Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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4 août, 2011

Un autre texte d’Edith

Classé dans : Non classé — joie55 @ 11:30

Consigne : «ce qui vous en met plein la vue»

- « Dès demain, il vous faudra tailler les rosiers, Jean ! », dit-elle, invective comme à son habitude, le regard planté sur le ruban d’asphalte qui déroulait devant la Peugeot.
Genoux serrés, dos droit, fichée telle de coutume dans cette attitude semi altière… disons quasi hautaine, les deux mains pudibondes jointes sur les anses de son sac à main érigé au bord de ses cuisses.

Quarante ans… quarante ans qu’il la voyait, à chaque trajet, imposer dans l’habitacle son aura de maîtresse, ses lèvres séchées d’une inimitable moue pincée.
Elle était encore belle ; y mettait grand soin faut-il dire… malgré l’âge et le temps.

Dès le premier regard, il l’avait admirée, adulée même, pour sa froide élégance, malgré ses mots rejetants et cassants.

Lui, l’immigré, pauvre métayer, si chaleureux, si amoureux, si prévenant pourtant… l’avait-il une seule fois impressionnée de la sorte ?
Avait-il au moins une nuit, un soir à la bougie, lorsqu’il lui baisait le poignet, brillé ainsi un seul instant dans son regard ?

Il retourna légèrement la nuque à l’aplomb du volant.
Ses yeux la quittèrent un instant en approche du carrefour qu’annonçait un panneau.

Le soleil couchant, rougeoyant assassin, illumina le capot, enflamma sa chevelure blanche, brûla… juste une seconde sa rétine.
Il cligna des paupières pourtant rodées à l’éblouissement… juste une seconde, oui, un si bref instant dans cette si longue vie.

Le carrefour était là ;
Le réel aussi.
Un camion improbable percuta la voiture

Il ne la reverrait plus.

Les rosiers attendront.

Edith Letellier, août 2011

Un très joli texte d’Edith

Classé dans : Non classé — joie55 @ 11:29

Un sandwich : « trois coups résonnèrent dans la nuit…… le plafond s’ouvre et la lumière jaillit ».

Trois coups résonnèrent dans la nuit.
Trois coups

Un coup de fil
Un coup de semonce
Un coup du sort.

- « Ma p’tite dame, ça va pas être drôle, mais l’hélico n’est pas disponible… trop dangereux pour risquer de faire monter une équipe… va falloir prendre votre mal en patience »…

- « Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Stéphane, je ne suis pas là pour l’instant mais vous pouvez me laisser un message… »

Puis le silence,
Violent,
Assourdissant comme une claque
La nuit,
La solitude,
Le froid.

La pénitence.

Quelques corbeaux parfois, venus narquoisement tournoyer au ciel de mon impensable nid…
Un piètre feu humide et poussif qui s’éteint bien vite…
Les étoiles…

Les larmes se tarissent ; l’énergie se recentre ;
Il faudra tenir ;
Encore onze heures avant le lever du jour.

C’est long une nuit dans la montagne.
Par dessus la forêt, le vent se fait glacial, les postures douloureuses.

C’est le prix de la faute, de mon inconséquence :
pas de torche, pas de veste, une maigre mandarine et quelques feuilles de cahier…

J’ai marché, oui… tant marché en quête de ma route, la juste direction, refusant de rebrousser chemin.
C’est le soir qui m’a cueillie comme on embrasse une égarée.
Trop tard pour reculer… balisage invisible… plus de force à perdre pour pleurer.
Il faut gérer ma nuit, expier mon errance.
Il n’est plus là de doute ni de faille ;
Plus d’amant injoignable
Pas de mari qui attend.

Il n’y a plus que moi, au coeur du dépouillement,
et mon corps,
et le temps,
et le ciel, et la pierre qui m’entourent comme un écrin hérissé de banderilles.
C’est étonnant comme certaines choses se plaisent à mêler le désagréable de la douleur à la sensation saisissante d’être… vivante.
Presque… exaltant !

Le temps finit toujours par passer… le soleil se lèvera…
Oui, un demain adviendra tôt ou tard, me dis-je tandis que les heures s’effilochent péniblement comme la brume sur mon rocher.

Elle a finit par venir la lumière, à force de frotter mes bras ankylosés, de claquer des dents, de pester contre mes articulations qui se plaignaient d’être montées si haut.

Oui, je le vois enfin apparaître, au bout de ma nuit cathartique, l’éclat de ce jour nouveau,
celui où je me relèverai groggy mais pugnace pour redescendre debout de ma montagne.

Il est là… Il point !
Triomphant et salvateur.

Le point d’orgue où ma nuit se déchire :

Le plafond s’ouvre… et la lumière jaillit.

 

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