Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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28 novembre, 2017

Atelier d’écriture du 27 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:12

DEVOIR : On l’appelait l’étranger…

pensionnat

Vie scolaire

Le verdict était tombé. La décision était irrévocable. Il ne l’avait pas vue venir. A y repenser, les contacts de fin d’année entre ses parents, le proviseur de son collège et le professeur principal de sa classe auraient dû lui mettre la puce à l’oreille. Mais il n’était pas de nature angoissée. Pour lui, ses deux premières années chez les grands s’étaient déroulées sans encombres.
Sa situation supposée de gosse de riche, une certaine facilité pour l’étude en dilettante, un goût arrêté pour la condition puissante d’ours des cavernes, tout cela avait contribué à le placer dans ce que politiquement on pourrait appeler « un splendide isolement ». Au fil des années d’une scolarité sans vagues, il avait établi sans le désirer avec les autorités éducatives (ses parents, le proviseur, les profs) un traité commercial avantageux : je vous vends un peu de travail sans déroger à la discipline et j’achète votre tolérante compréhension. Il était donc, dès le primaire, un élève fluide, un de ceux que l’on s’étonne presque de retrouver sur les photographies de classe.
Néanmoins le collège l’avait obligé à réévaluer un peu sa position. Tant de matières différentes et autant de profs aux personnalités difficiles l’avaient amené à faire des choix. De par ses goûts : les maths, le latin et le sport. De par les conseils appuyés de sa mère : le français, la géographie. De par le caractère de psychopathe de la professeure : l’anglais. Le modus vivendi lui paraissait très satisfaisant. Sur le carnet de notes on lui attribuait le plus souvent la moyenne, voire un peu plus avant les fêtes. Mais pour chaque maître le commentaire trimestriel mentionnait toujours la même locution : « peut mieux faire ». Pour donner un exemple, son activité à l’atelier bois-fer, deux heures par semaine, était appliquée mais minimale. En une année il n’avait réussi à usiner qu’une seule pièce métallique, certes la plus belle de la classe. Les autres en avaient profilé entre trois et cinq. L’appréciation du prof de travaux manuels fut donc légèrement différente : « pas mal, mais peut faire plus ». Il pensait suivre un long fleuve tranquille qu’il finirait de franchir par un bac. On voyait la Garonne depuis certaines fenêtres de sa classe. Il lui plaisait encore plus de continuer cette navigation pacifique depuis qu’il était tombé amoureux transi de la plus belle fille de l’établissement à peine plus âgée que lui. Son joli minois et ses formes déjà envoûtantes méritaient la considération de tous, y compris du prof de gym. Surtout elles peuplaient ses nuits de rêves audacieux. Il se pensait discret mais ses regards langoureux et, il faut bien le dire, assez débiles n’avaient pas échappé à la malice des autres élèves. Ils se gaussaient volontiers de son acné dévorante et de son bégaiement incontrôlable dès que la jeune fille provocante l’approchait à moins de trois mètres. Bref, tout allait bien ! Cette situation de fonctionnaire détaché (ou d’évêque in partibus de Parténia) lui donnait même bonne conscience, en toute insouciance.
Mais voilà. La sentence était tombée à la fin août. Il avait pourtant fait de beaux efforts pour être un bon fils. Il avait participé, surtout par la présence, à la cueillette des pommes sur la propriété agricole de son père. Il faut dire qu’il y avait une troupe de jeunes et jolies cueilleuses. Il en était ému, bien qu’il ne sache pas ce que croquer la pomme veuille dire. Son père l’avait récompensé au-delà de ses espérances en lui apprenant en un week-end à conduire un petit tracteur. Reculer en contrebraquant avec la remorque était délectable, sauf quand il renversa le fût de mazout.
Tout allait bien jusqu’à ce dîner à trois du 31 août. Sa sœur et son frère (il était l’ainé) passaient quelques jours dans le Gers chez les grands-parents maternels. Tout de suite il avait senti le vent du boulet. Sa mère avait préparé ses plats préférés : spaghettis aux boulettes de viande et tarte à la rhubarbe. L’heure était grave, dangereuse. C’est la gorge serrée qu’il dénoua sa serviette. Bravement son père prit la parole : « mon fils, ta mère et moi avons pris une grande décision, difficile mais qui nous paraît implacable. Guenièvre, veux-tu lui expliquer ? ». Rassurez-vous, son père ne se prénommait pas Arthur et la table familiale n’était pas ronde. Par contre, à ce moment, il aurait bien aimé avoir l’armure de Lancelot, ou pourquoi pas, l’écu de Ganelon. Il en était à évoquer intérieurement l’écartèlement comme punition. Toutes ces connaissances lui venaient de la lecture assidue de la collection complète des livres contes et légendes. Il se tassa sur son siège jusqu’à avoir le nez dans les pâtes. Sa mère, Guenièvre, explosa d’un : « tiens-toi droit ! », slogan qu’elle lui tenait pluri-quotidiennement depuis ses quatre ans. Sa colonne vertébrale se raidit, sa vaillance se délita, sa mandibule chuta ainsi qu’une boulette nichée dans une narine et ses yeux s’embuèrent. L’effet attendu d’attendrissement familial ne fut pas obtenu. Sa boulette avait probablement tout gâché. Sa mère lui expliqua sèchement qu’on l’attendait comme prisonnier, pardon pensionnaire, dans un remarquable établissement pour personnes de la bonne société, situé dans une ville agréable proche de l’océan. Ses grands-parents paternels habitant la ville voisine, cette proximité affectueuse ne pouvait que le rassurer. Pour lui, c’était donc tout bénéfice avec la meilleure éducation possible. Pour eux, ses parents, c’était un gros sacrifice financier qu’ils surmonteraient mais surtout un sacrifice affectif, son éloignement pendant les quatre prochaines années scolaires. L’appétit coupé, il se sentit submergé par un tsunami d’abandon. Qui donc pourrait l’an prochain tomber aussi bien que lui amoureux de la plus belle fille du village ? Finie la semaine de fêtes autour de l’arrivée du printemps et du rhume des foins. Finis les tours de propriété en vélo quand il pédalait comme un forcené. Denis Lalanne aurait dit un forçat. Finie la vie passionnée avec son chien Kiss qu’il réussissait à mordre de temps à autre. Le monde s’effondrait. Il avait du mal à s’imaginer les boulettes de viande patauger dans son estomac bilieux. Dans un effort surhumain il ne pleura pas. De toutes façons c’était écrit. Mektoub.
La rentrée était prévue le lundi suivant. Il fallait cependant partir très tôt le matin du samedi précédent. Le directeur du pensionnat avait institué un système de prérentrée qui permettait de personnaliser ce moment difficile, en particulier pour les nouveaux arrivants. On avait sorti la grosse Mercedes. Dès le début du trajet, sa mère lui donna quelques détails complémentaires. Ses parents viendraient tous les week-ends ou presque pour le mener au bagne, à l’internat tous les lundis à 7 heures. Et l’en faire évader tous les vendredis à 17 heures, sauf s’il était collé. Ce terme lui était inconnu. Pour lui c’était une colle. Autre nouvelle annoncée avec flegme, une calembredaine, on le menait dans une institution religieuse. Il comprit alors sa récente formation accélérée. Ses diplômes supérieurs en dévotion, communion solennelle et confirmation obtenus en seulement cinq semaines. Il ne se souvenait plus ni de l’ordre des évènements ni du contenu. Cette expérience lui avait fait l’effet d’un pet sur une toile cirée. Il en avait fait l’observation directe, pas celle du mysticisme, celle du vent ! Ce souvenir muet lui arracha un sourire ce qui étonna et rassura sa mère. Il le prenait bien. Les trois heures de trajet restant ne valurent aucun commentaire et il n’y en eut aucun, sinon un ou deux : « tiens-toi droit ! ».
L’entrée de la Mercedes SXLLL fit dans ses oreilles un bruit désagréable sur les graviers du parking. Le bâtiment parut magnifique à ses parents. Il évoquait plutôt pour lui le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Connaissant l’histoire de Papillon il envisageait déjà une évasion.
Devant le hall d’entrée se tenait, seul, un personnage à tête d’oiseau sous une vaste marquise scintillante. Vêtu d’une soutane noir corbeau il tenait devant lui ses bras largement ouverts en signe d’accueil. Cet horaire matinal leur était dédié. Il ne mesurait pas à sa juste valeur l’honneur de cette délicate attention. Il savait bien que ces bras-là allaient se refermer. Effectivement, après avoir chaleureusement salué les parents, fourré dans sa poche l’enveloppe préparée par son père, il se tourna vers lui. Le frère directeur des écoles chrétiennes, c’était lui. Il lui consacrerait toute l’énergie et tout le temps nécessaire. Pour le mettre en condition il lui prit les deux mains qu’il projeta lestement dans son dos pour le coller à son abdomen. De cette soutane il découvrit alors l’odeur de sainteté,  un mélange de savon de Marseille, d’eau bénite et de liquides corporels divers… Le formidable supplice dura bien dix minutes lui faisant comprendre ce qu’était une réception personnalisée. Sa chaleur attentionnée lui fit froid dans le dos. La visite des lieux enthousiasma ses parents. Magnifiques escaliers de marbre. Magnifiques dortoirs avec alignement étroit de lits métalliques et d’armoires du même matériau grinçant. Magnifique réfectoire où le frère préfet et ses collègues enrobés finissaient de prendre leur petit déjeuner. Leur salut fut moins personnalisé. Il s’en tira avec de solides poignées de mains et des sourires béats. Viendrait-il à la messe demain matin ? Ce serait bien ! On pourrait tester ses compétences d’enfant de chœur et surtout sa voix. Le frère préfet avait un admirable organe, prétendait leur aimable guide. Ses parents, lucides, déclinèrent poliment l’invitation. Dans ce cas, je vais vous confier un cahier de présence, dit le frère d’autorité. L’enfant ira le faire contresigner au début et à la fin de chaque office par le curé de la paroisse en personne. Aucun manquement ne sera toléré. Il prit peur. La religion lui tombait dessus comme la grêle, pour quatre longues années.
Le lundi suivant, la rentrée fut celle de toutes les découvertes. Comment ranger ses affaires dans son armoire, ses provisions de bouche dans son casier de réfectoire, ses fournitures scolaires dans son bureau trop petit, son désarroi au fond de ses chaussettes. Et puis découvrir sa classe, le lieu, la prof de latin qui inaugure les cours et… ses condisciples. Une classe exclusive de garçons, ou de filles, est une place forte. Depuis deux ans celle-ci avait forgé une identité, une hiérarchie, fondées sur des rapports de force souterrains. Cette année il y avait seulement trois nouveaux. Leurs noms, prononcés lors du premier appel furent accueillis pas force rires. Il se rendit compte à ce moment et seulement là de « l’exotisme » de son patronyme. Comme sa peau mate, ses cheveux presque crépus, son regard noir surprenaient un groupe certes hétérogène mais qui constituait une communauté. D’emblée les deux autres novices s’intégrèrent. Volontairement ou non par le rire complice, à ses dépens. Pour lui ce fut une stigmatisation quasi instantanée.  Il serait le mouton noir.
Le splendide isolement, il en avait l’habitude. Il savait que ses secrets présumés faisaient et défaisaient sa bonne réputation. A divers moments il eut l’espoir de s’intégrer. Tous les lundis matins il fallait garder dans son bureau les provisions de bouche de la semaine. A midi, on pouvait les amener au réfectoire. Son voisin de classe se rendit très vite compte que deux plaquettes de chocolat faisaient partie du lot. Un deal s’installa : en échange de son plus beau sourire l’impudent collégien, pourtant externe, dévorerait les friandises, se servant directement. Il laissa faire subissant une sorte de taxe locale. Sa passivité devint maladive. Il fut un élève fantôme. Son carnet de notes mentionnait toujours : « peut mieux faire ». Il grossit, rasa les murs, évita le plus possible de fréquenter les frères à simarre. Il aimait le football et s’inscrivit auprès du frère gymnaste. Celui-ci l’incita à faire l’acquisition de chaussures à crampons trop grandes. Sa croissance n’était pas terminée, n’est-ce pas. Pour sa première apparition dans une équipe déjà constituée, il joua en pantalon de ville. Il n’y avait plus de short à sa taille. Il courut beaucoup, ne toucha jamais le ballon, sauf en de rares circonstances où il l’offrit à son adversaire le plus proche. Il s’étala de tout son long dans la boue plusieurs fois. Las de ces efforts inutiles, il se planta dans le rond central attendant que ses vêtements sèchent. Le jeudi suivant, le frère sportif lui confia un drapeau et un autre rôle le long de la touche. Il aurait dû lui expliquer les règles du hors-jeu. Il agita donc spasmodiquement son fanion sans comprendre les vociférations qu’il déclenchait. Il renonça. Un grand lui racheta ses crampons à vil prix. Plus tard il apprit que ces chaussures avaient marqué moult buts. Se mêler aux jeux de récréation ne fut pas aisé. On le toléra tant qu’il perdait. Quand il prenait la parole en classe le silence se faisait. La salle attendait qu’il bredouille et invariablement…
Une seule attitude lui fut laissée. Il se dit dans le désert et fit l’anachorète. Ses seules oasis furent le réfectoire et son lit. Le fait qu’il ne se plaigne pas le plaça dans la catégorie des observateurs. Se pouvait-il qu’il devint l’espion de cette petite société très peu savante ? Il considérait chacun, notait ses points faibles, ses ratages et faisait un sourire entendu en scrutant les comportements. Dans ce monde du péché et de la transgression, il joua le rôle du sachant, sans jamais dénoncer. Ainsi il évita l’affrontement, le rapport de forces et ne participa à aucune bagarre. Il y avait un lot de surprises à observer les autres. L’élève assis près du radiateur possédait un joli carnet à spirale de couleur rouge écarlate. Il passait toute l’étude du soir à noter et dessiner. Probablement les évènements de la journée. Les deux élèves du fond jouaient aux cartes durant presque tous les cours sans jamais se faire prendre. Legrand dont le nom s’accordait à sa taille s’émerveillait de ses belles chaussures et les cirait à la récréation. Lebeau dont le nom ne s’accordait pas, passait son temps à soigner ses mains, coupant, limant repoussant et admirant. Deux petits malins avaient fait par avance pendant les deux premiers mois toutes les versions latines du livre d’exercices. Ils ne savaient pas que la prof changeait de livre chaque trimestre. Le premier de la classe ne révisait jamais. Il savait, déprimant.
Ainsi passaient les jours, coulaient les semaines. Il suffit de ne pas trop regarder l’horloge. En fin d’année la date de sortie était le 17 juin. Tout était prêt, sa valise, son cartable surchargé, son carnet « peut mieux faire ». Une dernière surprise l’attendait. Dix jours avant, ses parents l’informèrent que le frère directeur avait accepté avec empressement de le garder trois jours de plus. Eux avaient prévu de visiter l’exposition universelle de Bruxelles, de voir l’Atomium. Ils emmenaient sa sœur, plus jeune, qui donc n’avait pas besoin d’assister aux cours jusqu’au bout. Le frère très supérieur leur avait promis que ce serait pour lui trois véritables jours de vacances avec messe quotidienne. Trois jours supplémentaires de travaux forcés, un rien ! En fait dès le premier jour il comprit qu’il fallait en faire un parcours joyeux.  Ils étaient une douzaine dans son cas, des punis ou des oubliés, de tous âges. Enfin, il pouvait parler, jouer. Cette petite collectivité d’orphelins provisoires ne pleurait pas, elle prenait du bon temps. Un de ses jeux consistait à éviter le frère directeur qui manifestement cherchait le contact. Rusé, il y parvenait et tête d’oiseau devait se contenter de lui masser le cou derrière son siège au réfectoire. Mais le plus intéressant était de visiter tous les endroits secrets de l’internat. Sans la population d’écoliers, tous ces lieux étaient ouverts pour le grand nettoyage. La salle des profs, la chambre du frère préfet au bout du dortoir, le parloir où jamais il n’avait été appelé, le gymnase jugé trop dangereux, la salle des objets rituels avec les costumes d’enfant de chœur qu’il essaya par provocation. Il pénétrait seul et incognito dans ces places et c’était une débauche de liberté. Le deuxième jour il entra dans sa classe. Le sol était encore humide et il fit attention de ne pas laisser de traces. S’asseoir à sa place ? Que non ! Il siégea fièrement sur la chaise professorale. A sa droite, il vit un carton où la femme de ménage avait rassemblé divers objets oubliés, livres, cahiers, stylos… D’emblée, il vit le carnet rouge devenu cramoisi par l’usage. Sans être vu, il le glissa dans la poche de sa veste. Dans l’après-midi il gagna le seul endroit où personne ne pouvait suspecter sa présence : la chapelle bien éclairée à cette heure. Il entra dans le confessionnal s’assit et ouvrit le calepin oublié. Ce fut un émerveillement. Chaque page comportait un ou plusieurs croquis, de modestes esquisses jusqu’aux portraits les plus soignés. Le visage chevalin de la prof d’anglais avec les grandes dents qui lui permettaient de si parfaits « thhheee », était digne de Daumier ! Il se souvint alors du visage de chérubin de cet élève discret qui leur avait caché ce talent. Cette année il n’y avait pas eu de prof d’arts plastiques. Il eut un grand bonheur à voir les portraits de ses condisciples qu’il connaissait lui-même si bien. Quel sens de l’observation. Pour chacun l’artiste avait inscrit un surnom ou une phrase le caractérisant. Rien de bien compliqué ni agressif. Pour le premier de la classe : Katoubon, pour le dernier : Katoufo… Dans l’église silencieuse il tentait de modérer des éclats de rire irrépressibles. Quand il arriva à la page qui lui était attribuée son visage se figea. Au-dessous d’un très beau portrait ressemblant, on l’appelait l’étranger.

sagne

On l’appelait l’étranger… « L’estranger », même comme on disait par chez moi, dans les années 60. On disait qu’il venait « manger le pain des Français ». On ne savait ni son nom, ni d’où il venait vraiment, encore moins ce qu’il avait vécu… Dans ces petits villages du midi, l’étroitesse d’esprit se confondait avec la vertu.
Au début, il était arrivé seul, pour les vendanges. Il travaillait du matin au soir, sans s’arrêter, sans parler. Tout juste si le midi, il avalait rapidement un croûton de pain agrémenté d’une tranche d’oignon. C’est pourquoi on l’appelait aussi le « mange-cèbe » (le mangeur d’oignon).
En novembre, il fit « la sagne », dans les marais. C’était la coupe des roseaux qui servaient de chaume pour recouvrir les toits des cabanes. Il travaillait de « la nuit à la nuit », chaussé de vieilles cuissardes qu’on lui avait données, sa faucille à la main, pour quelques sous par jour. En décembre, vint le temps de la taille de la vigne. Vêtu d’une pauvre veste trouée, les doigts gelés, il travaillait comme un forçat. Il parvint à économiser sur son maigre salaire et fit venir sa femme et leurs trois enfants pour les fêtes de fin d’année. A la messe de minuit, les bons catholiques les évitaient, ceux-là même qui prônaient la charité chrétienne. Alors, eux, ils restaient au fond de l’église, si pauvres, mais joyeux malgré tout, si joyeux que je les enviais. La petite, surtout, Maria, qui avait à peu près le même âge que moi et que je trouvais tellement jolie, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux si noirs. A la sortie, je me suis approchée d’eux pour leur souhaiter un joyeux Noël. Ma mère m’a vivement pris la main. « Tu dois pas parler aux étrangers, je te l’ai déjà dit ! ».
Heureusement, Maria rentra dans ma classe, à la rentrée de janvier. Elle vint tout de suite s’asseoir à côté de moi. Je l’aidais à apprendre le français, elle me racontait son pays, l’Espagne, nos voisins pour ainsi dire… Et tout ce qu’ils avaient vécu… Son père Paco allait être emprisonné par les Franquistes, c’est pour ça qu’il avait quitté précipitamment son pays. Sa mère avait été interrogée, menacée jusqu’à ce qu’ils puissent tous quitter leur pays, leur maison, leurs amis… Maria resta ma meilleure amie. Elle subissait, sans broncher les méchancetés et les insultes des gens du village. Ce village que j’ai haï, que j’ai fui dès que je l’ai pu.
Ce village, j’y suis revenue, il y a une dizaine d’année… Et, ironie du sort, c’est moi qu’on a appelée « l’étrangère »…
Fabienne


sdf

L’étranger

 Il était venu de loin, si loin qu’en chemin il avait oublié son pays, ses racines, du moins il l’espérait…
Sans connaître personne, il avait atterri à Nouméa au début de la saison fraîche en 1987 ou en 88 et il n’était plus reparti. Au début, tisser quelques liens avec les gens d’ici avait été difficile mais, peu à peu, il avait fini par faire son trou, comme on dit. Et puis, c’était un solitaire. Il n’avait pas besoin d’une foule de connaissances, juste quelques rares copains pour briser parfois le silence.
Avec sa dégaine, il passait inaperçu : toujours le même jean délavé et un large tee-shirt dont la couleur  variait au gré de ses humeurs. Pour le visage, rien de bien marquant : des traits un peu anguleux en partie cachés par une courte barbe, le tout auréolé d’une tignasse sombre rarement coiffée. On le voyait de temps en temps,  trainant sur les quais du port maritime accompagné d’un chien, un corniaud sans vrai couleur, dont il semblait prendre le plus grand soin, s’arrêtant parfois pour lui parler longuement.
Baptisé enfant, il ne fréquentait pas les églises mais s’était lié avec un prêtre qui tenait une table d’hôtes pour les déshérités ; un homme qu’il appréciait non pour le dogme mais pour ses qualités humaines.
À l’APE, ont le connaissait bien car il acceptait sans difficulté des travaux intermittents que beaucoup refusaient. Il s’acquittait sérieusement des  tâches qu’on lui confiait et repartait comme il était venu, sans avoir fait  connaissance avec les autres salariés… alors, ici, on l’appelait «  l’étranger ».

Un matin semblable à tous les matins lorsqu’il ne travaillait pas, alors qu’il fumait sa clope après un café bien serré, le facteur tapa à sa porte… Ayant coupé les ponts avec famille et relations métropolitaines, il ne s’attendait pas à recevoir un courrier recommandé venant de Montpellier. Comment avait-on découvert son adresse en Nouvelle-Calédonie et qui pouvait bien lui écrire ? Fébrile et inquiet, il décacheta l’enveloppe : Maître Dupont de la Viguière… héritage d’un lointain cousin, décédé sans descendance… Son cœur fit une embardée ! Légataire d’un parent dont il ignorait jusqu’à l’existence, il héritait d’une véritable fortune ! Gaspar, c’était le nom de notre homme, sous le coup d’une émotion intense, s’assit, le souffle coupé, sur son unique fauteuil où il resta prostré le reste de la journée. Réfléchir… il lui fallait réfléchir…
Qu’allait-il pouvoir faire de tout cet argent tombé du ciel, lui qui avait tout quitté pour vivre une autre vie, oublier les tentations et pressions du monde de la finance, fuir les responsabilités écrasantes, les quémandeurs de tout poil, le clinquant d’une existence dont il avait oublié le sens profond ? Et voilà, il allait être à nouveau confronté aux mêmes problèmes et serait encore coincé dans un mode de vie qu’il continuait à vouloir rejeter, convaincu que la vraie vie, celle qu’il avait choisie en conscience était ici, loin des banques et du tumulte.
Le soir allait arriver et il était toujours là, assis sur son fauteuil, à ruminer sombrement sans trouver une issue à ce qu’il jugeait comme une véritable persécution du destin. Mais à six heures tapantes, quand le soleil plongea à l’horizon, il avait trouvé  LA SOLUTION. Demain, il irait voir  le père Pierre et l’informerait qu’il ferait don de l’intégralité de son legs pour aider les personnes en difficulté et perpétuer la table d’hôtes encore de longues années.
Soulagé, il respira plus amplement.  Il était libéré  du poids énorme qui tout au long de cette déconcertante journée avait pesé lourdement sur ses épaules. Curieusement, en pensant à tous ces inconnus qu’il allait anonymement aider, il sentit soudain qu’il appartenait un peu à ce pays d’adoption et que désormais il ne serait plus vraiment « l’étranger ».
Patricia

Exercice : Vous êtes un personnage de ce tableau d’Antoine Watteau. On ne donnera le nom du tableau qu’après l’écriture…

WatteauLa partie carrée (Antoine Watteau)

- Pstt ! Marie ! Tu sais qui est cet homme avec une mandoline ? Non ! Je ne l’ai jamais vu par ici. S’il s’approche de nous avec tant d’assurance, c’est bien qu’il fait partie des invités ! Voilà qu’il vient pour te présenter ses hommages… Chut !
Mais qui a bien pu le convier à cette soirée ? Je parie que c’est mon imbécile d’époux ! Sous prétexte d’être un vrai gentilhomme qui sait recevoir dans les règles de l’art il est prêt à faire des folies et s’autorise des largesses que sa bourse, hélas ! ne lui permet plus : nos finances sont au plus bas… Il espère toujours cette charge qu’on lui a fait miroiter l’an passé, alors il fait des  grimaces et des courbettes ; comme un chien, il fait le beau ! Je ne peux plus souffrir cet hypocrite, ce m’as-tu vu… Et en plus, non ! Ne te moque pas ! Il s’est mis en tête de faire le joli cœur auprès de la marquise de Chante-lune parce qu’il la croit bien en cour et s’imagine qu’elle va faire avancer son affaire. Avancer comment ? On s’en doute un peu… la rumeur la rebaptisée la marquise de Chaste-lune ! Et mon tendre époux, lui si laid, fait des ronds de jambes et s’essaie à des mots d’esprit lui, dont les plaisanteries ont la légèreté d’une enclume. Ah ! Ma chère ! Quel malheur d’avoir choisi cet époux de petite noblesse, moi qui pouvait espérer tant de beaux partis.
- Et oui, ma très chère, mais tous tes partis sont partis et sur le lot il ne restait qu’un sot à qui tu as fini par dire oui !
Patricia

 

C’est Courtney, ma copine, qui m’a amenée à cette soirée déguisée. Au début, j’ai trouvé ça assez sympa. On était habillée en marquises des fêtes galantes, en hommage à un peintre que le gars qui nous avait invitées adorait. Il s’agissait de Watteau. Courtney m’avait bien fait la leçon, bien qu’il y ait un W, on dit « Vatteau » et pas « Ouatteau ». Tu comprends, ça risque de le vexer. Moi, je connaissais pas et je m’en foutais. Je voulais juste faire la fête, boire du bon champagne et manger de bonnes choses en bonne compagnie.
Aussi quand Courtney m’a dit qu’on allait sortir un peu se promener dans le jardin et que je regretterai pas, je me suis pas méfiée. Ça m’embêtait juste de quitter la fête. Je me suis pas non plus méfiée quand deux types nous ont suivies. Tu penses ! des gens si intelligents, si bien élevés… En fait, Courtney m’a dit qu’on allait reproduire grandeur nature un tableau de ce fameux peintre.
L’air de rien, nous nous sommes assisses près de la fontaine. L’un des types s’est mis à côté de Courtney et a commencé à la papouiller. Elle rigolait. Je trouvais ça bizarre. Et plus bizarre encore quand le deuxième s’est mis devant moi et m’a sorti son « paquet »… Dis donc, j’ai beau avoir un décolleté tellement vertigineux qu’on en voit mon nombril, je ne mange pas de ce pain-là ! Je me suis levée et je lui ai foutu un de ces aller-retour !!! Lui, il est resté tout con, il a pas compris. Il croyait que je connaissais le nom du tableau !
Fabienne

Atelier du lundi 13 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 1:51

DEVOIR : un sandwich, écrire un texte qui commence par :
C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde

Et qui se termine par : … En rentrant chez lui, sans savoir pourquoi, il se sentait toujours merveilleusement bien.

Jardiner-avec-la-lune

Pas grave ?

–      C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde…
–      A tout le monde peut-être, et je m’en fous, mais à moi ! Non, c’est impossible, je refuse cette éventualité.
L’Ami lui fit alors remarquer que ce n’était pas une « éventualité » comme elle le disait, mais une ré-a-li-té. Et devant la réalité…
–      On ne peut que s’incliner, je sais, je sais… S’incliner et ac-cep-ter ! Qui a inventé pareille ânerie ?
–      Pas seulement accepter, mais adhérer pleinement, du fond du cœur.
Il en rajoutait, il se gargarisait de ses doctes paroles. Elle se sentait bouillir…
–      Et bien non, non et non ! Et si tu n’as que ce conseil à me donner, tu peux t’en aller, je me passe de toi et de ton amitié !
L’Ami s’en alla et elle remâcha son mécontentement : oui, ce qui lui arrivait était gravissime. Elle, qui habituellement réglait tous ses comptes, avec tous ses proches (et même d’autres plus lointains), de la manière la plus expéditive, la plus satisfaisante, par le truchement de l’écriture, venait de pondre un texte d’une mièvrerie navrante dans lequel elle ne tuait personne ! Personne, pas même un chien, pas même un moustique, pas même un dimanche ! Il y était question de fleurs et d’amour, de souvenirs et de nostalgie heureuse, bref, l’inspiration satanique venait de déserter…
–    Comment surmonter ce désagrément ?  se dit-elle. Et désagrément était trop faible, c’était objectivement une catastrophe car ces liquidations littéraires étaient son baume, son oxygène, sa thérapie, sa catharsis…
Tandis qu’elle cherchait comment résoudre ce problème, l’Ami téléphona :
–      Alors, ma Belle, tu es remise maintenant ? La diva a fini sa petite crise ? Il n’y avait pas de quoi en faire une montagne ! Ah, ah ! Elle est excellente, non ? Allez, viens plutôt m’aider à désherber mon gazon, je ne m’en sors pas ! Un peu d’exercice au grand air te fera du bien et au moins tu feras quelque chose d’utile…
L’imbécile ! Non seulement il ne me comprend pas, mais revoilà ses plates plaisanteries : pas de quoi en faire une montagne ! Parce que mon nom est Montagne ! On ne me l’avait jamais faite… Quel con, non mais quel con supérieur ! Si je le tenais là devant moi, je…
C’est alors que l’idée germa, se développa, prit ses aises, occupa tout son esprit pendant plusieurs minutes…
–      Alors, tu viens ?
–      J’arrive !
Quand tout fut fini, elle se sentit merveilleusement bien : la fameuse réalité dont on lui rebattait les oreilles venait de dépasser la fiction. Et l’Ami l’avait acceptée… malgré lui !
En rentrant chez elle, sans savoir pourquoi (ou plutôt si, elle le savait, mais chut !) elle se sentait toujours merveilleusement bien.
Huguette

macho

Macho… lapin

C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde… C’était la deuxième fois en une semaine qu’elle lui disait ça. Et cette pauvre idiote ne s’était pas aperçu que c’était parce qu’il n’avait déjà plus envie d’elle. Il était temps pour lui de la quitter. Pourtant, elle était belle, comme toutes les autres avant elles, là n’était pas la question.
Lui, ce qui lui plaisait, c’était la chasse, la traque. Et plus la proie était difficile, plus il en jouissait.
Il se souvint d’Irina, un Ukrainienne, maîtresse d’un magnat de la presse. Il avait mis plus de six mois pour arriver à ses fins. Il avait usé de tous les stratagèmes, même les plus compliqués ou les plus sordides, mais, comme les autres, elle avait fini dans son lit.
Quand elles commençaient à tomber amoureuses de lui, tout désir le quittait et il fallait qu’il s’en aille, qu’il rentre chez lui, penaud et contrit retrouvé sa femme Lucile. Lucile, si douce, si gentille, qui le connaissait si bien et qui lui pardonnait tout, à qui il racontait tout. Lucile qu’il aimait… peut-être. Il décida qu’il allait lui faire un enfant, pour l’occuper… Et comme à chaque fois, en rentrant chez lui, sans savoir pourquoi, il se sentait toujours merveilleusement bien.
Fabienne

Exercice : C’est l’anniversaire d’Huguette !!!

Le 13 novembre

 C’est l’anniversaire d’Huguette Montagne.
Pour le cadeau, ce n’est pas compliqué :
Offrez-lui une bouteille de Champagne,
C’est son penchant, son petit péché.

 De son sourire espiègle elle vous remerciera
Et tuera un à un ses personnages
Puis pour se désaltérer elle boira
Deux ou trois coupes de ce fameux breuvage.

 Ne vous fiez pas à son air innocent
Et à son allure bon enfant,
Car sous ce sourire charmeur
Huguette est un serial killer.

 A la tienne, Huguette, et bon anniversaire !!
Fabienne

Pour ton anniversaire, Huguette
Nous sommes tous là pour faire la fête :
Houmous, pâté, pop corn, gâteaux,
Flutes au fromage, figatelli,
Pain, chips, vin blanc et Champomy,
Pour goûts contraires, champagne ou eau
Et un brainstorm comme alibi
En espérant souffle et esprit
Mais des élans d’inspiration nos panses lourdes ont eu raison.
Un seul cadavre sur ton balcon
Ma défunte imagination.
Patricia

13 novembre, 2017

Atelier du 6 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:33

DEVOIR : écrire un texte avec ces 5 mots extraordinaires

Caligineux – Petrichor – alliciant – uchronie – néoténie  

tournage-potier

Le vieux, chenu et tout caligineux, s’approchait à pas lents. Ses mains de pétrichor avaient perdu de leur superbe mais il savait encore, comme personne, tourner un pot ou façonner un plat. Pour lui, pas besoin de ces tours modernes qu’on voyait à la télé ; la terre dans ses mains prenait immédiatement vie. Il se moquait bien de l’uchronie préconisée par les nouveaux potiers. Sa technique sûre et naturelle le dispensait de ces modernités inutiles. Il prenait son temps et mettait toute son âme au service de son art. Alliciant et généreux, depuis toujours, il travaillait corps et cœur en harmonie et dans chaque poterie achevée c’est un peu de lui-même qu’il vous offrait.
Patricia

yogi

Melchior, pétri corps et âme d’idées reçues avait une vision très alliciante du monde. Pour lui, tout était blanc ou noir. Pourtant aucune uchronie dans son regard ou son attitude. Il restait ce qu’il était, un homme sage et bon.
Peu à peu, tous les caligineux du pays se mirent à lui rendre visite pour élever leur âme. Chacun posait une question à laquelle Melchior répondait toujours très clairement. Chacun repartait en sachant ce qu’il avait à faire sur le chemin de la néotonie.
Fabienne

Pour votre info :
Petrichor
 : odeur particulièrement agréable de la terre après la pluie
Alliciant
 : séducteur, attirant
Uchronie
 : réécriture fictive de l’histoire relatant des faits qui auraient pu se produire
Caligineux
 : ténébreux, obscur, sombre
Néoténie
 : persistance d’états larvaires chez certains animaux adultes


Exercice
 : Pas ce soir, j’ai mal à la tête… (interdit de parler de sexe !)

C’est ce qu’elle lui disait tous les soirs depuis plus d’un mois. Un mois !!! Jamais il n’avait tenu autant…
Pourtant, quand elle rentrait après le travail, quelquefois, elle semblait d’humeur guillerette et il faisait tout ce qu’il pouvait pour la maintenir dans cet état d’esprit jusqu’au coucher… mais ça ne marchait jamais. D’autres soirs, par contre, elle était d’humeur sombre. Alors, il lui préparait un bain parfumé, un apéritif bien frais. Un jour, il avait même osé un Doliprane. Elle l’avait fusillé d’un regard qui lui avait fait perdre toute envie de recommencer.
Jean regrettait beaucoup les moments de complicité qu’ils avaient partagés pendant, les fous rires et les longues conversations après. Alors il se posa des questions.
Ce manque total d’attrait pour ce qui était auparavant leur loisir préféré cachait certainement quelque chose. Alice était-elle amoureuse de quelqu’un d’autre ? Ou pire, peut-être allait-elle le quitter non pas pour un autre mais bien à cause de lui.
Alors, Jean fit son mea culpa et trouva… Il y avait un mois, pour la première fois, il ne l’avait pas laissé gagner aux échecs, comme il le faisait chaque soir et depuis, elle refusait de jouer. Elle lui faisait payer cette victoire en invoquant chaque soir ce fallacieux prétexte : « pas ce soir, j’ai mal à la tête ».
Fabienne

échec

3/ Exercice : Les fruits de mon jardin

fruits

Les fruits de mon jardin

Quand ils étaient verts
Personne n’en voulait
Ils étaient trop amers
Pas assez sucrés…

 Puis ils sont arrivés
A maturité
Là encore, personne n’était tenté
Et je les ai gardés

 Après, ils étaient trop mûrs
Les fruits de mon jardin
Aucun n’en a voulu
Personne ne les a cueillis
Et sur la branche, ils ont pourri
 !
Fabienne

1 novembre, 2017

Atelier d’écriture du 30 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 23:47

halloween

DEVOIR : Cette année, pour Halloween, le fantôme d’une personnalité s’est invité chez vous.

Vian

Thibaut nous a conviés demain pour une soirée Halloween : déguisement souhaité mais non obligatoire, participation en nature (boissons, desserts, fromage etc .).  Chacun des participants devra lire ou conter une courte histoire qui fait peur. Bien sûr,  j’ai encore attendu le dernier moment mais hier soir comme j’étais trop crevée et que j’avais la tête vide, je me suis couchée de bonne heure. A présent il est 3 h du mat mais je n’arrive plus à dormir ; tout compte fait, je préfère me lever tout de suite et  parcourir internet à la recherche de la perle rare : l’histoire qui, sans terrifier les enfants, fera délicieusement frémir tout l’assemblée.
Peu à peu, je me laisse imprégner par l’ambiance obscure et dérangeante de ces récits. Je suis seule dans mon bureau, la maison dormira encore 2 ou 3 heures avant que le jour ne se lève, la pièce silencieuse me cerne. La seule source de clarté est le faisceau de ma lampe métallique qui ne donne vie qu’à ma page encore blanche.
Tout à coup, une sensation plus qu’un réel signal sonore, attire mon attention déjà aiguisée. Je sens comme… une vibration… un frémissement discret. La porte lentement s’entrouvre… une silhouette s’y dessine. Estomaquée, je crois, dans la pénombre ambiante, reconnaître…  Emmanuel Macron !!! Tel  un hologramme, sinueusement, il s’approche. Je ne connais pas encore bien notre nouveau président et la TV ne rend pas toujours justice mais… il me semble plus brun, plus mince aussi… pourtant c’est bien la même longue arrête du nez qui annonce le sourire  de circonstance où déjà l’ironie pointe.
L’homme, si je peux appeler ainsi la silhouette qui progressivement se précise et le visage qui soudain s’anime, se met brusquement à parler. Un flot ininterrompu de paroles dont le phrasé inattendu et les expressions désuètes me surprennent. Je constate, déboussolée, l’usage de mots peu à peu tombés dans l’oubli tels que : zazous, swing, bath… soudain, ça fait tilt dans ma tête ! Comment ai-je pu les confondre ? C’est vrai qu’il y a quand même une sacrée ressemblance !
Devant mes yeux ébahis, ce n’est pas Emmanuel Macron qui discourt mais bien l’inénarrable Boris Vian, l’idole de ma période lycée, cette tendre époque où j’aimais rêvasser, langoureusement imprégnée du charme envoûtant de «  l’écume des jours ». J’avais tant de fois rêvé de pouvoir bavarder à bâtons rompus avec mon idole, de savoir comment il procédait pour écrire ses chansons et surtout ses romans, alors, pour une simple trouille, je n’allais pas refuser cette étrange rencontre.
J’oubliais donc ma peur, lui proposait un fauteuil et partageais avec lui une tasse de café bien tassée. Nous avons parlé, parlé, parlé… mais hélas ! Avec les premiers rayons du soleil, il a brusquement disparu. Après un long moment de sidération, j’ai éteint ma lampe, prête, malgré ce moment enchanteur, à reprendre le cours de ma vie.
Étonnée, j’ai alors constaté le désordre inhabituel de mon bureau. Ma table de travail était entièrement  couverte de feuillets hâtivement noircis.
Jamais je n’avais espéré une veille d’Halloween aussi passionnante et productive mais… déjà je m’interrogeais… qui donc viendrait en personne me rendre visite  en 2018 ?
Patricia

funes

L’année dernière, j’ai fait une super fête pour Halloween ! J’avais invité une trentaine d’amis. Ils sont tous arrivés déguisés et franchement, il y en a qui m’ont fait peur et d’autres que je n’ai pas reconnus. J’avais fait huit litres de « potion magique » et ils ont tout bu. Autant vous dire que l’ambiance était à la rigolade….
Au milieu de tous ces gens, il y avait un petit bonhomme qui gesticulait tout le temps. Je me demandais qui c’était. Il était au centre de la piste de danse et tout le monde rigolait de ses mimiques. Mireille est passé à côté de moi et m’a lancé :
-       Ah ! Ton Louis de Funès est vraiment génial !! Qu’est-ce qu’il m’a fait rire ! Mais au fait, c’est qui ?
C’est vrai, ça, c’était qui, finalement, ce type déguisé ? Je ne voyais aucun de mes amis ayant sa dégaine. Mais bon, du moment qu’il mettait l’ambiance…
Après avoir fini la potion magique, on a commencé à ouvrir les bouteilles, de blanc, de rouge, de vert et de bleu… Jean avait mis une musique plus douce. Louis de Funès s’est approché de moi :
-       Tu danses ma biche ?
C’est fou, ce type avait la même voix que l’acteur disparu. Il a profité d’un moment d’hésitation de ma part pour m’entrainer vers la piste. Il m’arrivait au menton et me marchait sur les pieds. Il dansait comme un oiseau sur une branche et rien que d’y penser, ça m’a fait rire.
Je ne me souviens plus de ce qui est arrivé après. Plus tard, bien plus tard, je me suis réveillée et il n’y avait plus personne… Enfin, presque plus personne, seulement Louis de Funès qui gesticulait toujours. Là, je lui ai dit :
-       Tu sais, tu peux enlever ton masque maintenant…
J’ai senti comme un blanc…
-       Mais tu n’as toujours rien compris ! Je suis Louis de Funès… Tu sais, Halloween est le seul moment où nous, fantômes, pouvons sortir, nous mêler aux vivants et surtout, être vus… Et si par hasard un vivant danse avec nous cette fameuse nuit, nous sommes autorisés à rester chez lui jusqu’à la prochaine fête… Et lui seul nous verra toute l’année.

Et vous voyez, pendant que je vous parle, mon fantôme est derrière Patricia et lui fait des cornes… Mais rassurez-vous pour moi, c’est fini demain soir !!!
Fabienne

 

amis
Exercice
 : A louer, pour soirées, week-end, repas de famille ou vacances : amis célibataires ou en couple. Tout âge, sportifs ou intellectuels. Tarifs dégressifs.

Cette annonce dans la vitrine d’une agence m’interpella. Comment, des « amis » étaient à louer ? Pire… des gens payaient pour ça. Et apparemment, ça devait bien marcher, vu la boutique, le quartier et les quelques meubles que j’aperçut à l’intérieur. Puis je réfléchis… Finalement, on pouvait bien désormais louer des « escorts » girl ou boy, pour une soirée et, selon la formule consacrée, « plus si affinité ». De nos jours, tout s’achetait, se monnayait.  C’était triste… Pourtant, je pensais que ce matin, j’avais appelé ma meilleure copine Eva pour aller faire du shopping entre filles. Elle ne pouvait pas, elle était malade. Alors, j’ai appelé Germaine. J’adore Germaine, elle est toujours de bonne humeur, mais ce matin, ce ne devait pas être son jour.
-       Mais tu te rends pas compte, tu appelles là, comme ça et tout de suite il faut que je sois libre pour toi, mais j’ai une vie, moi…
Là, je suis restée comme deux ronds de flan. Habituellement, c’était toujours elle qui nous appelait pour nous inviter ou sortir, aller au ciné… Bref, j’appris plus tard que son copain du moment venait de la laisser tomber… Pauvre Germaine… Rassurez-vous, elle s’en remettra vite.
Du coup, j’ai appelé Ghislaine. C’est pas ma préférée. Elle est toujours triste, déprimée et franchement, moi, les gens déprimés, ça me déprime ! Même elle ne pouvait pas venir, elle avait rendez-vous chez son psy…
Alors, je n’ai plus hésité, j’ai poussé la porte de cette agence. Une jolie jeune femme s’est approchée de moi :
-       Bonjour, voulez-vous un ou une amie ?
Fabienne


Exercice
 : Drôle de métier = il était compteur de pas perdus dans une gare.

pas perdus

 -       97, 98, 99 et 100 !!! Et là, il fit demi-tour et entama :
-       1, 2, 3….
Je l’observais depuis un bon moment déjà et j’étais vraiment intriguée.
-       Hé, Monsieur, vous faites quoi là ?
-       Je compte, Madame.
-       Mais, vous comptez quoi ?
-       Je compte les pas perdus…
-       Et ça sert à quoi ?
-       Ben, à ne plus les perdre.
Fabienne

Un deux, trois… Un, deux, trois… Valsent les petits pas.
Pas mécaniques, pas se hâtant, pas nonchalants …
Un, deux, trois… Un, deux, trois… Valsent les petits pas.
Pas trop pressés, pas oubliés, pas égarés,
Fragiles ou sombres empreintes par le vent effacées.
Pour moi, ils comptent et je les compte ces petits pas.
La gare est une plage dont je suis le gardien ;
Tel le ressac, j’entends passer les trains…
Et tous ces pas menus dessinent un chemin…
Je suis compteur des pas perdus et c’est mon dernier train.
Patricia

25 octobre, 2017

Atelier d’écriture du 23 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:14

Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo de Vivian Maier :

Vivian-Maier

Monsieur André avait voulu faire plaisir à sa femme, sa chère Louise, qui ne pouvait avoir d’enfant. Il en avait assez de voir ses yeux gonflés de larmes et de la voir se dessécher telle une plante stérile. Alors Un dimanche, il l’avait amenée au plus grand supermarché de la ville pour lui acheter un fils. Ils savaient bien tous deux que ce n’était pas un vrai fils, mais il était tellement parfait que l’illusion était totale. Monsieur André n’avait eu qu’à se féliciter de son achat car, outre le fait que Mike, c’est ainsi qu’ils l’avaient appelé, était un petit garçon aimant, doux et bien élevé, il pouvait aussi mettre le couvert, débarrasser la table, étendre le linge et surtout servir l’apéritif. Du coup, ils n’hésitaient plus à inviter leur famille, voisins et amis très souvent. Vraiment un bon petit gars, ce Mike ! Le seul inconvénient était qu’il fallait l’amener une fois par mois en révision. Durant cette révision, les techniciens lui enlevaient toutes les idées parasites ou subversives de sa mémoire vive, faisaient un check-up complet des pièces vitales et mettaient de l’huile dans toutes les articulations. Chaque fois, c’était un nouveau petit garçon qui leur était rendu, toujours plus docile… Ce week-end-là, lorsque Monsieur André l’amena au Service après-vente, il ne reconnut pas l’employé, qui devait être nouveau. Il partit faire ses courses, laissant Mike à sa révision. Quand il revint, il remercia le technicien et donna, à son habitude, les sacs de courses au petit garçon qui devait les porter jusqu’à la maison. Dès qu’ils prirent la grand-rue, Mike jeta toutes les courses par terre et les piétina. Monsieur André n’en revenait pas, il ne savait que faire. Jamais une telle chose n’était arrivée… Comment cela pouvait-il être possible alors qu’il sortait tout juste de révision ? Mike se mit à trépigner et à hurler. Monsieur André était de plus en plus gêné. Qu’allaient croire tous ces passants qui se retournaient sur eux. Alors, il prit une grave décision : il coinça le gosse sous son bras et appuya sur le bouton « OFF » qui se trouvait sous sa chaussure et qu’il ne devait activer qu’en cas de problème TRES grave. Puis il empoigna ce qui maintenant ressemblait plus à un robot sous son bras pour le ramener au magasin.
Et croyez-moi, ils allaient entendre parler de lui !!!
Fabienne

Exercice : À la Loterie des Rêves, cette nuit, j’ai enfin gagné ! Mais au réveil, quand j’ai ouvert les yeux, ce n’était pas du tout le lot que j’espérais.

vieux

À la Loterie des Rêves, cette nuit, j’ai enfin gagné ! J’ai rêvé que je gagnais un Prince Charmant !!! Avec son magnifique destrier blanc (en l’occurrence, une Porsche), une Rolex et un costume Armani… En gros, un mec qui avait de la tune, pas un minable. Et même s’il était un peu vieux pour moi et conduisait sa Porsche comme une trottinette, cela ne m’apparaissait pas comme un handicap majeur pour ma vie future. Au contraire, aurais-je dit… Oui, Mais voilà, au réveil, quand j’ai ouvert les yeux ce n’était pas du tout le lot que j’espérais. Dans le lit, à côté de moi, horreur !!! Il y avait un type tout nu, qui ronflait plus fort que le gros fourneau de la SLN. Je regardais au pied du lit, il y avait de vieilles chaussures éculées, un jean qui datait et un tee-shirt taché. Là, je me suis vraiment mise en colère !!! Je n’arrivais jamais à avoir ce que je voulais. Vraiment, je n’avais pas beaucoup de chance. Je me suis mise à rouspéter toute seule, ce qui réveilla le « gros lot » qui, la tête tout ensommeillée tira vivement le drap sur lui. J’avais déjà eu le temps de jeter malgré tout un coup d’œil et vu que le Monsieur n’était pas si mal pourvu que ça…
Finalement, je pense que je vais le garder un peu, rien que pour embêter ma voisine Lucienne !!! ça lui fera les pieds à celle-là !
Fabienne


DEVOIR
 :

senior

Comme il commençait à prendre de la bouteille, il décida de vieillir, tel un bon vin. D’abord, il déménagea ses affaires dans la cave, puis il s’allongea sur une claie. Il n’avait pu descendre son matelas qui était trop lourd. Il avait d’ailleurs amené très peu de choses, le but étant de s’alléger de tout. Un peu de rechange, quelques boites de conserve, des bougies et des photos de Viviane, sa femme, disparue trois ans plus tôt d’une sale maladie.
Il pensait que dans cet endroit sombre et humide, la mort l’oublierait et que la température constante de la cave le conserverait dans un état parfait. Il se tourna vers le mur et attendit…
Au début, il alluma les bougies pour ne pas rester dans le noir, puis, ses yeux s’habituant à la pénombre, il s’en passa. Il perdit ainsi toute notion de temps, de jour et de nuit. Mais il s’en foutait, enroulé dans une vieille couverture grisâtre, il mangeait quand il avait faim. Il ne se lavait plus… Il attendait… Il ne savait quoi. Peut-être deviendrait-il un pur esprit ? ou bien allait-il enfin devenir beau… Lui qui avait toujours été si quelconque.
Au bout d’une semaine, il n’en pouvait plus, de cette odeur de moisi, de ne pas bouger, de la pénombre, lui qui avait toujours tant aimé le soleil.
Alors, un matin, mais il ne savait même pas si c’était le matin, il décida d’arrêter là son expérience. Il monta quatre à quatre l’escalier, courut dans le couloir et, les yeux fermés, ouvrit à la volée sa porte d’entrée. Le soleil l’inonda, il ressentit en frissonnant de plaisir sa chaleur. Il ouvrit lentement ses yeux qui le brûlaient un peu et s’émerveilla de toutes les couleurs de la nature. Du vert tendre du gazon, du vert foncé des pins, du bleu profond du ciel, des points blancs dans la prairie du père Gaston où paissaient ses moutons, du bleu tendre des hortensias, près du portail, des tâches rouges des roses que sa femme aimait tant. Il respira avec délice et sentit toutes ces odeurs mélangées et pourtant si reconnaissables les unes des autres. Tout près, il entendit le murmure de la rivière et le gazouillis des mésanges qui avaient fait des petits. Toutes ces choses le remplirent de tant de bonheur qu’une larme s’égara au milieu de ses rides. Peu importait qu’il vieillisse en fait, et cette expérience l’avait en quelque sorte rendu meilleur, plus beau car il sourirait tout le temps désormais. Cette expérience lui avait appris qu’il était entouré de merveilles et qu’il suffisait d’en être privé pour les apprécier.
Fabienne

17 octobre, 2017

Atelier d’écriture du 16 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:48

DEVOIR : « Le conte du pourquoi »
Pourquoi les fils électriques s’emmêlent-ils toujours même quand on ne les touche pas ?

fils

Fil à retordre

La matrice cuprifère dormait, belle et monstrueuse. Pour les siècles des siècles, sans même mesure du temps, elle serait à jamais pure matière et pur esprit. L‘unique, l’élément qui ferait le tout. La nuit finissant, ses rêves avaient tout construit. L’aube venait de son expansion illimitée, de son réveil joyeux. La mère transmettrait sa puissante énergie au monde. Le premier fluide était la lumière, le deuxième la matière, le troisième son verbe, son sens. Peu après l’illumination initiale elle s’enorgueillit de sa dilatation, prête à l’épanouissement de sa substance. Elle prit alors solennellement la parole : « mes fils,  vrombit-elle,  vous transmettrez au Cosmos l’énergie qui alimentera la matière et le savoir qui l’informera de son avenir… Mes innombrables fils, je vous veux tous égaux vers toutes les directions. Chacun, vous serez le conducteur. On vous nommera les âmes. Vous pénètrerez tout jusqu’à et par delà la Vie. »
Cette progéniture infinie de tiges cylindriques avait la couleur cuivrée de la génitrice arachnéenne. Leur éclat métallique irradiait. Leur maman cuprique était fière. Pouvait-elle savoir que les Moires gardaient et regardaient, l’une tissant, l’autre réparant, la dernière tranchant.
Combien de temps a pu durer leur voyage vers la terre ? Milliards d’années pour nous, secondes pour les fils. Pour favoriser notre planète, le concept de la génitrice était simple. Dans le froid stratosphérique, transformer le cuivre en cuprate au contact de l’air. De conducteurs, les fils deviendraient supraconducteurs, un mille-feuille en couches de cuivre et d’oxygène, appétissant, d’innombrables savoirs circulant à des vitesses pharamineuses.
Mais, comme le ver dans le fruit, il était dans l’atmosphère terrestre un agent perturbateur, un composant terrible, un dictateur prodigieux. Cette matière minérale avait un nom de code : Ag 47.  Dès l’arrivée des fils elle s’amalgama en eux d’autorité. Une douleur électrique ahurissante surprit le cœur des fils. Un élancement funeste les fit se tordre et se détordre en billons de spires. Se distordre, s’entortiller ne fit rien à l’affaire. Le mal était fait. L’ARGENT les avait embobinés.
Depuis, au fond de nos boites à outils,  les fils électriques se souviennent de ce métissage tortueux. Ce n’est pas de leur faute si les habitants de la planète bleue ont choisi de tresser des couronnes au despote argentique. Je suis presque sûr que sur Vénus les fils ne se mélangent pas. Ou alors aux filles d’Aphrodite !
Bertrand P.

C’est Monsieur Câble qui, comme son nom l’indique, inventa le premier câble électrique. Tout d’abord, tout le monde s’extasia et s’accorda à dire que cette invention était parfaite. C’est donc en toute logique qu’il en créa un deuxième qu’il mit proprement à côté du premier puis, satisfait d’avoir accompli une si belle et utile chose, sortit cinq minutes boire un café. Lorsqu’il revint, ses câbles étaient tellement emmêlés qu’il lui fallut toute une nuit pour les démêler. Il s’arracha le peu de cheveux qu’il lui restait et inventa par la même occasion toute une kyrielle de gros mots tous aussi pittoresques et suggestifs les uns que les autres.
Au bout de dix câbles, son appartement ressemblait à une jungle inextricable.
Il répéta donc plusieurs fois l’expérience et s’aperçut que les fils s’emmêlaient uniquement lorsqu’on ne les regardait pas. Il constata également qu’il lui était impossible de rester à surveiller ses câbles 24h/24 car, dans ce cas-là, il ne pourrait plus boire ni manger ni faire ses besoins ou même faire l’amour à sa petite copine. En scientifique qu’il était, il inventa donc une nouvelle propriété : les câbles ne PEUVENT que s’emmêler, quoi qu’on y fasse. Ainsi, il proposa à tous les utilisateurs plusieurs solutions :
1°/ Exterminer tous les câbles
2°/ Ne jamais utiliser plus d’un câble à la fois
3°/ Partir trois ans au Tibet et devenir grand maître de la Sagesse
4°/ Accepter cet état de fait…
… Ce qu’il fit.
Fabienne


Exercice
 : Ecrire chacun des mots suivants sur un morceau de papier, le plier, indiquer s’il s’agit de la liste 1 (noms) ou 2 (adjectifs).
Les participants piochent 2 papiers n° 1 puis un n° 2 et écrivent un texte.
1 – Un réverbère – une cafetière – un journal – un ordinateur – une chaussure – un arrosoir
2 – mélancolique – colérique – jaloux – timide – vantard – cruel

 Arrosoir-ordi

L’arrosoir vantard et l’ordinateur cruel

 

Prosper était, selon lui, le plus bel arrosoir de tout le comté. En fer blanc, recouvert d’une étincelante peinture vert anis, il était en harmonie complète avec la nature. Il était tellement fier lorsque, tous les soirs, le vieil Isidore, le jardinier du château, le remplissait pour arroser les parterres de fleurs ! Lorsqu’Isidore le rentrait ensuite dans la remise, il n’arrêter pas de se vanter auprès de tous les outils de jardinage.
-       Moi, je suis indispensable à la vie des plantes. Sans moi, elles risquent de mourir. Vous comprenez, ce n’est pas comme vous qui, certes, êtes utiles mais pas indispensables : si Isidore ne se sert pas de toi, dit-il à la pioche, pour piocher un peu ou de toi pour bêcher, il n’y aura pas de danger, juste un peu de désordre dans le jardin. Tandis que MOI, si je n’arrose pas les plantes, tout le jardin risque de disparaitre. Sans compter que MOI, je suis au service des propriétaires depuis plus de cent ans !! Vous vous rendez compte, alors que vous, vous êtes fragiles, j’ai à peine le temps de faire votre connaissance que vous vous cassez et qu’il faut vous jeter…
Evidemment les outils de jardinage en avaient plus que marre de ce vantard d’arrosoir. Un jour, Isidore ne vint pas. Il y avait plus de cinquante ans qu’il travaillait pour le château et il s’éteignit en silence, comme une fleur qui se fane.
Son remplaçant, un jeune homme, était fou d’informatique. Il proposa donc un gestion plus rationnelle de l’eau et des moyens aux propriétaires qui applaudirent ce jardinier si inventif. Ils mirent donc à sa disposition un ordinateur portable qui devait récolter toutes les données avant de tout informatiser. Quand un matin, Prosper fit, à son habitude, une ode à sa propre gloire, l’ordinateur ricana. Le deuxième jour, Prosper se vanta également. Alors, l’ordinateur qui n’en pouvait plus de ce vieil arrosoir et qui, en outre était très cruel, lui annonça tout de go :
-       Vas-y vante toi, et profites-en bien, car demain, tu seras au rebut, ou pire, à la décharge. Grâce à moi, le jardin sera doté d’un système de goutte à goutte qui va permettre d’économiser l’eau et d’arroser les plantes en continu. Je vais également en profiter pour te percer… Ah ! Ah ! Ah !
Prosper était effondré lorsqu’il vit les conduites d’eau lui percer le fond. Comme l’avait prédit l’ordinateur, il se retrouva bien vite à la décharge.
Heureusement, des bohémiens vinrent à passer et leur petite fille trouva cet arrosoir bien joli. Elle y planta des géraniums et le suspendit à la roulotte. Tout le monde s’extasiait de voir un si bel arrosoir transformé en pot de fleur, mais l’arrosoir, échaudé, restait bouche bée et ne se vanta plus jamais !
Fabienne

Exercice : Quand il ouvrit son courrier ce matin-là, une lettre attira tout de suite son attention…

lettre

Quand il ouvrit son courrier ce matin-là, une lettre attira tout de suite son attention… Son nom et l’adresse du commissariat étaient tapés à la machine. Le papier était de très bonne qualité. Elle dégageait, en outre un léger parfum de tabac blond. L’inspecteur Montes déchira vivement l’enveloppe et s’aperçut que le texte était découpé dans les titres des journaux. C’était une lettre anonyme. Une lettre anonyme de l’Enchanteur, le serial killer, qui depuis deux mois, mettait en émoi toute la ville. Déjà cinq victimes avaient été retrouvées mortes, étranglées. Toutes des femmes, entre vingt et quarante ans, blondes. Les femmes n’osaient plus sortir seules dès que la nuit était tombée. Le standard croulait sous les appels, chacun étant persuadé que le tueur vivait dans leur immeuble.
« Dépêchez-vous Inspecteur, sinon vous ne pourrez pas sauver la prochaine. Je l’ai déjà choisie… Je sais qu’elle m’atend ».
C’était nouveau ça, de prévenir avant de tuer ; ça voulait dire qu’il avait franchi un pas et qu’il pensait être très intelligent, plus en tout cas que ces débiles de policiers, se dit l’Inspecteur Montes. Puis il remarqua la faute d’orthographe. Il n’y avait qu’un seul T à attend. Il sut alors tout de suite qui était le tueur.
Fabienne

11 octobre, 2017

Atelier d’écriture du 9 octobre 2107

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:07

DEVOIR : 5 mots

Piscine – parasol – glace – électeur – sacoche

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Dialogue citoyen modèle

- Comment vas-tu, chéri ? Es-tu bien installé ? Tu vois, vieux dégoutant, nous avons bien fait de mettre le vieux canapé en toile près de la piscine. Celui-là tu peux le tacher sans problèmes. Veux-tu que je déplace un peu le parasol ? J’ai peur que tu prennes un coup de soleil sur le coup de pied. Tu sais bien que tu ne peux pas faire la sieste sur le ventre. tu vas faire culbuto.
- Merci bien, mon tendron chéri. Une petite glace citron meringué et ce serait le bonheur intégral. Intégral ! Tiens, cela me fait penser à notre merveilleux séjour de vacances de l’an dernier. Ce club naturiste, le domaine de la Chandellalaire, près de la Petite Motte, était le plus cool et même le plus chaud que j’ai connu.
- Oui, je sais. Les copines m’ont raconté. Il paraît qu’au bord de la piscine, le biscuit était un peu ramolli, même si tu ne peux plus voir ce que je veux dire. Probablement l’humidité ambiante! Il est  vrai que j’avais oublié, bien malgré moi, crois-le bien, de mettre tes pilules bleues dans ta sacoche de toilette.
- Tu pourrais me laisser tranquillement m’alanguir au beau milieu de mes souvenirs.
- Au lieu de te prélasser, tu ferais mieux de penser à remplir ton devoir !
- Mais, douce chérie… Qu’est-ce que tu me jaspines ? Cela ne pourrait pas attendre ce soir ?
- Non, non, non, mon gros chéri. Pas ce devoir-là. Tu ne te souviens pas ? C’est aujourd’hui dimanche,  jour de présidentielle. Tu as déjà raté le premier tour (comme avec moi, d’ailleurs !). J’ai posé ta carte d’électeur sur la table basse.
- Pour ça non ! Je n’irai pas !
- Tu ne vas pas rester allongé au lieu de VOTER ?
- Oh si ! mais, crois moi, à la première occasion, je serai debout pour GUEULER !
Bertrand

 

pool

Je travaille dans un pool, mais ne traduisez pas par piscine, avec parasol, transat et petit cocktail ou énorme glace. Mon pool à moi, je le déteste. On est plus de vingt filles, de vingt à quarante ans, à travailler là, toutes ensembles, pour les listes électorales. On doit appeler tous les électeurs, un par un pour mettre à jour nos données et il y en a plus d’un million trois cent mille, alors, le chômage, ce n’est pas pour tout de suite. Certes, je déteste ce pool, bruyant et harassant, mais je déteste encore plus notre petit chef de service, Albert Pignon. Petit, le cheveu gras et rare, la lippe pendante, les yeux fouineurs, le menton fuyant et la bedaine proéminente, il n’a rien d’un Don Juan. Et pourtant !!! Il nous pince les fesses dès qu’il le peut, il louche sur nos seins, nous humilie constamment et nous fait du chantage à l’augmentation. Je ne vous décris pas la peur qui nous tord le ventre quand l’une d’entre nous est convoquée dans son bureau. Chaque fois qu’une nouvelle est embauchée, il ne la quitte pas d’un pouce jusqu’à ce qu’il soit remis à sa place. Mais ça, on ne le fait pas souvent et vraiment dans les cas extrêmes car nous avons peur de perdre notre travail… Et par les temps qui courent, c’est déjà bien d’en avoir un. Quand il s’en prend à l’une de nous, toutes les autres baissent la tête et se taisent, soulagées, au fond de ne pas être « l’élue du jour ». Cette vie ne peut plus durer pour moi… Je n’en ai jamais parlé à mon mari, j’ai peur de sa réaction, ou peut-être pire : qu’il ne me croit pas. Alors, j’ai décidé d’agir avec mes trois meilleures copines : Lulu, Mimi et Josiane. Nous nous sommes cotisées et nous avons acheté un magnétophone. Nous l’avons mis dans une petite sacoche et chacune de nous le prend tour à tour pour enregistrer les propositions malhonnêtes de ce malotru. Nous avons supporté ses sévices pendant plus d’un mois pour avoir suffisamment d’enregistrements afin que plus personne ne puisse douter de ses intentions. Puis, nous avons passé la bande à la cantine de la mairie, un midi. Au début, il y avait du brouhaha, puis peu à peu, un grand silence s’est installé. Au fur et à mesure que la bande défilait, Albert devenait de plus en plus rouge, puis a quitté la salle en courant, poursuivis par les autres hommes, dont certains étaient mariés avec mes collègues. Ils étaient prêts à le rouer de coup mais n’ont pas pu, hélas ! le rattraper. Désormais, Pignon a été « muté » aux archives, il y est tout seul et ne peut plus faire de mal. C’est une femme qui l’a remplacé dans notre service et maintenant, nous n’avons pas à nous plaindre de harcèlement sexuel, mais de là à dire que la vie est bien meilleure…
Fabienne

 

Exercice : Finir sa vie de matelas dans un fourré, il ne l’avait jamais imaginé, lui, le pure laine à mémoire de forme et ressorts enchâssés. Pourtant, depuis cette nuit il s’y trouvait, en compagnie d’un tas de gravats et d’un vélo rouillé.
Déjà ses acariens le quittaient…

matelas

-       Aïe !!! Hé, le Mérinos, tu me fais mal !!!
Il ne savait pas d’où venait cette voix et sursauta. C’était lui qu’on appelait Mérinos ?
-       Mais qui donc me parle ?
-       C’est moi, le vélo en-dessous, on t’a jeté sur moi !!!
A ces mots, Mérinos eut la larme au bord des ressorts. Lui, le pure laine à mémoire de forme et ressorts enchâssés. On l’avait jeté là, comme un vulgaire mousse troué.
-       Ça va aller, t’inquiète. C’est sûr qu’au début, il y a de quoi avoir un petit coup de mou, mais après, tu verras, on s’y fait. La vie est belle ici, sauf quand il pleut. Au fait, je me présente, tout le monde m’appelle Eddy Merckx
-       Monsieur Merckx, nous ne fréquentons peut-être pas le même monde…
-       Oh ! Dis donc, pas besoin de faire ta pimbêche, ici, on est tous à la même enseigne…
Le matelas craqua et s’affaissa d’un coup… Il n’en pouvait plus, alors, contrairement à son habitude, il raconta sa vie. Il avait fidèlement servi et accueilli à leur naissance plusieurs générations de De Lassey. Il avait d’ailleurs discrètement participé mais de façon essentielle à leur création, et tout ça pour finir dans une décharge sauvage !
-       Tu sais, Mérinos, ici, on se serre les coudes entre potes, et appelle-moi Eddy…
-       Eddy, vous vous rendez compte, même mes acariens me quittent.
-       Tous les acariens, toutes les acariennes vont chanter, vont danser sur le violon, se mit à fredonner, hilare le vélo…
-       Je vous interdis de vous moquer de moi…
-       Mais je ne me moque pas, Mérinos ! Que veux-tu, moi, je vois toujours la vie du bon côté…. D’ailleurs, regarde, tu vas encore servir… Eddy montra du guidon quelque chose à Mérinos qui étira ses ressorts pour voir. Sur sa toile, un couple d’hirondelles commençait à faire leur nid.
Fabienne

 

Exercice : Elle habitait au 21, rue de la Pluie…

21

Elle habitait au 21, rue de la Pluie, un appartement sombre et humide. Elle n’était pas heureuse, sauf certains soirs… Des soirs où elle se vengeait de cette triste vie de misère et de solitude. Dans ces cas-là, elle entrait dans un bar. Il y avait toujours un type plus soûl que les autres qui ne voyait pas ses yeux emplis de haine, les plis durs aux coins de sa bouche. Alors, il l’invitait à boire un verre qu’elle ne touchait même pas. Lui, continuait de s’enivrer. Puis, bras dessus, bras dessous, ils s’en allaient. Il riait, savourant déjà cette victoire si facile et les plaisirs qui en découleraient. Elle, impassible, commençait à sortir le couteau qu’elle cachait dans les grandes poches de son manteau. Il y avait toujours un endroit plus sombre. C’est à ce moment-là qu’elle frappait. Tous ces hommes la regardaient, et on lisait au fond de leurs yeux leur incompréhension, comme une question : pourquoi ?
Elle haïssait les hommes qui avait tant fait souffrir sa mère qu’elle en était morte. Tous ! Ils étaient tous des ordures…

Le Commissaire Maigret, satisfait, alluma sa pipe. Il avait rondement mené cette enquête qui, pourtant, dès le départ semblait bien compliquée et grâce à sa perspicacité il avait pu arrêter celle qui terrorisait la ville. D’ailleurs, qui aurait pensé que cette frêle jeune fille pût être un assassin ?
Une horde de journalistes, micros tendus, l’attendait devant le commissariat du 5ème. Alors, solennel, il s’avança et, parodiant un certain Henri-Georges Clouzot, il déclara : « l’assassin habite au 21 !!! »
Fabienne

8 octobre, 2017

Atelier du 2 octobre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:24

DEVOIR : Ecrire un texte avec le plus d’expressions contenant une partie du corps humain et qui commence par
« J’étais en train de prendre mon pied… »

pied

Corps humain

J’étais en train de prendre mon pied, enfin d’essayer !  Onan soit qui mal y pense. C’était celui qui n’avait pas trouvé de chaussure. On a le droit d’être gauche. Le petit gong m’annonçant un nouveau courriel me fit stopper net. Il fallait reprendre les choses en main.
Bon, ravi d’apprendre que Fabienne avait remis le doigt dans l’engrenage du Web.  Cependant un « pes contritum » provoque chez moi mal de crâne et bile noire (mélancolie si vous préférez). Je jetais donc sur le message un œil critique sinon mauvais. Qu’avait-il bien pu passer par la tête de Fafa ? Habituellement elle l’a sur les épaules mais avait-elle un coup dans le nez ? Proposer à un membre génial (moi, ego à chevilles oedématiées purement virtuel) un sujet sur les parties du corps humain peut être ambigu. Mais son propos restait singulier, banal à vous rester sur l’estomac. Rien qui ne provoque chez moi un frémissement à fleur de peau, me faire venir l’eau à la bouche encore moins l’envie de me faire suer la cervelle. A manger du bout des lèvres.
En y réfléchissant, je me suis dit que j’étais une vieille barbe. Cela lui tenait sans doute à cœur, même en plein déménagement ! Je pourrais sans me mettre à genoux, mettre la main à la pâte. Vous me connaissez, un poil dans la main. J’ai les côtes en long. Un effort Bébert ! Je n’allais pas rester les bras croisés ni les baisser (c’est l’un ou l’autre, j’ai essayé).
Et puis, qu’allaient dire les bonnes âmes de l’Atelier ? (ADLMDL où est resté un morceau de mon cœur, disons les  oreillettes)  Que je n’avais rien dans le ventre, me mettre en joue, en faire des gorges chaudes ? Allais-je tenter quelque chose, à mon corps défendant ? Arrêtons de nous tourner les pouces.
Si j’avais les épaules larges, avec un peu d’huile de coude, sans que cela me coûte un bras mais à la force du poignet, je tournerais quelques phrases en un tournemain, soignées jusqu’au bout des ongles. Alors, ne me prendraient-ils pas pour un membre supérieur ? Outrés, ne me mettraient-ils pas à l’index ?
Néanmoins avec des si ! Je sais bien que je ne sors pas de la cuisse de Jupiter, que je suis vite sur les rotules, que je ne vous arrive pas à la cheville et que l’originalité est mon talon d’Achille. Et encore que je ne me mouche pas du pied. Alors, vont-ils me déclarer membre inférieur ? Cela me ferait une belle jambe (facile, mais je sais pas tenir ma langue !).
Alors, je renonce, je passe la main tout en mettant les pouces (pas facile non plus, j’ai tenté). Je ne dirais rien sur les parties. Je sais. Fabienne va faire les gros yeux, me tirer les oreilles. (je le sens d’ici). Je vais perdre la face.
Rassurez-vous, ne vous faîtes pas un sang d’encre (pour les écrivains c’est pourtant nécessaire). Je m’en remettrais en un clin d’œil.
PS : pour ce devoir, j’ai l’impression d’avoir baisé le cul de la vieille.
Bertrand

Autopsie

J’étais en train de prendre mon pied quand je m’aperçus que les murs avaient des oreilles. Ma sœur, que je pensais être endormie sur ses deux oreilles, venait de bailler à s’en décrocher la mâchoire. Si je l’entendais, elle pouvait donc m’entendre. Voulant en avoir le cœur net, je décidais d’aller lui tirer les vers du nez. J’ouvrais avec précaution la porte de sa chambre et je restais bouche bée. Elle était allongée, visiblement profondément ennuyée, tandis que Michel, son petit-ami, gigotait au-dessus d’elle. Elle me fit un petit signe m’indiquant de quitter les lieux, suivi d’un clin d’œil. Totalement estomaquée, je restais figée encore quelques secondes avant de me reprendre en main et de fermer la porte. Quelques minutes plus tard, ma sœur entra dans ma chambre à pas de loup :
-        Qu’est-ce qu’il est nul au lit ! A croire qu’il n’a pas les yeux en face des trous !
-        Eh bien, ce n’est pas faute de t’avoir prévenue, il est bête comme ses pieds, répondis-je.
-        C’est vrai, mais il a le cœur sur la main…
-        Oui et il t’obéit au doigt et à l’œil, alors !
-        Tout le monde à son talon d’Achille, lui s’est son ignorance que veux-tu. Bon, inutile de couper les cheveux en quatre, comme tu m’as prise la main dans le sac et que je ne veux pas que Michel me passe la bague au doigt, je propose que l’on se serre les coudes. Tu ne me dénonces pas aux parents et moi pareil.
Je réfléchis quelques minutes à la proposition de ma sœur, son acte était tout de même bien plus répréhensible que le mien. Ma sœur n’avait pas toujours la tête sur les épaules, pourtant, je ne me voyais pas lui imposer le supplice du mariage. Devant mon silence, je la vis me faire les yeux doux.
-        Marché conclu ! articulais-je
-        Oh, tu es la meilleure des sœurs ! répondit-elle la bouche en cœur.
Claire

J’étais en train de prendre mon pied avec ce type que j’avais ramené sur un coup de tête à la maison. Habituellement, j’ai plutôt la tête sur les épaules et évite les fiers à bras, le genre de ceux qui roulent des épaules, qui n’ont pas leur langue dans leur poche, qui se regardent le nombril. Tout ça me prend la tête et si je n’ai jamais trouvé chaussure à mon pied, maintenant, je préfère ceux qui restent bouche bée, qui ne desserrent pas les dents ; ça me convient parfaitement. Je déteste ceux qui restent là les bras croisés à discuter de tout et de rien, à couper un cheveu en quatre, à se regarder dans le blanc des yeux. Non, rien de tout cela, ma conquête mettait du cœur à l’ouvrage. Il se donnait à sa tâche corps et âme et n’avait pas un poil dans la main. Certes, il était bête comme ses pieds, mais, à son corps défendant, on peut dire, sans vouloir être vulgaire, qu’il se cassait le cul pour me faire plaisir. Je le voyais serrer les dents quand il m’obéissait au doigt et à l’œil. Même s’il en avait plein le dos, il ne se plaignait jamais. Je le menais par le bout du nez et il était à genou devant moi quand je riais à gorge déployée. Après cette « prestation » qui m’avait coupé les bras et les jambes, j’avais les jambes en coton et l’estomac dans les talons. Pendant que je prenais un petit en-cas, le monsieur me fit un clin d’œil et un signe de la main, puis carrément sur les rotules, prit ses jambes à son cou en murmurant un faible « à bientôt », du bout des lèvres. Je le regardai de la tête aux pieds, en sachant bien que loin des yeux, loin du cœur. Et je fais un pied de nez à toutes les mauvaises langues qui vous diront que je n’ai pas de cœur.

Je vois bien votre petit sourire au coin des lèvres, vous devez vous dire que je suis complètement mytho et que cette histoire n’a ni queue ni tête… Et vous aurez bien raison !
Fabienne
Exercice : Ecrire une histoire à partir de cette photo de Vivian Maier
Consigne :  texte humoristique

Vivian Maier

ça fait des plombes que j’attends là, sur ce trottoir… Mais qu’est-ce qu’il fait ? Oui, je sais, j’ai fait beaucoup de bêtises et je n’ai pas vraiment écouté et peut-être qu’il ne veut plus me voir, mais que voulez-vous, il fallait bien que je vive ma vie, que j’explore le monde, que je fasse mes expériences…  Certes, elles n’ont pas été toutes été bénéfiques, certaines ont même été limite catastrophiques, mais je m’en suis toujours sorti… Et je pourrais encore partir à l’aventure… Non, non, il faut que j’oublie ça, maintenant, je vais être un bon fils… ça y est, le voilà mon papa qui m’appelle :
-       Ah ! Pinochio, mon fils…
Fabienne
- Ouah ! Que c’est beau ! S’exclama Viviane.
- Moi, ça ne m’inspire pas. On en le pense pas en train de prendre son pied, bougonna Alexandre. Il a juste les doigts de pied en éventail…
- Certes, il y a quelques problèmes de proportions sur la stature.
- Hum, ça lui fait une belle jambe !
- Roh, c’est de l’art moderne !
- Plus abstrait, je dirai.
- Mais non, l’art abstrait, c’est par exemple, un plat de spagetthis !
- Techniquement, c’est la consistance de ses guibolles…
- Ah ! Tu me fais chier !
- Oui, ben, sois heureuse de le pouvoir, parce que lui, si son rectum est fait comme ses membres postérieurs, j’espère qu’il n’a pas une diarrhée prononcée !
- Calme, Alex, calme…
- Non ! Pas « calme » ! Tu ne penses qu’à toi, Ô grand nombril de la Terre ! Un peu de considération et de respect pour les handicapés, quoi !
Loup

 

Exercice : Deux boites aux lettres habitant le même immeuble discutent de leurs propriétaires respectifs.

BAL

Bonsoir, Madame de Sévigné,
Bonsoir, cher ami,
Voilà le discours que tenait,
Deux boites aux lettres accomplies.

L’une appartenait
à une grande épistolière,
L’autre à un employé
Embauché au ministère.

L’une était bien chargée :
Les lettres, elle les amassait !
L’autre était sollicitée :
Sa vie était plus tracts et publicités.

Elles parlaient de tout et de rien :
Des ragots donnés et reçus,
De la peinture du voisin,
Quelquefois même d’histoires de cocus !

Elles menaient un vie paisible.
Y’avait franchement plus terrible.
Elles adoraient paresser
Et au soleil bronzer.

Certaines personnes les ennuyaient
Comme les Témoins de Jéovah.
Ces indésirés,
On en avait jusque là !

Mais ce genre de cas est rare
à notre époque informatique
Où les mails sont une tare.
Oui, je préfère la méthode rustique.

Que renaisse le temps des belles lettrines
Des lettres légères comme la mousseline
J’espère que la belle calligraphie
N’est pas tombée dans l’oubli !

Conclusion : la correspondance
Est comme une danse :
Changeante, instable, à son apogée,
Puis, à la fin, souvent délaissée.
Loup

-       Rien, toujours rien… ça fait plus d’un mois que je n’ai rien reçu, quand je pense que la pauvre de l’appartement 15 est littéralement engorgé de courrier.
-       J’ai entendu dire que ses propriétaires sont partis en vacances depuis un bon moment déjà. Quand je pense qu’ils se plaignent constamment de la vie chère, et des impôts qui augmentent et du pouvoir d’achat qui diminue… Tu sais, si ça se trouve, ce n’est que de la pub qu’ils ont reçu… Et puis, ne regrette pas de ne pas avoir de courrier, tu sais bien que depuis un bon moment déjà, ce n’était que des factures que tu recevais… Et ta propriétaire a dû demander à recevoir tout ça par email.
-       Ne m’en parle pas, les mails et les sms, c’est notre mort lente à nous… Bientôt nous ne serons plus que de vieux vestiges à mettre à la poubelle au pire, dans un musée d’objets anciens au mieux, au même titre que les magnétoscopes et les walkmen. Quand je pense qu’il y a encore quelques années, je recevais des lettres d’amour et des cartes postales du monde entier, que j’adorais lire. Et puis, quand je vois tous ces pauvres facteurs qui se transforment en garde-malades, ça me rend triste. Les gens n’écrivent plus…
-       Eh bien, oui, que veux-tu, il faut vivre avec son temps et c’est pour ça j’ai décidé de devenir une BAL
-       Une quoi ???
-        Enfin !! une BAL sur internet !
Fabienne

1 octobre, 2017

Atelier du 25 septembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:27

Exercice : écrire un texte sur cette photo de Irving Penn (« the Butchers »)

Irving-Penn

Jean et Jacques étaient frères… des frères ennemis et malheureusement pour eux, siamois. Leur enfance n’avait été qu’une longue querelle. Quand Jean voulait aller à droite, Jacques partait vers la gauche. Quand Jacques avançait, Jean reculait. Quand Jean souriait, Jacques faisait la tête et quand Jean avait sommeil, Jacques voulait faire la fête. Ils n’étaient d’accord sur rien. Leur vie était un enfer et ils devaient absolument trouver un consensus sous peine de suicide collectif, à deux. Après une journée particulièrement difficile, et alors qu’ils ne marchaient même pas du même, ils se disputèrent tellement fort que Jean sortit le couteau qu’il avait dans la poche et menaça son frère qui fit un écart. Le couteau se planta malencontreusement dans le poumon droit d’une jeune femme qui faisait gentiment le trottoir. Cela calma net les deux belligérants. Ils regardèrent, hébétés la fille se vider de son sang et là, tous deux ressentirent un bien-être incroyable. Pour la première fois de leur vie, ils étaient en accord. Ils se regardèrent et se sourirent. Effrayés tout de même par leur forfait, ils prirent leurs quatre jambes à leurs deux cous. Ils ne furent jamais soupçonnés de ce crime. Mais bientôt, l’appel du sang devint si impérieux qu’ils durent tuer à nouveau. Ils décidèrent de tuer d’abord leurs parents, responsables de leur handicap ; ça leur apprendrait. Malheureusement, ce jour-là, ils portaient leurs chemises préférées, blanche pour Jean et noire pour Jacques, qui furent gâchées. Alors pour effectuer proprement leur besogne, ils décidèrent de s’acheter des tabliers de bouchers et purent ainsi massacrer à tout va, mais proprement.
Fabienne

Ils étaient toujours contents, les deux frères bouchers. Depuis plus de vingt ans qu’ils attendaient ça, enfin, ces deux frères siamois étaient décollés l’un de l’autre, même si les médecins n’avaient pu sauver qu’un bras, l’autre du côté de leur tronc collés était mort, leur réputation ne faillait pas. Ils travaillaient toujours ensemble sur les carcasses pour découper de bons morceaux de viande. Quel que soit l’animal, porc, bœuf, mouton, volaille, leurs découpes étaient toujours impeccables pour présenter de belles portions, fines ou grosses selon le choix du client. Leurs parents étaient fiers d’eux. Il est vrai qu’ils avaient beaucoup profité de leurs jumeaux siamois  comme attraction dans leur boutique.
Les deux frangins étaient encore plus heureux maintenant. Ils pouvaient enfin sortir avec les sœurs siamoises de la boutique des fruits et légumes d’en face, elles aussi décollées récemment. Pour elles, les médecins n’avaient malheureusement pas pu sauver leur sein du côté de leur troncs collés. Les deux frères s’en foutaient car ils n’avaient chacun qu’une main valide. Quand ils trainaient tous les quatre ensemble, on les appelait « les bandits manchots et les Amazones ».
Arnaud

Exercice : deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, lorsqu’un polochon fit son apparition…

oreiller

Oreiller droit et oreiller gauche vivaient heureux depuis presque quatre ans. Oreiller gauche soutenait la tête d’une splendide jeune femme tandis qu’oreiller droit recevait celle d’un beau jeune homme. Ils étaient si amoureux que quelquefois gauche et droit se mélangeaient et ne faisaient plus qu’un. Ils étaient si joyeux que parfois, pour chahuter, ils faisaient des bagarres où toutes les plumes volaient. Ah ! Quels bons moments ils avaient eu… Jusqu’au soir où oreiller droit resta vide. Une nuit, puis deux… Oreiller gauche pleurait. Oreiller droit vint se poser dessus, pour absorber tout ce chagrin. Ils étaient tristes mais à nouveau réunis… Oreiller gauche versait des larmes tous les soirs et oreiller droit, lassé resta désormais dans son coin. Un soir, une sorte de vilain boudin fit son apparition, c’était polochon. De mauvaise qualité, vulgaire et vaniteux, polochon entreprit de séduire oreiller gauche, qui, au départ, répondit à ses avances. Il y avait longtemps qu’oreiller gauche ne s’était pas senti si vivant. Mais cette amourette ne fut qu’un feu de paille et bien vite, oreiller gauche jeta polochon par terre, regrettant à tout jamais oreiller droit.
Fabienne

Ils étaient toujours beaux les deux oreillers , côte à côte sur la couche, recouvert de la même parure de lit. Ils s’aimaient tendrement, se caressaient discrètement leurs coins. L’un était en plume, l’autre en mousse, mais nul ne savait lequel était la femme ou l’homme. Peu importait d’ailleurs, même s’ils étaient du même sexe, leur idylle était belle à voir.
Oui, mais voilà, leur maitresse, enceinte, n’arrivait plus à dormir complètement allongée, alors elle leur ajouta un polochon. Même si ce dernier était en-dessous d’eux, les deux oreillers sentaient bien qu’il prenait de plus en plus de place. Il ne se gênait pas pour faire de l’ombre à leur amour, il insistait pour leur caresser l’arrière. Au début de cette relation à trois non consentie, les deux oreillers n’en pouvaient plus. Or, petit à petit, Plume se mit à apprécier le contact avec Polochon. Elle était discrète sur ce qu’elle ressentait. Un beau jour, Plume se décolla de Mousse pour se lover tendrement au creux de Polochon. Mousse en fut déconfit et aplati.
Arnaud


Exercice
 : et pour se détendre et faire travailler sa matière grise, quelques devinettes

devinettes

 Je suis une ville sans immeuble et un aéroport sans avion, qui suis-je ?
Un plan

Je parle toutes les langues et j’ai toujours la tête à l’envers, qui suis-je ?
Un stylo

J’ai 5 doigts mais pas d’os ni de chair, qui suis-je ?
Un gant

Quelle est la moitié de 2 + 2 ?
3 car la moitié de 2 = 1 + 2 = 3

Mieux que dieu
Pire que le diable
Les pauvres en ont
Les riches en ont besoin
Si on en mange, on en meurt, qui suis-je ?
Rien (rien n’est mieux que Dieu, pire que le diable. Les pauvres n’ont rien, les riches n’ont besoin de rien et si on ne mange rien, on meurt !).

Ôtez-moi une lettre, ôtez-m‘en deux, ôtez moi toutes les lettes, je reste toujours le même, qui suis-je ?
Le facteur

Au ciel je suis une, sur la terre 2, qui suis-je ?
La lettre  » e  »

Drôle d’aliment : pour me manger, on doit m’enlever l’extérieur, cuire mon intérieur, manger mon extérieur et jeter mon intérieur, qui suis-je ?
Du maïs

30 septembre, 2017

Atelier du 18 septembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 9:10

DEVOIR : demain, j’arrête !!!
Avec au moins 2 expressions « caldoches »

fête

Demain j’arrête la cigarette
La topette, de faire la fête
Ça plaira à la vieille

Demain j’arrête de faire l’enfant
De me prendre pour un Don Juan
Ça plaira à la vieille

Demain je vais être sérieux
Demain je serai un Monsieur
Ça plaira à la vieille

Mais c’est sûr que je vais pas y arriver
Parce que moi, j’aime bien me marrer
Atcha ! Tout ça c’est pas pour moi
Et lôngin, tant pis pour la vieille !

La vieille, elle est barrée,
M’a laissé tombé.
Maintenant, C’est « casse pas la tête »
Chaque jour est une fête
Et tant pis pour la vieille !
Fabienne

Demain, j’arrête !

Boulette, ou quoi ?
Vous oui ? Tant mieux. Passeque moi, non ! Je suis marré. Demain j’arrête.
Ma petite entreprise, rien qu’à moi, c’est un fin joli nakamal. Situé dans une pente abrupte qui domine Ste Marie (priez pour moi !), il dégringole en plusieurs terrasses arborées comme dirait un copain à Nénesse qu’a fait décoration extérieure. Des bancs et des tables en tek vous attendent dans une semi-obscurité sous un ciel étoilé. Fin poète le mec. Des fleurs partout en toutes saisons, c’est ce qui plait aux meufs. En fait quand les nanas viennent, les gars suivent ! Marre de ces nakamals  terre battue pour bourreurs de poules qui sortent tout juste du Camp Est. L’autre jour un enculé de Zor m’a fait la remarque : « c’est con ce Camp Est situé à l’ouest de Nouméa ! ». L’avait même pas compris, cet empété, que c’était à l’est de l’Ile Nou.
En fait, question nakamal, je connais faire. Le meilleur kava de la place. Direct d’Efaté, par une ancienne pilotine, petit bateau gros la cale, qu’a racheté Nénesse. Y s’occupe de tout jusqu’à mon garage, mon con. Accostage à Hienghène, coutume avec les « autorités locales ». Après y suffit de rouler à la douille jusqu’à Païta. Cubarder dans le fossé, même pas peur quand il mouille la boulette (au volant de Boulette Ma Woiture). De toute façon, son beau frère est gabelou. Y se fera pas dégomater.
En plus du kava, y a toujours un peu de kaï-kaï. Ca, c’est le boulot de la copine du moment. J’vous donne pas son prénom, j’m’en souviens plus. Mais carry la malabar se débrouillait drôlement mieux que bami pattes jaunes et encore bien mieux que bougna la ponoche. Saucisse purée, la blonde a duré deux jours. En ce moment c’est Poé. On est fin lovés avec la tahipouète. Radio cocotier a vite fait savoir que c’était la plus belle fille de Nouméa Sud.
Tout ça c’est bien beau, fin valab, mais depuis une semaine y a problèm ! Mon client commissaire, d’habitude un pète claquettes qu’a l’air de rien avoir dans le coco, m’a pris à part. Y m’a parlé mauvais. Oh ! Pas à cause des rouleurs de nems. Ils arrivent avec des pleins pochons d’herbes aromatiques des îles. Colombo, y sait aussi que je vends pas d’alcool, même pas de Number One, encore moins de bouteille carrée, sauf ma réserve personnelle. Les mecs qui sont fin canard dans la nuit, c’est qu’ils ont amené leurs propres provisions. Non, le coup d’ouest il a été causé par  quelques pourris qui ont dealé chez moi une poudre autre que la mienne. Plus blanche que blanche, si vous voyez ce que je veux pas dire. Y a deux nuits, sans rien me dire, ils avaient rallié le bétail. Un arrivage super ! Résultat, cette nuit là, trois consommateurs ont dévalé la pente et atterri sur la toit en tôle du voisin. Joli bruit dans le quartier ! Fin fâché, mon con, vu qu’il a été réveillé trois fois. Une fois par les corps en dérive (pas tous en même temps !). Une fois par les pompiers venus ramasser les ordures. Enfin par les flics au petit matin. Il attend la douane et la police scientifique. « Laisse taleur, m’a dit Nénesse, y vont pas nous faire au con. J’ai quelques copains Wallis, on va t’arranger ça. »
Ahou, pas dire, ça va être la guerre ! C’est la mort du petit commerce.
Demain j’arrête… Ou après-demain. !
Tcha !
Bertrand P.

 

Exercice : Dans la peau d’un sorcier, sorcière ou magicienne

sorcière

Je n’avais pas beaucoup étudié quand j’étais à l’école des sorcières, alors, j’étais une sorcière de seconde zone… Du coup, je ne savais pas faire grand-chose, mais quand j’ai pris mon envol et que j’ai eu mon premier appart, j’ai tout de suite vu l’avantage d’être une sorcière grâce au feuilleton « Ma sorcière bien-aimée » : tu remues un peu le nez (en trompette) et en cinq minutes, tu fais d’une porcherie, un appartement propre comme un sou neuf, douillet et accueillant… la fatigue en moins. Sûr que je n’y suis pas arrivée tout de suite et qu’il a fallu que je bûche sacrément en autodidacte. Après, j’ai voulu voir si j’avais des dons pour la sorcellerie parce que je trouvais ça trop top de transformer un mec qui t’a laissée tomber en grenouille ou de faire pousser un bouton juste sur le nez de la fille qui fait baver tous les garçons…
J’achetais des vieux grimoires dans des endroits mal famés et je m’entrainais sur ma petite chienne… La pauvre !! Je me souviens qu’un jour, par erreur, je lui ai fait une tête de chat… Ce que je ne savais pas, c’est que la sorcellerie n’est pas une affaire d’amateur et qu’on ne peut pas faire n’importe quoi. Un jour, alors que j’essayais de me venger d’une copine qui s’était moqué de moi, en la rendant cul de jatte, une lettre est tombée du plafond, comme par magie… C’était une convocation devant le « Grand Ordre de la Sorcellerie ». Et j’y ai été jugée… Jugée immature, stupide, dangereuse et complétement irresponsable, la magie étant, évidemment une affaire sérieuse. On a dit que je faisais honte à la corporation. Alors, on m’a enlevé tous les pouvoirs que j’avais. C’est pour ça que j’ai trimé pour écrire ce texte idiot.
Fabienne


Exercice
 : Je me souviens….

Ecrire l’instantané d’un souvenir qui vous a marqué. Avec le plus de détails possibles (bruits, odeurs, couleurs…)

perdu

Je me souviens de cet après-midi de décembre, ensoleillé et lumineux. Nous étions en vacances en France chez une amie qui habitait la banlieue parisienne. Sa fille et mon fils avaient tous deux cinq ans, il y a de cela plus de vingt-cinq ans. Morgan et Soizic, las d’écouter les grandes personnes décidèrent de faire un tour de vélo autour du pâté de maisons. Nous n’y vîmes pas là quelque chose de dangereux et leur donnâmes la permission de sortir. Un quart d’heure plus tard, Soizic revenait, en pleurs, elle avait perdu Morgan. Nous avons tout de suite pensé qu’il était tout près et qu’il s’était caché pour lui faire peur, mais nous dûmes vite nous rendre à l’évidence. Morgan avait bel et bien disparu. L’angoisse m’envahit, une angoisse terrible qui m’empêchait de respirer. Nous avons parcouru toutes les rues du quartier, puis nous nous sommes éloignés… Toutes ces maisons se ressemblaient. Je me demandais comment on pouvait habiter dans ce genre d’endroit où il est si facile de se tromper de maison… Au fur et à mesure que j’avançais, tout se brouillait, je pleurais, m’attendant déjà au pire. Le soir tombait, j’imaginais Morgan, seul, perdu… et j’étais encore plus inquiète.
Et puis, loin, très loin, j’ai vu une petite tache rouge. Morgan avait un anorak rouge. Alors, j’ai couru comme une folle vers cette petite tache. J’ai hurlé son nom. Il s’est retourné, son petit visage reflétait une immense peur. Il a laissé tomber son vélo et s’est précipité vers moi. Je l’ai serré si fort dans mes bras que j’aurais pu le casser, mais pour une fois, il se laissait faire, je respirais son odeur. Je l’ai embrassé, ses joues étaient toutes mouillées, il pleurait, de joie, comme moi.
Fabienne

En décembre 2010, coincé dans les bouchons, dans la voiture de mon père, à côté de l’école d’escrime, je pensais à la récente mort de Jacques Lafleur et au fait que l’année avait filé bien vite. J’écoutais du Sean Paul à la radio, en sentant et tripotant mes frites Mc Do (que je mangeais, par ailleurs). Je me concentrais sur le goût salé dans ma bouche, puis j’examinais le noir de l’intérieur de mes paupières closes…
Loup

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