Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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12 décembre, 2018

La Fête de l’atelier – 10 décembre 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:28

Prenez des amis géniaux, de bons petits plats, d’excellents vins ou Champagne et vous aurez une soirée TRÈS TRÈS RÉUSSIE !!!!

Au fond, Arnaud et Hélène, puis Bertrand et Patricia. De dos, Françoise et un bout de Marie-Hèlène

Au fond, Arnaud et Hélène, puis Bertrand et Patricia. De dos, Françoise et un bout de Marie-Hèlène

 

Au fond, Chloé, Huguette, magnifique et un morceau de Lucile sur fond de superbe coucher de soleil !

Au fond, Chloé, Huguette, magnifique et un morceau de Lucile sur fond de superbe coucher de soleil !

 

Là, on voit mieux Marie-Hélène et Françoise toujours de dos !

Là, on voit mieux Marie-Hélène et Françoise toujours de dos !

Un petit morceau de Loup, et tous les autres occupés à manger de bonnes choses !!!

Un petit morceau de Loup, et tous les autres occupés à manger de bonnes choses !!!

Un magnifique cadeau pour moi !!! Ils sont trop gentils mes amis !!! Zut, je m'aperçois que j'ai oublié de mettre la boite de chocolats !

Un magnifique cadeau pour moi !!! Ils sont trop gentils mes amis !!! Zut, je m’aperçois que j’ai oublié de mettre la boite de chocolats !

On n’a pas beaucoup travaillé !!! Forcément, pas le temps, mais on a quand même fait le devoir !!! (enfin, certains…)

DEVOIR : Tous les participants doivent écrire un conte de Noël se terminant par : « c’est vraiment une ordure ».

le-pere-noel

C’est vraiment une ordure !

En cette fin d’année 1980, le père Noël était dans une fureur paroxystique ! Un film venait tout juste de sortir, un film dont tous les enfants parlaient, qui les faisait rire aux larmes, et ce film c’était « le père Noël est une ordure ». Et quand le pauvre père Noël avait lu les lettres qu’on lui adressait, il avait constaté avec horreur que 89% des commandes  étaient le DVD de ce film…
Une telle offense était intolérable. Il en voulait à la terre entière : le réalisateur, les acteurs, les spectateurs, les parents et les enfants. Surtout les enfants !
Autrefois, se disait-il, jamais aucun bambin n’aurait osé prononcer cette phrase : « le père Noël est une ordure ». Autrefois, ah ! Autrefois, les parents savaient éduquer leurs enfants, perpétuer les belles croyances… On l’aimait et on le respectait, même quand on ne croyait plus en lui… C’était le bon temps, celui où dans chaque foyer, l’attendait un biscuit, un bol de lait chaud, un petit cadeau, une délicate attention.
Cet affront causa un tel bouleversement dans sa pauvre vieille tête qu’il en perdit la boule.
AH ! AH! Ils allaient voir ! On voulait le tourner en dérision, l’humilier, et bien rirait bien qui rirait le dernier, de dit-il en enfilant sa houppelande qu’il avait teinte en noir et en sautant dans son traineau. Les rennes ne le reconnurent pas et s’emballèrent, parcourant le ciel en zigzaguant à la vitesse de la lumière… Les quelques personnes qui levèrent la tête ce soir-là virent des éclairs zébrant les ténèbres d’une inquiétante manière tandis que les sabots des rennes martelaient la nuit  dans un vacarme infernal.
Le père Noël avait rameuté tous les lutins à son service et ils faisaient leur possible pour le suivre dans sa sarabande. Ils avaient pour mission de récupérer tous les jouets que tous les parents déposaient désormais sous l’arbre puisque aucun ne faisait plus confiance au vieux bonhomme. Pas un ne leur échappa, aucun foyer, aucune cabane, aucune hutte, même la plus pauvre…
Alors le père Noël, sous ces sapins vides, déposa une crotte de renne sur laquelle sa carte de visite était plantée. Tous les foyers, toutes les cabanes, même la plus pauvre  hutte, y eurent droit !
Puis il remonta chez lui pour tranquillement siroter un whisky de douze ans d’âge en savourant par avance  la sidération des enfants et leur déception. Il riait aux éclats en imaginant leurs bouilles en larmes…
Vous vous demandez ce qu’il fit de tous ces jouets collectés ? Vous croyez peut-être qu’il les distribua aux pauvres, aux sans abri, aux sans rien ? Que nenni ! Il les écrabouilla tous pour en faire des sculptures post-modernes qui allaient rivaliser avec celles de César.
Ce père Noël-là n’était ni Zorro ni Robin des bois, ce n’était pas un justicier, c’était vraiment une ordure !
Huguette

fauteuil

Ordure !

Non ! Ne me regardez pas. Je suis ignoble, repoussant. Non, vous-ais-je dit. Or çà, vous n’avez pas pu vous en empêcher. L’abjection attire le regard, puis les commentaires.
Jadis, j’étais beau. Le dos large, les bras puissants, les pieds délicats. J’avais un certain style. S’il fallait se sentir distingué, on me préférait. Voyez le désastre. Qui me reconnaîtrait ? Toutes mes anciennes photographies ont été détruites. Je suis hideux, sordide. Vous continuez de me contempler ? Vous avez l’esprit bien sadique. Ne ressentez-vous pas l’infamie ? Je ne suis plus qu’une balayure, une rognure, un coprolithe… Le pire est que celui qui m’a transformé en immondice en est fier.
Quelques heures, quelques jours, quelques mois plus tard. On ne sait, le temps ne s’écoule plus vraiment dans le monde de la laideur.
Je vis un rêve, un conte de fée ! Corice, ma belle marraine s’est penchée sur moi, du moins sur ce qu’il en reste. Étant son filleul, elle m’a trouvé un formidable prénom : Ulysse. Elle m’a promis que je serais célèbre, que je voyagerais beaucoup et pas seulement parmi les îles grecques. Étrangement, mais je ne lui en veux pas, elle aime beaucoup mon tourmenteur. Elle le désigne à tous comme Arman, mon amant. Elle l’a convaincu qu’il devait me montrer à tous, surtout dans cet état. Si vous saviez comme elle est belle. J’aurais tant aimé qu’elle me chevauche. Je sais pourtant que je ne partagerai pas son intimité, et pour cause.
Voilà ! C’est décidé. Mon phantasme, mon délire ambitieux se réalise. Nous partons tous pour Paris. Demain, par avion spécial, tout confort en première classe, dans la ouate. A l’abri du moindre accroc, du moindre choc. Je n’aurais jamais imaginé cela. Après m’avoir rendu immonde et même turpide, on veut maintenant me conserver in integrum. La moindre poussière nuirait à mon image. Quelle ironie !
Haut les cœurs ! Je vais être célèbre. Le clou de la revue, au centre de toutes les attentions, pendant trois mois. La plus belle salle, la plus vaste, nous sera réservée. Des dizaines, des centaines, des milliers d’amateurs, de curieux, d’intellectuels, d’esthètes passeront et repasseront devant le cube de verre transparent où je trônerai. Je lirai tout de leurs expressions. La surprise, le dégout, l’ironie, la peur, l’admiration, la réflexion, l’interrogation, jusqu’à l’extase métaphysique. Toutes les célébrités viendront faire leur cinéma devant moi. Cela va-t-il me rendre plus beau ? Si vous êtes affreux jusqu’au méprisable et qu’une seule personne au monde vous dise que vous êtes beau. Alors, alors…
Cette exposition des œuvres d’Arman terminera l’année 2010 au Centre Pompidou. Elle s’intitulera « Poubelles » au pluriel. J’en serai la star, moi Ulysse, le fauteuil cassé et carbonisé, coulé dans la résine noire, pour les siècles des siècles. Je vais choquer le bourgeois qui est en vous.
Quand vous sortirez de Beaubourg, je suis sûr que vous vous poserez la question : « c’était vraiment une ordure ? »
Bertrand

gilets-jaunes

Cette année, le Père Noël avait troqué son bel habit rouge contre un gilet jaune. Il fut évidemment tout de suite arrêté par la police… pour outrage aux bonnes mœurs : il pensait que le gilet jaune était suffisant et ne portait donc rien au-dessous.
Il fut relâché dans la journée, les policiers ayant, en ces temps incertains, d’autres chats à fouetter. Toutefois, ne pouvant le laisser filer ainsi, ils lui dénichèrent une jupe de policière. Il n’y avait plus un seul pantalon.
Le Père Noël, désœuvré et ne sachant comment occuper cet après-midi de décembre, entra dans un bar. Sûr que, s’il avait voulu, il aurait eu plein de travail ; c’était normalement la période où il faisait le plus d’heures supplémentaires. Mais là, il n’avait de goût à rien. Ce n’était vraiment pas une sinécure son métier : ne rien foutre de toute l’année, sauf surveiller ces imbéciles d’elfes qui bossaient pour lui, dans un coin paumé et glacial où il n’avait aucun voisin ou ami à la ronde, pas même un petit troquet. Alors, il trainait sur son canapé rouge en s’apitoyant sur son sort tout en dévorant des chocolats (d’où son embonpoint). Et puis, en une seule nuit, travailler comme un forcené, il en avait vraiment marre ! C’est pour ça, qu’intentionnellement, il mélangeait les cadeaux et refilaient des trucs vraiment pourris juste pour se marrer.
Alors, quand il poussa la porte du bar, il avait juste envie de faire la fête et de rigoler avec des potes. Sauf qu’il avait oublié qu’il était en jupe. Les types, déjà passablement éméchés, commencèrent par le charrier puis tentèrent de l’embrasser, tout en laissant égarer leurs mains sales sous sa jupe. Alors là, le Père Noël vit rouge et se mit à leur taper dessus, mais il eut vite le dessous car ils étaient nombreux. Ils le jetèrent ensuite dans le caniveau en disant « c’est vraiment une ordure » tout en lui crachant dessus.
Fabienne

4 décembre, 2018

Atelier d’écriture du 3 décembre 2018

Classé dans : Liens,Non classé — joie55 @ 5:29

DEVOIR : 5 mots extraordinaires :

Guiderope – labile – maltôte – ophiolâtrie – biaural

chien

Le guiderope

Le guiderope est un grand chien à poils ras que vous n’aurez aucune difficulté à dresser (contrairement à beaucoup d’hommes, je ne vous apprends rien) car il est très labile  : il accepte la laisse dès son plus jeune âge.
Il est économique : point ne sera besoin de vous ruiner en croquettes coûteuses, il mange de tout sans rechigner (j’en vois plus d’une qui comprennent à quoi je fais allusion).
On le recommande  aux personnes âgées en raison de son ophiolâtrie : il remplacera avantageusement les crèmes et onguents sophistiqués car il adore lécher, particulièrement les peaux sèches et rugueuses, qui s’attendrissent sous sa langue habile…
C’est évidemment le partenaire idéal pour les femmes seules en manque d’amour qui souhaitent un compagnon tendre et dévoué à leur plaisir. Pour vous qui avez certainement connu au moins un homme dépourvu de ces qualités, le choix est évident.
De plus c’est un chien sans malice, doux et fidèle (ce qui n’est pas le cas de tous les hommes, vous le savez comme moi). Il vit plus de vingt ans, ce n’est pas lui qui vous abandonnera…
Enfin c’est le chien idéal pour les personnes allergiques et  fragiles. Il est très propre (au contraire de certains messieurs que la douche semble effrayer). Vous pourrez caresser sans inquiétude son poil lisse et doux comme une peau car il ne retient aucun acarien. Sur ce point là encore la comparaison est à son avantage.
Son seul défaut serait peut-être une tendance à la maltôte qui, avec l’âge, pourrait devenir biaurale. Il faudrait alors le confier à un vétérinaire qui pourrait améliorer son état, mais l’opération est longue, compliquée, onéreuse et hasardeuse. Je ne vous la conseille pas. Débarrassez vous plutôt de l’animal en le donnant à un ami que ce défaut n’effraiera pas (ce qu’on peut difficilement faire avec un vieil  homme devenu cacochyme, malheureusement !).
La lecture de cet article du très sérieux guide : Quel chien adopter ? dont l’auteur est la célèbre Françoise Dalta me décida. Malgré son prix exorbitant je décidai d’acheter un guiderope à poils ras…
Pour ma mère qui, la pauvre, à 90 ans, manque de câlins…
Ne m’obligez pas à avouer la vraie raison…Vous la devinez…
Huguette

 

Pere_Noel_ordure

Guy d’Europe était un petit homme vraiment antipathique. Un physique ingrat, un caractère aigri, il n’aimait rien ni personne. Il détestait tout à la fois bêtes et humains et ne semblait supporter que sa présence. Son regard torve et maltôte repoussait les âmes les plus généreuses. Fenêtres et volets étaient toujours clos dans son logis et nul ne savait ce qu’il y faisait. Quelquefois, de drôles de bruits suscitaient la curiosité chez les grands, la peur chez les petits. Quelques-uns le tenaient pour un sorcier, pratiquant l’ophiolâtrie, voire même les sacrifices et l’on chuchotait que nombre de chiens et de chats disparaissaient régulièrement près de chez lui.
La période des fêtes de fin d’année semblait le mettre particulièrement en colère. Il ne pouvait voir un sapin décoré sans le saccager. Il sortait au milieu de la nuit pour arracher et piétiner boules et guirlandes d’un air rageur, puis, satisfait, un sourire labile aux coins des lèvres s’en retournait chez lui. Un soir, il attaqua même le père Noël d’un grand magasin. Il le roua de coups, lui enleva son bel habit rouge auquel il mit le feu. Le pauvre employé, qui n’aurait jamais cru que son métier était si risqué, se retrouva à l’hôpital avec un bras cassé et un traumatisme biaural.
Guy commençait à devenir vraiment incontrôlable, alors, les parents en colère planifièrent une opération commando la nuit de Noël. On ne sut jamais ce qui arriva vraiment mais on n’entendit plus jamais parler de lui et le village retrouva son calme et sa gaieté. Une famille fut logée dans sa maison qui retentissait désormais de rires et de cris joyeux.
Fabienne

images

Après avoir un peu tergiversé, il accepta, non sans regret, la fonction de guiderope. Labile et maladroit, il envisageait avec anxiété sa première journée de travail au sein de cette immense société industrielle, une fourmilière où sa fantaisie naturelle  ne pourrait en aucun cas s’exprimer. Une petite entreprise à taille humaine lui aurait bien mieux convenu mais comment faire le difficile dans une ville où le taux de chômage battait tous les recors, d’autant que l’ophiolâtrie ambiante ne laissait aucune possibilité de dilettantisme. Alors, triste mais résigné, il avala deux comprimés de biaural et partit comme un automate vers sa nouvelle vie, imaginant par avance la maltôte qui, à coup sûr, s’en suivrait. Encore loin de la réalité, il n’était pas au bout de ses peines…
Patricia

topettes

Lui malade !

Guiderope, alias Bébert l’Arsouille, était bien pâle ce matin. Vomir presque tout le jour de la bile était malheureusement devenu une habitude depuis deux mois. Depuis lors, il prenait neuf Biaural par jour en trois prises.  Littéralement, ce médicament contre le maltôte le mettait à plat. Son médecin de famille l’avait prévenu. La guérison possible de son ophiolâtrie était à ce prix exorbitant.  Vingt topettes minimum par jour, c’était sa consommation moyenne. Au Centre ils appelaient cela des fioles, pudiquement. Quand les patients les plus sévèrement atteints se réunissaient le lundi vers 17 H 30 il faisait comme les autres. Il posait le plus discrètement possible son carafon sur la table. Georges, Arnaud et combien d’autres avaient le même geste coupable. Et il savait bien que son maltôte le reprendrait. Cela durerait toute la semaine. Ainsi, il ne pourrait écrire le texte de son devoir expiatoire que le lundi en début d’après midi, s’il pouvait le terminer…
Bertrand

Et la vraie définition de ces mots :
-       Guiderope : corde gisant sur le sol afin de freiner un aérostat pendant les manœuvres
-       Labile : qui n’est pas stable
-       Maltôte : levée d’un impôt extraordinaire
-       Ophiolâtrie : adoration des serpents
-       Biaural : qui concerne l’audition par les 2 oreilles

 

Exercice : une histoire d’amour impossible entre un rond et un carré.

Cercle

Pi au carré !

Pierre Carrée était une personne tout en angles. En angles certes, mais droits. Sa notion de l’ordre tenait de la maniaquerie. Quand il donnait un avis sur un dossier ou un collègue, celui-ci ne pouvait être que tranché, voire tranchant. Combien de têtes plus ou moins bien faites, ce politicien de haut vol avait-il guillotinées ? Cependant (ce ne pendant plus !), à chaque fois la coupure était nette, sans bavures, sans effluents ni de sang ni de salive. La victime changeait de ville, de nationalité, de vie, tel un Monsieur Hulot à la dérive, en vacances.
L’impossible se produisit. Nul ne l’aurait imaginé tant le personnage était solitaire. Sous quelque angle qu’on le regardât il était droit, c’est à dire sans aucune séduction. Seuls les travers régalent. Donc l’impossible. Pierre tomba amoureux. S’étant élevé au plus haut de la société, il ne pouvait déchoir. Ses amours furent plurielles. Lui, Carrée, s’enticha d’un cercle. Pas n’importe lequel, le premier : les quatre premiers personnages de L’État. Il lui fallait prendre place parmi cette élite parnassienne.  Son élation arriva au bon moment. De haut fonctionnaire anonyme pour les médias, il devint Premier Ministre.
Pour le rôle de sa vie il lui fallut un « nom d’artiste ». Raymond, comme Raymond Oliver dont il avait maintes fois fréquenté le restaurant à Langon. Pour le nom : Barre, le gouvernail, une barre franche sensément, pour diriger la bateau France. Cette dignité lui convint. Il s’installa et ses angles s’effacèrent. On lui dédia alors ce joli mot : un homme carré dans un corps rond.
Bertrand

Je suis un cercle, un cercle féminin. Je n’ai ni queue ni tête et ne sais qu’avancer.  Comme je n’ai pas d’oreille, on peut toujours me crier d’arrêter… La vie avec moi est un tourbillon sans fin. Pourtant, depuis peu, je sens que tout au fond de moi quelque chose a changé et que je ne tourne plus aussi rond. Dans mon cœur, (enfin, dans mon centre) tout est chamboulé. Je ressens  un délicieux émoi qui me trouble et me chavire. Je suis amoureuse ! Amoureuse d’un carré, c’est dingue, non ! Je sais, ça n’a pas de sens ! Moi, tout en courbes, lui, tout en angles, en angles égaux, en angles droits, réguliers et sans aucune fantaisie. Seulement voilà, quand il est là,  mon cœur bat, bat très fort et puis vous savez, l’amour arrondit les angles… Je suis heureuse à l’abri de ses murs qui me cernent sans me contraindre. Chacun de ses  quatre coins est un abri douillet où niche sa douceur. Je sais que,  protégée par ses hautes murailles,  indéfiniment et sans crainte, je pourrais  librement  valser. Oui c’est fou, mais l’amour vrai ne s’arrête pas à la forme et moi ce carré, je l’aime ! Je l’aime !…
Patricia

Quand grand Cercle rencontra petit Carré dans un cours de géométrie, ce fut un coup de foudre immédiat. Ils ne se quittèrent plus. Les courbes de l’un arrondissaient les angles de l’autre pendant que les lignes droites de l’autre amincissaient les rondeurs de l’un. Petit carré caressa grand Cercle qui devint vicieux… un peu.
Ils vécurent ainsi une lune de miel sans nuages. Ils s’aimaient d’un amour total, et, croyaient-ils, éternel.
Mais un jour, ce qui devait arriver arriva… Ils eurent un enfant… Et cet enfant ne ressemblait à rien, enfin, à rien de connu. Ni à un cercle, ni à un carré, ni à un trapèze ni même à un heptagone ou un dodécagone… Bref il était moche. Il n’avait ni la structure du carré, ni les courbes parfaites du cercle… et l’un et l’autre des parents n’arrêtaient pas de se faire des reproches quant à l’aspect de leur progéniture. Petit Carré n’irait pas au parc promener le gosse et grand Cercle n’irai pas le chercher à la sortie des classes, tellement ils avaient honte. La vie devint vite un enfer, surtout pour le rejeton qui se sentait, à juste titre, responsable de cette brouille.
Il n’y avait plus rien à faire, pensèrent les géniteurs qui se séparèrent.
Voyant que ses parents étaient de plus en plus tristes, l’héritier, qui n’était peut-être pas si beau que ça, mais super intelligent, inventa la quadrature du cercle.
Fabienne

 

Exercice : c’est l’histoire d’un secret que tout le monde connaissait…

un secret

Un secret, mais quel secret ? Ce n’était pas le secret de la mort, puisqu’à ce jour, personne n’était revenu pour en parler.  Ni celui de la vie qui est si compliquée.
Mais si tout le monde le connaissait, alors pourquoi était-ce un secret, me direz-vous ? Hé bien parce que c’était un secret de Polichinelle.
Fabienne

C’était un de ces petits secrets bien savoureux dont la rumeur se régale. Peu à peu, il se répandit de convive en convive. L’immense table bruissait de ces mots interdits, chuchotés avec délectation : « Il paraitrait que… », « Ma voisine m’a raconté que… », « J’en suis estomaquée, mais… ».
Le souffle de l’infamie glissait, implacable, sur la nappe sans tâche. La fenêtre était ouverte, le secret s’échappa… Toute la ville en fit des gorges chaudes et quand Monsieur le curé, au cours d’un sermon mémorable, fit référence à «  l’affaire », il lui fut inutile de trop en dire ; tout le monde avait saisit l’allusion.
Patricia

29 novembre, 2018

Atelier d’écritrure du 26 novembre 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:40

DEVOIR : l’histoire continue :

Chacun écrit une phrase sur une feuille puis la passe à qui il veut. Cette personne peut commencer, finir ou mettre cette phrase dans son texte.

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A 9 heures, il arriva, ensanglanté, aux urgences du Médipôle. L’équipe médicale le prit rapidement en charge, nettoyant et soignant ses plaies. Lui, répétait toujours la même histoire.
Une fois les soins apportés, le médecin demanda à une infirmière d’appeler la gendarmerie de Dumbéa.
A 11 heures, une équipe de trois gendarmes se présenta. Le médecin, ayant un court répit entre deux interventions, leur expliqua la situation.
-       Cet homme se prénomme « Résous ». Il vit dans une maison, non loin du Médipôle. Il est arrivé à pied, certes épuisé, mais il avait bu et était encore alcoolisé. Il prétend que c’est sa femme et ses enfants qui l’ont roué de coups et mis à la porte de chez lui. Mais il avait trop de sang sur son corps pour si peu de blessures. Il avait surtout des contusions.
Après l’avoir soigné, nous l’avons mis seul dans une chambre afin qu’il se repose.
Le médecin demanda à l’infirmière d’accompagner les gendarmes jusqu’à la chambre du blessé, puis de les laisser seuls avec lui pour un interrogatoire, leur précisant que deux échantillons de sangs avaient été prélevés : le sang du blessé et celui étalé sur son corps.
Une fois leur interrogatoire terminé, les gendarmes prévinrent leurs collègues de les retrouver à l’adresse du blessé car il se pourrait qu’il y ait d’autres victimes.
C’est trois voitures des services de l’ordre qui se garèrent devant la maison. Les gendarmes sortirent tous armés ; une partie d’entre eux contourna la maison par le jardin, l’autre se présenta à la porte. Le capitaine sonna. A l’intérieur, la voix d’une femme en colère cria depuis le couloir, puis la porte s’ouvrit enfin. La femme fut très surprise de voir les gendarmes, mais, se ressaisissant vite, elle leur aboya :
-       Mais qu’est-ce qu’a encore fait mon fainéant alcoolique de mari ?
Les gendarmes baissèrent leurs armes lorsque le capitaine expliqua les raisons de leur présence.
La femme leur dit s’appeler Marie-Magdalena et les pria d’entrer pour voir le carnage et leur narrer ce qui s’était réellement passé :
-       « Résous » est rentré bourré et nous nous sommes engueulés. Il a voulu me frapper. Les animaux se sont interposés. Il les a défoncés. Regardez, Monsieur le gendarme, regardez l’âne, le bœuf et le mouton. Avec ma fille Melchiote et mes jumeaux Gaspard et Balthazar, on lui a sauté dessus pour l’arrêter. Mais on a été obligé de le taper pour pouvoir le sortir de la maison.
-       Pouvez-vous m’épeler le nom de votre mari, s’il vous plait ?
-       Ben « Résous » : J – E – S – U -S

Le capitaine sortit sans arrêter qui que ce soit : il était minuit un soir de Noël !
Arnaud

 

CHP de Nouville

CHP de Nouville

 Les fous ne savent pas qu’ils sont fous. Je sais que je suis fou, donc, je ne suis pas fou. C’est fou, non ? Alors pourquoi suis-je enfermé dans cette clinique psychiatrique depuis plus de vingt ans ? Nuit et jour… Le plus pénible, c’est de supporter les autres et eux, croyez-moi, ils sont vraiment fous. Ils hurlent, se battent, se cognent, bavent…
Quelquefois, on me laisse sortir, ce qui prouve que je ne suis pas dangereux ; alors, je fais semblant de mener une vie normale : je fais des courses, je me promène, je fais semblant d’être très occupé. Quelquefois, je pars même en vacances, mais pas souvent. Je prends le train pour aller voir la mer. J’adore la mer. Et puis, je suis obligé de revenir ici, toujours.
Pourquoi ai-je été enfermé ? Et par qui ? Et surtout, pourquoi est-ce que je ne m’enfuis pas ? Je n’arrive pas à me souvenir… J’ai mal à la tête…
Un jour, j’ai demandé à une infirmière un peu moins terribles que les autres les raisons de mon enfermement. Elle m’a regardé d’un air bizarre et ce qu’elle m’a répondu m’a laissé perplexe :
-       Vous êtes venu de votre plein gré dans cet asile, Docteur.
-       Docteur ???
-       Eh bien oui, vous êtes psychiatre.
Fabienne

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Psychopathe carbonara

Oui, je sais, ça démarre mal. Mais je voulais un titre et un texte qui correspondent à ma vraie personnalité.
Un psychopathe n’est pas un psychopathe s’il est conscient d’être un psychopathe.
Franchement, ce faux paradoxe pourrait simplement être rayé d’un trait de plume ou bien par la touche « efface » de mon Mac.
Aux temps anciens de la rhétorique cela aurait pu s’appeler un sophisme. Mais ce n’est pas Sophie la sage qui m’a confié cette phrase loufoque. C’est plutôt Lola l’intello qui m’a fait ce cadeau. LOL !
Comptons nos moutons sans nous endormir.
Qu’est-ce qu’un psychopathe ? C’est un malade !!! On ne peut faire ici et maintenant, devant cette assemblée choisie, un état ni général ni deuxième classe de la maladie mentale. Cela nous prendrait la tête.
Il faut donc s’en tenir aux signes les plus évidents. Je vois à votre regard ébaubi mais lucide que vous en avez un début d’entendement.
Le sujet ou la sujette (les féministes ont enfin obtenu  l’équivalence du genre pour la psychopathie), un psychopathe donc, perd le contrôle, de ses émotions et même de ses impulsions. Il rit de tout et de n’importe quoi, y compris du discours chaotique d’un vieux (prière de ne pas ajouter un qualificatif trop déprimant). Le sujet peut soudain être pris d’une envie pressante : dégomater l’autorité la plus proche. Tant pis si le vieux n’a pas de gilet pare-balles jaune.
Ce comportement agressif l’amène à consulter. Plutôt, c’est sa famille, son cercle d’amis, sa camisole de force qui l’obligent. Alors, alors, on le bourre de neuroleptiques, lui déconseille l’alcool et il finit hagard, bourré sans boire.
Le meilleur conseil que l’on puisse donner à ce psychopathe lambda c’est de rejoindre, volontairement de préférence ou le couteau dans le dos si nécessaire, un centre de rééducation. Staline sait que l’Histoire nous en a donné de magnifiques et nombreux exemples.
A mon humble avis, il faut s’en tenir à une réadaptation douce, progressive mais capable d’accueillir les psychopathes de tous les pays. Unissons-nous, mes chers frères… et sœurs, avant le grand soir de la conduite antisociale.
Ce centre béni des dieux de la dialectique existe bel et bien, trans-générationnel et humoristique : l’Atelier d’Écriture de la Maison du livre.
Cet amphigouri pourrait et devrait s’arrêter là, foi de néovillageois. (pause)  Vous l’avez compris !!! (debout avec V gaulien). Oui, je sais « maîtresse » on avait dit pas de politique ce soir. Néanmoins tu sais, tous les anciens gaullistes sont à Nouville et ce sont des néovillageois. Je t’assure qu’on les traite bien. On leur a même fait croire qu’il y avait deux églises là-bas.
Donc, foi de néovillageois, dans un élan incontrôlable et rare d’impartialité intellectuelle, j’ai relu la phrase coupable, lolesque. Je tente une ressource, poil à l’ours.
Un mot m’a interpellé, frappé, sauté au yeux. CONSCIENT.
Dans le mot conscience, il y a ce con et c’est bien là le problème ?
Le « cum » des latins nous replace maintenant et derechef au cœur de la collectivité. Les autorisés nous répètent à l’envi que la conscience est la connaissance immédiate de notre propre activité psychique. Est-ce suffisant ? Cette injonction au narcissisme, je la nommerais plutôt égoscience et non conscience. Apprenons surtout la tolérance, le respect de l’autre dans une conscience collective amicale. C’est une des missions premières de l’A.E.D.M.L.
Il me faut en finir, il est tard. Pour vos nuits d’insomnie, deux exemples de cas de conscience pour prêter à discussion sans donner le change.
Primo. Mettez dix mille sujets sains sur la place centrale d’une ville moyenne sans histoires. Placez au milieu et sur une estrade un psychopathe nauséabond à microphone. Cuisez à feu vif avec borborygmes insalubres. Assurément au bout d’une heure, parfois en deux temps trois mouvements, vous obtenez dix mille et un psychopathes tout à fait conscients qu’ils peuvent détruire la ville voisine… les salauds.
Secundo. J’aime beaucoup les Sentinelles. Dans les îles Andaman, cette peuplade archaïque minuscule a accueilli selon sa coutume un Saint Sébastien moderne qui n’en est pas revenu. Sont-ils les gardiens d’un monde ancien qu’il faut préserver et, pourquoi pas, vénérer ? Sont-ce des psychopathes ?
Mes chers collègues, vous avez toute ma psychopathie.
Bertrand

homme

 

Ce matin, en me levant, je me sentis tout chose, comme si je n’avais plus de consistance. Je suis allé dans la salle de bain, et devant le miroir, je ne voyais pas mon reflet, alors j’ai poussé un énorme soupir de soulagement. J’étais débarrassé de moi-même, enfin, de mon enveloppe charnelle tout au moins. J’aurais logiquement du avoir peur, être angoissé, inquiet, que sais-je ? Mais, même pas ; ma première sensation fut un infini sentiment de liberté. Étonnamment heureux et léger comme l’air, j’abandonnais mon non-reflet et filait, incognito, rejoindre mon ex, espérant la surprendre dans son intimité. Que faisait-elle ? Pensait-elle encore un peu à moi ? Fouillait-elle,  fébrile, dans son secrétaire d’acajou, relisant ces vieilles lettres, témoins de nos premiers émois ou, tout au contraire, les déchirait-elle rageusement, se débarrassant définitivement du poids à présent inutile de tous nos échanges épistolaires ? Et cet Antoine dont elle avait, apparemment détachée, évoqué la rencontre « un vieil ami », retrouvé par le plus pur hasard… Hum ! N’était-il pas l’instigateur de notre récente séparation ? Ma transparence me permettait toutes les investigations  mais plutôt que de m’attarder vainement sur ce qui n’était plus déjà que de l’histoire ancienne je préférai laisser très loin derrière moi interrogations et rancœurs. J’étais en un instant devenu un homme neuf et je partais à l’aventure…
Le printemps, encore frileux, retardait la floraison mais l’air était pur et un petit vent délicieux caressait ma peau invisible. Les passants, indifférents, me frôlaient sans sentir ma présence. Je n’étais, bien évidemment pas allé au bureau, mon inconsistance me l’interdisant. Je me sentais si bien ! Me fondre, anonyme, dans ce grand tout me grisait.  Jugeant, à tort ou à raison, mon apparence ingrate, croiser un regard me pesait et les premières rencontres étaient toujours pour moi une véritable épreuve dont seul le temps et la constance pouvaient m’affranchir. Délivré des jugements hâtifs supposés ou avérés, j’étais devenu une bulle de savon colorée et aérienne qui zigzaguait et dansait, insouciante  dans cette ville que j’avais l’impression de redécouvrir. Cette journée fut pour moi un pur délice…
Le soir tombant, je m’apprêtai à regagner mon appartement quand il me sembla  rencontrer le regard surpris d’un collègue. Troublé, je tournais vivement la tête. C’est alors que dans la vitrine d’une boutique, il me sembla discerner les contours un peu flous de mon vieux manteau gris. Inquiet, je m’approchais… le navrant reflet ne fit que confirmer mes doutes ; j’étais redevenu ce quidam dont j’avais tenté d ‘oublier la fragilité et les banals tourments.  Cependant, cette expérience ne fut pas sans conséquences car, ayant goûté à cet exquis sentiment de liberté, il me fut impossible de reprendre le cours de ma vie là où je l’avais quasiment interrompu. Il me fallut impérativement  tout changer, absolument tout et c’est ainsi que je partis bientôt pour un très long voyage qui devait me mener jusqu’en Terre Adélie. Dans cette blancheur glacée, j’oubliai vite mes complexes car mes rares congénères(environ une trentaine) étaient trop heureux de croiser un humain pour s’arrêter aux inutiles diktats de l’apparence. Quant aux phoques et aux manchots empereurs, j’appris vite à m’habituer à leurs regards étonnés.
Patricia


Exercice
 : j’ai le regret de vous dire oui

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Oui ! Oui ! Et oui ! Aujourd’hui, je démissionne de mon poste de président.
J’en ai vraiment assez de faire tout, tout seul et, en plus, de me faire engueuler et insulter. J’en ai assez et même plus qu’assez qu’on manifeste sous mes fenêtres, alors, aujourd’hui, je vous dis OUI ! Je ne serai plus votre souffre-douleur, votre bouc émissaire…

Alors, maintenant, je vous le dis : DEMERDEZ-vous !!!

Je pars l’esprit libre et tranquille de celui qui a accompli son devoir.
Que voulez-vous, on ne peut pas rendre les gens heureux malgré eux !
Fabienne

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Quand je vous ai rencontrée la première fois, vous m’avez timidement souri et vos joues ont rosi ; c’était charmant ! Je me suis débrouillé pour vous suivre discrètement et j’ai découvert que vous logiez dans un foyer de jeunes-filles,  rue de la Vieille (ça ne s’invente pas !), en plein cœur de Montpellier. Vous avez sonné, la lourde porte vert sombre s’est entrouverte et vous avez disparu… Comme il me fallait absolument vous revoir, les jours suivants j’ai guetté à cette sinistre porte mais chaque fois qu’elle s’ouvrait j’étais terriblement déçu car ce n’était pas vous. Obstiné, j’ai mis en place tout un jeu de stratégies pour tenter de vous approcher. J’ai même, honte à moi ! été jusqu’à fréquenter une jeune fille résidant dans le même foyer. Chaque jour, j’essayais de grappiller quelques renseignements sur vous. J’appris ainsi que vous étiez étudiante en deuxième année de droit, que vous vous prénommiez Élise, qu’ayant peu d’amis vous sortiez rarement, que vous sembliez très réservée et même que, parfois «vous preniez un petit air supérieur assez désagréable». J’ai tout de suite pensé que cette réflexion n’était que pure jalousie  et mon intérêt pour vous n’a pas fléchi, bien au contraire. J’étais intrigué, séduit, prêt à tout juste pour échanger quelques paroles avec vous. Mon cœur, je crois, était prêt pour une grande histoire.
Hélas ! ma « pseudo petite amie »  se sentant délaissée et lassée de toutes ces questions vous concernant, décida de se venger en provoquant entre nous une rencontre mémorable. Ce qu’elle a pu vous dire, je n’en sais rien mais le résultat fut à la hauteur de la rage qu’elle avait accumulée ces dernières semaines.
Un matin, je reçus, estomaqué, cette missive laconique : «  Rendez-vous  jeudi 10 septembre à 18 heures place de la Comédie, en bas des marches du  théâtre.  Élise ». Quel idiot ! j’ai cru naïvement mon jour de chance arrivé mais quand je me suis, tout ému, approché de vous, vous aviez le visage fermé et votre regard froid m’a vite déconcerté ; Après quelques formules de politesse, devant votre attitude glacée, bafouillant, j’ai murmuré: si je vous ai importuné dites le moi franchement et je comprendrais… Vos mots durs et secs ont claqué : « j’ai le regret de vous dire oui ! ». Et sans plus un mot, vous m’avez tourné le dos et avez disparu dans la foule anonyme.
Ah !   Les sourires sont parfois bien  trompeurs…
Patricia

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Regret post-liturgie

Monsieur l’abbé était un apôtre du chleuasme. Vous savez bien, ces phrases imbéciles que, grand timide, vous débitez à longueur de journée pour vous déprécier. Vous avez au moins une chance sur deux que votre interlocuteur vous contredise et contribue à la tartufferie.
Mais non, Monsieur l’abbé, votre chevelure argentée est magnifique, avec cette tonsure monastique. Mais non, Monsieur l’abbé, vos lunettes Vuarnet vous vont si bien en hiver, qui cachent vos valises. Mais non, Monsieur l’abbé, votre costume trois pièces vous va presque parfaitement. La prochaine fois vous ne mettrez pas le gilet et ne boutonnerez pas la veste. Mais non, Monsieur l’abbé, votre dernière homélie était très signifiante, post-moderne, non ?
Il avait célébré ce mariage avec gourmandise et le repas l’avait bien récompensé. Dans la file d’attente qui menait au gâteau nuptial, il ne se mit pas, par modestie, au premier rang, ni comme il l’aurait du, à la queue. Les premiers seront les derniers, c’était bien une boutade évangélique ! Il se plaça donc au milieu. Quand il arriva devant la mariée qui était armée de sa pelle à tarte, il lui dit la seule phrase qui  lui était venue à l’esprit : j’ai le regret de vous dire oui !
Il se prit alors un des plus beaux râteaux de sa vie. Vous réciterez bien un acte de contrition devant votre assiette vide. Allez,  passez votre tour mon père, lui susurra la mécréante.

Exercice surréaliste : C’est quoi ? – C’est…

Chaque participant prend une feuille et commence une phrase par : « c’est quoi… » puis ajoute un mot ou groupe de mots. Il cache sa question et passe la feuille à son voisin. Chacun commence alors sa phrase par : « c’est…. » et donne une définition.
Voici les meilleurs textes :

- C’est quoi l’atelier ?
- C’est une tragi-comédie

- C’est quoi un alcoolique ?
- C’est une licorne galopant au gré du vent

- C’est quoi la 4ème question ?
- C’est de ne plus croire en rien, même en soi-même

- C’est quoi la tendresse ?
- C’est un regroupement de personnes sur un thème ou sur un art.

- C’est quoi ce chien ?
- C’est un vrai désastre… Peut-être le désastre du siècle.

- C’est quoi la vie ?
- C’est le secret des cachotteries du soir.

- C’est quoi une forêt enchantée ?
- C’est un battement d’ailes dans le jardin humide de rosée.

- C’est quoi l’art ?
- C’est quelque chose de petit et de grand à la fois.

- C’est quoi la chance ?
- C’est un long cheminement.

- C’est quoi le dernier souffle ?
- C’est le résultat de 2.000 ans de civilisation.

- C’est quoi le désespoir ?
- C’est un phénomène commun de mimétisme car personne ne m’a compris.

- C’est quoi un con ?
- C’est comme le soleil.

- C’est quoi le silence ?
- C’est la fin du monde.

- C’est quoi le rêve des jeunes filles en fleur ?
- C’est croire malgré tout et malgré tous que le monde peut être meilleur.

- C’est quoi les effets de l’alcool ?
- C’est aussi bête qu’une nuit sans lune.

- C’est quoi les consignes d’aujourd’hui ?
- C’est quand je pense que les autres sont plus bêtes que moi.

- C’est quoi le marécage ?
- C’est froid et long comme une couleuvre.

- C’est quoi un prof ?
- Désolé, je ne répondrai pas à cette question, on avait dit : pas de sujets qui fâchent !

- C’est quoi un gros mot ?
- C’est un sauvage que tout le monde aime mais qui n’en vaut pas la peine.

- C’est quoi un baiser ?
- C’est beau comme la pluie sur la savane.

- C’est quoi un bébé ?
- C’est quelque chose de trop illogique et complexe pour les jeunes personnes.

- C’est quoi le chleuasme ?
- C’est la goutte de rosée qui fait déborder le vase.

- C’est quoi la mort ?
- C’est un grand moment d’émotion.

 

 

25 novembre, 2018

Atelier d’écriture du 19 novembre 2018

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MLNC

Nous voici de retour dans la salle Eiffel de la Bibliothèque Bernheim. Les travaux sont finis !!!

 

DEVOIR : drôle de métier
Péteur de câbles

câbles

Alcide était né avec une particularité qui faisait de lui un monstre, pour ceux qui ne le connaissait pas : il était né avec des dents en acier… Pressé de voir ce monde, il était arrivé en seulement deux poussées. Personne n’étant là pour assister la parturiente, il avait tout de suite décidé de trancher le cordon ombilical, puis, blotti dans les bras de sa maman, il lui avait fait un magnifique sourire… Il se demandait encore pourquoi elle avait hurlé. Horrifié par ce rejeton, que tout le monde avait aussitôt surnommé « Requin » (voir James Bond !), sa mère avait décidé qu’elle ne l’allaiterait pas – on peut comprendre ! Le jeune Alcide tranchait toutes les tétines de ses biberons jusqu’à ce son père lui en fabrique une en kevlar. Tant bien que mal et quasi dans l’indifférence générale, Alcide grandit et devint un très beau jeune homme, très fort et très grand. A l’école, il avait toujours de bonnes notes, même si quelquefois, il ne les méritait pas tout à fait… Mais ses maitres et professeurs étaient toujours effrayés de son physique si trompeur… Car Alcide était placide ! Heureusement, d’ailleurs !
Un jour cependant, il perdit son calme : au retour de l’école, il trouva, à son habitude, sa mère devant la télé. Elle y passait le plus clair de son temps. Lassé et blessé par tant d’indifférence, Alcide coupa le câble d’un coup de dents. Sa mère hurla et le jeta dehors. C’est ainsi que naquit sa vocation.
Alors qu’il errait, seul, dans la rue, il croisa une manifestation altermondialiste. Il fut intéressé par leur combat et les suivit. Il trouva ainsi une famille qui prit bien soin de lui. Ses nouveaux amis l’amenaient, tous les samedis, en pleine campagne pour qu’il pète tous les câbles qui enlaidissaient le paysage : câble de téléphone, d’électricité, fibre optique…
Alcide était tellement avide d’amour et de reconnaissance qu’il faisait tout ce qu’on lui demandait. Un jour, pourtant, le « pétage de câbles » tourna mal. Les habitants de la région en avaient plus qu’assez de ces détériorations de matériels et étaient en train de péter le plombs. Aussi, organisèrent-ils une mission punitive et mirent-ils au point un guet-apens pour capturer ce vandale.
Le coupable fut amené sur la grand place du village et le dentiste lui arracha publiquement et sans anesthésie ses dents en acier. Le pauvre Alcide cria beaucoup et péta même une durite…
Par la suite, les villageois, qui n’étaient pas de mauvais bougres, se cotisèrent et lui offrirent des prothèses aussi belles que de vraies dents.
Les filles s’aperçurent alors qu’Alcide était beau. Il épousa l’une d’entre elles et, à partir de ce jour mena une existence ennuyeuse, comme tout le monde…
Fabienne

Cable

Je suis jeune ! Cette affirmation fait toujours plaisir. Mais dans mon cas, je suis à l’évidence trop jeune. Ce n’est pas que mon poste de travail soit si exigeant, un peu dangereux, quand même.
Mon curriculum vitae avait attiré l’attention de mes supérieurs. A 24 ans, j’étais l’auteure d’une thèse de près de cent pages sur Thomas Edison, sa vie et son œuvre. Le sourd qui créa le phonographe. Le titulaire de plus d’un millier de brevets industriels. Le fait qu’il ait eu l’idée de l’ampoule électrique m’a toujours fait rire. Comme dans les BD : comment mieux exprimer l’apparition d’une idée qu’en dessinant une ampoule à incandescence ? Cette thèse, je l’ai soutenue à la faculté de lettres d’Alger. Dès 1938, mon père nous avait expatrié vers la capitale algérienne, craignant pour ma mère de nationalité allemande. En 1943 ma formation a été ultra-rapide. En un an à peine, me voilà merlinette. Nous, les femmes, nous remplacions les hommes, militaires des transmissions, appelés à combattre les Nazis.
Après bien des péripéties aventureuses, je suis arrivée à Paris il y a trois mois. Très vite, je me suis faite embaucher à la kommandantur, à l’hôtel Meurice, près de l’Opéra. Mon allemand berlinois parfait (perfekt), de faux certificats persuasifs et ma robe légère en cette toute fin de printemps, m’ont permis d’obtenir ce poste de secrétaire auprès des agents de transmissions.
Ce service occupe  le grand dressing de la suite royale au dernier étage de l’hôtel. Le reste de l’immense appartement est dévolu à Von Choltitz et son état-major, mais ils n’y dorment pas la nuit et les soirées sont calmes. Heureusement nous sommes très peu nombreux et le manque de place ne se fait pas trop sentir dans cet imbroglio de fils et de branchements. Le caporal Verndt et le sergent Berndt sont commandés par le sous-lieutenant Ernst. Je ne vous donne pas leur grade en langue teutonne, j’aurais l’impression d’éternuer trois fois. Ernst est vraiment très beau. Mince, élancé, cambré dans son uniforme très ajusté, il a les cheveux châtains coupés en brosse courte. Ses mirettes ont la couleur du lac Alpsee en hiver, sans la glace. Il parle français avec le doux accent que les germaniques ont quand ils ne hurlent pas des ordres ou des injures. Cela faisait partie de ma mission d’obtenir rapidement la confiance de mes employeurs. Avec Ernst je crois y être parvenue et même un petit peu plus certains soirs. Nous avons des horaires stricts : Ernst et moi de 8 heures à 23 heures, la nuit pour les deux autres lourdauds. Ils sont si peu débrouillards qu’ils nous laissent interpréter les messages nocturnes.
Depuis un mois, j’ai réussi à convaincre Ernst de ne s’occuper que des câbles venant d’Allemagne ou en allemand. Moi je traite ceux venant de France et en particulier ceux de Vichy. Les plus urgents viennent directement du QG d’Hitler ou du Berghof. Nous les décodons (oui, moi aussi maintenant !!!), transcrivons et transmettons le plus vite possible aux pièces voisines. Depuis quelque temps et en particulier depuis l’attentat du 20 juillet, les câblogrammes sont de plus en plus délirants sur la forme, et même parfois sur le fond. Von Choltitz est revenu de Berlin en traitant son Fürher de dingue en présence de ses officiers de confiance. Devant certains messages, le regard d’Ernst se trouble, proche des larmes. Sa famille a servi militairement l’Allemagne depuis plusieurs générations mais dans la tradition humaniste exprimée par Thomas Mann. Il souffre de voir les populations harcelées par la SS. Sa francophilie s’est-elle accentuée du fait de ma présence ? J’apprends par cœur les câbles les plus importants. Le soir, je les traduits et les transmets à Madeleine, mon contact à Pigalle. Si je puis aider à ce que la guerre finisse vite…
Au début de ma présence, nous corrigions seulement la forme des messages les plus agressifs. De fil en aiguille, nous avons été tentés d’en modifier la signification. Les collabos pétainistes me donnaient la nausée. Cette altération des dépêches est devenue un jeu, dangereux certes, mais nous riions sous cape. J’ai déclenché l’hilarité d’Ernst un soir alors qu’il m’avait embrassée à l’ombre d’une rue. « Sais-tu ce que nous sommes : nous sommes des péteurs de câbles ». Il a tout de suite saisi le jeu de mots car il connaissait les péteurs de durites, de plombs ou de boulons, nombreux dans sa famille. Cette activité de péteur de câbles, nous l’appliquions avec intelligence et surtout avec nos convictions. Pour Ernst cependant c’était convictions anti troisième Reich et intelligence avec l’ennemi. Et, je peux bien le dire, assez souvent je pétais la trouille !
Le 22 août, les alliés approchent de Paris et je sais que la 2ème D.B. est en tête. Je l’ai dit à Ernst qui sait depuis longtemps que menée par un aliéné, l’Allemagne a perdu la guerre. Il sait aussi que son honneur passera par le sacrifice. Quant à moi, quel sera mon sort si les FFI me dénichent ici ?
Les allemands avaient miné la plupart des édifices parisiens importants. En amenant un de nos messages bidouillés, j’ai vu sur le bureau d’un adjoint de Von Choltitz la carte détaillée des sites. Très tard pour en informer quiconque mais j’essaierai. Paris connaîtra-t-elle le sort du Havre dévasté par les bombardements alliés ? J’aime Paris, même si je ne la connais que depuis peu. Je suis persuadée qu’Ernst l’aime aussi.
Dans l’après-midi, nous parvient un câble monstrueux échappé du crâne dément du moustachu lui-même. Exécution immédiate, ordre formel de raser la capitale de la France. Heureusement, nous sommes seuls. Je prends Ernst dans mes bras, nul besoin de mots. Sur le cahier qui collige les câblogrammes je ne note rien. Notre activité de « péteurs de câbles » trouve sa pleine justification.
Le 23 août, Leclerc approche de la Porte d’Orléans. Nous choisissons de ne toujours pas transmettre. Nous ne le ferons que le 24 au matin. Ernst, très pâle, se lève de son bureau, réajuste méticuleusement son uniforme et me jette un regard comme si c’était le dernier. Il entre dans ce bureau de commandement devenu immense. Il tend le câble dont nous avons maladroitement effacé la date et le remet à Von Choltitz en mains propres. Celui-ci le prend calmement, le lit et sans un mot le froisse dans sa main gauche en regardant les toits de Paris. Ernst qui comprend tous les messages revient me serrer dans ses bras. Le soir nous recevons le fameux « BRENN PARIS ? » d’Adolphe.
Maintenant je peux vous le dire : péter un câble, ça fait du bien !
Bertrand

 

Ctulu

Puisque sa vie était presque uniquement constituée de paradoxes, Arthur avait dû s’habituer. Lui qui avait toujours été célibataire auparavant avait réussi, un mois plus tôt, à sortir avec une fille très sympa et pas trop mal faite, Amandine. Et depuis l’amour durait. De même, lui Arthur, qui était doux comme un agneau, pétait des fois une durite et entrait dans une sorte de transe de fureur incompréhensible, sans qu’on sache pourquoi. Cela lui avait d’ailleurs valu le surnom de « péteur de câble ». Lui non plus d’ailleurs ne savait pas pourquoi, d’autant plus que l’élément déclencheur était souvent stupide et infime. Une fois, il avait trouvé le pain des tartines de son goûter trop dur, et pour passer ses nerfs ils avait écrasé dans sa main la miche pendant deux bonnes heures, et à la fin il ne restait au final plus qu’une montagne de miettes, trônant royalement sur la table. Cependant, bien qu’Arthur fût un habitué des situations paradoxales, il n’aurait jamais pu se douter que son samedi soir serait si ordinaire, et que sa nuit de samedi serait extraordinaire à ce point.
Samedi soir – ainsi que dit plus tôt – fut une nuit d’une banalité presque inquiétante. Amandine était d’ordinaire prompte à aller à la baie des Citrons boire bières sur bières (sans alcool, évidemment, mais le placebo avait malgré tout un effet immédiat sur son cerveau). Toute la journée elle avait été à son salon de coiffure qui faisait aussi la manucure, et une coiffeuse du nom de Lola avait occupé tout son après-midi, en lui racontant sa vie. Son épuisement était, ainsi, plus que justifié. Elle se coucha vers vingt heures, et son couche-tôt de copain l’avait suivi immédiatement, trop content de pouvoir dormir à huit heures du soir avec une petite amie aussi fêtarde. Celle-ci, comme d’habitude, vissa ses écouteurs dans les oreilles, tout en allumant son téléphone pour cliquer sur une vidéo intitulée « ondes delta musique relaxation pour dormir dix heures ». Arthur, lui, surfa un peu sur le net, puis s’endormit, l’IPhone encore serré contre sa poitrine. Il en oublia de fermer les stores, si bien que là lueur de la lune, baignant la pièce, l’aida à atterrir dans les bras de Morphée.
Bien plus tard dans la nuit, Arthur se réveilla. Pas étonnant, il avait un sommeil très léger, puisqu’il adorait ronfler et qu’il était toujours affligé de cette malédiction des paradoxes. Il n’osa pas bouger, trop fatigué pour esquisser le moindre geste, et se contenta de glisser un regard par-dessus son épaule. Ce qu’il vit finit de le paralyser.
Juste devant le lit, courbés au-dessus de la couchette, trois hommes fixaient Amandine. Leurs capuches vert olive, démesurément grandes et pointues, les faisaient ressembler à des membres de l’Inquisition, voire du Ku-Klux-Klan. Ils parlaient entre eux à voix basse, et Arthur se félicita d’avoir bien révisé ses examens d’anglais pour comprendre leurs murmures. Celui qui était le plus à droite demanda :
- Pensez-vous qu’elle fera l’affaire ? Elle dort avec un jeune homme, est-elle vierge au moins ?
Arthur ne put retenir un sourire las ; oui, elle était vierge.
- Voyons, cher acolyte, lui répondit celui à ses côtés, nous ne pouvions rêver mieux ! Cette donzelle sera la treizième, et enfin nous réussirons. Cette jeunesse pervertie et délinquante est certes assez versée dans les pratiques des plaisirs corporels, mais je ne pense pas que ce soit ici le cas. Même le jeune homme semble des plus assoupis, qu’attendons-nous ?
- Prudence, prévint le dernier, il se pourrait tout de même que nous rentrions avec une impure. Je vais employer l’immense puissance du grand Cthulhu, son savoir me permettra de combler notre ignorance.
Arthur se souvint qu’il avait déjà entendu ce nom quelque part. Oui… dans les bouquins de sa tante un peu givrée : une nouvelle s’appelait « l’Appel de Cthulhu ». Tout ce qu’il savait, c’était que ce livre était à mi-chemin entre horreur et fantastique. Aucun renseignement sur le personnage, cependant. Il remarqua, grâce à la lumière de la lune, que celui qui venait de parler avait posé ses mains sur le ventre d’Amandine. Tétanisé, Arthur ne vit que les ongles, noirs et longs de cinq centimètres, qui enserraient sa bien-aimée. Il lui sembla que l’air vibrait légèrement, et qu’une légère aura d’un vert malsain enrobait les mains de l’intrus. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que la vibration était due aux voix des visiteurs, qui manifestement s’échauffaient les cordes vocales. Ils fermaient tous les yeux, ce qui soulagea grandement le jeune homme. Il remarqua aussi que leurs visages n’étaient pas couverts, laissant apparaître leurs traits disparates. Puis, à son grand étonnement, ils se mirent à chanter. Enfin, on aurait dit une chanson au premier abord, mais en fait ils parlaient en rythme, dans une langue incompréhensible. Leurs voix graves invoquaient dans la petite pièce un poids omniprésent. L’air était plus lourd, les respirations plus pénibles. Arthur pensa qu’il venait de prendre dix kilos en un instant. Il se focalisa sur les paroles du chant, captant des syllabes inintelligibles.
- Cthulhuuu Iä… Cthulhuuu fhtagn… ghtakt zhrôxx Igniapp…
Dans un éclair de lucidité, Arthur se souvint que, plaqué contre son torse nu, se trouvait son IPhone. Discrètement, il leva le bras (ce qui ne parut déranger personne) et saisit le portable. Réduisant la luminosité au maximum et mettant le son sur off, il tapa sur Google « Cthulhu » et appuya son doigt sur l’écran, qui afficha la page Wikipédia référente.
« Cthulhu est une créature fantastique de fiction tirée de l’œuvre littéraire de l’écrivain américain Howard Phillips Lovecraft. Il apparaît pour la première fois dans la nouvelle « l’Appel de Cthulhu », publiée en 1928. Gigantesque monstre sous-marin, il possède une tête de seiche ainsi que des tentacules de pieuvre et des ailes semblables à celles d’un dragon. Certains humains dévoyés lui vouent un culte immémorial. »
En premier lieu, Arthur se félicita de s’être souvenu du nom de la nouvelle ; En second lieu il fut terrifié par cette description, et encore plus par le lien qu’il fit entre « les humains dévoyés vouant un culte immémorial » et les sinistres personnages tout près de lui. Il entraperçut, attachés à leurs cous, des pendentifs représentant un tentacule ondulé, coulant vers le bas sur quelques centimètres, puis se refermant sur un cœur arraché, ce qui finit de dissiper ses doutes sur le sujet. Il glissa vers le haut pour continuer sa lecture.
« Monstre abyssal et divinité aquatique maléfique, on dit  que Cthulu apparaît en rêve aux personnes qu’il va visiter. Un choix s’offre à eux : rejoindre son cercle de fidèles, ou périr d’une manière aussi douloureuse que raffinée. »
Alors qu’il poursuivait ses recherches, Arthur ne put s’empêcher de comparer Cthulhu à Davy Jones, le pirate à tête de poulpe dans les films « Pirates des Caraïbes ». Il poursuivit, le souffle coupé à la fois par ses découvertes et par l’ambiance littéralement oppressante de sa chambre.
« Une prophétie de ses adorateurs, tirée du célèbre Nécronomicon, veut que Cthulhu dorme sous l’océan Pacifique d’un sommeil éternel, que seul le plus fervent des rituels pourrait briser. Il est intéressant de noter que Cthulhu étant censé être défunt depuis bien longtemps, la créature échappe à la mort grâce au sommeil et au rêve, aboutissant ainsi à une des prophéties du livre fictif : « N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort » ».
En toute hâte le jeune homme, terrifié, éteignit son téléphone et s’immobilisa de nouveau, car les psalmodiassions avaient cessé et les sombres inconnus semblaient émerger de leur torpeur. L’atmosphère s’allégea, et il sembla à Arthur qu’on avait ôté de ses épaules un sac de trente kilos.
- Plus aucun doute, mes frères, déclara d’une voix triomphante l’un d’entre eux en ôtant ses serres d’ Amandine, il s’agit bien d’une pucelle.
Les dents des fidèles, toutes aussi pointues que des crocs de vampires, étincelèrent dans la nuit, faisant frissonner Arthur encore plus fort.
- Plus rien ne nous retient ici. Partons et ramenons au Seigneur la treizième vierge, proposa l’un des trois.
Ses ongles à lui, bien que toujours longs, étaient nettement moins démesurés que ceux de son confrère. Ses doigts s’assemblèrent et s’imbriquèrent en une forme complexe, puis il les écarta. Au fur et à mesure qu’il ouvrait les bras, une image étrange se dessinait devant lui, entourée de l’éclat vert malsain de tout à l’heure. Arthur n’eut pas le temps de  s’étonner de ce nouveau prodige ; il frôla l’infarctus lorsqu’un des sorciers prit Amandine dans ses bras, hypnotisée par sa musique relaxante dans les oreilles. Elle faillit se recevoir du vomi sur la face : son amoureux avait le cœur au bord des lèvres tant l’odeur de poisson pourri du ravisseur était forte. Il se tenait l’estomac ; il n’avait jamais connu pareille pestilence, il s’en rendait compte à présent que ce qui dégageait ladite pestilence était si proche. Heureusement, l’adepte passa au travers de l’image et parut passer dans une autre dimension. La projection était en fait un portail ! Poussé par son amour, Arthur se jeta vers le passage alors qu’il se refermait derrière les intrus. Il s’efforça de ne pas se remémorer les innombrables passages de film où les méchants se faisaient couper en deux, incapables de passer totalement dans un portail comme celui-ci. Deux secondes plus tard, quand il ouvrit timidement un œil, il remercia le ciel d’être toujours entier, et en plus, de ne pas avoir été repéré. perdu dans son nouvel environnement, il se cacha vite derrière un pilier à sa droite. Il observa ensuite avec un peu plus d’attention le reste de la salle.
Il s’agissait en fait d’un véritable hall. Derrière lui, une immense porte, en bois olivâtre, haute comme quatre hommes. Les poignées métalliques avaient été sculptées de manière à ce qu’on croit qu’une pieuvre s’emparait des serrures, passant ses tentacules à travers le verrou. Le plafond, haut d’une dizaine de mètres, était la toile d’un tableau gigantesque : il y était représenté Cthulhu, la Terre enrobée dans sa barbe de tentacules, entouré de ses prêtres, disposés derrière lui en demi-cercle. Il aurait été difficile de déterminer si le tableau devait être pris au sens propre ou au sens figuré.
En descendant on se rendait compte que si la salle était vraiment haute de plafond, elle n’était pas aussi grande qu’on s’y attendait. Les entrées, identiques et aux bouts opposés du hall, étaient flanquées chacune de deux colonnes d’un matériau indéfinissable, puis suivies de quelques marches menant à une étrange partie de la pièce. Directement après les marches, sans porte, se trouvait un pédiluve qui couvrait tout le reste de la salle.
Arthur remarqua que deux autres adeptes se tenaient debout dans le bassin, et parlaient entre eux. Ils étaient semblables à ceux qu’il avait vu auparavant. En observant les acolytes qui lui avaient rendu une petite visite, il vit qu’aucun ne portait de chaussures. Leurs pieds écorchés témoignaient qu’il en était ainsi depuis longtemps. Les porteurs desdits pieds se mirent en mouvement, se rendant directement dans le pédiluve. Celui qui portait Amandine rit avec les autres :
- Nous avons la treizième vierge ! Il serait cependant fâcheux que nos frères soient en retard…
- Bah, le nécessaire pour le rituel est complet ! Quand je pense que les satanistes doivent en attraper 666, ha ! Ça me fait bien rire.
- Oui, mais elles n’ont pas besoin d’être vierges, ce qui est de nos jours un sérieux avantage.
- Bref, nous allons pouvoir commencer. Je vais chercher la Gardienne du Grimoire, préparez comme il se doit cette pucelle.
Celui qui tint ces mots s’en alla ensuite sortir par la porte opposée à celle d’Arthur. Ses quatre comparses se disposèrent autour d’Amandine, qui lévitait à un mètre de l’eau, au beau milieu du pédiluve. À ce stade-là, plus rien n’impressionnait son petit ami. Sortant de leurs ceintures des flasques de métal les prêtres ouvrirent les bouchons et, doucement, se mirent à oindre leur captive d’une huile dont Arthur pouvait sentir la puanteur de là où il était. Heureusement elle conserva tous ses vêtements.
Le dernier des encapuchonnés revint, suivi d’une femme portant un uniforme un peu différent des autres : il était totalement blanc. Sa tête n’était pas couverte par une capuche mais par un étrange casque en cuivre oxydé, couvrant les yeux, qui lui faisait une espèce de collerette derrière le crâne. Son pendentif ne représentait pas un poulpe arrachant un cœur, mais un livre ouvert dont les écrits luisaient du même éclat vert malsain que celui invoqué par la magie des adeptes. Ils était clair qu’il s’agissait de la Gardienne du Grimoire, d’un rang nettement supérieur aux hommes dans la salle. Elle questionna :
- Avez-vous vérifié qu’elle soit vierge ?
- Ne vous inquiétez point, ô Gardienne, nous avons pris le temps de nous assurer de cela.
- Dans ce cas, parfait. Les autres vont arriver d’un instant à l’autre, avec leurs pucelles respectives.
Elle leva les bras au-dessus de sa tête et sembla regarder quelque chose se trouvant dans l’œuvre du plafond. D’une voix vibrante de ferveur, elle déclara :
- Cette nuit, mes amis, restera gravée dans l’histoire comme celle de sa fin ! Cette nuit nous invoquons le plus sublime, le plus puissant d’entre tous ! Celui qui murmure dans les ténèbres… Ctuuuuulhuuuuuu !
- Iä ! Iä ! Cthulhu fhtagn !
Ces dernières paroles avaient été prononcés par les acolytes, entre temps rejoints par bon nombre de leurs semblables. La femme aveugle reprit :
- Cette nuit, nous utilisons la puissance infinie des abysses pour tirer notre maître de son sommeil ! Ainsi que d’autres l’ont dit avant nous, « N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ». Patience, mes frères, patience ! Bientôt, nous serons submergés par la grâce du dieu tentaculaire, ainsi que tous les hérétiques pullulant sur cette infâme planète ! Notre salut à tous sera remis entre les mains du grand Cthulhu… Et pour nos services, je vous l’assure, il nous accordera une place de choix dans son nouveau monde !
La salle était à présent bondée : tous les adeptes avaient rejoint la cérémonie, et tous priaient, exaltés. La Gardienne continua, emportée par son propre discours :
- Vous savez tous, chers Zélotes, que je suis depuis de nombreuses années la détentrice du Codex. Nous allons utiliser sa puissance, couplée à la nôtre, et les incantations qu’il contient ! Servons-nous… du Nécronomicon !
Elle leva les bras vers le Cthulhu du plafond. Il sembla à Arthur, observant la scène dans un silence religieux, que le monstre en deux dimensions s’animait pour ouvrir sa grande main griffue et palmée. Il ne rêvait pas : le dieu maléfique s’agita, et de sa main surgit un éclair qui partit en direction des bras de sa servante. Une fois que la foudre se fut abattue sur la femme, tout le monde put apercevoir qu’elle tenait à présent entre ses doigts en mauvais état un gros livre, à la couverture de cuir noir. Scrutant l’assemblée, elle poussa un cri de triomphe, bientôt relayé par ses collègues. Tous s’activèrent soudain ; leur chef tonna :
- Amenez les vierges ! Elles seront sacrifiées dans leur ordre de capture.
Quoi ? Un sacrifice humain ? Arthur pesta : il aurait dû s’interposer ! Empêcher ces fous de kidnapper Amandine ! Ainsi, il ne serait pas là, et n’aurait pas à regarder sa petite amie se faire ouvrir le ventre en l’honneur d’un dieu vétuste !
Il s’énervait contre lui-même, à présent, ce qui, quand on y pense, était assez égoïste, vu la situation de sa moitié. Mais, au fond de lui, il savait alors qu’il faisait bien. Il voulait déclencher la rage du péteur de câbles, ce qui ne se faisait que lorsqu’il se focalisait sur une petite chose insignifiante.
Les cultistes s’affairaient, et avaient déjà amené six des treize vierges. La prêtresse, qui maintenant lévitait, assise en tailleur au-dessus de la foule, feuilletait avec grande attention le Nécronomicon. La première de couverture était ornée d’un petit poulpe de jade, incrusté dans le cuir sombre.
- Ô, Celui qui murmure dans les ténèbres, vociféra la femme, nous t’invitons dans notre monde ! Puisses-tu le faire tien et y apporter ton salut !
La première vierge avait été assommée et flottait à la surface de l’eau du bassin. La fanatique arracha un morceau, rouillé et pointu, de son casque métallique. Elle le jeta sur sa victime au visage, et la lame improvisée se ficha dans les chairs faciales avec un bruit répugnant. L’eau du pédiluve s’empourpra, et on mit la deuxième vierge par-dessus la précédente afin de procéder pour la seconde fois au sacrifice.
Ayant assisté au meurtre, Arthur était choqué. Rien que l’odeur métallique du sang qui remplissait la salle lui donnait la nausée. Il lui avait toujours fallu un élément déclencheur pour déchaîner le péteur de câbles en lui. Or, le déclencheur était plus que présent, mais le péteur de câbles refusait de se montrer, paralysé par la peur.
Les Zélotes psalmodiaient à présent une funeste incantation, tous en chœur. Une autre fille tomba sur le tas, montant le nombre de corps à six. Les cadavres n’en étaient plus vraiment ; la peau et les muscles des sacrifiées avaient fondu pour se mélanger avec l’eau sanglante, et former une masse informe de tendons, de chairs et d’organes disparates.
Plus le rituel avançait et plus les adeptes chantaient fort. En assassinant la huitième vierge, et donc en détruisant un peu plus sa coiffe, la prêtresse révéla son crâne chauve et son front, où se trouvait un troisième œil, fermé.
L’horrible mélange qui baignait dans le bassin se mit à bouillir. Il remuait dans tous les sens, parfois même des bulles apparaissaient à sa surface immonde, puis éclataient en éclaboussant les fidèles les plus proches.
Arthur en avait assez. Il craquait. Il se tenait la tête avec ses mains pour ne plus entendre ni les humains immoraux qui sacrifiaient des innocentes, ni l’amas de viande surnaturellement vomitif. Il ne voulait plus rien entendre ; il ne voulait plus rien voir, sentir, toucher ou goûter. Il voulait perdre tous ses sens afin de pouvoir échapper à cet enfer bien trop violent. Il avait songé un moment à se jeter sous les lames de la tueuse, rien que pour pouvoir partir d’ici. Mais, malgré lui, il écouta d’une oreille distraite ce qui se passait, et ne capta qu’une phrase, qui suffit à le faire réagir.
« Cthulhu, la treizième vierge est à toi ! »
Le péteur de câbles s’empara de tous ses sens et appuya sur le bouton off, faisant pareil avec le cerveau et sa prudence. Désormais seuls le cœur commandait à ce corps, et lui ordonnait « Va la sauver ! ». Sans aucune peur et même emparé d’une euphorie guerrière digne des Vikings, Arthur sortit de sa cachette et sauta vers les acolytes. S’appuyant sur la tête de l’un d’eux, il bascula vers Amandine en hurlant son nom, et tendit la main en direction du projectile qui allait tuer la tuer. La flèche se planta dans sa paume, mais il ne broncha pas et saisit sa bien-aimée par la taille. Dans un effort surhumain, il sauta, la fille dans les bras, et atterrit hors du cercle des adeptes.
- Un hérétique ! Hurla la prêtresse, dont le troisième œil s’était ouvert en grand. Comment est-il arrivé ici ?
- Devons-nous l’attraper ? Demanda un fidèle.
- Non, il a la treizième vierge. Tuez-les !!!
Mais aucun éclair, aucun jet de flammes, aucune magie n’atteignit les adolescents. Tous les Zélotes regardaient la viande bouillonnante, qui gonflait démesurément.
- Cthulhu ! Il arrive ! S’écria la femme. il lui manque une vierge !
Plutôt que de courir vers Amandine, elle attrapa un de ses larbins par les cheveux, regarda sa tête et, la jugeant assez repoussante pour servir d’assurance pucelage, la jeta dans la soupe d’humaines.
L’air empestait la viande pourrie, et ce, tellement fort que tous dans la salle pouvaient en sentir le goût sur leurs lèvres. Un grand craquement résonna dans le hall qui, malgré sa hauteur de plafond était envahi par l’atroce tas de cadavres. Arthur observa, encore sous l’adrénaline du péteur de câbles, le Cthulhu du plafond s’animer de nouveau et se glisser dans la chair mouvante. Celle-ci cessa de se mouvoir. Elle se mit à se sculpter elle-même et à prendre un teint vert malsain déjà connu d’Arthur.
Les adeptes, dans une transe et une extase proches de l’orgasme, étaient accroupis dans le bassin dégoûtant. Ils admiraient, les bras ballants et la bave aux lèvres, leur Seigneur se matérialiser devant eux. Ils semblaient totalement « légumifiés », comme privés de leur volonté. Ni la prêtresse ni les jeunes survivants ne parurent aussi affectés par cette apparition.
La « pâte à modeler » sanglante avait maintenant fini de se former. Cthulhu correspondait bien à la définition de Wikipédia : monstre immense, ailes de dragon dans le dos, mains griffues et palmées, tête de poulpe et donc barbe de tentacules. Il se baissa, et s’approcha de la foule de serviteurs qui le dévisageait. La prêtresse prit la parole :
- Ô Maître, Ô sublime Dieu des océans, nous sommes tes humbles serviteurs, tes fervents admirateurs, et les artisans de ton retour sur cette terre ! Nous avons accompli le rituel ! Le Nécronomicon avait raison :  « N’est pas mort ce qui à jamais dort, et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ».
Cthulhu regarda sa servante et lui dit :
- Le rituel précise treize vierges, mortelle, et je n’en ai reçu que douze, le dernier humain n’étant pas puceau. Tu as de la chance que je sois de bonne humeur ! J’ai tué pour moins que ça.
La créature tourna son faciès animal vers Arthur et Amandine
- Je suppose que ces deux personnes ne font pas partie de mon culte, et que la fille est la fameuse vierge, sauvée par le garçon. J’admire ton courage, petit.
En un éclair, il saisit le couple avec ses tentacules. Approchant le jeune homme de ses yeux jaunes, il lui fit entendre dans sa tête :
- Malheureusement, tu nuis à mes plans, et je ne peux pas me permettre de te garder en vie.
Arthur se mit à se débattre, mordant les membres visqueux. Cela ne plut pas à Cthulhu ; il déversa sa volonté divine sur le jeune homme qui se mit à hurler de douleur en convulsant.
Puis, sans savoir qu’il était, avec sa copine, le premier d’une longue série, l’insignifiant humain se fit dévorer par Celui qui murmure dans les ténèbres.

Note : Toutes les informations données dans ce récit à propos de Wikipédia ou de l’univers Cthulhique sont tirées des œuvres de Lovecraft. Et donc, en termes littéraires, entièrement vraies.
Loup

boxer

Nash, le péteur de câbles, un pro

Il y a longtemps déjà, nous avions un boxer du nom de Nash.
J’avais toujours cru que c’étaient des chiens calmes.
Après un début de vie périlleux (on aurait dit un petit Biafrais qui tenait à peine sur ses quilles..), il était resté de petite taille, mais pétait la forme.
A vrai dire on ne savait jamais ce qu’il allait pouvoir inventer en notre absence.
C’était un spécialiste en tout genre :
- une fois il avait crevé de ses dents acérées toute la réserve de jus de fruits, une douzaine de packs.
- une autre fois il avait réussi à ouvrir une boîte de chocolats, découpant l’emballage cadeau  par le milieu, sans laisser de trace.
Là, c’était trop fort !
Sur la terrasse nous avions un aquarium, la fierté des enfants.
Des bulles, de la lumière, un jardin aquatique.
A notre retour du travail un soir, surprise, plus rien ne fonctionnait.
Qui donc avait soigneusement sectionné le câble d’alimentation électrique ?
Ce ne pouvait être que lui.
Nous l’avons surnommé Nash, «Le péteur de câbles ».
Pourquoi pas ?
Il existe bien des chiens d’aveugles, des chiens renifleurs, des chiens boxers ou boxeurs..
Nous avons toutefois fait en sorte de ne plus jamais l’autoriser à exercer ce périlleux métier.
Lucile


Exercice
 : Ils se réunissaient chaque mois, un coup chez l’un, un coup chez l’autre. Cette fois, c’est Vendredi qui recevait. Mercredi s’était excusé, un cinq à sept le retenait ailleurs.

jours

Ils se réunissaient chaque mois, un coup chez l’un, rarement chez l’autre. Cette fois exceptionnellement c’est Vendredi qui recevait. Mercredi s’était excusé. Un autre cinq à sept le retenait ailleurs.
Semaine était leur famille et, comme de bien entendu, ils étaient sept. Ces gros bonnets de la finance avaient, comme de bien entendu, un magnifique ego. Leur mois, bien que changeant toutes les quatre semaines environ, cherchait toujours à surpasser les autres. C’est ainsi que Lundi cherchait à subjuguer Jeudi et haïssait Dimanche qui le précédait toujours. De plus, quand dans le décours de la conversation on lui disait « comme un lundi », il pétait un câble. Mardi était un peu gras, surtout en février. Mercredi s’occupait de ses petits-enfants et avait un peu délaissé les actionnaires, mais touchait ses dividendes. Jeudi était jupitérien mais jovial. Vendredi haïssait le poisson surtout le premier jour d’avril. Samedi avait finalement accepté de réunir chez lui les membres de la famille Semaine, même s’il faisait shabbat. Dimanche savait qu’il était le meilleur puisqu’il golfait.
C’était un cinq à sept parce qu’on tolérait l’absence de deux membres maximum, pour atteindre le quorum. De quoi discutait-on lors de ces séances peut-être contradictoires ? De tout et de rien. Que finalement les heures sont longues et que les jours se suivent et se ressemblent.  On essaya bien des les remplacer, ces jours si longs. On obtint seulement de leur donner un nom étranger, chinois ou arabe, ou de les représenter par un idéogramme. Tout cela n’avait guère d’importance et ils optèrent à chaque fois pour le statuquo. Leurs revenus gérés par intelligence artificielle croissaient chaque jour de la semaine que les cours montent ou descendent.
Leur credo était qu’à chaque jour suffit sa peine, surtout s’il n’y en a aucune, de peine.
Bertrand

Jeudi arriva le premier, il était toujours en avance, pressé d’être vendredi…
Lundi, au contraire, se pointa largement en retard, comme d’habitude. Toute sa sainte journée, il ne faisait que trainer. Mardi, un peu plus guilleret, mit le pied sur la porte pile quand dix-sept heures sonnait. Pendant ce temps, Vendredi, en rajoutait, disant qu’il était le préféré ; il prenait son temps, paradait.
Les jumeaux, samedi et dimanche, arrivèrent bien sûr en même temps, mais à peine furent-ils là qu’ils voulurent s’éclipser. Jeudi rouspéta :
-       C’est toujours pareil, dès qu’on vous voit arriver, vous disparaissez aussitôt. Pas moyen de faire quoi que ce soit avec vous !
Soudain, Vendredi demanda le silence et annonça d’un air grave :
-       Chers amis, plus que jamais, nous avons besoin d’être soudés car voilà que j’apprends que cette semaine, on va nous retirer une heure. Alors je vous demande : qui voudrait bien se sacrifier ?
Un silence pesant plana. Personne ne voulait se voir amputer d’une heure, il passait si vite déjà… Mardi demanda :
-       Et pourquoi veut-on nous voler une heure ?
-       Vous le savez bien, comme chaque année, nous allons entrer dans l’heure d’été. Mais soyez sûrs que cette heure que vous allez généreusement donner vous sera rendue en octobre… enfin… en principe.
-       Comment ça, en principe ?
-       Parce que, en général, c’est toujours entre le samedi et le dimanche qu’on la rend…
Les jumeaux firent comme s’ils n’avaient pas entendu et, inséparables, proposèrent une demi-heure chacun, mais bien sûr, la proposition ne fut pas retenue.
Voyant que personne n’était prêt à s’amputer de la moindre minute, Vendredi proposa que cette année, à l’unanimité, c’est Mercredi qui serait raccourci… Eh oui ! Les absents ont toujours tort !
Fabienne

Ils se réunissaient chaque mois un coup chez l’un, un coup chez l’autre et  c’était toujours une fête mémorable, bien arrosée comme il se doit et réjouissant les papilles de chacun ce qui ne gâchait rien.
Lundi avait une âme d’artiste et profitait des débuts de soirée, encore sobre, pour montrer quelques toiles et réciter d’obscurs et tortueux poèmes.
Mardi  pour sa part, était l’organisateur émérite de ces sympathiques agapes.
Mercredi en  était le bout en train, celui  qui savait comme personne faire prendre la mayonnaise en faisant de chacune de ces rencontres mensuelles un joyeux moment de détente où blagues et rires fusaient.  Évidemment, ce caractère enjoué  faisait de lui la coqueluche de la joyeuse assemblée.
Jeudi était le plus taciturne mais savait lever le coude avec une régularité de métronome tout en resservant chaque convive. Aucun verre vide ne lui échappait.
Samedi et Dimanche étaient copains d’enfance  et depuis leur plus jeune âge  adoraient faire des blagues qui, hélas ! n’étaient pas toujours du meilleur goût.  Cette fois-là c’est vendredi qui recevait mais malheureusement mercredi était absent,  un cinq à sept le retenait ailleurs. Personne ne connaissait l’heureuse élue  car mercredi, contrairement à son habitude, avait été très discret sur cette relation. Son absence ne pouvait passer inaperçue et  tout le monde s’interrogeait, vendredi n’ayant pas voulu écorner le secret.
Samedi et Dimanche, sans ce consulte, mais d’un accord tacite, étaient bien décidés à intervenir pour percer ce mystère et révéler à tous l’identité de la jeune-femme ; pas de cachotterie possible avec des amis de si longue date ! Grâce à quelques coups de fils judicieux, ils eurent tôt fait de retrouver la trace de Mercredi et même de connaître le numéro de la chambre d’hôtel.  S’ils n’allèrent pas jusqu’à frapper à la porte des tourtereaux, ils usèrent sans modération du téléphone, appelant environ toutes les cinq minutes. Au final, ce rendez-vous galant fut un fiasco et la demoiselle, verte de rage, quitta discrètement l’hôtel, se jurant bien de ne jamais renouveler une aussi lamentable expérience. Mercredi, confus, dépité mais surtout en colère  était bien décidé à se venger et n’avait aucun doute sur la provenance des appels. Il bouda donc  les réunions pendant de longs mois, ne voulant plus partager son temps avec de tels goujats. Les assemblées mensuelles qui suivirent furent bien ternes et amputés  de leur cher mercredi, les autres jours de la semaine  regrettaient amèrement cette plaisanterie indélicate. Après une ultime réunion sans intérêt, ils décidèrent de présenter leurs plus plates excuses espérant ainsi  le retour  de leur frère de cœur.  Cette exclusion pesant finalement autant à la victime qu’à ses tortionnaires Mercredi revint et fut vivement acclamé par tous. Si personne n’osa réitérer ce genre de plaisanterie douteuse,  il est vrai cependant que les cinq à sept, s’il y en eut, ne coïncidèrent  plus jamais avec les rendez-vous mensuels de la joyeuse assemblée.
Patricia

Le club des AGPARM (Amicale des Gens Presque Anonymes se Racontant leurs Mésaventures) se réunissait chaque mois, selon un planning bien défini ; généralement, quand L’un ne recevait pas, L’autre prenait le relais, mais ce jour-là Vendredi était l’hôte, malgré l’absence de Mercredi, sa sœur. On pouvait trouver dans l’assemblée Quelqu’un, Chacun, Vendredi évidemment, Personne, et pour finir L’un et L’autre, en jumeaux inséparables. Tout le monde était présent, mais L’autre se rendit compte de l’absence de Mercredi. Il questionna Vendredi :
-       Pourquoi ta sœur n’est pas là ?
-       À ton avis ? Il n’y a que deux réponses : soit elle mange, soit elle baise. Parfois même les deux en même temps.
Tout le monde fut choqué par ce vocabulaire si cru, mais Quelqu’un pensa qu’il faudrait demander à Vendredi le numéro de cette femme extraordinaire.
Le début de la réunion fut assez chaotique : Chacun voulant prendre la parole, une dispute avec L’un et L’autre avait éclaté. Personne ne resta indifférent, et demanda à Vendredi de calmer le jeu. Tout le monde argumenta, en disant qu’il avait quelque chose à dire de très important, que Personne ne pourrait raconter. Quelqu’un, en bon alcoolique, avait vidé une bouteille et voulait en venir aux mains avec Chacun. Avec l’aide de L’un et de L’autre, Vendredi parvint à maîtriser la situation.
La tablée désormais plus paisible, hormis le fait que Quelqu’un gisait sur sa chaise, en plein coma éthylique, Personne ne prit la parole. Tout le monde commença à s’agiter, Chacun voulant parler, mais Quelqu’un se réveilla, et Vendredi l’allongea sur le canapé. L’un commença :
-       Nous sommes tous ici car nous sommes affublés de noms ridicules, nous sommes là pour parler de notre semaine éreintante, et de tous les malheurs que nous subissons quotidiennement rien qu’à cause de nos noms, alors écoutons Chacun, même si cela déplait à Tout le monde.
Chacun prit la parole, racontant sa journée, ses petites joies, ses petites misères, bien plus nombreuses, et au final Personne ne se sentit soulagé de son épuisement. Vous l’aurez compris, c’était le négativosaure du groupe. Craignant que la situation ne dégénère de nouveau, L’autre demanda à Tout le monde de se calmer, et de parler devant l’assemblée. Tout le monde se sentit merveilleusement bien après cela, puis, comme d’habitude, Tout le monde attendit Vendredi avec impatience. Celui-ci s’étant endormi, bercé par les ronflement et les hoquets de Quelqu’un, il se releva et passa son tour. Chacun fut très déçu, Vendredi ayant une grande popularité et un charisme bien à lui. Tout le monde, pour une fois, fut de l’avis de Chacun, car comme Quelqu’un lui avait dit une fois, « Vendredi tout est permis ». L’un et L’autre parlèrent à tour de rôle. Puis, pour finir, Personne ne continua, mais Tout le monde considéra la soirée comme déjà bien remplie.
Loup

31 octobre, 2018

Atelier d’écriture du 29 octobre 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:59

C’est bientôt HALLOWEEN !!!

Halloween

DEVOIR : Spécial Halloween

Vous devez passer une nuit dans un château hanté

chateau

Un château en T ? A choisir, j’aurais préféré une autre lettre !
Fabienne

Exercice : logo rallye
Commencer un texte par cette phrase :

Il enfila son jean, un tee-shirt et un pull aussi noir que ses longs cheveux qui tombaient entre ses omoplates

Puis, continuer toutes les 3 minutes à insérer les phrases suivantes dans le texte, afin qu’elles arrivent de manière tout à fait naturelle :

Il prit ses clés dans le vide-poches et sortit. Il ne fallait pas trainer car il devait arriver avant dix-sept heures, il leur avait promis. Sa voiture, puissante, avalait les kilomètres avec une facilité déconcertante. Il ne serait pas en retard. Ça y est,
-       Il arrivait presque ; la route commençait à descendre et à tourner, le virage prenait forme
Il se gara au bout du chemin, près de la maison.
-       Au loin, dehors, des tronçonneuses hurlaient, des arbres chutaient dans un fracas assourdissant
Il sonna et attendit. Personne ne vint ouvrir, alors, il poussa la porte qui n’était pas fermée
-       J’ai une drôle d’impression là, juste maintenant… comme si j’avais déjà fait ça
Il pénétra dans la maison silencieuse. Normalement, les enfants auraient dû lui sauter dessus avec des cris joyeux, sa sœur lui aurait dit qu’il avait l’air fatigué et qu’il devrait se reposer, prendre des vacances et son beau-frère lui aurait fait un clin d’œil complice… bref, la routine. Mais là, tout était différent ; la maison même semblait hostile, froide. Une porte grinça… c’était la porte de la chambre. Un courant d’air certainement. Pourtant aucune fenêtre n’était ouverte. Ses poils commencèrent à se hérisser. Où était sa famille ? Il pensa qu’il dramatisait trop vite et se calma. Peut-être qu’ils étaient tous cachés et voulaient lui faire une surprise…
-       C’est peut-être le point de vue le plus plausible, puisqu’il laisse encore place au hasard et d’une certaine façon à la liberté, se dit-il
Au fond de lui-même, pourtant il savait que quelque chose de grave était
arrivé.
Fabienne


Exercice
 : nuit de brouillard

dame blanche

 C’était une nuit de brouillard froide et sinistre. Il roulait lentement car il ne voyait pas à deux pas. Quand soudain, à sa droite, une forme blanche traversa la route… puis se retrouva, il ne sut comment assise à côté de lui. Quand elle tourna la tête vers lui, il se mit à hurler sans pouvoir s’arrêter et alla s’encastrer dans un arbre. Le dernier son qu’il entendit fut un ricanement horrible suivi d’un « bienvenue enfer ! ».
Fabienne

DEVOIR du 22 octobre : trouver une origine originale à l’expression : l’affaire est dans le sac

L'affaire

La bande des Chétifs

La bande des Chétifs s’est formée au XVIIème siècle. Le nombre de membres reste flou, mais nous savons qu’il a oscillé entre cinquante et plus de quatre cents au cours de son existence. Leurs plus beaux larcins furent sans aucun doute le vol des bijoux de la Castafiore et le meurtre de celui qui deviendra le fantôme de l’opéra. Mais surtout, nous devons à ce gang de l’ancien temps l’une des plus célèbres expressions françaises : l’affaire est dans le sac. En effet, pour caractériser l’objet de leur convoitise qui pouvait être un bijou, un meurtre ou même un enlèvement, leur chef, Lucien Malvaux, avait imposé d’utiliser le mot « affaire ». Ce choix devait permettre de ne pas attirer l’attention lors de discussion en public. Cette même formule était utilisée pour signifier discrètement que l’opération avait été accomplie. Les membres envoyaient ainsi un simple courrier précisant que l’affaire était dans le sac. Lorsque les services du roi réussirent enfin à attraper Lucien Malvaux, faisant ainsi tomber la bande des Chétifs en l’an 1683, l’affaire fit grand bruit. Tous les journaux de l’époque titrèrent « L’affaire est dans le sac » lorsque Malvaux fut pendu en place publique. L’expression ne tarda pas à être reprise par toute la population et elle a subsisté, sans changement, jusqu’à nos jours.
Claire

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Bref, une époque où il n’existait ni ordinateur, ni multimedia, ni quoi que ce soit qui ressemblât à un archivage dématérialisé.
Alphonse Dutour était un avocat connu et reconnu. Il était très minutieux et gardait donc toutes ses pièces justificatives. Mais il avait horreur du désordre. Il fallait donc qu’il trouve quelque chose pour ranger ces documents car on n’avait pas encore inventé l’attaché-case. Alors, il eut l’idée de faire fabriquer des sacs en toile de jute par sa servante, Germaine.
Pour chaque nouvelle affaire, Germaine cousait un nouveau sac. Au plus le sac était grand, au plus il y avait de preuves. Il vérifiait toujours tout et plutôt deux fois qu’une. C’est pour cette raison que ses clients étaient toujours acquittés. Quand sa plaidoirie était terminée, Alphonse levait le sac à la vue de tous et en fermait solidement les attaches, en disant : « et voilà, j’ai vraiment bien travaillé et l’affaire est toute dans le sac. On n’aura pas besoin d’y revenir ! ». Cette expression plut tellement aux autres magistrats qu’ils l’adoptèrent aussitôt et qu’elle passa à la postérité.
Germaine admirait son maître. Il était habile, beau parleur et surtout bien fait de sa personne. Après un an à son service, cette admiration se transforma en amour. Un amour d’autant plus fort qu’il était secret. Germaine n’en parla à personne, mais elle cousit un gros sac et à l’intérieur, elle y mit un cœur et un poème simple et naïf :

 Je t’aime tant mon Alphonse
Mais n’attends aucune réponse
Car cet amour doit rester secret
Je ne suis pas de ton monde
et ne le serai jamais

Ensuite, elle suspendit le sac très haut, afin que les rats ne le mangeassent point mais aussi pour que son maître ne le vit pas.
En rentrant du palais de justice ce matin-là, alors qu’il venait de gagner un nouveau procès – un homme qui avait tué l’amant de sa femme et qui venait d’être acquitté – Alphonse se rendit dans son bureau pour y déposer ses affaires. Il vit immédiatement ce nouveau sac et se demanda ce qu’il contenait car ce n’était assurément pas lui qui l’avait suspendu si haut. Contrairement à son habitude, il décida de monter à l’échelle pour voir ce qu’il contenait. Lorsqu’il découvrit le secret pas si bien caché que ça, il en fut tout ému. Germaine était fraîche, bien tournée et avait un joli minois. Avec un peu d’éducation et de beaux atours, elle ferait une épouse honorable. Allons donc, encore une fois : l’affaire est dans le sac ! se dit-il.
Fabienne

25 mars, 2018

Atelier d’écriture du lundi 5 mars 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:43

DEVOIR : Ecrire 10 lignes tous les jours pendant au moins 5 jours sur le sujet suivant :
Ecrire une histoire d’amour à l’eau de rose avec les pires clichés du genre.

roman

L’innocence de l’amour

La jeune fille qui lui manucurait les mains s’appelait Suzette. Suzette Poitevin. Mais elle était très jolie, trop jolie pour s’appeler Suzette ou Ginette ou Paulette. Non, il faudrait changer ça. Pourquoi pas Jenny ou Kathy, ou Cindy ? Oui, Cindy conviendrait à cette beauté blonde qui regardait le monde avec de grands yeux clairs et innocents mais dont le corps superbe évoquait plutôt les plaisirs et la luxure. Elle avait tout juste 18 ans, il s’était renseigné, parce qu’une mineure, ça non ! Il ne fallait pas y toucher.
Il la regardait s’activer sur ses ongles à l’ovale impeccable, penchée sur lui… Ses cheveux d’un blond pâle enfantin, ses mains douces, sa bouche vermeille qui laissait parfois échapper un petit rire cristallin, tout était parfait, tout l’excitait et il laissait aller son imagination… Oui, décidément elle méritait mieux que ce salon, certes convenable, mais où sa beauté  passait inaperçue : il fallait un écrin digne de ce bijou !
–      Merci infiniment, mon petit, vous avez des doigts de fée !
Puis il murmura, pour elle seule :
–      Vous méritez mieux, savez-vous ?
Et il s’en alla.
Suzette regarda partir ce client avec un air d’adoration. Son cœur bondissait dans sa poitrine comme chaque fois qu’il lui adressait un compliment. Elle se savait jolie, évidemment, les garçons de son âge le lui disaient avec leurs mots crus. Mais  elle détestait leur langage vulgaire. Tandis que cet homme ! Il était si beau : la cinquantaine altière, les tempes grisonnantes… Et quel raffinement dans sa toilette ! Sa peau était douce et parfumée… Quant à ses yeux ! Ils la faisaient chavirer : leur éclat d’un bleu acier l’avait envoûtée dès le premier jour… Elle se sentait transir et brûler chaque fois qu’ils se posaient au fond des siens…
Aujourd’hui, après lui avoir glissé un gros pourboire, car il était riche et généreux, il lui avait susurré : vous méritez mieux ! Elle avait failli s’évanouir de bonheur !
–      Suzette, il faudrait peut-être arrêter de rêvasser et te remettre à ton travail. Madame Bouchou attend son vernis !
Dès la semaine suivante, il l’invita à prendre un thé dans le salon le plus huppé de la ville : il ne fallait pas effaroucher la petite. Puis il lui donna comme une faveur son prénom : Mark. Et il la raccompagna dans la modeste pension où elle logeait et lui baisa la main. Aucune familiarité dans son attitude. Elle acheva d’être séduite : cet homme, beau, intelligent et riche, la respectait ! Il laissa passer huit jours encore avant de lui proposer une invitation au restaurant : là, il lui prit tendrement la main et lui avoua son amour !
–      Vous me troublez, mais, non, non, il ne faut pas ! Vous êtes si jeune ! Il faut cesser de nous voir.
Quelques larmes embuèrent les beaux yeux bleus de Suzette.
–      Mais, vous pleurez ! Cela me fend le cœur… Vous m’aimez donc un peu ?
–      Oh, oui ! Répondit-elle dans un soupir
Ils firent encore quelques sorties et elle se laissa aller à des confidences : elle avait perdu ses parents très jeune et s’était retrouvée seule dans la vie. C’était la première fois qu’elle rencontrait un gentleman, quelqu’un qui la rassurait, la comprenait, l’aimait vraiment ! Alors il posa doucement sa bouche sur la petite bouche vermeille : elle s’enflamma aussitôt, elle attendait ce moment depuis si longtemps ! Le baiser se prolongea, devint profond, la main de Mark se posa au bas de ses reins, il la pressait fort contre lui et elle sentait son désir impérieux. La tête lui tourna et elle lui aurait volontiers cédé, là, toute de suite… Mais il la retint.
–      J’ai un grand projet pour vous, je vous en parlerai demain.
Le lendemain, en effet, après une promenade dans son coupé Mercédès et un déjeuner gastronomique, il lui révéla qu’il connaissait personnellement un producteur de cinéma et que, si elle le désirait, il pourrait l’aider à devenir actrice : sa beauté était un passeport pour la réussite ! Bien entendu, il lui faudrait un book et justement il connaissait un jeune photographe talentueux qui saurait la mettre en valeur.
–      J’ai pensé à votre nom d’actrice : Cindy Marchal. Cela sonne bien n’est-ce pas ? Cela vous plaît ?
A ce stade de leur relation, Suzette était prête à dire oui à tout. Elle s’inquiétait un peu de voir que Mark ne semblait pas aussi amoureux qu’il le disait, puisqu’il s’arrêtait toujours devant sa porte après un baiser et quelques caresses hardies. Elle le provoqua en émettant le désir d’aller passer un week-end avec lui à la mer.
–      Vous êtes certaine que c’est bien votre désir ?
–      Oui, répondit-elle dans un souffle, je me donne à vous.
–      Alors nous partirons la semaine prochaine, j’ai hâte de vous prendre, ma chérie, j’attends ce doux moment depuis notre première rencontre mais je ne voulais pas vous brusquer.
Cindy était conquise, entièrement, corps et âme. Elle se donnerait à Mark avec toute la fougue de sa jeunesse et l’innocence de son âge.
Vint le moment de faire les photos. Mark suggéra une combinaison courte à fines bretelles. Il faut mettre en valeur ton corps, ma chérie, laisse-moi faire. Le brusque tutoiement émut Cindy, et elle accepta.
Le photographe, Antoine, commença son travail mais Mark n’était pas satisfait : la pose était trop banale, trop sage… Il passa derrière Cindy et, posant ses mains sur les épaules de la jeune femme, il abaissa brusquement les bretelles pour dévoiler ses seins. Surprise et gênée, elle protégea sa poitrine de ses mains en regardant Antoine.
–      Non, non ! Pas ça !
–      Mais enfin, ma petite, je vous assure que c’est ce qui plaît. Toutes les jeunes femmes passent par là. Vous allez vous habituer. Laissez-moi révéler ces seins fermes et aussi ces cuisses galbées, ajouta-t-il en relevant la combinaison.
–      Non, non ! Je ne peux pas ! Ne me demandez pas de me mettre nue !
A ce moment-là, Antoine se manifesta :
–      Vous voyez bien, Monsieur, que cette jeune femme n’est pas consentante !
–      De quoi te mêles-tu ? Fais le boulot pour lequel je te paie, petit photographe de merde !
Jamais Cindy n’avait vu Mark dans cet état, il écumait littéralement de rage, elle ne reconnaissait pas l’homme policé et courtois qu’il était avec elle. Elle prit peur :
–      Attends, je t’en prie, je vais essayer, ne te fâche pas !
Mais elle pleurait maintenant à petit bruit et se mit à renifler.
–      Je refuse de faire ces photos dans ces conditions !
Antoine commença à ranger son matériel… Mark, excédé, sortit brusquement après avoir lancé à Cindy :
–      Quand tu seras décidée à ne pas rater ta chance, tu me préviendras ! Ma pauvre fille, il y en a d’autres qui ne demandent que ça !
Antoine aida Cindy à se rhabiller et acheva de lui ouvrir les yeux sur le personnage qui l’avait séduite :
–      C’est un rabatteur pour plusieurs agences d’escort girls. J’ai déjà travaillé pour lui, on est bien obligé d’accepter pour pouvoir manger, mais les femmes étaient toujours consentantes et demandeuses, vous ce n’est pas pareil. Allez, mouchez ce joli nez et venez boire un café avec moi au bistrot du coin pour vous remettre de votre déception !
Une amitié naquit : quand ils en furent aux confidences, elle lui avoua qu’elle s’appelait en réalité Suzette, il trouva cela charmant. Il avait vingt ans, ils allèrent danser dans une guinguette au bord de la Marne, ils se baignèrent dans des rivières limpides, ils mangèrent des hamburgers et des cerises, le printemps était tiède et incitait à l’amour. Suzette comprit qu’elle n’avait pas besoin de luxe : la Twingo d’Antoine, les bistrots, un métier honorable, comme le sien, lui parurent le comble du bonheur. Elle ne revit jamais Mark et ne le regretta pas.
Quand Antoine l’embrassa pour la première fois, elle sut qu’elle avait trouvé l’homme de sa vie.
Huguette

 

Un employeur si sévère…

Promise depuis sa plus tendre enfance au fils d’un puissant homme d’affaires, ami intime de son père, le redoutable Clarck DAWSON, Frances avait, du jour au lendemain, claqué la porte à un destin tout tracé laissant derrière elle, famille, amis et un poste de secrétaire où elle s’épanouissait au sein d’une équipe chaleureuse. Fuir, il lui avait fallu fuir, c’était pour elle une question de survie. Elle n’avait certes, rien contre l’idée du mariage mais elle l’envisageait comme l’union de deux cœurs sincères et non comme la fusion fructueuse de deux porte-monnaies.
Hasard ou providence, elle était tombée quinze jours plus tôt sur une petite annonce recrutant une jeune fille au pair parlant anglais et français pour parfaire l’éducation d’une adolescente résidant à Mascate, capitale du sultanat d’Oman. Elle s’était aussitôt empressée d’envoyer un courrier et, miracle ou destinée, elle avait été embauchée.
Les 18 heures de voyage entre San Francisco et Mascate l’avaient épuisée. Un peu pâlotte et intimidée, elle redressa néanmoins fièrement sa tête et serrant très fort son élégante valise de cuir beige, tenta de repérer dans le hall de l’aéroport ses futurs employeurs. L’inquiétude commençait à la gagner quand un homme en tenue traditionnelle se présenta à elle en sa qualité de chauffeur de Monsieur ARAM. Après les formules de politesse d’usage, il l’invita à le suivre et lui remis un courrier signé de son employeur. Rassurée et impressionnée, elle grimpa alors dans l’immense limousine blanche dont l’air climatisé la revigora.  Bientôt, elle put admirer les rangées de maisons blanches et les jardins impeccablement entretenus qui se succédaient. Au passage, elle avait eu la chance d’apercevoir le minaret bleu de la grande mosquée  et elle s’imaginait déjà  déambulant entre les échoppes vivantes et colorées des souks.
Dès son arrivée dans l’imposante demeure, la gouvernante lui présenta Salima. L’adolescente, tout juste âgée de quatorze ans avait encore  sur son visage avenant  les rondeurs de l’enfance et sous sa frange brune, deux yeux sombres au regard direct pétillaient. Sans façon, l’adolescente lui tendit une main franche ; rassurée, Frances sut d’emblée  que leurs rapports seraient des plus cordiaux. Hélas ! A peine M. ARAM  passa-t-il  la porte que Frances perdit vite de sa belle assurance. L’homme, d’environ trente cinq ans, impeccablement vêtu, affichait un air sombre et autoritaire ; d’épais sourcils  et un menton carré renforçaient son air sévère.   Après une formule de politesse  convenue, il lui serra brièvement la main et sans un sourire, l’invita à passer dans son bureau pour discuter du futur emploi du temps et l’avertir des obligations auxquelles elle devrait impérativement se soumettre. Veuf depuis trois ans déjà et très accaparé par son travail, il attendait de Frances  qu’elle fasse de sa fille Salima une jeune femme accomplie, participant aux nombreux diners et réceptions que ses obligations professionnelles lui imposaient. L’accueil protocolaire et très froid de M. ARAM  l’a mit immédiatement mal à l’aise,  d’autant que de ses yeux bleu acier il semblait fouiller au plus profond de son être. Très gênée, elle rougit violemment mais, sans égard, il crut bon d’ajouter : « il est évident, Mademoiselle, que nous attendons de nos employés la plus grande discrétion et une tenue exemplaire » et sur ce, sans plus de façon, il la congédia pour vaquer à ses occupations.
Le temps passant, elle parvint à  s’adapter à son nouvel emploi, Salima était adorable. Cependant, les relations avec son employeur demeuraient tendues. Il avait toujours avec elle cette dureté de ton qui la paralysait et ce regard pénétrant qui chaque jour la  troublait davantage. Comme à l’inverse avec Salima, bien que rigoureux dans ses principes, il se montrait toujours affectueux et très attentif, Frances  se laissait parfois aller à penser que sous l’implacable carapace, M. ARAM cachait  un cœur sensible trop durement écorché par la vie.
Toujours élégante et raffinée, habituée depuis l’enfance aux mondanités, elle n’eut aucune difficulté pour y initier Salima. Peu à peu  M. ARAM sembla baisser sa garde et il lui adressait même parfois un sourire approbateur, courtois sinon amical. Il lui arriva même de sentir sur elle le regard bleu acier de son employeur et de croiser furtivement son regard. Un jour, elle prit brusquement conscience de l’étrangeté de sa propre attitude : elle guettait le moindre signe d’attention et l’attendait même avec une impatience croissante. En émoi, elle s’interrogea sur la nature de son trouble. Se serait-elle stupidement amourachée de son employeur ? Non ! C’était, hélas, une voie sans issue et pour éviter de souffrir il lui fallait sans délai mettre fin à ces divagations.  La proximité quotidienne de son employeur rendait la chose difficile sinon impossible et la seule solution  qui lui parut vraiment efficace fut de donner sa démission, ce qu’elle fit dès le lendemain.
M.ARAM, pour sa part, avait depuis longtemps perçu l’évolution des sentiments de sa trop jeune employée mais la différence d’âge, un passé encore douloureux lui avait permis de garder ses distances. Cependant, face à l’urgence, ses belles résolutions firent long feu. Il prit tendrement les mains de Frances dans les siennes et elle reçu en plein cœur la décharge de son  regard profond où, éperdue, elle put lire les prémisses de sa vie future.
Patricia

Les larmes les plus douces

Tout en nettoyant la suite nuptiale du grand palace où elle venait d’être embauchée, Perlita était contrariée. Son uniforme strict n’arrivait pas à masquer sa silhouette de rêve ni à faire oublier son visage à l’ovale parfaitement rond, aux yeux couleur d’huitres et à la bouche gourmande comme une vieille chatte.
Sa maman avait été malade toute la nuit : elle avait encore craché ses poumons. Elle l’avait quittée au petit matin, au moment où, enfin, épuisée, elle s’était endormie. Perlita, quant à elle, avait chassé la fatigue avec un café bien serré et une douche froide. Elle avait ensuite préparé ses trois frère et sœurs pour l’école puis s’était rendue au travail.
La porte claquée à la volée par une furie la sortit de ses tristes rêveries. Une jeune femme, qui aurait pu être très belle si elle n’avait pas été si en colère l’apostropha durement :
-       Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
Le tutoiement blessa Perlita et la laissa sans voix :
-       Je… Je vous prie de m’excuser, j’ai terminé.
Perlita ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec un homme d’une beauté si parfaite qu’elle en eut le souffle coupé et que son cœur s’arrêta de battre. Grand, si large d’épaules qu’il ne pouvait passer une porte que de profil, brun, de magnifiques yeux verts crocodile et une bouche qui appelait les baisers. Visiblement, lui aussi fut surpris. Le temps s’arrêta. Ils se regardèrent, les yeux dans les yeux, et plus rien autour d’eux n’exista. Ils se retrouvèrent soudain sur un nuage rose où des angelots jouaient de la harpe.
-       Kévin, laisse passer la bonne !
L’enchantement se brisa et Perlita prit la fuite, tout en se disant qu’elle n’était pas une bonne, mais une femme de chambre.
Toute la journée, elle ne put penser à rien d’autre. Le regard du si beau Kévin était gravé dans sa tête. Le soir, elle tenta de chasser cette image et s’occupa de sa maman et de ses frères et sœurs avec encore plus d’attentions que d’habitude. Elle se sentait coupable de penser à cet homme qui, visiblement n’était ni de son monde ni libre, mais elle ne pouvait s’en empêcher.
Le lendemain, à peine eut elle franchi l’entrée de service que la gouvernante, un sourire cruel aux lèvres, l’apostropha :
-       Le directeur veut te voir, et sans tarder !
Ce n’était pas bon signe et Perlita sentit ses intestins prêts à la lâcher. Elle serra les fesses et monta au dixième et dernier étage. La secrétaire du directeur l’attendait et lui ouvrit immédiatement la porte.
-       Mademoiselle heu… Perlita, Madame Rubis Montès s’est plainte qu’une bague en diamant de grande valeur a disparu hier de sa chambre et comme vous êtes la seule personne à avoir pénétré dans la suite, elle dit que vous l’avez volée.
-       Mais Monsieur le Directeur, ce n’est pas vrai ! tenta de se disculper la jeune femme.
En vain ! Le directeur la renvoya immédiatement et la somma de rendre la bague avant le soir sinon la police se chargerait d’elle.
En sortant, elle pleurait toutes les larmes de son corps et bouscula quelqu’un.  Tête baissée, elle s’excusa. Alors, une belle main aux ongles parfaits souleva son menton. C’était Kévin. La magie opéra à nouveau, ils restèrent rivés l’un à l’autre, seuls au milieu du monde. Soudain, Kévin s’aperçut qu’elle avait pleuré.
-       Mais que vous arrive-t-il, Mademoiselle…. ?
-       Perlita, je suis Perlita, la femme de chambre.
-       Oui, je sais, je vous ai vu hier. Alors, qu’est-il arrivé ?
-       Je viens d’être renvoyée… Vous savez, ma mère est très malade, mon salaire est indispensable pour nous permettre de vivre. J’ai deux petites sœurs et un petit frère qui sont encore à l’école. Il n’y a que moi qui travaille… Notre père nous a quitté il y a deux ans… Mon dieu ! Qu’allons-nous devenir ? Un sanglot la secoua.
Kévin ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras pour la consoler.
-       Attendez, laissez-moi deviner… C’est Rubis qui vous a accusé de lui avoir volé un bijou…
-       Oui, mais comment savez-vous que c’est votre femme qui m’a accusée ?
-       Ma femme ?? Il éclata de rire. Non, fort heureusement, Rubis n’est pas ma femme, c’est ma patronne, je suis son secrétaire particulier. Et elle a déjà eu recours à ce stratagème le mois dernier quand une jolie fille me tournait autour. Mais grands dieux, jamais je ne voudrais d’une telle femme, belle, certes, mais méchante, égoïste et si méprisante.
Venez, nous retournons voir le directeur tous les deux, car voyez-vous, je sais où Rubis a caché la bague.
Ce qui fut dit fut fait et l’horrible mégère fut confondue, non sans une dernière explosion de colère qui couta la vie à deux vases et un miroir, avant qu’elle ne quittât l’établissement.
Le directeur s’excusa et réembaucha Perlita. Tandis que Kévin, qui se trouvait à son tour sans emploi, fut recruté pour une place de responsable des réservations.
Les deux jeunes gens sortirent par la grand porte, le sourire aux lèvres. L’avenir s’annonçait des plus radieux, surtout quand Kévin la serra contre lui et embrassa ses lèvres impatientes.
Fabienne

 

Joël

Aujourd’hui, 5 mars, nous avons eu l’honneur de recevoir Joël PAUL, écrivain et blogueur de « chez nouz’aut » !!!

http://ecrivainducaillou.over-blog.com/

Exercice : L’atelier d’écriture a déménagé…

L’atelier d’écriture a déménagé (Théâtre)

Un habitué de l’atelier rencontre une personne qui est aussi une participante régulière aux séances de formation de Fabienne
— Sylvie iii ! Comment vas-tu ?
— Bien merci, mais ça me soucie cette histoire de déménagement de l’atelier d’écriture. Magenta, la déchetterie, ça ne me plait pas ce lieu.
— De quoi tu parles, Fabienne va à la « dé-chi-queterie » ! Ce n’est plus à la maison du livre ?
— Non, c’est à la maison de quartier de Magenta. Tu n’as pas reçu son mail ?
— Non. Ça alors, Fabienne découpée en morceaux pour des bennes à ordure. Remarque avec tous ses maux M.A.U.X, notre femme de mots M.O.T.S devait finir comme ça. On va peut-être assister au tri sélectif, et la tête, et la tête et la jambe opérée et la jambe, et le toutou et le toutou !
— Ha non pas le chien ! Tu exagères. Mais tu ne confondrais pas déchetterie et déchiqueterie par hasard ?
— C’est vrai merde, je suis con. C’est pour ça que je vais y aller, j’ai besoin de cours de français et d’expression et elle est tellement sympa Fabienne !

Fabienne ! Si tu m’entends, pardonne-moi, tes cours sont supers et on se marre bien.

— Oui mais moi j’ai peur.
— Ne crains rien, c’est super ce quartier et c’est ma route en plus. Les jeunes n’y sont jamais à la maison de quartier. Ils sont trop occupés à faire leurs courses dans les magasins et les stations services la nuit.
— Tu trouves ça drôle ?
— Non, mais le premier qui touche à ma bagnole, je lui file un tel coup de pied au cul qui ça va l’expédier jusque dans les palétuviers pour atterrir le nez dans la mangrove où il pourra contempler les picots.
— T’as raison. Avec toi sur place, j’irai. Fabienne a tellement fait pour nous. On ne va pas la laisser se faire déchiqueter. J’y vais à lundi 17h30, il paraît qu’il y aura un immense écrivain invité, dans les 150 kilos !
— Ciao !
— Tata, à lundi
Joël PAUL

-  C’est bien vous qui m’aviez parlé d’un atelier d’écriture à la maison du livre ? « La Maison Célières » ! Quel cadre charmant !
-  Heu ! … Oui… Mais… comment dire… Ça, c’était avant… Depuis, il y a eu de modestes changements dans notre organisation. Nous sommes devenus, en quelque sorte, un atelier itinérant mais… Qu’importe le flacon n’est-ce pas !  du moment que nous gardions en point de mire notre gentille organisatrice, notre gourou, que dis-je notre phare ! la symbiose était préservée et le charme pouvait continuer d’opérer.
-  Ah bon ! Et où donc vous a mené cette errance créatrice ?
-  Heu ! Nous avons procédé par étapes, un peu chez l’un, un peu chez l’autre… il nous suffisait de garder le fil conducteur et surtout d’y croire, la foi peut tout, comme vous le  savez. Une des grandes étapes a, je pense,  été  la salle Effel de la Bibliothèque Bernheim. Ah !  le charme de l’ancien ! Ces murs où l’on sentait comme une présence ! Je dois reconnaître que nous y avons fortement cru…
-  Hé alors ? que s’est-il passé ? Pourquoi avoir quitté ce lieu propice à de futurs chefs d’œuvre ?
-  Ô ! de simples détails pratiques, mais nous avons été contraints de quitter définitivement les lieux. Mais attention ! Cette fois c’est la bonne ! C’est évidemment différent mais nous y croyons tous dur comme fer. Une « maison de quartier » ! L’idéal pour stimuler notre créativité ! On se sent, comment dire ? proches de la population et  ses menus problèmes. En quelque sorte, on touche du doigt les réalités locales.
-  Hum ! Mais enfin… il me semble  que l’établissement jouxte une station d’épuration et même… une décharge…
-  Certes ! Mais… qu’importe ! La vraie pureté réside dans nos cœurs et c’est bien là tout l’essentiel.
Patricia

 

La bibliothèque, ce n’était plus possible ! Alors, j’ai cherché, cherché et encore cherché un autre lieu pour héberger mon petit atelier d’écriture et le seul qui a répondu favorablement, c’est Mathieu, le directeur de la maison de quartier de Magenta.
Fin contente d’avoir enfin trouvé quelque chose, j’ai envoyé un mail à tous les participants. Et là, je me suis aperçu que ce n’était vraiment pas terrible quand j’ai expliqué que c’était « entre la déchetterie et la station d’épuration »… J’ai vraiment senti la perplexité de tous les participants… Remarquez ç’aurait pu être pire : par exemple, la Vallée du Tir… Mais oui, c’est pire… Quand on arrive dans la Vallée du Tir, on dirait une immense prison, il y a des barreaux partout… Sans parler de Saint-Vincent-de-Paul, régulièrement volé, saccagé, brûlé… Une institution pour les pauvres, détruite par des encore plus pauvres.
A la maison de quartier de Magenta, il y a un grand parking… une mangrove à côté, avec plein de moustiques, des squatts avec plein de gens qui passent, c’est gai !!!
Le seul hic, si je peux dire, c’est qu’on ne doit pas boire de l’alcool… C’est embêtant parce qu’on avait l’habitude… On appelait même ça, l’inspiration : « tiens, passe-moi l’inspiration rouge, ou blanche… des fois rosé… « .
Maintenant, faut feinter…
Mais bon, comme rien n’est définitif, on n’y restera peut-être pas longtemps… ou pas… va savoir !
Fabienne

 

Exercice : Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à… (idées, malice, images, lettres, couture, gants, musique, bijoux, pharmacie, outils, chaussures, œufs, …)

boites

Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à musique. Un vestige d’une enfance heureuse dont j’ai encore la nostalgie. La petite mélodie aigrelette m’a immédiatement replongée dans ce passé déjà si lointain et pourtant toujours si proche à mon cœur. En un instant, j’ai revu ma grand-mère toute ronde et joviale dans cette petite cuisine, son antre, ce  domaine où elle régnait en maîtresse absolue des lieux. Que de délices et de douceurs ont vu le jour dans une aussi petite pièce ! Un exploit sans cesse renouvelé au grand plaisir de toute la famille.
Je revois également mon grand-père Gaston, assis sur son fauteuil de cuir vert bronze, sa pipe  à la bouche et un « historia » ou un « sélection » à la main. Autodidacte, le papy ! Et quelle personnalité ! Le cœur sur la main mais un caractère de cochon que, seuls ses petits-enfants, osaient affronter.
Je revois tout : le lourd buffet d’acajou impeccablement ciré et les chaises au dos si droit qu’il était impossible de s’y avachir. Ah ! Ce buffet où trônaient trois vases de cristal et surtout une bonbonnière dorée que je convoitais… C’est d’ailleurs une des seules choses que j’ai pu conserver, avec la boite à musique, bien sûr ! Elle est si douce à mon cœur, cette mélodie des jours heureux…
Patricia

Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à bijoux ; ça me rassure… Ils datent de l’époque où j’étais jeune et belle et où tous les hommes m’offraient des bijoux somptueux. Mais comme maintenant, je suis vieille et pauvre, je les ai presque tous vendus mes bijoux… Il ne reste que de la fantaisie. Alors, il va falloir que je me fasse une boite à idées… des idées géniales et pas chères… ça m’inspire tellement que j’ai une quinte de toux et je sors ma boite à pharmacie, y prendre un ou deux comprimés pour faire passer la pilule. J’ai envie de tout casser, heureusement que j’ai toujours ma boite à outils avec moi… Un petit coup de marteau par ci, par là et même sur la boite à œufs que je casse en rythme, avec ma boite à musique qui me joue une jolie ritournelle…
Dans ma boite à chaussures, il n’y a plus que des décorations de Noël mitées que je répare avec ma boite à couture. J’ai été très sage, j’ai mérité une belle image de ma boite à images qui est cachée dans la boite à gants de ma voiture.
Fabienne

28 février, 2018

Atelier d’écriture du 26 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:00

Chapeau

DEVOIR : un toast.

Une gênante méprise

Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un « suivez-moi jeune-homme ».
En ce printemps de mai 1855, prétextant des obligations professionnelles auxquelles il ne pouvait se dérober, son fiancé avait récusé toute possibilité de promenade et avait laissé la délicieuse Laurence aux soins attentifs de ses parents. Boudeuse mais audacieuse, elle avait aussitôt décidé de vérifier si cette navrante défection était bien liée à l’activité de banquier de son jeune prétendant et avait pris le parti de discrètement le suivre.  Il faisait bon ce matin-là, mais rageuse, elle ne prit aucun plaisir à traverser les rues pittoresques et animées qu’elle appréciait tant à l’ordinaire. Guillaume prenant  bientôt un fiacre, elle fit de même et il ne lui fallut pas plus d’une demi-heure de course pour que le pot-aux-roses lui soit révélé : Guillaume, ce mufle, se rendait, sans elle, à l’exposition universelle ! Et dire qu’elle avait tant rêvé d’y aller, de voir le palais de l’industrie bien évidemment mais surtout le palais des beaux arts, elle qui aimait tant la peinture…
Ah ! Ça ne se passerait pas comme ça ! Quel toupet ! Et en plus, qui allait-il rencontrer ? Un collègue ? Un homme d’affaire ? Ou pire, qui sait… Elle n’osait y songer. A chaque stand traversé, il lui fallait se cacher et dissimuler sa tenue printanière et surtout ce délicieux petit chapeau (son préféré) qu’il reconnaitrait entre tous.  Soudain elle aperçut, catastrophée,  Guillaume, un large sourire aux lèvres, tendre les bras vers une ravissante jeune femme qui, sans aucune hésitation y plongea. Ils avaient l’air si heureux de se retrouver que le sang de Laurence ne fit qu’un tour. Adieu la jeune fille réservée et bien élevée ! Dans son crâne en effervescence  mille stratagèmes s’échafaudaient déjà en vue d’une vengeance éclatante. Elle était si en colère et si troublée qu’elle en oublia de se cacher. C’est alors que, par le plus pur hasard, Guillaume, tournant la tête, découvrit, stupéfait, la présence insolite en ces lieux, de sa douce fiancée :
- Mais… ma petite Laurence, que fais-tu ici ? Qui t’a accompagnée ?
Vindicative, et les yeux brillants d’indignation, elle désigna de la tête l’autre jeune femme et, acide, déclara :
- Tu pourrais peut-être me présenter à cette jeune femme avec qui tu conversais avec tant de plaisir…
Guillaume ne put s’empêcher de sourire et eut même toutes les peines du monde pour se retenir de rire : la douce Laurence était jalouse et même prête à en découdre !
- Je te présente Betty, la deuxième fille de ma sœur ainée Lucile. La petite famille est de passage à la capitale et ma sœur ayant fort à faire durant ce court séjour m’a prié de faire découvrir Paris à ma nièce. Ce matin j’avais un rendez-vous d’affaire que j’ai donc été contraint d’annuler au dernier moment. Je n’ai donc pas eu le temps de t’informer de cette visite inattendue mais je comptais le faire au plus tôt car, dès demain matin, je dois retourner travailler à ma banque et j’avoue que je comptais un peu sur toi pour prendre Betty sous ton aile durant son séjour ; cependant, dimanche, nous pourrions prévoir quelque chose avec toute la famille.
Regardant Laurence avec toujours cette lueur amusée dans les yeux, il ajouta :
- Je désire que tu  prennes bien soin d’elle car elle n’a pas l’habitude de fréquenter les grandes villes et surtout, malgré sa silhouette élancée, elle vient tout juste de fêter ses quatorze ans …
Laurence, bien que très gênée, prit le partir de rire et tendit sincèrement la main à Betty qui, comprenant le quiproquo, était rose de confusion mais ravie qu’on ait pu la prendre pour une adulte.
Ouf ! La tragédie n’était pas de mise et tout se terminait pour le mieux ! Ils partirent donc joyeux pour visiter, ensemble cette fois,  les merveilles de cette première exposition universelle française et surtout apercevoir enfin cette incroyable demoiselle de fer qui faisait couler tant d’encre : l’imposante Tour Eiffel !
Patricia

Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi jeune homme.
Elle, c’était une petite femme effacée, une petite souris grise. Elle devait bien avoir dans les 80 ans, mais elle était restée en enfance. Son accoutrement aurait pu faire rire ou au moins sourire, mais il y avait une telle lumière dans ses yeux d’un bleu délavé, un tel air de douce bonté sur son visage ridé, que personne n’y aurait songé. Elle irradiait l’amour.
Lui, un grand costaud d’au moins dix ans son cadet, tenait fièrement son bras et ajustait son pas sur les pas menus de sa compagne. Il se penchait souvent vers elle, lui glissait un mot à l’oreille et elle rosissait. Un petit rire cristallin d’enfant s’élevait. Et lui, heureux de l’avoir égayée un instant, esquissait un petit pas de danse en la guidant par la taille…
Ces deux-là, quand ils passaient par hasard dans votre vie, vous ne pouviez les oublier : une bouffée de bonheur y était entrée.
Huguette


Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi-jeune-homme.
Et le petit jeune homme marchait devant, dans son petit, costume, avec son tout petit chapeau. Quelquefois, il s’arrêtait, l’attendait, lui prenait le bras. Puis, il se mettait à parler, il gesticulait. Il lui racontait ce que serait leur vie. Bientôt. Dans trois mois. Oui, dans trois mois, ils se marieraient. Alors, le petit jeune homme répétait inlassablement ce qu’il attendait d’elle. Tous ses propos commençaient par « quand nous serons mariés ».
-        Quand nous serons mariés, tu abandonneras tes études. Tu n’auras plus le temps d’étudier car il faudra que tu t’occupes de la maison.
Quand nous serons mariés, j’aurai une promotion, et je recevrai mes supérieurs. Il faudra que tu prépares des dîners.
Quand nous serons mariés, nous aurons trois enfants. Le premier, ce sera un garçon et nous l’aurons après deux ans de mariage.
Quand il avait terminé, il lui lâchait le bras et marchait à nouveau devant elle.
Au début, ce discours l’avait rassurée. Bien qu’il fût petit, il savait ce qu’il voulait, se disait-elle. Ensuite, ses paroles l’avaient ennuyée. Il répétait toujours la même chose. « Tu comprends, c’est pour que tu saches exactement la vie que je veux pour nous ». Maintenant, ce qu’il disait l’effrayait. « Ce sera ça, MA vie ? Il choisit toujours pour nous. Mais m’a-t-il demandé ce que moi, je veux ? Je ne veux pas d’une petite vie ! ».
La fois suivante, quand il est venu la voir, elle l’a suivi à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi-jeune-homme, mais quand il s’est arrêtée, elle avait disparu. Et il ne la revit jamais plus. Maintenant, elle marchait devant les jeunes hommes la suivait.
Fabienne


Exercice
 : Chacun écrit une phrase sur un morceau de papier et la donne à son voisin de droite qui doit faire un texte qui inclut cette phrase.

editions

Le succès avait été immédiat. « L’escargot » s’était classé numéro un des ventes dès sa deuxième semaine de sortie. La maison d’édition en avait été très surprise, le texte n’était certes pas mal mais l’histoire n’avait rien de sensationnel. Elle fut tellement prise au dépourvu, qu’elle n’eut même pas le temps de préparer l’auteur, dont c’était le premier roman, aux interviews. Il fut lâché dans l’arène, seul, le premier lundi du mois d’août dans l’émission très culturelle de France Inter. Le directeur de la maison d’édition, Monsieur Seuil, écouta attentivement l’interview. « Un escargot polymorphe glisse sournoisement sur le fil de mes mots » dit l’écrivain pour expliquer son inspiration. M. Seuil resta perplexe et la suite de l’interview ne fut pas meilleure. Il se dit alors que c’était fini, plus personne ne voudrait inviter l’auteur et que les ventes du livre allaient chuter.
Le lendemain, pourtant, trente mille exemplaires supplémentaires avaient été vendus. C’était à n’y rien comprendre ! Les gens étaient-ils devenus stupides ? Depuis l’avènement de la télé-réalité, M. Seuil s’était déjà fait une idée sur la question, mais là, il sentait qu’il y avait autre chose.
Il écouta avec attention les interviews suivantes de l’auteur, regarda toutes les émissions télé parlant du livre, sonda ses commerciaux, mais rien n’y faisait, il ne s’expliquait pas le succès du bouquin et c’était la première fois de sa très longue carrière.
Alors qu’il en discutait avec son vieil ami Philippe, Directeur de chez Pocket, ce dernier lui répondit : « c’est tellement difficile de sortir un livre ayant un vrai succès, arrête donc de réfléchir et réjouis-toi ! ». M. Seuil écouta ce sage conseil et savoura à sa juste valeur la hausse du chiffre d’affaire qui atteignit le record enregistré vingt ans plus tôt. Le succès de ce livre resta malgré tout le plus grand mystère de sa carrière.
Claire

avocatier

Alors qu’allongée sur le patio, elle savourait un livre de cuisine, un énorme avocat venu de l’arbre du voisin lui tomba sur le crâne.
-       Pardon, chère Madame, je ne vous avais pas vue.
-       Mais enfin, Monsieur, qui êtes-vous et que faites-vous là ?
-       Je suis Maître Jaunet, avocat à la cour et je surveillais votre voisin du haut de son arbre, un avocatier en l’occurrence, lorsque j’ai chu.
-       Mais pourquoi étiez-vous en haut de son avocatier ?
-       C’est le seul endroit où l’on peut voir tout son appartement. Je suis arrivé vers 17 heures et je suis monté sur une branche haute pour pouvoir dominer la situation. Il est arrivé vers 18 heures. J’ai voulu bien me cacher dans le feuillage, mais la branche a cassé, car, comme vous le voyiez, je suis un énorme avocat. Mais que vois-je ? Vous étiez en train de savourer un livre de cuisine… et justement… des recettes d’avocats, comme c’est charmant.
La dame rougit comme une tomate. C’était d’ailleurs son nom. Elle trouva cet avocat fort poli et bien mis de sa personne. Il avait certes un peu d’embonpoint, mais ce devait être très confortable. Elle décida aussi sec d’en faire son hors-d’œuvre.
Fabienne

                                                       Atelier d'écriture du 26 février 2018                               avocat

Cocotte et Zébulon

Fatigué d’une journée de bureau bruyante mais insipide, il regagna ses pénates, enfila son pyjama de zèbre et ses chaussons de fourrure mauve puis s’installa confortablement dans son fauteuil club pour fumer un énorme cigare.
Un soupir d’aise lui échappa…
C’est alors qu’une créature étrange fit irruption à sa fenêtre, l’enjamba et sauta sans vergogne à ses côtés :
–      Salut Pépère ! T’es le premier ? Non ? Où sont les autres ? C’est mortel ici ! Heureusement que j’ai ma musique…
Il dévisagea ce qui avait l’air d’être une jeune personne, dans un accoutrement étonnant : un collant beige la moulait entièrement, exceptés les mains et les pieds, qui étaient brun sombre. Sur la tête des cornes magnifiques, et un petit bout de nez noir…
Il n’eut pas le temps de répondre : une musique tonitruante lui arrachait les oreilles. La fille se mit à sauter partout, sur son canapé, sur la table… Puis elle le tira par le bras et l’entraina à sa suite :
–      On est raccords, mon zèbre ! Moi c’est Cocotte l’antilope salope. C’est quoi ton pseudo ?
Pseudo, salope ? Il ne comprenait rien, rien ! Mais il ne put résister : leur sarabande l’emporta sur le palier, puis chez les voisins, chez qui, en réalité, se tenait une fête un peu « spéciale » et très très pimentée !
Son soi-disant déguisement eut un énorme succès, jamais il ne s’était autant amusé. Rendez-vous fut pris pour d’autres soirées et on lui attribua le surnom de « Zébulon le Zèbre Zélé ».
Huguette

Exercice : ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir… J’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même au moment où…

je-maime

Je ne m’étais jamais aimée, jamais supportée. J’avais deux sœurs, une grande Jacotte et une petite Eponine, qui étaient de véritables beautés. Alors, évidemment, moi, à côté, je faisais vilain petit canard. Sauf qu’en grandissant, je ne suis hélas pas devenue un cygne… Tandis que mes sœurs avaient trouvé chacune un très bon parti, un chirurgien pour Jacotte et un banquier pour Eponine, je poursuivais mes études de droit en solitaire. Je me réconfortais comme je pouvais, me disant que les hommes n’aiment que les femmes certes jolies, mais complètement stupides. Et puis que je n’avais de toute façon pas de temps pour quelqu’un dans ma vie… Et puis, j’étais moche et personne évidemment ne voudrait de moi. Lorsque j’ai terminé mes études, mon avenir était tout tracé, j’allais être juge… Sauf que ce métier ne me disait rien du tout. Mais j’avais fait plaisir à mes parents, j’avais un bagage. Un matin, en promenant dans la rue, alors que je cherchais mollement un stage, une pancarte attira mon attention : cours Laurent – Art comique. C’était bizarre. Je connaissais les cours d’art dramatique… mais comique, je n’en avais jamais entendu parler. Curieuse, je poussais la porte. Ce fut le début véritable de ma vie. Je n’avais jamais soupçonné que j’avais une telle capacité à faire rire… Maintenant, j’ai créé un spectacle et je joue tous les soirs. La semaine dernière, ça m’est tombé dessus, comme ça, sans prévenir, j’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même au moment où je lançais une réplique hilarante et que je me suis vue dans les yeux d’un monsieur du premier rang. Depuis, je m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie !
Fabienne

femme-électrocuté

Je m’aime !

Ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir. J’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même… au moment où j’ai malencontreusement pris le jus – une bonne décharge de 220 – en tentant de démonter une prise. Mon tournevis a fait un excellent conducteur, le courant m’a traversée, mes yeux se sont exorbités et j’ai senti mon cerveau s’illuminer brusquement.  Mes neurones crépitaient, soudain je comprenais tout, intuitivement, depuis les mystères de la reproduction de l’hippocampe, de la formation de l’univers, en passant par ceux de l’insondable cerveau masculin…
Aussitôt une vague d’amour de moi pour moi-même, une sorte d’hermaphrodisme intellectuel, m’a emplie : je m’aimais ! Et si je m’aimais, tout le monde m’aimerait !
Je n’eus pas le temps de vérifier cette si réjouissante conclusion, je tombai raide morte à côté de mon tournevis, après avoir plongé dans l’obscurité toute la ville…
Huguette

Ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir, j’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même, au moment où… mon mec, enfin mon ex, du coup, m’a largué. Les motifs évoqués étaient que j’étais chiante, que je râlais tout le temps et qu’on ne couchait pas assez ensemble. Une amie m’a dit plus tard, que je devais m’estimer heureuse puisque j’avais au moins eu une, et même plusieurs, justification(s) à cette rupture assez inattendue. Si j’ai douté de pouvoir me réjouir d’une si petite victoire, je trouvais bientôt une vraie raison de sauter au plafond. Après une bonne remise en question, je dus admettre que j’avais été chiante, que j’avais beaucoup râlée et que, n’ayant acceptée de faire l’amour que deux fois en un an, on pouvait certainement convenir qu’on ne couchait pas assez ensemble. Et la cause c’était lui, pas directement, mais je ne l’aimais pas. Moi, en revanche, je me supportais bien. Je me rendis compte que, seule chez moi, je n’étais pas chiante, je ne râlais pas et que je couchais que si je voulais. Il n’en fallut pas plus pour que je me rende à l’évidence, j’étais folle de moi ! Et j’avoue avoir savouré cet amour jusqu’à la fin de mes vieux jours.
Claire

20 février, 2018

Atelier d’écriture du 19 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:00

DEVOIR : un 5 mots
Paix – atelier – petit déjeuner – pluie – renouveau

bestsellers

La fortune vient en dormant…

La paix !!! Je veux juste prendre mon petit-déjeuner en paix… rien d’autre. Et pourtant depuis une semaine, ça tourne en boucle dans ma tête, comme une idée fixe. Je ne peux penser à rien d’autre : qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter pour mon devoir de l’atelier d’écriture ce lundi ? Vraiment, ma tête n’est qu’un trou noir, un vide sidéral et je n’ai rien à dire, sinon parler de la pluie et du beau temps… Et il y a de quoi faire en ce moment, si vous voyez ce que je veux dire… Mais bon, malheureusement, ce n’est pas le sujet et ma page reste désespérément blanche.
Ce n’est pas que je sois un écrivain – un écrivaillon, tout au plus – très prolixe, mais, habituellement, je trouve toujours quelque chose à dire, plus ou moins – plutôt moins que plus, d’ailleurs – intéressant. Oui, mais voilà, nous sommes déjà lundi matin et RIEN, nada, zéro ! ça me fatigue. Bon, il ne faut pas que je désespère… Je vais aller faire un tour et, si ça se trouve, je vais avoir l’idée salvatrice… Un joggeur insolite, un chien pas ordinaire, une vieille femme courbée par les ans, tout peut être sujet à écrire.
Promenade nulle, évidemment, avec la pluie, personne n’est sorti. On dirait d’ailleurs qu’il n’y a plus personne sur terre. Je rentre, de plus en plus abattue, prête, me dis-je à prononcer ce soir la phrase fatidique : « Je n’ai pas fait mon devoir… ». Ça ne m’est jamais arrivé ; en temps qu’animatrice, je dois montrer l’exemple. Une immense fatigue m’envahit et je m’allonge un peu. Je m’endors aussitôt et je commence à rêver. Un rêve extraordinaire… dont je me souviens de chaque détail après quatre heures. Oui ! J’ai dormi quatre heures !!! Je n’en reviens pas… Je me mets tout de suite à écrire… J’écris, j’écris sans m’arrêter. Les phrases viennent seules, comme si on me les dictait. Et je les trouve parfaites.  Le style est vif et enlevé, l’histoire passionnante, les personnages originaux. Je n’en reviens pas moi-même. Un véritable renouveau. Il faut que je m’arrête, c’est l’heure de l’atelier. Je vais lire les premières phrases… qui tombent pile dans le sujet.

Tout le monde a applaudi mon texte. Franchement, je n’ai pas l’habitude. De retour chez moi, je vais écrire pendant une semaine presque sans m’arrêter, juste pour ne pas mourir de faim, de soif ou de fatigue. J’ai enfin mis le point final à mon roman, car il s’agit bien d’un roman… de cinq cents pages. Je l’ai présenté à plusieurs éditeurs qui l’ont tous accepté. Il a fallu que je prenne un agent pour négocier le contrat le plus intéressant. J’ai vendu un nombre incalculable de livres qui ont été traduits en six langues. J’ai fait des tournées mondiales pour présenter mon œuvre. Maintenant, je vis de ma plume… Et je suis riche… Alors la prochaine fois que vous n’aurez aucune idée pour votre exercice, ne paniquez pas ! C’est peut-être le début de la fortune !
Fabienne

 


CYCLONE

Foutez-moi la paix !!
Malgré Gita et subséquemment sa pluie,
Malgré les Chinois et subséquemment le bruit,
Je veux un petit-déjeuner serein et silencieux…
D’autant que le renouveau de l’atelier est annoncé pour le lundi 19…
Georges

Exercice : artistes et faits divers

van-gogh

Le 24 décembre 1888 à Arles, la police récupère un homme au visage sanguinolent.
C’est Vincent Van Gogh qui dit s’être automutilé avec un rasoir.
Mais n’est-ce pas plutôt Gauguin qui lui a coupé l’oreille avec son sabre ?

 

La police s’est rendue au chevet du blessé pour l’interroger.
-       Monsieur Van Gogh ?
-       Oui
-       Ce matin, on vous a retrouvé dans votre chambre garnie le visage ensanglanté. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé ?
-       Oui, Monsieur l’Agent, j’ai voulu tout simplement me raser et je me suis coupé l’oreille.
-       Pourtant, votre logeuse, que nous avons interrogée nous dit avoir entendu beaucoup de bruit chez vous hier soir.
-       Je vous assure, Monsieur l’Agent, il n’y avait aucun bruit chez moi. Elle a peut-être confondu avec mes voisins, un couple avec des enfants, pas toujours tranquilles.
-       Est-ce que vous aviez bu ?
-       Non. Enfin pas trop… Un peu quand même.
-       Et vous ne vous souvenez plus de ce que vous avez fait.
-       Oh si ! Je me souviens que mon ami Gauguin est venu me voir.
-       Mais vous aviez dit que vous étiez seul.
-       … C’est que… j’avais oublié
-       Et donc, ce Monsieur Gauguin est un ami ?
-       Oui, un ami peintre, comme moi… Nous avons évidemment discuté peinture…
-       Et vous n’étiez pas d’accord ?
-       Non, ce n’est pas tout à fait ça. Je pense qu’il me copie…
-       Vous vous êtres disputés ?
-       Un peu, pas trop… Enfin, je ne me souviens pas…
-       Ne serait-ce pas plutôt votre soi-disant ami qui vous aurait coupé l’oreille, avec son couteau.
-       Il n’avait pas de couteau, juste un sabre qu’il a sorti, quand je l’ai accusé. Mais je vous assure, Monsieur l’Agent, que jamais, il ne m’aurait fait de mal.

La police s’est rendue chez Monsieur Gauguin pour l’interroger et connaitre sa version des faits. La concierge a dit qu’il était parti pour un long, très long voyage, à Tahiti… Elle avait des étoiles dans les yeux quand elle a prononcé ce mot, puis elle a ouvert aux deux agents de la force publique. Sur une petite table, se trouvait un sabre ensanglanté. Mais L’oiseau s’était envolé de la cage.
Fabienne


Exercice
 : Il aurait fait n’importe quoi par amour….

caddies

Il aurait fait n’importe quoi par amour, et d’ailleurs, il l’avait déjà fait. Il l’avait amenée dans les plus grands palaces pour des séjours aussi ruineux qu’idylliques. Il lui avait fait goûté les mets les plus savoureux dans des restaurants étoilés. Il lui avait fait connaître le frisson de l’aventure. Oui, mais voilà, elle avait le chic pour distiller le chaud et le froid. A chaque fois qu’il croyait que cette fois-là serait enfin la bonne, elle l’avait quitté… pour des prétextes aussi incroyables que fallacieux. Puis elle était revenue et il avait encore dû la surprendre, encore plus que les fois précédentes.
On était le 7 février et elle n’était revenue que depuis la veille. Autant vous dire qu’il avait un max de pression pour la Saint-Valentin qui arrivait. Alors, il se creusa la tête. Il avait déjà tout fait… Et puis, il faut bien l’avouer, toutes ces extravagances l’avaient quasiment mis sur la paille. Il n’avait plus d’économies, il était s’était même endetté pour le Noël dernier, où il lui avait offert un safari photo en Afrique. Elle avait adoré ! Il la revoyait encore les yeux éblouis devant les éléphants, les girafes, les gazelles… Mais tout cela ne l’avait pas empêchée de partir début janvier car, soit-disant il était trop jaloux.
Il ne pouvait dormir, la chaleur suffocante et l’angoisse le tenait éveillé. Il se mit à la fenêtre de sa chambre, qui donnait directement sur le parking de Géant. Et là, il eut enfin l’idée géniale…
Le 13 février, dans la nuit, il sortit en catimini de l’appartement, sans réveiller sa belle. Au premières lueurs de l’aube, il la réveilla doucement et lui dit :
-       Viens voir… Viens voir comme je t’aime…
Quand elle se mit à la fenêtre, elle n’en revint pas. Il avait fait un immense cœur avec tous les caddys du magasin… Et cette magnifique idée ne lui avait coûté, après tout, que 100 francs.
Fabienne

13 février, 2018

Atelier d’écriture du 5 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 1:48

DEVOIR : Ecrire une histoire façon conte pour enfants :
« Choupette la roussette et Milou le cagou discutent dans la forêt ».

cagou                    roussette

Panique en forêt

Ce matin, tous les animaux du parc des Grandes Fougères sont effrayés et anxieux. Aujourd’hui, dimanche 1er avril, c’est l’ouverture de la chasse. Roussettes et nautous se serrent, tremblants, à l’ombre des grands banians, tandis que cerfs et cochons sauvages se réfugient aux confins des limites du parc. Chacun espère échapper aux chasseurs sanguinaires, mais tous savent que ce soir, nombre d’entre eux seront morts.
Milou, le cagou est le plus énervé de tous. Il ne comprend pas cet engouement des humains à tuer les animaux. Il sait qu’il ne sera pas chassé et il a décidé d’aider tous ses amis.  Il va amener les chiens sur de fausses pistes et il préviendra les autres.
Dès l’ouverture, Milou se positionne sur une chemin passager et attend. Pas longtemps, un chien vient d’arriver et renifle les environs. Milou attire son attention. Le chien, un jeune fou, s’arrête et se met à aboyer. Alors, Milou ouvre grand ses ailes, relève sa crête et se met à aboyer plus fort que lui. Le chien lui saute dessus et le blesse à l’aile.
-       Mais enfin, espèce d’idiot, tu ne sais pas que je suis une espèce protégée ?
Milou est si énervé qu’il ne sent pas la douleur. Il monte sur son assaillant et lui donne des coups de becs. Le chien part en courant…
-       Kaï, kaï, Kaï…
Tous les autres chiens, croyant qu’il est sur une piste le suivent. Milou est soulagé, mais il a mal. Il ne peut plus marcher. Il se dit qu’il va se mettre sous une fougère et attendre le lendemain, fin de la chasse. Mais c’est sans compter sur Choupette, la roussette qui a assisté à toute la scène. Elle pousse un cri suraigu pour alerter ses copines. Deux d’entre elles arrivent rapidement et l’aident à transporter Milou dans un endroit plus sûr.

Milou a bien dormi cette nuit. Son aile va beaucoup mieux et il n’a presque plus mal, mais il parade devant ses amis, l’aile en écharpe et un rictus de douleur au bec. Tous l’admirent et le respectent car, grâce à lui, aucun animal n’a été tué.
Alors, Milou s’approche de Choupette et lui chuchote :
-       Oh, ma Choupette, tu es vraiment chouette
-       Je ne suis pas chouette, je suis roussette. Oh, mon Milou, quel bagou !
-       C’est normal pour un cagou.
-       Milou, arrête, arrête, tu vas me faire perdre la tête…
Fabienne

 

Choupette la Roussette et Milou le Cagou

Quand le Bon Dieu, presque satisfait de son travail  voulut affiner son œuvre et qu’il se pencha sur la Nouvelle-Calédonie, il  dut un peu trop se pencher et  sûrement tomber sur la tête. Vous ne me croyez pas ? Et bien écoutez…
Sur cette ile en forme de cigare, il existe des oiseaux baptisés « cagous » qui ne savent même pas voler et qui aboient tandis qu’aux branches se pendent de petits renards volants appelés  « roussettes ». Je vous avais bien dit que sur cette belle ile, il se passait des choses bizarres, mais là-bas les gens y sont  habitués et trouvent cette situation tout à fait normale, alors…
Un jour, nichée au cœur de la forêt du Parc de la Rivière Bleue, solidement pendue aux ramifications d’un chêne-gomme par ses courtes pattes, Choupette la Roussette observait avec attention les incessantes allées-venues de Milou le Cagou. Ce dernier, affairé, étudiait avec attention la moindre brindille tombée ainsi que chaque amas de feuilles, certain d’y trouver les délicieuses larves dont il faisait son ordinaire. Tout allait bien quand, soudain, catastrophe ! Un petit cochon sauvage surgit d’un gros buisson, bien décidé à faire de notre cagou un succulent plat de fête.
Choupette, toute tremblante, cria très très fort pour avertir Milou. Aussitôt, le cagou  partit  en courant pour tenter de se cacher dans les fourrés mais le petit cochon, affamé, le poursuivit, bien décidé à profiter de cet excellent diner. Au secours ! Au secours ! Pensait Milou affolé. Le cochon s’approchait dangereusement et allait se jeter sur Milou terrifié quand Choupette la Roussette, déployant ses ailes, fondit brusquement sur le petit cochon. Ne comprenant pas d’où venait l’attaque, surpris, il leva la tête. Vite ! Vite ! Milou en profita pour s’échapper et se cacher dans un tronc d’arbre creux.
Le petit cochon sauvage n’était pas content mais pas content du tout !  Il grogna très fort mais, prudent,  préféra s’éloigner du danger et abandonner sa proie. Ouf ! Milou était sauvé ! Il sortit prudemment de sa cachette, gonfla sa huppe grise et levant sa tête, aboya plusieurs fois en direction de Choupette ; c’était sa manière à lui de la remercier.
Et c’est ainsi que deux animaux, pourtant très différents, devinrent amis pour toujours.
Si,  par hasard, vous passez de bonne heure, tout près du grand chêne-gomme, vous aurez peut-être la chance d’entendre Milou le Cagou aboyer, comme il le fait chaque jour, pour saluer sa copine, Choupette la Roussette. Alors, bonne promenade…
Patricia

2/ Exercice : Après avoir joué les victimes pendant 3 mois, il avoue son meurtre !

assassin

La complainte d’un innocent assassin

 Je vous jure, M’sieur le Juge, je l’ai pas fait exprès
C’est pas la peine de m’accuser, me condamner.
Une dispute comme à chaque fois,
C’est pas la peine d’en faire un plat.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Elle pouvait pas s’en empêcher,
Fallait toujours me rabaisser.
Mais cette fois-ci j’ai pas supporté
Alors, je lui ai coupé le sifflet.

 Monsieur le Juge, c’est pas un crime, ça !
Juste le ras le bol d’un pauvre petit gars.
Après, je me suis calmé.
J’ai même essayé de la relever.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Sauf que cette fois-ci, elle bougeait pas trop
Il a même fallu que je la porte jusqu’à l’auto
Je lui parlais mais elle ne me répondait pas
Vous voyez bien qu’elle était fâchée après moi.

 Je l’avais doucement enroulée dans un drap
Puis j’ai fait un feu pour pas qu’elle ait froid.
On a dit que je voulais la brûler dans la forêt.
C’est faux, je voulais juste la réchauffer.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Je savais pas qu’elle était si fragile
Qu’il ne fallait pas serrer son cou gracile
M’sieur le Juge, je vous l’ai dit,
Ça a dérapé, j’ai rien compris.

 J’ai toujours su pleurer,
Emouvoir les assemblées
Même ses parents pensaient
Que j’étais le gendre parfait.

Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.
Fabienne

Il y a trois mois, trois si longs mois,
Ma femme a été mise en terre.
Ses parents pleuraient avec moi
Quand je piquais des crises de nerfs.
J’ai tant gémi et tant crié
Mais mes amis m’ont épaulé.
Ma femme a été mise en terre,

Et me  voilà  célibataire.

On dit qu’elle était coléreuse,
Qu’elle n’était plus guère amoureuse,
Qu’à la maison c’était bien elle
Qui le portait, le pantalon.
Que sous ses airs de Demoiselle
Elle cachait un cœur de dragon.
On dit ces choses… moi, je l’aimais…

Hélas ! J’ai du la découper
Et même aussi, la faire brûler,
Fallait bien s’en débarrasser !
On a fini par la r’trouver,
Elle était un peu abimée…
Ma femme a été mise en terre

Et me voilà célibataire.
Patricia


Exercice
 : drôle de métier :
Il était effeuilleur de marguerites

 effeuiller

Il était effeuilleur de marguerites. Il avait eu ses moments de gloire, mais à notre époque, il faut bien le dire, l’amour ne faisait plus recette.
Il attendait la semaine prochaine avec tout à la fois espoir et angoisse. Car bien sûr, c’était pour la Saint-Valentin qu’il faisait le plus recette. Enfin, ça, c’était avant, car depuis deux ou trois ans, seuls quelques rares clients le demandaient encore. L’année dernière, il n’y avait eu que deux amoureux qui avaient fait appel à ses services pour leur belle et lui avaient donné rendez-vous dans un restaurant. Il était arrivé en avance, et avaient vu venir le premier couple, main dans la main, se regardant dans les yeux, transis d’amour. C’était quand même magnifique, ça, non ? Alors lui, les avaient fait asseoir, les avait complimentés, leur avait raconté l’histoire de Tristan et Iseult. Ils avaient eu leur petite larme… Puis, il avait sorti la marguerite de sa poche. Il avait légèrement triché pour qu’elle finisse par « plus que tout ! ». Les amoureux, voyant là un heureux présage l’avaient remercié avec chaleur. Le jeune homme lui avait même glissé un bon pourboire dans la main.
Puis, il y avait eu ce deuxième couple. Déjà, à leur arrivée, il ne les sentait pas. Chacun pianotait sur son téléphone portable. Il les avait laissés s’asseoir et les avait observés de loin. Ils ne s’étaient pas adressé la parole de tout le repas, tout occupés qu’ils étaient à discuter sur le net avec des amis inconnus. Lui, avait attendu le dessert avant de faire son entrée. Ils avaient fait nombre de selfies. Il leur avait récité un très joli poème d’amour puis avait sorti à nouveau sa marguerite. Mais il avait eu beau essayer de tricher, la fleur avait décrété « pas du tout ! ». C’est là que la dispute avait éclaté et que chacun était reparti de son côté. Ils avaient failli en venir aux mains et avaient même oublié de le payer.
Il sortit une marguerite de sa poche, la jeta et soupira… Allons, il allait falloir songer à se reconvertir…
Fabienne

Conter fleurette

J’ai créé « Conter fleurette » il y a cinq ans maintenant et je dois avouer que je n’avais pas prévu un tel essor. Les gens m’ont pris pour un fou au début, bien sûr ! Vendre un service d’effeuilleur de marguerites, cela semblait ridicule. Et pourtant, le monde en avait besoin. Une grande majorité de la population vit en ville de nos jours, ils ne connaissent les fleurs que dans des vases ou des parcs publics. Impossible donc de les effeuiller. Mais quel plaisir de pouvoir s’imaginer à quel point l’être aimé nous aime en retour en arrachant les pétales d’une marguerite ou d’une pâquerette. Les gens ont besoin de poésie et c’est ce que je leur vends.
Nous avons désormais trente-cinq effeuilleurs qui vous livrent et effeuillent où vous le souhaitez. Certains clients nous demandent parfois d’effeuiller leur fleur eux-mêmes, nous les orientons alors vers un fleuriste car notre service est nécessairement « All inclusive ».
Nous prévoyons une croissance de dix pour cent par an sur les trois prochaines années, alors si vous aussi vous souhaitez devenir Effeuilleur de marguerites, envoyez-nous votre CV ainsi qu’une lettre de motivation. Venez rendre au monde sa poésie !

24 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 22 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:12

DEVOIR : écrire un calligramme (poème en forme de dessin) qui fait référence à la Nouvelle-Calédonie

Romance Calédonienne

Claire

Cagou

Fabienne

PatriciaPatricia

Exercice : 6 mots, 6 adjectifs
Piocher 1 mot et 1 adjectif et écrire une histoire

- Chemise                                              – frivole
- Calendrier                                          – suicidaire
- Cravate                                               -  timide
- Chaussure                                          – prétentieux
- Casquette                                           – optimiste
- Casserole                                            – colérique

chemises

Histoires de placard

La porte s’ouvre, je me fais toute petite. Je rentre les manches, heureusement elles sont courtes. Je me cache derrière mes voisines, je me fonds dans l’ombre du placard. Je sens les cintres remuer, une main se pose sur mon épaule, mais finalement elle se décide pour une autre. Ouf ! Je suis sauvée pour aujourd’hui.
Je suis une chemise timide et déteste sortir de mon placard. J’ai des petits motifs de zèbres sur fond bleu, alors à chaque sortie, je me fais tripoter, accompagné du classique : « Oh que ta chemise est originale ! J’adore ! ». Eh bien, pas moi. J’aurais aimé être discrète, blanche ou bleue, banale.
J’envie ma voisine, c’est une chemise verte, classique, à manche longue, mais tellement sûre d’elle. On dirait qu’elle est prête à se jeter de son cintre tous les matins pour être choisie. Incroyable, non ? Quand je lui ai demandé d’où lui venait sa confiance en elle, sa réponse a été : « Tout est dans le style, ma belle ! ». Ça ne m’a pas beaucoup aidée…
La porte s’ouvre à nouveau, mais cette fois-ci pas de tripotage. On est poussé, de manière un peu rude, il faut l’avouer, contre la paroi de gauche. Puis l’espace se libère à ma droite, et hop, une nouvelle voisine. Je jette un œil. Elle est blanche. Impeccable. Classe. Si « tout est dans le style », alors celle-là risque d’être prétentieuse. J’entends un « Bonjour », je réponds poliment.
-        Pouvez-vous me parler de notre propriétaire ? J’aime savoir à qui j’ai à faire, demande la nouvelle chemise.
-       Eh bien, José est plutôt gentil et drôle. Il fait attention à nous, mais on peut traîner longtemps dans la panière à linge sale. En fait, en général, il faut attendre que sa mère passe pour en sortir.
-        Je vois… Peut-être que les choses vont changer, car si j’ai bien compris, il m’a achetée pour un rendez-vous vendredi soir avec une certaine Cindy.
Les choses ont effectivement changé, Cindy est venue s’installer quelques semaines plus tard. Je l’adore autant qu’elle me déteste. Je ne suis plus autorisée à sortir du placard, elle a exhaussé mon rêve et ma vie est un véritable paradis. Merci Cindy !
Claire

casserole

J’aime cuisiner mais parfois les choses les plus simples deviennent complexes.
Ayant, pour la première fois, fait l’acquisition d’une plaque à induction, je dus longuement tâtonner pour exercer mes talents. C’est ainsi que pour débuter mon apprentissage, je me contentai de déposer une large casserole d’eau sur ma plaque toute neuve. J’optai pour le chiffre 9 (le plus élevé) qui me semblait le mieux approprié. Mon inexpérience conjuguée à ma distraction naturelle m’entrainèrent rapidement vers d’autres tâches qu’il me semblait possible de réaliser dans le délai habituellement imparti. Mal m’en prit ! En un rien de temps, le liquide de frémissant devint brûlant puis bouillonnant entrainant les débordements que vous imaginez. Affolée, je me précipitai vers l’objet du délit mais me prenant les pieds dans le tapis de cuisine, je donnai une malencontreuse impulsion à la casserole qui, écumante, se déversa entièrement sur le carrelage. Une demi-heure plus tard, après avoir tout nettoyé, je pestais encore contre cette casserole suicidaire.
Patricia

 

french

Son pied levait souvent la jambe car Lili était danseuse aux Folies Bergères Elle portait une robe à frou-frou et une chaussure tellement mignonne. C’était un amour de petit soulier, tout en dentelle et satin roses qui tournait et virevoltait sur la scène. Les mocassins noirs des danseurs étaient tous fous d’elle, mais il faut bien dire qu’ils se contentaient de lui faire la cour. Avec cette chaussure, aucune conversation profonde et métaphysique, aucun entretien sérieux ni politique, mais ça ne les gênait pas, bien au contraire. Quand ils étaient en face d’elle, on aurait dit qu’ils devenaient complètement abrutis.
Cette petite chaussure se contentait d’être belle et de plaire. Le mois dernier, les mocassins de Charly s’étaient pendus à leurs lacets, n’en pouvant plus des promesses jamais tenues. Les escarpins de autres danseuses avaient beau prévenir tous ces messieurs, rien n’y faisait. Ils la suivaient pas à pas. Ils avaient beau se dire que ce n’était qu’une chaussure frivole, elle leur faisait malgré tout perdre la tête.
Fabienne


Exercice
 : faire le portrait d’un héros ou d’une héroïne du quotidien.


enfants

Cette expression était courante il y a plus d’un siècle mais je trouvais qu’elle était réellement une « mère courage » de notre époque. C’était ma voisine. Elle partait faire des ménages de l’aube jusqu’au soir.
Ses trois enfants étaient d’une politesse qu’on ne rencontrait plus guère. Ils me disaient toujours bonjour, me proposaient leur aide pour porter un sac trop lourd. Ils ne criaient jamais, ne se disputaient pas, ne trainaient pas dehors. Je les trouvais juste un peu trop sérieux pour leur âge. Et je me demandais comment elle pouvait bien faire pour les élever aussi bien. Un jour que je lui demandais, elle me répondit simplement : « avec de l’amour, tout est possible ».
Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir un jour arriver la police et d’apprendre le lendemain par les journaux qu’elle avait été inculpée pour maltraitance. Je sus également plus tard qu’en fait de ménage, elle menait une vie de débauche.
Méfiez-vous les héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit !!
Fabienne

 école

Mme DUMONGE, Josette DUMONGE, est institutrice dans une petite école de quartier.
Chaque matin, vers 6 heures, elle quitte son minuscule pavillon de banlieue pour endurer deux longues heures de train avant de s’engouffrer dans le métro parisien. Le soir, en rentrant, elle doit faire son ménage, surveiller les devoirs et la toilette de ses  deux marmots, préparer le diner, faire la vaisselle, faire tourner sa machine à laver, raconter une histoire aux enfants en leur souhaitant de doux rêves et arroser son géranium avant de souffler un peu devant une tasse fumante d’infusion de tilleul, promesse d’une nuit un peu courte mais réparatrice.
Le lendemain, rebelote, mais avant il lui faudra affronter la journée de classe. Chaque fois qu’elle pénètre dans le vieux bâtiment qui porte le nom pompeux « d’institut Clémence de Bringueville », elle est assaillie par le vrombissement incessant des voix mêlées de ses chers petits et quand elle rentre dans sa classe maternelle où 25 âmes l’attendent, c’est encore bien pire. Pour elle, c’est l’entrée du gladiateur dans l’arène  et elle sait par expérience que le combat sera difficile. Si une rage de dents ou un mal de tête la tenaillent, notre valeureuse mais discrète héroïne fera face, plaquant sur son visage le sourire qui saura rassurer et consoler les petits, orphelins pour la matinée ou la journée de parents qui, libérés pour quelques heures, voleront vers d’autres horizons.
Quand viendra enfin, l’heure de la sortie, épuisée, soulée de bruits et de cris, elle s’engouffrera à nouveau dans le métro bondé avant de grimper dans son vieux train de banlieue et d’attaquer à la maison le deuxième round.
Le nom de Josette DUMONGE ne figurera jamais au fronton d’un édifice mais il se trouvera bien quelques têtes blondes pour se souvenir d’elle quand, à leur tour, ils seront devenus parents.
Patricia

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