Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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13 février, 2019

Atelier d’écriture du 11 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:41

DEVOIR : 5 mots extraordinaires :

Ysopet – Nolis – Amiteux – Meldois – Hiraeth 

Atelier d'écriture du 11 février 2018

D’après une histoire vraie :

Journal local du 30 janvier 2019

Il était environ 19 heures hier soir quand Nolis, une jeune femme de vingt-six ans s’est attablée à la terrasse d’un restaurant amiteux du centre-ville.
Devant le regard sidéré des clients, elle a commencé à se masturber pendant le longues minutes.
A la demande d’une famille également attablée, le serveur lui a demandé d’arrêter. Nolis l’a rabroué sans ménagement :
-       Je meldois où j’veux ! lui a-t-elle rétorqué avant que ce dernier ne la jette manu militari dans la rue.
La jeune femme s’est ensuite assise sur un banc public et a continué à s’adonner au plaisir solitaire.
La police, appelé d’urgence, a remarqué qu’elle était en jupe et ne portait pas de sous-vêtements. L’agent de police Ysopet a déclaré :
-       C’est quand nous lui avons mis les menottes qu’elle a, apparemment, atteint l’orgasme, sûrement une SM ! Elle s’est mise à crier : Hiraeth !!! et c’est pour cela que nous l’avons amenée au poste car elle représentait une dangereuse menace d’attentat (à la pudeur !).
Fabienne

Hiraeth !

Hiraeth, s’écria l’enfant dépenaillé. Il venait de se réveiller de sa sieste. L’air un peu égaré, il se tenait sur le seuil de la cuisine salle à becqueter, un pouce dans la bouche, l’autre trainant le drap de sa couche. A sept ans, la famille Amiteux s’accordait pour ne pas lui accorder l’âge de raison. Nolis soit qui mal y pense ! C’était atavique leur répétait la tante Meldois dont l’esprit était embouteillé.
Le père, Ysopet Amiteux, était affalé dans fauteuil comme lui à l’âge avancé, empire. Il attendait sans impatience le moment béni de sa prochaine flatulence. La mère raccommodait  des chaussettes de marque Emmental. Elle préférait les repriser avant de les laver, question d’ambiance.
Maintenant, tous les trois étaient quasi immobiles à l’heure du quatre-heures. Ils attendaient que le lait chauffe sur la gazinière, ou bouille, ou reste froid. Rien ne gazait vraiment bien chez les Amiteux.
Soudain, un éclair de lucidité dans un ciel canari (serein, si vous préférez). La mère articula :
- T’as compris c’qu’il a dit ?
- Non ! Pt’être bien qu’il est autriste répondit le père, un œil sur sa femme l’autre sur son fils.
Ce strabisme divergent était un des rares bienfaits de son dernier AVC.
- En tous cas, on a eu raison de ne pas en faire d’autres, de môme, rétorqua la cousette. On aurait pu avoir pire, un homo ! Tante Meldois dit qu’on est tous des homo sapin.
D’autorité, le père Amiteux voulut avoir le dernier bon mot :
- On finira tous comme ça, dans le malaise, quoi n’y faire.
L’enfant, lâchant brusquement toute sa fureur mais pas son pouce, hurla derechef : Hiraeth !
Grâce à sa vision latérale, le père comprit enfin. Le perfide chat siamois, Pirate, avait sifflé tout le lait.
Bertrand

 

Jovial et amiteux, Gaël, le bout-en-train de la petite bande, était le préféré de Lina. Les petites attentions dont il la couvrait sous couvert d’une affectueuse camaraderie la touchait  sans doute beaucoup plus qu’elle ne se l’avouait. C’est ainsi que, pas plus tard qu’hier, il lui  avait rapporté, de sa balade au bord de l’Hiraeth, un petit bouquet d’ysopets et de nolis, les premières fleurs du printemps meldois. Lina, en bon  petit soldat, l’avait remercié un peu comme elle aurait remercié  son cousin  Vic, le sourire aux lèvres mais avec une certaine retenue.  Vic aurait bientôt 18 ans, presque un homme en somme. Mais… quant  à ce simple petit bouquet de fleurs des champs… Hum ! Un observateur plus attentif aurait remarqué le rose qui gagnait les joues de Lina et la petite toux sèche pour cacher l’émotion. Le temps des amours n’était plus très loin…
Patricia

Le vrai sens de ces mots :
Ysopet : recueil de fables au Moyen-Âge
Nolis : fret ou louage d’un navire
Amiteux : affectueux, aimable
Meldois : habitant de Meaux
Hiraeth : Mot gallois qui signifie la nostalgie d’un lieu qui n’a jamais existé.


Exercice
: une photo d’Édouard Boubat

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Le choc avait été brutal et le bruit assourdissant. Certains habitants du vieil immeuble s’étaient précipités à leur fenêtre pour voir de quoi il retournait. D’autres, effrayés, s’étaient réfugiés derrière leurs volets clos, tentant vainement d’évaluer l’importance des dégâts en jetant un regard curieux entre les fentes serrées qui leur masquaient une partie de la scène.
-     C’est la voiture de Bernard, j’te dis, s’écria Violaine tout excitée. Il conduit trop vite et je suis sûre qu’il était encore en train de  téléphoner.
-       Tu crois ?
-       Ah ben oui ! Tiens ! le voilà qui sort de sa Twingo. Il a l’air un peu sonné mais il est entier et il tient sur ses jambes. Il a eu du bol cette fois ! Pas comme l’année dernière quand il a écrasé le chien d’la concierge ; pauv’bête … Tu t’rappelles ? Quelle histoire !
-       Ah ! mais tais-toi donc ; j’entends pas c’qui dit… Ah ! Vla les flics, ça va barder…
A l’étage au dessous, Hortense, bouleversée se serre contre Gontran :
-       Quelle horreur ! Un accident ! Et juste devant chez nous… c’est pas d’chance ! Je vais encore faire des cauchemars…. Oh ! Voilà l’ambulance ; il doit y avoir des blessés ! Notre voisin n’a pas l’air trop mal, c’est déjà ça ! Tu comprends , pour les autres bien sûr, c’est triste mais nous, on les connaît pas ; alors qu’est-ce que tu veux, ça fait pas la même chose… Ils amènent un brancard… Regarde ! c’est une femme qu’ils sortent de la voiture… Ben, elle a pas l’air toute jeune ! pourvu qu’il n’y ait pas un gosse derrière !
-       Oh ! Toi… toujours à imaginer le pire… pour une fois dis-toi que peut-être il n’y a rien de grave. Tu vois, elle vient de s’asseoir sur le brancard et parle à quelqu’un ; le médecin du SAMU sans doute … pour une fois, ils ont fait vite. Je sais pas qui les a appelés mais c’est du rapide !
-       Hé ! T’as vu Monsieur Martin, notre voisin du dessous ? Il en perd pas une celui-là. Je suis certaine qu’il a déjà téléphoné à sa mère pour tout lui raconter. Ça va la distraire la vieille. À cet âge-là, des distractions, on en a pas d’trop… Il paraît  qu’elle demande tous les jours à son fils de lui apporter le journal et crois-moi c’est pas pour la politique ou les faits divers. Non ! Son péché mignon c’est la rubrique nécrologique. On m’a dit qu’elle a fait la liste de ses copines et qu’elle coche au fur et à mesure. Quant à l’autre voisin du dessous, celui-là, ah ! Il fait pas d’bruit mais jamais un bonjour, même pas un signe de tête. Comme il cause pas, on sait jamais c’qu’il pense et les taiseux, moi j’aime pas trop ça ! Surtout dans un petit immeuble comme le nôtre, ya pas d’raison ! Heureusement qu’il y a Carmen  car sans la concierge on saurait rien de rien.
Patricia

 Prendre l’air

 Derrière mes volets je prends l’air, que je veux, quand je veux, mais caché. Mes voisins sont plus ouverts. Debout, accoudés, assis, agenouillés, ils ont l’air d’avoir l’air. A y réfléchir, prendre l’air c’est décoller, s’envoler, fuir l’endroit et le moment. Evidemment dans l’ombre, personne, volets clos. Vous ne le savez pas mais moi, j’habite en face. Derrière les jalousies j’attends. Un jour cet immeuble prendra feu !
Bertrand

Isidore Turpin se disait supérieur à tous les gens de l’immeuble. Il habitait effectivement au troisième et dernier étage de cet immeuble sis au 24 rue des Martyrs. De par sa position privilégiée, il avait une vue d’ensemble sur tous les locataires et connaissait tout de leur vie.
Ainsi, il était le seul à savoir que Monsieur Jean, son voisin du dessous, était l’amant de Madame Maréchal. Les Maréchal étaient mitoyens de Monsieur Jean, ce qui était très pratique les soirs où Hubert Maréchal travaillait de nuit. Quand il était de quart, Monsieur Jean se glissait subrepticement dans l’appartement des Maréchal dont Odile laissait la porte entrouverte. Et là, c’était un vrai festival !!! La douce et timide Odile se transformait en tigresse. Isidore était aux premières loges et prenait des notes…
C’était beaucoup plus joyeux que chez sa voisine de droite, qui apparemment, ne vivait que dans le noir puisqu’elle n’ouvrait jamais ses volets. Était-elle toujours en vie ? Nul ne le savait… Sauf Isidore… Mais il n’était pas du genre à cancaner.
L’appartement à sa gauche était loué par Simon Cohen. Tiens ! Tiens ! Un nom bien de chez nous, se disait Isidore… Simon était souvent absent, ses affaires, disait-il… Mais quelles affaires ? Un mystère… En tout cas, ça devait bien rapporter. Il suffisait de voir son coupé sport…
Au premier, il y avait les Dupont. Et pour Isidore, Dupont rimait avec « con ». Faut dire qu’ils n’avaient pas inventé les boutons à quatre trous ni le fil à couper le beurre… Ils étaient moches, racistes, intolérants et très catho… ce qui va souvent ensemble. Isidore les détestait, mais bien sûr, quand ils les rencontrait dans l’escalier, il les saluait toujours, question d’éducation ! Et cependant, ils étaient tellement insupportables que personne n’arrivait à vivre à côté d’eux et c’est ainsi que les appartements du premier n’étaient plus occupés depuis bien longtemps.
Isidore, finalement, se sentait bien dans cet immeuble dont il était en quelque sorte le roi…
Fabienne

Exercice : je ne m’en séparerai pour rien au monde !

J’ai un vieux pull tout râpé aux coudes et son encolure baille sans aucune élégance. Les couleurs, très vives, quand ma mère l’avait tricoté, ont perdu de leur éclat mais il est chaud et si doux que le porter me fait l’effet d’un merveilleux câlin.  Oui, je sais, mon armoire déborde de vêtements mais, seul, ce vieux machin tout abimé, fripé, usé jusqu’à la corde, sait me réconforter. Je ne m’en passerais pour rien au monde !
Patricia

Zaza, c’est mon chien… Enfin, ma chienne, mais pas que…
Zaza, c’est ma sœur, ma fille, ma mère, ma confidente…
C’est la seule qui est toujours là, quand les autres s’en foutent de moi…
Elle me connait comme je la connais…
Et quand je suis triste, elle vient m’embrasser et me câliner…
Elle est là aussi dans tous mes moments de joie
C’est ma compagne et je ne m’en séparerai pour rien au monde !
Fabienne

5 février, 2019

Atelier d’écriture du 4 février 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:25

DEVOIR : Drôle de métier : Faiseur de ronds de jambes

age 

Ferdinand Rougemont venait de terminer ses études secondaires et devait, maintenant, se trouver une occupation. Unique rejeton d’une famille de banquiers, il avait décidé qu’il serait artiste, au grand dam de son père qui aurait bien aimé que Ferdinand reprenne l’affaire familiale.
Artiste, c’était vaste et Ferdinand n’avait aucune idée dans quel art il pourrait s’exprimer le mieux.
Il s’essaya à la peinture. Malheureusement, il était daltonien. La musique ? il chantait comme une casserole et quand il tenta de jouer du violon, tous les voisins du quartier firent une pétition afin que le massacre cessât.
La poésie n’était pas non plus son fort.
Alors, Ferdinand décida qu’il serait sculpteur. Son père, qui l’aimait quand même beaucoup et voulait son bonheur avant tout, l’inscrivit à grands frais dans le meilleur atelier de Paris, chez un maître de grand talent : Auguste Rodin.
Dès que Ferdinand toucha la glaise, il sentit que cette matière serait son moyen d’expression. Pétrir de ses mains la terre pour en faire une future statue le remplissait de bonheur. Il faudrait ensuite transformer la glaise en moule en plâtre avant de couler l’œuvre dans le bronze. Mais, hélas ! Il n’était pas plus doué en sculpture qu’en autre chose.
Une fois par semaine, le maître faisait le tour de son atelier pour savoir lesquels de ses élèves pourraient devenir des assistants, ceux qui l’aideraient à créer ses plus grandes œuvres. Quand il s’arrêta devant le travail de Ferdinand ce matin-là, il fit une grimace ; tout était d’une laideur affligeante ! il se dit qu’il était temps de se séparer de cet élève qui pourtant, s’appliquait et suait chaque jour sang et eau pour tenter de s’améliorer. Rodin fit le tour de la statue, une femme, apparemment. Puis, il se baissa et resta un bon moment ainsi. Quand il se releva, ses yeux brillaient.
-       Il y a une chose que tu fais bien, dit-il en montrant les mollets
-       Ah, les ronds de jambes !
-       Les ronds de jambes ?
Ferdinand expliqua qu’il adorait les mollets des femmes qu’il avait baptisés « ronds de jambes ». C’était une passion. Il les faisait bien galbés les chevilles très fines, le genou rond. Passé ce genou, les cuisses étaient toujours trop grosses ou trop maigres, trop plates ou même trop fripées… il n’y arrivait jamais ! Ne parlons même pas des torses, des bras, des mains ou pire, des visages !!!
-       Si tu deviens mon « faiseur de ronds de jambes » officiel, il va falloir que tu travailles aussi sur les mollets des hommes.
Et finalement, Rodin décida de le garder comme assistant, en espérant qu’il ne le regretterait pas. Et en effet, il ne le regretta pas puisque c’est Ferdinand qui a sculpté les mollets du Penseur, du Baiser, de l’âge d’airain, des Trois Ombres et de bien d’autres statues.
Fabienne

jambe-de-bois

Faiseur de…

Dès la fin présumée de mon adolescence, à 14 ans, mon père m’a dit : mon gars, à partir de maintenant, faut faire des ronds ! Le commandeur avait parlé. Faut faire des ronds, point (nde : sans gilet jaune à l’époque). J’ai essayé de comprendre. A c’t âge, le cerveau fonctionne magnifiquement. Pas le mien. Ces ronds pluriels n’avaient pas d’explications carrées.
Si, en y pensant très fort, j’ai trouvé un moment où j’ai fait des ronds. A la pêche, pendant les vacances d’été. En jetant le bouchon à l’eau, pas trop loin, faut pas pousser, ça fait des ronds dans l’eau. Là je suis compétent. Je peux vous le faire debout, assis et surtout couché, ma position favorite. L’important c’est le choix des cailloux. Bien calibrés, de manière à faire le même type de ronds. Pas le gros rond qui éclabousse ni le petit qui frétille. Quand je suis en forme et c’est un effort que je peux faire rien que pour vous : je fais des ricochets. Mais pour vous montrer que j’ peux m’appliquer je m’en vais vous dire ma manière secrète. J’ me couche dans l’herbe, dos à la rivière, ou au lac, c’est plus calme. Je jette les graviers avec la même force de façon à reproduire le même son. Champion, non ? Deux fois le même « plouc » ! Dès fois, on est vraiment heureux.  Là, c’est de la musique. Y m’étonnerait que le paternel approuve ce genre de truc, cette sorte de ronds.
Trois mois plus tard, mon père ne m’avait rien dit de plus, à part : Bertrand, va te faire couper les cheveux (nde : c’est sa mère qui aurait dû lui dire). A c’te moment, il est parti à la guerre, mon daron, fin août 14. Pendant toute la durée du conflit avec les boches je m’ suis demandé ce que cela pouvait bien vouloir dire, faire des ronds. Notez, qu’étant l’seul mec à la maison, le jour, j’avais pas trop le temps… de penser. Mais quand même, certaines nuits, ça tournait pas rond dans ma tête.
A la fin de la guerre, la der des ders, maman a pété un câble, parce qu’elle en avait reçu un, de câble. Y disait que quelque chose avait trop gazé ou pas gazé pour papa et qu’y reviendrait pas. Mon oncle est venu avec le curé, pour les condoléances. Y m’a pris à part que j’avais rien d’mandé. T’as 18 ans maintenant. J’ai compté. Y s’trompait pas. Qu’est-ce que tu sais faire ? J’ai pas parlé des ronds, vu que j’avais pas encore pigé ce que c’était. J’ai été honnête : RIEN, j’ai dit ! Y m’a pris comme apprenti dans sa fabrique de meubles. C’est comme ça que j’suis devenu spécialiste des pieds en quelques semaines. Tous les pieds, de lit, de table, de chaise, de tabouret, de fauteuil estylés. Chuis rendu comme qui dirait piedologique. C’est tonton qui m’a dit ça.
Le soir, quand j’rentre à la maison, fier comme un mec qu’a pris son pied des tas de fois, je vois bien le défilé des éclopés dans la rue Gambetta. Les types qui sont revenus des tranchées, y en pas un sur deux  de partis et dans un drôle d’état. Pour sûr y a les gueules cassées. C’est la loterie, quoi. Moi, c’est les boiteux qui me désolent, les amputés. Putain de pieds de mine, comme dit le docteur Tampi, qu’est pas le dernier à picoler avec eux chez la mère Picon.
J’ai eu une idée. C’est pas plus compliqué que de faire des pieds de meubles, un pilon. C’est rien qu’un bout de bois. Suffit de lui donner la bonne longueur, une belle forme et un crochet pour suspendre à la table de nuit, le soir. On n’est pas de bois.
Ma spécialité, pour les pilons, ma façon pour dire savant, c’est le bout, le dessous, le pied, l’appui quoi ! J’le fais large et rond. Pour qu’y soye stable ; ça a marché du feu de dieu, scusez le jurement. C’est comme si que j’avais fait que ça de toute ma vie, faire des ronds. Et là, j’me suis dit rien qu’à moi-même: visionnaire le vieux.
Pour que le travail y soit fignolé et perso, j’fais des incrustations dans le cercle, comme pour un tampon de la poste faisant foi. Toutes sortes de gravures. Des lettres : des initiales avec un cœur et une flèche, des prénoms, des noms de marques comme Banania. Y m’a fallu plusieurs fois pour entraver qu’y fallait l’ faire à l’envers.  Y a pas bon pour moi, Banania.
J’fait aussi des dessins sur la plante de mes pieds en bois. A un mec pas chanceux, j’ai fait une danseuse d’un côté et un violon de l’autre. Faut le voir sauter d’un pilon sur l’autre et marquer le sol en terre battue de ses empreintes. C’est l’attraction du bal. Une bonne réclame pour moi !
Un copain intelligent (si, si, j’en ais un, un danseur en plus !) y m’a dit : t’es un faiseur de ronds de jambes, toi ; ça paye pas de mine, j’ai répondu.
Tout le monde a rigolé, j’sais pas pourquoi !
Bertrand

danseur

Le danseur

 - Paul, ça va être ton tour ! crie Sandrine.
Paul réajuste son collant et fixe sa perruque. Il s’avance ensuite vers le côté jardin de la scène.
- Tout va bien ? lui demande Sandrine.
- Oui, oui, répond Paul sans réfléchir.
Pourtant, ce soir, ça ne va pas. Il avait senti sa cheville faiblir lors des répétitions de l’après-midi. Il entre donc sur scène inquiet. Les premières notes du cinquième mouvement s’élèvent dans le palais Gallieni, et Paul s’élance sur scène. Il enchaine en solo les pas de deux et les ronds de jambes. Les ronds de jambes sont sa spécialité. Grâce à eux, il a intégré le ballet de Belgique à dix-huit ans et le ballet de l’opéra Garnier à vingt-deux. Mais aujourd’hui, les pas ne sont pas aussi gracieux que d’habitude. Et après, seulement une minute trente, Paul s’effondre. Il se relève et termine les deux minutes qui lui restent sur scène. Lorsqu’enfin il rejoint les coulisses, Paul se laisse tomber. Sandrine accourt :
-       Que s’est-il passé ? Tu n’es jamais tombé depuis que je t’ai vu danser !
-       Ma cheville m’a lâché. J’ai vraiment très mal. Peux-tu trouver un médecin ?
Sandrine repart, le téléphone à la main. Paul se dirige vers sa loge et se change. Le médecin arrive quelques minutes plus tard et ausculte la cheville douloureuse. Le diagnostic est posé, c’est une rupture de ligament. Paul sait bien que les blessures sont les risques du métier, et pourtant, il se met à pleurer comme un enfant. Il appelle sa mère et lui explique son inquiétude. Et si sa blessure ne guérissait jamais complètement ? Et si l’opéra le congédiait ? Sa mère l’écoute et le rassure. Avant de raccrocher, elle lui dit : – Tu sais, mon chéri, tu seras toujours mon petit faiseur de ronds de jambes. Paul sourit. C’est vrai, quoi qu’il arrive, il sera toujours un faiseur de ronds de jambes car finalement, il ne sait rien faire d’autre.
Claire

maitre

Fille cadette de nobliaux de province, Léopoldine avait, dès sa naissance, été mise en nourrice dans une ferme du voisinage. Ses parents, le Comte et la Comtesse de Monfort, très occupés par la gestion de leur domaine, avaient négligé cette enfant, née sur le tard, dont il ne recevait que très rarement la visite. Les années passèrent ;  mais un jour, un événement extraordinaire vint bouleverser cette confortable organisation : Le Comte et la Comtesse de Monfort ainsi que leur fille Léopoldine étaient  invités à la cour pour les festivités données en l’honneur du baptême du dauphin.
Catastrophe ! Léopoldine âgée de seize ans était certes blonde, svelte et avenante mais n’avait aucune éducation. De toute urgence, le Comte et la Comtesse durent faire appel aux services d’un faiseur de ronds de jambes. Le maître de l’art n’eut que six petits mois pour tout apprendre à la jeune-fille : maintien, diction, comment se tenir à table, quels sujets aborder dans une conversation… L’apprentissage de la danse s’imposa également, les bals étant nombreux en ces périodes de fête. La tâche était immense mais Léopoldine obéissante et  déterminée fit de rapides progrès. Il faut dire qu’enjouée et pleine de fraicheur, un charme délicieux émanait naturellement de toute sa personne. Quand le moment venu, elle fut présentée à la cour, ses parents n’eurent pas à en rougir, bien au contraire ! Le faiseur de ronds de jambes, en si peu de temps, avait, d’une petite chenille des près fait naître un merveilleux papillon prêt à s’envoler. La chose ne tarda guère à se savoir d’ailleurs car nombreux furent les prétendants à solliciter la main  de cette délicieuse jeune fille.
Plus que satisfaits des résultats inespérés de cette éducation accélérée, le Comte et la Comtesse ventèrent les mérites du maître auprès de leurs relations. La renommée du faiseur fut définitivement assurée et s’étendit bien au-delà de la contrée. Depuis lors, les listes d’attentes se font longues et on se bouscule pour tenter d’obtenir les services de Maître Dutel, célébrissime faiseur de ronds de jambes.
Patricia

 

Exercice : C’est ce qu’elle fait de mieux

Je vous le dis, en vérité, c’est la cuisine, la cuisine, la cuisine.
Tout de suite, vous le voyez au piano, devant son four, touyant la casserole, émolliant la marmite, huilant  la poêle, cisaillant le serpolet, moulant la cardamome, filtrant le bouillon, laquant le canard, beurrant le baron, fourrant le cannelloni, recousant la dinde.
Vous avez l’air de tout savoir de lui. Vous pensez qu’il peut réussir tout cela, dans la puissance de son art.
Non, moi je le connais bien. En cuisine, il cochonne tout. C’est un verrat.
En vérité, ce qu’il fait de mieux, mon cher Raymond, c’est la cuisine des mots.
Bertrand

Mentir, c’est ce qu’elle fait de mieux.
Pour elle, c’est marrant comme un jeu.
Elle ment tout le temps, du soir au matin.
C’est sa nature, elle n’y peut rien.

Elle raconte n’importe quoi,
Tout l’inspire
Mais ce qu’il y a de pire,
C’est que tout le monde la croit.

Alors, elle fait marcher André,
Qui lui a avoué qu’il l’aimait
Derrière son dos, elle a bien rigolé
Et l’a traité d’idiot, de benêt.

Le jour où elle a rencontré Armand,
Tout lui est paru évident,
C’était lui, l’homme de sa vie.
Elle ne mentirait plus, promis.

Mais Armand connaissait sa réputation
Et n’a jamais cru un mot
De ses fervents propos.
Alors, elle s’est pendue, pour de bon.
Fabienne

C’est la tempête dans mon crâne
Où tourbillonnent angoisse et peurs.
Lui, écoute pleurer mon âme
Et laisse frissonner mon cœur.
Ce qui au fond de moi se trame
A le goût âcre du malheur.
Mais il sait inverser les drames
Et faire émerger la douceur.
D’une lueur, il fait des flammes
Pour amorcer joie et bonheur.

C’est vrai, c’est ce qu’il fait de mieux.
Mon psy est pour moi comme un dieu.
Patricia

Exercice : Je crois / je ne crois pas…

Je crois en l’humanité
Mais il faudra la faire changer
Et je ne crois pas qu’elle puisse y arriver…

Je crois en la bonté,
Mais il y en a peu ,croyez-moi.
Et je ne crois pas qu’elle gagnera
Contre la cruauté.

Je crois que la terre en a assez
D’être maltraitée, souillée, vandalisée
Je ne crois pas qu’elle se remettra
De notre passage ici-bas.

Je crois en toi, mon amour,
Mais je ne t’ai pas encore croisé
Et je ne crois pas que je te rencontrerai.
Fabienne

Je crois à la valse des petits bonheurs ;
Je ne crois plus au grand amour.
Je crois aux rires des enfants.
Je ne crois pas les propos édifiants.
Je crois à la légèreté du verbe
quand la poésie mène la danse.
Je ne crois pas aux discours politiques,
les intentions se perdant dans l’action.
Je crois à la chaleur réconfortante du soleil sur ma peau
Et à la caresse douce des vagues sur mon corps.
Je ne crois pas aux propos de salon, qu’ils soient aigres ou paraissent agréables.
Je crois au bonheur du jour naissant et à la plénitude des crépuscules.
Je ne crois pas à la sagesse des hommes ni à leurs bonnes intentions.
Patricia

28 janvier, 2019

Atelier d’écriture du 21 janvier 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:29

DEVOIR : Dans la boutique du Docteur Héraclius, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant, sa spécialité c’est…

philtre

Dans la boutique du Docteur Héraclius, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant, sa spécialité c’est le filtre d’amour. Il en a pour toutes les occasions et pour tout le monde car le Docteur Héraclius est un féru d’amour. Il voudrait que le monde entier s’aime, il a horreur de la haine, de la violence et trouve que l’amour est ce qu’il y a de plus beau chez l’homme et même chez la femme ! Alors, il fabrique des filtres, tous différents selon les destinataires. Sa plus grande réussite est le filtre moyen orient : pour que tous les arabes adorent tous les juifs. Malheureusement, son brevet n’a pas encore été déposé, mais il espère bien que ça ne saurait tarder…
C’est bien sûr grâce à lui que de grandes personnalités comme Marylin Monroe et Kennedy, Rainier et Grace Kelly, Maria Callas et Onassis se sont rencontrés et aimés. Mais  ce n’est nullement sa faute si certaines histoires ont mal finies, il n’en est pas responsable, les intéressés ont aussitôt cessé de boire la potion magique sitôt l’élu de leur cœur trouvé. Tout le monde sait pourtant bien que l’amour s’entretient et que rien n’est jamais acquis. Pour que leur amour devienne éternel, ils devaient en prendre un verre chaque semaine. Il l’a d’ailleurs bien recommandé à William et Kate.
Il se souvient que le filtre d’amour pour Maria Callas lui avait donné beaucoup de mal. Il avait dû y incorporer un chant de rouge-gorge, le souffle chaud de l’océan un soir d’été et de la poussière de diamant…
Comme j’aime beaucoup mon pote Arnaud, je suis allée voir le docteur Héraclius pour qu’il lui concocte un filtre pour qu’enfin il trouve celle qui fera battre son cœur. Il a mélangé beaucoup d’humour et de générosité, une pointe de romantisme (ça peut toujours servir) et du champagne. Il ne faudrait cependant pas qu’il tarde trop à venir le voir car tous ses breuvages ont une durée limitée dans le temps. Alors Arnaud, dépêche-toi. Si tu ne connais pas son adresse, je te l’envoie par mail.
Fabienne

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Dans la boutique du Docteur Héraclius, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant sa spécialité c’est… le fœtus !

Vous entrez et d’un seul coup d’œil selon votre accoutrement il vous juge digne ou non de vous recevoir avec affabilité. S’il estime que vous êtes apte à apprécier sa collection (et, croyez-moi, il est extrêmement perspicace !) il vous entrainera dans une petite pièce de son arrière-boutique pour vous la montrer fièrement. Là, dans une demi pénombre à peine teintée de lumière orangé, sont conservées dans des bocaux de verre remplis de formol, toutes sortes de formes étranges classées par ordre croissant de taille : tout petits fœtus de souris, d’opossums (minuscules) de serpents (beurk !) de dauphins (adorables…) de guépard (exceptionnels) de kangourous (une rareté) de baleines et d’éléphants (énormes !)…
Vous vous extasiez ? Vous manifestez votre admiration pour le Docteur Héraclius ? Alors vous êtes digne d’entrer dans le domaine le plus secret, l’endroit que seuls quelques initiés (dont je fais partie) connaissent. Vous vous acquitterez de la modique somme de 20 euros et vous signerez l’engagement solennel de ne pas divulguer ce que vous aurez vu : là, sous la tendre lueur des bougies, 331 fœtus humains atteints de malformations dorment, chacun sur son socle de velours rouge. C’était la « collection » de l’hôpital Saint-Antoine, collection tout à fait privée et illégale puisqu’on aurait dû incinérer ces petits corps souffreteux ou leur donner une digne sépulture. Quand cette macabre découverte a été faite, on s’est demandé comment se débarrasser de cet encombrant fardeau. Impossible de rendre ces enfants à leurs parents : il aurait fallu expliquer qu’on les avait conservés sans leur autorisation, et puis certains étaient là depuis plus d’un siècle ! Les fourrer sans plus de façon dans la chaudière ? Cela  évoquait les atrocités qu’on voulait oublier…
Le centre de tératogenèse a eu alors une idée lumineuse (et financièrement intéressante) : organiser une vente aux enchères secrète en contactant certaines personnes susceptibles d’être intéressées (et discrètes, cela va de soi). Les enchères sont rapidement montées et le Docteur Héraclius les a remportées. Il se murmure que l’hôpital a empoché quelque 150 000 euros (ce qu’Héraclius ne contredit pas) !
Vous avez tant insisté pour connaître le mystérieux Héraclius et son secret que je me suis laissé aller à la confidence… J’avais pourtant promis le secret… être parjure ? Impossible ! Vous comprenez ce qui va vous arriver maintenant ? Je vous prie de m’excuser mais c’est inévitable…

Je tâcherai de faire vite et bien, n’ayez pas peur.
Huguette

La plaque

Dans la boutique du Dr Héraclius, on pouvait trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares. Cependant sa spécialité, c’était la coutellerie.
Que vous ais-je dit ? Ce n’est pas Héraclius, patronyme byzantin, mais bien Cornélius que se nomme mon ami, le mystérieux docteur Cornélius.
Replaçons-le dans son environnement. Comme pour tous les islandais, son patronyme vient uniquement de son père. Lui-même, son père, avait été prénommé à la naissance Oraefaajökull, le nom du plus haut volcan de l’île. Une taille de 57 cm explique peut-être l’enthousiasme des parents à l’état civil. Ceci dit Cornélius a donc un patronyme imprononçable et son prénom est devenu son nom d’usage. Ses enfants se nommeront Cornéliusson ou Corneliusdottir.
Le titre de docteur lui a été décerné deux fois. En philosophie ésotérique après des études de 4 ans. Il est aussi doctor of Arts d’une université suédoise. C’est dans ce pays qu’il a connu sa femme. Comme on pouvait le supposer celle-ci est grande, blonde et très indépendante. Elle refuse de vivre en Islande pourtant pays de l’équité femme-homme.
La soixantaine svelte, Cornélius porte beau et grand. Visage carré, glabre, basané comme un marin, il a le front haut des intellectuels. Ses cheveux blancs mais très denses sont courts et il n’a jamais besoin de se coiffer, même par grand vent. Son nez droit, un peu fort, est encadré de deux yeux étonnants, des yeux de chat. Ses prunelles bleues céruléennes deviennent vertes à la lumière artificielle. Elles sont en amande allongée. Il faut être grand quand on le regarde en face. Si on l’ose, on se surprend à rechercher la pupille verticale des félins. Ce viking musclé est élégant, distingué, même quand il porte un pull Lopi sur ses larges épaules. Le motif jacquard avec empiècement circulaire accentue cette impression de force flegmatique. Cet homme a tout pour plaire mais aussi pour intriguer.
Sa boutique m’avait été conseillée par des amis finlandais qui l’avaient visitée cinq ans auparavant, un lieu comme nulle part ailleurs. En 2008, la crise des subprimes avait mis  en faillite l’Islande et toute la famille de Cornélius. Des dizaines de ces normands avaient vu leurs économies se volatiliser et leurs banques calancher. Le suédois, comme on appelait mon ami, était alors rentré au pays. Il avait amené ses couronnes dont la valeur avait décuplé. Il racheta à un prix correct toutes les collections que sa nombreuse parenté avait accumulées depuis des siècles. Par tradition les vikings pillent, sans discernement.
Pour loger tout cela, il avait fait l’acquisition d’une très grande maison, en banlieue de Reykjavick. A l’étage, il habitait seul au moins la moitié de l’année. Le rez-de-chaussée avait une vingtaine de pièces d’exposition et les sous-sols étaient labyrinthiques. Il y avait même un abri antiatomique tout confort dont les parois vibraient à chaque éruption volcanique. Cornélius vous faisait visiter sa terrasse chauffée par géothermie, par tous les temps ou presque. Il était très fier de la vue à la fois sur la mer et sur les monts Akafiall.
Mais c’était un homme des cavernes. Tous ces objets familiaux mais aussi ceux rapportés de ses nombreux voyages lointains occupaient ses journées. Rarement, quand il hésitait sur le classement d’un item, il consultait par internet un aréopage d’une douzaine d’érudits disséminés dans le monde entier, le plus souvent dans des coins reculés.
Je vous ai parlé de coutellerie. Mais je ne saurais définir précisément sa spécialité. Parmi les néologismes possibles j’évoquerais lamologie ou encore plaquologie. Le deuxième mot, mal forgé, est le plus explicite.
De grandes tables vitrines exposent des couteaux de tous pays dans le magasin de Cornélius. Les outils nordiques,  inuit, lapons, sami sont privilégiés. Ils sont reconnaissables à leurs manches de bouleau avec des rondelles de corne de rennes ou d’autres cervidés. Néanmoins, il s’est vite passionné pour l’obsidienne. Cette pierre est le résultat d’une vitrification de silice à très haute température et à très haute pression, accouchée par le ventre de la terre. Rien de plus normal pour un islandais, qui plus est fils du grand volcan, que d’étudier ce matériau volcanique cabalistique. Par exemple, il avait visité les aïnous au nord du Japon, qui depuis des siècles, savent fendre l’obsidienne. A l’exemple des silex de l’homo sapiens, ils en font des lames. Cornélius s’était rasé avec ces feuilles naturellement affutées. Il savait que les chefs de tribus des temps anciens offraient des psychés d’obsidienne à leurs plus belles ou plus savantes maîtresses. Chez les mayas elles y lisaient l’avenir, miroir mon beau  miroir. L’obsidienne verte, celle de Teotihuacan était la plus rare. C’était celle des rois, celle de ceux que l’on regarde en face. Méfiez-vous de ces obsidiennes bleues faussement magiques que des gourous mercantiles vous proposent sur internet. Ce ne sont que des bouts de verre, de la verroterie, des colifichets pour les gogos que nous sommes.
J’ai connu Cornélius il y a sept ans. Il n’a plus de frères. Ses ainés ont gagné le Valhalla. Je suis souvent là, à ses côtés, le compagnon finlandais, l’homme des bois, l’allocutaire de ses silences.
Un soir il m’a montré cette pierre, la perle de sa collection. Une plaque triangulaire d’un pied de long, épaisse de 4 à 5 centimètres en son centre. Une base de dix centimètres à peu près, prolongée d’un court manche légèrement recourbé, du même… métal. C’est magnifique ! Ce noir luisant et puissant est magnifique. Que sais-tu d’elle ? Me suis-je extasié !
Je la tiens du petit-fils d’Amundsen, indirectement. La famille a fait faillite. Oui, cela n’arrive pas qu’aux islandais, aux norvégiens aussi ! Les marchands, avertis, ont vandalisés la maison du grand-père. Certains ont creusé dans le jardin. L’un d’eux sachant que j’aimais les obsidiennes m’a contacté. Dès que j’en ai vu la photographie, j’ai pris l’avion. Le magnétisme de l’objet m’avait déjà touché. Le bougre m’en a demandé dix mille euros. J’en aurais donné cent fois plus. Dès que je l’ai eue en main j’ai su…que je ne savais rien et qu’elle pourrait tout m’apprendre. Alors j’ai creusé, fouillé les bibliothèques. Où l’avait-il trouvée ? La famille Amundsen m’a reçu. Ils m’ont ouvert les archives personnelles du grand aventurier. Personne n’en avait voulu. Il semblait qu’on connaissait tout du personnage de légende célèbre dans le monde entier. J’ai retrouvé la description manuscrite de ce qui a fait sa gloire. En décembre 1911, il atteint le pôle sud. Le lendemain, c’est le retour. Le ciel est radieux ce qui est rare à cet endroit d’altitude balayé par les vents de neige.
Roal Amundsen aperçoit non loin un sérac de bonne taille aux formes aigues. Laissant ses quatre compagnons s’occuper des chiens, il se rend vers le bloc de glace bordé comme souvent par des crevasses. Dans l’une d’elles est fichée l’objet noir. Il le prend et le met à l’abri contre son torse, sous sa fourrure de loup. Un sourire se lit sur le visage craquelé par le gel, qui ne le quittera plus. Je suis persuadé, me dit Cornélius, que c’est grâce à cet objet que son expédition est revenue, contrairement à celle de Scott. Cependant, onze chiens sur cinquante deux avaient survécu, épuisés ou mangés.
Après une vie d’aventures incroyablement risquées, Amundsen est mort en hydravion, près de l’île aux ours, en Norvège. Quelque chose semblait le protéger.
La première fois que j’ai vu la pierre, elle m’a fait une impression farouche, entre l’admiration et la peur. Je n’ai pas osé la toucher. Cornélius peut en parler durant des heures. Un jour j’écrirai tout cela et vous en serez bouleversés. Quand Cornélius me le permettra.
Bertrand

boule

Dans la boutique du docteur Héraclius, professeur de sciences naturelles à la retraite, on peut trouver une quantité d’objets bizarres, insolites et même très rares.  Cependant, sa spécialité c’est  «  la boule à neige à mouvement perpétuel ». Inutile de la secouer !  A peine les flocons ont-ils atteint le sol qu’ils remontent lentement mais, grâce à un jeu d’optique, impossible de distinguer le mouvement ascendant ! Ainsi, les légers flocons semblent inlassablement achever leur course duveteuse sur les pentes immaculées d’une colline où, face à un chalet de bois, trône un éternel bonhomme de neige. Les clients en sont friands et c’est avec cet objet d’allure modeste mais dont les propriétés sont exceptionnelles que l’heureux propriétaire de la boutique a fait sa renommée. Et oui ! C’est qu’on vient de toutes les stations de ski environnantes pour ramener chez soi  ce souvenir original ! Et le plus étonnant c’est que le docteur Héraclius n’est pas un simple commerçant ou même un occasionnel inventeur de génie. Non ! Son arrière-boutique abrite toutes sortes de mécanismes extraordinaires. Tables et étagères en sont couverts. Chacun de ces étranges trésors ouvre des perspectives fantastiques et comme la tête du docteur Héraclius est encore pleine de rêves, l’humble boutique ne suffira bientôt plus pour accueillir tant de futures merveilles. En particulier pour sa dernière invention dont la taille imposante posera assurément un problème. Mais chut ! Ceci est une autre histoire…
Patricia

Exercice : Sur une feuille de papier, chacun écrit une phrase qu’il fait ensuite passer à son voisin qui rajoute 3 mots.
Les feuilles sont ensuite distribuées pour y écrire un texte commençant ou finissant par la phrase et contenant les 3 mots obligatoires.

1 – Le lait de ma nourrice était normand. Je n’en ferai pas un fromage – sourire – bleu – chaussure

Le lait de ma nourrice était normand. Je n’en ferai pas un fromage. Elle ma transmis son sourire. Par ailleurs, chose étrange, j’avais les yeux bleus et les cheveux blonds comme elle, alors que le reste de ma famille avait les yeux marrons et les cheveux bruns. Je grandis sans souci car elle me donna plus d’amour que mes parents et m’aima plus que mes frères et sœurs. J’étais le dernier d’une noble famille de neuf enfants.
A mon adolescence, mes parents licencièrent ma nourrice car ils avaient décidé de m’envoyer en pension. Ma vie changea. J’ai été mal dans ma peau jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, jusqu’au jour où je la retrouvai. J’avais de nouveau chaussure à mon pied. Je la voyais régulièrement et elle me traitait toujours comme si j’étais son enfant.
Arnaud

2 – Il se réveilla en sueur. Un bruit l’avait tiré de son sommeil. A tâtons, il se leva, cherchant vainement le bouton électrique… Il ne le trouva pas. Il se rendit compte alors que, sous ses pieds, ne se trouvait plus al moquette habituelle – poire – poignée – ponte

Il se réveilla en sueur. Un bruit l’avait tiré de son sommeil. A tâtons, il se leva, cherchant vainement le bouton électrique… Il ne le trouva pas. Il se rendit compte alors que, sous ses pieds, ne se trouvait plus al moquette habituelle… non ! A la place, c’était du carrelage… froid…
Il avança doucement. Où était-il ? A la faible clarté de la lune à travers une fenêtre, il arriva devant une porte. Il appuya sur la poignée et se retrouva dans la cuisine. Sur la table, une corbeille de fruits.Machinalement, il prit une poire bien juteuse..
Il avait très envie de pisser. Mais où étaient les toilettes dans cet appartement qu’il ne reconnaissait pas ? Il reprit le couloir par où il était venu. Il y avait quatre portes, dont la dernière, celle d’où il venait, était ouverte.
Le première, c’était le bureau : ordi en écran de veille, jeux vidéo, enceintes audio, paperasse… Il la referma…
La deuxième porte ouvrait apparemment sur une chambre d’amis : lit deux places, sans draps. Chambre nue, sans aucune décoration.
Il en était sûr maintenant, la troisième porte ouvrait sur la salle de bain et  les toilettes.
Il ouvrit franchement. Quelle ne fut pas sa surprise d’y trouver… un poulailler !!! Les poules dormaient, mais à son entrée, quelques-unes commencèrent à caqueter. Soudain, un coq chanta à tue-tête… Et il se réveilla pour de bon, dans son lit… Quel est l’idiot de ses copains qui avait changé la sonnerie de son réveil ?
Fabienne

3 – Il avait fait tomber ses clés dans la poubelle du voisin, avant de partir au travail. Comme chaque matin, à 9h30, il analysait les déchets de la maison d’à côté – lunettes – apercevoir – sauna

Comme chaque matin, à 9h30, il analysait les déchets de la maison d’à côté. Chaussé de lunettes grossissantes, il les examinait un par un dans l’espoir de trouver la pépite d’or, le minuscule diamant que son voisin, aurait laissé par mégarde filer dans ses ordures. Car son voisin était un artisan bijoutier célèbre qui travaillait l’or, l’argent, le diamant et les pierres précieuses…
Ce matin-là, comme à son habitude, il ne trouva rien… Mais sans le savoir, il avait fait tomber ses clés dans la poubelle du voisin avant de partir au travail. Quand il s’en aperçut, c’était la fin de l’après-midi. Les éboueurs étaient passés… Il se décida à sonner chez son voisin, au cas où… Celui-ci le reçut dans son sauna :
- Entrez donc, cher ami, je vous attendais !
Désarçonné par cet accueil, il ne sut que répondre.
- Rejoignez-moi donc ! dit le voisin avec un sourire engageant… Et prenez un verre avec moi… Ne soyez pas timide !
- Heu…
- Je sais que vous me portez un grand intérêt
- Ben, heu…
- Je vous observe chaque jour. J’ai donc retrouvé vos clés.
- Ah ! Merci !
- Venez donc plus près, nous allons devenir amis. Je vois que mon métier vous passionne.
- C’est ça, oui…
- Je vais tout vous apprendre ! Détendez-vous ! Vous allez voir, vous adorerez !
Huguette

4 – Elle devait faire quelque chose mais elle ne se rappelait plus ce que c’était. D’ailleurs, depuis quelques temps, elle ne se souvenait plus bien… et même plus du tout – parapluie – miracle – souviens-toi

Elle devait faire quelque chose mais elle ne se rappelait plus ce que c’était. D’ailleurs, depuis quelques temps, elle ne se souvenait plus bien… et même plus du tout.
L’orage enflait et elle savait qu’elle devait impérativement sortir
- Mais bon dieu de bon dieu ! Où ai-je pu ranger mon parapluie ? Allez, Yvonne, fais un petit effort, souviens-toi !
Hélas ! Il n’y eut pas de miracle et Yvonne partit tête nue sous la pluie pour une destination inconnue, ne sachant même pas où ses pas la menaient…
Il fallut toute la débrouillardise de son fils Gontran pour la retrouver, dégoulinante et désespérée sur un banc du jardin public. L’orage était passé, mais dans sa tête, il grondait toujours.
Patricia

5 – Tout le bruit que fit cette histoire était parfaitement inattendu. La vie de Marie-Madeleine en fut bouleversée – vent – supposer – frire

En décembre 1999, une énorme tempête déferla sur la France. Des vents violents décimèrent des forêts entières, arrachant des chênes plusieurs fois centenaires.
Marie-Madeleine, une octogénaire alerte et vigoureuse habitait une maison dans un petit village vosgien, particulièrement isolé, sans aucun moyen de communication. Elle ferma toutes les issues – portes, fenêtres et volets – et, éclairée à la bougie, continua sa lecture. Elle relisait tout Victor Hugo…
A supposer qu’elle fût au courant des évènements, cela n’aurait rien changé à ses habitudes, pense-t-on.
Sur son poêle à bois, elle fit frire quelques pommes de terre, mais, passionnée par Victor, elle ne se rendit pas compte qu’une petite brindille avait mis le feu à son tapis. Le feu se propagea rapidement, embrasant la maison tout entière. Elle ne trouva son salut que dans la forêt pourtant dévastée. On la retrouva à demi gelée, dans le creux d’un arbre. Tout le bruit que fit cette histoire était parfaitement inattendu. La vie de Marie-Madeleine en fut bouleversée.
Marie-Hélène

6 – L’arbre était immense… et creux. Sur son tronc noueux, une sorte de visage apparaissait, surmonté d’une touffe de feuilles d’un vert luisant – tambour – naufrage – horizon

Image

A l’aube du troisième jour

Anatjari est né dans la tribu de Keano et il y a grandi, entouré de ses frères et de ses cousins. Ses sœurs et cousines, elles, grandissaient dans la tribu voisine, appeler Koane. Il trouvait que son enfance avait été heureuse et il était désormais temps pour lui de devenir un guerrier. Il devait partir le lendemain vers le grand rocher sacré. Il retrouverait là-bas d’autres jeunes de son âge. Un campement était installé depuis plusieurs centaines d’années. Les apprentis guerriers devaient y passer un an sous la surveillance du vieux sage Lone. Ensuite, il pourrait entrer dans la tribu des femmes en vainqueur et l’une d’entre elles pourrait le choisir comme époux.
Anatjari attendait ce moment avec impatience, alors il regroupa joyeusement ses affaires dans sa pirogue et se mit à pagayer vers l’horizon. Il rama pendant deux jours, pêchant du poisson pour se nourrir.
A l’aube du troisième jour, son embarcation fut prise dans des rapides. Anatjari n’était pas habitué à manœuvrer avec un courant si fort et il ne tarda pas à faire naufrage. Sa pirogue s’était cassée sur un rocher. Le jeune garçon fut emporté par le courant et il ne réussit qu’à rattraper son petit tambour qui dérivait à côté de lui. Le courant finit par le déposer sur la rive. Anatjari reprit son souffle et se reposa quelques minutes.
Il n’avait plus d’outils avec lui pour lui permettre de se faire une embarcation, même sommaire. Alors, il décida de s’avancer dans la forêt alentour, peut-être y trouverait-il une tribu…
Le jeune homme se fraya un chemin dans les branchages et les herbes hautes. Il prit garde à ne pas marcher sur un serpent ou un scorpion. Au loin, il entendait les cacatoès chanter. Il se dirigea vers leur voix car il y aurait sûrement des arbres à fruits à côté. Soudain, Anatjari arriva dans une sorte de clairière. Il y avait des milliers d’oiseaux perchés sur un arbre immense… et creux. Sur son tronc noueux, une sorte de visage apparaissait, surmonté d’une touffe de feuilles d’un vert luisant.
Claire

Exercice : A la manière d’une recette de cuisine, écrivez la recette du gâteau du bonheur

gateau-bonheur

Prenez une bonne base de pâte d’amour. Mettez-la quelque temps au frigo pour qu’elle ne dessèche pas ; puis, sortez-la et pétrissez-la bien de vos mains. Il faut vraiment y mettre tout votre cœur. Faites une pâte mixte : amour filial, amour maternel, amour de l’autre… ce sera plus facile à utiliser.
Montez de l’humour et des rires en neige pour qu’ils soient tout légers. Les étaler sur la pâte. Ajoutez-y une grosse part d’amitié. Elle nourrit bien, même si l’amour n’est plus là. Ajouter un soupçon de fantaisie et une pincée d’érotisme. Faire cuire au four longtemps, en alternant feu doux et feu vif.
Lorsque le gâteau a pris une bonne teinte et ne pourra plus retomber, sortez le et décorez le avec un peu d’argent. Oui, on le sait, ça ne fait pas le bonheur, mais ça aide.
Ce gâteau a une particularité très singulière : plus on le partage, plus il y en a !
Fabienne

Recette du gâteau qui fait un malheur !

Tout d’abord, la pâte. Beaucoup d’amandes, des tas d’amandes à faire jouir une aubergine. Des amandes enfarinées, malformées, écrasées avec leurs coquilles. Passer au mixer et le casser. J’ai horreur des robots ménagers. Ils fibrillent trop vite.
Une fois la pâte obtenue, l’étaler, avec beaucoup de trous. L’idéal serait un seul gros trou qui prendrait presque tout le moule. Mais c’est trop… ou trop peu. Arroser d’un café mal passé avec marc (Marc est imbuvable), type jus de chaussettes, elles aussi trouées. Mettre beaucoup d’Amaretto (les deux bouteilles de 50) pour le gâcher. Ajouter un dé de mascarpone pour faire envie sans faire croire. Remuer anarchiquement dans le moule l’appareil sans pareil. Faire dépasser sur les côtés pour salir le four.
Faire cuire 71 ans et voilà, c’est gagné !
Bertrand

17 janvier, 2019

Atelier d’écriture du 14 janvier 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:47

GaletteSuper bonne, la galette !!! et c’est Mathias notre roi !

DEVOIR : un toast et 4 mots
La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd.
4 mots : aile, exprimer, mule et scoop

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Sac lourd !

La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd.
A la relecture cette phrase me débecte. Je me suis mal exprimé. Dire que Fabienne m’avait enjoint de, le plus souvent, commencer mes délires par une « accroche » et de les terminer par un « haut le cœur ».
Pratiquons un virage sur l’aile.
Cette femme portait-elle vraiment quelque chose dans sa main gauche (droite) ? Elle semblait ! Si elle faisait semblant, la lourdeur de l’objet, et du texte, serait virtuelle. Elle serait bonne comédienne. C’est là que cela commencerait à intéresser Frédéric Dard.
Ensuite, quid de la couleur mal définie de cette robe ? Fleurs rouges sur fond jaune, en toute  vraisemblance. Mais un découpage bas jaune et haut à fleurs rouges est concevable, ou bien une répartition sagittale, un coté fleuri et l’autre canari. Quoi qu’il en soit, un vilain oripeau type rideau de cuisine. C’est là que cela commencerait à fleurer son Emile Zola.
Donc, c’est une femme ni adolescente ni adulte, probablement célibataire, mais qui « semble » jeune, pas très riche vu son accoutrement : la Redoute à rabais.
Il m’étonnerait fort que ce sac contienne de vieux vêtements destinés à un vide galetas ou à une œuvre brocantique (troc chez les chanteuses de blanco-spirituel). Quelques robes trouées (les pantalons troués sont trop précieux), des chapeaux déplumés,  un porte-jarretelle pouvant servir de fixe-chaussettes, des bonnets de nuit trop lessivés par de mauvaises pensées, une vieille paire de mules harassées. Tout ceci est bien léger comme explications.
Mais alors que contient ce sac anonyme si modeste mais réputé pesant ? De vieux livres, les programmes de TVNC, l’argenterie de feue la grand-mère, les lingots du tonton flingué, une tête de veau mal ravigotée, des pots de confiture oubliés depuis vilaine lurette ?
Non ! Tout bonnement cette catherinette s’applique à ne pas faire de bruit pour ne pas attirer l’attention (exactement comme mes écrits : re-chleuasme). Elle remue très peu ce sac poubelle qui ainsi nous paraît accablant. Accablant, il l’est ! La donzelle se dirige vers les conteneurs de tri. Ce gros pochon renferme une double douzaine de cadavres de bouteilles carrées, ce qui est la consommation hebdomadaire de son julot. Il a une descente que l’on n’aimerait pas remonter à vélo. Et çà, ce n’est pas un scoop !
Bertrand

 

La jeune femme avec une robe jaune…

La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd. Je la regardais ahaner sous mes fenêtres, trébuchant parfois sur ses petites mules à pompons roses tout à fait inadaptées aux pavés rendus glissants par la fine pluie de la nuit précédente, les deux mains encombrées, l’une par le bouquet, de grosses marguerites un peu fanées, je crois qu’on les appelle gerbéras, l’autre par ce sac noir opaque, qui m’intriguait. Je me demandais quand elle allait chuter et si je devais descendre, l’aider, peut-être ?
Mon imagination s’enflammait : et si elle avait commis un crime ? Découpé son amant en morceaux qu’elle tentait d’évacuer ainsi de bon matin ? Il faudrait peut-être que je prévienne la police, ou mieux, les journalistes, je tenais sans doute un scoop
Elle s’appuya contre l’aile de ma voiture pour reprendre son souffle et je pensai qu’elle y laissait ainsi  une trace, son ADN, une aubaine si je prévenais la police ! Elle déposa le bouquet sur le capot, s’essuya le front avec un pan de sa robe, dévoilant des cuisses appétissantes, puis changea le sac de main et se remit en marche. Jusqu’où irait-elle ? Pourquoi n’avait-elle pas déposé ce sac dans la poubelle de son immeuble ? Certainement pour qu’en le découvrant plein des morceaux sanguinolents de son amant (ou de son mari) on ne puisse remonter jusqu’à elle ! Mais je l’avais vue !  J’étais témoin ! Je pourrai la décrire parfaitement : cette robe jaune d’un goût abominable, ces cheveux jaunes aussi, qui pendaient sans grâce le long de son visage et le cachaient en partie, ces mules roses, c’étaient des détails qui permettraient à la police de l’arrêter si…
Ma tasse de café à la main, je me penchai par-dessus la balustrade de mon petit balcon en fer forgé pour pouvoir suivre sa trajectoire mais elle perçut sans doute le mouvement que je fis et leva la tête vers moi. Comment exprimer l’effroi qui, me sembla-t-il,  marqua ses traits ? Je ne puis que dire qu’il était égal au mien. Son joli visage (je le découvris avec plaisir) se crispa, je voulus me retirer vivement, échappai ma tasse qui se fracassa sur le trottoir, tout près d’elle.
Elle éclata de rire et m’interpella :
-       Venez donc m’aider au lieu de mater mes fesses, voyeur !
Allons bon ! Voilà qu’elle me faisait complice de son crime ! Que faire ?
Ma curiosité l’emporta et je dévalai mes deux étages. En m’attendant elle avait remonté ses cheveux en un chignon de danseuse d’où s’échappaient quelques mèches folles. Elle me tendit des clés de voiture :
-       Ouvrez cette Clio, là !
Un peu éberlué par son sans-gêne mais vaincu par son ton autoritaire, je le fis. Elle y jeta les fleurs fanées, puis vida sur le siège avant le contenu du sac : des lettres, quelques vêtements, des affaires de toilette, une tenue de sport, et mille petits objets, stylos, briquet, un paquet de cigarettes, des bibelots  et pour finir une grosse peluche rose sans doute gagnée dans une foire. Elle claqua la portière à toute volée et me dit :
-       Voilà une bonne chose de faite ! Viré, le salopard ! Maintenant, si vous m’offrez un café, je ne dirai pas non.
Son culot me plut, et puis elle était ravissante, finalement, malgré la robe jaune…
C’est ainsi que j’ai rencontré la femme de ma vie.
Huguette

 

La jeune femme avec une robe jaune et des fleurs rouges semblait porter un sac poubelle très lourd.  Si lourd que tantôt elle le tirait, tantôt elle le poussait. Un moment, à bout de forces, elle s’arrêta et d’un geste plein de grâce s’essuya le front du revers de sa main longue et racée. Ce geste exprimait sa fatigue mais aussi sa détermination. Elle fixa pendant un moment ses petites mules à talons et pompons rouges, semblant réfléchir intensément. Il était tard déjà, il fallait qu’elle se dépêche ; bientôt allait apparaître les premières lueurs de l’aube. Heureusement, la rue était vide. Pas même le bruissement d’aile d’un oiseau matinal. « Je n’aurais jamais pensé que ce soit aussi lourd », se dit-elle dans un rire nerveux. Si les gens savaient ! ».
Elle arriva enfin devant la grande poubelle au coin de la rue. Bien sûr, elle ne voulait pas jeter le sac dans la poubelle de son immeuble, pour ne pas laisser de traces. Elle réunit toutes ses forces pour le hisser, mais sans succès. Elle essaya encore, mais tous ses efforts furent vains. Alors qu’elle allait abandonner, elle sentit une main se poser sur son épaule et sursauta, livide, autant de surprise que de frayeur.
-       Hé bien, ma p’tite dame, on a besoin de gros bras, on dirait.
Elle regarda l’intrus. Il avait l’air d’un gros nounours, avec son ventre rebondi et son air pataud. Ses grosses moustaches, en guidon de vélo frémirent quand il la regarda d’un œil de connaisseur sous la faible lueur du réverbère. Elle se reprit, calculant rapidement tout ce qu’elle pourrait retirer de cette rencontre.
-       Avec… plaisir, répondit-elle d’une voix tremblante, mais qui déjà, s’affirmait.
Alors il prit le sac, comme si c’était un paquet de plumes et le fit basculer dans la grande poubelle. Puis il se retourna et lui sourit.
Demain, il y en a un qui serait surpris de ne plus trouver ses affaires, y compris sa chère PS4, et d’avoir enfin un adversaire à sa taille. Quel scoop ce sera pour lui !!!
Fabienne

Exercice : A chaque anniversaire, on lui offrait du passé et ça commençait à l’énerver sérieusement

anniversaire

A chaque anniversaire, on lui offrait du passé et ça commençait à l’énerver sérieusement, ce qu’elle voulait, elle, c’était du futur, des projets, des opportunités à venir. Bref, elle voulait être surprise par la vie et ne plus ressasser ses erreurs et ses errements d’autrefois.
Immanquablement, quand arrivait la date de son anniversaire, le 20 octobre, elle commençait à stresser, à paniquer, à étouffer… Oui, elle étouffait dans cette vie si vide. Elle avait l’impression de revivre le même jour. Le matin, tous ses amis lui feraient un petit coucou : par mail, par sms, sur Facebook, ou encore en l’appelant. Personne ne mentionnerait l’événement. Tout le monde ferait comme si c’était un jour ordinaire. Et puis, en fin d’après-midi, une bonne copine l’amènerait boire un verre ou faire du shopping, pour que Charlotte, sa colocataire ait le temps de tout préparer. Elle arriverait assez tard dans leur petit appartement cosy avec la bonne copine, évidemment, qui prétexterait l’envie de revoir Charlotte qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps. Lorsqu’elles entreraient, il ferait tout noir. Puis les lumières s’allumeraient et un énorme « surprise !!!» ne la surprendrait plus. Et là, chaque phrase commencerait par : « tu te souviens ? ». A croire qu’elle avait déjà tout vu, tout vécu. Certes, elle aimait beaucoup ses amis, elle était touchée même qu’ils pensent aussi régulièrement à cette date, à elle. Mais elle en avait plus qu’assez que tout se passe d’une façon aussi identique. A croire qu’ils n’avaient pas de mémoire…
Or, ce soir-là, la bonne copine reçut un appel et la planta là, disant qu’elle devait absolument s’en aller. Elle rentra donc chez elle. Ouvrit la porte, toucha l’interrupteur qui aussitôt donna une douce lumière tamisée. Elle n’en revenait pas… Elle était seule, le soir de son anniversaire ! Même Charlotte n’était pas là. Tout le monde l’avait donc oubliée. Pourquoi s’était-elle plainte ? Doit-on toujours se rendre compte du bonheur quand il a disparu. Malgré elle, des larmes coulèrent à cette pensée. Elle s’en voulut. Puis, en prenant son parti, elle passa dans la salle de bain pour se changer pour la nuit. La sonnette retentit. Qui pouvait bien venir à cette heure ? L’espace d’un instant, elle eut peur. Et si c’était un bandit, un voleur, pire, un violeur. Mais tout valait mieux que cette solitude. Elle ouvrit et, les yeux écarquillés, découvrit un homme bien habillé, distingué, beau même se dit-elle. Il tenait dans ses mains une bouteille de Champagne. « Bonjour, SOS anniversaire, je suis votre cadeau ! ».
Fabienne

 

Anniversaire « passé »

A chaque anniversaire, on lui offrait du passé. Cela commençait à l’énerver sérieusement.
A chaque anniversaire elle enviait Alice. Vertudieu mon lapin, voilà ce qu’elle souhaitait : un non-anniversaire., avec un gâteau bien présent.
Tous ses amis la savaient poétesse, la voulaient pythie. Elle avait certes des poussées délirantes mais de là à les mettre en ordre, sonnets, triolets, feux follets… Sa timidité était vénéneuse lors de leurs soirées opales. Dès qu’elle buvait un peu de vin blanc moelleux, qu’elle fumait un joint sur la terrasse, son cerveau explosait tel un volcan vanuatais. Elle en ressentait les vibrations créatrices et déclamait à tue-tête. L’assemblée, quoique habituée, en était d’abord muette d’extase apocalyptique dalienne. Mais très vite, les gais lurons enchainaient dans un transport collectif. Comme ils n’avaient pas beaucoup d’imagination (qui en a vraiment ?) ils ressortaient de  vieux textes appris sur les bancs de l’école, des classiques assommants. Et il leur fallait du temps, le temps qu’il fallait.
De l’imparfait bien sûr. De cela elle convenait facilement.
Du passé simple. Mais quel grand auteur peut rester simple ?
Du passé composé. Et il est vrai que Adèle, sa meilleure amie prenait à ce moment là, un air composé, enfin surtout… compassé.
Alors, elle se fermait comme une huitre.  La rage au cœur, elle pensait : un jour, un beau jour, je produirais un chef d’œuvre, plus que parfait !
Bertrand

 

Exercice : Aujourd’hui, j’ai fait ma BA, comme tous les lundis…
consigne : interdit de parler de « Bonne action »

ba

Aujourd’hui, j’ai fait ma BA, comme tous les lundis…
Oui, oui, ma « beuverie accidentelle ». Vous allez me dire, mais pourquoi est-elle accidentelle si c’est tous les lundis ?
Hé bien parce qu’on ne sait jamais quel vin on va boire ni combien de verres… C’est l’occasion qui fait le larron ! mais ce n’est jamais volontaire, toujours accidentel !
Fabienne

BA

Ce soir, pourquoi ferais-je, comme tous les lundis, une B.A. ? Eh bien, non ! Cette fois ce sera une Belle Absence, un vide, un trou noir…
Mes che(è)r.e.s collègues, à vous revoir, lundi prochain et… Bonne Année !
Bertrand

9 janvier, 2019

Atelier d’écriture du 7 janvier 2019

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:06


Année

Je vous souhaite à tous plein de bonheurs partagés, de joie, de bons moments, de bonne santé et une imagination débordante !!!

DEVOIR : drôle de métier - Tireur de plans sur la comète

femme

Tireuse de plan sur la moquette

Je suis congénitalement paresseuse, tout de même pas telle un bradype pilosa. Je n’en ai ni le sourire idiot, ni la lenteur désespérante. Et, je ne mets pas trente jours à digérer une feuille. Mieux, je suis flemmarde, cossarde, fainéante. Maman m’a très vite surnommée Lazy Di. Oui, j’ai été affublée du divin prénom de Diana. Mon père était, comme tous les cornichons, amoureux de la blonde piéta des années 80. Je me demande si elle était hyperactive, la princesse des cœurs.
Je ne sais de qui je tiens cette tendance lourde à la nonchalance. Que l’on se rassure ce n’est ni de l’aboulie, ni de l’avolition. Je sais ce que je veux : être bienheureuse, sans l’aide du pape. Mes parents sont hyper méga-actifs et comme de droit, harassés. Mon unique frère est marathonien et a l’intention affirmée de le rester toute sa vie. Il a nommé son fils Mimoun, c’est dire ! Tous ces OTNI, objets travaillant non indispensables courent à leur perte. Moi, je me contente d’obéir à la plus obligée des lois : la gravitation universelle qui m’impose la pesanteur. Je suis une masse avec formes qui n’a pas peur de son poids. Mon paradigme est explicite : je crois à l’horizontalité.
De ce qui précède, j’encours les plus belles condamnations. De ma famille, de mes amis, de mon séducteur de médecin et j’en passe. Que ne me dit-on à chaque entrevue. « L’oisiveté est la grand-mère de tous les vices ». Oui, les aïeux sont beaucoup plus tolérants. Par expérience je sais qu’au moins une de mes deux grands-mères dira souvent le contraire de ce qu’affirme ma mère. Un psy évangéliste ou plutôt un évangéliste psychotique m’a promis : « tu finiras alcoolique sous les tropiques ». Lui-même ne croyait plus à ma seconde naissance, celle qui vous permet de dénoncer vos voisins mécréants et vous demande gracieusement d’adresser un chèque mensuel  la communauté. Cependant je dois dire que c’était un bon prophète. Je vis à Nouméa et je ne déteste pas une coupe de champagne et plus si millésimé. Et aussi le rhum arrangé ne me dérange pas. Mon métier vous plairait. Je suis avocate spécialisée en écologie. Beaucoup de travail mais pas d’urgences car en la matière, l’écologie, l’urgence est dépassée !Draravant était carrelé. Les fibres de vingt millimètres de long sont d’une grande douceur. Je l’ai choisie noire. Je sais, c’est salissant. Mais mon assistant a dans son contrat une clause aspirateur. En fait, il me sert aussi de secrétaire mais ne vient au cabinet que le matin. Donc tous les après-midi, pour traiter mes dossiers, je m’allonge. Je tire des plans sur la moquette.
Certains disent que c’est un revêtement de pays chaud. Ils ne savent pas, heureusement, que lors de ces après-midi, je suis peu ou pas vêtue. D’autres supposent que je m’endors sur mon travail. Et alors, je suis libre de mon temps et de procrastiner. Mais comme presque pour tous les paresseux, je sais que mon travail sera fini en temps et en heure. Cependant, inutile de vous faire des illusions en imaginant mon corps d’ivoire sur la moquette noire, aucun mec ne viendra tirer un plan sur « ma » moquette.
Bertrand

Terre

Il y avait un bon bout de temps déjà que Robert McNaught  travaillait à l’observatoire de Siding Spring, en Nouvelle-Galles du sud, près d’un bled au nom imprononçable : Coonabarabran.
Il était affecté à un programme de recherche d’objets géocroiseurs. Sûr que quand il disait ça dans un salon mondain, ça le posait un peu là… Sauf qu’il ne fréquentait pas trop les salons mondains et qu’en fait, son boulot était plutôt chiant… Tous les jours, l’œil collé au télescope du soir au matin, il devait identifier tous les objets interstellaires, astéroïdes ou comètes venant de la ceinture de Kuiper ou du nuage d’Oort – c’était très important pour lui, mais tous les autres s’en fichaient – qui s’approchaient un peu trop près de la terre. Il devait signaler tout danger potentiel au commandant en chef des forces armées, Sir Henry Wells. Si son travail n’était pas trop palpitant, Robert le prenait toutefois très au sérieux, alors, il ne se contentait pas d’observer et de rapporter, il échafaudait tout un tas de plans pour contrer une éventuelle collision avec les plus gros de ces corps célestes et ainsi protéger SA Terre, il en avait fait sa mission, sa raison de vivre. Il appelait ce travail secret « tirer des plans sur les comètes ». Il avait échafauder tout un tas de stratégies : ça allait du filet capteur (en mailles très très solides), à une sorte d’aimant géant, en passant par une espèce de catapulte capable d’envoyer tout objet indésirable dans les limbes et du coup, s’était auto-proclamé « tireur de plans sur les comètes ».
Il avait beau savoir que si de tels phénomènes étaient extrêmement rares, pas plus d’un impact tous les deux cents ou trois cents millions d’années, il avait la hantise d’un choc violent tel que celui qui s’était produit il y avait soixante-cinq millions d’années et si une telle chose arrivait de nos jours, ce serait certainement la fin de l’humanité.
En cette fin d’année 2006, Robert n’avait pas la tête à faire la fête. Depuis quelques jours, une énorme comète qu’il avait baptisée C/2006 P1, lui donnait bien du souci. Alors, cette nuit de Noël, quand il alla voir le Lieutenant Général Wells pour lui faire part de ses craintes, il décida de lui exposer tous « ses plans sur les comètes ». Henry Wells était en train de réveillonner avec toutes ses maitresses et pensait, lui, à tirer d’autres plans sur des comètes bien identifiées ; cet empêcheur de tourner en rond dérangeait quelque peu sa fête. Comme il ne savait trop comment s’en débarrasser, il lui déclara :
-       Mon cher Robert, j’apprécie votre heu… travail… mais ce n’est pas votre affaire ! Comme toutes les autres, cette comète ne fera que passer. Certes, elle est très grosse et très brillante. En votre honneur et en raison de votre investissement personnel, elle s’appellera à partir de ce jour « comète McNaught ». La surveiller exclusivement sera désormais le seul plan sur la comète qui vous sera autorisé.
Fabienne

Chacun sa comète

La fuite est une fatalité, pour l’homme. Courage, fuyons, proclamait Jean Rochefort, acteur si juste en couard magnifique. En réalité, le courage est rare chez les hommes. Ils le manifestent noyés dans la foule, dans l’alcool, contre les faibles. Chez nous, les femmes, il est consubstantiel.
Le français est riche. J’entends, la langue française, pas le français moyen. Une fuite peut aussi être un problème. Si vous êtes jeune scolaire, ce peut être un problème de robinets, au pluriel. Si vous êtes un homme d’un âge certain, cela devient un problème de robinet, singulièrement.
La fuite qui me réjouit maintenant est celle du langage maritime. L’allure de fuite pour un voilier, est celle qui vous éloigne de la tempête, on l’espère. Sur le bateau, la plus petite voile, la suédoise si court vêtue et le plus petit foc, au joli nom de tourmentin pourront vous aider à sauvegarder un cap. Au mieux à rester gouvernable. C’est un petit foc qui pourra vous sauver, en fuyant.
Mon chéri est astronome. Certains soirs d’été, il a accepté de m’emmener à l’observatoire du Pic du Midi. Au plus chaud il ne fait pas plus de 15 ° et je revêts ma polaire. Une nuit, allongée sur l’herbe, la tête posée sur mon sac photo, j’ai laissé mon esprit prendre cet angle de fuite dont je vous ai parlé.
Mon gros temps, ma tourmente, c’est bien moi. Moi, la personne que je voudrais fuir. Je ne fais presque rien de mes dix doigts. Alain assure et me couve de son amour. Mais il est pris par son métier, ses passions. Il vit dans les étoiles. Moi, je passe mon temps devant ma glace à scruter les ridules de la trentaine. Mon hobby, la photographie. Tous les jours après un tri sévère je sauvegarde une centaine de clichés. Je prends tout, paysages, macro, portraits, des enfants dès que je le peux. Mais personne ne voit mes œuvres. Ceci dit,  je marche beaucoup. On pourrait appeler cela de la divagation. Je mange peu, végan, et je maigris. Au grand dam d’Alain qui aime les rondeurs. Il dit qu’il lui en faut pour sa paume ! Voilà, je me dévalorise.
Croyez-vous au destin, surtout s’il vient des étoiles ?
Depuis cette nuit d’août, j’y crois. Quand Alain m’a crié un « viens vite ! » entremêlé de rires aux éclats, j’ai affalé mon tourmentin pour le rejoindre en courant. « Vois comme elle est belle ! Elle a une grande double queue bleue et jaune. Elle ressemble à Hale-Boop. Mais cette magnifique comète qui a eu son périhélie en 1997 ne reviendra qu’en 4385. Espérons que la périodicité de celle-ci sera plus courte. Sais-tu que les comètes peuvent être de différentes couleurs ? Par exemple, Wirtanen est verte.»
Bouleversée par ce spectacle, dès le lendemain je consultais le catalogue des comètes que m’a confié Alain. Il en répertorie des centaines. Mon anglais scientifique m’a permis de lire des dizaines d’articles les concernant. L’idée de les relier aux grands évènements est millénaire, le culte ouranien. Mais moi, je voulais en trouver une pour chacun. Selon leur taille, leur brillance, leur situation astrale, leur périodicité, leur couleur, leur vitesse… Je leur attacherai une valeur prédictive adaptée à chaque caractère, très documentée certes mais très subjective. C’est maintenant mon talent depuis que j’ai ouvert mon cabinet de consultations. Mon regard d’émeraude fait le reste. Je tire des plans sur les comètes et cela plait, même sur internet.
En moi, plus de tempêtes. Le soir, après mon « travail », je m’installe dans notre jardin zen. J’y ai dressé des pierres et planté des bambous. Chaque jour je ratisse lentement le sable blanc. Mes pensées naviguent au creux de ces vagues douces. Fini le tourmentin. J’attends simplement le retour quotidien (ou presque) de ma comète aux boucles blondes, Alain qui m’a montré la voie.
Bertrand

Exercice : Finalement, c’était une bonne année !
Faire un bilan très positif de tout ce qui vous est arrivé cette année, même pour les choses négatives, au pire… inventez !

Bonheur

En 2018,

Ça n’avait pourtant pas bien commencé : suite à une erreur médicale, je venais de me faire opérer et je marchais (difficilement) avec des béquilles et une gouttière au genou. Mais finalement, c’était une bonne année…
Je ne suis tombée qu’une seule fois et, comme je ne suis pas allée aux urgences et que je me suis soignée toute seule, la plaie, assez conséquente n’a pas infectée. Au bout de trois semaines, seules quelques rougeurs subsistaient.
Je n’ai été hospitalisée que deux jours, et encore, juste pour un examen. Mauvais point : je n’ai pas encore inaugurée la magnifique clinique de Nouville…
J’ai réussi à créer avec Raphaël, mon petit-fils, des moments privilégiés de complicité et de fous-rires
J’ai animé 3 ateliers d’écriture différe
nts qui m’ont apporté beaucoup de joie. J’ai même été invitée au SILO à ce titre.
J’ai d’ailleurs, avec la participation de mes chers amis écrivants pu éditer un livret, sans prétention de quelques-uns des drôles de métiers, et croyez-moi, j’en suis fière, de moi et de vous !
J’ai reçu, tous les jours, l’amour indéfectible de Zaza.
J’ai été présidente d’une association quelques mois, seulement… J’ai eu l’opportunité de proposer des activités variées et de les faire financer par divers organismes.
J’ai eu des samedis soir drôles et alcoolisés en bonne compagnie.
Noël a été une fête géniale, et pour une fois, je n’avais pas le bourdon, et si la Saint-Sylvestre a été inexistante, on s’en fout…
Bref, cette année qui ne sera peut-être pas à noter dans les annales fut une très bonne année, car, comme vous l’aurez deviné, pour moi, l’absence de malheur est déjà un grand bonheur !
Fabienne

A priori cela se présentait bien, a postériori, je pense que je m’en suis bien sorti.
J’ai  passé la dernière semaine de 2017 à Melbourne. Une nuit dans chaque quartier, grec, libanais, turc, italien, sud-américain, javanais. La dernière nuit je ne sais plus très bien où la situer. Sûrement en Australie. C’est dire que mon réveillon fut down under, dans les tréfonds.
Le 1er janvier, on me transporta inconscient et en ambulance au King Henri Hospital. Des urgences, de la réanimation, du bloc, du post-opératoire, je ne vous dirai rien. On ne m’a pas raconté, la psychologue n’a pas voulu. Le 15, les infirmières ont fêté au mousseux mon réveil. Incroyable, m’ont-elles dit. Vous avez survécu à 13 pontages dont un triple et deux doubles, une première dans ce pays ! La presse locale, régionale et même sud-pacifique a relaté cet exploit. Sur la photo, le chirurgien pose devant moi comme devant son premier rhinocéros. Le reste de janvier a été consacré à une réadaptation forcenée. Jamais je n’avais été dans une si belle forme. Je revenais de l’enfer.
Ma tendre épouse est venue me chercher en automobile. Au premier carrefour elle a pris à gauche dans la file de droite. Choc frontal. Son air-bag a fonctionné, pas le mien. Au centre de réadaptation, tout le monde m’a reconnu malgré mes quatre prothèses sans compter les clous, vis et autres objets métalliques dont une plaque me renforçant le front. Ma cicatrisation rapide a étonné. Février est vite passé : moins de jours. A la fin du mois, on a organisé une petite fête. Article et photo dans la presse locale et régionale. La cheffe de service de réadaptation orthopédique a posé devant moi comme devant son premier robot ménager.
Début mars, j’ai décidé de quitter le centre seul, en bus. Sous l’effet des médicaments et grisé par le pot de départ, je me suis trompé de ligne. Le conducteur m’a réveillé au terminus dans le désert de Simpson. J’ai su après que ce n’était pas si loin de Coober Pedy. J’ai survécu un mois grâce à l’ombre de l’abri, la citerne de réserve et vingt kilos de corned beef. En rigolant, le conducteur de l’autocar mensuel, le même qu’à l’aller, m’a dit qu’il allait me faire payer demi tarif vu les 25 kilos que j’avais perdu. A notre arrivée à Melbourne un reporter nous a pris en photo devant la calandre, the survivor. Le chauffeur a posé devant moi comme devant son premier kangourou écrasé.
La compagnie des bus et le Herald Sun m’ont payé une semaine dans le meilleur hôtel de la ville. Je l’avais bien mérité cette suite King Henri au dernier étage. La deuxième nuit,je l’ai passée dans la boite de nuit au sous-sol. Alcool à gogo puisque je ne conduisais pas. Au petit matin, dans l’ascenseur j’ai réussi à trouver le bouton du 77ème étage. Enfin je pensais. L’engin s’est arrêté et je me suis endormi. Ils m’ont réveillé en sursaut. J’avais malencontreusement pris un monte-charge annexe et la trappe était trop petite pour me laisser passer mais assez large pour les petits plats servis en abondance et qui ne pouvaient que me faire grossir énormément.  Cela leur a pris tout avril pour défoncer le mur sans faire tomber le monte-charge du haut du 75ème étage. Tiens, j’étais presque arrivé ! Pour  le mensuel de l’hôtel on a pris un cliché. Le directeur a posé devant moi comme devant son premier lutteur de sumo.
En mai, fais ce qu’il te plait. Je me suis payé une croisière vers la Tasmanie sur un petit yacht de luxe. Vous connaissez les tempêtes de la mer de Tasman. Eh bien, la mienne était pire. Avant que le navire ne sombre j’ai réussi à me glisser dans la capsule de survie dont je ne m’étais jamais éloigné. Miss Victoria qui m’accompagnait pour les vidéos s’est noyée derrière mon hublot, arrachée par une vague monstrueuse. J’ai dérivé tout le mois jusqu’à Kangaroo Island.
Sur la plage, j’ai pu m’extraire de cette boite de conserve sous l’œil goguenard des lions de mer. Là, un gigantesque incendie m’a poursuivi de ses assiduités, me grillant comme une merguez. J’ai pu me mettre à l’abri dans une grotte pour touristes. J’étais seul mais les stalactites étaient magnifiques, l’eau en abondance et la lampe Coleman a duré tout le mois de juin. J’ai enfin entendu la pluie et me suis dit que je pouvais sortir. Finalement je n’étais pas très loin de l’embarcadère du ferry pour Adélaïde. J’étais couvert de suie, noir comme un aborigène. Le capitaine a pris un selfie de nous deux et l’a mis sur Facebook. Il a posé devant moi comme devant son premier soutier.
A l’arrivée, la police m’attendait. En comparution immédiate un juge perruqué qui ne parlait pas comme moi m’a condamné à un mois de tôle pour black facing sur un ferryboat. Juillet était commencé et il a été magnanime : jusqu’à la fin du mois cela ira. A la prison j’ai traversé le quartier des petits délinquants avant ma douche. Ma réputation était faite. Les cris simiesques ont fusé. La veille de ma sortie, comble de l’humour anglo-saxon, on m’a entièrement passé au cirage noir. Pour le calendrier de la prison, le directeur a posé devant moi presque nu (pas lui, moi) comme devant son premier chimpanzé.
Août se présentait bien. J’avais besoin d’oxygène. J’ai  pris le train pour les Blue Mountains. Aucun incident de parcours, ce qui m’a surpris. J’ai mis mon équipement de randonnée avec eau et nourriture, on ne sait jamais. On m’a conseillé Sublime Point et en effet il n’y avait personne. Les membres engourdis par le froid je suis tombé dans une petite crevasse. Avec mon expérience des choses de la vie, j’ai bien senti que je m’étais cassé quelques choses. Ils ont mis une semaine à me retrouver et août s’est terminé à la clinique St Vincent. Le chirurgien a été très heureux de retrouver toutes mes anciennes pièces grâce à un aimant de son invention. Il en a mis un tas de nouvelles car a-t-il dit : « en six mois on a fait des progrès et j’ai un bon pourcentage sur les alliages neufs ». Pour le Kings Cross Nightly, il a posé devant moi comme devant sa première caisse à outils.
Septembre a été joyeux au centre de rééducation près du zoo de Taronga. J’ai essayé de le visiter mais le sas de sécurité détectait tant le métal qu’ils ont cru que j’avais avalé une AK 47. Même le certificat médical que m’avait fait la femme de ménage n’a pas suffi à les convaincre. Le personnel a été très gentil. Comme je me déplaçais trop à leur goût (« trop coquins ces petits Français ! »), ils ont mis sous mon siège un aimant en néodyme qu’ils enlevaient pour la promenade. Ils ont tous posé devant moi comme devant leur première boussole.
Octobre a été facile. Les médecins m’ont conseillé de ne plus me peser. Je n’avais pas grossi mais je m’étais beaucoup alourdi. J’ai donc fait de la musculation. En squat en particulier. Malheureusement, mon quadriceps droit a claqué : rupture du chef antérieur. Au centre de rééducation ils avaient gardé l’aimant spécial marqué à mon nom. On me faisait beaucoup de musculation passive électrique. Pendant ce temps là, aimanté, je regardais tous les sports à la télévision. La femme de ménage, toujours aussi gentille a passé des heures à m’expliquer le cricket et l’australian rule.  Je suis sorti de là plein d’énergie. La technicienne de surface a posé avec moi pour « nous deux » comme avec son premier Ribery.
J’ai loué un studio à Darling Harbour pour le mois de novembre. Il faisait beau et je me promenais souvent. Je m’imaginais en robocop croyant percevoir des cliquetis prothétiques. Avant mon retour à Nouméa je voulais acheter de petits souvenirs. Dans un magasin bimbelotier je manipulais de petites maquettes métalliques de l’Opéra, du Harbour Bridge, du Tower Eye. Tous ces petits objets passaient dans mes manches sans que je ne m’en rende compte. La vendeuse asiatique a plissé les yeux, si possible.  Les vrais robocops sont arrivés. A la prison de Sydney ils n’ont pas voulu me croire. Heureusement la psychologue bilingue qui me suivait a mis un jour un soutien-gorge métallique qui a été irrésistiblement attiré par mon poignet droit. Elle a reproduit plusieurs fois le phénomène, de plus en plus près de son bonnet C, de plus en plus rouge. Cela avait l’air de lui plaire. Dans son rapport (non pas celui-là), elle a clairement déclaré que mon magnétisme était « à l’insu de mon plein gré ». Décolleté largement ouvert, la psy a posé devant moi comme devant son premier amant (pardon aimant).
Pour Noël, on m’a finalement expulsé d’Australie comme délinquant récidiviste léger (mais dense). Pas de casier judiciaire car personne n’aurait voulu en croire les épisodes.
En arrivant, j’ai appris que ma femme avait déposé une demande de divorce à torts partagés. Pas de photo !

Finalement, c’était une bonne année !
Bertrand

Exercice : Les douze coups de minuit venaient de retentir…

Minuit

Douze coups

 Les douze coups de minuit venaient de retentir.
Vous serez étonnés. C’est la sonnerie de mon téléphone. Les douze coups de Big Ben. Cela me remémore ma vie de prince arabe dans ce grand appartement de front de Tamise, près de Tower Bridge. Chaque nuit, par tous les temps, je sirotais sur ma terrasse abritée, un armagnac quinquagénaire comme moi. Le liquide doré était un plaisir que je croyais inégalable. Ces douze coups rythmaient mon temps. J’étais vivant, bon vivant.
Maintenant, il est rare que je décroche quand j’entends cette sonnerie de l’ancien monde. Je suis vêtu d’une tunique safran et ma cellule a une vue imprenable sur l’Himalaya.
Bertrand

Les douze coups de minuit venaient de retentir… ça y est !!! Nous étions le 1er janvier 2000. En cette nuit de la Saint-Sylvestre, tout le monde réveillonnait.. ou presque et moi, obscur petit hackeur, je venais de mettre en panne tous les ordinateurs de la planète et le monde entier m’appartenait !
Fabienne

21 décembre, 2018

Joyeux Noël 2018 !!!

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:10

Je vous souhaite une très joyeux Noël 2018 !!!

Qu’en ces temps de souffrances et d’agitation, Noël soit une trêve de bonheur en famille !!!

noel

20 décembre, 2018

Atelier d’écriture du 17 décembre 2018

Classé dans : Liens,Non classé — joie55 @ 4:49

DEVOIR : trouver une origine à l’expression « cordon bleu »

cordon

Cordon bleu

Au générique, quatre personnages en quête de hauteur, sans aucun espoir, mais arborant un sourire avantageux. La maquilleuse avait le pouvoir de blanchir les dents les plus nicotinées. L’action se déroulait dans un studio-cuisine à l‘américaine : plan de travail central avec hotte à flux laminaire. L’accessoiriste avait oublié d’éteindre la lampe chauffante ce qui donnait un ton bleu électrique à la chevelure d’Adélaïde. Bien que l’émission ait commencé, le technicien étourdi passa dans le champ pour faire cesser la lumière et la ventilation qui décoiffait la longue mèche que Fernand avait rabattue sur le sommet de son crâne. Il ne trouva pas tout de suite l’interrupteur et ronchonna sur le caractère cancérigène de ces lampes. Par pur réflexe, Luigi essuya son long nez avec un torchon. Celui-ci avait servi à écailler les huitres il y a deux semaines pendant l’émission « fruits de mer sous les tropiques». Quelques morceaux d’écailles nacrés se prirent dans ses poils de nez. Fort heureusement dit la voix off type Léon Z., les ondes hertziennes ne vous transmettent pas l’odeur qui faisait grimacer Luigi. La maquilleuse s’approcha avec un coton-tige pour récurer. Par réflexe inadapté que l’on doit attribuer au trac, Luigi lui présenta l’oreille gauche, tout en souriant à la caméra. Il avait joué pilier droit au rugby. Dans ce chou-fleur la fardeuse ne trouva pas l’orifice monaural et décida de s’abstenir. Luigi se moucha donc dans ses doigts. Nous étions bien en direct. Adélaïde, la plus expérimentée, était tirée à quatre épingles. A son âge tout espoir de se faire épingler semblait illusoire. Elle se rendit compte qu’un de ses faux ongles noir corbeau pourrait se détacher. Délicatement, en contrôle, elle glissa son index entre ses maxillaires. Une forte striction assura l’adhérence. Mais en se retirant, le doigt entraîna sur son ergot une fibre de la mangue qu’elle avait déchiquetée au dessert. Ce fut du plus bel effet : orange sur noir. Le caméraman adroit fit un gros plan. Un muscadet, dit tout haut Fernand, l’humoriste du groupe qui suivait sur l’écran de contrôle. L’image en hoqueta de plaisir. Pour la fin du générique de début, le réalisateur remit le plan général. La musique était la même que celle du feuilleton gymnaste de Véronique et Davina. Le programmateur, ingénieur du son, intendant, archiviste, script et balayeur n’avait pas eu le temps de trouver mieux et on le comprend. Il regardait un match sur TVX.
Bien répartis sur ce plan large, alignés derrière le plan de travail, nous avions nos quatre cuisiniers compétiteurs. De gauche à droite : Fernand, retraité bedonnant de 71 ans. Curieusement, la fréquentation routinière de sa cave lui avait donné un teint hâlé. A moins que la maquilleuse ait ocré sa roséole oenolique. C’était le boute-en-train de l’équipe. Son grand-père lui avait légué un recueil de blagues et il s’en tenait là. Ensuite Alix, helvéto-autrichienne, une blonde échevelée de caractère affirmé. En supposant, elle aurait pu être en fin de quarantaine, c’est dire qu’elle était célibataire. Comme elle n’était pas très grande, son décolleté imposant prenait appui sur le plan de travail. L’audimat grimpait quand elle se penchait pour remplir le verre de Fernand. A sa gauche Luigi, qu’on aurait pu nommer Aldo un demi-siècle plus tôt, quand il n’avait pas besoin de médicament pour l’ascension. A l’époque il était moniteur d’alpinisme, toujours dernier de cordée. Il assurait et rassurait les arrières. Son accent zozoteur donnait une touche exotique transalpine de bon aloi. Alix, sa voisine de droite lui provoquait un strabisme divergent mamellotrope qu’il avait du mal à corriger. Le réalisateur télé admettait ce léger défaut puisqu’il avait le même mais convergent. A l’autre extrémité, pas très loin de la dernière (extrémité), Adélaïde aurait pu être une veuve joyeuse si elle n’était vêtue de noir jusqu’au bout des ongles. Son dentier dernier modèle Villeroy et Boch avait son éclat rehaussé par un rouge à lèvres anthracite. A son grand regret l’outil masticateur comportait des espaces inter-dentaires trop larges type garde manger bonne haleine. Cette émission de télévision n’était pas son premier choix. On l’avait refusée à l’atelier de couture pour une raison foireuse : sa maladie de Parkinson. Pour l’atelier de cuisine on lui faisait sucrer les desserts.
Voilà le générique initial se termine et les présentations sont faites. Pour commencer c’est Fernand qui cause. Il aurait bien voulu garder son béret et sa baguette sous le bras, ne pas trahir (ou trahir) ses origines populaires. Le metteur en scène lui a expliqué que cela lui ferait de l’ombre. Fernand annonça la recette du jour qui, c’est amusant n’est-il pas, reprenait le titre de la série : cordon bleu, vertubleu. C’est une recette bien française souligna-t-il. Autrichienne, glapit Alix, c’est un schnitzel, une escalope à la viennoise. Pas du tout, renchérit Luigi, une escalope milanaise, lombarde. Et c’est nous qui avons placé les petits rubans bleus qui en assurent le maintien et lui donnent son nom. Adélaïde dont le grand-père était titulaire de l’ordre du Saint Esprit (cordon bleu), de St Louis (cordon rouge) ou de St Michel (cordon noir) se confisait et se confinait dans ses quartiers de noblesse en attendant de passer au quartier de viande. Tous des porcs pensait-elle, foutrebleu !
Fernand enchaina. Voyons les ingrédients. Quatre barbaques très pâles étaient placées sur des planches à découper devant les quatre impétrants pénétrés de leur rôle. De la dinde dit Alix qui s’y connaissait. Du veau comme pour tout bon Français assura Fernand. Du poulet, petta di pollo, articulait Luigi qui malaxait déjà la carne pulpeuse. Du cochon, tel qu’en vous-mêmes s’énerva Adélaïde. Comment  pourrait–on construire l’Europe avec de tels individus ?
Chacun prit délicatement la bidoche anémique et la coupa en deux dans son épaisseur. Soit façon portefeuille ou bien en deux rectangles, en deux carrés, en deux ovales. Pour chacun, selon la forme du moment.
Maintenant il était absolument nécessaire d’aplatir au maximum l’escalope. A cet effet l’accessoiriste fournit du film transparent pour envelopper sans saloper. Cela colla aux doigts gras et finit en boule pour Adélaïde. Pour écraser, les hommes choisirent le plat de longs couteaux. Alix avait opté pour le maillet et cogna dur, non-violente contrariée. La viande battue était attendrie (que Mme Robin nous pardonne). Fernand n’eut pas le courage d’en plaisanter. Alix tint toujours fermement son maillet.
Ce fut le moment de découper le jambon à la bonne dimension, c’est à dire un peu plus petit que la viande. Du jambon à l’os s’écria l’osseuse Adélaïde, du prosciutto di Parma s’agaça Luigi. Pour Fernand ce ne put être que du jambon de Paris. Vous n’y connaissez rien. Le plus goûteux c’est le jambon cuit dans l’asphalte saliva Alix, en tranches épaisses de près d’un centimètre ainsi qu’on le sert à Fribourg.
Enfin le fromage. Il n’est de gruyère que de Suisse chanta à la cantonade Alix, dont le maillet n’était pas loin. Et sans trous je vous prie. C’est un fromage, pas un golf, sacrebleu. Personne n’en contrevint, parbleu.
Fernand, qui n’avait pas compris le trait d’esprit d’Alix, replia soigneusement son cordon, vertubleu. Chacun faisait son chausson et ils furent parfaits. Sauf celui d’Adélaïde dont le fromage dépassait. On n’avait pas osé  lui confier d’arme blanche pour enlever le superflu. A la rigueur pour hacher menu des oignons.
Deux assiettes avaient été préparées à l’avance par l’accessoiriste prévoyant. Les œufs battus qu’Alix rebattit vaillamment. La panure de vieux pain et non de biscottes comme le regrettait Adélaïde. « Manque la farine » jappa Fernand le bienheureux. Les autres furent contrariés de cet ajout sacrilège. Néanmoins le machiniste présenta une assiette de recoupette sous le nez de l’exigeant. Fernand poussa un long soupir de soulagement créant un brouillard que seules les caméras de télévision pouvaient percer.
Quatre poêles avaient été préchauffées.  On fit les divers trempages, deux ou trois et la cuisson débuta dans de joyeuses fricasseries. Le temps de friture était variable selon que la chair d’escalope était faible ou non. Fernand exigea une cuisson intermédiaire au four, pour cuire à cœur, dit-il pompeusement. Cela provoqua un retard et il ne put montrer son œuvre culinaire qu’après la fin de l’émission, soit hors délai, ce qui lui valut le cordon noir. Luigi était ravi. Son cordon bleu était doré même si l‘intérieur du poulet était rosé. Stupeur et tremblement. Le cordon bleu d’Adélaïde n’était même pas bleu. Pas cuit du tout car un geste spastique tumultueux avait, dès le début, projeté l’objet de ses soins hors de la poêle, jusque sous le fauteuil du régisseur. Heureusement il n’est pas tombé coté confiture ironisa Fernand que la défaite avait aigri. Alix savait depuis le début qu’elle était la meilleure au schnitzel. A la manière d’un footballeur de la Nati elle brandit très haut son assiette de cordon bleu. Puis après avoir reposé son escalope à la viennoise, elle frappa trois coups de maillet : victoire adjugée !
La musique de Véronique et Davina clôtura la fête. Cependant nous ne vous montrerons pas nos quatre protagonistes sous la douche. En profond désaccord sur la qualité de leurs œuvres ils refusèrent de la prendre ensemble.
Il est possible que les téléspectateurs de la chaine de TV locale Bernheim aient été intéressés, s’il y en eut.
Bertrand

Le-Cordon-Bleu

Il y a fort fort longtemps, dans le royaume du roi Jean, c’était un peu la pagaille. Et cette pagaille venait des jeunes. Ils étaient désœuvrées à longueur de journée et tout était prétexte pour faire un mauvais coup, ou simplement pour rigoler. Les habitants n’en pouvaient plus et le roi ne savait plus à quel saint se vouer pour faire cesser les actions de ces petits voyous. Il fit venir son conseiller particulier qui ne lui proposa rien qui lui convint. En désespoir de cause, il alla voir sa vieille nounou qui était toujours pleine de bon sens.
-       Sire, si les jeunes font autant de coups pendables, c’est qu’ils s’ennuient. Il convient donc de leur trouver des occupations qui leur plaisent, leur donnent le sens des responsabilités et les valorisent. Tout d’abord, tu devrais les mettre en concurrence pour qu’ils essayent de se surpasser. Fais donc des groupes et demande-leur de faire des choses extraordinaires.
Le roi trouva cette idée excellente et, après avoir bien réfléchi convoqua tous ses sujets dans la cour du château.
-       Mon bon peuple, si je vous ai convoqué ce soir, c’est pour vous annoncer que nos jeunes devront accomplir des missions de la plus haute importance pour le bien de tout le village.
Les jeunes, habitués à ce qu’on les gronde, les rabroue ou les punisse trouvèrent ce nouveau discours à leur goût.
-       Tout d’abord, vous allez former six groupes.
Les jeunes se regroupèrent par affinité, ce qui était nouveau aussi, car on avait plutôt tendance à les séparer.
-       Il y aura le groupe blanc, le noir, le jaune, le rouge, le vert et le bleu. Chaque groupe devra trouver et sa mission. Je vous laisse jusqu’à demain soir pour y réfléchir.

Le lendemain, le petit village fut très calme et chacun put vaquer en toute quiétude à ses activités. Dans tous les coins, il y avait des groupes de jeunes qui discutaient passionnément et les habitants commencèrent eux aussi à trouver l’idée géniale.
Le soir, tous se retrouvèrent à nouveau réunis. Les six groupes étaient là, attendant bien sagement. Ils étaient tous vêtus à leur couleur.
Le chef du groupe blanc s’avança.
-       Sire, ce que nous allons faire, c’est de la magie blanche. Nous partirons dans la forêt voir les anciens druides afin qu’ils nous expliquent les plantes bonnes à soigner et les sortilèges de bonheur et de joie.
Le roi était content :
-       C’est une très bonne idée ! Nous avons besoin de soigneurs et de joie ici !
Le chef du groupe noir vint à son tour :
-       Sire, nous, nous apprendrons à repousser les forces obscures. Dès demain, nous partirons voir la Fée du lac et nous y resterons jusqu’à ce que nous puissions rendre le village imperméable aux mauvais sorts
Puis ce fut le tour des verts :
-       Sire, nous, nous apprendrons à soigner la nature, à faire pousser des légumes, des fruits et des plantes afin que le village n’ait plus jamais faim.
-       J’avoue que vous m’impressionnez !
Les jaunes, quant à eux proposèrent :
-       Nous avons bien observé le royaume, Sire, et sans vous faire offense, nous avons remarqué que vous seul êtes habilité à prendre des décisions, certes avec des conseillers, mais ces conseillers quelquefois ne vous conseillent pas bien. Aussi, avons-nous décidé de nous former à la chose publique, d’écouter les doléances et les souhaits du peuple et de vous en faire part afin que chacun puisse vivre plus heureux.
Le roi tiqua un peu, mais accepta malgré tout.
Puis vinrent les rouges :
-       Sire, si vous le voulez bien, nous serons votre armée. Nous défendrons notre village des envahisseurs. Nous allons nous former au métier des armes. Nous avons avec nous les deux fils du forgeron qui nous apprendrons à fabriquer des épées.
Le roi était très content car ses gardes avaient plus le goût de la chopine et des jupons que celui de la guerre.
Enfin, les bleus se présentèrent devant lui.
-       Sire, en ce qui nous concernent, nous voulons apprendre à faire de la bonne, de l’excellence cuisine, agrémentée des vins les plus fins afin que nos villageois aient tous les jours la joie au cœur.
Le roi était ravi.
-       Je savais que je pouvais compter sur vous et vous ne m’avez pas déçu. A chaque groupe, je vais donner un objet qui symbolisera sa mission.
Ainsi, les blancs reçurent une branche de gui, les noirs une baguette magique, les verts un pot de fleur, les rouges des lunettes (pour voir rouge !), les jaunes, des gilets et les bleus, un cordon.
Tous les groupes se surpassèrent pour réussir. Certains avec plus ou moins de succès, mais au moins, le village vivait désormais en paix.
Les bleus furent particulièrement studieux et efficaces et régalèrent tous le village de plats succulents. Ils devinrent ainsi des « cordons bleus ».
Fabienne

Exercice : les petits papiers

Une main – un pied – un œil – un ventre – une bouche – un nez – une oreille – une cuisse – une dent – un cœur – une épaule
Généreux – timide – volage – susceptible – coléreux – débrouillard – artiste – torturé – cruel – menteur – suicidaire
Chacun tire un nom (1) et un adjectif (2) et doit faire un texte avec l’adjectif qui doit se rapporter au nom tiré.

timide

Arlette était fine et élancée. Ses longs cheveux blonds cascadaient jusqu’à la naissance de ses petites fesses pommelées sculptées à la perfection par un jean bien ajusté qui mettait également en valeur deux longues jambes fuselées. lorsqu’on apercevait ses pieds délicats chaussés de vertigineuses sandales à talon aiguille, impossible de ne pas craindre la chute. Contre toute attente, Arlette, telle un mannequin de haute couture, avançait avec une grâce innée et ne semblait rencontrer aucune difficulté à cet exercice.
Autant d’atouts si ouvertement affichés ne pouvaient que déplaire aux autres femmes qui, sans la connaître vraiment lui prêtaient une frivolité extrême.  Néanmoins les apparences étaient trompeuses car sous ce look branché et sexy, voire vulgaire, Arlette cachait une timidité maladive qui lui empoisonnait l’existence. Quand un homme l’abordait, la jolie blonde perdait tous ses moyens et bafouillait lamentablement. Aussi, le plus souvent, l’aventure tournait court.
Survint un jour où le beau Maxence, objet de tous ses rêves et de ses désirs les plus fous, s’approcha d’elle et tenta d’entamer une conversation. Arlette était si émue qu’aucun mot ne pouvait franchir ses lèvres ; C’était encore mille fois pire qu’avec les autres hommes. Ne pouvant laisser passer la chance de sa vie, elle n’eut d’autres recours que d’exprimer par son corps tremblant tout l’intérêt qu’elle lui portait. Elle se pencha donc  légèrement vers  Maxence, avançant avec précaution son épaule timide jusqu’à effleurer sa chemise et lui sourit avec douceur. Il fut charmé et nullement découragé par son mutisme, décida de la revoir… la revoir très bientôt…
Patricia

claque

Elle avait la main coléreuse et tapait tout ce qui bougeait autour d’elle. Cette main ne pensait jamais à caresser, à toucher, à bercer, à soulager… non, cette main n’était là que pour cogner, frapper, taper et punir. C’était triste de la voir toujours ainsi. Mais qu’avait donc pu vivre ma mère pour avoir une main si pleine de colère ?
Fabienne

gardes

Quand le pape Benoit 69 eut ce cruel accident ,le monde entier trembla. Enfin, le Vatican trembla. Euh, seuls tremblèrent les rares touristes de la chapelle septime, celle qui jouxte l’autre, celle qui est taguée.
Le Saint père passait en revue son armée. Celle-ci était constituée de quelques Suisses venant d’un village reculé des Alpes. L’iode manquant à cette altitude, leur crétinerie atteignait des sommets.
Pour que ce défilé festif soit réussi et surtout par crainte de drônes inquisiteurs, les quatre derniers cardinaux ( S, O, N et E) décidèrent, sans en avertir son opulence, un achat somptuaire. Deux scuds portatifs. Le plus grand des crétins, pardon des Suisses, fut chargé des deux engins, un sur chaque épaule. Pour plus de commodité, ils n’avaient qu’une seule télécommande. On la fixa avec un scotch biface sur le front du grand benêt.
La procession virile démarra à l’heure canonique prévue par les astres, sur la place Saint Mars. Pierre n’était plus là !
Au dernier moment, une angoisse métaphysique étreignit le petit Suisse écrémé porteur de foudre. Où me situais-je dans ce cortège ? A la toute fin, mais c’est bien sûr, dit-il en se frappant le front. La suite est connue. Les vidéos sont encore sur FB. Les deux scuds, comme aimantés par son éminence, se dirigèrent vers Benoit qui n’eut même pas le temps de se mettre en prière. Un miracle se produisit néanmoins. Les voies des missiles sont impénétrables. Les deux fusées passèrent « ras la tiare » emportant glorieusement les deux oreilles ecclésiastiques, laissant la queue, trophée immérité. Plus de peur que de mal, hormis les taches de sang sur la soutane blanche difficiles à ravoir. Il fallut en urgence greffer des prothèses acoustiques au Saint Grand Père. On importa de Nouméa deux oreilles de roussette géante. Miracle encore, elles ne furent pas rejetées. De ce moment le prélat suprême entendit tout, y compris les échos des moindres pensées malsaines qui circulent de par le monde. Dieu, que ces oreilles étaient débrouillardes !
Bertrand

12 décembre, 2018

La Fête de l’atelier – 10 décembre 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:28

Prenez des amis géniaux, de bons petits plats, d’excellents vins ou Champagne et vous aurez une soirée TRÈS TRÈS RÉUSSIE !!!!

Au fond, Arnaud et Hélène, puis Bertrand et Patricia. De dos, Françoise et un bout de Marie-Hèlène

Au fond, Arnaud et Hélène, puis Bertrand et Patricia. De dos, Françoise et un bout de Marie-Hèlène

 

Au fond, Chloé, Huguette, magnifique et un morceau de Lucile sur fond de superbe coucher de soleil !

Au fond, Chloé, Huguette, magnifique et un morceau de Lucile sur fond de superbe coucher de soleil !

 

Là, on voit mieux Marie-Hélène et Françoise toujours de dos !

Là, on voit mieux Marie-Hélène et Françoise toujours de dos !

Un petit morceau de Loup, et tous les autres occupés à manger de bonnes choses !!!

Un petit morceau de Loup, et tous les autres occupés à manger de bonnes choses !!!

Un magnifique cadeau pour moi !!! Ils sont trop gentils mes amis !!! Zut, je m'aperçois que j'ai oublié de mettre la boite de chocolats !

Un magnifique cadeau pour moi !!! Ils sont trop gentils mes amis !!! Zut, je m’aperçois que j’ai oublié de mettre la boite de chocolats !

On n’a pas beaucoup travaillé !!! Forcément, pas le temps, mais on a quand même fait le devoir !!! (enfin, certains…)

DEVOIR : Tous les participants doivent écrire un conte de Noël se terminant par : « c’est vraiment une ordure ».

le-pere-noel

C’est vraiment une ordure !

En cette fin d’année 1980, le père Noël était dans une fureur paroxystique ! Un film venait tout juste de sortir, un film dont tous les enfants parlaient, qui les faisait rire aux larmes, et ce film c’était « le père Noël est une ordure ». Et quand le pauvre père Noël avait lu les lettres qu’on lui adressait, il avait constaté avec horreur que 89% des commandes  étaient le DVD de ce film…
Une telle offense était intolérable. Il en voulait à la terre entière : le réalisateur, les acteurs, les spectateurs, les parents et les enfants. Surtout les enfants !
Autrefois, se disait-il, jamais aucun bambin n’aurait osé prononcer cette phrase : « le père Noël est une ordure ». Autrefois, ah ! Autrefois, les parents savaient éduquer leurs enfants, perpétuer les belles croyances… On l’aimait et on le respectait, même quand on ne croyait plus en lui… C’était le bon temps, celui où dans chaque foyer, l’attendait un biscuit, un bol de lait chaud, un petit cadeau, une délicate attention.
Cet affront causa un tel bouleversement dans sa pauvre vieille tête qu’il en perdit la boule.
AH ! AH! Ils allaient voir ! On voulait le tourner en dérision, l’humilier, et bien rirait bien qui rirait le dernier, de dit-il en enfilant sa houppelande qu’il avait teinte en noir et en sautant dans son traineau. Les rennes ne le reconnurent pas et s’emballèrent, parcourant le ciel en zigzaguant à la vitesse de la lumière… Les quelques personnes qui levèrent la tête ce soir-là virent des éclairs zébrant les ténèbres d’une inquiétante manière tandis que les sabots des rennes martelaient la nuit  dans un vacarme infernal.
Le père Noël avait rameuté tous les lutins à son service et ils faisaient leur possible pour le suivre dans sa sarabande. Ils avaient pour mission de récupérer tous les jouets que tous les parents déposaient désormais sous l’arbre puisque aucun ne faisait plus confiance au vieux bonhomme. Pas un ne leur échappa, aucun foyer, aucune cabane, aucune hutte, même la plus pauvre…
Alors le père Noël, sous ces sapins vides, déposa une crotte de renne sur laquelle sa carte de visite était plantée. Tous les foyers, toutes les cabanes, même la plus pauvre  hutte, y eurent droit !
Puis il remonta chez lui pour tranquillement siroter un whisky de douze ans d’âge en savourant par avance  la sidération des enfants et leur déception. Il riait aux éclats en imaginant leurs bouilles en larmes…
Vous vous demandez ce qu’il fit de tous ces jouets collectés ? Vous croyez peut-être qu’il les distribua aux pauvres, aux sans abri, aux sans rien ? Que nenni ! Il les écrabouilla tous pour en faire des sculptures post-modernes qui allaient rivaliser avec celles de César.
Ce père Noël-là n’était ni Zorro ni Robin des bois, ce n’était pas un justicier, c’était vraiment une ordure !
Huguette

fauteuil

Ordure !

Non ! Ne me regardez pas. Je suis ignoble, repoussant. Non, vous-ais-je dit. Or çà, vous n’avez pas pu vous en empêcher. L’abjection attire le regard, puis les commentaires.
Jadis, j’étais beau. Le dos large, les bras puissants, les pieds délicats. J’avais un certain style. S’il fallait se sentir distingué, on me préférait. Voyez le désastre. Qui me reconnaîtrait ? Toutes mes anciennes photographies ont été détruites. Je suis hideux, sordide. Vous continuez de me contempler ? Vous avez l’esprit bien sadique. Ne ressentez-vous pas l’infamie ? Je ne suis plus qu’une balayure, une rognure, un coprolithe… Le pire est que celui qui m’a transformé en immondice en est fier.
Quelques heures, quelques jours, quelques mois plus tard. On ne sait, le temps ne s’écoule plus vraiment dans le monde de la laideur.
Je vis un rêve, un conte de fée ! Corice, ma belle marraine s’est penchée sur moi, du moins sur ce qu’il en reste. Étant son filleul, elle m’a trouvé un formidable prénom : Ulysse. Elle m’a promis que je serais célèbre, que je voyagerais beaucoup et pas seulement parmi les îles grecques. Étrangement, mais je ne lui en veux pas, elle aime beaucoup mon tourmenteur. Elle le désigne à tous comme Arman, mon amant. Elle l’a convaincu qu’il devait me montrer à tous, surtout dans cet état. Si vous saviez comme elle est belle. J’aurais tant aimé qu’elle me chevauche. Je sais pourtant que je ne partagerai pas son intimité, et pour cause.
Voilà ! C’est décidé. Mon phantasme, mon délire ambitieux se réalise. Nous partons tous pour Paris. Demain, par avion spécial, tout confort en première classe, dans la ouate. A l’abri du moindre accroc, du moindre choc. Je n’aurais jamais imaginé cela. Après m’avoir rendu immonde et même turpide, on veut maintenant me conserver in integrum. La moindre poussière nuirait à mon image. Quelle ironie !
Haut les cœurs ! Je vais être célèbre. Le clou de la revue, au centre de toutes les attentions, pendant trois mois. La plus belle salle, la plus vaste, nous sera réservée. Des dizaines, des centaines, des milliers d’amateurs, de curieux, d’intellectuels, d’esthètes passeront et repasseront devant le cube de verre transparent où je trônerai. Je lirai tout de leurs expressions. La surprise, le dégout, l’ironie, la peur, l’admiration, la réflexion, l’interrogation, jusqu’à l’extase métaphysique. Toutes les célébrités viendront faire leur cinéma devant moi. Cela va-t-il me rendre plus beau ? Si vous êtes affreux jusqu’au méprisable et qu’une seule personne au monde vous dise que vous êtes beau. Alors, alors…
Cette exposition des œuvres d’Arman terminera l’année 2010 au Centre Pompidou. Elle s’intitulera « Poubelles » au pluriel. J’en serai la star, moi Ulysse, le fauteuil cassé et carbonisé, coulé dans la résine noire, pour les siècles des siècles. Je vais choquer le bourgeois qui est en vous.
Quand vous sortirez de Beaubourg, je suis sûr que vous vous poserez la question : « c’était vraiment une ordure ? »
Bertrand

Il était une fois, très très loin dans le pays du froid et des glaces éternelles, un petit lutin qui s’appelait  Balthazar. Balthazar était un lutin mais un lutin très méchant qui ne pensait qu’à embêter les autres et à créer des disputes. C’est vrai que quand on connaissait un peu ses  histoires de famille on comprenait  pourquoi il était toujours, toujours en colère mais quand même, il était vraiment très méchant !
Ainé d’une fratrie de douze enfants, il avait dû aider sa pauvre maman, toujours dépressive et fatiguée,  à élever ses frères et sœurs car son père, ivrogne notoire ne travaillait guère et buvait toute sa paye.  Cet homme était si violent que lorsqu’il tabassait femme et enfants, il ne s’arrêtait  qu’à la vue  du sang giclant sur les murs  et, évidemment, quand il avait trop trop bu (ce qui arrivait quasiment toutes les fins de semaine), il ne distinguait plus filles ou garçons et violait au hasard, selon ses capacités, un ou  deux  membres  de sa famille.
Bien évidemment, ayant grandi dans cette ambiance délétère, la faim au ventre et la rage au  fond de l’âme il ne fallait pas s’attendre à en faire un enfant de cœur mais quand même Balthazar  était devenu très très méchant !
Une année, en souvenir de tous ces noëls qu’il n’avait pas fêtés, il décida de frapper un grand coup en cette période de joie et de ripaille qu’il exécrait.  Il prit donc la plume (en fait l’ordinateur parce qu’il était moderne et que ça allait beaucoup plus vite) et adressa un mail à tous les parents  les informant des difficultés exceptionnelles d’approvisionnement en jouets suite à de brusques avaries sur les chaines de montage des usines chinoises et indiennes. Les prix allaient donc monter en flèches d’autant que, compte-tenu de la pénurie, les jouets fabriqués dans les autres pays seraient également hors de prix. Avec ces fausses informations il espérait créer des mouvements de foule impossibles à gérer  et mettre le bazar  dans toutes les villes. Emporté par son désir de vengeance, Balthazar ne pouvait s’en tenir  à si peu de choses. Il fit donc courir d’abominables rumeurs : les jouets restant sur le marché seraient tous de piètre qualité et même dangereux.  Il paraitrait qu’on ait pu constater d’importantes  émanations toxiques dues à  certains composants. Des enfants auraient été hospitalisés… certains seraient même morts dans d’atroces souffrances… Quand aux petits enfants on leur révéla, sans ménagement, que leurs géniteurs étaient de fieffés menteurs. Cette histoire de père Noël n’était qu’une intox destinée à les berner et à tenter de les assagir.  Bref ! On les avait pris pour de sombres idiots ; il ne fallait donc faire confiance à personne et surtout pas aux parents, ces créatures malfaisantes qui infligeaient des punitions et limitaient les heures d’accès aux jeux vidéo. Comme balthazar l’avait espéré, ce fut une belle pagaille et un scandale mémorable !
Hélas ! Malgré  cette brillante action coup de poing destinée à lui servir d’exutoire, notre petit lutin méchant s’étouffait toujours dans sa rancœur. Ne connaissant rien aux vertus apaisantes du pardon et de la gentillesse, il ne pensait toujours qu’à nuire et à faire souffrir tous ceux qui avaient le malheur de s’approcher de lui. Avec les années, de grise son âme devint aussi noire et aussi sèche qu’un morceau de charbon. Le changer relevait désormais de la pure utopie et on pouvait dire sans exagérer qu’à présent, c’était vraiment une ordure.
Patricia

gilets-jaunes

Cette année, le Père Noël avait troqué son bel habit rouge contre un gilet jaune. Il fut évidemment tout de suite arrêté par la police… pour outrage aux bonnes mœurs : il pensait que le gilet jaune était suffisant et ne portait donc rien au-dessous.
Il fut relâché dans la journée, les policiers ayant, en ces temps incertains, d’autres chats à fouetter. Toutefois, ne pouvant le laisser filer ainsi, ils lui dénichèrent une jupe de policière. Il n’y avait plus un seul pantalon.
Le Père Noël, désœuvré et ne sachant comment occuper cet après-midi de décembre, entra dans un bar. Sûr que, s’il avait voulu, il aurait eu plein de travail ; c’était normalement la période où il faisait le plus d’heures supplémentaires. Mais là, il n’avait de goût à rien. Ce n’était vraiment pas une sinécure son métier : ne rien foutre de toute l’année, sauf surveiller ces imbéciles d’elfes qui bossaient pour lui, dans un coin paumé et glacial où il n’avait aucun voisin ou ami à la ronde, pas même un petit troquet. Alors, il trainait sur son canapé rouge en s’apitoyant sur son sort tout en dévorant des chocolats (d’où son embonpoint). Et puis, en une seule nuit, travailler comme un forcené, il en avait vraiment marre ! C’est pour ça, qu’intentionnellement, il mélangeait les cadeaux et refilaient des trucs vraiment pourris juste pour se marrer.
Alors, quand il poussa la porte du bar, il avait juste envie de faire la fête et de rigoler avec des potes. Sauf qu’il avait oublié qu’il était en jupe. Les types, déjà passablement éméchés, commencèrent par le charrier puis tentèrent de l’embrasser, tout en laissant égarer leurs mains sales sous sa jupe. Alors là, le Père Noël vit rouge et se mit à leur taper dessus, mais il eut vite le dessous car ils étaient nombreux. Ils le jetèrent ensuite dans le caniveau en disant « c’est vraiment une ordure » tout en lui crachant dessus.
Fabienne

4 décembre, 2018

Atelier d’écriture du 3 décembre 2018

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DEVOIR : 5 mots extraordinaires :

Guiderope – labile – maltôte – ophiolâtrie – biaural

chien

Le guiderope

Le guiderope est un grand chien à poils ras que vous n’aurez aucune difficulté à dresser (contrairement à beaucoup d’hommes, je ne vous apprends rien) car il est très labile  : il accepte la laisse dès son plus jeune âge.
Il est économique : point ne sera besoin de vous ruiner en croquettes coûteuses, il mange de tout sans rechigner (j’en vois plus d’une qui comprennent à quoi je fais allusion).
On le recommande  aux personnes âgées en raison de son ophiolâtrie : il remplacera avantageusement les crèmes et onguents sophistiqués car il adore lécher, particulièrement les peaux sèches et rugueuses, qui s’attendrissent sous sa langue habile…
C’est évidemment le partenaire idéal pour les femmes seules en manque d’amour qui souhaitent un compagnon tendre et dévoué à leur plaisir. Pour vous qui avez certainement connu au moins un homme dépourvu de ces qualités, le choix est évident.
De plus c’est un chien sans malice, doux et fidèle (ce qui n’est pas le cas de tous les hommes, vous le savez comme moi). Il vit plus de vingt ans, ce n’est pas lui qui vous abandonnera…
Enfin c’est le chien idéal pour les personnes allergiques et  fragiles. Il est très propre (au contraire de certains messieurs que la douche semble effrayer). Vous pourrez caresser sans inquiétude son poil lisse et doux comme une peau car il ne retient aucun acarien. Sur ce point là encore la comparaison est à son avantage.
Son seul défaut serait peut-être une tendance à la maltôte qui, avec l’âge, pourrait devenir biaurale. Il faudrait alors le confier à un vétérinaire qui pourrait améliorer son état, mais l’opération est longue, compliquée, onéreuse et hasardeuse. Je ne vous la conseille pas. Débarrassez vous plutôt de l’animal en le donnant à un ami que ce défaut n’effraiera pas (ce qu’on peut difficilement faire avec un vieil  homme devenu cacochyme, malheureusement !).
La lecture de cet article du très sérieux guide : Quel chien adopter ? dont l’auteur est la célèbre Françoise Dalta me décida. Malgré son prix exorbitant je décidai d’acheter un guiderope à poils ras…
Pour ma mère qui, la pauvre, à 90 ans, manque de câlins…
Ne m’obligez pas à avouer la vraie raison…Vous la devinez…
Huguette

 

Pere_Noel_ordure

Guy d’Europe était un petit homme vraiment antipathique. Un physique ingrat, un caractère aigri, il n’aimait rien ni personne. Il détestait tout à la fois bêtes et humains et ne semblait supporter que sa présence. Son regard torve et maltôte repoussait les âmes les plus généreuses. Fenêtres et volets étaient toujours clos dans son logis et nul ne savait ce qu’il y faisait. Quelquefois, de drôles de bruits suscitaient la curiosité chez les grands, la peur chez les petits. Quelques-uns le tenaient pour un sorcier, pratiquant l’ophiolâtrie, voire même les sacrifices et l’on chuchotait que nombre de chiens et de chats disparaissaient régulièrement près de chez lui.
La période des fêtes de fin d’année semblait le mettre particulièrement en colère. Il ne pouvait voir un sapin décoré sans le saccager. Il sortait au milieu de la nuit pour arracher et piétiner boules et guirlandes d’un air rageur, puis, satisfait, un sourire labile aux coins des lèvres s’en retournait chez lui. Un soir, il attaqua même le père Noël d’un grand magasin. Il le roua de coups, lui enleva son bel habit rouge auquel il mit le feu. Le pauvre employé, qui n’aurait jamais cru que son métier était si risqué, se retrouva à l’hôpital avec un bras cassé et un traumatisme biaural.
Guy commençait à devenir vraiment incontrôlable, alors, les parents en colère planifièrent une opération commando la nuit de Noël. On ne sut jamais ce qui arriva vraiment mais on n’entendit plus jamais parler de lui et le village retrouva son calme et sa gaieté. Une famille fut logée dans sa maison qui retentissait désormais de rires et de cris joyeux.
Fabienne

images

Après avoir un peu tergiversé, il accepta, non sans regret, la fonction de guiderope. Labile et maladroit, il envisageait avec anxiété sa première journée de travail au sein de cette immense société industrielle, une fourmilière où sa fantaisie naturelle  ne pourrait en aucun cas s’exprimer. Une petite entreprise à taille humaine lui aurait bien mieux convenu mais comment faire le difficile dans une ville où le taux de chômage battait tous les recors, d’autant que l’ophiolâtrie ambiante ne laissait aucune possibilité de dilettantisme. Alors, triste mais résigné, il avala deux comprimés de biaural et partit comme un automate vers sa nouvelle vie, imaginant par avance la maltôte qui, à coup sûr, s’en suivrait. Encore loin de la réalité, il n’était pas au bout de ses peines…
Patricia

topettes

Lui malade !

Guiderope, alias Bébert l’Arsouille, était bien pâle ce matin. Vomir presque tout le jour de la bile était malheureusement devenu une habitude depuis deux mois. Depuis lors, il prenait neuf Biaural par jour en trois prises.  Littéralement, ce médicament contre le maltôte le mettait à plat. Son médecin de famille l’avait prévenu. La guérison possible de son ophiolâtrie était à ce prix exorbitant.  Vingt topettes minimum par jour, c’était sa consommation moyenne. Au Centre ils appelaient cela des fioles, pudiquement. Quand les patients les plus sévèrement atteints se réunissaient le lundi vers 17 H 30 il faisait comme les autres. Il posait le plus discrètement possible son carafon sur la table. Georges, Arnaud et combien d’autres avaient le même geste coupable. Et il savait bien que son maltôte le reprendrait. Cela durerait toute la semaine. Ainsi, il ne pourrait écrire le texte de son devoir expiatoire que le lundi en début d’après midi, s’il pouvait le terminer…
Bertrand

Et la vraie définition de ces mots :
-       Guiderope : corde gisant sur le sol afin de freiner un aérostat pendant les manœuvres
-       Labile : qui n’est pas stable
-       Maltôte : levée d’un impôt extraordinaire
-       Ophiolâtrie : adoration des serpents
-       Biaural : qui concerne l’audition par les 2 oreilles

 

Exercice : une histoire d’amour impossible entre un rond et un carré.

Cercle

Pi au carré !

Pierre Carrée était une personne tout en angles. En angles certes, mais droits. Sa notion de l’ordre tenait de la maniaquerie. Quand il donnait un avis sur un dossier ou un collègue, celui-ci ne pouvait être que tranché, voire tranchant. Combien de têtes plus ou moins bien faites, ce politicien de haut vol avait-il guillotinées ? Cependant (ce ne pendant plus !), à chaque fois la coupure était nette, sans bavures, sans effluents ni de sang ni de salive. La victime changeait de ville, de nationalité, de vie, tel un Monsieur Hulot à la dérive, en vacances.
L’impossible se produisit. Nul ne l’aurait imaginé tant le personnage était solitaire. Sous quelque angle qu’on le regardât il était droit, c’est à dire sans aucune séduction. Seuls les travers régalent. Donc l’impossible. Pierre tomba amoureux. S’étant élevé au plus haut de la société, il ne pouvait déchoir. Ses amours furent plurielles. Lui, Carrée, s’enticha d’un cercle. Pas n’importe lequel, le premier : les quatre premiers personnages de L’État. Il lui fallait prendre place parmi cette élite parnassienne.  Son élation arriva au bon moment. De haut fonctionnaire anonyme pour les médias, il devint Premier Ministre.
Pour le rôle de sa vie il lui fallut un « nom d’artiste ». Raymond, comme Raymond Oliver dont il avait maintes fois fréquenté le restaurant à Langon. Pour le nom : Barre, le gouvernail, une barre franche sensément, pour diriger la bateau France. Cette dignité lui convint. Il s’installa et ses angles s’effacèrent. On lui dédia alors ce joli mot : un homme carré dans un corps rond.
Bertrand

Je suis un cercle, un cercle féminin. Je n’ai ni queue ni tête et ne sais qu’avancer.  Comme je n’ai pas d’oreille, on peut toujours me crier d’arrêter… La vie avec moi est un tourbillon sans fin. Pourtant, depuis peu, je sens que tout au fond de moi quelque chose a changé et que je ne tourne plus aussi rond. Dans mon cœur, (enfin, dans mon centre) tout est chamboulé. Je ressens  un délicieux émoi qui me trouble et me chavire. Je suis amoureuse ! Amoureuse d’un carré, c’est dingue, non ! Je sais, ça n’a pas de sens ! Moi, tout en courbes, lui, tout en angles, en angles égaux, en angles droits, réguliers et sans aucune fantaisie. Seulement voilà, quand il est là,  mon cœur bat, bat très fort et puis vous savez, l’amour arrondit les angles… Je suis heureuse à l’abri de ses murs qui me cernent sans me contraindre. Chacun de ses  quatre coins est un abri douillet où niche sa douceur. Je sais que,  protégée par ses hautes murailles,  indéfiniment et sans crainte, je pourrais  librement  valser. Oui c’est fou, mais l’amour vrai ne s’arrête pas à la forme et moi ce carré, je l’aime ! Je l’aime !…
Patricia

Quand grand Cercle rencontra petit Carré dans un cours de géométrie, ce fut un coup de foudre immédiat. Ils ne se quittèrent plus. Les courbes de l’un arrondissaient les angles de l’autre pendant que les lignes droites de l’autre amincissaient les rondeurs de l’un. Petit carré caressa grand Cercle qui devint vicieux… un peu.
Ils vécurent ainsi une lune de miel sans nuages. Ils s’aimaient d’un amour total, et, croyaient-ils, éternel.
Mais un jour, ce qui devait arriver arriva… Ils eurent un enfant… Et cet enfant ne ressemblait à rien, enfin, à rien de connu. Ni à un cercle, ni à un carré, ni à un trapèze ni même à un heptagone ou un dodécagone… Bref il était moche. Il n’avait ni la structure du carré, ni les courbes parfaites du cercle… et l’un et l’autre des parents n’arrêtaient pas de se faire des reproches quant à l’aspect de leur progéniture. Petit Carré n’irait pas au parc promener le gosse et grand Cercle n’irai pas le chercher à la sortie des classes, tellement ils avaient honte. La vie devint vite un enfer, surtout pour le rejeton qui se sentait, à juste titre, responsable de cette brouille.
Il n’y avait plus rien à faire, pensèrent les géniteurs qui se séparèrent.
Voyant que ses parents étaient de plus en plus tristes, l’héritier, qui n’était peut-être pas si beau que ça, mais super intelligent, inventa la quadrature du cercle.
Fabienne

 

Exercice : c’est l’histoire d’un secret que tout le monde connaissait…

un secret

Un secret, mais quel secret ? Ce n’était pas le secret de la mort, puisqu’à ce jour, personne n’était revenu pour en parler.  Ni celui de la vie qui est si compliquée.
Mais si tout le monde le connaissait, alors pourquoi était-ce un secret, me direz-vous ? Hé bien parce que c’était un secret de Polichinelle.
Fabienne

C’était un de ces petits secrets bien savoureux dont la rumeur se régale. Peu à peu, il se répandit de convive en convive. L’immense table bruissait de ces mots interdits, chuchotés avec délectation : « Il paraitrait que… », « Ma voisine m’a raconté que… », « J’en suis estomaquée, mais… ».
Le souffle de l’infamie glissait, implacable, sur la nappe sans tâche. La fenêtre était ouverte, le secret s’échappa… Toute la ville en fit des gorges chaudes et quand Monsieur le curé, au cours d’un sermon mémorable, fit référence à «  l’affaire », il lui fut inutile de trop en dire ; tout le monde avait saisit l’allusion.
Patricia

29 novembre, 2018

Atelier d’écritrure du 26 novembre 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:40

DEVOIR : l’histoire continue :

Chacun écrit une phrase sur une feuille puis la passe à qui il veut. Cette personne peut commencer, finir ou mettre cette phrase dans son texte.

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A 9 heures, il arriva, ensanglanté, aux urgences du Médipôle. L’équipe médicale le prit rapidement en charge, nettoyant et soignant ses plaies. Lui, répétait toujours la même histoire.
Une fois les soins apportés, le médecin demanda à une infirmière d’appeler la gendarmerie de Dumbéa.
A 11 heures, une équipe de trois gendarmes se présenta. Le médecin, ayant un court répit entre deux interventions, leur expliqua la situation.
-       Cet homme se prénomme « Résous ». Il vit dans une maison, non loin du Médipôle. Il est arrivé à pied, certes épuisé, mais il avait bu et était encore alcoolisé. Il prétend que c’est sa femme et ses enfants qui l’ont roué de coups et mis à la porte de chez lui. Mais il avait trop de sang sur son corps pour si peu de blessures. Il avait surtout des contusions.
Après l’avoir soigné, nous l’avons mis seul dans une chambre afin qu’il se repose.
Le médecin demanda à l’infirmière d’accompagner les gendarmes jusqu’à la chambre du blessé, puis de les laisser seuls avec lui pour un interrogatoire, leur précisant que deux échantillons de sangs avaient été prélevés : le sang du blessé et celui étalé sur son corps.
Une fois leur interrogatoire terminé, les gendarmes prévinrent leurs collègues de les retrouver à l’adresse du blessé car il se pourrait qu’il y ait d’autres victimes.
C’est trois voitures des services de l’ordre qui se garèrent devant la maison. Les gendarmes sortirent tous armés ; une partie d’entre eux contourna la maison par le jardin, l’autre se présenta à la porte. Le capitaine sonna. A l’intérieur, la voix d’une femme en colère cria depuis le couloir, puis la porte s’ouvrit enfin. La femme fut très surprise de voir les gendarmes, mais, se ressaisissant vite, elle leur aboya :
-       Mais qu’est-ce qu’a encore fait mon fainéant alcoolique de mari ?
Les gendarmes baissèrent leurs armes lorsque le capitaine expliqua les raisons de leur présence.
La femme leur dit s’appeler Marie-Magdalena et les pria d’entrer pour voir le carnage et leur narrer ce qui s’était réellement passé :
-       « Résous » est rentré bourré et nous nous sommes engueulés. Il a voulu me frapper. Les animaux se sont interposés. Il les a défoncés. Regardez, Monsieur le gendarme, regardez l’âne, le bœuf et le mouton. Avec ma fille Melchiote et mes jumeaux Gaspard et Balthazar, on lui a sauté dessus pour l’arrêter. Mais on a été obligé de le taper pour pouvoir le sortir de la maison.
-       Pouvez-vous m’épeler le nom de votre mari, s’il vous plait ?
-       Ben « Résous » : J – E – S – U -S

Le capitaine sortit sans arrêter qui que ce soit : il était minuit un soir de Noël !
Arnaud

 

CHP de Nouville

CHP de Nouville

 Les fous ne savent pas qu’ils sont fous. Je sais que je suis fou, donc, je ne suis pas fou. C’est fou, non ? Alors pourquoi suis-je enfermé dans cette clinique psychiatrique depuis plus de vingt ans ? Nuit et jour… Le plus pénible, c’est de supporter les autres et eux, croyez-moi, ils sont vraiment fous. Ils hurlent, se battent, se cognent, bavent…
Quelquefois, on me laisse sortir, ce qui prouve que je ne suis pas dangereux ; alors, je fais semblant de mener une vie normale : je fais des courses, je me promène, je fais semblant d’être très occupé. Quelquefois, je pars même en vacances, mais pas souvent. Je prends le train pour aller voir la mer. J’adore la mer. Et puis, je suis obligé de revenir ici, toujours.
Pourquoi ai-je été enfermé ? Et par qui ? Et surtout, pourquoi est-ce que je ne m’enfuis pas ? Je n’arrive pas à me souvenir… J’ai mal à la tête…
Un jour, j’ai demandé à une infirmière un peu moins terribles que les autres les raisons de mon enfermement. Elle m’a regardé d’un air bizarre et ce qu’elle m’a répondu m’a laissé perplexe :
-       Vous êtes venu de votre plein gré dans cet asile, Docteur.
-       Docteur ???
-       Eh bien oui, vous êtes psychiatre.
Fabienne

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Psychopathe carbonara

Oui, je sais, ça démarre mal. Mais je voulais un titre et un texte qui correspondent à ma vraie personnalité.
Un psychopathe n’est pas un psychopathe s’il est conscient d’être un psychopathe.
Franchement, ce faux paradoxe pourrait simplement être rayé d’un trait de plume ou bien par la touche « efface » de mon Mac.
Aux temps anciens de la rhétorique cela aurait pu s’appeler un sophisme. Mais ce n’est pas Sophie la sage qui m’a confié cette phrase loufoque. C’est plutôt Lola l’intello qui m’a fait ce cadeau. LOL !
Comptons nos moutons sans nous endormir.
Qu’est-ce qu’un psychopathe ? C’est un malade !!! On ne peut faire ici et maintenant, devant cette assemblée choisie, un état ni général ni deuxième classe de la maladie mentale. Cela nous prendrait la tête.
Il faut donc s’en tenir aux signes les plus évidents. Je vois à votre regard ébaubi mais lucide que vous en avez un début d’entendement.
Le sujet ou la sujette (les féministes ont enfin obtenu  l’équivalence du genre pour la psychopathie), un psychopathe donc, perd le contrôle, de ses émotions et même de ses impulsions. Il rit de tout et de n’importe quoi, y compris du discours chaotique d’un vieux (prière de ne pas ajouter un qualificatif trop déprimant). Le sujet peut soudain être pris d’une envie pressante : dégomater l’autorité la plus proche. Tant pis si le vieux n’a pas de gilet pare-balles jaune.
Ce comportement agressif l’amène à consulter. Plutôt, c’est sa famille, son cercle d’amis, sa camisole de force qui l’obligent. Alors, alors, on le bourre de neuroleptiques, lui déconseille l’alcool et il finit hagard, bourré sans boire.
Le meilleur conseil que l’on puisse donner à ce psychopathe lambda c’est de rejoindre, volontairement de préférence ou le couteau dans le dos si nécessaire, un centre de rééducation. Staline sait que l’Histoire nous en a donné de magnifiques et nombreux exemples.
A mon humble avis, il faut s’en tenir à une réadaptation douce, progressive mais capable d’accueillir les psychopathes de tous les pays. Unissons-nous, mes chers frères… et sœurs, avant le grand soir de la conduite antisociale.
Ce centre béni des dieux de la dialectique existe bel et bien, trans-générationnel et humoristique : l’Atelier d’Écriture de la Maison du livre.
Cet amphigouri pourrait et devrait s’arrêter là, foi de néovillageois. (pause)  Vous l’avez compris !!! (debout avec V gaulien). Oui, je sais « maîtresse » on avait dit pas de politique ce soir. Néanmoins tu sais, tous les anciens gaullistes sont à Nouville et ce sont des néovillageois. Je t’assure qu’on les traite bien. On leur a même fait croire qu’il y avait deux églises là-bas.
Donc, foi de néovillageois, dans un élan incontrôlable et rare d’impartialité intellectuelle, j’ai relu la phrase coupable, lolesque. Je tente une ressource, poil à l’ours.
Un mot m’a interpellé, frappé, sauté au yeux. CONSCIENT.
Dans le mot conscience, il y a ce con et c’est bien là le problème ?
Le « cum » des latins nous replace maintenant et derechef au cœur de la collectivité. Les autorisés nous répètent à l’envi que la conscience est la connaissance immédiate de notre propre activité psychique. Est-ce suffisant ? Cette injonction au narcissisme, je la nommerais plutôt égoscience et non conscience. Apprenons surtout la tolérance, le respect de l’autre dans une conscience collective amicale. C’est une des missions premières de l’A.E.D.M.L.
Il me faut en finir, il est tard. Pour vos nuits d’insomnie, deux exemples de cas de conscience pour prêter à discussion sans donner le change.
Primo. Mettez dix mille sujets sains sur la place centrale d’une ville moyenne sans histoires. Placez au milieu et sur une estrade un psychopathe nauséabond à microphone. Cuisez à feu vif avec borborygmes insalubres. Assurément au bout d’une heure, parfois en deux temps trois mouvements, vous obtenez dix mille et un psychopathes tout à fait conscients qu’ils peuvent détruire la ville voisine… les salauds.
Secundo. J’aime beaucoup les Sentinelles. Dans les îles Andaman, cette peuplade archaïque minuscule a accueilli selon sa coutume un Saint Sébastien moderne qui n’en est pas revenu. Sont-ils les gardiens d’un monde ancien qu’il faut préserver et, pourquoi pas, vénérer ? Sont-ce des psychopathes ?
Mes chers collègues, vous avez toute ma psychopathie.
Bertrand

homme

 

Ce matin, en me levant, je me sentis tout chose, comme si je n’avais plus de consistance. Je suis allé dans la salle de bain, et devant le miroir, je ne voyais pas mon reflet, alors j’ai poussé un énorme soupir de soulagement. J’étais débarrassé de moi-même, enfin, de mon enveloppe charnelle tout au moins. J’aurais logiquement du avoir peur, être angoissé, inquiet, que sais-je ? Mais, même pas ; ma première sensation fut un infini sentiment de liberté. Étonnamment heureux et léger comme l’air, j’abandonnais mon non-reflet et filait, incognito, rejoindre mon ex, espérant la surprendre dans son intimité. Que faisait-elle ? Pensait-elle encore un peu à moi ? Fouillait-elle,  fébrile, dans son secrétaire d’acajou, relisant ces vieilles lettres, témoins de nos premiers émois ou, tout au contraire, les déchirait-elle rageusement, se débarrassant définitivement du poids à présent inutile de tous nos échanges épistolaires ? Et cet Antoine dont elle avait, apparemment détachée, évoqué la rencontre « un vieil ami », retrouvé par le plus pur hasard… Hum ! N’était-il pas l’instigateur de notre récente séparation ? Ma transparence me permettait toutes les investigations  mais plutôt que de m’attarder vainement sur ce qui n’était plus déjà que de l’histoire ancienne je préférai laisser très loin derrière moi interrogations et rancœurs. J’étais en un instant devenu un homme neuf et je partais à l’aventure…
Le printemps, encore frileux, retardait la floraison mais l’air était pur et un petit vent délicieux caressait ma peau invisible. Les passants, indifférents, me frôlaient sans sentir ma présence. Je n’étais, bien évidemment pas allé au bureau, mon inconsistance me l’interdisant. Je me sentais si bien ! Me fondre, anonyme, dans ce grand tout me grisait.  Jugeant, à tort ou à raison, mon apparence ingrate, croiser un regard me pesait et les premières rencontres étaient toujours pour moi une véritable épreuve dont seul le temps et la constance pouvaient m’affranchir. Délivré des jugements hâtifs supposés ou avérés, j’étais devenu une bulle de savon colorée et aérienne qui zigzaguait et dansait, insouciante  dans cette ville que j’avais l’impression de redécouvrir. Cette journée fut pour moi un pur délice…
Le soir tombant, je m’apprêtai à regagner mon appartement quand il me sembla  rencontrer le regard surpris d’un collègue. Troublé, je tournais vivement la tête. C’est alors que dans la vitrine d’une boutique, il me sembla discerner les contours un peu flous de mon vieux manteau gris. Inquiet, je m’approchais… le navrant reflet ne fit que confirmer mes doutes ; j’étais redevenu ce quidam dont j’avais tenté d ‘oublier la fragilité et les banals tourments.  Cependant, cette expérience ne fut pas sans conséquences car, ayant goûté à cet exquis sentiment de liberté, il me fut impossible de reprendre le cours de ma vie là où je l’avais quasiment interrompu. Il me fallut impérativement  tout changer, absolument tout et c’est ainsi que je partis bientôt pour un très long voyage qui devait me mener jusqu’en Terre Adélie. Dans cette blancheur glacée, j’oubliai vite mes complexes car mes rares congénères(environ une trentaine) étaient trop heureux de croiser un humain pour s’arrêter aux inutiles diktats de l’apparence. Quant aux phoques et aux manchots empereurs, j’appris vite à m’habituer à leurs regards étonnés.
Patricia


Exercice
 : j’ai le regret de vous dire oui

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Oui ! Oui ! Et oui ! Aujourd’hui, je démissionne de mon poste de président.
J’en ai vraiment assez de faire tout, tout seul et, en plus, de me faire engueuler et insulter. J’en ai assez et même plus qu’assez qu’on manifeste sous mes fenêtres, alors, aujourd’hui, je vous dis OUI ! Je ne serai plus votre souffre-douleur, votre bouc émissaire…

Alors, maintenant, je vous le dis : DEMERDEZ-vous !!!

Je pars l’esprit libre et tranquille de celui qui a accompli son devoir.
Que voulez-vous, on ne peut pas rendre les gens heureux malgré eux !
Fabienne

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Quand je vous ai rencontrée la première fois, vous m’avez timidement souri et vos joues ont rosi ; c’était charmant ! Je me suis débrouillé pour vous suivre discrètement et j’ai découvert que vous logiez dans un foyer de jeunes-filles,  rue de la Vieille (ça ne s’invente pas !), en plein cœur de Montpellier. Vous avez sonné, la lourde porte vert sombre s’est entrouverte et vous avez disparu… Comme il me fallait absolument vous revoir, les jours suivants j’ai guetté à cette sinistre porte mais chaque fois qu’elle s’ouvrait j’étais terriblement déçu car ce n’était pas vous. Obstiné, j’ai mis en place tout un jeu de stratégies pour tenter de vous approcher. J’ai même, honte à moi ! été jusqu’à fréquenter une jeune fille résidant dans le même foyer. Chaque jour, j’essayais de grappiller quelques renseignements sur vous. J’appris ainsi que vous étiez étudiante en deuxième année de droit, que vous vous prénommiez Élise, qu’ayant peu d’amis vous sortiez rarement, que vous sembliez très réservée et même que, parfois «vous preniez un petit air supérieur assez désagréable». J’ai tout de suite pensé que cette réflexion n’était que pure jalousie  et mon intérêt pour vous n’a pas fléchi, bien au contraire. J’étais intrigué, séduit, prêt à tout juste pour échanger quelques paroles avec vous. Mon cœur, je crois, était prêt pour une grande histoire.
Hélas ! ma « pseudo petite amie »  se sentant délaissée et lassée de toutes ces questions vous concernant, décida de se venger en provoquant entre nous une rencontre mémorable. Ce qu’elle a pu vous dire, je n’en sais rien mais le résultat fut à la hauteur de la rage qu’elle avait accumulée ces dernières semaines.
Un matin, je reçus, estomaqué, cette missive laconique : «  Rendez-vous  jeudi 10 septembre à 18 heures place de la Comédie, en bas des marches du  théâtre.  Élise ». Quel idiot ! j’ai cru naïvement mon jour de chance arrivé mais quand je me suis, tout ému, approché de vous, vous aviez le visage fermé et votre regard froid m’a vite déconcerté ; Après quelques formules de politesse, devant votre attitude glacée, bafouillant, j’ai murmuré: si je vous ai importuné dites le moi franchement et je comprendrais… Vos mots durs et secs ont claqué : « j’ai le regret de vous dire oui ! ». Et sans plus un mot, vous m’avez tourné le dos et avez disparu dans la foule anonyme.
Ah !   Les sourires sont parfois bien  trompeurs…
Patricia

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Regret post-liturgie

Monsieur l’abbé était un apôtre du chleuasme. Vous savez bien, ces phrases imbéciles que, grand timide, vous débitez à longueur de journée pour vous déprécier. Vous avez au moins une chance sur deux que votre interlocuteur vous contredise et contribue à la tartufferie.
Mais non, Monsieur l’abbé, votre chevelure argentée est magnifique, avec cette tonsure monastique. Mais non, Monsieur l’abbé, vos lunettes Vuarnet vous vont si bien en hiver, qui cachent vos valises. Mais non, Monsieur l’abbé, votre costume trois pièces vous va presque parfaitement. La prochaine fois vous ne mettrez pas le gilet et ne boutonnerez pas la veste. Mais non, Monsieur l’abbé, votre dernière homélie était très signifiante, post-moderne, non ?
Il avait célébré ce mariage avec gourmandise et le repas l’avait bien récompensé. Dans la file d’attente qui menait au gâteau nuptial, il ne se mit pas, par modestie, au premier rang, ni comme il l’aurait du, à la queue. Les premiers seront les derniers, c’était bien une boutade évangélique ! Il se plaça donc au milieu. Quand il arriva devant la mariée qui était armée de sa pelle à tarte, il lui dit la seule phrase qui  lui était venue à l’esprit : j’ai le regret de vous dire oui !
Il se prit alors un des plus beaux râteaux de sa vie. Vous réciterez bien un acte de contrition devant votre assiette vide. Allez,  passez votre tour mon père, lui susurra la mécréante.

Exercice surréaliste : C’est quoi ? – C’est…

Chaque participant prend une feuille et commence une phrase par : « c’est quoi… » puis ajoute un mot ou groupe de mots. Il cache sa question et passe la feuille à son voisin. Chacun commence alors sa phrase par : « c’est…. » et donne une définition.
Voici les meilleurs textes :

- C’est quoi l’atelier ?
- C’est une tragi-comédie

- C’est quoi un alcoolique ?
- C’est une licorne galopant au gré du vent

- C’est quoi la 4ème question ?
- C’est de ne plus croire en rien, même en soi-même

- C’est quoi la tendresse ?
- C’est un regroupement de personnes sur un thème ou sur un art.

- C’est quoi ce chien ?
- C’est un vrai désastre… Peut-être le désastre du siècle.

- C’est quoi la vie ?
- C’est le secret des cachotteries du soir.

- C’est quoi une forêt enchantée ?
- C’est un battement d’ailes dans le jardin humide de rosée.

- C’est quoi l’art ?
- C’est quelque chose de petit et de grand à la fois.

- C’est quoi la chance ?
- C’est un long cheminement.

- C’est quoi le dernier souffle ?
- C’est le résultat de 2.000 ans de civilisation.

- C’est quoi le désespoir ?
- C’est un phénomène commun de mimétisme car personne ne m’a compris.

- C’est quoi un con ?
- C’est comme le soleil.

- C’est quoi le silence ?
- C’est la fin du monde.

- C’est quoi le rêve des jeunes filles en fleur ?
- C’est croire malgré tout et malgré tous que le monde peut être meilleur.

- C’est quoi les effets de l’alcool ?
- C’est aussi bête qu’une nuit sans lune.

- C’est quoi les consignes d’aujourd’hui ?
- C’est quand je pense que les autres sont plus bêtes que moi.

- C’est quoi le marécage ?
- C’est froid et long comme une couleuvre.

- C’est quoi un prof ?
- Désolé, je ne répondrai pas à cette question, on avait dit : pas de sujets qui fâchent !

- C’est quoi un gros mot ?
- C’est un sauvage que tout le monde aime mais qui n’en vaut pas la peine.

- C’est quoi un baiser ?
- C’est beau comme la pluie sur la savane.

- C’est quoi un bébé ?
- C’est quelque chose de trop illogique et complexe pour les jeunes personnes.

- C’est quoi le chleuasme ?
- C’est la goutte de rosée qui fait déborder le vase.

- C’est quoi la mort ?
- C’est un grand moment d’émotion.

 

 

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