Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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12 juin, 2013

Atelier du 13 mai 2013

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DEVOIR :

Un voleur se glisse chez vous.

Fric-Frac chez Tante Léonie.

Atelier du 13 mai 2013 images1

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

Je redoutais ces soirs où M. Swann venait à la maison, car ces jours-là « ce baiser précieux et fragile que maman me confiait d’habitude dans mon lit au moment de m’endormir, il me fallait le transporter de la salle à manger dans ma chambre et le garder pendant tout le temps que je me déshabillais, sans que se brisât sa douceur, sans que se répandît et s’évaporât sa vertu volatile, et, justement ces soirs-là où j’aurais eu besoin de le recevoir avec plus de précaution, il fallait que je le prisse, que je le dérobasse brusquement, publiquement, sans même avoir le temps et la liberté d’esprit nécessaires pour porter à ce que je faisais cette attention des maniaques qui s’efforcent de ne pas penser à autre chose pendant qu’ils ferment une porte, pour pouvoir, quand l’incertitude maladive leur revient, lui opposer victorieusement le souvenir du moment où ils l’ont fermée. »

Mais ce soir-là, après avoir recueilli pieusement le baiser maternel, je m’étais endormi paisiblement, quand un frôlement discret accompagné d’une odeur rance mêlée de senteurs de tilleul me tira du sommeil : quelqu’un fouillait le tiroir de ma table de nuit avec la frénésie addictive d’un drogué en quête de sa potion magique. Saisi d’un courage que je me soupçonnais pas, je craquai une allumette, pour découvrir… Tante Léonie !

« Cette tante Léonie qui, depuis la mort de son mari, mon oncle Octave, n’avait plus voulu quitter, d’abord Combray, puis à Combray sa maison, puis sa chambre, puis son lit et ne « descendait » plus, toujours couchée dans un état incertain de chagrin, de débilité physique, de maladie, d’idée fixe et de dévotion. Son appartement particulier donnait sur la rue Saint-Jacques qui aboutissait beaucoup plus loin au Grand-Pré (par opposition au Petit-Pré, verdoyant au milieu de la ville, entre trois rues), et qui, unie, grisâtre, avec les trois hautes marches de grès presque devant chaque porte, semblait comme un défilé pratiqué par un tailleur d’images gothiques à même la pierre où il eût sculpté une crèche ou un calvaire. Ma tante n’habitait plus effectivement que deux chambres contiguës, restant l’après-midi dans l’une pendant qu’on aérait l’autre. C’étaient de ces chambres de province qui — de même qu’en certains pays des parties entières de l’air ou de la mer sont illuminées ou parfumées par des myriades de protozoaires que nous ne voyons pas — nous enchantent des mille odeurs qu’y dégagent les vertus, la sagesse, les habitudes, toute une vie secrète, invisible, surabondante et morale que l’atmosphère y tient en suspens ; odeurs naturelles encore, certes, et couleur du temps comme celles de la campagne voisine, mais déjà casanières, humaines et renfermées, gelée exquise, industrieuse et limpide de tous les fruits de l’année qui ont quitté le verger pour l’armoire ; saisonnières, mais mobilières et domestiques, corrigeant le piquant de la gelée blanche par la douceur du pain chaud, oisives et ponctuelles comme une horloge de village, flâneuses et rangées, insoucieuses et prévoyantes, lingères, matinales, dévotes, heureuses d’une paix qui n’apporte qu’un surcroît d’anxiété et d’un prosaïsme qui sert de grand réservoir de poésie à celui qui la traverse sans y avoir vécu. L’air y était saturé de la fine fleur d’un silence si nourricier, si succulent, que je ne m’y avançais qu’avec une sorte de gourmandise, surtout par ces premiers matins encore froids de la semaine de Pâques où je le goûtais mieux parce que je venais seulement d’arriver à Combray : avant que j’entrasse souhaiter le bonjour à ma tante on me faisait attendre un instant, dans la première pièce où le soleil, d’hiver encore, était venu se mettre au chaud devant le feu, déjà allumé entre les deux briques et qui badigeonnait toute la chambre d’une odeur de suie, en faisait comme un de ces grands « devants de four » de campagne, ou de ces manteaux de cheminée de châteaux, sous lesquels on souhaite que se déclarent dehors la pluie, la neige, même quelque catastrophe diluvienne pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l’hivernage ; je faisais quelques pas du prie-Dieu aux fauteuils en velours frappé, toujours revêtus d’un appui-tête au crochet ; et le feu cuisant comme une pâte les appétissantes odeurs dont l’air de la chambre était tout grumeleux et qu’avait déjà fait travailler et « lever » la fraîcheur humide et ensoleillée du matin, il les feuilletait, les dorait, les godait, les boursouflait, en faisant un invisible et palpable gâteau provincial, un immense « chausson » où, à peine goûtés les arômes plus croustillants, plus fins, plus réputés, mais plus secs aussi du placard, de la commode, du papier à ramages, je revenais toujours avec une convoitise inavouée m’engluer dans l’odeur médiane, poisseuse, fade, indigeste et fruitée du couvre-lit à fleurs.

Et Tante Léonie tenait étroitement serrées dans ses mains décharnées, comme les grands vautours dans leurs pattes griffues, deux de ces madeleines chères à mon cœur.

Jean-Louis, avec l’aimable collaboration de Marcel (Proust).

 

 Cambriolage

Je m’étais endormie tôt ce soir-là. Plus tard, je me réveillai, sans savoir pourquoi. Mon regard se porta vers le rectangle de faible lumière qui provenait du séjour par la porte ouverte de ma chambre, et là… Je vis une ombre passer !
Oui, c’était bien une forme humaine qui se déplaçait sans bruit dans la pièce. Mon cœur se tordit, mais je retins le cri d’effroi que je m’apprêtais à pousser et me mis à penser à toute vitesse : un cambrioleur avait réussi à pénétrer dans mon appartement !
Aussitôt me revint à l’esprit que des monte en l’air avaient déjà été surpris dans notre immeuble les semaines précédentes. Il ne se passait pas un week-end sans que des appartements ne fussent visités par les terrasses.
Que faire ? Attendre en faisant semblant de dormir, pour ne pas risquer l’affrontement qui tournerait certainement à mon désavantage ? Saisir un objet lourd pour tenter d’en assommer l’intrus ? Rapidement je m’aperçus que je n’avais sous la main qu’une statuette papoue en bois léger et une bouteille d’eau aux trois quarts pleine, et renonçai.
Pendant ce temps, mon cambrioleur ne restait pas inactif : je le vis repasser devant la porte de ma chambre et se diriger vers la chambre d’amis.
Aussitôt ma décision fut prise : je me levai silencieusement, glissai pieds nus vers la porte d’entrée, l’ouvrit et la refermai vite à clé derrière moi.
Ouf ! Sauvée !

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Cependant j’étais sur le palier, en nuisette, au beau milieu de la nuit sans doute ! Dans ma précipitation à échapper à mon voleur, j’avais oublié de ramasser mon téléphone portable…
Qui réveiller ? Je me décidai à frapper à la porte de mes voisins : les uns ne répondirent pas, mais je savais que le mari était sourd et que sa femme mettait des bouchons d’oreille pour ignorer le vacarme des boites de nuit.
Je harcelai donc les autres, en tambourinant, appelant à pleine voix, sonnant… Ils finirent par venir à la porte quand ils eurent compris que c’était moi qui lançais ces appels désespérés.
Nous étions trois, mais le problème n’était toujours pas résolu : mon cambrioleur était maintenant enfermé chez moi et ne pouvait ressortir que par là où il était entré : la terrasse ! Celle-ci étant au 5° étage, il ne pourrait se charger du matériel qu’il comptait sans doute emporter : vidéo, ordinateur…
Fallait-il attendre qu’il s’aperçoive qu’il était piégé à l’intérieur et décide tout bonnement de repartir les mains vides ? Entrer en force avec une « arme » quelconque pour l’intimider ? Appeler la police pour qu’elle vienne le cueillir ? Conscients du danger si jamais le cambrioleur était armé, et comme aucun de nous ne se sentait l’âme d’un héros, nous optâmes pour cette dernière solution.
Mes voisins se chargèrent de téléphoner : évidemment, la police ne vint pas immédiatement, on était samedi soir, des bagarres éclataient un peu partout, les patrouilles étaient débordées…
Nous étions là, sur le palier, ma voisine et moi, tandis que son mari était descendu pour vérifier que le voleur ne s’échappait pas par l’extérieur. D’autres voisins rentrèrent de soirée, demandèrent des explications et nous nous retrouvâmes une petite troupe à commenter l’événement.
Chacun y allait de son avis, chacun avait une bonne histoire de cambriolage à raconter… Et tous se plaignaient de la lenteur de la police.
Nous parlions de plus en plus fort, notre groupe grossissait, on riait même de la situation du voleur pris au piège, quand soudain…
Ce fut ma porte qui s’ouvrit à la volée ! Mouvement de panique ! Certains reculèrent tandis que les plus courageux allaient se saisir du cambrioleur…
Mais je les arrêtai. Car c’était ma petite fille qui se tenait devant nous, en pyjama, le cheveu en bataille et les yeux bouffis ! Il y eut un flottement : on se tourna vers moi, et je vis bien des regards furibonds…
L’explication était toute simple : ma petite fille, qui avait toujours une clé, avait décidé après sa soirée en boite un peu trop arrosée sans doute, de rester sur place et de venir dormir à la maison. Ce n’était pas prévu, mais elle comptait bien faire le moins de bruit possible pour ne pas me réveiller au milieu de la nuit.
Nous pûmes rappeler la police pour leur dire de ne pas se déranger et j’invitai mes voisins à venir boire un coup : certains grincheux furieux d’avoir été dérangés pour rien refusèrent mais avec les autres ce fut très gai : je conserve toujours une bouteille de champagne au frais et personne ne s’en plaignit !

Huguette

Il venait toujours la nuit. Il arrivait furtivement, sur la pointe des pieds, tout près de mon lit, mais je ne pouvais penser à rien d’autre. En voulait-il à ma vie ? Il semblait bien que non, et pourtant…
C’était pour cette raison que, dès que je me couchais, une sorte d’angoisse m’étreignait et me tenait éveillée.
Petit à petit, et sans que je m’en rende compte, il s’imposa.
Au fil des années, j’appris à vivre avec sa présence, lourde bien qu’invisible, pesante bien qu’immatérielle.
Les rares fois où il ne vint pas, je me sentais si bien que j’avais envie de rire et de chanter toute la journée. Mais, comme je vous l’ai dit, c’était très rare, même pas une fois par an. Son absence me faisait sentir encore plus douloureusement l’aliénation de sa présence.
C’est lui qui a rendu ma vie si difficile et grave, lui LE VOLEUR DE SOMMEIL !

Fabienne

EXERCICE :

Ecrire à partir d’un tableau abstrait.

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Peinture abstraite

Ils m’avaient fait ingurgiter une mixture dont j’ignorais la composition. Mais, anesthésiée par la musique tonitruante, les danses échevelées et les hurlements du groupe, je m’étais laissée faire et j’avais sombré dans un abîme vertigineux. Je plongeais, je plongeais dans le grand bleu et des créatures monstrueuses flottaient autour de moi. L’une d’elles s’approcha à quelques centimètres de mes yeux : c’était une sorte de souris ailée, œil rouge et nez pointu, dents menaçantes, qui palpitait en rythme, baignée dans une lumière  électrique. Ses entrailles sortaient à l’extérieur de son corps tout rond et trapu, des antennes lumineuses émanaient comme des éclairs de sa petite tête hideuse. Son corps vibrant de couleurs se dilatait et se ramassait en un mouvement de houle. Je fus saisie d’une nausée irrépressible et vomit brusquement sur les chaussures en daim de mon voisin !

Huguette

Evocation d’un tableau

 

Des masses cotonneuses rouge orangé.

Rouges rageuses, qui dominent l’ensemble, et imposent leur violence.

Une violence que tempère la froideur des bleus profonds, massés dans une résistance silencieuse et inflexible.

Et quelques taches blanches, neutres, qui s’intègrent plus ou moins dans les précédentes, comme pour les neutraliser.

Un affrontement, d’une violence encore contenue, mais pour combien de temps ? Situation explosive, au bord d’une rupture annoncée, mais laissée en suspens.

Jean-Louis
EXERCICE :

« Qui sème le vent, récolte la tempête ! »
Sur ce modèle, inventez d’autres dictons.

Qui sème le temps, récolte les pendules
Qui sème les cigarettes récolte le cancer
Qui s’aime fort, récolte des gosses

Fabienne

Qui sème la poésie récolte le rêve
Qui sème ses enfants récolte la paix !
Qui sème ses déchets récolte une amende
Qui sème l’angoisse récolte l’insomnie
Qui sème sa vie récolte l’insouciance
Qui sème son argent récolte des « amis »
Qui arrive à semer Sylvie récolte la victoire (ou le trophée)

Huguette

 

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