Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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28 juin, 2012

Textes de Sylvie Trabuc

Classé dans : Non classé — joie55 @ 10:38

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La grange mutine

Une certaine tension règne désormais quand j’approche les clapiers de la grange. La centaine de lapins regroupés là me laisse entrevoir un sentiment de rébellion.

Mais que se passe t-il ?

A peine, mes doigts effleurent-ils leur pelage, que ces petites boules de poils s’entassent dans le fond de leur cage. Aie ! Mais, il m’a mordu !

Mais que se passe t-il ?

Dans la lumière du soleil couchant, je respire la fraîcheur des grandes mannes d’herbe tout juste coupées. L’après-midi s’achève. Le bruit de mes pas s’estompe peu à peu en entendant le cancan agité de ces demoiselles Zoé et Sidonie. Je tends l’oreille.

Mais que se passe t-il ?

Les deux canes semblent en grande discussion. Et vous savez quoi ? Avec les lapins. Ça cancane et ça couine et ça chahute. Je passe la tête par la porte de la grange et aussitôt cette cacophonie cesse. Le sujet est-il donc sensible ?

Mais que se passe t-il ?

Dans l’obscurité naissante, de petits yeux brillants me fixent, accusateurs. Avec mes bras chargés de la luzerne pour les lapins, je me sens un peu tout seul. Suis-je dans un tribunal ? De quoi peut-on bien m’accuser ? Je réfléchis, intrigué. C’est absurde. Alors je distribue l’herbe dans les râteliers comme chaque soir et je m’en vais, songeur.

Mais que se passe t-il?

Après une nuit d’angoisse, j’apporte à mes chers lapins leur petit-déjeuner. Au menu, de délicieuses carottes fraichement cueillies dans le potager. Humm, les bonnes carottes, pour mes beaux lapins qui vont bientôt passer à la casserole… Encore quelques jours pour composer de délicieux mets : lapin à la moutarde, lapin à l’armagnac, etc. Humm, j’en salive déjà. Mais ces pensées agréables sont subitement chassées de mon esprit. En ouvrant la porte de la grange, mes yeux s’emplissent d’inquiétude, mon visage d’effroi. C’est la confusion dans ma tête.

Mais que se passe t-il ?

Je suis pourtant sûr d’avoir bien refermé les portes des clapiers hier soir. Et ce matin, plus rien, plus de lapin. Horreur ! Je cherche dans les coins, sur les poutres où sont encore juchées quelques poules, derrière les râteliers, partout. Un sentiment tragique m’envahit.

En sortant de la grange, je croise le regard narquois des canes. Mon imagination fertile me laisse à penser qu’elles ne sont pas étrangères à cette situation pour le moins troublante.

Mais que se passe t-il ?

Je suis furieux. Je cherche et ne trouve plus aucun lapin. Je fouille la maison, de la cave aux combles. Je cours ça et là, je fouille les écuries, j’inspecte les environs, j’examine chaque coin et recoin. Mais rien, pas l’ombre d’une fourrure, ni même d’une boule de poil. Comment peut-on disparaître ainsi ?

Mais que se passe t-il ?

Je décide de mener mon enquête. Zoe et Sidonie sont mes premières suspectes. Je leur jette un regard inquisiteur qui ne trouve pas de réponse, malheureusement. Pourtant je suis sûr que ces deux canes sont mêlées à l’intrigue. Je n’ai qu’une envie, les secouer, les étrangler, les torturer. Mais je reviens à la raison avant que mes nerfs ne craquent. Je reste persuadé que ces deux-là sont la solution à cette mutinerie. J’envisage donc de les suivre en toute discrétion.

Je retourne à la maison. Je saisie les jumelles dans un tiroir. J’enfile ma veste de chasse aux couleurs bigarées, idéales pour le camouflage. Un dernier coup de doigt noirci de cirage sur mes joues. Mon chapeau sur la tête, me voici devenu homme des bois, invisible.

Je guette, caché derrière le gros chêne de la cour, les allées et venues des uns et des autres, mais surtout de mes deux oiseaux suspects. Les deux canes semblent regarder autour d’elles : elles tournent la tête dans toutes les directions. Ont-elles un pressentiment ? M’ont-elles vu ? Suis-je démasqué ? Je les suis du regard alors qu’elles se dirigent maintenant vers un vieil hangar éloigné de la ferme.

Mais que se passe t-il ?

Zoe s’arrête et se retourne. Je m’accroupis aussitôt. Je ne sais pas si elles se sont aperçues de ma présence, mais elles reprennent leur marche, bifurquent vers la rivière, se dandinent fièrement, se gaussent ostensiblement. Bref, je me sens ridiculisé, diminué. D’autant plus qu’il n’y a plus d’arbre, et je m’efforce de ramper dans les hautes herbes pour les approcher sans être vu.

Je les piste sur la berge, les traque dans le bois, les talonne dans le champ de maïs, les épie quand elles s’arrêtent près de l’étang.

Mais que se passe t-il ?

Les deux volatiles retournent ni plus, ni moins à la ferme. Et toujours pas de lapin en vue ! Je suis fourbu, abusé par toutes ces péripéties. Je ne sais plus où donner de la tête. Je rentre à la maison mais je ne m’avoue pas vaincu. Ces lapins passeront à la casserole dès que je les retrouverai !

Au premières lueurs du soleil, je reprends mes recherches. J’interroge le voisinage sur la route vers le village. Des lapins gris ont été aperçus près d’un muret, d’autres lapins blancs près de la fontaine, d’autres encore s’enfuyaient vers le bois.

Mais que se passe t-il ?

Dès que j’apparais, ils se débinent.

Au bout de quelques jours, je finis par apercevoir une famille de lapins noirs en train de grignoter du trèfle paisiblement dans une clairière baignée de raies de lumière. Je les fixe, immobile, en imaginant des petits râbles à la moutarde. Je salive en pensant aux groseilles rouges qui accompagneraient les cuisses de celui-ci, aux pruneaux qui parfumeraient ces morceaux de celui-là.

Dans un élan de gourmandise, je décide de m’approcher en silence, jusqu’au moment où mon pied se pose sur une branche de bois sec.

Mais que se passe t-il ?

Le craquement fait sursauter les lapins qui détalent aussitôt dans tous les sens. Dans une dernière tentative, je bondis et m’étale lourdement dans l’herbe humide. Bien que contrarié, je ne m’avoue pas vaincu.

Je me relève, je cours dans leur direction, je les vois s’arrêter sur la crête de la colline. Mon regard croise leurs petits yeux, mais peine perdue, ils s’enfuient aussitôt : ce n’est pas ce soir que je mangerai du lapin.

Après plusieurs jours de nettoyage des clapiers dont l’abandon avait amplifié les odeurs nauséabondes, alors que je renonçais à tous ces mets succulents, en sortant de la grange désappointé, je découvre mes lapins mutins rassemblés au milieu de la cour.

Mais que se passe t-il ?

Mon sang ne fait qu’un tour. D’instinct, je lâche seau, pelle, balai, et me jette de toutes mes forces sur les insurgés. Ridicule. Je suis la risée de tous les spectateurs. Les canes ricanent, le coq se moque, les cochonnes se bidonnent, les canards se marrent.

Et me voilà dans la fausse à purin, de la boue jusque dans les oreilles, le nez. Quelle puanteur ! Mon infamie déclenche l’hilarité générale. Et les lapins en profitent pour disparaître.

C’est la dernière fois que je voyais les lapins.

Mais que ce passe t-il ?

Ah oui, encore une chose, où se trouve le livre de recettes de cuisine que je viens d’acheter : 365 repas… végétariens !

D’après une idée originale de Isabelle Engels, à
Teveren, Allemagne, le 24 août 2010
Sylvie Trabuc, à Paris, France, le 26 août 2010.  

 

texte spontané : 

Maintenant que j’ai un verre de vin entre les mains, je vais pouvoir déguster son arôme, admirer sa robe rouge, rouge foncé, presque noire, et puis respirer son parfum fruité, ensoleillé. Mes lèvres s’approchent, mon coude s’élève, ma main bascule, et le liquide doucement, lentement, suave, s’écoule dans la cavité où les papilles s’animent, se réveillent et mettent tous les sens en éveil. En alternance avec la déglutition spontanée, le nez respire les effluves émanant du verre à pied rafraîchissant les doigts fin, sensation de fraîcheur que je ressens également au fond de la gorge. Et la glotte qui grelotte au passage d’une gorgée qui laisse un goût âpre mais délicieux dans la bouche alors que les lèvres se referment laissant entendre un smack de satisfaction. Le plaisir généré incite les neurones à se resservir une rasade. Qu’il est bon d’écouter le glouglou du liquide liquoreux qui s’épanche dans le verre.

 Les 10 mots sélectionnés sont soulignés. 

L’épitaphe : 

Ci-gît pour le plaisir de ceux qui respirent encore, celle dont le souvenir doucement ensoleillé vous permet de déguster avec satisfaction la fraîcheur d’un délicieux moment suave et liquoreux.

 

J’en ai plus qu’assez !!!

J’en ai plus qu’assez
Cassée la tête
La tête j’en ai plus 

Ils m’ont cassé les oreilles
Les zoreilles et leurs pieds nus
J’ai mal à la tête
La tête j’en ai plus
J’en ai plus qu’assez

Ils m’ont cassé tout court
Tous courent partout nus pieds
J’ai mal à la tête
Les pieds j’en ai plus
J’en ai plus qu’assez

Ils m’ont cassé les pieds
Les pieds j’en ai plus
Moi aussi j’ai couru
Sans aller nulle part

Je me suis cassé la tête
La tête j’en ai plus
J’en ai plus qu’assez.

 

Dieu de guérison

Je ne suis pas écrivain
Ce ne sont peut-être pas les bons mots
Ce sont ceux qui me viennent à l’esprit
Et que ma main
Comme pour soigner des maux
Sur le papier retranscrit.

Tu n’as rien vu en moi
Tu ne m’as pas regardée
Comme dans le reflet d’un miroir
Tu n’as vu que toi en moi
Souffrance, lutte, faible espoir
Réflexions déviant leur réalités.

Tu me parles de tes chagrins, agacé
Et de ta reconstruction difficile
Grands malheurs et bien pires
Toutes ces pensées ressassées
Source d’autodestruction, fébrile
Que seul ton coeur peut guérir.

 Ne cherches pas en moi une lueur, réelle
Qui te permettrait un espoir, un moment
C’est en toi seul que tu vas le trouver
Et ce cri, muet, un appel
Reflet de tes tourments
Chimère que je ne peux qu’apaiser.

Je ne suis qu’un être matériel
Une maîtresse passionnelle
Tu le sais en ton for intérieur
Et nos rapports charnels
Comme un caresse maternelle
Ne peuvent assouvir ton coeur.

Ne laissent pas des pensées insensées
Dicter tes émotions mal placées
Suis la lumière générée
Ecoute ton coeur libéré
Vis ton présent avec passion
Tu es ton seul Dieu de guérison.

 

Des mots pour Câline

Tu apprends en ce jour
La tumeur de Câline
Ta fille, ton Amour
Son malheur te chagrine.

Ta chatte, elle se meurt
Des jours ou plus encore
Elle te laisse, et tu pleures
Toi tu penses à sa mort.

Son absence te fait mal
Sa présence te fait peur
Tu sais l’issue fatale
Tout au fond de ton cœur.
 

Laisses toi envahir
Vos joies et vos rires
Laisses en toi venir
Tous ces bons souvenirs.

Son p’tit nez, son grand cœur
Son humeur de tigresse
Sa fierté, sa douceur
Ses ronrons, sa tendresse.

Sa maladie t’affole
Vous souffrez en silence
C’est la vie, c’est pas drôle
La douleur si intense.

Mais est-ce bien Câline
Qui court, qui saute, qui miaule
Quelle énergie féline
Pour une vie qui s’étiole.

Combien lui reste-t-il
Des semaines, et des jours
Des médecins subtils
Ne savent pas toujours.

Faut-il lui pardonner
Et la laisser poursuivre
Ses envies, sa destinée
Laisser mourir, laisser vivre
 ?

 

Des mots pour Ginger

Les mots qui apaisent
n’adouciront jamais
cette douleur qui pèse
sur ceux qui l’ont aimée.

Aucun mot ne pourra taire
les sentiments insupportables
dans ces moments solitaires
où pourtant résonnent les souvenirs agréables.

Quelques mots de sympathie, sincères
Expression de notre soutien, très fort
pour traverser cette épreuve, galère
apporter quelque réconfort.

Des mots d’un souvenir précieux
de sa douceur câline
de ses ronrons amoureux
de sa fidélité féline.

À Jeff, pour le décès de Ginger Spice à Nouméa, le 20 novembre 2010.

 

Détente entre tumulte et silence.

Depuis quelques jours, la météo printanière était fort agréable en ce mois d’avril. J’en profitais après une séance de sport pour me détendre sur la pelouse extérieure de l’Aquaboulevard. J’appréhendais l’heure d’exposition, le soleil étant à son zénith. Cependant, cette appréhension disparut rapidement quand des nuages commencèrent à voiler le soleil qui devait me réchauffer. Il faisait carrément froid quand un strato-machin-chose bien gris, bien épais, occulta complètement la boule supposée de feu. Des années lumière brusquement interrompues par quelques vapeurs d’eau électrifiée ! Comment cela se peut-il ? Je laisse le sujet aux scientifiques. C’est tellement plus agréable de laisser mes pensées divaguer quand le soleil refait surface et qu’il vient réchauffer ma peau refroidie par la brise fraîche qui souffle ici-bas. Je ferme les yeux et laisse les rayons me pénétrer.

J’en oublie les bruits incessants qui viennent de l’héliport situé à proximité. Il y a comme des vagues de ronflements qui vont et viennent, si puissants qu’ils parviennent même à couvrir les discussions animées de mes voisins, installés eux aussi sur les chaises longues du Pacha Club. Dans ce tumulte, il y a pourtant des cris qui arrivent à percer. Des petits cris rythmés et de différentes intonations, mais stridents. Les oiseaux de ville, sûrement habitués à tout ce charivari, n’hésitent pas à nous faire part de leurs chants mélodieux. Le jeu consiste à deviner lequel pousse quel cri dans quel arbre. Certains d’entre eux s’aventurent à changer d’arbre. Mais il est difficile de les distinguer dans la lumière du soleil, même en utilisant ma main comme une visière. Je me contente donc d’écouter leurs pépiements. Le parc se remplit peu à peu de ses abonnés, et, de plus en plus de cris d’enfants viennent s’ajouter à ce vacarme.

Les cumulus ont fait place à un superbe ciel bleu. Mais la brise fraîche adoucit tout éventuel excès de chaleur. Pourtant il est temps de rentrer prendre une douche et de se rhabiller avant le ciné. Terminer cette belle journée ensoleillée par une petite comédie, ça devrait bien se passer. 

Contrairement au brouhaha de la file d’attente dans le hall du ciné, je remarque un silence pacifique en entrant dans la salle où le film doit être projeté. Il y a bien quelques jeunes gens qui chuchotent mais rien de comparable à l’agitation de tout à l’heure. L’atmosphère semble calme et apaisante. L’obscurité contribue certainement à l’ambiance sereine qui règne dans cet endroit. Installée dans un fauteuil de velours rouge, je me laisse aller à la détente.

 

  

 

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Visite au « Bonheur des Dames »

Même si la cloche du jardin m’avait déjà annoncée, j’essuyais soigneusement mes petits mocassins de cuir sur le tapis de bienvenue avant de cogner la poignée dorée dont la forme, malgré la lourdeur du métal, représentait un corps de femme à la silhouette affinée par l’arrondi nécessaire de l’objet. La porte s’ouvrit presque aussitôt sur une jeune femme presque aussi svelte que celle de la poignée, et qui me paru illuminer à elle seule le vestibule plongé dans l’intimité obscure qui accueillait les clientes du Bonheur des Dames.

Quelques pas plus loin, mon regard fut saisi par la douceur qu’affichait le visage encore poupon de la barmaid qui me tendait déjà du bout de ses doigts manucurés de rouge vermillon le breuvage qui allait me permettre d’inhiber toutes les tensions que provoquait ma sincère timidité.

Ce n’était pourtant pas la première fois que je fréquentais cet établissement. Mais à chaque fois, j’avais la sensation d’une première fois. Seule la tenancière restait fidèle à ma mémoire, une matrone dont le charme sévère inspirait cependant à la confidence. L’atmosphère discrètement empli d’huiles essentielles envoûtantes provoquait en moi un état second pour avancer plus haut vers les étages. Je flottais dans l’air ambiant dont le parfum sucré débloquait tous les verrous de la culture chrétienne où j’avais grandi. Sous l’effet du breuvage peut-être aussi, mes yeux scintillaient et déshabillaient le corps de ces femmes déjà à moitié dénudés.

Mon regard séduit suivit celui de la jolie barmaid qui semblait me désigner la jeune femme disponible à cette heure-là de la journée et qui apparaissait dans un halo de lumière sur le haut des marches de l’escalier majestueux. Je me levai, débarrassée de mon manteau de laine du Cachemire et de toutes les bonnes mœurs que la société essayait de m’inculquer du fait de ma condition d’aristocrate. Je m’approchai de cette beauté presque indécente et lui rendis un sourire réservé mais respectueux.

Mes parents m’avaient enseigné la beauté des choses. Ils m’avaient appris à apprécier les peintres de renom, à pianoter sur les airs des plus célèbres musiciens, à citer nombre d’auteurs illustres… Mais c’était ici, au Bonheur des Dames, que je trouvais « mon » bonheur. C’était ici que je découvrais, à chacune de mes visites, la beauté délicate, à peine voilée d’un parfum de flanelle, celle qui illumine l’esprit et qui réchauffe le cœur, la beauté innée, car même si ces femmes revêtaient leurs plus beaux atours de soie et autre matière raffinée, c’était en se déshabillant que m’apparaissait leur beauté. La beauté du geste, la douceur de leurs mains, les caresses de leur corps. C’était tout ça, pour moi, la vraie beauté. Le jade clair, l’aigue marine ou l’ambre brune de leurs yeux étaient infiniment plus précieux que la plus chère des pierres au monde.

J’avais été élevée dans l’opulence et je n’avais jamais manqué de rien si ce n’est de ce petit quelque chose que ces femmes m’apportaient. Je suivais presque instinctivement la jeune femme, toujours éclairée, à mes yeux, de ce halo de lumière qui scintillait dans sa chevelure dorée qui chutait en cascade sur la courbe de ses reins.

L’ascenseur nous mena directement au septième étage. La chambre était comme duveteuse, un nid d’amour léger et raffiné. Mais le décor sembla s’éloigner dès que ses caresses effleurèrent ma peau. Sans même m’en apercevoir, savourant chaque sensation, j’avais déjà le souffle haletant. Elle faisait glisser délicatement les bretelles de ma robe qui tombait aussitôt sur mes hanches. Avec sensualité, ses mains la faisait tomber au sol, laissant apparaître mes sous vêtements de dentelles. Dans le silence d’une musique magique, irrésistiblement, mon moi tout entier se laissait aller au raffinement de ses gestes, à la tendresse de sa voix, à la douceur de son teint, à la chaleur de nos ébats interdits. Mes yeux se fermaient alors que mon corps, nu désormais, s’étalait sur le velours moiré du divan. Toutes les tensions s’évanouissaient dans la magie d’un autre monde, un monde que ma société refusait, un monde d’Amour qui exaltait la féminité sensuelle et charnelle des formes et des sens.

Quand le portail du jardin se refermait derrière moi, j’avais endossé à nouveau mon manteau et mon petit chapeau, je luttais dans les frimas de l’hiver, mais mon cœur était léger. Mes pensées flottaient encore dans le parfum érotique de cette chambre du Bonheur des Dames. Rien ne pourrait altérer ces émotions avant longtemps.

25 juin, 2012

Lundi 18 juin 2012, 2ème exercice

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:37

36, rue des Morillons : le service des objets trouvés.
Maintenant, c’est la préfecture de Paris qui reçoit les objets trouvés pour 3 départements. Il en arrive entre 600 à 700 par jour. Chaque jour, 150 objets sont restitués à leur propriétaire. Que fait-on des autres ? Que deviennent-ils ? Continuent-ils de vivre ? Sont ils récupérés ?

 

Un texte très poétique de Tôntine (Monique BLUSTENNE) :

Le porte-voix prit la parole : 

«  Soyons réalistes les gars, ceux qui devaient partir le sont déjà et nous on est là pour longtemps et certains pour toujours.
On est nombreux, c’est une force. Unissons nous puisque l’union fait la force et évadons nous. Pour limiter le risque d’être repris dès nos premiers pas à l’air libre de la rue des Morillons, on va s’organiser : 

- les plumeaux, les balais, les chiffons, vous allez nous dépoussiérer un bon coup. Il faut être présentables.

- les rimmels, les rouges à lèvres, les fonds de teint, vous nous donnerez un petit coup de jeune. Les peignes aussi

- les boites à cirage, les brosses vous ferez briller les chaussures. Les dépareillées s’appuieront sur les béquilles et les cannes.

- les vestes d’uniforme et les képis vous ouvrirez la marche accompagnés des clairons, tambours et harmonicas.

- les robes de soirée, s’il vous plaît, remontez jusqu’aux genoux. Les paillettes à neuf heures du matin ça fait mauvais genre.

- les bérets, les kippas, glissez-vous sous les capelines. Les chapeaux-claque aplatissez-vous.

- les parapluies, vous resterez fermés mais soyez prêts à vous ouvrir, il pleut souvent sur Paris.

- les bijoux, rangez-vous dans les coffrets, les écrins, les boites. On ne peut vous exposer, il y a plein de voleurs dans les rues.

- les vélos, vérifiez vos chaînes et vos dérailleurs,  votre rôle est primordial car vous prendrez sur vos porte-bagages les poupées et les nounours.

- les lunettes, jumelles et longues-vues, vous surveillerez les alentours.

 Quand tout le monde sera prêt, vous, les réveils, vous sonnerez et tous ensemble nous partirons visiter Paris ».  

 Un autre texte d’Ani7 :  

 Le dentier côtoie les parapluies et les téléphones portables. Les sacs à dos s’empilent sur les étagères. Des dizaines de cannes, 3 déambulateurs, un fauteuil roulant sont rangés à gauche ; un w.c. tout neuf encore sous emballage, une batte de baseball, 2 tentes de camping, 6 ballons s’empilent à droite.

Un coeur perdu à prendre

Une petite vieille qui a perdu la tête
2 petits enfants en pleurs de se sentir abandonnés
Un ado étiqueté « fragile »
5 arbres qui ont perdu leurs feuilles
Un chien perdu sans collier

Et moi sans toi.

N’habite plus à l’adresse indiquée.

Et un très beau texte de Thierry MOUTARD, qui a inspiré ce sujet :

 « Cet ilot plume »

 Le passage de l’encre le remplissait de joie, le passage de l’encre l’avait toujours rempli de joie. Cette inlassable aspiration de la blancheur du papier, cet interminable liseré de gouttelettes qu’il semait du bout de sa plume. Il appréciait tout particulièrement l’étonnante articulation entre la raideur de son extrémité en or adossé à la souplesse du feutre compressé où sa salive noire s’accumulait avant d’être envoyé pour la moisson. Son réservoir aussi lui donnait une grande sensation de puissance comme le chameau quittant le premier oasis plein de la profusion intime. 

Mais son identité, c’était avant tout, son corps tout en ivoire qui le distinguait assurément des siens. Tueurs d’éléphants, braconniers et trafiquants avait été ses bonnes fées. Il gardait en lui de cette transgression, comme une fierté, les bons jours, une affirmation de son caractère unique, comme une malédiction, les mauvais jours, une marque à jamais indélébile de sa honteuse origine. C’est peut-être cet écartèlement en lui qui le rendait si proche de chaque objet, ouvert à toute écoute.

Et Dieu sait qu’il y en avait des objets dans le grand hangar. Dix ans déjà qu’il était le stylo de Sam, après une incroyable vie dont longtemps il n’avait su si le souvenir le maintenant dans l’existence ou prolongeait vainement sa souffrance. Dix ans qu’il avait résolu son problème, arrêtant de se souvenir et de penser pour accomplir sa tâche : servir Sam, l’employé du bureau des objets perdus. Un drôle de type Sam mais un excellent employé consciencieux, scrupuleux même dans son attention à consigner chaque détail de chaque objet entreposé jusqu’à toucher le ciel du plafond de l’entrepôt. 

« Et c’est ici que Sam me donne vie chaque fois qu’il me saisit, chaque fois que je deviens un prolongement de lui-même pour remplir une fiche ‘ arrivée ‘ ou une fiche ‘ retrait ‘. Non, les objets inanimés n’ont pas d’âme, nous n’en avons pas besoin. Nous vivons des vôtres, gardons des jours, des semaines et pour beaucoup des années la trace de nos propriétaires successifs, de leurs habitudes, leurs humeurs, leur tics, tout nous traverse … ». 

« Que n’ai-je entendu dans cet entrepôt par la serpette sur son jardinier, par des bâtons de rouge à lèvres qui avaient sacrément roulés leur bosse ou des parapluies qui se prenaient vraiment pour des coins de paradis. Et puis, on s’attache nous autres à nos maitres, à leur souvenir qui se confit doucement en nostalgie, c’est d’ailleurs peut-être cette nostalgie pour nous, pauvres objets perdus égarés sur un coin de trottoir, qui nous ouvre tant à nos semblables et à tout ces maitres, peut-être vibrant encore du désir d’être possédé à nouveau ».

« Aujourd’hui c’est l’inventaire, je vais revoir tout le monde. Revoir est un abus de langage, nous ne voyons pas bien sûr, pas comme vous en tout cas, nous n’entendons pas non plus. Non, nous sentons. Et c’est sous toutes ses dimensions que le lent tissage entre chaque objet et ses propriétaires passés nous saisit, nous appelle et nous transporte. Et quel tissage souvent ! Parfois nous restons hébétés par la violence de son effluve, captivé par la délicate séduction de ses textures ».

 « Ce matin, je sentis tout d’abord très fortement, comme d’habitude, l’attention aiguisée de Sam ». «  Iphone – Palm QTEK n° d’inventaire 459 BAC » pensât-il. Puis, c’est Palm lui-même qui emplit mon « sentir ». « J’étais, à chaque fois étourdi par sa capacité à repasser sans cesse les RDV de ces 5 dernières années, retrier sans fin les fiches de contacts téléphoniques ou corriger les fautes des Mémos. Palm était comme ça tout reposait sur lui, il ne se laissait jamais une minute de répit, sa vibrionnante activité se ponctuait de mille injonctions de son maitre : ‘ne pas rater ce RDV’, ‘obtenir cette promotion’, ‘ne pas perdre son emploi’… Palm me faisait toujours de la peine. J’essayais bien de l’inciter à se laisser bercer par les diodes luminescentes de son écran LCD, mais chaque fois, cela semblait le rendre plus anxieux encore ». 

Que faire pour consoler quand on est un humble stylo ? « Beaucoup de ses amis étaient tristes dans cette rangée » songeât-il. « Beaucoup de ses amis étaient tristes dans l’entrepôt » entendit-il en écho.  « Il avait bien sûr une complicité naturelle avec le peigne en ivoire du bout de l’étagère, mais celle-ci n’avait jamais aidé son frère de souche à se remettre debout. Il se sentait toujours esclave, humilié, forcé à se replonger sans cesse dans le gras et le sébum de tant de têtes au fond du salon de coiffure de la rue de la République. Ceux qui acceptait le shampoing passe encore, mais dans ce quartier pauvre, combien de fois avait-il du rester immergés dans la graisse ou affronter les poux, et il ressassait sans fin ses journées au salon Figaro ». 

Heureusement, des amis souriants, étonnants, reconnaissants et pleinement vivants étaient aussi là épars, disséminés dans les rayonnages. Doug, était peut-être celui avec lequel, il se sentait le plus d’atomes crochus. Faut dire que Doug aussi avait eu une sacrée vie, un incroyable chapelet de propriétaires. Il avait tissé des liens très fort avec chacune, pour la plupart, même s’il avait encore présentdes chacuns dont le souvenir le faisait encore vibrer. Il était toujours là et donnait le meilleur de lui-même, il savait que sa tâche était essentielle pour apaiser, redonner vie, sauver parfois. Il avait acquis là sa générosité et cette grande confiance joyeuse qu’il plaçait dans la vie de ses maitres. Il y avaitcomme une spiritualité, son énergie l’entrainait, avec eux, vers d’autres mondes, d’autres vibrations et souvent le dévoilement d’un amour présent, fugace ou longuement infusé. Il le vivait toujours comme les prémisses d’un amour plus grand encore. J’avais beau en avoir vu dans ma vie de stylo d’ivoire, je n’aurais jamais pensé nouer un tel respect et une telle amitié pour un vibromasseur…

22 juin, 2012

Lundi 18 juin 2012

Classé dans : Non classé — joie55 @ 9:06

Thème : C’est mon en-cas, mon cas où.

Un joli texte de Sylvie TRABUC :

Mon mec c’est mon encas.
En cas d’urgence, il sait changer une roue.
C’est mon encas quand j’ai une petite faim. Il sait être là et je me laisse croquer. Car moi aussi je suis son encas.
Voilà deux encas à quelques enca-blures en cas de besoin. Une petite envie et hop enca-timini, tout va pour le mieux. Je vous assure, enca-outchouc, c’est plus flexible. C’est mon mec qui me l’a dit, en cas que j’oublie Tout-enca-mon. Mon mec c’est mon encas. Mais aujourd’hui il est enca-val.

Un poème de Fabienne (oreilles chastes s’abstenir) : 

Mon encas, mon cas où

C’est  mon cas où, mon encas à moi
Je ne l’ai jamais vu vertical, c’est mieux comme ça
Faut pas lui demander de parler
Il n’a rien à dire, rien à raconter.

Avec lui, pas besoin de sentiments
Comme d’autres sont artistes, il est amant
Et érige le sexe en religion
Qu’il pratique avec adoration.

Les caresses sont ses mots et le sexe son expression
Il ne sait que faire l’amour, c’est un don !
C’est mon encas à moi, mon cas où,
Croyez-moi, c’est un sacré bon coup !

21 juin, 2012

Atelier du 11 juin 2012 (suite)

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:56

Prenez chacun une reproduction de tableaux.
Imaginez vous que vous êtes un personnage de ce tableau et racontez sa vie, ce qu’il fait là…

Atelier du 11 juin 2012 (suite) femme5-209x300

Un texte de Thierry Moutard : Séduit au musée

« Monsieur, je vous rappelle que vous ne pouvez pas toucher aux œuvres » me chuchota le gardien, mi-attendri, mi-menaçant. Effectivement, sans que je n’y prête garde, ma main s’était avancé toute seule vers le cadre.

Je me repris tout de suite comme un enfant pris en faute et arborait une mimique d’excuse dans laquelle je m’efforçais de plaider les circonstances atténuantes de l’étourderie. Le gardien resta dubitatif devant moi un moment  qui me sembla très long, il hocha la tête d’un air entendu et traversa la longue salle d’exposition pour se rasseoir sur sa petite chaise. Ce qui aurait dû me soulager amplifia mon trouble, j’étais maintenant seul avec elle.

Depuis une heure déambulant de salle en salle, je me projetais dans chaque toile étant tour à tour un gentilhomme du XVIIème siècle à Venise ou une figure allégorique de l’ancien testament.

Mais là, ce n’était plus possible, elle était là de dos, face à moi et debout devant la toile, il ne s’agissait plus d’y entrer et encore moins d’en sortir… Nulle issue ne paraissait possible à ma volonté. Seul son désir, là, palpitant pourrait nous dire à tout deux que faire. D’ailleurs, elle avait porté la main à son cœur comme pour calmer cette sourde palpitation.

Montait en moi une fantastique impression de puissance, comme si je réalisais tout d’un coup que mon regard lui donnait vie, qu’un seul plissement de mes paupières allumait sa peau du velouté des pêches… Cette douceur lumineuse semblait diffuser dans tout l’univers, parcourir la pièce de tissus tout autour d’elle, habiller le mur ou plutôt le déshabiller d’une complicité secrète… Seules ses joues gardaient une forte tonalité carmin comme imperceptiblement nourri par son œil qui me devinait là debout, derrière elle, à moins d’un mètre maintenant.

Mais ce sentiment de puissance n’était soudain plus que trace, tant tout en moi était lié, noué par cette pelote de couleur et de forme. Jamais personne ne m’était apparu aussi fortement unifiée… Puis je compris, comme illuminé par le miroir, elle était là entière car elle était deux… Son double reflété me parlait… Il semblait avoir tant de choses à me dire… Il était si différent d’elle, et pourtant je ne pouvais en imaginer un autre. Ses cheveux auburns se faisant alors d’un noir profond comme un appel à tout cet intense mystère qui l’habitait de façon de plus en plus perceptible.

Je ne me rappelais plus si sa robe était ouverte sur ces fesses avant que je ne pénètre dans cette salle du musée. Une pointe dans ma cage thoracique me susurra que le tissu venait à l’instant de tomber.

Puis tout s’accéléra, j’avais remarqué que son image… quel pauvre terme pour ce qui se jouait là d’essentiel de l’autre côté du miroir… mais qu’est-ce que pouvait bien en dire les mots… Son image donc dirigeait son regard à un point précis à trois mètres à gauche du tableau. C’était un tout autre regard, toute sa délicatesse y conduisait mais celui-ci était à la fois prédiction et ordre. C’était maintenant tout mon bras gauche qui m’entrainait vers elle descendant la ligne désignée par l’arête de son nez pour l’attendre là où elle me l’avait indiqué.

Le gardien affolé regardait le médecin stupéfait dire sobrement « infarctus » en se penchant sur mon corps sans vie, là à trois mètres à gauche du tableau.

 

 Un texte de Diego Jorquera sur cette reproduction : 

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NUR WARTEN

Aujourd’hui comme hier, comme toujours depuis longtemps, j’attends. Les longs rubans de brume bleutée qui longent le fleuve adoucissent mon attente. Le vert cru des vergers l’exacerbent. Hormis l’attente je ne sais qui gouverne ma vie. Je dis ma vie, et j’ignore si elle m’appartient. Au plus loin que je pense, du plus profond de ma mémoire, qui semble me renvoyer des souvenirs parmi les bribes de ce qui ne m’appartient pas, j’ai toujours eu ce paysage sous mes yeux. Toujours cette lancinante douceur qu’aucun grondement, du ciel ou de la terre ne parviennent à perturber. Une toile se déchire quand la lisse et la trame ne s’y entendent plus, mais comment bousculer ce vide ouaté autour de moi, en moi, qui n’offre pas de prise et qui envahit tout.

On dit qu’il reviendra. J’ai oublié déjà jusqu’à l’image de son reflet. A-t-il jamais existé ? Je suis une icône qui sous les couches d’or et de pigment ne peut plus se mouvoir. Mon or à moi n’est pas richesse, il est cet écrin où l’on m’a installée et qui m’assigne à résidence, dans ce semblant de palais riant dont le cadre  ne garde que la trace de ce que je n’ai jamais été. Je ne me risque pas à croiser un regard, fus-ce celui de mon chien. J’ai peur d’y voir la mort. Pas cette vieille femme qui fauche ceux qui ont pour présent la vie de chair et s’y raccrochent. Ma mort à moi sera faite de mes yeux absents que la lumière traverse pour rien, de tous ces gestes en perles et de ma trajectoire, ornement dérisoire, faire-valoir de celui qui cherche la gloire par moi et à qui j’appartiens.

Viendra ce jour où je ne serai plus devant la fenêtre, car il n’y aura plus de fenêtre, où les feuille jaunies de la treille ne l’auront plus pour support. Le sol aura alors la couleur du vide et le ciel aura passé. Nul remord ne viendra plus le traverser, après qu’il aura tranché l’air comme il le tranche aujourd’hui, le long du lit du fleuve, dans les berges douces et les vignobles délaissés. Et je ne serai plus là, et peu importe qui se tiendra où je fus, et qui ne tiendra plus dans ses mains la fleur fanée de l’attente jamais comblée.

Cette reproduction de  « L’Adoration des Bergers » de G. de la Tour a inspiré ce texte à Jean-Jacques :420000635-diffusion3-300x224 Diego

 Et Voilà ! Il est arrivé, né dans la douleur, c’est sûr !
Mais il n’est pas trop abîmé, il est bien rose et paisible.

Je cherche dans les petits dessins de son visage, quelques ressemblances. Sa couleur de peau, la forme du nez, de la bouche, quelque chose qui me ressemblerait, que je pourrai reconnaître comme un signe de ma paternité.

Mais tout juste naissant, ce n’est pas évident de se reconnaître dans un petit être qui vient de naître.

Marie m’a pourtant bien assurée… Enfin, elle pense qu’il n’y a pas d’autres possibilités, à l’époque où cela semble s’être passé. Mais tout de même… j’ai des doutes.

Car je suis humain et, de surcroît, mâle. Donc, je doute.

D’autant qu’à cette époque, si je compte bien, Marie avait reçu la visite de l’Ange, et, à cette époque, c’est l’Ange qui faisait le facteur !

 

Cette reproduction de Gainsborough a inspiré Fabienne :

mr-mrs-andrews-gainsborough2-300x168 Fabienne

  Elle est moche !
Mais qu’est-ce qu’elle est moche !
Je me demande bien pourquoi je suis là ! Ah oui, c’est à cause de Maman. Maman qui, figurez+vous a invité les paternels de la mijaurée pour qu’on « fasse connaissance », soi-disant. En vrai, elle veut que je me marie avec parce qu’il paraît qu’elle est « d’une bonne famille », traduisez : parce que ses vieux ont de l’oseille… C’est pas qu’elle est vénale, maman, mais comme ça, on pourra « voir venir ». Alors, elle a inventé tout un stratagème pour qu’on se retrouve seuls. Je devais faire semblant d’aller chasser, avec mon fusil sous le bras, en emmenant Pupuce, mon fidèle compagnon. C’est pas vraiment un chien de chasse parce qu’il a peur de tout : des mouches, des abeilles, des lapins et si jamais il voyait un sanglier, sûr qu’on le retrouverait perché sur un arbre. Mais bon, c’est le seul qui me comprend dans la famille et puis, il est sympa et rigolo. Pas comme la greluche sur le banc.

C’est donc en revenant de ma « fausse chasse » que je devais passer « par hasard » sur le « banc des promeneurs », un coin de notre propriété et , surprise ! la trouver assise. Je devais rompre la glace en engageant une conversation légère. Sauf que, quand je l’ai vu si moche, avec son abat-jour ridicule sur la tête, le fou-rire m’a pris. Dur, après d’engager élégamment la conversation.

Même en lui mettant un coussin sur la tête, ça le ferait pas : elle est plate comme une planche à pain et doit chausser au moins du 44….

Je suis crevé d’avoir traversé la propriété toute la matinée. Je m’assierais bien un peu, mais elle tient toute la place avec sa robe. Elle a dû la payer une fortune… Pour le prix de sa robe, j’aurais pu sortir une semaine avec mes potes.

Je sais bien qu’en ce moment (ça fait au moins 20 ans que ça dure !…) nous sommes un peu « gênés » du côté financier, mais faudra quand même que je dise à Maman qu’elle me les choisisse un peu plus girondes et nettement plus rigolotes. En fait, j’aime bien les soubrettes que je peux « mignoter » à ma guise sans en faire toute une histoire, mais bon, va falloir que je fasse des efforts. Celle-là, bonjour, elle fait une tête de trois pieds de long. Comment faire pour m’en débarrasser ? Heureusement, mon mobilis se met à sonner et après un petit « excusez-moi » chuchoté à mi-voix, je prends cet appel inespéré. Tout en discutant avec mon interlocuteur (mon pote Riri, enfin, le Marquis Eric de La Vilongière), je me dirige vers la maison et plante là la mocheté qui ne sait plus quoi faire.

Sûr que si ses vieux ne la rappelle pas, elle restera là jusqu’à la nuit….

 

Et Tôntine (Alias Monique) propose, sur une reproduction de Canaletto (était-ce parce qu’il s’appelait « Canaletto » qu’il ne peignait que des canaux ?)  :

canaletto-300x184 Jean Jacques

 

En ce jeudi de l’Ascension de Juin 1748, tout Venise se devait de parader sur le Grand Canal.
On célébrait la visite du Roi de Sicile car la Sérénissime, au faîte de sa gloire, voulait élargir son influence au sud et bien au delà de Palerme.

L’ile rebelle résistait depuis toujours à se soumettre à l’orgueilleuse Venise car elle dominait, jusque là sans partage, le commerce vers les côtes africaines et n’entendait point céder ce privilège.
Il s’agissait donc de séduire le monarque et la consigne qui avait été donnée au peuple ne pouvait être discutée. Il fallait que règne calme, harmonie et belcanto sur chaque quai, chaque canal au passage de la gondole royale.

On convoqua tous les gondoliers-chanteurs-enchanteurs.

Le beau Girolamo était le plus fameux de tous mais aussi une sorte de schizophrène avant le concept, tour à tour merveilleux chanteur qui allait de palais en palais donner la sérénade ou sournois et redoutable contestataire allié à tous les vauriens de la République de Venise.
Il se tenait si tranquille et depuis si longtemps qu’on avait imprudemment oublié ce mauvais côté de sa personne. On l’invita donc sur une barque d’où il devait chanter au passage de la gondole royale, au lieu de cela il se mit à invectiver le Sicilien. Point n’était besoin de comprendre l’italien pour sentir l’insulte sous le verbe.

Grand émoi sur le canal où on ne trouva d’autre moyen de le faire taire que de l’assommer d’un vigoureux coup de rame et de le jeter discrètement par-dessus bord.

La parade repris son cours, l’histoire retint que ce fut une des plus belles fêtes du siècle, mais l’entreprise de séduction fut un échec.

IMG_0820-300x225 Thierry

 C’est Alain LINCKER qui a eu cette reproduction :

Les joueurs de cartes

 


Dans mon jeu j’avais bien des atouts. Non ceux attachés à ma physique apparence : la jeunesse, la force, la beauté, mais ceux qui se trouvent dans les jeux de cartes.
Ceux-là évidemment, il faut savoir les cacher !
Certes je ne néglige pas les premiers
Ils flattent mon ego à souhait
Mais sans que je les méprise
C’est avec les seconds que je vis et me réalise
Ainsi pour vous éclairer
Sachez que c’est avec les cartes que j’aime jouer
Et certains disent que je sais bien y faire
On prétend même que je suis un expert
Et j’y gagne des sous par milliers
Pour ça, naturellement j’ai une combine…
Et surtout un partenaire
Celui-là sait trouver les instants propices
Pour me servir de complice
Et c’est au moment opportun
Qu’il sort les atouts de sous sa manche
Eh oui ! Nous deux, on fait la paire
C’est un sacré compère
Avec lui nous rançonnons
Les fats et les histrions
Au détour de deux ou trois verres
A notre table nous les invitons
Et bientôt après quelques allusions
Nous tapons le carton…
Pour dépouiller nos adversaires
En appelant la bonne mère
Vous l’avez fort bien saisi
C’est en tant qu’escroc que j’officie
Avec beaucoup de chance
Jamais je ne serais découvert
Et ne serait jamais à découvert.

Mais tout ça c’est bien fini, c’était avant l’invention… des miroirs vénitiens

Maintenant, je crois que c’est cuit
Car démasqués nous fûmes
Au comble de notre infortune
Un peintre célèbre portraitura notre déchéance
Pour révéler au monde notre engeance
Désormais, par ce revers de fortune
Nous serons dans tous les musées…
Et aux yeux de tous la risée.

14 juin, 2012

Atelier du 11 juin

Classé dans : Non classé — joie55 @ 9:46

Devoir : une nuit inoubliable

La nuit inoubliable

 Il n’aurait jamais pensé que la nuit la plus inoubliable de sa vie allait être celle de sa mort. La nuit qui allait bannir tout oubli. Je vois d’emblée grandir vos pupilles : «Quelle mort ?» «Comment est-ce arrivé ?». Franchement, ce n’est pas vraiment important quand on est mort de connaitre les derniers détails de la sortie, on a suffisamment à faire à tenir toute sa vie comme ça à bout de bras. Ca en fait du matos, on a des crampes au début mais c’est ce qui la rend la mort inoubliable entre toutes, et lui c’était de nuit. S’il avait eu à choisir, il en avait pourtant une multitude de nuits inoubliables. «ya que l’embarras du choix ma petite dame» : entre les bras de Marie, sous le ciel étoilé ou dans une salle de concert… Tiens d’ailleurs il avait en tête, enfin façon de parler puisqu’il n’avait plus à proprement dire de tête, et puis jamais sa tête n’avait pu, dans le passé, être aussi présente en même temps à chaque petit détail de sa vie. Donc je disais, il avait en mémoire au milieu de cette multitude de nuits inoubliables : un concert. Souvenir fauché, car la grande faucheuse, c’est de souvenirs qu’elle fait sa moisson… Et en chacun d’eux se reflète déjà, silencieusement, inconsciemment, le mystère. 

La nuit du concert, il était prêt. Chaque nuit avant cet inoubliable concert, il sortait méticuleusement le disque de vinyle de sa pochette affichant « la sonate n° 1 de Bach ». Il en connaissait déjà chaque note comme s’il les avait vécu une à une… Et c’était d’ailleurs cela. Peut-être que le mystère de la musique consistait en cette interpellation pour entendre enfin le son des notes de notre vie.

Demain soir, dans la salle de spectacle, il pourrait à chaque arpège se souvenir. Chaque note que sa mémoire anticipait faisait déjà monter en lui un sanglot. Et cette intensité, le renvoyait, le préparait sans qu’il sans doute à cette autre nuit, plus tard, bientôt, la nuit inoubliable « du grand passage », comme disait sa grand-mère. Celle où chacun de ses souvenirs tisserait à nouveau la mélodie de sa vie. La nuit qui transformerait rétrospectivement chacune de ses journées ici-bas en autant de répétitions du grand concert.

Que de moments passés se bousculaient, frémissant sur les cordes… Beaucoup emprunts de lourds remords, d’une dépression profonde de n’avoir pu faire autrement, de n’avoir su comment s’accorder… avec lui, avec elle, avec le reste du puzzle… Et pourtant cette tristesse se transformait en espace… Reconnaitre à quel point il avait si souvent échoué, puis arrêtant de nier ceci, de dénier cela, deviner la palpitation d’un envol de tout ces regrets tapis là-bas… Tout au fond de lui, il sentait grandir un battement, une onction de libération que lui donnait ce simple sentiment de vérité, la vérité enfin acceptée… Des larmes purifiantes roulaient sur ses joues à chaque accord…

Vivement demain l’ouverture de la première.

Mais la mélodie n’était pas heureusement que nostalgie d’un mieux raté…

D’innombrables instants de joies pures, résonnaient, toujours renouvelés tout au long de la partition : gamin émerveillé à cinq ans, fier adolescent de quinze ans, jeune adulte doutant encore d’avoir déjà trente ans, d’innombrables images de transfiguration éberluée, devant tel paysage, dans ces bras ou dans ceux-là, dans la découverte renouvelée de chacune parmi la multitude des parcelles de cet univers infini… Tant de beauté redoublaient ses larmes…

Les premières s’unissaient aux deuxièmes comme autant d’appels vers l’Amour. Tous ces fleuves convergeaient, l’attente des pardons et l’éperdue reconnaissance des mercis, se jetaient dans le même océan. La tristesse et la joie sautillaient en double croche. Se frôlaient et s’étreignaient souvent. Ainsi c’était cela le Sens du parcours de la vie et de sa fin aussi. Apprendre l’appel. Entendre l’Amour. C’était là, où nous conduisait tous la portée, noires, rondes ou blanches… Chacun avait sa clé personnelle pour cette inoubliable nuit du grand passage… Pour ce frôlement, tant de fois attendu, tant de fois préparé…  le frôlement de notre main tendu et du mystère reçu… écoute, écoute encore… la vibration des cordes de la Sonate n°1 de Johannes Sebastien Bach…

Il n’aurait jamais pensé que la nuit la plus inoubliable de sa vie allait être celle de sa mort. En fait, je devrais peut-être dire « je » mais vous savez d’ici, on a tendance parfois à confondre, le passé et le présent, l’acteur et le spectateur. Parce que oui, bien sûr vous l’avez deviné, je suis déjà mort, et même depuis un bout de temps… D’ailleurs souvent je l’oublie en grignotant des pop-corns tout en regardant le film de ma vi … sacré histoire, s’il n’avait tenu qu’à moi, j’uis aurais bien donné un oscar… Mais bon, ce que l’on voit d’ici, c’est qu’on est vraiment un paquet à rembobiner nos nuits inoubliables, alors toutes ces petites statuettes dorées, ça aurait franchement fait désordre dans les couloirs… Et puis, c’est justement parce que nos nuits sont vraiment inoubliables que l’on peut les laisser filer passer à autre chose et se reposer dans le hamac du grand sourire…

Thierry MOUTARD

Atelier du 4 juin 2012 (bis)

Classé dans : Non classé — joie55 @ 9:33

Ecrire  un vers RHOPALIQUE  : c’est  un vers où le premier mot a 1 lettre, le 2ème mot, 2 lettres, le 3ème, 3 lettres, etc.

A
la
mer
nous
avons
plongé
douceur
alanguie
fraîcheur
souveraine
expéditions
inoubliables 

Marie-Pierre Beaulier 

J’ai fui deux jours pleins ; ensuite beaucoup moururent violemment.

Régis BADOR

Exercice de Marie Pierre sur la feria de Nîmes

Classé dans : Non classé — joie55 @ 9:26
Exercice de Marie Pierre sur la feria de Nîmes nimes-300x225

Les arènes de Nîmes

SIX JOURS HORS DU TEMPS

Mosaïques de sensations
La musique, les musiques
Les corps en mouvement
Les rires, les cris, les embrassades
Les rencontres improbables
Un tourbillon nous emporte, nuit et jour

La ville nous appartient, elle se libère pour nous offrir le meilleur de la musique, de la danse : le Brésil au Square de la Couronne (sous le regard bienveillant d’Alphonse Daudet),  Cuba devant la Maison Carrée, les écoles sévillanes et les gitanes à la Placette…
Et partout, au détour des ruelles, les penas, leurs musiciens colorés, bruyants et rieurs qui vous entraînent dans leur sillage.
Le cœur de la féria bat aussi dans les arènes : cette année, c’est la corrida équestre du lundi de Pentecôte qui aura marqué les aficionados par sa beauté et sa grandeur : les hommes, les chevaux et les toros à l’unisson, c’était absolument magnifique.

Et que serait la féria sans les bodegas et les gigantesques paellas ? Les cafés et les restaurants envahissent les trottoirs
Jusqu’au bout de la nuit
Aujourd’hui, la ville s’est réveillée un peu groggy
Aujourd’hui, elle a retrouvé sa quiétude de gros village, et une certaine langueur sous un chaud soleil estival
Aujourd’hui, on s’ennuie déjà un peu…

Marie-Pierre Beaulier

6 juin, 2012

Atelier du 4 juin 2012

Classé dans : Non classé — joie55 @ 9:18

D’après « Le Testament », de Léo Ferré, gardez la première strophe et écrivez votre testament :

Avant de passer l’arme à gauche
Avant que la faux ne me fauche
Tel jour telle heure en telle année
Sans fric sans papier sans notaire
Je te laisse ici l’inventaire
De ce que j’ai mis de côté.

La suite de Régis :

Je te laisse mes photos
Mes souvenirs papier
De notre vie liée
Et mêm’de celle d’avant.
Je voulais les trier
Les ranger par année.
Rappelle-toi nos joies
De vacances d’amoureux
De parents entourés
De tourist’épatés
De familles comblées
De nos amis variés.
Mes souvenirs tu verras
Ne sont donc que les joies
Que tu as partagées.
Quand tu les feuillèt’ras
Tu ne seras pas triste
Mêm’si je n’suis plus là.

La  suite de Thierry :

Mes vieux calembours claironnant mon absence,
Comme d’un livre la page finale arrachée.
La pile des romans que tu m’as tendus, immenses …
Notre drap de noces d’un clin d’œil tâché.

La rocaille de sa voix nous rappelant « c’est extra ».
Et mon chapelet, colocataire avec toi de la pulpe de mes doigts.
Un vieux ticket de cinéma … oui ce film là !
Un album photo que les sanglots tiendront à jamais coi

Une lettre de toi, bruissante d’un long soupir …
Ce buisson où nous croquions les tomates soleil.
Quelques piliers pour rappeler le ciel à notre désir.
Et Moi qui disparais dans le souvenir de toi vermeil …

La suite de Marie-Pierre, qui ne nous oublie pas et travaille à distance, puisqu’elle est à Nîmes :

Mes silences quand je t’écoute
Mon rire quand tu te moques
Mes larmes quand tu m’émeus
Mes chagrins, mes colères

Les étoiles dans mes yeux quand tu me regardes
Le voile de mes bras quand je t’enlace
La douceur de ma main quand elle te frôle
La chaleur de ma peau quand tu la touches

Ma bouche qui se tait
Mes yeux qui se ferment
Ma silhouette qui s’éloigne
Ma dernière chanson fredonnée  :  que c’est beau, la vie !

 La suite de Fabienne :

Tous les textes sur lesquels j’ai peiné
Et qui ne seront jamais édités
Ni à titre posthume,
Ni d’autre façon aucune

 Dans ma cave, il ne restera rien
D’en faire l’inventaire serait donc vain
Car de mon vivant j’aurai tout bu
A bon entendeur, salut ! 

Il pourra rester quelques fleurs
Que j’ai toujours arrosé à la bonne heure
Qui viendront peut être fleurir
Le tombeau dans lequel je vais gésir

A part ça, je ne  vois rien à déclarer
Nul trésor, aucune cassette cachée
Car la seule chose qui m’enivre
C’est tout simplement ma joie de vivre !

La suite d’Alain LINCKER :

Lorsque tu fouilleras dans mes tiroirs
Et que tu ouvriras toutes mes armoires
Se révéleront tous mes secrets
Que pour toi j’ai mis de côté

Tu le sais bien ce sont mes livres
Ceux que tu ne lisais  jamais
Tu y décèleras mes pensées ivres
La magie, la tendresse des pages que j’aimais


Tu te plongeras dans leurs images
Leurs soleils et leurs éclairs
Dans leurs tourments, dans leurs nuages
S’évanouiront bien des mystères


Alors seulement tu hisseras les voiles
Et aux braises de ces feux, de ces flammes
A leurs incandescentes boutures
Nous partagerons une nouvelle aventure

1 juin, 2012

Petit exercice : dans la peau de Milou

Classé dans : Non classé — joie55 @ 8:25

Petit exercice : dans la peau de Milou Image-3

J’entrouvre les yeux, je vois mon maître préparer son sac. Je sens que l’on va encore bouger.

Je me lève du tapis à moitié groggy de la veille. C’est que nous sommes constamment en mission Tintin et moi !

Il s’active dans toutes les pièces, renversant armoires et tiroirs. Ça m’a l’air bien sérieux tout ça, son sac grossit à vue d’œil !!

Je m’étire les pattes avant et arrière pour me donner du courage. Je me désaltère et dévore mes croquettes. Les voyages sont longs avec mon maître et même que, souvent, on en oublie de s’alimenter. Alors je vide mon écuelle.

Où allons-nous partir encore, cette fois-ci ? La semaine dernière nous étions au Gabon. Qui sait encore où il m’emmène aujourd’hui ?

Ah… le voilà prêt, il m’attend à la porte, avec son gros sac sur le dos.

- «Tu viens Milou ? On va à la laverie.»

#Vro 2011

 

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