Atelier d’écriture de la Maison du livre NC

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25 mars, 2018

Atelier d’écriture du lundi 5 mars 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:43

DEVOIR : Ecrire 10 lignes tous les jours pendant au moins 5 jours sur le sujet suivant :
Ecrire une histoire d’amour à l’eau de rose avec les pires clichés du genre.

roman

L’innocence de l’amour

La jeune fille qui lui manucurait les mains s’appelait Suzette. Suzette Poitevin. Mais elle était très jolie, trop jolie pour s’appeler Suzette ou Ginette ou Paulette. Non, il faudrait changer ça. Pourquoi pas Jenny ou Kathy, ou Cindy ? Oui, Cindy conviendrait à cette beauté blonde qui regardait le monde avec de grands yeux clairs et innocents mais dont le corps superbe évoquait plutôt les plaisirs et la luxure. Elle avait tout juste 18 ans, il s’était renseigné, parce qu’une mineure, ça non ! Il ne fallait pas y toucher.
Il la regardait s’activer sur ses ongles à l’ovale impeccable, penchée sur lui… Ses cheveux d’un blond pâle enfantin, ses mains douces, sa bouche vermeille qui laissait parfois échapper un petit rire cristallin, tout était parfait, tout l’excitait et il laissait aller son imagination… Oui, décidément elle méritait mieux que ce salon, certes convenable, mais où sa beauté  passait inaperçue : il fallait un écrin digne de ce bijou !
–      Merci infiniment, mon petit, vous avez des doigts de fée !
Puis il murmura, pour elle seule :
–      Vous méritez mieux, savez-vous ?
Et il s’en alla.
Suzette regarda partir ce client avec un air d’adoration. Son cœur bondissait dans sa poitrine comme chaque fois qu’il lui adressait un compliment. Elle se savait jolie, évidemment, les garçons de son âge le lui disaient avec leurs mots crus. Mais  elle détestait leur langage vulgaire. Tandis que cet homme ! Il était si beau : la cinquantaine altière, les tempes grisonnantes… Et quel raffinement dans sa toilette ! Sa peau était douce et parfumée… Quant à ses yeux ! Ils la faisaient chavirer : leur éclat d’un bleu acier l’avait envoûtée dès le premier jour… Elle se sentait transir et brûler chaque fois qu’ils se posaient au fond des siens…
Aujourd’hui, après lui avoir glissé un gros pourboire, car il était riche et généreux, il lui avait susurré : vous méritez mieux ! Elle avait failli s’évanouir de bonheur !
–      Suzette, il faudrait peut-être arrêter de rêvasser et te remettre à ton travail. Madame Bouchou attend son vernis !
Dès la semaine suivante, il l’invita à prendre un thé dans le salon le plus huppé de la ville : il ne fallait pas effaroucher la petite. Puis il lui donna comme une faveur son prénom : Mark. Et il la raccompagna dans la modeste pension où elle logeait et lui baisa la main. Aucune familiarité dans son attitude. Elle acheva d’être séduite : cet homme, beau, intelligent et riche, la respectait ! Il laissa passer huit jours encore avant de lui proposer une invitation au restaurant : là, il lui prit tendrement la main et lui avoua son amour !
–      Vous me troublez, mais, non, non, il ne faut pas ! Vous êtes si jeune ! Il faut cesser de nous voir.
Quelques larmes embuèrent les beaux yeux bleus de Suzette.
–      Mais, vous pleurez ! Cela me fend le cœur… Vous m’aimez donc un peu ?
–      Oh, oui ! Répondit-elle dans un soupir
Ils firent encore quelques sorties et elle se laissa aller à des confidences : elle avait perdu ses parents très jeune et s’était retrouvée seule dans la vie. C’était la première fois qu’elle rencontrait un gentleman, quelqu’un qui la rassurait, la comprenait, l’aimait vraiment ! Alors il posa doucement sa bouche sur la petite bouche vermeille : elle s’enflamma aussitôt, elle attendait ce moment depuis si longtemps ! Le baiser se prolongea, devint profond, la main de Mark se posa au bas de ses reins, il la pressait fort contre lui et elle sentait son désir impérieux. La tête lui tourna et elle lui aurait volontiers cédé, là, toute de suite… Mais il la retint.
–      J’ai un grand projet pour vous, je vous en parlerai demain.
Le lendemain, en effet, après une promenade dans son coupé Mercédès et un déjeuner gastronomique, il lui révéla qu’il connaissait personnellement un producteur de cinéma et que, si elle le désirait, il pourrait l’aider à devenir actrice : sa beauté était un passeport pour la réussite ! Bien entendu, il lui faudrait un book et justement il connaissait un jeune photographe talentueux qui saurait la mettre en valeur.
–      J’ai pensé à votre nom d’actrice : Cindy Marchal. Cela sonne bien n’est-ce pas ? Cela vous plaît ?
A ce stade de leur relation, Suzette était prête à dire oui à tout. Elle s’inquiétait un peu de voir que Mark ne semblait pas aussi amoureux qu’il le disait, puisqu’il s’arrêtait toujours devant sa porte après un baiser et quelques caresses hardies. Elle le provoqua en émettant le désir d’aller passer un week-end avec lui à la mer.
–      Vous êtes certaine que c’est bien votre désir ?
–      Oui, répondit-elle dans un souffle, je me donne à vous.
–      Alors nous partirons la semaine prochaine, j’ai hâte de vous prendre, ma chérie, j’attends ce doux moment depuis notre première rencontre mais je ne voulais pas vous brusquer.
Cindy était conquise, entièrement, corps et âme. Elle se donnerait à Mark avec toute la fougue de sa jeunesse et l’innocence de son âge.
Vint le moment de faire les photos. Mark suggéra une combinaison courte à fines bretelles. Il faut mettre en valeur ton corps, ma chérie, laisse-moi faire. Le brusque tutoiement émut Cindy, et elle accepta.
Le photographe, Antoine, commença son travail mais Mark n’était pas satisfait : la pose était trop banale, trop sage… Il passa derrière Cindy et, posant ses mains sur les épaules de la jeune femme, il abaissa brusquement les bretelles pour dévoiler ses seins. Surprise et gênée, elle protégea sa poitrine de ses mains en regardant Antoine.
–      Non, non ! Pas ça !
–      Mais enfin, ma petite, je vous assure que c’est ce qui plaît. Toutes les jeunes femmes passent par là. Vous allez vous habituer. Laissez-moi révéler ces seins fermes et aussi ces cuisses galbées, ajouta-t-il en relevant la combinaison.
–      Non, non ! Je ne peux pas ! Ne me demandez pas de me mettre nue !
A ce moment-là, Antoine se manifesta :
–      Vous voyez bien, Monsieur, que cette jeune femme n’est pas consentante !
–      De quoi te mêles-tu ? Fais le boulot pour lequel je te paie, petit photographe de merde !
Jamais Cindy n’avait vu Mark dans cet état, il écumait littéralement de rage, elle ne reconnaissait pas l’homme policé et courtois qu’il était avec elle. Elle prit peur :
–      Attends, je t’en prie, je vais essayer, ne te fâche pas !
Mais elle pleurait maintenant à petit bruit et se mit à renifler.
–      Je refuse de faire ces photos dans ces conditions !
Antoine commença à ranger son matériel… Mark, excédé, sortit brusquement après avoir lancé à Cindy :
–      Quand tu seras décidée à ne pas rater ta chance, tu me préviendras ! Ma pauvre fille, il y en a d’autres qui ne demandent que ça !
Antoine aida Cindy à se rhabiller et acheva de lui ouvrir les yeux sur le personnage qui l’avait séduite :
–      C’est un rabatteur pour plusieurs agences d’escort girls. J’ai déjà travaillé pour lui, on est bien obligé d’accepter pour pouvoir manger, mais les femmes étaient toujours consentantes et demandeuses, vous ce n’est pas pareil. Allez, mouchez ce joli nez et venez boire un café avec moi au bistrot du coin pour vous remettre de votre déception !
Une amitié naquit : quand ils en furent aux confidences, elle lui avoua qu’elle s’appelait en réalité Suzette, il trouva cela charmant. Il avait vingt ans, ils allèrent danser dans une guinguette au bord de la Marne, ils se baignèrent dans des rivières limpides, ils mangèrent des hamburgers et des cerises, le printemps était tiède et incitait à l’amour. Suzette comprit qu’elle n’avait pas besoin de luxe : la Twingo d’Antoine, les bistrots, un métier honorable, comme le sien, lui parurent le comble du bonheur. Elle ne revit jamais Mark et ne le regretta pas.
Quand Antoine l’embrassa pour la première fois, elle sut qu’elle avait trouvé l’homme de sa vie.
Huguette

 

Un employeur si sévère…

Promise depuis sa plus tendre enfance au fils d’un puissant homme d’affaires, ami intime de son père, le redoutable Clarck DAWSON, Frances avait, du jour au lendemain, claqué la porte à un destin tout tracé laissant derrière elle, famille, amis et un poste de secrétaire où elle s’épanouissait au sein d’une équipe chaleureuse. Fuir, il lui avait fallu fuir, c’était pour elle une question de survie. Elle n’avait certes, rien contre l’idée du mariage mais elle l’envisageait comme l’union de deux cœurs sincères et non comme la fusion fructueuse de deux porte-monnaies.
Hasard ou providence, elle était tombée quinze jours plus tôt sur une petite annonce recrutant une jeune fille au pair parlant anglais et français pour parfaire l’éducation d’une adolescente résidant à Mascate, capitale du sultanat d’Oman. Elle s’était aussitôt empressée d’envoyer un courrier et, miracle ou destinée, elle avait été embauchée.
Les 18 heures de voyage entre San Francisco et Mascate l’avaient épuisée. Un peu pâlotte et intimidée, elle redressa néanmoins fièrement sa tête et serrant très fort son élégante valise de cuir beige, tenta de repérer dans le hall de l’aéroport ses futurs employeurs. L’inquiétude commençait à la gagner quand un homme en tenue traditionnelle se présenta à elle en sa qualité de chauffeur de Monsieur ARAM. Après les formules de politesse d’usage, il l’invita à le suivre et lui remis un courrier signé de son employeur. Rassurée et impressionnée, elle grimpa alors dans l’immense limousine blanche dont l’air climatisé la revigora.  Bientôt, elle put admirer les rangées de maisons blanches et les jardins impeccablement entretenus qui se succédaient. Au passage, elle avait eu la chance d’apercevoir le minaret bleu de la grande mosquée  et elle s’imaginait déjà  déambulant entre les échoppes vivantes et colorées des souks.
Dès son arrivée dans l’imposante demeure, la gouvernante lui présenta Salima. L’adolescente, tout juste âgée de quatorze ans avait encore  sur son visage avenant  les rondeurs de l’enfance et sous sa frange brune, deux yeux sombres au regard direct pétillaient. Sans façon, l’adolescente lui tendit une main franche ; rassurée, Frances sut d’emblée  que leurs rapports seraient des plus cordiaux. Hélas ! A peine M. ARAM  passa-t-il  la porte que Frances perdit vite de sa belle assurance. L’homme, d’environ trente cinq ans, impeccablement vêtu, affichait un air sombre et autoritaire ; d’épais sourcils  et un menton carré renforçaient son air sévère.   Après une formule de politesse  convenue, il lui serra brièvement la main et sans un sourire, l’invita à passer dans son bureau pour discuter du futur emploi du temps et l’avertir des obligations auxquelles elle devrait impérativement se soumettre. Veuf depuis trois ans déjà et très accaparé par son travail, il attendait de Frances  qu’elle fasse de sa fille Salima une jeune femme accomplie, participant aux nombreux diners et réceptions que ses obligations professionnelles lui imposaient. L’accueil protocolaire et très froid de M. ARAM  l’a mit immédiatement mal à l’aise,  d’autant que de ses yeux bleu acier il semblait fouiller au plus profond de son être. Très gênée, elle rougit violemment mais, sans égard, il crut bon d’ajouter : « il est évident, Mademoiselle, que nous attendons de nos employés la plus grande discrétion et une tenue exemplaire » et sur ce, sans plus de façon, il la congédia pour vaquer à ses occupations.
Le temps passant, elle parvint à  s’adapter à son nouvel emploi, Salima était adorable. Cependant, les relations avec son employeur demeuraient tendues. Il avait toujours avec elle cette dureté de ton qui la paralysait et ce regard pénétrant qui chaque jour la  troublait davantage. Comme à l’inverse avec Salima, bien que rigoureux dans ses principes, il se montrait toujours affectueux et très attentif, Frances  se laissait parfois aller à penser que sous l’implacable carapace, M. ARAM cachait  un cœur sensible trop durement écorché par la vie.
Toujours élégante et raffinée, habituée depuis l’enfance aux mondanités, elle n’eut aucune difficulté pour y initier Salima. Peu à peu  M. ARAM sembla baisser sa garde et il lui adressait même parfois un sourire approbateur, courtois sinon amical. Il lui arriva même de sentir sur elle le regard bleu acier de son employeur et de croiser furtivement son regard. Un jour, elle prit brusquement conscience de l’étrangeté de sa propre attitude : elle guettait le moindre signe d’attention et l’attendait même avec une impatience croissante. En émoi, elle s’interrogea sur la nature de son trouble. Se serait-elle stupidement amourachée de son employeur ? Non ! C’était, hélas, une voie sans issue et pour éviter de souffrir il lui fallait sans délai mettre fin à ces divagations.  La proximité quotidienne de son employeur rendait la chose difficile sinon impossible et la seule solution  qui lui parut vraiment efficace fut de donner sa démission, ce qu’elle fit dès le lendemain.
M.ARAM, pour sa part, avait depuis longtemps perçu l’évolution des sentiments de sa trop jeune employée mais la différence d’âge, un passé encore douloureux lui avait permis de garder ses distances. Cependant, face à l’urgence, ses belles résolutions firent long feu. Il prit tendrement les mains de Frances dans les siennes et elle reçu en plein cœur la décharge de son  regard profond où, éperdue, elle put lire les prémisses de sa vie future.
Patricia

Les larmes les plus douces

Tout en nettoyant la suite nuptiale du grand palace où elle venait d’être embauchée, Perlita était contrariée. Son uniforme strict n’arrivait pas à masquer sa silhouette de rêve ni à faire oublier son visage à l’ovale parfaitement rond, aux yeux couleur d’huitres et à la bouche gourmande comme une vieille chatte.
Sa maman avait été malade toute la nuit : elle avait encore craché ses poumons. Elle l’avait quittée au petit matin, au moment où, enfin, épuisée, elle s’était endormie. Perlita, quant à elle, avait chassé la fatigue avec un café bien serré et une douche froide. Elle avait ensuite préparé ses trois frère et sœurs pour l’école puis s’était rendue au travail.
La porte claquée à la volée par une furie la sortit de ses tristes rêveries. Une jeune femme, qui aurait pu être très belle si elle n’avait pas été si en colère l’apostropha durement :
-       Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
Le tutoiement blessa Perlita et la laissa sans voix :
-       Je… Je vous prie de m’excuser, j’ai terminé.
Perlita ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec un homme d’une beauté si parfaite qu’elle en eut le souffle coupé et que son cœur s’arrêta de battre. Grand, si large d’épaules qu’il ne pouvait passer une porte que de profil, brun, de magnifiques yeux verts crocodile et une bouche qui appelait les baisers. Visiblement, lui aussi fut surpris. Le temps s’arrêta. Ils se regardèrent, les yeux dans les yeux, et plus rien autour d’eux n’exista. Ils se retrouvèrent soudain sur un nuage rose où des angelots jouaient de la harpe.
-       Kévin, laisse passer la bonne !
L’enchantement se brisa et Perlita prit la fuite, tout en se disant qu’elle n’était pas une bonne, mais une femme de chambre.
Toute la journée, elle ne put penser à rien d’autre. Le regard du si beau Kévin était gravé dans sa tête. Le soir, elle tenta de chasser cette image et s’occupa de sa maman et de ses frères et sœurs avec encore plus d’attentions que d’habitude. Elle se sentait coupable de penser à cet homme qui, visiblement n’était ni de son monde ni libre, mais elle ne pouvait s’en empêcher.
Le lendemain, à peine eut elle franchi l’entrée de service que la gouvernante, un sourire cruel aux lèvres, l’apostropha :
-       Le directeur veut te voir, et sans tarder !
Ce n’était pas bon signe et Perlita sentit ses intestins prêts à la lâcher. Elle serra les fesses et monta au dixième et dernier étage. La secrétaire du directeur l’attendait et lui ouvrit immédiatement la porte.
-       Mademoiselle heu… Perlita, Madame Rubis Montès s’est plainte qu’une bague en diamant de grande valeur a disparu hier de sa chambre et comme vous êtes la seule personne à avoir pénétré dans la suite, elle dit que vous l’avez volée.
-       Mais Monsieur le Directeur, ce n’est pas vrai ! tenta de se disculper la jeune femme.
En vain ! Le directeur la renvoya immédiatement et la somma de rendre la bague avant le soir sinon la police se chargerait d’elle.
En sortant, elle pleurait toutes les larmes de son corps et bouscula quelqu’un.  Tête baissée, elle s’excusa. Alors, une belle main aux ongles parfaits souleva son menton. C’était Kévin. La magie opéra à nouveau, ils restèrent rivés l’un à l’autre, seuls au milieu du monde. Soudain, Kévin s’aperçut qu’elle avait pleuré.
-       Mais que vous arrive-t-il, Mademoiselle…. ?
-       Perlita, je suis Perlita, la femme de chambre.
-       Oui, je sais, je vous ai vu hier. Alors, qu’est-il arrivé ?
-       Je viens d’être renvoyée… Vous savez, ma mère est très malade, mon salaire est indispensable pour nous permettre de vivre. J’ai deux petites sœurs et un petit frère qui sont encore à l’école. Il n’y a que moi qui travaille… Notre père nous a quitté il y a deux ans… Mon dieu ! Qu’allons-nous devenir ? Un sanglot la secoua.
Kévin ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras pour la consoler.
-       Attendez, laissez-moi deviner… C’est Rubis qui vous a accusé de lui avoir volé un bijou…
-       Oui, mais comment savez-vous que c’est votre femme qui m’a accusée ?
-       Ma femme ?? Il éclata de rire. Non, fort heureusement, Rubis n’est pas ma femme, c’est ma patronne, je suis son secrétaire particulier. Et elle a déjà eu recours à ce stratagème le mois dernier quand une jolie fille me tournait autour. Mais grands dieux, jamais je ne voudrais d’une telle femme, belle, certes, mais méchante, égoïste et si méprisante.
Venez, nous retournons voir le directeur tous les deux, car voyez-vous, je sais où Rubis a caché la bague.
Ce qui fut dit fut fait et l’horrible mégère fut confondue, non sans une dernière explosion de colère qui couta la vie à deux vases et un miroir, avant qu’elle ne quittât l’établissement.
Le directeur s’excusa et réembaucha Perlita. Tandis que Kévin, qui se trouvait à son tour sans emploi, fut recruté pour une place de responsable des réservations.
Les deux jeunes gens sortirent par la grand porte, le sourire aux lèvres. L’avenir s’annonçait des plus radieux, surtout quand Kévin la serra contre lui et embrassa ses lèvres impatientes.
Fabienne

 

Joël

Aujourd’hui, 5 mars, nous avons eu l’honneur de recevoir Joël PAUL, écrivain et blogueur de « chez nouz’aut » !!!

http://ecrivainducaillou.over-blog.com/

Exercice : L’atelier d’écriture a déménagé…

L’atelier d’écriture a déménagé (Théâtre)

Un habitué de l’atelier rencontre une personne qui est aussi une participante régulière aux séances de formation de Fabienne
— Sylvie iii ! Comment vas-tu ?
— Bien merci, mais ça me soucie cette histoire de déménagement de l’atelier d’écriture. Magenta, la déchetterie, ça ne me plait pas ce lieu.
— De quoi tu parles, Fabienne va à la « dé-chi-queterie » ! Ce n’est plus à la maison du livre ?
— Non, c’est à la maison de quartier de Magenta. Tu n’as pas reçu son mail ?
— Non. Ça alors, Fabienne découpée en morceaux pour des bennes à ordure. Remarque avec tous ses maux M.A.U.X, notre femme de mots M.O.T.S devait finir comme ça. On va peut-être assister au tri sélectif, et la tête, et la tête et la jambe opérée et la jambe, et le toutou et le toutou !
— Ha non pas le chien ! Tu exagères. Mais tu ne confondrais pas déchetterie et déchiqueterie par hasard ?
— C’est vrai merde, je suis con. C’est pour ça que je vais y aller, j’ai besoin de cours de français et d’expression et elle est tellement sympa Fabienne !

Fabienne ! Si tu m’entends, pardonne-moi, tes cours sont supers et on se marre bien.

— Oui mais moi j’ai peur.
— Ne crains rien, c’est super ce quartier et c’est ma route en plus. Les jeunes n’y sont jamais à la maison de quartier. Ils sont trop occupés à faire leurs courses dans les magasins et les stations services la nuit.
— Tu trouves ça drôle ?
— Non, mais le premier qui touche à ma bagnole, je lui file un tel coup de pied au cul qui ça va l’expédier jusque dans les palétuviers pour atterrir le nez dans la mangrove où il pourra contempler les picots.
— T’as raison. Avec toi sur place, j’irai. Fabienne a tellement fait pour nous. On ne va pas la laisser se faire déchiqueter. J’y vais à lundi 17h30, il paraît qu’il y aura un immense écrivain invité, dans les 150 kilos !
— Ciao !
— Tata, à lundi
Joël PAUL

-  C’est bien vous qui m’aviez parlé d’un atelier d’écriture à la maison du livre ? « La Maison Célières » ! Quel cadre charmant !
-  Heu ! … Oui… Mais… comment dire… Ça, c’était avant… Depuis, il y a eu de modestes changements dans notre organisation. Nous sommes devenus, en quelque sorte, un atelier itinérant mais… Qu’importe le flacon n’est-ce pas !  du moment que nous gardions en point de mire notre gentille organisatrice, notre gourou, que dis-je notre phare ! la symbiose était préservée et le charme pouvait continuer d’opérer.
-  Ah bon ! Et où donc vous a mené cette errance créatrice ?
-  Heu ! Nous avons procédé par étapes, un peu chez l’un, un peu chez l’autre… il nous suffisait de garder le fil conducteur et surtout d’y croire, la foi peut tout, comme vous le  savez. Une des grandes étapes a, je pense,  été  la salle Effel de la Bibliothèque Bernheim. Ah !  le charme de l’ancien ! Ces murs où l’on sentait comme une présence ! Je dois reconnaître que nous y avons fortement cru…
-  Hé alors ? que s’est-il passé ? Pourquoi avoir quitté ce lieu propice à de futurs chefs d’œuvre ?
-  Ô ! de simples détails pratiques, mais nous avons été contraints de quitter définitivement les lieux. Mais attention ! Cette fois c’est la bonne ! C’est évidemment différent mais nous y croyons tous dur comme fer. Une « maison de quartier » ! L’idéal pour stimuler notre créativité ! On se sent, comment dire ? proches de la population et  ses menus problèmes. En quelque sorte, on touche du doigt les réalités locales.
-  Hum ! Mais enfin… il me semble  que l’établissement jouxte une station d’épuration et même… une décharge…
-  Certes ! Mais… qu’importe ! La vraie pureté réside dans nos cœurs et c’est bien là tout l’essentiel.
Patricia

 

La bibliothèque, ce n’était plus possible ! Alors, j’ai cherché, cherché et encore cherché un autre lieu pour héberger mon petit atelier d’écriture et le seul qui a répondu favorablement, c’est Mathieu, le directeur de la maison de quartier de Magenta.
Fin contente d’avoir enfin trouvé quelque chose, j’ai envoyé un mail à tous les participants. Et là, je me suis aperçu que ce n’était vraiment pas terrible quand j’ai expliqué que c’était « entre la déchetterie et la station d’épuration »… J’ai vraiment senti la perplexité de tous les participants… Remarquez ç’aurait pu être pire : par exemple, la Vallée du Tir… Mais oui, c’est pire… Quand on arrive dans la Vallée du Tir, on dirait une immense prison, il y a des barreaux partout… Sans parler de Saint-Vincent-de-Paul, régulièrement volé, saccagé, brûlé… Une institution pour les pauvres, détruite par des encore plus pauvres.
A la maison de quartier de Magenta, il y a un grand parking… une mangrove à côté, avec plein de moustiques, des squatts avec plein de gens qui passent, c’est gai !!!
Le seul hic, si je peux dire, c’est qu’on ne doit pas boire de l’alcool… C’est embêtant parce qu’on avait l’habitude… On appelait même ça, l’inspiration : « tiens, passe-moi l’inspiration rouge, ou blanche… des fois rosé… « .
Maintenant, faut feinter…
Mais bon, comme rien n’est définitif, on n’y restera peut-être pas longtemps… ou pas… va savoir !
Fabienne

 

Exercice : Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à… (idées, malice, images, lettres, couture, gants, musique, bijoux, pharmacie, outils, chaussures, œufs, …)

boites

Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à musique. Un vestige d’une enfance heureuse dont j’ai encore la nostalgie. La petite mélodie aigrelette m’a immédiatement replongée dans ce passé déjà si lointain et pourtant toujours si proche à mon cœur. En un instant, j’ai revu ma grand-mère toute ronde et joviale dans cette petite cuisine, son antre, ce  domaine où elle régnait en maîtresse absolue des lieux. Que de délices et de douceurs ont vu le jour dans une aussi petite pièce ! Un exploit sans cesse renouvelé au grand plaisir de toute la famille.
Je revois également mon grand-père Gaston, assis sur son fauteuil de cuir vert bronze, sa pipe  à la bouche et un « historia » ou un « sélection » à la main. Autodidacte, le papy ! Et quelle personnalité ! Le cœur sur la main mais un caractère de cochon que, seuls ses petits-enfants, osaient affronter.
Je revois tout : le lourd buffet d’acajou impeccablement ciré et les chaises au dos si droit qu’il était impossible de s’y avachir. Ah ! Ce buffet où trônaient trois vases de cristal et surtout une bonbonnière dorée que je convoitais… C’est d’ailleurs une des seules choses que j’ai pu conserver, avec la boite à musique, bien sûr ! Elle est si douce à mon cœur, cette mélodie des jours heureux…
Patricia

Ce matin, comme je n’avais pas trop le moral, j’ai sorti ma boite à bijoux ; ça me rassure… Ils datent de l’époque où j’étais jeune et belle et où tous les hommes m’offraient des bijoux somptueux. Mais comme maintenant, je suis vieille et pauvre, je les ai presque tous vendus mes bijoux… Il ne reste que de la fantaisie. Alors, il va falloir que je me fasse une boite à idées… des idées géniales et pas chères… ça m’inspire tellement que j’ai une quinte de toux et je sors ma boite à pharmacie, y prendre un ou deux comprimés pour faire passer la pilule. J’ai envie de tout casser, heureusement que j’ai toujours ma boite à outils avec moi… Un petit coup de marteau par ci, par là et même sur la boite à œufs que je casse en rythme, avec ma boite à musique qui me joue une jolie ritournelle…
Dans ma boite à chaussures, il n’y a plus que des décorations de Noël mitées que je répare avec ma boite à couture. J’ai été très sage, j’ai mérité une belle image de ma boite à images qui est cachée dans la boite à gants de ma voiture.
Fabienne

28 février, 2018

Atelier d’écriture du 26 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 5:00

Chapeau

DEVOIR : un toast.

Une gênante méprise

Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un « suivez-moi jeune-homme ».
En ce printemps de mai 1855, prétextant des obligations professionnelles auxquelles il ne pouvait se dérober, son fiancé avait récusé toute possibilité de promenade et avait laissé la délicieuse Laurence aux soins attentifs de ses parents. Boudeuse mais audacieuse, elle avait aussitôt décidé de vérifier si cette navrante défection était bien liée à l’activité de banquier de son jeune prétendant et avait pris le parti de discrètement le suivre.  Il faisait bon ce matin-là, mais rageuse, elle ne prit aucun plaisir à traverser les rues pittoresques et animées qu’elle appréciait tant à l’ordinaire. Guillaume prenant  bientôt un fiacre, elle fit de même et il ne lui fallut pas plus d’une demi-heure de course pour que le pot-aux-roses lui soit révélé : Guillaume, ce mufle, se rendait, sans elle, à l’exposition universelle ! Et dire qu’elle avait tant rêvé d’y aller, de voir le palais de l’industrie bien évidemment mais surtout le palais des beaux arts, elle qui aimait tant la peinture…
Ah ! Ça ne se passerait pas comme ça ! Quel toupet ! Et en plus, qui allait-il rencontrer ? Un collègue ? Un homme d’affaire ? Ou pire, qui sait… Elle n’osait y songer. A chaque stand traversé, il lui fallait se cacher et dissimuler sa tenue printanière et surtout ce délicieux petit chapeau (son préféré) qu’il reconnaitrait entre tous.  Soudain elle aperçut, catastrophée,  Guillaume, un large sourire aux lèvres, tendre les bras vers une ravissante jeune femme qui, sans aucune hésitation y plongea. Ils avaient l’air si heureux de se retrouver que le sang de Laurence ne fit qu’un tour. Adieu la jeune fille réservée et bien élevée ! Dans son crâne en effervescence  mille stratagèmes s’échafaudaient déjà en vue d’une vengeance éclatante. Elle était si en colère et si troublée qu’elle en oublia de se cacher. C’est alors que, par le plus pur hasard, Guillaume, tournant la tête, découvrit, stupéfait, la présence insolite en ces lieux, de sa douce fiancée :
- Mais… ma petite Laurence, que fais-tu ici ? Qui t’a accompagnée ?
Vindicative, et les yeux brillants d’indignation, elle désigna de la tête l’autre jeune femme et, acide, déclara :
- Tu pourrais peut-être me présenter à cette jeune femme avec qui tu conversais avec tant de plaisir…
Guillaume ne put s’empêcher de sourire et eut même toutes les peines du monde pour se retenir de rire : la douce Laurence était jalouse et même prête à en découdre !
- Je te présente Betty, la deuxième fille de ma sœur ainée Lucile. La petite famille est de passage à la capitale et ma sœur ayant fort à faire durant ce court séjour m’a prié de faire découvrir Paris à ma nièce. Ce matin j’avais un rendez-vous d’affaire que j’ai donc été contraint d’annuler au dernier moment. Je n’ai donc pas eu le temps de t’informer de cette visite inattendue mais je comptais le faire au plus tôt car, dès demain matin, je dois retourner travailler à ma banque et j’avoue que je comptais un peu sur toi pour prendre Betty sous ton aile durant son séjour ; cependant, dimanche, nous pourrions prévoir quelque chose avec toute la famille.
Regardant Laurence avec toujours cette lueur amusée dans les yeux, il ajouta :
- Je désire que tu  prennes bien soin d’elle car elle n’a pas l’habitude de fréquenter les grandes villes et surtout, malgré sa silhouette élancée, elle vient tout juste de fêter ses quatorze ans …
Laurence, bien que très gênée, prit le partir de rire et tendit sincèrement la main à Betty qui, comprenant le quiproquo, était rose de confusion mais ravie qu’on ait pu la prendre pour une adulte.
Ouf ! La tragédie n’était pas de mise et tout se terminait pour le mieux ! Ils partirent donc joyeux pour visiter, ensemble cette fois,  les merveilles de cette première exposition universelle française et surtout apercevoir enfin cette incroyable demoiselle de fer qui faisait couler tant d’encre : l’imposante Tour Eiffel !
Patricia

Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi jeune homme.
Elle, c’était une petite femme effacée, une petite souris grise. Elle devait bien avoir dans les 80 ans, mais elle était restée en enfance. Son accoutrement aurait pu faire rire ou au moins sourire, mais il y avait une telle lumière dans ses yeux d’un bleu délavé, un tel air de douce bonté sur son visage ridé, que personne n’y aurait songé. Elle irradiait l’amour.
Lui, un grand costaud d’au moins dix ans son cadet, tenait fièrement son bras et ajustait son pas sur les pas menus de sa compagne. Il se penchait souvent vers elle, lui glissait un mot à l’oreille et elle rosissait. Un petit rire cristallin d’enfant s’élevait. Et lui, heureux de l’avoir égayée un instant, esquissait un petit pas de danse en la guidant par la taille…
Ces deux-là, quand ils passaient par hasard dans votre vie, vous ne pouviez les oublier : une bouffée de bonheur y était entrée.
Huguette


Elle le suivait à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi-jeune-homme.
Et le petit jeune homme marchait devant, dans son petit, costume, avec son tout petit chapeau. Quelquefois, il s’arrêtait, l’attendait, lui prenait le bras. Puis, il se mettait à parler, il gesticulait. Il lui racontait ce que serait leur vie. Bientôt. Dans trois mois. Oui, dans trois mois, ils se marieraient. Alors, le petit jeune homme répétait inlassablement ce qu’il attendait d’elle. Tous ses propos commençaient par « quand nous serons mariés ».
-        Quand nous serons mariés, tu abandonneras tes études. Tu n’auras plus le temps d’étudier car il faudra que tu t’occupes de la maison.
Quand nous serons mariés, j’aurai une promotion, et je recevrai mes supérieurs. Il faudra que tu prépares des dîners.
Quand nous serons mariés, nous aurons trois enfants. Le premier, ce sera un garçon et nous l’aurons après deux ans de mariage.
Quand il avait terminé, il lui lâchait le bras et marchait à nouveau devant elle.
Au début, ce discours l’avait rassurée. Bien qu’il fût petit, il savait ce qu’il voulait, se disait-elle. Ensuite, ses paroles l’avaient ennuyée. Il répétait toujours la même chose. « Tu comprends, c’est pour que tu saches exactement la vie que je veux pour nous ». Maintenant, ce qu’il disait l’effrayait. « Ce sera ça, MA vie ? Il choisit toujours pour nous. Mais m’a-t-il demandé ce que moi, je veux ? Je ne veux pas d’une petite vie ! ».
La fois suivante, quand il est venu la voir, elle l’a suivi à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier au bras, son petit chapeau garni d’un suivez-moi-jeune-homme, mais quand il s’est arrêtée, elle avait disparu. Et il ne la revit jamais plus. Maintenant, elle marchait devant les jeunes hommes la suivait.
Fabienne


Exercice
 : Chacun écrit une phrase sur un morceau de papier et la donne à son voisin de droite qui doit faire un texte qui inclut cette phrase.

editions

Le succès avait été immédiat. « L’escargot » s’était classé numéro un des ventes dès sa deuxième semaine de sortie. La maison d’édition en avait été très surprise, le texte n’était certes pas mal mais l’histoire n’avait rien de sensationnel. Elle fut tellement prise au dépourvu, qu’elle n’eut même pas le temps de préparer l’auteur, dont c’était le premier roman, aux interviews. Il fut lâché dans l’arène, seul, le premier lundi du mois d’août dans l’émission très culturelle de France Inter. Le directeur de la maison d’édition, Monsieur Seuil, écouta attentivement l’interview. « Un escargot polymorphe glisse sournoisement sur le fil de mes mots » dit l’écrivain pour expliquer son inspiration. M. Seuil resta perplexe et la suite de l’interview ne fut pas meilleure. Il se dit alors que c’était fini, plus personne ne voudrait inviter l’auteur et que les ventes du livre allaient chuter.
Le lendemain, pourtant, trente mille exemplaires supplémentaires avaient été vendus. C’était à n’y rien comprendre ! Les gens étaient-ils devenus stupides ? Depuis l’avènement de la télé-réalité, M. Seuil s’était déjà fait une idée sur la question, mais là, il sentait qu’il y avait autre chose.
Il écouta avec attention les interviews suivantes de l’auteur, regarda toutes les émissions télé parlant du livre, sonda ses commerciaux, mais rien n’y faisait, il ne s’expliquait pas le succès du bouquin et c’était la première fois de sa très longue carrière.
Alors qu’il en discutait avec son vieil ami Philippe, Directeur de chez Pocket, ce dernier lui répondit : « c’est tellement difficile de sortir un livre ayant un vrai succès, arrête donc de réfléchir et réjouis-toi ! ». M. Seuil écouta ce sage conseil et savoura à sa juste valeur la hausse du chiffre d’affaire qui atteignit le record enregistré vingt ans plus tôt. Le succès de ce livre resta malgré tout le plus grand mystère de sa carrière.
Claire

avocatier

Alors qu’allongée sur le patio, elle savourait un livre de cuisine, un énorme avocat venu de l’arbre du voisin lui tomba sur le crâne.
-       Pardon, chère Madame, je ne vous avais pas vue.
-       Mais enfin, Monsieur, qui êtes-vous et que faites-vous là ?
-       Je suis Maître Jaunet, avocat à la cour et je surveillais votre voisin du haut de son arbre, un avocatier en l’occurrence, lorsque j’ai chu.
-       Mais pourquoi étiez-vous en haut de son avocatier ?
-       C’est le seul endroit où l’on peut voir tout son appartement. Je suis arrivé vers 17 heures et je suis monté sur une branche haute pour pouvoir dominer la situation. Il est arrivé vers 18 heures. J’ai voulu bien me cacher dans le feuillage, mais la branche a cassé, car, comme vous le voyiez, je suis un énorme avocat. Mais que vois-je ? Vous étiez en train de savourer un livre de cuisine… et justement… des recettes d’avocats, comme c’est charmant.
La dame rougit comme une tomate. C’était d’ailleurs son nom. Elle trouva cet avocat fort poli et bien mis de sa personne. Il avait certes un peu d’embonpoint, mais ce devait être très confortable. Elle décida aussi sec d’en faire son hors-d’œuvre.
Fabienne

                                                       Atelier d'écriture du 26 février 2018                               avocat

Cocotte et Zébulon

Fatigué d’une journée de bureau bruyante mais insipide, il regagna ses pénates, enfila son pyjama de zèbre et ses chaussons de fourrure mauve puis s’installa confortablement dans son fauteuil club pour fumer un énorme cigare.
Un soupir d’aise lui échappa…
C’est alors qu’une créature étrange fit irruption à sa fenêtre, l’enjamba et sauta sans vergogne à ses côtés :
–      Salut Pépère ! T’es le premier ? Non ? Où sont les autres ? C’est mortel ici ! Heureusement que j’ai ma musique…
Il dévisagea ce qui avait l’air d’être une jeune personne, dans un accoutrement étonnant : un collant beige la moulait entièrement, exceptés les mains et les pieds, qui étaient brun sombre. Sur la tête des cornes magnifiques, et un petit bout de nez noir…
Il n’eut pas le temps de répondre : une musique tonitruante lui arrachait les oreilles. La fille se mit à sauter partout, sur son canapé, sur la table… Puis elle le tira par le bras et l’entraina à sa suite :
–      On est raccords, mon zèbre ! Moi c’est Cocotte l’antilope salope. C’est quoi ton pseudo ?
Pseudo, salope ? Il ne comprenait rien, rien ! Mais il ne put résister : leur sarabande l’emporta sur le palier, puis chez les voisins, chez qui, en réalité, se tenait une fête un peu « spéciale » et très très pimentée !
Son soi-disant déguisement eut un énorme succès, jamais il ne s’était autant amusé. Rendez-vous fut pris pour d’autres soirées et on lui attribua le surnom de « Zébulon le Zèbre Zélé ».
Huguette

Exercice : ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir… J’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même au moment où…

je-maime

Je ne m’étais jamais aimée, jamais supportée. J’avais deux sœurs, une grande Jacotte et une petite Eponine, qui étaient de véritables beautés. Alors, évidemment, moi, à côté, je faisais vilain petit canard. Sauf qu’en grandissant, je ne suis hélas pas devenue un cygne… Tandis que mes sœurs avaient trouvé chacune un très bon parti, un chirurgien pour Jacotte et un banquier pour Eponine, je poursuivais mes études de droit en solitaire. Je me réconfortais comme je pouvais, me disant que les hommes n’aiment que les femmes certes jolies, mais complètement stupides. Et puis que je n’avais de toute façon pas de temps pour quelqu’un dans ma vie… Et puis, j’étais moche et personne évidemment ne voudrait de moi. Lorsque j’ai terminé mes études, mon avenir était tout tracé, j’allais être juge… Sauf que ce métier ne me disait rien du tout. Mais j’avais fait plaisir à mes parents, j’avais un bagage. Un matin, en promenant dans la rue, alors que je cherchais mollement un stage, une pancarte attira mon attention : cours Laurent – Art comique. C’était bizarre. Je connaissais les cours d’art dramatique… mais comique, je n’en avais jamais entendu parler. Curieuse, je poussais la porte. Ce fut le début véritable de ma vie. Je n’avais jamais soupçonné que j’avais une telle capacité à faire rire… Maintenant, j’ai créé un spectacle et je joue tous les soirs. La semaine dernière, ça m’est tombé dessus, comme ça, sans prévenir, j’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même au moment où je lançais une réplique hilarante et que je me suis vue dans les yeux d’un monsieur du premier rang. Depuis, je m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie !
Fabienne

femme-électrocuté

Je m’aime !

Ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir. J’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même… au moment où j’ai malencontreusement pris le jus – une bonne décharge de 220 – en tentant de démonter une prise. Mon tournevis a fait un excellent conducteur, le courant m’a traversée, mes yeux se sont exorbités et j’ai senti mon cerveau s’illuminer brusquement.  Mes neurones crépitaient, soudain je comprenais tout, intuitivement, depuis les mystères de la reproduction de l’hippocampe, de la formation de l’univers, en passant par ceux de l’insondable cerveau masculin…
Aussitôt une vague d’amour de moi pour moi-même, une sorte d’hermaphrodisme intellectuel, m’a emplie : je m’aimais ! Et si je m’aimais, tout le monde m’aimerait !
Je n’eus pas le temps de vérifier cette si réjouissante conclusion, je tombai raide morte à côté de mon tournevis, après avoir plongé dans l’obscurité toute la ville…
Huguette

Ça m’est tombé dessus comme ça, sans prévenir, j’ai eu un vrai coup de foudre avec moi-même, au moment où… mon mec, enfin mon ex, du coup, m’a largué. Les motifs évoqués étaient que j’étais chiante, que je râlais tout le temps et qu’on ne couchait pas assez ensemble. Une amie m’a dit plus tard, que je devais m’estimer heureuse puisque j’avais au moins eu une, et même plusieurs, justification(s) à cette rupture assez inattendue. Si j’ai douté de pouvoir me réjouir d’une si petite victoire, je trouvais bientôt une vraie raison de sauter au plafond. Après une bonne remise en question, je dus admettre que j’avais été chiante, que j’avais beaucoup râlée et que, n’ayant acceptée de faire l’amour que deux fois en un an, on pouvait certainement convenir qu’on ne couchait pas assez ensemble. Et la cause c’était lui, pas directement, mais je ne l’aimais pas. Moi, en revanche, je me supportais bien. Je me rendis compte que, seule chez moi, je n’étais pas chiante, je ne râlais pas et que je couchais que si je voulais. Il n’en fallut pas plus pour que je me rende à l’évidence, j’étais folle de moi ! Et j’avoue avoir savouré cet amour jusqu’à la fin de mes vieux jours.
Claire

20 février, 2018

Atelier d’écriture du 19 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 7:00

DEVOIR : un 5 mots
Paix – atelier – petit déjeuner – pluie – renouveau

bestsellers

La fortune vient en dormant…

La paix !!! Je veux juste prendre mon petit-déjeuner en paix… rien d’autre. Et pourtant depuis une semaine, ça tourne en boucle dans ma tête, comme une idée fixe. Je ne peux penser à rien d’autre : qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter pour mon devoir de l’atelier d’écriture ce lundi ? Vraiment, ma tête n’est qu’un trou noir, un vide sidéral et je n’ai rien à dire, sinon parler de la pluie et du beau temps… Et il y a de quoi faire en ce moment, si vous voyez ce que je veux dire… Mais bon, malheureusement, ce n’est pas le sujet et ma page reste désespérément blanche.
Ce n’est pas que je sois un écrivain – un écrivaillon, tout au plus – très prolixe, mais, habituellement, je trouve toujours quelque chose à dire, plus ou moins – plutôt moins que plus, d’ailleurs – intéressant. Oui, mais voilà, nous sommes déjà lundi matin et RIEN, nada, zéro ! ça me fatigue. Bon, il ne faut pas que je désespère… Je vais aller faire un tour et, si ça se trouve, je vais avoir l’idée salvatrice… Un joggeur insolite, un chien pas ordinaire, une vieille femme courbée par les ans, tout peut être sujet à écrire.
Promenade nulle, évidemment, avec la pluie, personne n’est sorti. On dirait d’ailleurs qu’il n’y a plus personne sur terre. Je rentre, de plus en plus abattue, prête, me dis-je à prononcer ce soir la phrase fatidique : « Je n’ai pas fait mon devoir… ». Ça ne m’est jamais arrivé ; en temps qu’animatrice, je dois montrer l’exemple. Une immense fatigue m’envahit et je m’allonge un peu. Je m’endors aussitôt et je commence à rêver. Un rêve extraordinaire… dont je me souviens de chaque détail après quatre heures. Oui ! J’ai dormi quatre heures !!! Je n’en reviens pas… Je me mets tout de suite à écrire… J’écris, j’écris sans m’arrêter. Les phrases viennent seules, comme si on me les dictait. Et je les trouve parfaites.  Le style est vif et enlevé, l’histoire passionnante, les personnages originaux. Je n’en reviens pas moi-même. Un véritable renouveau. Il faut que je m’arrête, c’est l’heure de l’atelier. Je vais lire les premières phrases… qui tombent pile dans le sujet.

Tout le monde a applaudi mon texte. Franchement, je n’ai pas l’habitude. De retour chez moi, je vais écrire pendant une semaine presque sans m’arrêter, juste pour ne pas mourir de faim, de soif ou de fatigue. J’ai enfin mis le point final à mon roman, car il s’agit bien d’un roman… de cinq cents pages. Je l’ai présenté à plusieurs éditeurs qui l’ont tous accepté. Il a fallu que je prenne un agent pour négocier le contrat le plus intéressant. J’ai vendu un nombre incalculable de livres qui ont été traduits en six langues. J’ai fait des tournées mondiales pour présenter mon œuvre. Maintenant, je vis de ma plume… Et je suis riche… Alors la prochaine fois que vous n’aurez aucune idée pour votre exercice, ne paniquez pas ! C’est peut-être le début de la fortune !
Fabienne

 


CYCLONE

Foutez-moi la paix !!
Malgré Gita et subséquemment sa pluie,
Malgré les Chinois et subséquemment le bruit,
Je veux un petit-déjeuner serein et silencieux…
D’autant que le renouveau de l’atelier est annoncé pour le lundi 19…
Georges

Exercice : artistes et faits divers

van-gogh

Le 24 décembre 1888 à Arles, la police récupère un homme au visage sanguinolent.
C’est Vincent Van Gogh qui dit s’être automutilé avec un rasoir.
Mais n’est-ce pas plutôt Gauguin qui lui a coupé l’oreille avec son sabre ?

 

La police s’est rendue au chevet du blessé pour l’interroger.
-       Monsieur Van Gogh ?
-       Oui
-       Ce matin, on vous a retrouvé dans votre chambre garnie le visage ensanglanté. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé ?
-       Oui, Monsieur l’Agent, j’ai voulu tout simplement me raser et je me suis coupé l’oreille.
-       Pourtant, votre logeuse, que nous avons interrogée nous dit avoir entendu beaucoup de bruit chez vous hier soir.
-       Je vous assure, Monsieur l’Agent, il n’y avait aucun bruit chez moi. Elle a peut-être confondu avec mes voisins, un couple avec des enfants, pas toujours tranquilles.
-       Est-ce que vous aviez bu ?
-       Non. Enfin pas trop… Un peu quand même.
-       Et vous ne vous souvenez plus de ce que vous avez fait.
-       Oh si ! Je me souviens que mon ami Gauguin est venu me voir.
-       Mais vous aviez dit que vous étiez seul.
-       … C’est que… j’avais oublié
-       Et donc, ce Monsieur Gauguin est un ami ?
-       Oui, un ami peintre, comme moi… Nous avons évidemment discuté peinture…
-       Et vous n’étiez pas d’accord ?
-       Non, ce n’est pas tout à fait ça. Je pense qu’il me copie…
-       Vous vous êtres disputés ?
-       Un peu, pas trop… Enfin, je ne me souviens pas…
-       Ne serait-ce pas plutôt votre soi-disant ami qui vous aurait coupé l’oreille, avec son couteau.
-       Il n’avait pas de couteau, juste un sabre qu’il a sorti, quand je l’ai accusé. Mais je vous assure, Monsieur l’Agent, que jamais, il ne m’aurait fait de mal.

La police s’est rendue chez Monsieur Gauguin pour l’interroger et connaitre sa version des faits. La concierge a dit qu’il était parti pour un long, très long voyage, à Tahiti… Elle avait des étoiles dans les yeux quand elle a prononcé ce mot, puis elle a ouvert aux deux agents de la force publique. Sur une petite table, se trouvait un sabre ensanglanté. Mais L’oiseau s’était envolé de la cage.
Fabienne


Exercice
 : Il aurait fait n’importe quoi par amour….

caddies

Il aurait fait n’importe quoi par amour, et d’ailleurs, il l’avait déjà fait. Il l’avait amenée dans les plus grands palaces pour des séjours aussi ruineux qu’idylliques. Il lui avait fait goûté les mets les plus savoureux dans des restaurants étoilés. Il lui avait fait connaître le frisson de l’aventure. Oui, mais voilà, elle avait le chic pour distiller le chaud et le froid. A chaque fois qu’il croyait que cette fois-là serait enfin la bonne, elle l’avait quitté… pour des prétextes aussi incroyables que fallacieux. Puis elle était revenue et il avait encore dû la surprendre, encore plus que les fois précédentes.
On était le 7 février et elle n’était revenue que depuis la veille. Autant vous dire qu’il avait un max de pression pour la Saint-Valentin qui arrivait. Alors, il se creusa la tête. Il avait déjà tout fait… Et puis, il faut bien l’avouer, toutes ces extravagances l’avaient quasiment mis sur la paille. Il n’avait plus d’économies, il était s’était même endetté pour le Noël dernier, où il lui avait offert un safari photo en Afrique. Elle avait adoré ! Il la revoyait encore les yeux éblouis devant les éléphants, les girafes, les gazelles… Mais tout cela ne l’avait pas empêchée de partir début janvier car, soit-disant il était trop jaloux.
Il ne pouvait dormir, la chaleur suffocante et l’angoisse le tenait éveillé. Il se mit à la fenêtre de sa chambre, qui donnait directement sur le parking de Géant. Et là, il eut enfin l’idée géniale…
Le 13 février, dans la nuit, il sortit en catimini de l’appartement, sans réveiller sa belle. Au premières lueurs de l’aube, il la réveilla doucement et lui dit :
-       Viens voir… Viens voir comme je t’aime…
Quand elle se mit à la fenêtre, elle n’en revint pas. Il avait fait un immense cœur avec tous les caddys du magasin… Et cette magnifique idée ne lui avait coûté, après tout, que 100 francs.
Fabienne

13 février, 2018

Atelier d’écriture du 5 février 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 1:48

DEVOIR : Ecrire une histoire façon conte pour enfants :
« Choupette la roussette et Milou le cagou discutent dans la forêt ».

cagou                    roussette

Panique en forêt

Ce matin, tous les animaux du parc des Grandes Fougères sont effrayés et anxieux. Aujourd’hui, dimanche 1er avril, c’est l’ouverture de la chasse. Roussettes et nautous se serrent, tremblants, à l’ombre des grands banians, tandis que cerfs et cochons sauvages se réfugient aux confins des limites du parc. Chacun espère échapper aux chasseurs sanguinaires, mais tous savent que ce soir, nombre d’entre eux seront morts.
Milou, le cagou est le plus énervé de tous. Il ne comprend pas cet engouement des humains à tuer les animaux. Il sait qu’il ne sera pas chassé et il a décidé d’aider tous ses amis.  Il va amener les chiens sur de fausses pistes et il préviendra les autres.
Dès l’ouverture, Milou se positionne sur une chemin passager et attend. Pas longtemps, un chien vient d’arriver et renifle les environs. Milou attire son attention. Le chien, un jeune fou, s’arrête et se met à aboyer. Alors, Milou ouvre grand ses ailes, relève sa crête et se met à aboyer plus fort que lui. Le chien lui saute dessus et le blesse à l’aile.
-       Mais enfin, espèce d’idiot, tu ne sais pas que je suis une espèce protégée ?
Milou est si énervé qu’il ne sent pas la douleur. Il monte sur son assaillant et lui donne des coups de becs. Le chien part en courant…
-       Kaï, kaï, Kaï…
Tous les autres chiens, croyant qu’il est sur une piste le suivent. Milou est soulagé, mais il a mal. Il ne peut plus marcher. Il se dit qu’il va se mettre sous une fougère et attendre le lendemain, fin de la chasse. Mais c’est sans compter sur Choupette, la roussette qui a assisté à toute la scène. Elle pousse un cri suraigu pour alerter ses copines. Deux d’entre elles arrivent rapidement et l’aident à transporter Milou dans un endroit plus sûr.

Milou a bien dormi cette nuit. Son aile va beaucoup mieux et il n’a presque plus mal, mais il parade devant ses amis, l’aile en écharpe et un rictus de douleur au bec. Tous l’admirent et le respectent car, grâce à lui, aucun animal n’a été tué.
Alors, Milou s’approche de Choupette et lui chuchote :
-       Oh, ma Choupette, tu es vraiment chouette
-       Je ne suis pas chouette, je suis roussette. Oh, mon Milou, quel bagou !
-       C’est normal pour un cagou.
-       Milou, arrête, arrête, tu vas me faire perdre la tête…
Fabienne

 

Choupette la Roussette et Milou le Cagou

Quand le Bon Dieu, presque satisfait de son travail  voulut affiner son œuvre et qu’il se pencha sur la Nouvelle-Calédonie, il  dut un peu trop se pencher et  sûrement tomber sur la tête. Vous ne me croyez pas ? Et bien écoutez…
Sur cette ile en forme de cigare, il existe des oiseaux baptisés « cagous » qui ne savent même pas voler et qui aboient tandis qu’aux branches se pendent de petits renards volants appelés  « roussettes ». Je vous avais bien dit que sur cette belle ile, il se passait des choses bizarres, mais là-bas les gens y sont  habitués et trouvent cette situation tout à fait normale, alors…
Un jour, nichée au cœur de la forêt du Parc de la Rivière Bleue, solidement pendue aux ramifications d’un chêne-gomme par ses courtes pattes, Choupette la Roussette observait avec attention les incessantes allées-venues de Milou le Cagou. Ce dernier, affairé, étudiait avec attention la moindre brindille tombée ainsi que chaque amas de feuilles, certain d’y trouver les délicieuses larves dont il faisait son ordinaire. Tout allait bien quand, soudain, catastrophe ! Un petit cochon sauvage surgit d’un gros buisson, bien décidé à faire de notre cagou un succulent plat de fête.
Choupette, toute tremblante, cria très très fort pour avertir Milou. Aussitôt, le cagou  partit  en courant pour tenter de se cacher dans les fourrés mais le petit cochon, affamé, le poursuivit, bien décidé à profiter de cet excellent diner. Au secours ! Au secours ! Pensait Milou affolé. Le cochon s’approchait dangereusement et allait se jeter sur Milou terrifié quand Choupette la Roussette, déployant ses ailes, fondit brusquement sur le petit cochon. Ne comprenant pas d’où venait l’attaque, surpris, il leva la tête. Vite ! Vite ! Milou en profita pour s’échapper et se cacher dans un tronc d’arbre creux.
Le petit cochon sauvage n’était pas content mais pas content du tout !  Il grogna très fort mais, prudent,  préféra s’éloigner du danger et abandonner sa proie. Ouf ! Milou était sauvé ! Il sortit prudemment de sa cachette, gonfla sa huppe grise et levant sa tête, aboya plusieurs fois en direction de Choupette ; c’était sa manière à lui de la remercier.
Et c’est ainsi que deux animaux, pourtant très différents, devinrent amis pour toujours.
Si,  par hasard, vous passez de bonne heure, tout près du grand chêne-gomme, vous aurez peut-être la chance d’entendre Milou le Cagou aboyer, comme il le fait chaque jour, pour saluer sa copine, Choupette la Roussette. Alors, bonne promenade…
Patricia

2/ Exercice : Après avoir joué les victimes pendant 3 mois, il avoue son meurtre !

assassin

La complainte d’un innocent assassin

 Je vous jure, M’sieur le Juge, je l’ai pas fait exprès
C’est pas la peine de m’accuser, me condamner.
Une dispute comme à chaque fois,
C’est pas la peine d’en faire un plat.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Elle pouvait pas s’en empêcher,
Fallait toujours me rabaisser.
Mais cette fois-ci j’ai pas supporté
Alors, je lui ai coupé le sifflet.

 Monsieur le Juge, c’est pas un crime, ça !
Juste le ras le bol d’un pauvre petit gars.
Après, je me suis calmé.
J’ai même essayé de la relever.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Sauf que cette fois-ci, elle bougeait pas trop
Il a même fallu que je la porte jusqu’à l’auto
Je lui parlais mais elle ne me répondait pas
Vous voyez bien qu’elle était fâchée après moi.

 Je l’avais doucement enroulée dans un drap
Puis j’ai fait un feu pour pas qu’elle ait froid.
On a dit que je voulais la brûler dans la forêt.
C’est faux, je voulais juste la réchauffer.

 Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.

 Je savais pas qu’elle était si fragile
Qu’il ne fallait pas serrer son cou gracile
M’sieur le Juge, je vous l’ai dit,
Ça a dérapé, j’ai rien compris.

 J’ai toujours su pleurer,
Emouvoir les assemblées
Même ses parents pensaient
Que j’étais le gendre parfait.

Je suis innocent, je vous le jure
J’lai pas tuée je vous l’assure.
Fabienne

Il y a trois mois, trois si longs mois,
Ma femme a été mise en terre.
Ses parents pleuraient avec moi
Quand je piquais des crises de nerfs.
J’ai tant gémi et tant crié
Mais mes amis m’ont épaulé.
Ma femme a été mise en terre,

Et me  voilà  célibataire.

On dit qu’elle était coléreuse,
Qu’elle n’était plus guère amoureuse,
Qu’à la maison c’était bien elle
Qui le portait, le pantalon.
Que sous ses airs de Demoiselle
Elle cachait un cœur de dragon.
On dit ces choses… moi, je l’aimais…

Hélas ! J’ai du la découper
Et même aussi, la faire brûler,
Fallait bien s’en débarrasser !
On a fini par la r’trouver,
Elle était un peu abimée…
Ma femme a été mise en terre

Et me voilà célibataire.
Patricia


Exercice
 : drôle de métier :
Il était effeuilleur de marguerites

 effeuiller

Il était effeuilleur de marguerites. Il avait eu ses moments de gloire, mais à notre époque, il faut bien le dire, l’amour ne faisait plus recette.
Il attendait la semaine prochaine avec tout à la fois espoir et angoisse. Car bien sûr, c’était pour la Saint-Valentin qu’il faisait le plus recette. Enfin, ça, c’était avant, car depuis deux ou trois ans, seuls quelques rares clients le demandaient encore. L’année dernière, il n’y avait eu que deux amoureux qui avaient fait appel à ses services pour leur belle et lui avaient donné rendez-vous dans un restaurant. Il était arrivé en avance, et avaient vu venir le premier couple, main dans la main, se regardant dans les yeux, transis d’amour. C’était quand même magnifique, ça, non ? Alors lui, les avaient fait asseoir, les avait complimentés, leur avait raconté l’histoire de Tristan et Iseult. Ils avaient eu leur petite larme… Puis, il avait sorti la marguerite de sa poche. Il avait légèrement triché pour qu’elle finisse par « plus que tout ! ». Les amoureux, voyant là un heureux présage l’avaient remercié avec chaleur. Le jeune homme lui avait même glissé un bon pourboire dans la main.
Puis, il y avait eu ce deuxième couple. Déjà, à leur arrivée, il ne les sentait pas. Chacun pianotait sur son téléphone portable. Il les avait laissés s’asseoir et les avait observés de loin. Ils ne s’étaient pas adressé la parole de tout le repas, tout occupés qu’ils étaient à discuter sur le net avec des amis inconnus. Lui, avait attendu le dessert avant de faire son entrée. Ils avaient fait nombre de selfies. Il leur avait récité un très joli poème d’amour puis avait sorti à nouveau sa marguerite. Mais il avait eu beau essayer de tricher, la fleur avait décrété « pas du tout ! ». C’est là que la dispute avait éclaté et que chacun était reparti de son côté. Ils avaient failli en venir aux mains et avaient même oublié de le payer.
Il sortit une marguerite de sa poche, la jeta et soupira… Allons, il allait falloir songer à se reconvertir…
Fabienne

Conter fleurette

J’ai créé « Conter fleurette » il y a cinq ans maintenant et je dois avouer que je n’avais pas prévu un tel essor. Les gens m’ont pris pour un fou au début, bien sûr ! Vendre un service d’effeuilleur de marguerites, cela semblait ridicule. Et pourtant, le monde en avait besoin. Une grande majorité de la population vit en ville de nos jours, ils ne connaissent les fleurs que dans des vases ou des parcs publics. Impossible donc de les effeuiller. Mais quel plaisir de pouvoir s’imaginer à quel point l’être aimé nous aime en retour en arrachant les pétales d’une marguerite ou d’une pâquerette. Les gens ont besoin de poésie et c’est ce que je leur vends.
Nous avons désormais trente-cinq effeuilleurs qui vous livrent et effeuillent où vous le souhaitez. Certains clients nous demandent parfois d’effeuiller leur fleur eux-mêmes, nous les orientons alors vers un fleuriste car notre service est nécessairement « All inclusive ».
Nous prévoyons une croissance de dix pour cent par an sur les trois prochaines années, alors si vous aussi vous souhaitez devenir Effeuilleur de marguerites, envoyez-nous votre CV ainsi qu’une lettre de motivation. Venez rendre au monde sa poésie !

24 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 22 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:12

DEVOIR : écrire un calligramme (poème en forme de dessin) qui fait référence à la Nouvelle-Calédonie

Romance Calédonienne

Claire

Cagou

Fabienne

PatriciaPatricia

Exercice : 6 mots, 6 adjectifs
Piocher 1 mot et 1 adjectif et écrire une histoire

- Chemise                                              – frivole
- Calendrier                                          – suicidaire
- Cravate                                               -  timide
- Chaussure                                          – prétentieux
- Casquette                                           – optimiste
- Casserole                                            – colérique

chemises

Histoires de placard

La porte s’ouvre, je me fais toute petite. Je rentre les manches, heureusement elles sont courtes. Je me cache derrière mes voisines, je me fonds dans l’ombre du placard. Je sens les cintres remuer, une main se pose sur mon épaule, mais finalement elle se décide pour une autre. Ouf ! Je suis sauvée pour aujourd’hui.
Je suis une chemise timide et déteste sortir de mon placard. J’ai des petits motifs de zèbres sur fond bleu, alors à chaque sortie, je me fais tripoter, accompagné du classique : « Oh que ta chemise est originale ! J’adore ! ». Eh bien, pas moi. J’aurais aimé être discrète, blanche ou bleue, banale.
J’envie ma voisine, c’est une chemise verte, classique, à manche longue, mais tellement sûre d’elle. On dirait qu’elle est prête à se jeter de son cintre tous les matins pour être choisie. Incroyable, non ? Quand je lui ai demandé d’où lui venait sa confiance en elle, sa réponse a été : « Tout est dans le style, ma belle ! ». Ça ne m’a pas beaucoup aidée…
La porte s’ouvre à nouveau, mais cette fois-ci pas de tripotage. On est poussé, de manière un peu rude, il faut l’avouer, contre la paroi de gauche. Puis l’espace se libère à ma droite, et hop, une nouvelle voisine. Je jette un œil. Elle est blanche. Impeccable. Classe. Si « tout est dans le style », alors celle-là risque d’être prétentieuse. J’entends un « Bonjour », je réponds poliment.
-        Pouvez-vous me parler de notre propriétaire ? J’aime savoir à qui j’ai à faire, demande la nouvelle chemise.
-       Eh bien, José est plutôt gentil et drôle. Il fait attention à nous, mais on peut traîner longtemps dans la panière à linge sale. En fait, en général, il faut attendre que sa mère passe pour en sortir.
-        Je vois… Peut-être que les choses vont changer, car si j’ai bien compris, il m’a achetée pour un rendez-vous vendredi soir avec une certaine Cindy.
Les choses ont effectivement changé, Cindy est venue s’installer quelques semaines plus tard. Je l’adore autant qu’elle me déteste. Je ne suis plus autorisée à sortir du placard, elle a exhaussé mon rêve et ma vie est un véritable paradis. Merci Cindy !
Claire

casserole

J’aime cuisiner mais parfois les choses les plus simples deviennent complexes.
Ayant, pour la première fois, fait l’acquisition d’une plaque à induction, je dus longuement tâtonner pour exercer mes talents. C’est ainsi que pour débuter mon apprentissage, je me contentai de déposer une large casserole d’eau sur ma plaque toute neuve. J’optai pour le chiffre 9 (le plus élevé) qui me semblait le mieux approprié. Mon inexpérience conjuguée à ma distraction naturelle m’entrainèrent rapidement vers d’autres tâches qu’il me semblait possible de réaliser dans le délai habituellement imparti. Mal m’en prit ! En un rien de temps, le liquide de frémissant devint brûlant puis bouillonnant entrainant les débordements que vous imaginez. Affolée, je me précipitai vers l’objet du délit mais me prenant les pieds dans le tapis de cuisine, je donnai une malencontreuse impulsion à la casserole qui, écumante, se déversa entièrement sur le carrelage. Une demi-heure plus tard, après avoir tout nettoyé, je pestais encore contre cette casserole suicidaire.
Patricia

 

french

Son pied levait souvent la jambe car Lili était danseuse aux Folies Bergères Elle portait une robe à frou-frou et une chaussure tellement mignonne. C’était un amour de petit soulier, tout en dentelle et satin roses qui tournait et virevoltait sur la scène. Les mocassins noirs des danseurs étaient tous fous d’elle, mais il faut bien dire qu’ils se contentaient de lui faire la cour. Avec cette chaussure, aucune conversation profonde et métaphysique, aucun entretien sérieux ni politique, mais ça ne les gênait pas, bien au contraire. Quand ils étaient en face d’elle, on aurait dit qu’ils devenaient complètement abrutis.
Cette petite chaussure se contentait d’être belle et de plaire. Le mois dernier, les mocassins de Charly s’étaient pendus à leurs lacets, n’en pouvant plus des promesses jamais tenues. Les escarpins de autres danseuses avaient beau prévenir tous ces messieurs, rien n’y faisait. Ils la suivaient pas à pas. Ils avaient beau se dire que ce n’était qu’une chaussure frivole, elle leur faisait malgré tout perdre la tête.
Fabienne


Exercice
 : faire le portrait d’un héros ou d’une héroïne du quotidien.


enfants

Cette expression était courante il y a plus d’un siècle mais je trouvais qu’elle était réellement une « mère courage » de notre époque. C’était ma voisine. Elle partait faire des ménages de l’aube jusqu’au soir.
Ses trois enfants étaient d’une politesse qu’on ne rencontrait plus guère. Ils me disaient toujours bonjour, me proposaient leur aide pour porter un sac trop lourd. Ils ne criaient jamais, ne se disputaient pas, ne trainaient pas dehors. Je les trouvais juste un peu trop sérieux pour leur âge. Et je me demandais comment elle pouvait bien faire pour les élever aussi bien. Un jour que je lui demandais, elle me répondit simplement : « avec de l’amour, tout est possible ».
Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir un jour arriver la police et d’apprendre le lendemain par les journaux qu’elle avait été inculpée pour maltraitance. Je sus également plus tard qu’en fait de ménage, elle menait une vie de débauche.
Méfiez-vous les héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit !!
Fabienne

 école

Mme DUMONGE, Josette DUMONGE, est institutrice dans une petite école de quartier.
Chaque matin, vers 6 heures, elle quitte son minuscule pavillon de banlieue pour endurer deux longues heures de train avant de s’engouffrer dans le métro parisien. Le soir, en rentrant, elle doit faire son ménage, surveiller les devoirs et la toilette de ses  deux marmots, préparer le diner, faire la vaisselle, faire tourner sa machine à laver, raconter une histoire aux enfants en leur souhaitant de doux rêves et arroser son géranium avant de souffler un peu devant une tasse fumante d’infusion de tilleul, promesse d’une nuit un peu courte mais réparatrice.
Le lendemain, rebelote, mais avant il lui faudra affronter la journée de classe. Chaque fois qu’elle pénètre dans le vieux bâtiment qui porte le nom pompeux « d’institut Clémence de Bringueville », elle est assaillie par le vrombissement incessant des voix mêlées de ses chers petits et quand elle rentre dans sa classe maternelle où 25 âmes l’attendent, c’est encore bien pire. Pour elle, c’est l’entrée du gladiateur dans l’arène  et elle sait par expérience que le combat sera difficile. Si une rage de dents ou un mal de tête la tenaillent, notre valeureuse mais discrète héroïne fera face, plaquant sur son visage le sourire qui saura rassurer et consoler les petits, orphelins pour la matinée ou la journée de parents qui, libérés pour quelques heures, voleront vers d’autres horizons.
Quand viendra enfin, l’heure de la sortie, épuisée, soulée de bruits et de cris, elle s’engouffrera à nouveau dans le métro bondé avant de grimper dans son vieux train de banlieue et d’attaquer à la maison le deuxième round.
Le nom de Josette DUMONGE ne figurera jamais au fronton d’un édifice mais il se trouvera bien quelques têtes blondes pour se souvenir d’elle quand, à leur tour, ils seront devenus parents.
Patricia

18 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 15 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 6:44

1/ DEVOIR : 5 mots extraordinaires à insérer dans un texte
Zain – quinaud – ithyphalle – stercoraire – vulgivague

100

Les cents soucis

Non mais ! Que lui arrive-t-il à mamy Nova, pardon mamy De Nova ? Mamy Cathy, maintenant je n’ai plus de scrupules à la nommer mamy Dé Cathy.
De tous temps, au moins depuis Bunuel, je la pensais vulgivague (ou vulvigage, je ne sais). Très vaguement esclave de ses sens. Très vaguement, car en fait qui se souvient de ses maris, amants ou copains ? Seul Yves S.L. avait sa place attitrée sur les photos people. Je ne suis pas sûr que ce quinaud l’amenait à Marrakech. Il est vrai que son sourire coincé, colgate regardol, rebutait plus d’un ithyphalle (ou ithyphallocrate, je ne sais plus très bien). Jusqu’à Rochefort (pas l’acteur à cheval, la ville pluvieuse) beaucoup de monde pense qu’elle est restée demoiselle. Néanmoins, n’importe quelle stercoraire de bureau, perchée sur ses hauts talons, vous dira bien en face : « Madame Catherine, c’est une vraie Française, une vraie femme honnête, elle… ». C’est complètement zain, zain ce manifeste des cents qui se voudrait manifeste des sens, ce pétage de plombs de nanties LVMH (nanties féministes ?) Elle aurait dû se documenter un peu, lire quoi ! Elle aurait appris que chez la souris, cour et agression sollicitent en partie les mêmes circuits neuronaux. Et chez le porc ? Libérer une autre parole, tu parles !  Je crains que ce droit à reconnaître aux mâles le droit à la drague, d’accord, au harcèlement, pas d’accord, et pire sans affinité (?), ne soit qu’un désir utopique pour cette grande bourgeoise réfugiée dans son for intérieur inexpugnable. Les femmes, toutes les femmes, méritent le respect.
Bertrand

médaille

Quinaud, bigleux et contrefait, mon homme vêtu de son plus élégant stercoraire, s’en fut à la cérémonie où, sans restriction pour son esprit spécieux et vulgivague, on lui remit, avec tous les honneurs, une précieuse médaille ithyphalle et un minuscule zain de bois précieux enchâssé dans une gangue d’ivoire du plus bel effet.
Voulant remercier comme il se doit le brillant aréopage qui le portait au pinacle, il se rapprocha du micro et, oubliant ses habituelles inhibitions, se lança dans un émouvant discours que d’aucuns jugèrent un tantinet trop long, eut égard à une dentition mobile un peu capricieuse et une élocution par trop hasardeuse. Prudente, j’étais sagement restée à mon domicile, attendant, sans trop de hâte, le retour du héros.
Patricia

maladie-grave

Il était atteint d’une vulgivague stercoraire, une maladie orpheline et ithyphalle qui le laissait tout quinaud et zain à chaque crise. Le pire était que cette saleté n’était même pas mortelle. Un genre de truc qui te bouffe la vie et qui peut durer une éternité, à moins d’un regrettable accident, bien sûr.
Fabienne

Et le vrai sens des mots :
Zain : se dit d’un animal (principalement cheval ou chien) dont la robe n’a pas de poils blancs
Quinaud
 : confus, honteux
Ithyphalle
 : (Antiquité) Représentation du phallus en érection, que l’on portait en procession aux fêtes de Dionysos (chez les Grecs) et Bacchus (chez les Romains). (Antiquité) (Par extension) Chants ou danses pratiquées lors de ces fêtes. (Didactique) Amulette de forme phallique que l’on portait autour du cou.
Stercoraire
 : qui vit sur les excréments
Vulgivague
 : qui se prostitue

 

Exercice : écrire une histoire à partir de cette photo :

photo

Rendez-vous raté

- Wonder woman m’avait dit : rendez-vous à 16 heures sur le socle de la statue du boulevard Voltaire. Je suis venu, j’ai attendu… et comme un con, je me suis gelé… Wonder Woman n’est jamais venue. Alors, je suis redescendu du socle et je suis parti me réchauffer.

- Bon sang, mais qu’est-ce que je suis bête, je n’aurais jamais dû lui donner rendez-vous sur le socle de la statue du boulevard Voltaire, par ce temps-là, le pauvre, il va se geler. Mais ça m’excite tellement quand il n’a pas d’habit. Oh ! mais il est déjà parti, c’est vrai qu’il est déjà 17 heures, à peine une petite heure de retard. Je vais essayer de l’appeler, peut-être va-t-il m’entendre. Hé, l’Homme invisible, tu es là ?
Fabienne

Dix ans, coincé sur ce socle sans grâce, à servir de perchoir et de lieux d’aisance  aux pigeons madrilènes ! Que voulez-vous, moi je n’en pouvez plus de rester là, figé, immobile depuis ce sort de pétrification lancé par Syrius, mon ennemi juré. A l’intérieur de ma gangue minérale, moi j’étouffais, je bouillais littéralement ; ça ne pouvait plus durer ! Et puis, je ne savais jamais d’où venaient ces passants affairés qui, inquiets,  me jetaient parfois un rapide regard, sans doute effrayés par mon air farouche. Pour passer le temps, J’essayais quand même de deviner leur destination, d’imaginer leur quotidien mais cette rêverie finissait par me frustrer car les vérifications m’étaient impossibles. Mais cette nuit, tout ça va prendre fin car j’ai pris la décision irrévocable de m’enfuir…
Je suis hyper concentré et bande le moindre de mes muscles. Je puise dans mon énergie vitale et tente le tout pour le tout. … C’est si dur…  mais peu à peu je parviens à m’arracher de ma prison de pierre. Mon corps se réchauffe et mes membres ankylosés retrouvent progressivement leur mobilité ; chaque pas est une torture. Je descends péniblement de mon socle et pars pour toujours, ne laissant derrière moi que les traces de mes pas lourds que la neige peu à peu effacera.
Plus jamais vous ne pourrez contempler la statue du grand inquisiteur ; tremblez pauvres gens ! Ma vengeance est en marche et nul ne sera épargné…
Patricia

Nous sommes l’armée souterraine. Aujourd’hui, à l’aube, nous allons sortir enfin. Rangés en ordre de bataille, nous allons conquérir la ville. Tous les habitants ont fui. Ils sont partis lâchement ailleurs pour sauver leur vie. Mais bientôt nous serons partout et nous les anéantiront.
Fabienne


Exercice
 : souvenirs de la galette des rois

gateau

Je n’ai découvert la galette des rois qu’à l’âge de 23 ans, quand je suis arrivée à Paris. Chez nous en Camargue, la galette des rois à la frangipane n’existe pas. C’est le gâteau des rois. Il est en forme de couronne, brioché et parsemé de fruits confits et de gros grains de sucre. Il y a bien sûr une fève, en porcelaine colorée. Quand j’étais petite, c’était surtout des personnages de la crèche. Le plus vieux de la famille devait le couper en parts égales et le plus jeune se mettait sous la table pour décider à qui irait chacune des parts. Sans triche, évidemment. Et bien croyez-le si vous voulez, pas une seule fois je n’ai eu la fève !
Fabienne

galette-roi-caramel1

Chaque année, c’était pareil ; Yvette tombait toujours sur la fève et se voyait contrainte, comme la tradition l’oblige, à payer à son tour une galette des rois. Le prestige de la couronne  parvenait de moins en moins à atténuer la désolation de son porte-monnaie. Lassée de ce règne interminable, elle décida que 2018 ne verrait pas  son énième couronnement. Quel que soit le sort qui, indifférent, s’acharnerait sur elle, personne n’assisterait cette année à cette funeste victoire.
Quand vint le moment de la dégustation, attentive, elle mâchonna sans trop de vigueur sa part de gâteau. Bientôt, elle sentit sous sa langue l’objet du délit. Elle prit alors un air détaché et avala une grande lampée de cidre doux, ingurgitant la fève en même temps que la boisson salvatrice.
Dans le cercle amical, on s’étonna : le pâtissier, distrait, avait-il failli à sa tâche ? C’est ce que, déçus,  les convives finirent par penser.  En tout cas, cette année, on dut renoncer à la photo traditionnelle et la couronne, pour la première fois orpheline, resta  sagement dans sa boite.
Patricia

12 janvier, 2018

Atelier d’écriture du 8 janvier 2018

Classé dans : Non classé — joie55 @ 4:18

Troisieme-humanite

DEVOIR : un toast (d’après « La troisième humanité » de B. Werber)
Les humains peuvent-ils évoluer ? Parfois, ils m’inquiètent. Dois-je les aider ou les laisser livrés à leur sort ? Je ne peux pourtant pas les abandonner car j’ai un grand projet pour eux.

Depuis que je les ai créés, il semble que les humains s’acharnent à faire n’importe quoi. Par deux fois déjà, je les ai conçus. Par deux fois, ils sont allés eux-mêmes à leur perte, détruisant à chaque fois leur planète et l’humanité toute entière. Il semble qu’au bout d’un moment, le pire qui est en eux prend le dessus. Je me demande s’ils peuvent évoluer. Parfois ils m’inquiètent. Pourtant, je ne désespère pas. Cette fois-ci, je vais les mettre sur la Terre. C’est une bonne planète qui leur offrira tout ce qu’ils veulent, à condition qu’ils se donnent un peu de mal.

Bon, les débuts ont été assez chaotiques, mais ils sont arrivés à évoluer. Pas toujours dans le sens que j’aurais aimé, d’ailleurs. Toujours leur instinct de posséder, de régner… Ils sont prêts à tout pour ça : tuer, piller, détruire…

Dois-je les aider ou les laisser livrés à leur sort ? Je ne sais encore. J’aimerais qu’ils arrivent à se débrouiller par eux-mêmes. Ils ont hélas inventé à nouveau le pire : la guerre qui détruit, l’esclavage qui asservit, la torture qui anéantit, la religion qui divise au lieu d’unir… Comme les fois précédentes. Mais aussi, peu à peu, ils ont découvert de grandes choses. Le feu, tout d’abord qui leur a permis de se chauffer et de mieux se nourrir. Et puis toutes les grandes découvertes qui ont rendu leur vie plus facile… Peut-être et qui quelquefois font plus de mal que de bien. Mais je crois que la plus belle chose que je leur dois, c’est encore l’art. L’art sous toutes ses formes : poésie, peinture, musique… Mais cette fois-ci, je ne vais pas les abandonner à leur sort car j’ai un grand projet pour eux. Un grand projet qui va les sublimer, presque les diviniser… J’ai besoin d’eux pour réaliser ce grand projet. Il faut qu’ils s’y investissent totalement. Je vais vous expliquer ce qu’il en est… Réflexion faite, je pense que c’est encore trop tôt, donc chut ! Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment !
Fabienne


Exercice 1
: décrivez une action simple de 4 points de vue différents
ex : quelqu’un qui se brosse les cheveux :
1.
  Point de vue de celui ou celle qui se brosse les cheveux
2. Point de vue de la personne qui regarde la scène
3. Point de vue de la brosse
4. Point de vue d’un cheveu

brossage

Lucie dans la salle de bain :
Faut que je me dépêche sinon je vais être encore en retard pour la réunion et Pignon va me pourrir. Je peux pas le voir, ce Pignon. Il se prend vraiment pour le chef. J’ai même entendu dire qu’il avait abusé de sa situation. Quel salaud !
Bon qu’est-ce que je vais mettre aujourd’hui ? On oublie les petites jupes sexy, faudrait pas en plus que je l’excite, le vieux pervers. Faut que je dise à Fabrice qu’il doit s’occuper des filles ce soir, je vais finir tard :
-  Ho ! ahisse ! u dras les fi ce soi…

Fabrice, son mari, se rase à côté :
- Lucie, je t’ai dit de ne pas me parler quand tu te laves les dents, je n’ai rien compris.

Wouah ! Elle est super belle ma Lucie. J’aimerais bien être à la place de sa brosse à dents pour explorer toute sa bouche. Elle a du dentifrice aux coins des lèvres. Diablement excitant, on a envie de lécher… Huit ans que je la connais et toujours envie d’elle comme au premier jour… Mais aussi envie de Clara, ma secrétaire. Super bandante, celle-là… Mais bon, rien à voir avec Lucie. Je ne l’aime pas, Clara. Du coup, ça compte pas…

- Oui, ma chérie, je prendrai les filles à l’école ce soir.

La brosse à dents se démène :
- Les dents, vous allez voir comment je vais vous brosser ce matin. Il faut que son sourire soit éclatant ! Je ne laisserai rien passer. Je frotte, je lave, je nettoie, rien ne m’échappera ! Et toi, la dent du fond, pas la peine de te cacher, tu vas y passer aussi !

La dent du fond qui en a marre :
-  Sale brosse, elle a vraiment une dent contre moi !!! Ah ! Ah ! Ah ! Que je suis drôle ! Non, mais là, y en a marre, c’est de l’acharnement, du harcèlement. Ah ! la vache, elle m’a encore fait saigner… Matin et soir, c’est toujours le même cirque. Je vais me plaindre…
Fabienne


Exercice 2
: le texte fendu. Compléter la partie droite de la page, de manière à avoir un texte cohérent.

texte fendu

Il s’est approché dans le couloir et la regarde, elle
s’arrête à quelques pas, regarde à son tour cet homme qu’elle ne reconnait pas et
se retourne. Il se glisse derrière elle et attend
que son visage dans l’ombre s’éclaire un peu. Il ne voit tout d’abord que les
bleus des fleurs. Il saisit son briquet et le jette dans le feu où brûle
l’arbre : la flamme vacille. Quelqu’un frappe à la porte.
« Qui est là…  » dit-elle inquiète et apeurée.
Immobile, son briquet à la main, il ouvre la porte
lorsque sa soeur avance vers eux, toute blanche,
la tête inclinée (ses cheveux étalés sur les épaules et les bras le
long de son buste). Il sourit à cette revenante qu’il connait si bien.
« Anne…
- Anne ! »
Le même appel, au même moment résonne dans la
maison, elle n’entendit que leurs deux corps qui se touchaient tête contre
tête, comme si elle ne le reconnaissait plus. Tout à coup, il est
dans ses bras, et sans parler, caresse son dos, hume
l’odeur de ses cheveux, un sourire aux lèvres.
 » Tu as eu peur, dit-il, te voilà à nouveau parmi nous.
Un hibou s’envola, quelques pas plus loin, puis sauta de branche
en branche mais ne toucha pas les amants qui revinrent
séparément.
 » Comment es-tu venu, ou plutôt revenu ?
- Comment cela, revenu ? Il avait cru qu’elle était le fantôme, mais c’est
lui qui disparut.
Fabienne

28 décembre, 2017

Atelier spécial Noël du 20 décembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 3:07

Bonjour à tous !!!
Après une interruption de 3 semaines pour cause de blessure au genou, nous avons fait un atelier « spécial Noël » le mercredi 20 décembre, autour d’une table festive et de quelques bulles !!!

noel

 

DEVOIR 1 : Ce matin-là, elle mit un point final à son manuscrit en tuant son héros. Mais lui n’était pas d’accord.

Hercule_Poirot

D’après une histoire presque vraie

Ce matin d’août, Jane venait de mettre un point final à son dernier manuscrit en tuant son héros, le détective Hercule Noiraud, après dix ans de bons et loyaux services. Ce héros que, depuis quelques temps, elle trouvait si « encombrant » à tel point qu’il prenait toute la place dans sa vie : elle mangeait Noiraud, elle buvait Noiraud, elle rêvait Noiraud, et même, elle réfléchissait Noiraud… ça ne pouvait plus durer ! Elle y était bien sûr très attachée, car il avait fait toute sa gloire et sa fortune. Mais là, c’était une question de vie ou de mort : c’était elle ou lui. C’est pour cette raison qu’elle avait décidé de le sacrifier. Elle en ressentit tout d’abord un merveilleux soulagement. Toute la journée, elle se sentit légère. Elle avait très faim et, pour le déjeuner ne se prépara que des plats que Noiraud détestait. Puis elle sortit faire du shopping, activité qu’Hercule Noiraud jugeait superficielle et inutile. Enfin, elle prit une coupe de Champagne à la terrasse du Hilton en compagnie d’un de ses anciens amants.

Le soir, elle prit un bain et se mit au lit de bonne heure. Elle ne douta pas que, pour la première fois depuis longtemps, elle allait enfin bien dormir, sans rêves. Et pourtant…
A peine était-elle endormie qu’Hercule Noiraud fit son apparition ? Il était très en colère :
-       Comment avez-vous pu me faire ça, vous qui sans moi, ne seriez RIEN ! Croyez bien que je ne vais pas laisser faire ça… Vous allez le regretter !

Le ton était si agressif qu’elle se réveilla en sursaut, effrayée. Son héros lui signifiait qu’il ne voulait pas mourir, pire, il la menaçait. Elle descendit à la cuisine boire un verre de lait et se raisonna. Sûr que son esprit lui jouait des tours. Il était normal qu’après une si longue collaboration, une partie d’elle-même regrette cette mort littéraire. Elle était tout simplement plus touchée qu’elle ne l’aurait cru. Cependant, elle ne put redormir et passa une très mauvaise journée le lendemain. Le soir, elle ressentit une légère angoisse et prit un somnifère. Aussitôt qu’elle s’endormit, Hercule revint :

-       Il faut réécrire le dernier chapitre de votre livre avant de l’envoyer à l’éditeur, sinon, il vous arrivera malheur…

A nouveau, elle se réveilla, trempée de sueurs froides, puis se raisonna à nouveau. Je suis écrivain, c’est moi qui ai créé ce personnage de toute pièce. Sans moi, il n’existerait pas. C’est moi aussi qui décide de sa vie et de sa mort… C’est ainsi que les choses doivent se passer et il n’est pas question que je réécrive la fin de mon roman. Elle envoya donc son livre à l’éditeur qui le trouva très intéressant, et apprécia tout particulièrement la fin si inattendue.

Les cauchemars de Jane ne cessèrent pas… au contraire, ils devinrent de plus en plus menaçants. Elle fit une grave dépression et se suicida moins de six mois après avoir écrit son dernier chapitre. La fille de Jane continua l’œuvre de sa mère et fit miraculeusement réapparaitre Hercule Noiraud, pour le plus grand plaisir des lecteurs et du héros lui-même.
Fabienne

écrire

Des mois et des mois que je n’existe que par procuration, éprouvant tour à tour les sentiments de chacun de mes personnages, imaginant leur ressenti, leurs désirs, partageant leurs joies et leurs chagrins, endurant avec l’acuité du réel toutes leurs angoisses. Bref ! J’ai vécu avec eux au jour le jour et me suis peu à peu oubliée tant et si bien que j’ignore comment je vais pouvoir aborder l’après… J’ai besoin de me retrouver, de me rassembler, de réintégrer les frontières de mon moi éparpillé. Alors aujourd’hui, c’est décidé, je reprends les rennes et pose un point final à mon manuscrit. La meilleure solution pour y parvenir rapidement serait de mettre fin aux tribulations de mon héros par le biais d’une mort spectaculaire, quelque chose de brutal, de sanglant qui laisse mes lecteurs stupéfaits et déjà en manque à l’idée de devoir fermer ce foutu bouquin. Oui, ça c’est une bonne idée ! Vite ! à ma table de travail pour l’estocade finale !

Hé ! Ça va pas la tête ? Quelle idée de me zigouiller juste pour que ça en jette et reprendre, sans mauvaise conscience, ton petit train-train : baignades matinales à l’Anse Vata,  virées au marché pour faire le plein de  mangues et de papayes puis retour  à la maison pour savourer dans le jardin un de  tes petits cafés bien serrés en regardant si les anthuriums et  les oiseaux de paradis poussent bien… Tu n’as plus le droit  maintenant de te contenter seulement de ces menus plaisirs car nous avoir créé te donnes des responsabilités. Tu ne  peux pas décider de mettre fin à nos vies comme on ferme une porte tout de même !  Et dis-moi, tu t’en fiches de savoir si Maéva va décrocher son diplôme d’infirmière et si Glen, enfin divorcé, va retrouver sa confiance en lui et plus tard refaire sa vie ? Ça t’intéresse de savoir si le petit Soane, le fils des voisins, va guérir de sa leucémie ? C’est quand même toi qui l’as créé en personnage secondaire et qui l’a flanqué là dans une situation impossible ! Il faut que tu règles un peu tous ces problèmes avant de nous délaisser,  c’est la moindre des choses !

Quant à moi, ton personnage principal, ton héros, tu m’abandonnes sans remords ? Je  ne suis déjà plus rien pour toi ? Depuis des mois, du soir au matin, nous avons tout vécu ensemble. J’ai partagé ton quotidien, tes pensées les plus intimes; ça renforce les liens tu sais ! Je suis désespéré… Comment vais-je pouvoir supporter, du jour au lendemain, de ne plus te voir, de ne plus sentir ta main m’effleurer quand, satisfaite, tu caresses le papier noirci. T’es-tu seulement demandée si je n’allais pas me sentir délaissé ? T’es-tu interrogée pour savoir quelle pourrait être ma réaction ? Si j’allais être indifférent ou triste de te perdre ? Non, tu n’y as même pas songé ! Tu sais, au fil du temps, tu as fini en quelque sorte par m’apprivoiser et moi, bêtement, j’ai imaginé que je comptais un peu plus pour toi chaque jour. Je me sentais si proche !  Comme tu partageais ma vie, j’avais l’impression de partager aussi  la tienne… Je sais bien que je n’aurais pas dû, c’était idiot ! mais les sentiments ne se  commandent pas …  Et voilà, je suis amoureux de toi. Ça, tu ne t’en doutais pas ! J’ai su être discret ! Tu avais tant à faire, je ne voulais pas te troubler avec mes propres sentiments. Je ne voulais pas perturber ta vie mais j’ai bien réfléchi et je suis certain à présent que nos destins sont définitivement liés, que tu ne peux plus me supprimer sans supprimer également une partie de toi-même.

Finis ton livre si tu le souhaites mais entraine-moi dans de nouvelles aventures et tu verras qu’à nous deux, on va écrire un bouquin formidable !
Patricia

 

Les désarrois de l’auteure A.

commissariat

Ce texte raconte le trouble d’une auteure, jeune dans sa production, provoqué par la blessure objective et subjective d’un refus d’éditeur.
Les personnages principaux sont un seul être et deux incarnations.

A : l’auteure. Marie M. a cinquante-six ans. Elle a mis à profit le temps libre de sa préretraite pour se confronter à la page blanche, avec succès puisque publiée, deux fois.
M : le personnage central de ses romans, l’inspecteur Léo Maigrelet. Son père n’est pas Georges, n’est pas né à Liège… Après une carrière militaire de dix ans, il entre naturellement dans la police nationale, ayant un casier judiciaire vierge. Il franchit divers grades mais sans aucun espoir d’être un jour commandant, encore moins commissaire, même à titre posthume. Littérairement, il est né à trente-cinq ans.
Les personnages secondaires ou subalternes seront  nommés sans façons au fur et à mesure.

Argument.
Ce texte présente une unité de lieu, le lit de l’écrivaine. L’hiver est très froid et elle se glisse en grelottant sous la couette, ne pouvant compter sur une éventuelle chaleur animale. Une unité d’action : la confrontation dialoguée des deux personnages essentiels. Une unité de temps : la nuit, mais combien ?

Exorde.
La romancière sort de l’immeuble haussmannien des éditions Actes Sud-Ouest. Sans regarder, elle traverse le boulevard St-Germain, s’assied sur une banquette du Café de Flore. Elle commande une Suze ou « ce que vous auriez de plus amer ». Sur la table voisine, un petit pot de chocolat fume. Elle le sait onctueux. Il la nargue avec son bec orgueilleux  et sa jolie signature verte.
Mme Lagarde Lafrèche, sous-secrétaire financière du comité de lecture ASO, vient de lui faire une annonce qui l’a laissée sans voix. « C’est avec satisfaction que nous avons publié deux de vos romans ces deux dernières années. Si le premier a eu un succès d’estime et permis un retour sur investissement correct, le second, une suite en quelque sorte, a eu une audience que je qualifierai de familiale. Le comité de lecture, à l’unanimité, vous conseille expressément de tarir cette veine policière. Vous avez tout l’avenir devant vous en diversifiant vos œuvres ». Son regard courroucé provoque son meilleur sourire commercial, une inclinaison de tête façon Lady Di et un regard fixe dirigé vers la porte. Digne et bouleversée,  elle manque plusieurs marches en descendant les six étages de l’immeuble bourgeois. Elle dégringole des combles au comble de la douleur.

Une Suze, en avais-je déjà ingurgité ? Pourtant cela illustre bien l’âcreté de la situation et mon acrimonie. Cul sec. Mon train est à 14h17. Dans cinq heures environ, je serai dans ma jolie petite maison du quartier des Castors à Pessac. Je ferai un feu, prendrai un bain, déplacerai mon fauteuil préféré devant les flammes, poserai mon plaid sur les genoux et le chat persan qui va avec. Une soupe chinoise et au lit.

Première nuit.
Un peu plus de minuit.
M : enfin, te voilà ! Tu en as mis du temps pour regagner le territoire des songes. Comme inspecteur, je dirais comme tout policier, je suis fin psychologue. Nous n’avons pas de formation spécifique sinon le contact permanent de la matière humaine. Quels sont tes soucis ? Parle, ma belle. Ton vieil ami est là pour ça, toutes tes pulsions comme dirait Sigmund. Tu vois j’ai une vraie culture, celle dont tu m’as fait cadeau. Je sens bien que ton plaisir s’estompe, que tu régresses. Tes neurones s’allument comme un arbre de noël.
A : mais non. Tu es myope. Pas très doué pour l’analyse. Laisse-moi tranquille. J’ai surtout besoin de repos. Il me faut retrouver un idéal. Pas me confronter à ton existence.
M : mais, ton imaginaire, c’est moi ! Un conte., un noble conte.
A : ne fais pas le fanfaron. Si tu savais. Ce n’est pas le moment.
M : tu me caches donc quelque chose. Mon petit doigt me dit que c’est grave. Je te demande instamment de tout me dire, parole de flic.
A : stop je suis fatiguée. Tu m’as réveillée. Une fois n’est pas coutume, je prends un comprimé entier de Lexomil. Adieu !

Après une journée empaquetée dans la ouate, A. n’a guère avancé. Elle n’a pas eu le courage de téléphoner à son amie Lucie. Elle termine sa soupe vietnamienne, range ses baguettes et s’enfonce sous le lourd édredon.

Deuxième nuit.
A : je l’attendais avec impatience ce sommeil paradoxal. Hier le médicament l’avait inhibé ou bien en avait empêché la mémorisation. M., tu m’as énervée hier soir. Pourtant, je suis heureuse de te retrouver.
M : ce ne sont pas vingt-quatre heures de frigo qui vont m’enlever ma vitalité. Je voudrais tant être ton bon génie, celui du vase caressé. Au fait, j’ai su qu’à midi tu avais ouvert un flacon de Haut-Marbuzet.  La visite des chais de ce St-Estèphe m’avait permis de trouver un indice précieux pour élucider le crime œnologique de ton premier polar. Quel beau et glorieux souvenir.  Connaitrais-je encore de tels moments ?
A : il faut que je sois franche avec toi. Tu ne paraitras plus au monde. Je te garde dans une encoignure de mon lobe temporal. Je dois me consacrer à d’autres. C’est la fin pour toi, malgré toute ma tendresse.
M : c’est donc ça.  J’en avais la vision floue dans le désordre de tes pensées. Je me sens comme sur un frêle esquif au milieu d’un immense lac que l’hiver va geler.
A : tu en fais un peu trop dans le mélo mais j’assume.  C’est le caractère que je t’ai donné.
M : difficile à encaisser. Je me retire pour cette nuit. Rêve à d’autres comparses. Je te demande simplement de m’écouter la nuit prochaine. Je vais mettre en ordre mon argumentation de survie.

A. termine à petites gorgées la bouteille de Haut-Marbuzet en souriant béatement. Elle se remémore le parcours dans les chais puis dans les jardins printaniers de ce magnifique château. Le discours amoureux du propriétaire, Hervé D., la grise bien plus que le vin soyeux et exubérant, dégusté mais non recraché. Une des plus belles dragues qu’elle ait connue.

Troisième nuit.
M : je te l’avais demandé. Je suis là, dès que tes songes se ramifient. Je suis heureux de te voir si calme, si détendue. Tu es très belle, à l’intérieur aussi.
A : merci de cette belle humeur. Enfile ta robe d’avocat.
M : je ne suis pas venu seul. Défendre ma dernière enquête, celle qui a déplu, est ardu. Tu l’avais située à Condom.
A : oui, une de mes tantes habitait une ruelle jouxtant la cathédrale St-Pierre. Je l’ai connue avant que la froideur piétonnière n’en éteigne l’animation.
M : le petit commissariat vivotait dans ce vieux quartier rénové. Notre petite équipe ne s’en plaignait pas. Treize, nous étions treize. J’ai compté les petites mains : les trois stagiaires, les deux secrétaires, Ursule et Farida et la femme de ménage muette, Valentine.
A : je ne vous avais pas dénombré. Tout ce petit monde au chômage !
M : en tête de liste, le commissaire Grossard, Pierre Désiré. Il y tenait à ces deux prénoms, l’enflure.
A : PDG, c’est un peu gros. Il faut dire qu’il dépassait nettement le quintal.
M : j’étais son souffre-douleur. Pas un mot de plus à son sujet. Le reste de l’équipe était solidaire.
A : en le décrivant je me suis éprise de l’autre inspecteur, l’Italien.
M : Massimiliano Dante, mon alter ego. Max va repartir à Venise, travailler pour Donna L. L’idée de retrouver ses Italiennes, ces femmes intelligentes et désirables le rend fou. A Condom, sa boite de préservatifs est restée vierge.
A : c’est un reproche ?
M : ton côté bonne sœur se recueillant chez le serrurier du paradis, ce n’est pas très folichon.
A : à tes côtés, je vois les quatre gardiens de la paix, en uniforme, presque sévères.
M : si tu savais ! Je m’en vais les détailler.

La mère de Linette de St-Puy travaillait au château de Monluc. Elle avait dû la biberonner au pousse rapière, l’exclusivité maison. Elle en avait la verdeur de la liqueur d’armagnac et le pétillant de la méthode champenoise. Et avec ça, quelle précision lors des exercices de tir.
A : tu as été dans sa ligne de mire ?
M : à mon grand désappointement, non.
Et Floréale Ténarèze, quel bolide ! Son père regrettait l’époque des montagnards, de l’Etre Suprême, cette entité bienveillante qui n’influençait pas la destinée humaine.
A : et surtout pas la destinée des femmes. Floréale ne pouvait vivre que libre et Gersoise. De quoi se plaignait Max ?
M : de leur féminisme triomphant, en vrai macho. Te souviens-tu qu’il n’y avait pas une seule scène d’amour, même ébauchée, dans ton deuxième opus ?
A : par contre, j’ai insisté sur l’humour, l’esprit.
M : parlons-en !
Le troisième larron, l’agent Alphonse Darmery. Tu as finalement résisté et ne l’as pas prénommé Jean. Cependant, tu t’es fait un gros plaisir. Au commissariat il était préposé au standard téléphonique. C’est lui qui décrochait avec toujours la même blague en fil rouge. Allo ! L’agent Darmery, j’écoute. La moitié des correspondants raccrochait croyant s’être trompé de numéro pour joindre la police.
A : tu as raison, pas très subtil de ma part.
M : autrement, question créativité pour le dernier gardien, bravo ! Lallumey Alfred, métis Antillais, élevé au rhum, échouant dans le brouillard gersois. Quelle punition !
A : c’était un chabin. Grand, blond, cheveux crépus « chivé soleil », mirettes gris-vert, lèvres épaisses, puissante cambrure lombaire. Quel bel homme, la trentaine altière. Ne lui manquait que la moustache de d’Artagnan. Je l’aurais bien mis dans mon lit.
M : que ne l’as-tu fait. «  Et pour le voir tu dessilles les yeux » pour citer Ronsard. Tu aurais connu son caractère volcanique, une soufrière ! Juste un problème. Le fier Guadeloupéen était homophobe. Et Alphonse… gay !
A : première nouvelle.
M : voyage plus, ma fille.
A : eh ! Doucement les basses. Tu es ma créature. Sais-tu qu’il n’y a pas de commissariat à Condom. La ville est trop petite, sept mille habitants. C’est la gendarmerie qui gère. Même dans tes rêves…
M : ces derniers mots, c’est mon incinération. Je peux mourir autant de fois que tu le désires. Mais souviens-toi que je suis ta psyché.
Bertrand


DEVOIR 2
 : Ecrire une lettre au Père Noël la plus drôle possible.

lettre

Cher Papa Noël,

Cette année, j’ai été bien sage : j’ai maintes fois gardé mes petits-enfants, j’ai été assidue à l’atelier d’écriture et malgré quelques rhumatismes, j’ai assez régulièrement fréquenté piscine et salle de sport. Tout ça pour te dire qu’à la place de mes petits souliers tu trouveras de larges bottes de sept lieus qu’il convient de garnir avec goût et générosité.
Je sais que tu as du boulot en cette période mais je compte sur toi pour faire un effort, sinon, gare au bilan 2018 ! Ne pense surtout pas que se sont des menaces mais tu me connais, j’ai un fichu caractère et suis quelque peu rancunière. Ah ! J’allais oublier ! Disposes-tu d’un service après-cadeau ? Ne te vexes pas…c’est seulement dans l’hypothèse, peu vraisemblable, où tes choix ne correspondraient pas à mes attentes. Je sais, tu dois penser que je suis exigeante, mais, c’est seulement que j’aime bien tout prévoir.
Bon, j’arrête ici cette missive car je ne voudrais pas monopoliser ton précieux temps.
Je te souhaite de tout cœur de passer de joyeuses fêtes et de bien réveillonner avec les petits lutins.
Gros gros bisous,
Patricia

PS :
1°) Fais attention à  ne pas tout salir en passant par la cheminée.
2°) Mon parquet étant parfaitement astiqué, soit gentil de bien vouloir enfiler les patins de feutre déposés à ton attention à gauche de la cheminée.
Patricia

blessure-genou
Cher Père Noël,

Tu remarqueras que tu n’as jamais été submergé par mes lettres ou demandes de cadeaux, je ne suis pas quelqu’un d’avide et sais me contenter de peu. Habituellement, j’avais droit à la petite boite de marrons glacés à 900 F que m’offrais ma belle-fille, mais durant l’année, elle a jeté mon fils et je n’ai plus trop envie de lui parler, alors tu vois, je n’aurais même pas de marrons glacés ce Noël, et du coup, je n’aurai rien du tout. C’est là que m’est venue l’idée de t’écrire…
Comme tu le sais, j’ai été très très sage toute l’année et bien gentille aussi. Tu sais également que cette année n’a pas été terrible pour moi. Je me suis encore blessée et beaucoup cette fois-ci : 15 points de suture au bras et dernièrement, 23 points + 10 au genou. J’ai allègrement dépassé les 150 points de suture sur tout mon corps. C’est pourquoi j’ai pensé que toi, qui peut tout, tu pourrais peut-être m’offrir une espèce d’armure pour que je ne me blesse plus. Mais attention, il faudrait qu’elle soit légère, car je commence à vieillir et ne suis plus trop vaillante. Il faudrait aussi qu’elle ne tienne pas chaud, sous nos latitudes, ce serait vite intenable.  J’aimerais également qu’elle soit très maniable. En fait, il me faudrait faire peau neuve car je ne me suis jamais bien sentie dans ma peau. Alors si tu pouvais dépecer quelqu’un qui a été très très méchant toute l’année, ça me ferait bien plaisir et comme ça, je pourrais savoir ce que c’est « une peau de vache ». Peut-être même que je ne serai plus une vieille peau et que je trouverai quelqu’un qui m’ait enfin dans la peau. J’espère vraiment que tu pourras avoir la peau de quelqu’un, d’autant que pour toi, ça coûterait peau de balle !
Tu sais comme je t’aime et comme j’ai toujours cru en toi. Je te remercie d’avance et te fais de gros bisous.

PS : Je te laisserai un verre de champagne et du foie gras au frais car je ne pense pas que tu apprécies vraiment le lait.
Fabienne

2/ Exercice :

Le matin de Noël, j’ai trouvé sous le sapin…

peau

Vous n’allez pas le croire, devinez ce que j’ai trouvé sous le sapin de Noël, le matin de Noël ?
Ouuuuiiiii !!!! Une peau. Souple et légère, résistante, exactement comme je l’avais demandée. Je l’ai tout de suite enfilée. Elle m’allait comme un gant, si je peux dire ! Le seul inconvénient, c’est qu’ elle était blanche et noire, avec une queue en forme de tue-mouche !
Fabienne

28 novembre, 2017

Atelier d’écriture du 27 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 2:12

DEVOIR : On l’appelait l’étranger…

pensionnat

Vie scolaire

Le verdict était tombé. La décision était irrévocable. Il ne l’avait pas vue venir. A y repenser, les contacts de fin d’année entre ses parents, le proviseur de son collège et le professeur principal de sa classe auraient dû lui mettre la puce à l’oreille. Mais il n’était pas de nature angoissée. Pour lui, ses deux premières années chez les grands s’étaient déroulées sans encombres.
Sa situation supposée de gosse de riche, une certaine facilité pour l’étude en dilettante, un goût arrêté pour la condition puissante d’ours des cavernes, tout cela avait contribué à le placer dans ce que politiquement on pourrait appeler « un splendide isolement ». Au fil des années d’une scolarité sans vagues, il avait établi sans le désirer avec les autorités éducatives (ses parents, le proviseur, les profs) un traité commercial avantageux : je vous vends un peu de travail sans déroger à la discipline et j’achète votre tolérante compréhension. Il était donc, dès le primaire, un élève fluide, un de ceux que l’on s’étonne presque de retrouver sur les photographies de classe.
Néanmoins le collège l’avait obligé à réévaluer un peu sa position. Tant de matières différentes et autant de profs aux personnalités difficiles l’avaient amené à faire des choix. De par ses goûts : les maths, le latin et le sport. De par les conseils appuyés de sa mère : le français, la géographie. De par le caractère de psychopathe de la professeure : l’anglais. Le modus vivendi lui paraissait très satisfaisant. Sur le carnet de notes on lui attribuait le plus souvent la moyenne, voire un peu plus avant les fêtes. Mais pour chaque maître le commentaire trimestriel mentionnait toujours la même locution : « peut mieux faire ». Pour donner un exemple, son activité à l’atelier bois-fer, deux heures par semaine, était appliquée mais minimale. En une année il n’avait réussi à usiner qu’une seule pièce métallique, certes la plus belle de la classe. Les autres en avaient profilé entre trois et cinq. L’appréciation du prof de travaux manuels fut donc légèrement différente : « pas mal, mais peut faire plus ». Il pensait suivre un long fleuve tranquille qu’il finirait de franchir par un bac. On voyait la Garonne depuis certaines fenêtres de sa classe. Il lui plaisait encore plus de continuer cette navigation pacifique depuis qu’il était tombé amoureux transi de la plus belle fille de l’établissement à peine plus âgée que lui. Son joli minois et ses formes déjà envoûtantes méritaient la considération de tous, y compris du prof de gym. Surtout elles peuplaient ses nuits de rêves audacieux. Il se pensait discret mais ses regards langoureux et, il faut bien le dire, assez débiles n’avaient pas échappé à la malice des autres élèves. Ils se gaussaient volontiers de son acné dévorante et de son bégaiement incontrôlable dès que la jeune fille provocante l’approchait à moins de trois mètres. Bref, tout allait bien ! Cette situation de fonctionnaire détaché (ou d’évêque in partibus de Parténia) lui donnait même bonne conscience, en toute insouciance.
Mais voilà. La sentence était tombée à la fin août. Il avait pourtant fait de beaux efforts pour être un bon fils. Il avait participé, surtout par la présence, à la cueillette des pommes sur la propriété agricole de son père. Il faut dire qu’il y avait une troupe de jeunes et jolies cueilleuses. Il en était ému, bien qu’il ne sache pas ce que croquer la pomme veuille dire. Son père l’avait récompensé au-delà de ses espérances en lui apprenant en un week-end à conduire un petit tracteur. Reculer en contrebraquant avec la remorque était délectable, sauf quand il renversa le fût de mazout.
Tout allait bien jusqu’à ce dîner à trois du 31 août. Sa sœur et son frère (il était l’ainé) passaient quelques jours dans le Gers chez les grands-parents maternels. Tout de suite il avait senti le vent du boulet. Sa mère avait préparé ses plats préférés : spaghettis aux boulettes de viande et tarte à la rhubarbe. L’heure était grave, dangereuse. C’est la gorge serrée qu’il dénoua sa serviette. Bravement son père prit la parole : « mon fils, ta mère et moi avons pris une grande décision, difficile mais qui nous paraît implacable. Guenièvre, veux-tu lui expliquer ? ». Rassurez-vous, son père ne se prénommait pas Arthur et la table familiale n’était pas ronde. Par contre, à ce moment, il aurait bien aimé avoir l’armure de Lancelot, ou pourquoi pas, l’écu de Ganelon. Il en était à évoquer intérieurement l’écartèlement comme punition. Toutes ces connaissances lui venaient de la lecture assidue de la collection complète des livres contes et légendes. Il se tassa sur son siège jusqu’à avoir le nez dans les pâtes. Sa mère, Guenièvre, explosa d’un : « tiens-toi droit ! », slogan qu’elle lui tenait pluri-quotidiennement depuis ses quatre ans. Sa colonne vertébrale se raidit, sa vaillance se délita, sa mandibule chuta ainsi qu’une boulette nichée dans une narine et ses yeux s’embuèrent. L’effet attendu d’attendrissement familial ne fut pas obtenu. Sa boulette avait probablement tout gâché. Sa mère lui expliqua sèchement qu’on l’attendait comme prisonnier, pardon pensionnaire, dans un remarquable établissement pour personnes de la bonne société, situé dans une ville agréable proche de l’océan. Ses grands-parents paternels habitant la ville voisine, cette proximité affectueuse ne pouvait que le rassurer. Pour lui, c’était donc tout bénéfice avec la meilleure éducation possible. Pour eux, ses parents, c’était un gros sacrifice financier qu’ils surmonteraient mais surtout un sacrifice affectif, son éloignement pendant les quatre prochaines années scolaires. L’appétit coupé, il se sentit submergé par un tsunami d’abandon. Qui donc pourrait l’an prochain tomber aussi bien que lui amoureux de la plus belle fille du village ? Finie la semaine de fêtes autour de l’arrivée du printemps et du rhume des foins. Finis les tours de propriété en vélo quand il pédalait comme un forcené. Denis Lalanne aurait dit un forçat. Finie la vie passionnée avec son chien Kiss qu’il réussissait à mordre de temps à autre. Le monde s’effondrait. Il avait du mal à s’imaginer les boulettes de viande patauger dans son estomac bilieux. Dans un effort surhumain il ne pleura pas. De toutes façons c’était écrit. Mektoub.
La rentrée était prévue le lundi suivant. Il fallait cependant partir très tôt le matin du samedi précédent. Le directeur du pensionnat avait institué un système de prérentrée qui permettait de personnaliser ce moment difficile, en particulier pour les nouveaux arrivants. On avait sorti la grosse Mercedes. Dès le début du trajet, sa mère lui donna quelques détails complémentaires. Ses parents viendraient tous les week-ends ou presque pour le mener au bagne, à l’internat tous les lundis à 7 heures. Et l’en faire évader tous les vendredis à 17 heures, sauf s’il était collé. Ce terme lui était inconnu. Pour lui c’était une colle. Autre nouvelle annoncée avec flegme, une calembredaine, on le menait dans une institution religieuse. Il comprit alors sa récente formation accélérée. Ses diplômes supérieurs en dévotion, communion solennelle et confirmation obtenus en seulement cinq semaines. Il ne se souvenait plus ni de l’ordre des évènements ni du contenu. Cette expérience lui avait fait l’effet d’un pet sur une toile cirée. Il en avait fait l’observation directe, pas celle du mysticisme, celle du vent ! Ce souvenir muet lui arracha un sourire ce qui étonna et rassura sa mère. Il le prenait bien. Les trois heures de trajet restant ne valurent aucun commentaire et il n’y en eut aucun, sinon un ou deux : « tiens-toi droit ! ».
L’entrée de la Mercedes SXLLL fit dans ses oreilles un bruit désagréable sur les graviers du parking. Le bâtiment parut magnifique à ses parents. Il évoquait plutôt pour lui le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Connaissant l’histoire de Papillon il envisageait déjà une évasion.
Devant le hall d’entrée se tenait, seul, un personnage à tête d’oiseau sous une vaste marquise scintillante. Vêtu d’une soutane noir corbeau il tenait devant lui ses bras largement ouverts en signe d’accueil. Cet horaire matinal leur était dédié. Il ne mesurait pas à sa juste valeur l’honneur de cette délicate attention. Il savait bien que ces bras-là allaient se refermer. Effectivement, après avoir chaleureusement salué les parents, fourré dans sa poche l’enveloppe préparée par son père, il se tourna vers lui. Le frère directeur des écoles chrétiennes, c’était lui. Il lui consacrerait toute l’énergie et tout le temps nécessaire. Pour le mettre en condition il lui prit les deux mains qu’il projeta lestement dans son dos pour le coller à son abdomen. De cette soutane il découvrit alors l’odeur de sainteté,  un mélange de savon de Marseille, d’eau bénite et de liquides corporels divers… Le formidable supplice dura bien dix minutes lui faisant comprendre ce qu’était une réception personnalisée. Sa chaleur attentionnée lui fit froid dans le dos. La visite des lieux enthousiasma ses parents. Magnifiques escaliers de marbre. Magnifiques dortoirs avec alignement étroit de lits métalliques et d’armoires du même matériau grinçant. Magnifique réfectoire où le frère préfet et ses collègues enrobés finissaient de prendre leur petit déjeuner. Leur salut fut moins personnalisé. Il s’en tira avec de solides poignées de mains et des sourires béats. Viendrait-il à la messe demain matin ? Ce serait bien ! On pourrait tester ses compétences d’enfant de chœur et surtout sa voix. Le frère préfet avait un admirable organe, prétendait leur aimable guide. Ses parents, lucides, déclinèrent poliment l’invitation. Dans ce cas, je vais vous confier un cahier de présence, dit le frère d’autorité. L’enfant ira le faire contresigner au début et à la fin de chaque office par le curé de la paroisse en personne. Aucun manquement ne sera toléré. Il prit peur. La religion lui tombait dessus comme la grêle, pour quatre longues années.
Le lundi suivant, la rentrée fut celle de toutes les découvertes. Comment ranger ses affaires dans son armoire, ses provisions de bouche dans son casier de réfectoire, ses fournitures scolaires dans son bureau trop petit, son désarroi au fond de ses chaussettes. Et puis découvrir sa classe, le lieu, la prof de latin qui inaugure les cours et… ses condisciples. Une classe exclusive de garçons, ou de filles, est une place forte. Depuis deux ans celle-ci avait forgé une identité, une hiérarchie, fondées sur des rapports de force souterrains. Cette année il y avait seulement trois nouveaux. Leurs noms, prononcés lors du premier appel furent accueillis pas force rires. Il se rendit compte à ce moment et seulement là de « l’exotisme » de son patronyme. Comme sa peau mate, ses cheveux presque crépus, son regard noir surprenaient un groupe certes hétérogène mais qui constituait une communauté. D’emblée les deux autres novices s’intégrèrent. Volontairement ou non par le rire complice, à ses dépens. Pour lui ce fut une stigmatisation quasi instantanée.  Il serait le mouton noir.
Le splendide isolement, il en avait l’habitude. Il savait que ses secrets présumés faisaient et défaisaient sa bonne réputation. A divers moments il eut l’espoir de s’intégrer. Tous les lundis matins il fallait garder dans son bureau les provisions de bouche de la semaine. A midi, on pouvait les amener au réfectoire. Son voisin de classe se rendit très vite compte que deux plaquettes de chocolat faisaient partie du lot. Un deal s’installa : en échange de son plus beau sourire l’impudent collégien, pourtant externe, dévorerait les friandises, se servant directement. Il laissa faire subissant une sorte de taxe locale. Sa passivité devint maladive. Il fut un élève fantôme. Son carnet de notes mentionnait toujours : « peut mieux faire ». Il grossit, rasa les murs, évita le plus possible de fréquenter les frères à simarre. Il aimait le football et s’inscrivit auprès du frère gymnaste. Celui-ci l’incita à faire l’acquisition de chaussures à crampons trop grandes. Sa croissance n’était pas terminée, n’est-ce pas. Pour sa première apparition dans une équipe déjà constituée, il joua en pantalon de ville. Il n’y avait plus de short à sa taille. Il courut beaucoup, ne toucha jamais le ballon, sauf en de rares circonstances où il l’offrit à son adversaire le plus proche. Il s’étala de tout son long dans la boue plusieurs fois. Las de ces efforts inutiles, il se planta dans le rond central attendant que ses vêtements sèchent. Le jeudi suivant, le frère sportif lui confia un drapeau et un autre rôle le long de la touche. Il aurait dû lui expliquer les règles du hors-jeu. Il agita donc spasmodiquement son fanion sans comprendre les vociférations qu’il déclenchait. Il renonça. Un grand lui racheta ses crampons à vil prix. Plus tard il apprit que ces chaussures avaient marqué moult buts. Se mêler aux jeux de récréation ne fut pas aisé. On le toléra tant qu’il perdait. Quand il prenait la parole en classe le silence se faisait. La salle attendait qu’il bredouille et invariablement…
Une seule attitude lui fut laissée. Il se dit dans le désert et fit l’anachorète. Ses seules oasis furent le réfectoire et son lit. Le fait qu’il ne se plaigne pas le plaça dans la catégorie des observateurs. Se pouvait-il qu’il devint l’espion de cette petite société très peu savante ? Il considérait chacun, notait ses points faibles, ses ratages et faisait un sourire entendu en scrutant les comportements. Dans ce monde du péché et de la transgression, il joua le rôle du sachant, sans jamais dénoncer. Ainsi il évita l’affrontement, le rapport de forces et ne participa à aucune bagarre. Il y avait un lot de surprises à observer les autres. L’élève assis près du radiateur possédait un joli carnet à spirale de couleur rouge écarlate. Il passait toute l’étude du soir à noter et dessiner. Probablement les évènements de la journée. Les deux élèves du fond jouaient aux cartes durant presque tous les cours sans jamais se faire prendre. Legrand dont le nom s’accordait à sa taille s’émerveillait de ses belles chaussures et les cirait à la récréation. Lebeau dont le nom ne s’accordait pas, passait son temps à soigner ses mains, coupant, limant repoussant et admirant. Deux petits malins avaient fait par avance pendant les deux premiers mois toutes les versions latines du livre d’exercices. Ils ne savaient pas que la prof changeait de livre chaque trimestre. Le premier de la classe ne révisait jamais. Il savait, déprimant.
Ainsi passaient les jours, coulaient les semaines. Il suffit de ne pas trop regarder l’horloge. En fin d’année la date de sortie était le 17 juin. Tout était prêt, sa valise, son cartable surchargé, son carnet « peut mieux faire ». Une dernière surprise l’attendait. Dix jours avant, ses parents l’informèrent que le frère directeur avait accepté avec empressement de le garder trois jours de plus. Eux avaient prévu de visiter l’exposition universelle de Bruxelles, de voir l’Atomium. Ils emmenaient sa sœur, plus jeune, qui donc n’avait pas besoin d’assister aux cours jusqu’au bout. Le frère très supérieur leur avait promis que ce serait pour lui trois véritables jours de vacances avec messe quotidienne. Trois jours supplémentaires de travaux forcés, un rien ! En fait dès le premier jour il comprit qu’il fallait en faire un parcours joyeux.  Ils étaient une douzaine dans son cas, des punis ou des oubliés, de tous âges. Enfin, il pouvait parler, jouer. Cette petite collectivité d’orphelins provisoires ne pleurait pas, elle prenait du bon temps. Un de ses jeux consistait à éviter le frère directeur qui manifestement cherchait le contact. Rusé, il y parvenait et tête d’oiseau devait se contenter de lui masser le cou derrière son siège au réfectoire. Mais le plus intéressant était de visiter tous les endroits secrets de l’internat. Sans la population d’écoliers, tous ces lieux étaient ouverts pour le grand nettoyage. La salle des profs, la chambre du frère préfet au bout du dortoir, le parloir où jamais il n’avait été appelé, le gymnase jugé trop dangereux, la salle des objets rituels avec les costumes d’enfant de chœur qu’il essaya par provocation. Il pénétrait seul et incognito dans ces places et c’était une débauche de liberté. Le deuxième jour il entra dans sa classe. Le sol était encore humide et il fit attention de ne pas laisser de traces. S’asseoir à sa place ? Que non ! Il siégea fièrement sur la chaise professorale. A sa droite, il vit un carton où la femme de ménage avait rassemblé divers objets oubliés, livres, cahiers, stylos… D’emblée, il vit le carnet rouge devenu cramoisi par l’usage. Sans être vu, il le glissa dans la poche de sa veste. Dans l’après-midi il gagna le seul endroit où personne ne pouvait suspecter sa présence : la chapelle bien éclairée à cette heure. Il entra dans le confessionnal s’assit et ouvrit le calepin oublié. Ce fut un émerveillement. Chaque page comportait un ou plusieurs croquis, de modestes esquisses jusqu’aux portraits les plus soignés. Le visage chevalin de la prof d’anglais avec les grandes dents qui lui permettaient de si parfaits « thhheee », était digne de Daumier ! Il se souvint alors du visage de chérubin de cet élève discret qui leur avait caché ce talent. Cette année il n’y avait pas eu de prof d’arts plastiques. Il eut un grand bonheur à voir les portraits de ses condisciples qu’il connaissait lui-même si bien. Quel sens de l’observation. Pour chacun l’artiste avait inscrit un surnom ou une phrase le caractérisant. Rien de bien compliqué ni agressif. Pour le premier de la classe : Katoubon, pour le dernier : Katoufo… Dans l’église silencieuse il tentait de modérer des éclats de rire irrépressibles. Quand il arriva à la page qui lui était attribuée son visage se figea. Au-dessous d’un très beau portrait ressemblant, on l’appelait l’étranger.

sagne

On l’appelait l’étranger… « L’estranger », même comme on disait par chez moi, dans les années 60. On disait qu’il venait « manger le pain des Français ». On ne savait ni son nom, ni d’où il venait vraiment, encore moins ce qu’il avait vécu… Dans ces petits villages du midi, l’étroitesse d’esprit se confondait avec la vertu.
Au début, il était arrivé seul, pour les vendanges. Il travaillait du matin au soir, sans s’arrêter, sans parler. Tout juste si le midi, il avalait rapidement un croûton de pain agrémenté d’une tranche d’oignon. C’est pourquoi on l’appelait aussi le « mange-cèbe » (le mangeur d’oignon).
En novembre, il fit « la sagne », dans les marais. C’était la coupe des roseaux qui servaient de chaume pour recouvrir les toits des cabanes. Il travaillait de « la nuit à la nuit », chaussé de vieilles cuissardes qu’on lui avait données, sa faucille à la main, pour quelques sous par jour. En décembre, vint le temps de la taille de la vigne. Vêtu d’une pauvre veste trouée, les doigts gelés, il travaillait comme un forçat. Il parvint à économiser sur son maigre salaire et fit venir sa femme et leurs trois enfants pour les fêtes de fin d’année. A la messe de minuit, les bons catholiques les évitaient, ceux-là même qui prônaient la charité chrétienne. Alors, eux, ils restaient au fond de l’église, si pauvres, mais joyeux malgré tout, si joyeux que je les enviais. La petite, surtout, Maria, qui avait à peu près le même âge que moi et que je trouvais tellement jolie, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux si noirs. A la sortie, je me suis approchée d’eux pour leur souhaiter un joyeux Noël. Ma mère m’a vivement pris la main. « Tu dois pas parler aux étrangers, je te l’ai déjà dit ! ».
Heureusement, Maria rentra dans ma classe, à la rentrée de janvier. Elle vint tout de suite s’asseoir à côté de moi. Je l’aidais à apprendre le français, elle me racontait son pays, l’Espagne, nos voisins pour ainsi dire… Et tout ce qu’ils avaient vécu… Son père Paco allait être emprisonné par les Franquistes, c’est pour ça qu’il avait quitté précipitamment son pays. Sa mère avait été interrogée, menacée jusqu’à ce qu’ils puissent tous quitter leur pays, leur maison, leurs amis… Maria resta ma meilleure amie. Elle subissait, sans broncher les méchancetés et les insultes des gens du village. Ce village que j’ai haï, que j’ai fui dès que je l’ai pu.
Ce village, j’y suis revenue, il y a une dizaine d’année… Et, ironie du sort, c’est moi qu’on a appelée « l’étrangère »…
Fabienne


sdf

L’étranger

 Il était venu de loin, si loin qu’en chemin il avait oublié son pays, ses racines, du moins il l’espérait…
Sans connaître personne, il avait atterri à Nouméa au début de la saison fraîche en 1987 ou en 88 et il n’était plus reparti. Au début, tisser quelques liens avec les gens d’ici avait été difficile mais, peu à peu, il avait fini par faire son trou, comme on dit. Et puis, c’était un solitaire. Il n’avait pas besoin d’une foule de connaissances, juste quelques rares copains pour briser parfois le silence.
Avec sa dégaine, il passait inaperçu : toujours le même jean délavé et un large tee-shirt dont la couleur  variait au gré de ses humeurs. Pour le visage, rien de bien marquant : des traits un peu anguleux en partie cachés par une courte barbe, le tout auréolé d’une tignasse sombre rarement coiffée. On le voyait de temps en temps,  trainant sur les quais du port maritime accompagné d’un chien, un corniaud sans vrai couleur, dont il semblait prendre le plus grand soin, s’arrêtant parfois pour lui parler longuement.
Baptisé enfant, il ne fréquentait pas les églises mais s’était lié avec un prêtre qui tenait une table d’hôtes pour les déshérités ; un homme qu’il appréciait non pour le dogme mais pour ses qualités humaines.
À l’APE, ont le connaissait bien car il acceptait sans difficulté des travaux intermittents que beaucoup refusaient. Il s’acquittait sérieusement des  tâches qu’on lui confiait et repartait comme il était venu, sans avoir fait  connaissance avec les autres salariés… alors, ici, on l’appelait «  l’étranger ».

Un matin semblable à tous les matins lorsqu’il ne travaillait pas, alors qu’il fumait sa clope après un café bien serré, le facteur tapa à sa porte… Ayant coupé les ponts avec famille et relations métropolitaines, il ne s’attendait pas à recevoir un courrier recommandé venant de Montpellier. Comment avait-on découvert son adresse en Nouvelle-Calédonie et qui pouvait bien lui écrire ? Fébrile et inquiet, il décacheta l’enveloppe : Maître Dupont de la Viguière… héritage d’un lointain cousin, décédé sans descendance… Son cœur fit une embardée ! Légataire d’un parent dont il ignorait jusqu’à l’existence, il héritait d’une véritable fortune ! Gaspar, c’était le nom de notre homme, sous le coup d’une émotion intense, s’assit, le souffle coupé, sur son unique fauteuil où il resta prostré le reste de la journée. Réfléchir… il lui fallait réfléchir…
Qu’allait-il pouvoir faire de tout cet argent tombé du ciel, lui qui avait tout quitté pour vivre une autre vie, oublier les tentations et pressions du monde de la finance, fuir les responsabilités écrasantes, les quémandeurs de tout poil, le clinquant d’une existence dont il avait oublié le sens profond ? Et voilà, il allait être à nouveau confronté aux mêmes problèmes et serait encore coincé dans un mode de vie qu’il continuait à vouloir rejeter, convaincu que la vraie vie, celle qu’il avait choisie en conscience était ici, loin des banques et du tumulte.
Le soir allait arriver et il était toujours là, assis sur son fauteuil, à ruminer sombrement sans trouver une issue à ce qu’il jugeait comme une véritable persécution du destin. Mais à six heures tapantes, quand le soleil plongea à l’horizon, il avait trouvé  LA SOLUTION. Demain, il irait voir  le père Pierre et l’informerait qu’il ferait don de l’intégralité de son legs pour aider les personnes en difficulté et perpétuer la table d’hôtes encore de longues années.
Soulagé, il respira plus amplement.  Il était libéré  du poids énorme qui tout au long de cette déconcertante journée avait pesé lourdement sur ses épaules. Curieusement, en pensant à tous ces inconnus qu’il allait anonymement aider, il sentit soudain qu’il appartenait un peu à ce pays d’adoption et que désormais il ne serait plus vraiment « l’étranger ».
Patricia

Exercice : Vous êtes un personnage de ce tableau d’Antoine Watteau. On ne donnera le nom du tableau qu’après l’écriture…

WatteauLa partie carrée (Antoine Watteau)

- Pstt ! Marie ! Tu sais qui est cet homme avec une mandoline ? Non ! Je ne l’ai jamais vu par ici. S’il s’approche de nous avec tant d’assurance, c’est bien qu’il fait partie des invités ! Voilà qu’il vient pour te présenter ses hommages… Chut !
Mais qui a bien pu le convier à cette soirée ? Je parie que c’est mon imbécile d’époux ! Sous prétexte d’être un vrai gentilhomme qui sait recevoir dans les règles de l’art il est prêt à faire des folies et s’autorise des largesses que sa bourse, hélas ! ne lui permet plus : nos finances sont au plus bas… Il espère toujours cette charge qu’on lui a fait miroiter l’an passé, alors il fait des  grimaces et des courbettes ; comme un chien, il fait le beau ! Je ne peux plus souffrir cet hypocrite, ce m’as-tu vu… Et en plus, non ! Ne te moque pas ! Il s’est mis en tête de faire le joli cœur auprès de la marquise de Chante-lune parce qu’il la croit bien en cour et s’imagine qu’elle va faire avancer son affaire. Avancer comment ? On s’en doute un peu… la rumeur la rebaptisée la marquise de Chaste-lune ! Et mon tendre époux, lui si laid, fait des ronds de jambes et s’essaie à des mots d’esprit lui, dont les plaisanteries ont la légèreté d’une enclume. Ah ! Ma chère ! Quel malheur d’avoir choisi cet époux de petite noblesse, moi qui pouvait espérer tant de beaux partis.
- Et oui, ma très chère, mais tous tes partis sont partis et sur le lot il ne restait qu’un sot à qui tu as fini par dire oui !
Patricia

 

C’est Courtney, ma copine, qui m’a amenée à cette soirée déguisée. Au début, j’ai trouvé ça assez sympa. On était habillée en marquises des fêtes galantes, en hommage à un peintre que le gars qui nous avait invitées adorait. Il s’agissait de Watteau. Courtney m’avait bien fait la leçon, bien qu’il y ait un W, on dit « Vatteau » et pas « Ouatteau ». Tu comprends, ça risque de le vexer. Moi, je connaissais pas et je m’en foutais. Je voulais juste faire la fête, boire du bon champagne et manger de bonnes choses en bonne compagnie.
Aussi quand Courtney m’a dit qu’on allait sortir un peu se promener dans le jardin et que je regretterai pas, je me suis pas méfiée. Ça m’embêtait juste de quitter la fête. Je me suis pas non plus méfiée quand deux types nous ont suivies. Tu penses ! des gens si intelligents, si bien élevés… En fait, Courtney m’a dit qu’on allait reproduire grandeur nature un tableau de ce fameux peintre.
L’air de rien, nous nous sommes assisses près de la fontaine. L’un des types s’est mis à côté de Courtney et a commencé à la papouiller. Elle rigolait. Je trouvais ça bizarre. Et plus bizarre encore quand le deuxième s’est mis devant moi et m’a sorti son « paquet »… Dis donc, j’ai beau avoir un décolleté tellement vertigineux qu’on en voit mon nombril, je ne mange pas de ce pain-là ! Je me suis levée et je lui ai foutu un de ces aller-retour !!! Lui, il est resté tout con, il a pas compris. Il croyait que je connaissais le nom du tableau !
Fabienne

Atelier du lundi 13 novembre 2017

Classé dans : Non classé — joie55 @ 1:51

DEVOIR : un sandwich, écrire un texte qui commence par :
C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde

Et qui se termine par : … En rentrant chez lui, sans savoir pourquoi, il se sentait toujours merveilleusement bien.

Jardiner-avec-la-lune

Pas grave ?

–      C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde…
–      A tout le monde peut-être, et je m’en fous, mais à moi ! Non, c’est impossible, je refuse cette éventualité.
L’Ami lui fit alors remarquer que ce n’était pas une « éventualité » comme elle le disait, mais une ré-a-li-té. Et devant la réalité…
–      On ne peut que s’incliner, je sais, je sais… S’incliner et ac-cep-ter ! Qui a inventé pareille ânerie ?
–      Pas seulement accepter, mais adhérer pleinement, du fond du cœur.
Il en rajoutait, il se gargarisait de ses doctes paroles. Elle se sentait bouillir…
–      Et bien non, non et non ! Et si tu n’as que ce conseil à me donner, tu peux t’en aller, je me passe de toi et de ton amitié !
L’Ami s’en alla et elle remâcha son mécontentement : oui, ce qui lui arrivait était gravissime. Elle, qui habituellement réglait tous ses comptes, avec tous ses proches (et même d’autres plus lointains), de la manière la plus expéditive, la plus satisfaisante, par le truchement de l’écriture, venait de pondre un texte d’une mièvrerie navrante dans lequel elle ne tuait personne ! Personne, pas même un chien, pas même un moustique, pas même un dimanche ! Il y était question de fleurs et d’amour, de souvenirs et de nostalgie heureuse, bref, l’inspiration satanique venait de déserter…
–    Comment surmonter ce désagrément ?  se dit-elle. Et désagrément était trop faible, c’était objectivement une catastrophe car ces liquidations littéraires étaient son baume, son oxygène, sa thérapie, sa catharsis…
Tandis qu’elle cherchait comment résoudre ce problème, l’Ami téléphona :
–      Alors, ma Belle, tu es remise maintenant ? La diva a fini sa petite crise ? Il n’y avait pas de quoi en faire une montagne ! Ah, ah ! Elle est excellente, non ? Allez, viens plutôt m’aider à désherber mon gazon, je ne m’en sors pas ! Un peu d’exercice au grand air te fera du bien et au moins tu feras quelque chose d’utile…
L’imbécile ! Non seulement il ne me comprend pas, mais revoilà ses plates plaisanteries : pas de quoi en faire une montagne ! Parce que mon nom est Montagne ! On ne me l’avait jamais faite… Quel con, non mais quel con supérieur ! Si je le tenais là devant moi, je…
C’est alors que l’idée germa, se développa, prit ses aises, occupa tout son esprit pendant plusieurs minutes…
–      Alors, tu viens ?
–      J’arrive !
Quand tout fut fini, elle se sentit merveilleusement bien : la fameuse réalité dont on lui rebattait les oreilles venait de dépasser la fiction. Et l’Ami l’avait acceptée… malgré lui !
En rentrant chez elle, sans savoir pourquoi (ou plutôt si, elle le savait, mais chut !) elle se sentait toujours merveilleusement bien.
Huguette

macho

Macho… lapin

C’est pas grave, ça peut arriver à tout le monde… C’était la deuxième fois en une semaine qu’elle lui disait ça. Et cette pauvre idiote ne s’était pas aperçu que c’était parce qu’il n’avait déjà plus envie d’elle. Il était temps pour lui de la quitter. Pourtant, elle était belle, comme toutes les autres avant elles, là n’était pas la question.
Lui, ce qui lui plaisait, c’était la chasse, la traque. Et plus la proie était difficile, plus il en jouissait.
Il se souvint d’Irina, un Ukrainienne, maîtresse d’un magnat de la presse. Il avait mis plus de six mois pour arriver à ses fins. Il avait usé de tous les stratagèmes, même les plus compliqués ou les plus sordides, mais, comme les autres, elle avait fini dans son lit.
Quand elles commençaient à tomber amoureuses de lui, tout désir le quittait et il fallait qu’il s’en aille, qu’il rentre chez lui, penaud et contrit retrouvé sa femme Lucile. Lucile, si douce, si gentille, qui le connaissait si bien et qui lui pardonnait tout, à qui il racontait tout. Lucile qu’il aimait… peut-être. Il décida qu’il allait lui faire un enfant, pour l’occuper… Et comme à chaque fois, en rentrant chez lui, sans savoir pourquoi, il se sentait toujours merveilleusement bien.
Fabienne

Exercice : C’est l’anniversaire d’Huguette !!!

Huguette

C’est l’anniversaire d’Huguette

Enfin, le 13 arrivait ! Huguette guettait cette date, son anniversaire, avec très peu de patience. Car, si d’ordinaire, elle était tenue de tuer avec modération, ce jour-là, cette loi s’envolait aussi vite que les âmes qu’elle fauchait.
La nuit s’annonçait… Mortelle !!!
Pour ouvrir le bal, elle s’arma de son fusil à lunette et tira une balle entre les deux yeux du chauffeur de bus, dans le virage. Hop ! une douzaine de noyés pour commencer !
Ensuite, elle aperçut sa voisine arrosant ses plantes. Huguette fit tomber la dame du cinquième. Dans un éclair de lucidité, elle saisit son plat décoré et le lâcha sur le crâne de l’occupant du rez-de-chaussée, faisant ainsi taire un témoin potentiel. Mais déjà, le vieux du quatrième se penchait sur son balcon. Ni une, ni deux, Huguette empoigna la bouteille de Maggi et la fracassa sur le crâne en-dessous qui tomba sur le tas de cadavres. La pub n’était pas mensongère : « si vitre prêt, tellement bon ! ».
L’aventurière sourit, satisfaite. Quinze morts, pas mal ! Mais lassée et fatiguée, elle alla se coucher.
L’an prochain, elle se surpasserait !
Loup

Le 13 novembre

 C’est l’anniversaire d’Huguette Montagne.
Pour le cadeau, ce n’est pas compliqué :
Offrez-lui une bouteille de Champagne,
C’est son penchant, son petit péché.

 De son sourire espiègle elle vous remerciera
Et tuera un à un ses personnages
Puis pour se désaltérer elle boira
Deux ou trois coupes de ce fameux breuvage.

 Ne vous fiez pas à son air innocent
Et à son allure bon enfant,
Car sous ce sourire charmeur
Huguette est un serial killer.

 A la tienne, Huguette, et bon anniversaire !!
Fabienne

Pour ton anniversaire, Huguette
Nous sommes tous là pour faire la fête :
Houmous, pâté, pop corn, gâteaux,
Flutes au fromage, figatelli,
Pain, chips, vin blanc et Champomy,
Pour goûts contraires, champagne ou eau
Et un brainstorm comme alibi
En espérant souffle et esprit
Mais des élans d’inspiration nos panses lourdes ont eu raison.
Un seul cadavre sur ton balcon
Ma défunte imagination.
Patricia

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