et…entrèrent en trombe chez Madame Vachez, au moment même où ma mère et mon père allaient en ressortir !
Ah ! Le hasard, la destinée, le sort, Dieu peut-être ? Allez savoir…
Ils étaient effrayants à voir, armés de coutelas, et décidés à sauver leur peau, même si cela devait coûter la vie à des innocents au passage. Car les pandores étaient sur leurs talons, on pouvait entendre déjà leurs souliers ferrés marteler l’escalier de chêne…
Cette détermination à obtenir ce qu’ils voulaient (en quoi elle se reconnut) plut aussitôt à ma mère, qui eut une illumination : elle leur indiqua comment se tirer de ce guêpier en passant pas les chambres de bonne du 6°, puis par les toits, pour tomber à l’arrière dans la ruelle sombre où ils trouveraient une remorque attelée à un vélo -celui de mon père, vous l’aurez compris- Ils n’avaient qu’à les prendre et pédaler bien vite hors de la ville. Pendant ce temps, elle tâcherait de retenir la police. Les malfrats surent reconnaître le service rendu en balançant une poignée de billets dans le sac de ma mère avant de s’envoler. C’est sur le palier que ma mère accoucha, à 19 heures, le 13 novembre, comme elle l’avait voulu, sous les yeux des policiers qui, au lieu de poursuivre les voleurs, lui portèrent assistance.
Depuis ce jour, ma mère a une affection particulière pour les voyous, et elle a bercé toute mon enfance de ce récit, enjolivé sans doute. Persuadée que je devais ma vie et mon bonheur d’être née un 13 à des criminels, j’ai moi aussi développé, malgré moi, une attirance pour tout ce qui est hors la loi et la conviction que tous les moyens seraient bons pour protéger ma tranquillité.
Un dernier détail, qui a son importance : ma mère a eu son Solex, grâce à l’argent de la Caisse d’épargne, qu’elle n’y avait pourtant pas placé…
Et vous voudriez qu’avec un tel exemple mon esprit juvénile ne fût pas impressionné ? Mon existence pas conditionnée ?
Je ne vous raconte pas cela pour m’innocenter de tous les actes pas très corrects que j’ai pu commettre ensuite, mais tout de même…

Huguette Montagne

images-3 Fabienne
Je suis né, 3KGS 800, 52 cm. C’est suffisamment important pour éclipser tout le reste. Ma naissance est un évènement joyeux pour tout le pays. Le monde entier est en effervescence et tous les chefs d’états, rois, reines, présidents, premiers ministres, adressent leurs sincères félicitations à mes heureux parents. Les cadeaux affluent de partout :
- Un culbuto en or offert par François Hollande (LOL)
- Un vrai petit crocodile, cadeau des Territoires du Nord de l’Australie, de là à ce que l’on m’appelle « crocodile baby » !!!
- Un horrible kangourou  tricoté par leur premier ministre
- La panoplie complète du parfait supporter de l’équipe de foot de Chelsea, cadeau du frère de ma mère, au grand dam de mon père qui soutient une autre équipe
- Des douzaines de » babies grow » don l’un brodé : « keep calm my great nanny is the Queen ».
Au fait, sa Majesté la Reine est venue me voir en personne à la clinique. Elle arborait une magnifique tenue d’un joli bleu pervenche, assorti d’un truc en plume sur sa tête.
Tous les bébés d’Angleterre nés le même jour que moi recevront « un penny » en argent, symbole porte bonheur. En tout 2013 pièces.
Les commerçants se frottent les mains dans tout le pays. Les magasins de vêtements pour enfants écoulent des collections royales par centaines. Le champagne et autres vins pétillant coulent à flots.
Les paris de toutes sortes battent leur plein : quel sexe, quel prénom, quel jour, quel poids, quelle taille ? Tout cela représente une bien jolie manne pour l’économie britannique.
Les ponts du Golden Jubilee sur la Tamise et les Fontaines de Marble Arche sont illuminés en bleu.
Tout le monde s’agite autour de moi. Quatre policiers filtrent la porte d’entrée de ma chambre et de nombreux journalistes et autres paparazzi font le pied de grue devant la clinique depuis plusieurs jours.
Quant à moi, au milieu de tout ce cirque, je me sens soudain très fatigué et, bien installé au creux des bras de ma jolie maman, mes royales paupières commencent à se fermer pour un sommeil bien mérité, après une telle agitation.

Françoise Ravelli

Le 6 mai, cette année-là,  tout s’est passé comme prévu.
Dans les régions traditionnellement les plus assoiffées d’Afrique, on a dénombré des centaines de victimes parmi les enfants et les personnes âgées (espérance de vie: 30 ans).
Pas de trêve non plus entre les tribus fratricides.  On a donc comptabilisé ce jour-là de nombreux massacres dans les villages reculés, où l’ONU s’est bien gardée d’intervenir, par peur de déclencher des incidents diplomatiques.
Le 6 mai, cette année-là, rien de nouveau dans la course effrénée du monde : s’enrichir pour les uns, survivre pour beaucoup d’autres, vivre  et laisser mourir.
Le 6 mai, cette année-là,  pourtant, comme toujours depuis la nuit des temps : des enfants ont vu le jour, en dépit de tout. Des hommes et des femmes ont fermé les yeux, pour la dernière fois, sereins et entourés de  l’amour de leurs proches.
Le cycle de la vie a poursuivi sa ronde, envers et contre tout.
Le 6 mai, cette année-là, un jour parmi d’autres,  banal et précieux à la fois.
La promesse d’un autre jour à venir, peut-être meilleur ?

Marie-Pierre Beaulier

images-11 Françoise
Alors que je poussais mon premier cri et que je recevais la première claque d’une longue série, Jean Cocteau s’apprêtait à faire son discours de réception à l’Académie Française, non sans, au préalable, l’avoir fait traduire en argot des prisons…
Le monde entier pleurait encore James Dean, icône de la jeunesse d’après-guerre en plein désarroi, qui venait de mourir à 24 ans. Et ce n’est pas la naissance de Thomas Newman, compositeur américain de musiques de films qui aurait pu le consoler.
En revanche, ça bouge pas mal du côté littéraire, ce jour-là :
-  à la mort du fondateur des Editions Grasset, c’est son neveu Bernard Privat qui reprend la direction de la maison.
- J.R.R. Tolkien sort le troisième et dernier volet de la célèbre saga du Seigneurs des anneaux : le Retour du Roi
- Simenon édite son dernier Maigret : « Maigret tend un piège »
- Sortie également du dernier Tintin « Objectif Lune »
alors que naissait Marc Toesca, animateur radio-TV, mourait Thérèse Dupont, née Watteeuw, sœur de Fernand, mais je suppose que vous n’en avez rien à faire !
C’est ce jour-là qu’a été fondée l’Association des Maires du Var, association qui n’a pas non plus changé la face du monde. Bill Halley et ses « Comets » et Elvis Presley donnent un concert à Cleveland où ils sont filmés pour la première fois.
Pendant que l’on inaugure le Musée Nikola Tesla en Yougoslavie, un accord militaire syro-égyptien est signé, tellement peu important que personne ne se rappelle de quoi il traitait.
Enfin, Manuel Gonzalez Vasquez et sa femme Ermina ont vu des OVNI à Orense en Espagne. On ne sait s’ils avaient abusé de la sangria. Cette observation a toutefois été consignée dans le fameux catalogue URECAT qui répertorie toutes les observations de ce genre.
L’hiver qui a suivi ma naissance a été l’un des plus rigoureux que le midi n’est jamais connu ; c’est cet hiver là que sont morts tous les oliviers…

Comme vous le voyez donc, rien de bien trascendant ce 20 octobre d’une année reculée, si ce n’est ma naissance qui a vraiment été un départ dans ma vie.

Fabienne

2/ EXERCICE : « je me souviens… », à la manière de Georges Pérec.

Laisser venir à vous les souvenirs. Commencer chaque souvenir par « je me souviens ». Décrire ce que vous avez ressenti à ce moment-là (sensations, odeurs, couleurs…) de la façon la plus précise et plus courte possible.

  • Je me souviens de l’odeur du lait chaud, douçâtre et légèrement écoeurante, qui envahit la cuisine. Le lait gonfle, il déborde de la casserole, le voilà qui s’étale sur la cuisinière.
    Maintenant, ça sent le brûlé.  Les larmes me montent aux yeux : ce n’est pas à cause de la fumée,  c’est parce que je suis vexée d’avoir ratée ma première crème anglaise !
  • Je me souviens de la peau de mon bébé : c’est du velours, je la caresse et la couvre de baisers légers, légers. Elle sent bon la lavande, je la lèche  comme une chatte son chaton. Ses cheveux sont des fils de soie doux comme des nuages.
  • Je me souviens du sourire de la religieuse infirmière. Je me souviens de la piqûre, je me souviens de la douleur, puis  de sa voix rassurante. Je me souviens du beau baigneur qu’elle m’a offert après plusieurs mois de traitement et de nos larmes mêlées au moment des adieux.
  • Je me souviens de l’odeur des cataplasmes à la moutarde qui me piquait les yeux et me faisait tousser encore plus que la  maladie.
marechal-ferrant-01-72b-300x223 Huguette

Souvenirs, souvenirs...

  • Je me souviens de l’odeur du fumier au milieu de la cour de la ferme, de la chaleur des vaches et du bruit des sabots des chevaux dans l’étable voisine. Je me souviens des tap tap assidus du forgeron, du fer rouge et de l’odeur de corne brûlée. « Dis, maman, ils ont mal à leurs sabots, les chevaux, quand on leur fait çà ? »

Marie-Pierre Beaulier


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Mon premier joint (et non mon 1er juin !!!)

⁃    Je me souviens de la honte que j’ai ressentie, en maternelle, quand j’ai fait pipi dans ma culotte, sur mon banc. Je revois le petit ruisseau jaunâtre qui s’écoulait vers la rangée où Jean-Jacques, le garçon qui me plaisait, était assis. J’entends son cri d’indignation quand il a levé les pieds. C’était foutu : il ne me regarderait plus jamais.
⁃    Je me souviens du tremblement du garçon qui m’a regardée pour la première fois avec des yeux amoureux.
⁃    Je me souviens de la veste de laine de mon grand-père, trouée à l’intérieur du bras parce que mon chat la tétait sans arrêt.
⁃    Je me souviens de la fessée qui m’a cuit longtemps, après que j’étais montée sur une chaise pour donner une claque à mon père.
⁃    Je me souviens du regard de mon premier fils quand il venait de naître : il m’a fait peur, c’était un étranger.
⁃    Je me souviens de mon premier joint,  la main de mon ami,  sans même me toucher, hérissait mes cheveux électrisés. Puis j’ai été l’eau qui partait en vrille dans un lavabo, j’ai vomi sur le tapis.

Huguette

Je me souviens de la première fois où j’ai mangé au restaurant. Je devais avoir sept ou huit ans. Je ne me souviens que du dessert : un flan aux œufs bien jaune, recouvert d’un sirop de grenadine qui l’inondait. Le soleil à travers la vitre le faisait miroiter comme une petite flaque de sang vermeil. Je trouvais ça si beau que je n’osais pas le manger.

Je me souviens d’une vieille photo : J’ai cinq ans. Je suis assise sur un petit vélo. Je me souviens que j’ai un manteau en laine marron à carreaux. Le col me gratte le menton. Le Père Noël me dit qu’il faut sourire pour la photo, mais moi, je me mets à pleurer.

Je me souviens, la Mère Bérard avait un minuscule magasin de bonbons. Le paradis des gosses. On n’avait pas le droit de toucher. Je me souviens encore du goût des guimauves. Je me souviens que les nounours en chocolat avaient un cœur moelleux en meringue qui collait sur mon palais. Et les mistrals gagnants que je ne gagnais jamais.

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Je me souviens du baigneur noir dont je rêvais et qui était au pied du sapin. Je me souviens, mes frères lui ont arraché les bras, les jambes, la tête et ont tout jeté dans les toilettes. Je revois encore ses prunelles vides qui me fixaient avec angoisse.

Fabienne

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